Jésus-Christ (Reliques de la Passion)
Sauveur
Résumé
Le texte détaille l'histoire, l'authenticité et la dispersion des instruments de la Passion de Jésus-Christ, notamment la Vraie Croix, la Couronne d'épines et la Sainte Tunique. Il s'appuie sur des recherches archéologiques et historiques pour défendre la véracité de ces reliques face aux critiques. Les lieux de conservation majeurs incluent Rome, Paris, Trèves et Jérusalem.
Biographie
LES INSTRUMENTS ET LES RELIQUES DE LA PASSION.
*La vraie Croix.* — Le récit de l'Invention de la vraie Croix a été donné par Eusèbe, saint Cyrille, saint Ambroise, Théophane, Rufin, Paulus, Nicéphore, Callixte, etc. On ne peut donc rien objecter contre cette authenticité, on peut dire de premier ordre. Nous avons le nombre et la qualité des historiens ; ils étaient la plupart contemporains. Ils sont parfaitement d'accord ; ils ont écrit dans des langues et des pays différents. Dira-t-on qu'il est impossible que le bois de la vraie Croix se soit conservé si longtemps sous terre et depuis tant de siècles après l'invention ? Nous répondrons qu'on trouve à Herculanum et à Pompéi du bois ancien très-bien conservé. M. Robault de Fleury, dans son important mémoire sur les *Instruments de la Passion*, p. 53, rapporte que des bois, certainement antiques, ont été trouvés dans la construction de Carthage. Un morceau de ce bois fut soumis à l'examen de l'Académie, et M. Pelligot, dans son mémoire, déclara qu'il appartenait à une portion d'aqueduc ancien où il était engagé dans le pisé et néanmoins d'une conservation parfaite.
Sous le règne d'Héraclius, Kosroës II s'empara de la ville sainte, pilla les églises et emporta ce qui restait de la Croix de Jésus-Christ. Après dix ans de revers, Héraclius battit le roi de Perse, délivra les chrétiens emmenés en captivité et obligea le successeur de Kosroës à rendre la vraie Croix que l'empereur ramena à Jérusalem comme le plus beau trophée de ses victoires. Il la porta lui-même sur ses épaules jusque sur le Calvaire, à travers les rues de Jérusalem, ayant les pieds nus, suivi de ses soldats et d'un peuple immense qui répandait des larmes de joie. Ce fut là l'origine de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, que l'Église célèbre le 14 septembre. Peu de temps après, la sainte Croix fut envoyée à Constantinople à l'archevêque Sergius, et fut reportée à Jérusalem.
L'an 1099, lorsque les croisés entrèrent dans la ville sainte, un de leurs premiers soins fut de s'enquérir du bois sacré. Les chrétiens, enfermés dans la ville, l'avaient dérobé aux regards des musulmans (Cédrénus, I. 1er, p. 171) ; mais il n'y en avait plus qu'une faible partie, puisque, selon l'expression d'Albert d'Aix, elle n'avait qu'une demi-once de longueur. Son aspect inspire les plus vifs transports parmi les pèlerins. « De cette chose, dit une vieille chronique citée par Michaud, furent les chrétiens si joyeux comme s'ils eussent vu le corps de Jésus-Christ pendu dessus icelle ».
Peu après nous voyons les guerriers chrétiens sortir de Jérusalem, ayant à leur tête le patriarche Arnould, qui portait la sainte Croix ; ce fut ainsi qu'ils marchèrent contre le calife du Caire, qui s'avançait vers Ascalon. Ils la portèrent depuis dans un grand nombre de batailles. À la désastreuse journée d'Hiltin, la sainte Croix tomba au pouvoir de Saladin. Elle était portée par l'évêque de Ptolémaïs, qui, blessé mortellement, la laissa à l'évêque de Lydda. Celui-ci fut pris, ainsi que le roi et tous ceux qui la défendaient. « La grande Croix fut prise », dit Amad-Eddin, auteur musulman, « la grande Croix fut prise avant le roi, et beaucoup d'impies (de chrétiens) se firent tuer autour d'elle. Quand on la tenait levée, les infidèles fléchissaient le genou et inclinaient la tête. Ils disent que c'est le véritable bois où fut attaché le Dieu qu'ils adorent. Ils l'avaient enrichie d'or fin et de pierres brillantes. Ils la portaient les jours de grandes solennités ; et lorsque leurs prêtres et leurs évêques la montraient au peuple, tous s'inclinaient avec respect. Ils regardaient comme leur premier devoir de la défendre ; la prise de cette Croix leur fut plus douloureuse que la captivité de leur roi ; rien ne put les consoler de cette perte. (*Bibliothèque des croisades*, t. IV, p. 195) ».
Lorsque l'évêque de Salisbury visita la ville sainte au nom du roi Richard, Saladin lui montra le bois de la vraie Croix. Les historiens arabes racontent que les Francs et les Grecs voulurent racheter la vraie Croix, et que Saladin leur répondit que le roi des Géorgiens en avait fort inutilement offert deux cents pièces d'or... (Boad., *de vita Salad.*, c. 164). Elle ne fut rendue aux chrétiens que trente-deux ans après la prise de Damiette. Déjà plusieurs fragments en avaient été détachés, et depuis ce moment, elle a été divisée à l'infini, en sorte qu'on en trouve aujourd'hui des parcelles dans tous les pays du monde.
Indépendamment du fragment qui est à Rome, dont nous avons déjà parlé, et de celui de Constantin, nous voyons dans l'histoire de la Norwège par Torfeus, que le roi Sigur demanda et obtint pour prix du service qu'il rendit aux Croisés au siège de Sidon, avec ses dix mille Norwégiens, un morceau de la vraie Croix, qu'à son retour dans sa patrie il déposa dans la ville de Koughell. Waldemar III, roi de Danemark, en obtint aussi un fragment du pape Urbain V, à condition qu'il marcherait à la délivrance des Saints-Lieux.
*Forme de la croix, support et dimension.* — M. Robault (page 66) cite un passage de saint Justin et un autre de saint Augustin, pour prouver que la forme de la croix, qui a prévalu dans l'art catholique, est vraiment celle qui était en usage au moment de la mort de Notre-Seigneur. Innocent confirme cette opinion en disant : *Fuerunt autem in cruce dominica ligna quatuor : stipes erutus, et lignum transversale troncus suppositus et titulus superpositus.*
La croix de Jésus-Christ n'était donc pas un simple *tau* T, ni la croix grecque +, ni la croix de saint André X, mais la croix *in missa*, où la traverse se trouve à peu près aux deux tiers de la hauteur †.
L'auteur du mémoire que nous venons de citer, s'appuie sur Plaute, saint Justin, saint Jérôme et Grégoire de Tours pour établir que le crucifié avait un marche-pied, et cette opinion est confirmée par les peintures du VIIIe siècle, dans les souterrains de Saint-Clément. Le même auteur, après diverses considérations très-judicieuses, soit sur ce que peut porter un homme valide pendant un trajet de huit à neuf cents mètres, soit sur l'état où se trouvait Notre-Seigneur, est arrivé à conclure que la croix devait avoir cent soixante-dix-huit millions de millimètres cubes et peser environ quatre-vingt-dix kilogrammes.
D'après une ancienne tradition rapportée par Gretzer, la Croix se composait d'un montant dont la hauteur était de quinze pieds (quatre mètres quatre-vingts centimètres), et d'une traverse de sept ou huit pieds (deux mètres trente centimètres à deux mètres soixante centimètres). Par l'inspection de la croix du bon larron, qui est encore à Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome, on voit que ce grand morceau correspond à la longueur d'une traverse de deux mètres vingt-cinq centimètres ou cinq coudées. La pièce a cent cinquante-cinq millimètres de longueur, mais l'épaisseur n'a pu être déterminée ; il est probable que ce morceau de bois était carré, et que s'il ne l'est plus aujourd'hui, c'est que, pour multiplier cette relique, on l'aura sciée. Ce morceau de la croix du bon larron a précisément une échancrure au milieu avec un trou pour la cheville, ce qui confirme que cet instrument était une croix *in missa*, c'est-à-dire que la tige perpendiculaire dépassait la forme du tau.
M. Robault, après l'examen de l'essence du bois de la vraie Croix, avait établi que c'est une essence résineuse. Après l'examen de la croix du bon larron, Dixmas, il ne peut rester aucun doute ; comme ce morceau est plus considérable, la vérification a été plus facile. Il est évident que ce bois est une espèce de sapin ; même avant tout examen il devait paraître probable que la croix de Notre-Seigneur et celle des deux larrons, ayant été préparées le même jour et pour la même fin, devaient être de la même essence.
D'après une tradition rappelée par la table qui se trouve dans le cloître de Saint-Jean de Latran, Jésus-Christ était d'une très-haute stature (un mètre quatre-vingt-quatre centimètres). Simon le Cyrénéen devait être plus petit, et saint Luc est rigoureusement exact lorsqu'il le place derrière Jésus-Christ, *post Jesum* ; la pente du bois sacré le mettant à la hauteur de son épaule. La liturgie romaine suit donc la tradition et la raison la plus sévère, en admettant que le poids était partagé entre Jésus-Christ et Simon.
*Recherches des reliques.* — Nous citons en entier le § V de M. Robault :
« J'ai essayé de constater tout ce que l'on connaît de reliques existantes, ou dont on a conservé le souvenir. J'en ai calculé le volume par millimètres cubes. Or, tout ce que j'ai pu recueillir est bien loin d'égaler le dixième du volume de la vraie Croix. Les neuf dixièmes, qui ne se retrouvent plus, ont dû suffire pour former des myriades de reliques inconnues ou détruites ».
Anseau, par sa correspondance avec Galon, évêque de Paris, dont je reparlerai à l'occasion des reliques de Notre-Dame de Paris, donne quelque idée de ce qu'étaient devenues, au VIIe siècle, les reliques de la Passion. Il raconte qu'après la mort d'Héraclius, en 636, l'église du Saint-Sépulcre fut brûlée en partie par les infidèles, et que, pour sauver la croix, les chrétiens se décidèrent à la diviser en dix-neuf parties, dont ils firent des croix qu'ils donnèrent, savoir :
A Constantinople, 3 ; à l'île de Chypre, 2 ; à l'île de Crète, 1 ; à Antioche, 3 ; à Édesse, 1 ; à Alexandrie, 1 ; à Ascalon, 1 ; à Damas, 1 ; à Jérusalem, 4 ; à la Géorgie, 2.
Il est assez difficile de savoir quelle était la dimension de ces reliques. Anseau mentionne seulement la mesure d'une des quatre qui avaient été déposées à Jérusalem et que l'on conservait dans l'église du Saint-Sépulcre. Elle avait une palme et demie de long sur un pouce de large et autant d'épaisseur ; il ne parle pas de la traverse que je supposerai, comme dans la vraie Croix, égale à la moitié du montant. D'après cela, le volume de cette Croix serait d'environ cinq cent mille millimètres cubes ; et en la considérant comme une moyenne, on trouverait pour les dix-neuf croix, ou plutôt pour le morceau de Jérusalem, que l'on divisa, neuf millions et demi de millimètres pouvant représenter un morceau deux ou trois fois moins gros que la relique de la croix du bon larron de Sainte-Croix de Jérusalem.
Tel fut le commencement de la grande dispersion des reliques de la vraie Croix ; elle augmenta rapidement dans les siècles suivants. Villani rapporte un document fort curieux, au commencement du IXe siècle, indiquant les villes où l'on devait trouver le plus grand nombre de reliques. C'est un testament de Charlemagne, qui laissa en mourant le tiers de son riche trésor à tous les pauvres de la chrétienté, et les deux tiers aux archevêques et évêques de son empire. Dans ces trésors se trouvaient sans doute une grande quantité de reliques. Voici quelques dates qui intéressent l'histoire des reliques de la vraie Croix.
En 1187, à la journée de Tibériade, les Musulmans vainqueurs prirent la croix de Saint-Jean-d'Acre, portée par l'évêque. (Morand, *Histoire de la sainte chapelle*, p. 9. Paris, 1790). En 1191, Philippe-Auguste et Richard s'étant croisés, se firent remettre cette croix après la prise de Saint-Jean-d'Acre, et trente jours de siège. En 1204, au sac de Constantinople par les Latins, des abominations furent commises, les reliquaires volés ; mais des âmes pieuses recueillirent les reliques que les apostâtes dédaignaient, et de là les répandirent dans le monde. Le doge de Venise, Dandolo, eut une portion de la vraie Croix, qu'on disait avoir été portée par Constantin à la guerre. L'empereur Baudouin prit la couronne d'épines. En 1217, Raoul, patriarche de Jérusalem, partit d'Acre, portant avec lui une portion de la vraie Croix. En 1239, Baudouin II, pressé par les Bulgares, vint en France solliciter la piété de saint Louis, et lui offrit la couronne d'épines pour prix de ses services.
Les siècles vinrent successivement réduire notre précieux trésor, dissipé au vent des révolutions et au souffle de l'impiété. Il en reste bien peu, et cette indigence, rendant chacune de ces reliques plus précieuse, j'ai pris la liberté de faire un appel au monde catholique, et les renseignements que j'ai reçus m'ont permis de décrire celles qui existent encore, et d'en former un tableau que l'on trouvera ci-après.
Il résulte de ce tableau que le volume total des reliques qui nous sont parvenues, est de cinq millions de millimètres environ, y compris des reliques peut-être détruites, comme celles d'Amiens, d'Onawert, Schira, Grammont, Jaucourt, etc. ; mais relevées d'après des descriptions qui m'ont paru exactes. Si l'on songe à la petitesse des parcelles qui peuvent se trouver dans des églises et des couvents, et chez des particuliers, nous serons bien au-delà de la vérité. En triplant, pour l'inconnu, le volume connu, on arrive ainsi à quinze millions de millimètres cubes, qui ne font pas le dixième des cent quatre-vingt millions de millimètres que nous trouvons pour le volume de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Tableau des volumes connus de la vraie Croix exprimés en cubes de un millimètre.
| Aix-la-Chapelle | 150 | Laon | » » | | --- | --- | --- | --- | | Amiens | 4.500 | Libourne | 3.000 | | Angers | 2.640 | Lille | 15.112 | | Angleterre | 30.516 | Limbourg | 133.768 | | Arles | 8.000 | Longpont | 1.136 | | Arras | 10.314 | Lorris | » » | | Athes (Moul-) | 878.360 | Lyon | 1.696 | | Autun | 50 | Mâcon | 2.000 | | Avignon | 220 | Maestricht | 10.000 | | Baugé | 104.000 | Marseille | 150 | | Bernay | 375 | Milan | 1.920 | | Besançon | 1.000 | Montepalciano | 500 | | Bologne | 15.000 | Naples | 10.000 | | Bonifacio | 47.960 | Nevers | 876 | | Bordeaux | 3.420 | Nüremberg | » » | | Bourbon Larchambault | 20.275 | Padoue | 64 | | Bourges | 22.275 | Paris | 237.731 | | Bruxelles | 516.090 | Pise | 8.175 | | Chalinargues | » » | Poitiers | 870 | | Châlons | 200 | Pontigny | 12.000 | | Chamirey | 605 | Raguse | 169.324 | | Châtillon | » » | Riel-les-Eaux | 671 | | Cheffes (Anjou) | 100 | Rome | 537.587 | | Chelles | » » | Royaumont | » » | | Compiègne | 1.696 | Saint-Bié | 99 | | Conques | 108 | Saint-Florent | 460 | | Cortone | 3.000 | Saint-Quentin | 5.000 | | Courtrai | 200 | Saint-Sépulcre | 200 | | Dijon | 33.091 | Sens | 69.545 | | Donawert | 12.000 | Sienne | 1.680 | | Faphine | » » | Tournay | 2.000 | | Fiume | 5.250 | Trèves | 18.000 | | Florence | 37.640 | Troyes | 201 | | Gand | 436.450 | Turin | 6.500 | | Gênes | 26.438 | Venise | 445.582 | | Grammont | 5.000 | Venloo | » » | | Jancourt | 3.500 | Valcourt | 2.000 | | Jérusalem | 5.045 | Vambach | » » | | Langres | 200 | TOTAL | 3.941.957 |
En vue de ces faits et des observations qui précèdent, on se demande comment Calvin a pu dire que cinquante hommes ne porteraient pas le bois de la vraie Croix, que la crédulité du catholique adore par tout l'univers ; et Luther, qu'avec les reliques de la vraie Croix, admises par la même superstition, on ferait la charpente d'un immense bâtiment. Lorsqu'en effet il ne reste pas dans le monde la dixième partie d'une seule croix, que penser des millions de dissidents à qui on laisse croire ces singulières exagérations, que penser de la haute critique de nos célèbres penseurs qui partagent ces préjugés et nous reprochent la légèreté de notre croyance ? Voilà les humiliations que l'on se prépare quand on prétend trouver Jésus-Christ en défaut. Quant à nous, après cette étude, nous présentons l'histoire de la Croix de Jésus-Christ comme un témoignage irrécusable de sa passion.
*Les saints clous.* — La première question qui se présente est celle du nombre de clous. M. Robault de Fleury cite plus de vingt auteurs et différents monuments pour prouver que Jésus-Christ fut attaché à la croix avec quatre clous, et cela par les témoignages profanes comme par celui des saints Pères, et des archéologues, des catacombes. (V. p. 166.) Les médecins qu'en a consultés disent que le crucifrement des deux pieds par un seul clou ne serait guère praticable. Les clous devaient être très grands, pour que Notre-Seigneur invitât saint Thomas à y mettre son doigt. Or, les clous de la passion conservés répondent à ces conditions.
En enlevant Notre-Seigneur, les clous ont dû être arrachés avant la déposition, car la tête des clous n'aurait pu passer à travers les chairs. Les clous furent certainement jetés à terre à mesure de l'avancement de la déposition, ainsi que la couronne et le titre. Or, tout ce qui venait de Notre-Seigneur était tellement précieux que ceux qui le déposèrent durent recueillir ces reliques faciles à emporter, auxquelles ils joignirent plus tard les saints linges et les linges innombrables qui avaient dû servir à l'ensevelissement de la victime divine. On peut, sur ce point, s'en rapporter au zèle attentif et si amoureux de l'auguste Mère de Dieu et des saintes femmes. Ce sont ces objets que sainte Hélène recueillit, soit chez les pieuses fidèles, qui les avaient reçus de leurs pères, soit dans le sépulcre.
Calvin compte quatorze ou quinze saints clous, qu'il prétend que les catholiques reconnaissent pour véritables ; mais il en nomme plusieurs dont on n'avait point entendu parler avant lui ; tels sont : celui de l'église de Sainte-Hélène à Rome (cette église est la même que celle de la Sainte-Croix) ; ceux de Sienne, de Venise, des Carmélites de Paris, de la Sainte-Chapelle, de Daguignan, du village de Ténaille (ce village est imaginaire).
Le vrai clou qui est à Rome, dans l'église de la Sainte-Croix, a été limé et n'a plus de pointe aujourd'hui. On a renfermé cette limaille dans d'autres clous faits de la même manière que le véritable, et, par ce moyen, on l'a en quelque sorte multiplié. On a trouvé encore un autre moyen de le multiplier : ç'a été d'y faire toucher des clous semblables, que l'on distribuait ensuite. Saint Charles Borromée, prélat très-éclairé, et de la plus scrupuleuse exactitude en fait de reliques, avait plusieurs clous faits comme celui que l'on garde à Milan, et les distribuait après qu'ils y avaient touché. Il en donna un au roi Philippe II, comme une relique précieuse. Il y a des traces d'une pareille dévotion dans des siècles fort éloignés du nôtre. Saint Grégoire le Grand et d'autres anciens Papes donnaient comme une relique un peu de limaille des chaînes de saint Pierre ; ils en mettaient aussi dans d'autres chaînes faites de la même manière. On lit dans le P. Honoré de Sainte-Marie, un fait qui confirme encore ce que nous venons de dire. Il s'agit d'un miracle authentique opéré par le moyen d'un cœur de taffetas fait à la ressemblance du cœur de sainte Thérèse. L'auteur cité n'était point homme à tout croire indifféremment ; il occupe une place distinguée parmi les critiques les plus judicieux.
Revenons aux vrais clous que sainte Hélène avait trouvés avec la croix du Sauveur. Cette pieuse princesse, étant en danger de périr sur la mer Adriatique, agitée par une violente tempête, y jeta un des clous, qui calma les flots sur-le-champ, Gregor. Turon., l. 1, glor. mart. c. 6. On lit dans saint Ambroise, *de obst. Theod.*, n. 47, et dans d'autres auteurs, que Constantin le Grand en mit un au riche diadème qu'il portait aux jours les plus solennels, et un autre à une bride magnifique de son cheval, le regardant comme un rempart assuré dans les périls de la guerre. Il y avait, au rapport de saint Grégoire de Tours, *loc. cit.*, deux clous à la bride du cheval de l'empereur. L'église métropolitaine de Paris possède deux morceaux de ces clous, l'un provenant du trésor de l'abbaye de Saint-Denis, et l'autre de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Au moment où le premier lui était rendu, Mgr de Québec, archevêque de Paris, remarqua un petit morceau de bois qui était adhérent. En examinant ce bois avec une loupe, on reconnut qu'il était de même nature que celui du grand morceau de la vraie Croix, dont nous venons de parler et qui est maintenant à l'église de Notre-Dame.
M. Robault, dans sa conclusion, nous assure que l'histoire n'a pas perdu de vue ces reliques. Le cercle de fer de Monza, où il y avait du vrai clou, le clou de Trèves complété par celui de Toul, lui paraissent d'une authenticité incontestable. (V. p. 151.)
*Le titre de la Croix.* — Avec la vraie Croix, le titre de la Croix est une des reliques les plus incontestables de la passion de Jésus-Christ. Ce titre nous a été conservé, au moins en partie notable ; et c'est un grand bonheur pour les chrétiens de pouvoir encore lire cette inscription, qui est comme le sceau de notre histoire sacrée, dit M. Robault de Fleury.
On lit dans Niquet (chap. 24, p. 152), cité par le mémoire où nous puisons si heureusement, que l'opinion générale est que sainte Hélène avait envoyé ce titre, avec les autres reliques de la passion, à Rome, avec une quantité suffisante de terre prise sur le Calvaire pour couvrir l'emplacement où est aujourd'hui Sainte-Croix de Jérusalem à Rome, et que c'est de là que cette église a pris son nom.
Un siècle après, Placidius Valentinius III, fils de Constance-César, neveu des empereurs Arcadius et Honorius, par leur sœur Galla-Placida, fille du grand Théodose, orna de mosaïque le lieu où sainte Hélène l'avait mis. Heureusement il avait été placé sous le sommet de l'arc de cette église, où il resta pendant l'invasion des barbares sans attirer leur regard ; et même après cette tempête, et pendant plusieurs siècles de tourmente, on le perdit de vue. Mais en 1492, le cardinal de Sainte-Croix, faisant réparer cet édifice, les ouvriers découvrirent le riche trésor : ce fut une joie universelle, et on vint le voir pendant trois jours. Il y a deux choses dans cette insigne relique, l'enveloppe et la relique elle-même. L'enveloppe est un carré de brique en terre cuite de trois cent vingt millimètres sur deux cent dix millimètres plus grande que le titre et pouvant par conséquent bien cacher la niche où fut enfermée, pendant mille ans, la boîte de plomb qui la contenait. Sur cette brique on lit ces mots gravés au ciseau : *Titulus crucis* ; les lettres antiques de cinquante millimètres de hauteur sont d'une belle époque.
Il faut remarquer qu'on ne possède à Rome qu'un fragment du titre qui représente le centre de l'inscription en trois sortes de caractères, allant tous de droite à gauche : la ligne inférieure laisse lire distinctement en latin : NAZARINVS RE. La seconde ligne en grec : ΝΑΖΑΡΕΝΟΥΣ ; enfin, la ligne supérieure ne laisse apercevoir que l'extrémité inférieure des lettres de la ligne superposée, qui accusent des lettres hébraïques, qu'on ne peut plus lire. Il faut maintenant répondre à des difficultés que l'on a faites et qui réclament de sérieuses explications.
Le père Durand, qui vivait peu de temps après saint Louis, dit qu'il a vu à Paris une tablette portant l'inscription tout entière : *Jesus nazarenus Rex Judæorum*. (Rationale, div. aff., l. VI, p. 354.) Le moine Antonin, voyageant à Jérusalem avant l'invasion des barbares, dit aussi avoir tenu de ses mains, dans l'église du Saint-Sépulcre, le titre de la Croix.
M. Robault de Fleury répond par une explication qui me paraît aplanir ces difficultés. C'est que sainte Hélène a traité le titre comme elle avait fait de la Croix ; elle l'a divisé en plusieurs morceaux, dont le centre a été offert à Rome, et les deux extrémités ont eu une autre destination. L'une des extrémités est restée à Jérusalem, l'autre est venue à Paris. Et on peut ajouter que, pour aider à la lecture de ce titre, on aura ajouté un morceau de bois en harmonie avec le morceau restant de vrai titre, et ainsi on aura pu dire qu'on avait lu le titre entier. Quant au morceau de Rome, il est resté dans son état incomplet, tel qu'il était dans son premier état de division, et la lecture du titre entier ne se trouve que sur une plaque séparée, en terre cuite, et ces lettres sont nécessairement antiques, et n'appartiennent pas au moyen âge.
Cette portion du titre de la vraie inscription qu'on voit à Rome porte avec elle un cachet de son antiquité ; et tout ce qui l'accompagne nous dit que c'est une portion du titre qui fut placé sur la croix de Jésus-Christ. Et disons avec M. Robault de Fleury : « Donc nous possédons, dans son intégrité primitive, la relique donnée à Rome par sainte Hélène. Les objections de détail auxquelles nous allons répondre avec le même auteur, augmentent, au lieu de diminuer, la mesure d'authenticité et de véracité, car elles montrent les difficultés invincibles qu'aurait eu à surmonter un faussaire ».
On a dit : « À cette époque on ne mettait pas encore « pour » en grec, ni la terminaison « » pour » » ; or, *Gretzer et Montfaucon en ont montré plusieurs exemples.* (Voir Mém., p. 193). On a objecté qu'on ne trouvait plus d'écriture *Boustrophédon* dans la langue grecque et romaine, c'est-à-dire de caractère allant de droite à gauche, et voilà que dans Pausanias et dans plusieurs inscriptions d'Italie, on en trouve des exemples. Qui oserait dire qu'un faussaire aurait eu la pensée de se conformer à ces exceptions ? Il n'aurait eu garde de se donner cette apparence d'invraisemblance. On voit par là que l'écrivain du titre a été amené naturellement à suivre ce mode exceptionnel pour les deux dernières longueurs, parce qu'ayant commencé par écrire l'hébreu, il a mis les deux dernières lignes en harmonie avec la première, parce que ce système n'était pas inconnu. J'appelle cela prendre la sincérité sur le fait.
Il y a, au point de vue de la grammaire, diverses anomalies, dans cette écriture, qui nous conduisent également à conclure que ce titre est l'œuvre d'un soldat romain, qui a voulu par exemple faire prononcer le *la* latin, ou en grec, dans *Nazarenous*. De quelque côté donc qu'on envisage ce titre, c'est un titre certain et un témoin irrécusable de la passion de Jésus-Christ.
*La couronne d'épines.* — Cette insigne relique, peut-être la plus remarquable de celles que possèdent les chrétiens, à cause de son intégrité relative, nous vient sans conteste de saint Louis et est conservée dans le trésor de la cathédrale de Paris ; ici nous allons seulement un peu abréger M. Robault de Fleury. (P. 293.)
Comme les autres reliques de la passion, elle demeure cachée pendant les trois premiers siècles sous les empereurs païens, aux yeux desquels on dérobait tout ce qui était saint pour les chrétiens. En 409, saint Paulin, évêque de Nole, en admettait l'existence comme un fait notoire ; saint Grégoire de Tours paraît être le premier qui en ait parlé explicitement ; le *patriarche de Jérusalem*, vers l'an 800, envoya à Charlemagne un clou, des épines et un morceau considérable de la Croix. Charles le Chauve donna ces reliques à l'abbaye de Saint-Denis. Une inscription du XIIe siècle, placée sur son tombeau, rappelle cette donation.
Au temps de la première croisade, pour engager les Latins à s'emparer de Constantinople, Alexis Comnène écrivit, en 1100, à Robert, comte de Flandre, que l'on conservait beaucoup de reliques insignes à Constantinople ; voici les reliques auxquelles il faisait allusion :
* La colonne à laquelle Notre-Seigneur a été attaché ; le fouet dont il a été flagellé ; la robe de pourpre dont il a été revêtu ; la couronne d'épines ; le roseau qu'on lui a donné pour sceptre ; les habits dont on l'a dépouillé ; une partie considérable de sa croix ; les clous qui ont servi à son crucifement ; les linges trouvés dans son tombeau.
En 1228, l'empereur de Constantinople, Baudouin II, avait emprunté aux Vénitiens une somme de 13.075 hyperpères correspondant à 156.900 livres de notre monnaie. Ne pouvant se libérer, il s'adressa au roi de France qui paya la dette et devint possesseur des reliques que l'empereur avait consignées comme gage entre les mains de ses prêteurs (1239).
Quelques années après, saint Louis ayant reçu de l'empereur Baudouin une portion considérable de la vraie Croix avec d'autres reliques, fit bâtir sur l'emplacement de l'ancienne chapelle du Palais celle qu'on voit aujourd'hui. Cet édifice, commencé vers 1244, et fini en 1248, coûta au pieux monarque environ 40.000 livres de son temps, évaluées communément à 800.000 livres de notre monnaie.
C'est dans le même temps que, par un singulier rapprochement, les Pisans consacrèrent un reliquaire du même genre à une autre portion de la sainte couronne d'épines. Et la *Santa-Maria della Spina* de Pise est, comme la Sainte-Chapelle de Paris, une merveille d'architecture ; c'est là qu'ont été conservées deux parties de la couronne, suffisantes pour nous bien faire connaître cet horrible instrument de supplice de Notre-Seigneur, et par une autre coïncidence, qui marque bien l'instabilité des choses humaines, ni l'une ni l'autre châsse de marbre ou pierre n'a gardé jusqu'à présent sa relique ; mais ces deux reliques sont entières, et les châsses restaurées pourraient encore les recevoir. (Robault, p. 204.)
La châsse de Notre-Dame de Paris rappelle la mémorable histoire de la relique dont saint Louis avait enrichi la fille aînée de l'Église. On lit sur la première face : « La sainte couronne de Jésus-Christ, conquise par Baudouin à la prise de Constantinople, en 1204, engagée aux Vénitiens, en 1228, fut reçue avec grande piété par saint Louis à Villeneuve, près Sens, le 10 août 1239 ». Sur la seconde face : « Transférée de la Sainte-Chapelle à l'abbaye de Saint-Denis, en France, par ordre de Louis XVI, en 1791, rapportée à Paris, en 1793, dépouillée à l'Hôtel des Monnaies et portée à la Bibliothèque nationale en 1794, elle fut enfin restituée à l'église Notre-Dame, par ordre du gouvernement, le 26 octobre 1804 ». Sur la troisième face : « Reconnue le 5 octobre 1805 par P. Dienaz et Ch.-N. Warin-Flot, vicaire général de Coutances, chargé en 1791 d'en prendre une parcelle pour Port-Royal, elle a été transportée solennellement à l'église Notre-Dame, par J.-B., cardinal de Belloy, archevêque de Paris, le 10 août 1806 ». Elle est renfermée dans un anneau de cristal relié par du bronze doré et des fils de soie rouge.
La couronne elle-même se compose de petits joncs réunis en faisceaux. Le diamètre intérieur de l'anneau est de deux cent dix millimètres ; la section a quinze millimètres de diamètre ; les joncs sont reliés par quinze ou seize attaches de joncs semblables. Un fil d'or court au milieu des attaches pour consolider ces pieux débris. Le diamètre des joncs, qui sont très-fins, varie de un millimètre à un millimètre et demi, quelques-uns sont pliés et font voir que la plante est creuse ; leur surface, examinée à la loupe, est sillonnée de petites côtes.
Voici maintenant une bien judicieuse réflexion de M. Robault de Fleury. Indépendamment de l'authenticité que l'histoire assure à la relique de Notre-Dame, l'espèce d'invraisemblance qui l'environne au premier aspect et qui cesse bientôt après un examen attentif, prouve qu'elle était vraiment la couronne de Notre-Seigneur. Si on eût voulu composer une couronne d'après l'idée toute naturelle qu'on devait s'en faire, et que les peintures ont suivie sans réflexion, on n'aurait pas simulé un anneau de joncs au lieu d'épines, et on ne l'aurait pas fait d'ailleurs trop grand pour la tête.
Pour bien comprendre la valeur de ce cachet d'authenticité, il faut que le lecteur sache que, d'après les observations scientifiquement spéciales de M. Robault, il est constaté que la sainte couronne de Paris n'est pas une couronne d'épines, mais un cercle en jonc, *Juncus balticus*, originaire des pays chauds, et ce cercle trop large d'ailleurs pour être adapté seul à la tête de Notre-Seigneur ne servit à la passion que de support pour y ajouter et superposer une couronne pleine d'épines qui couvrait toute la tête et se rattachait à ce cercle. Les épines étaient une espèce de rhamnus.
D'après cette heureuse découverte, on comprend l'usage exact de la couronne de Notre-Dame ; pourquoi elle est de nature différente des autres branches d'épines qui sont conservées dans diverses églises et qui furent la couronne proprement dite, et le vrai instrument du supplice ; on n'est plus étonné de voir une couronne en apparence entière à Paris, et de plus, diverses petites branches et des épines isolées et détachées en cent trois villes de la chrétienté ; mais la plus notable partie se trouve à Pise, à Trèves et à Bruges. Celles de Trèves, venues de sainte Hélène, ont un grand caractère d'authenticité, et ressemblent parfaitement à celles de Pise.
J'ajoute que j'ai été bien frappé en lisant le verset 14 du chapitre IX des Juges, qui dit : *Dixerunt omnia ligna ad rhamnum : Veni, et impera super nos*. Est-il possible de ne pas y voir le rôle que cet arbrisseau devait jouer dans la grande scène du Calvaire ? Le rhamnus devient le signe et l'illustration de la royauté de Jésus-Christ ; et cette royauté, le rhamnus l'a écrite avec un sang divin.
*Les saintes robes de Trèves et d'Argenteuil.* — Arrivons maintenant aux vêtements du Sauveur. Il est question, dans le récit de la passion, de sa robe tirée au sort, et c'était l'accomplissement d'une prophétie. Or, cette robe, nous la possédons encore comme une pièce à conviction ; nous possédons avec elle plusieurs autres vêtements qui ont eu l'honneur de couvrir la sainte humanité de Jésus-Christ.
Jésus-Christ devait avoir, selon la coutume des Juifs, une tunique, espèce de chemise sans couture, une robe par-dessus, semblable à la soutane des ecclésiastiques, et enfin un manteau, vêtement extérieur qui s'enlevait aisément et ne se conservait pas dans l'intérieur des appartements. On regarde comme certain que Jésus-Christ, dans sa passion, n'avait conservé qu'un seul de ses vêtements habituels, et dans deux circonstances il fut revêtu de robes de dérision, de la robe blanche devant Hérode, et de la robe d'écarlate devant Pilate et le peuple juif.
Les villes de Trèves et d'Argenteuil possédaient chacune une tunique que l'on dit avoir appartenu à Notre-Seigneur, et chacune croyait autrefois posséder la robe sans couture ; ce qui mettait dans les esprits une confusion regrettable. Mais des études récentes ont démontré que les deux peuvent être véritables. Il est certain que la longue robe, conservée et honorée à Trèves, est différente de celle d'Argenteuil. C'est la première qui est arrivée d'abord en Europe, parce que ce fut sainte Hélène elle-même qui l'envoya à Evagrius, évêque de Trèves.
On ne doit pas être surpris que la ville de Trèves ne puisse montrer de documents écrits constatant l'authenticité, qu'à partir du XIIIe siècle. Qui ne connaît les malheurs de cette cité pendant l'invasion des Barbares, particulièrement au Ve siècle ? Cent fois la possession de cette ville a été disputée entre les Gaulois, les Francs, les Suèves, etc., et toujours elle a été victime de la part des vaincus comme des vainqueurs. Comment chercher des monuments écrits sous ces décombres ? Mais les traditions se sont accrues, et toutes, dit M. Robault, elles sont d'accord sur l'authenticité des reliques.
Cependant l'église de Trèves a un monument écrit : c'est un diptyque en ivoire, ouvrage romain de la décadence, qui représente l'introduction des reliques de Trèves dans cette ville et leur réception par sainte Hélène. En 1196, l'archevêque Jean, faisant travailler à la cathédrale, trouva la cassette qui contenait la sainte robe. À partir de ce moment jusqu'en 1512, elle resta sous le maître-autel sans être exposée ; et après bien des vicissitudes, de 1512 à 1810, elle revint à Trèves d'où elle avait été éloignée pendant un siècle. La caisse contenant la sainte robe fut déposée dans la chambre aux reliques et ouverte.
La haute antiquité du vêtement est évidente. La sainte robe est plus brune à l'intérieur qu'à l'extérieur, blanchâtre en quelques places, grisâtre dans le reste. On crut n'y trouver aucune espèce de couture ; mais le dos avait été couvert de gaze, parce que le tissu se défaisait en beaucoup de places, et que les fils pendaient. Les fils sont si fins qu'on les distingue à peine à l'œil nu. La matière semble être des filaments d'orties. Longueur, un mètre cinquante-cinq centimètres ; manche, soixante-treize centimètres ; largeur, au bas, un mètre seize centimètres. Lorsque cette relique fut exposée en 1810, plus de deux cent mille pèlerins y affluèrent.
Les titres d'authenticité de la robe d'Argenteuil sont parfaitement établis et distribués de siècle en siècle, de manière qu'on ne la perd pas de vue depuis Grégoire de Tours qui en fait l'historique depuis l'origine. Il dit que cette tunique, achetée par les fidèles, fut portée à une ville de Galatie, province de l'Asie-Mineure, à cent cinquante milles de Constantinople. La relique y était conservée dans une basilique consacrée aux saints archanges, et dans un caveau secret, dans un coffre de bois ; de là elle fut transportée à Jaffa pour être à l'abri des attaques du roi de Perse, marchant sur l'Arménie et l'Asie Mineure, en 590, où il détruisait toutes les églises. L'an 594, cette robe fut solennellement transportée à Jérusalem par trois patriarches, Grégoire d'Antioche, Thomas de Jérusalem et Jean de Constantinople, et une foule de peuple. (Gretzer, l. IV, c. 97.) Vingt ans après, Chosroès la prit et l'emporta en Perse. Héraclius la reprit en 627, et la transporta à Constantinople, puis à Jérusalem, pour la rapporter enfin à Constantinople où elle était plus en sûreté. L'impératrice Irène, envoyant de riches présents à Charlemagne, y comprit la tunique sans couture de Notre-Seigneur. Charlemagne avait une sœur nommée Gisèle, qui habitait depuis quelque temps un monastère à Argenteuil, près de Paris, et dépendant de Saint-Denis. Théodrade, fille de Charlemagne, se consacra à Dieu dans le même monastère, et l'empereur demanda qu'elle y fût abbesse. Comme il aimait beaucoup cette princesse, il fit, en sa faveur, la translation solennelle dans cette abbaye de la précieuse relique, le 13 août 800.
Le curé d'Argenteuil a eu la pensée malheureuse de diviser la sainte tunique en plusieurs parties pour mieux la soustraire aux profanations, en sorte qu'il est aujourd'hui difficile de la restituer dans sa première forme. Mais les anciennes descriptions sont là qui nous disent ce qu'elle était, c'est-à-dire la même forme que celle de Trèves, seulement un peu plus courte. Selon M. Davin, le tissu est en poil de chameau assez lâche, et ressemble à du canevas dont les fils seraient très-tors. Les fils sont distribués à deux millimètres pour trois fils. Elle est faite à l'aiguille, tissée de haut en bas dans toute son étendue, sur le plus simple des métiers, telle qu'une tablette recevant sur les deux faces la chaîne et la trame. Les bras n'étaient couverts qu'à moitié, et le vêtement pouvait descendre jusqu'au bas du genou.
Il semble démontré, dit M. Robault, que Trèves possède la robe longue de dessus, tissée en lin fin, ornée de dessins, etc., et Argenteuil, la tunique plus courte, sans couture, grossièrement tissée d'un seul fil en poil de chameau. Toutes les deux ont été portées par Notre-Seigneur ; mais c'est la dernière qu'il avait sur le Calvaire. Moscou croit posséder une robe de Jésus-Christ. Il pourrait se faire que ce fût une partie du manteau, d'après ce que M. Prilejoff a communiqué à M. Robault à ce sujet. Rien n'empêche qu'il y ait dans plusieurs autres lieux des reliques des vêtements de Jésus-Christ ; car, en ajoutant les morceaux qui se trouvent à Saint-Frazède, à Saint-Roch, à Rome, le vestiaire connu de Jésus-Christ n'est pas fort considérable, et assurément tout ne nous est pas parvenu. À Venise, il y a un morceau de la robe blanche de dérision portée devant Hérode. On montre à Saint-François de Philipo-Anagni, en Italie, à Saint-Jean de Latran et à Sainte-Marie-Majeure, des morceaux de la robe de pourpre, dont Notre-Seigneur fut revêtu dans le palais de Pilate.
*Les saints suaires.* — Que n'a-t-on pas dit d'insultant contre la piété des fidèles et contre la dignité de l'Église sur la facilité qu'on lui reproche de laisser exposer à la vénération des chrétiens un grand nombre de suaires, de robes et de voiles, comme instruments de la passion ? Ici, comme sur tant d'autres points de la croyance religieuse, des études plus approfondies apprendront aux téméraires frondeurs qu'il est dangereux de condamner l'Église. Quand donc notre siècle voudra-t-il se résigner à ne prononcer des condamnations, que lorsqu'il aura bien connu les pièces du procès ?
Que nous dit l'histoire sur la manière d'embaumer chez les Juifs, du temps de Notre-Seigneur ? On aurait déjà pu savoir par saint Jean (chap. XX), que, dans l'embaumement des morts, on se servait de plusieurs enveloppes ; on parle de *linteamina* au pluriel, et de *sudarium*, autre objet mis à part dans le sépulcre après la résurrection. Il faut donc se défaire d'une idée puisée dans les usages modernes, qui ne représentent qu'un seul suaire pour un seul mort. Au chapitre XI, 44, saint Jean nous montre Lazare sortant du tombeau ; mais il avait, les pieds et les mains liés avec des linges et des bandelettes. M. Robault pense avec Langellé et bien d'autres savants, et cela est incontestable, que la manière d'ensevelir les morts chez les Égyptiens fut pratiquée aussi par les Hébreux et se conserva jusqu'au temps de Notre-Seigneur. Il y avait trois manières d'embaumer chez les Égyptiens. Selon Diodore, l'une coûtait un talent, cinq mille cinq cent francs ; l'autre deux mines, mille huit cent cinquante-trois francs ; et la troisième, très-peu. Sans doute, les momies qui nous sont parvenues, avaient été l'objet d'un embaumement très-soigné. On en peut voir le détail dans le même historien. (Livre Ier, ch. 91.) Hérodote dit les mêmes choses. Vont-on savoir quelle quantité de toile entre dans ces somptueuses sépultures ? L'arabe Abdallatif vous le dira. Il y en a, dit-il, où il entre plus de mille aunes de toile de chanvre. On peut comprendre par là qu'on en faisait encore une dépense considérable, même dans les ensevelissements de deuxième classe. En 1867, tout Paris fut témoin, à l'exposition, du dépouillement de momies qui donna une quantité prodigieuse de linges. Avant d'aller plus loin, insistons encore, pour établir que, sur ce point, les usages des deux peuples étaient semblables. On peut dire que, dans tout ce qui n'était pas défendu par la loi, les Hébreux avaient emprunté beaucoup au peuple chez lequel ils avaient vécu plusieurs siècles, dont Moïse avait connu la science, dont la langue était encore connue au temps d'Abraham, puisqu'il parlait au roi sans truchement. Voici ce que dit la Genèse, et c'est un fait important (Genèse, ch. 50, v. 2) : Joseph commanda à ses serviteurs et aux médecins d'embaumer le corps de son père, et il fallut quarante jours pour terminer cet embaumement. C'était évidemment la méthode égyptienne, décrite par les historiens dont nous venons de parler. La similitude des usages est donc bien établie. M. le chevalier de Rossi a montré à M. Robault, dans le cimetière de Saint-Callixte, un corps embaumé et enveloppé tout à fait à la façon égyptienne, et on sait que les inhumations des catacombes sont des premiers siècles de l'ère chrétienne.
Peut-on croire maintenant qu'un homme riche, comme Joseph d'Arimathie, et les saintes femmes n'ont pas prodigué ce qu'ils avaient de plus précieux chez eux, en bijoux, en aromates, en linges, pour en faire usage au Maître vénéré ?
Malgré le soin que prirent le bienheureux Joseph et les saintes femmes d'étancher le sang, comme l'ensevelissement eut lieu immédiatement après la mort, il est très-vraisemblable de dire que le sang a pu traverser plusieurs plis des linceuls et donner lieu à l'existence de plusieurs suaires portant des empreintes, que l'on a vénérées dans différentes villes de la chrétienté, et on peut affirmer que tous les linceuls ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Si donc il est une chose qui doit causer de l'étonnement, ce n'est pas qu'il y ait eu des saints suaires à Besançon, à Turin, à Cahors, à Cadouin, à Carcassonne et à Rome ; mais qu'il n'en soit pas resté davantage, et cela prouve la sincérité et la bonne foi des chrétiens, à qui il répugne naturellement d'employer la fourberie dans une matière si grave. Seule doute la sainteté des choses n'en empêche pas l'abus ; mais il faut qu'il y ait un intérêt humain considérable. Ici où serait-il ? L'excommunication menace ceux qui en font trafic.
*La *santa scala*, le roseau, l'éponge, la lance.* — L'escalier du palais de Pilate fut transporté à Rome par sainte Hélène, en 326, et déposé à Saint-Jean de Latran. En 850, saint Léon IV établit la dévotion de le monter à genoux. Comme on ne pouvait monter ces escaliers qu'à genoux, les marches en étaient tellement usées qu'il a fallu les recouvrir de doublures de bois de noyer ; ces doublures sont évidées par devant, de manière à laisser voir la relique, qui se compose de vingt-huit marches en marbre blanc, dont les veines, légèrement grises, sont dans le sens de la longueur des marches. Il n'y a pas de moulures sur le devant ; elles ont, les huit premières, 3 m. 30 c. de longueur ; et les autres, 2 m. 50 c.
Le dôme de Florence possède un petit fragment du roseau de la royauté dérisoire de Jésus-Christ ; un autre plus considérable, cent dix millimètres, est au couvent d'Andechs, en Bavière, et un autre de cent quatre-vingts millimètres au couvent de Vatopédi, du Mont-Athos. En réunissant tous ces fragments, nous ne passons guère trois cent millimètres : le roseau devait dépasser de beaucoup cette longueur. Ici encore, comme pour la plupart des saintes reliques, il y a eu déperdition, au lieu de fausse multiplication.
À la prise de Jérusalem par les Perses, en 614, la sainte éponge fut portée à Constantinople le 14 septembre de la même année. Saint Grégoire de Tours, quelques années auparavant, en parle comme d'une relique que l'on vénérait publiquement à Jérusalem avec la lance et le roseau, la couronne d'épines et la colonne, sans marquer le lieu où on les gardait. Le vénérable Bède l'a vue à Jérusalem dans le calice de Notre-Seigneur, calice d'argent qu'on croyait avoir servi à la cène. Un fragment de la sainte éponge est venu en France avec les reliques offertes à saint Louis ; Saint-Jacques de Compiègne en a eu une petite parcelle. On en voit aussi des fragments à Rome dans les églises de Saint-Sylvestre, de Saint-Jean de Latran, de Sainte-Marie-Majeure, Sainte-Marie in Transtevere, Saint-Marc et Sainte-Marie in Compitelli. Toutes réunies ne formeraient, selon toute apparence, qu'une éponge assez médiocre de grandeur.
Du temps du vénérable Bède, la sainte lance était renfermée dans une croix de bois sous le portique du Martyr, église construite par Constantin. L'évêque François-Adolphe l'a vue également. Selon Grégoire de Tours, elle fut transportée de Jérusalem à Constantinople, au temps d'Héraclius. En 1092, les croisés la trouvèrent à Antioche ; en 1243, Baudouin en céda la pointe à saint Louis. Une partie de la lance fut envoyée par Bajazet, en 1492, à Innocent VIII, qui la plaça à Saint-Pierre de Rome, où elle est en grande vénération. Bajazet fit dire que la pointe était en France. Benoît XIV fit venir de Paris la pointe de la sainte lance, afin de la rapprocher de la lance elle-même, déposée dans la basilique de Saint-Pierre, et il constata que l'adaptation était satisfaisante.
*La pierre où fut posée la croix : — la pierre de l'onction.* — Mgr Mislin a dénoncé une supercherie des Grecs. La cavité, qui est au sommet du Calvaire, n'est pas celle où la croix fut plantée. Dans le bouleversement arrivé dans l'incendie de 1808, ils enlevèrent la pierre dans laquelle avait été enfoncée la vraie croix, pour la transporter à Constantinople, et mirent une autre pierre à la place, et la véritable fut perdue dans un naufrage. Mais, si le zèle jaloux des chrétiens enlève les pierres, on ne peut enlever les lieux.
En descendant du Calvaire, on trouve immédiatement la pierre de l'onction sur laquelle Joseph d'Arimathie embauma le corps de Jésus. Longue de huit pieds, large de deux, elle est aujourd'hui revêtue d'une table de marbre rouge qui n'a que quelques pouces d'épaisseur. Elle est entourée de grands candélabres et de dix lampes en argent.
*La colonne de la flagellation ; — le saint sang.* — La colonne, à laquelle Jésus-Christ fut lié pendant sa flagellation, se gardait anciennement à Jérusalem sur le Mont-Sion avec d'autres saintes reliques. C'est ce que nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze, *or.* 1, *in Julien.*, de saint Paulin, *ep.* 34 ; de saint Grégoire de Tours, *l.* 1er, *de glor. mart.*, c. 7 ; du vénérable Bède, *de locis sanctis*, c. 3 ; de saint Prudence ; de saint Jérôme, etc. Cette colonne se voit présentement à Rome, à travers un grillage de fer, dans une petite chapelle de l'église de Sainte-Praxède. Suivant une inscription placée au-dessus de la chapelle, elle y fut apportée, en 1223, par le cardinal Jean Colonna, légat du Saint-Siège en Orient, sous le pape Honorius III. Elle est de marbre gris, et longue d'un pied et demi. Elle a, dans sa base, un pied de diamètre et huit pouces seulement par le haut. Le socle de la colonne est conservé dans le riche trésor de Saint-Marc, à Venise. On y voit encore un anneau de fer auquel on attachait les criminels. Quelques-uns pensent qu'elle n'est que la partie supérieure de la colonne dont parle saint Jérôme : mais on n'y aperçoit aucune marque de fracture. Les Juifs fouettaient les criminels, premièrement sur le dos, ensuite (au moins souvent) sur le ventre, puis sur les deux côtés. Il paraît que la même chose s'observait chez les Romains.
Le *sang* de Jésus-Christ, que l'on garde en quelques endroits, et dont le plus fameux est celui de Mantoue, provient de ce qui a quelquefois découlé miraculeusement des crucifix que des Juifs ou des païens ont percés en haine du Sauveur. Ces miracles si touchants sont racontés et établis d'une manière péremptoire dans des histoires fort authentiques. Voir saint Thomas, *l.* III, p. 54, a. 2, ad 5 ; et *quod*, l. V, a. 5.
*Le saint bandeau.* — M. Baras, curé de Saint-Céré (Lot), a signalé à notre attention l'existence d'une précieuse relique de Notre-Seigneur Jésus-Christ, oubliée depuis longtemps, et que possède une petite église de campagne, au diocèse de Cahors. Cette relique se rattache à la vie de saint Namphase dont le tombeau est dans l'église de Caniac. Saint Namphase fut le restaurateur de l'abbaye de Marcillac à laquelle fut donnée, par Charlemagne, la précieuse relique dont nous parlons. C'est le saint bandeau dont furent couverts les yeux de Notre-Seigneur, dans la maison de Caïphe, lors de la scène décrite par l'Évangile : « On commença à lui voiler la face, à le souffler et à lui demander qui le frappait ». La petite église de Saint-Julien de Lunegarde a le bonheur de posséder cette insigne relique depuis plusieurs siècles.
Ce bandeau est un morceau de toile de lin assez long pour faire le tour de la tête, et large d'environ dix centimètres ; il présente de nombreuses taches de sang.
L'historien Dominicy, dans son ouvrage *De Sudario capitis Christi*, imprimé à Cahors en 1640, dit : *Asservatur in ecclesia S. Juliani de Lunegarde (cujus praesentatio ad abbatem Marciliacensem pertinet), tenue velum ex lino ægyptio ; idemque illud esse dicunt quo Christi faciem militas obduxere, dum per ludibrium colaphis cæderetur. Est et in eadem Ecclesia, frustum arundinis, et in signum regni affectati, pro sceptro traditæ, p. 47... Hanc porro camobio Marciliacensi, cum velo quo Christus eadem in cena obductus fuit, a Carolo Magno illius monasterii restauratore olim vetus affirmat traditio, eamque postmodum ecclesiæ de Lunegarde, ab illius camobii abbatibus traditam, et locus ille (qui ab hoc monasterio ad hoc pendet), vasta superioris Cadurcinii solitudine et sylva horrenda obsitus, tantorum pignorum gratia, a populis devotionis ergo adeuntibus in posterum frequentaretur... Sacros quamplures reliquias in multis Galliarum ecclesiis (Carolum Magnum) depaeuisse nemo potest inficiari, illosque maximè ab oriente quæzitas, p. 50.*
Ces textes si précis de l'historien du Quercy, acquièrent, à nos yeux, une nouvelle autorité d'un monument qui m'a été communiqué par M. l'abbé Ayrales retiré à Saint-Chigues, paroisse de Saigros, canton de Saint-Ceré. C'est un acte notarié sur parchemin dans lequel est rapporté : 1° la présentation faite par l'abbé de Marcillac d'un nommé Jeanny de Podio de Cardailhac en remplacement d'un certain Valette, démissionnaire à la cure de Saint-Julien de Lunegarde ; 2° la nomination faite de ce même de Podio (Dupuy probablement) à ladite cure, pour le frère et vicaire général de Mgr Antoine d'Alamand, évêque de Cahors. Cet acte est de l'année 1468. — Cet acte suppose que le droit de présentation, exercé par l'abbé de Marcillac, existait avant cette époque. Ne peut-on pas conclure raisonnablement que le saint bandeau avait déjà été déposé à Lunegarde à une époque antérieure à l'année 1468 ?
Je crois que Dominicy commet une erreur en parlant d'un *fragment du roseau*. Je suis convaincu, comme le porte l'inscription attachée à la relique, que c'est de la vraie croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui fut déposée dans l'église de Saint-Julien de Lunegarde en même temps que le saint bandeau.
Le titre authentique de ces reliques n'existe plus. M. Pons, curé de Lunegarde avant 1789, et mort, je crois, en 1834, a dit, à plusieurs personnes qui me l'ont rapporté, « qu'il avait eu ce titre en sa possession, mais qu'il l'avait perdu à l'époque de son émigration ». Ceci nous a été attesté par feue Mme Pons de Reilhac, mère de M. Antoine Pons, notaire ; par Mme feue Claretty, mère de Mme Pégourie du Grand-Domaine, et par M. Laveyflières, curé de Saint-Martin-de-Désarnat, ancien curé de Lunegarde, précédemment vicaire de M. Pons.
Il est certain que de temps immémorial il y a eu des pèlerins se rendant, par dévotion, à Lunegarde. 1° La fontaine, où les pèlerins vont encore puiser de l'eau, en est une preuve. Son nom *Font-Roumine* veut dire fontaine des pèlerins, *Font des Roumious*. Au moyen âge, on avait donné, dans le langage du pays, le nom de *Roumious*, qui va à Rome, à ceux qui entreprenaient un pèlerinage quelconque, parce que le pèlerinage de Rome étant le plus célèbre, on appelait *Roumious* ceux qui s'y rendaient. Il existe, à Rocamadour, un chemin qu'on appelle *lou Comi des Roumious*. 2° Les vieillards, que j'ai connus à Lunegarde, m'ont affirmé que, de tout temps, le pèlerinage avait été fréquenté, surtout avant la grande Révolution. On s'y rendait même de l'Auvergne, comme l'a attesté un marchand colporteur de ce pays-là qui me disait « avoir entendu dire à son grand-père, mort nonagénaire, alors qu'il était lui-même petit enfant, qu'on allait d'Auvergne en pèlerinage à Lunegarde ». Ce marchand s'appelait Andrieu et était âgé de plus de soixante ans. Ce témoignage est antérieur à 1850. J'atteste, dit en terminant M. l'abbé Baras, la vérité des témoignages ci-dessus.
Cl. *La Bible sans la Bible*, 2 gr. v. in-8°, 2e éd., Bar-le-Duc, 1871-72.
Événements marquants
- Invention de la vraie Croix par sainte Hélène
- Prise de la Croix par Kosroës II en 614
- Retour de la Croix à Jérusalem par Héraclius
- Découverte du titre de la Croix en 1492
- Translation de la couronne d'épines par saint Louis en 1239
Miracles
- Calme d'une tempête par le jet d'un saint clou dans la mer par sainte Hélène
- Conservation parfaite de bois antiques confirmant la possibilité de survie de la Croix
- Sang découlant miraculeusement de crucifix percés
Citations
Titulus crucis
Nazarinus Re