Saint Marcel de Paris
Évêque de Paris
Résumé
Né à Paris et élevé par l'évêque Prudence, Marcel devint évêque de la cité au Ve siècle. Célèbre pour ses miracles, notamment celui du fer embrasé et du changement de l'eau en vin, il est surtout connu pour avoir dompté un serpent monstrueux qui terrorisait la ville. Il est l'un des trois patrons de Paris.
Biographie
SAINT MARCEL, ÉVÊQUE DE PARIS
La vertu est la chose du monde la plus facile; il n'est besoin pour l'acquérir ni de richesses, ni de puissance, ni d'amitié, ni d'aucun autre secours : il suffit de vouloir.
Saint Jean Chrysostome.
Saint Marcel naquit à Paris de parents d'une condition médiocre; cependant, comme ils avaient la crainte de Dieu, ils prirent grand soin de lui inspirer la piété dès son enfance. La grâce le prévint aussi avec une telle abondance que, dès ses plus tendres années, on voyait déjà reluire en lui le concert de toutes les vertus. Prudence, alors évêque de Paris, le reçut volontiers au nombre de ses clercs et, bientôt après, il l'éleva au rang des lecteurs. Ce fut dans cet emploi qui l'approchait de bien près des saints autels et qui l'obligeait de lire l'Écriture sainte et les plus beaux traités des Pères de l'Église, qu'il devint un homme tout miraculeux.
Fortunat, évêque de Poitiers, qui a écrit sa vie, dit qu'un jour étant allé à la boutique d'un serrurier (on n'en sait pas le motif), cet artisan rustique et inhumain le pressa de prendre dans ses mains un barreau de fer tout embrasé pour lui dire combien il pesait. Le saint jeune homme, qui était la douceur même et ne savait résister à personne, se soumit à ce qu'il
voulut : il saisit la barre, la souleva, et dit qu'elle pesait neuf livres. Trois miracles éclatèrent en cette action. Le premier, qu'il toucha et mania ce fer sans se brûler ; le second, qu'il le souleva facilement nonobstant sa pesanteur ; le troisième, qu'il connut au juste de quel poids il était : car il pesait effectivement neuf livres. Ainsi, la vertu et la gloire de Marcel prirent également croissance avec son âge ; et Prudence, son évêque, ne différa guère à le faire sous-diacre, afin d'avoir le bonheur de se servir de son ministère à l'autel.
Le ciel voulut encore applaudir à cette élection par deux merveilles. Un jour de l'Épiphanie, Marcel, versant de l'eau sur les mains de ce prélat, pour la célébration des saints mystères, toute l'eau du vase qu'il avait puisée dans la rivière de la Seine se trouva changée en vin. Prudence en fit mettre dans le calice pour la consécration du sang de Jésus-Christ ; et, après la messe, il en fit distribuer au peuple pour la communion. Cependant, il ne diminua point, et le vaisseau demeura aussi plein qu'il était auparavant. On en donna ensuite à plusieurs malades, et ce fut un remède souverain pour la guérison de tous leurs maux.
Donnant encore une autre fois à laver à son évêque, l'eau se changea en une liqueur parfumée et en une sorte de chrême. C'était un heureux présage qu'un jour il recevrait lui-même l'onction épiscopale et qu'il consacrerait le chrême par les paroles de bénédiction qu'il prononcerait dessus, de même qu'il en avait produit d'une manière miraculeuse par le seul attouchement de ses mains. Mais, avant sa promotion, Dieu voulut encore l'honorer par un nouveau miracle sur la personne de son évêque. Il y avait dans sa cathédrale, un enfant de chœur, appelé Mintuce, âgé seulement de dix ans, dont la voix était si charmante, qu'elle ravissait tous ceux qui l'entendaient. L'archidiacre, voulant un jour avoir cette satisfaction, lui ordonna de chanter quelque antienne le plus mélodieusement qu'il pourrait ; il le fit, par obéissance ; mais l'évêque, qui avait donné cette commission à un autre, en fut tellement indigné, qu'il commanda qu'on fouettât cet innocent. On exécuta incontinent son ordre ; mais à peine Mintuce eut-il reçu le premier coup, que Prudence devint muet, sans pouvoir prononcer une parole. Le cri de l'enfant lui ferma la bouche, et lui ôta la faculté de parler. Comme cette impuissance lui durait toujours, Marcel, son sous-diacre, eut pitié de lui ; et, après lui avoir humblement démontré qu'un si grand mal lui était arrivé en punition d'une jalousie secrète qu'il avait eue de la voix angélique de son enfant de chœur, il lui rendit la parole qu'il avait perdue.
Peu de temps après, Dieu ayant appelé Prudence à lui, et la cérémonie de sa sépulture s'étant faite dans la chapelle de Saint-Pierre et de Saint-Paul, où depuis l'église de Sainte-Geneviève a été bâtie, le clergé et le peuple de Paris élurent unanimement Marcel pour leur pasteur. Il eut bien de la peine à consentir à cette élection, dont son humilité lui persuadait qu'il était indigne ; mais, plus il tâchait de s'en défendre, plus tout ce qu'il y avait de considérable dans la ville souhaitait de vivre sous sa conduite. Il fut enfin forcé de se rendre, pour ne pas s'opposer à la volonté de Dieu, qui l'avait choisi dans le ciel avant que les hommes ne l'eussent élu et nommé sur la terre. Il s'appliqua aussitôt avec une ferveur admirable à toutes les fonctions de sa charge, à la conversion des pécheurs, à l'instruction des ignorants, à la réconciliation de ceux qu'il trouvait dans les sentiments d'une véritable pénitence, à la visite des malades, au soulagement des pauvres, au secours des prisonniers, à l'administration des sacrements, au jugement des procès, et travailla à entretenir la bonne amitié entre ses ouailles, et ces actions de vigilance et de charité lui concilièrent tellement l'estime et l'amour de son peuple, qu'il n'y avait personne dans Paris qui ne l'honorât comme son pasteur et qui ne le chérît comme son père.
Ce saint Prélat, apercevant dans son église un homme chargé de chaînes, qu'une vertu céleste empêchait d'approcher des divins sacrements, lui demanda ce qu'il avait fait. Ce misérable répondit qu'il était grand pécheur et indigne des faveurs de la divine miséricorde. Le Saint l'engagea à se confesser, et, après l'absolution, il lui rendit la liberté et le pouvoir de participer aux saints mystères.
De plus, il y avait dans Paris une dame de grande qualité, qui, ayant vécu dans le désordre, mourut aussi dans l'impénitence. Son crime n'était pas inconnu ; mais, parce qu'elle était chrétienne, et qu'on ne l'avait pas retranchée du corps de l'Église par l'excommunication, elle ne laissa pas d'être inhumée dans le cimetière commun des fidèles. À peine fut-elle en terre, qu'un serpent d'une grandeur et d'une figure monstrueuse vint du désert, qui était alors autour de la ville, creusa sa fosse et s'y fit une retraite pour se nourrir de son cadavre. Il ne le dévora pas néanmoins tout à la fois, mais il y revenait souvent pour achever de le consommer. Cependant, comme cet animal commençait à infecter l'air, et que ceux qui demeuraient à l'endroit du cimetière, saisis d'épouvante, voulaient abandonner leurs maisons, notre Saint, qui était plein d'une charité toute paternelle pour son peuple, entreprit de combattre lui seul cet ennemi public, non pas avec des lances et des flèches, mais par la vertu de ses prières. Il se transporta sur le lieu, qui était hors les murs, et, lorsque le serpent revint, lui ayant déchargé trois coups de sa crosse sur la tête, et ayant entouré son cou de son étole, il l'entraîna à une lieue et demie de la ville. Le peuple, qui voyait de loin ce triomphe, rendait mille actions de grâces à Dieu, et ne pouvait cesser de le bénir de lui avoir donné un pasteur de si grand mérite. Le Saint commanda ensuite au serpent de se tenir dans le désert ou de s'aller jeter dans la mer sans jamais paraître autour de Paris ; sa parole fut si efficace, que, depuis, on n'entendit plus parler de ce monstre.
Voilà tout ce que l'antiquité nous a conservé de mémorable sur la vie et les grandes actions de ce glorieux évêque. Il acheva heureusement sa course dans l'exercice de toutes les vertus évangéliques et mourut au milieu de ses clercs, chargé d'années et de mérites. Ce fut le premier novembre de l'an 436.
On le représente tenant sa crosse, et derrière lui un énorme dragon.
## CULTE ET RELIQUES.
On ne fait ordinairement la fête de saint Marcel que le troisième jour du mois de novembre, parce que le premier est occupé par la solennité de la Toussaint et le second par la Commémoration des fidèles trépassés. Nous disons ordinairement, parce que, quand le second jour arrive un dimanche, on fait la fête de saint Marcel. Le corps du saint prélat fut porté à un bourg voisin de Paris, dans une chapelle dédiée en l'honneur de saint Clément, à cause de quelques reliques de ce grand Pape qui y avaient été transférées, et Dieu rendit son tombeau illustre et glorieux par un grand nombre de miracles. Saint Grégoire de Tours en rapporte un fort célèbre dans son livre de la Gloire des confesseurs. Le prêtre Ragnemode, qui fut depuis évêque de Paris et tint sur les fonts de baptême Théodoric, fils de Chlipérie, étant tourmenté d'une fièvre très-violente, en obtint une parfaite guérison en passant un jour entier en jeûne et en prières au pied de ce bienheureux sépulcre. L'évêque Equilin écrit aussi qu'une fille fut ressuscitée par les mérites de saint Marcel ; mais il ne dit pas si ce fut avant ou après la mort de notre Saint.
Au temps de Charlemagne, Rolland, comte de Blayes, neveu de ce prince, voulant honorer la mémoire de saint Marcel, fit bâtir au lieu de sa sépulture une belle église, devenue depuis collégiale ; elle a quitté le nom de Saint-Clément pour prendre celui de Saint-Marcel, aussi bien que tout le bourg, qui dans la suite est devenu faubourg de Paris. C'est dans cette église que Pierre Lombard, aussi évêque de Paris, et si fameux sous le nom de Maître des Sentences, voulut être inhumé. L'on voyait encore en 1685 son tombeau, élevé de terre avec sa figure en bosse, de la hauteur de deux pieds.
Les ossements de saint Marcel furent aussi levés de terre et mis dans une chasse précieuse, pour y être exposés à la vénération des fidèles ; mais au temps de Philippe-Auguste, dans la crainte que les Anglais, qui ravageaient alors la France, ne se saisissent du bourg de Saint-Marcel et n'enlèvent cette chasse, on la transporta dans l'église cathédrale de Paris. Ces précieuses reliques ont été perdues à la Révolution, et la riche chasse qui les renfermait est devenue la proie des spoliateurs de cette malheureuse époque. Il s'en trouve encore une portion dans l'église de Longpont, paroisse qui était autrefois du diocèse de Paris et qui fait aujourd'hui partie de celui de Versailles. En 1856, une nouvelle église a été bâtie, boulevard de l'Hôpital, sous le vocable de saint Marcel, à qui est également dédiée l'église de la Maison-Blanche, rue Fontainebleau. Il est l'un des trois patrons titulaires de la capitale.
Fortunat et Grégoire de Tours sont les deux auteurs dont nous nous sommes servi pour composer cette biographie. — Cf. La France pontificale, par Fisquet.
Événements marquants
- Naissance à Paris de parents de condition médiocre
- Réception parmi les clercs par l'évêque Prudence
- Élévation au rang de lecteur puis de sous-diacre
- Miracle du fer embrasé chez un serrurier
- Guérison de l'évêque Prudence devenu muet
- Élection unanime comme évêque de Paris à la mort de Prudence
- Combat contre un serpent monstrueux dans un cimetière
- Mort au milieu de ses clercs en 436
Miracles
- Maniement d'un barreau de fer embrasé sans brûlure
- Changement de l'eau de la Seine en vin le jour de l'Épiphanie
- Changement de l'eau en liqueur parfumée/chrême
- Restitution de la parole à l'évêque Prudence
- Domptage d'un serpent monstrueux avec son étole
- Guérison de Ragnemode et résurrection d'une jeune fille (posthume)
Citations
La vertu est la chose du monde la plus facile; il n'est besoin pour l'acquérir ni de richesses, ni de puissance, ni d'amitié, ni d'aucun autre secours : il suffit de vouloir.