Notre-Dame de la Garde (La Bonne-Mère)

Sanctuaire et Vierge Marie

Fête : 15 aout 13ᵉ siècle • sainte

Résumé

Fondé en 1214 sur une colline appartenant à l'abbaye de Saint-Victor, le sanctuaire de Notre-Dame de la Garde est devenu le cœur spirituel de Marseille. Après avoir été intégré dans une forteresse sous François Ier, l'édifice actuel de style romano-byzantin fut érigé au XIXe siècle. Il abrite la statue de la 'Bonne-Mère', protectrice des marins et de la cité.

Biographie

NOTRE-DAME DE LA GARDE, À MARSEILLE

La plus chère de toutes les œuvres qui furent entreprises sous l'épiscopat de l'évêque Rainier, la seule, du reste, qui ait survécu aux désastres de la Révolution française, fut la fondation du sanctuaire vénéré de Notre-Dame de la Garde, au sommet d'une colline située au nord-ouest de Marseille.

Ce fut vers l'an 1214 que la chapelle de Notre-Dame de la Garde fut fondée, et voici dans quelles circonstances.

La montagne de la Garde appartenait à l'abbaye de Saint-Victor. Un homme, nommé Pierre, du nombre de ceux qu'on appelait maîtres, eut la dévotion d'y faire bâtir une église, et il voulut y joindre une maison et y cultiver un terrain sur la montagne, apparemment pour doter l'église ; il en traita avec Guillaume, abbé de Saint-Victor, et ils transigèrent de la manière qui suit :

15 AOÛT.

L'abbé, avec le consentement de la communauté, permit à Pierre de bâtir sur la montagne une église et des maisons, et d'y faire un jardin, une vigne, et telles autres cultures qu'il lui plairait. La jouissance de tout cela n'était accordée à Pierre qu'autant qu'il serait fidèle à l'abbé et à ses successeurs et qu'il leur obéirait. Il ne pouvait en rien aliéner sans leur consentement, il s'obligeait, pour tout le temps qu'il resterait en possession de ce qu'on lui cédait, de payer chaque année, le jour de la fête de saint Victor, douze deniers romains au cellérier de l'abbaye, et après sa mort tout le terrain qu'il aurait occupé et toutes les augmentations et améliorations qu'il aurait faites devaient revenir à l'abbé et au monastère.

Pierre, après avoir accepté ces conditions, se donna lui-même à l'abbaye de Saint-Victor, entre les mains de l'abbé, pour être un frère et un fidèle fils de l'Ordre.

Après la mort de Pierre, le prieur claustral de Saint-Victor, remplissant les fonctions de l'abbé, accorda l'administration de cette chapelle à Ripert de Uzenobre, diacre, le 29 mars de l'année 1256.

Une nouvelle tour fut élevée par ordre de la municipalité marseillaise, et cette tour est appelée dans les titres de l'an 1385 : *Turris beatæ Mariæ de Gardia*.

La chapelle, trop petite pour contenir le nombre considérable de fidèles qui s'y rendaient de toutes parts, fut entièrement reconstruite, agrandie en 1478.

Ce fut François Ier qui fit construire le fort Notre-Dame de la Garde ; il fut élevé tel que nous le voyons encore aujourd'hui, de l'an 1515 à l'an 1525 ; il fut bâti avec de grands quartiers de pierre tirés des ruines du couvent des Cordeliers, démoli en 1514 ; dès lors la chapelle de Notre-Dame de la Garde fut enfermée dans la forteresse. L'évêque de Troyes vint la consacrer en 1544, à la réquisition des prieurs de la confrérie.

La chapelle fut de nouveau réparée en 1732.

Le samedi 4 avril 1807, la chapelle de Notre-Dame de la Garde, qui avait été fermée pendant la Révolution, fut rendue à l'exercice du culte.

Mais on ne tarda pas à éprouver le besoin d'un édifice plus en rapport avec l'affluence et la dévotion des pèlerins. Commencé en 1852, sous Mgr Eugène de Mazenod, le nouveau sanctuaire fut inauguré sous Mgr Cruice, en 1864. Personne n'a oublié l'éclat des fêtes qui eurent lieu à cette occasion les 4 et 5 du mois de juin de cette année.

L'édifice est précédé d'un perron immense dont l'escalier est accidenté depuis quelques années par des massifs de verdure placés de distance en distance, comme pour reposer l'œil du pèlerin fatigué de cette pénible ascension.

Il a été bâti sur les plans de M. Espérandieu, dans le style romano-byzantin, caractérisé par l'alliance de la tour et de la coupole, et mesure quarante-sept mètres de longueur sur seize mètres de largeur.

L'extérieur a été construit en pierre de Calissanne. Des soubassements coupent la blancheur du ton de ces pierres, relevée aussi par des cordons de Colfaline (pierre de Florence), bleu pâle. La coupole est haute d'environ quinze mètres et mesure un diamètre de neuf mètres cinquante. Le clocher déjà élevé à une hauteur considérable sera dominé par une statue de la Bonne-Mère, exécutée d'après les procédés galvanoplastiques. Le bourdon, qui y a déjà trouvé place, pèse dix mille kilogrammes.

L'édifice est orienté suivant les prescriptions de la règle archéologique à laquelle on était autrefois si fidèle, c'est-à-dire que le chevet est à l'est et le porche à l'ouest.

NOTRE-DAME DE LA GARDE, À MARSEILLE. 589

À l'intérieur, on est tout d'abord frappé par l'élévation des voûtes à plein-cintre qui produit une profonde impression sur l'âme des dévots pèlerins.

La chapelle se compose de trois nefs, du transept et de l'abside.

L'abside se termine en hémicycle par la chapelle de la Bonne-Mère. Au fond se dresse le piédestal supportant la statue vénérée. Cette statue, en argent repoussé, est un vrai chef-d'œuvre.

La grande nef est flanquée de six chapelles latérales, dédiées, celles du côté de l'Évangile, à saint Joseph, à saint Lazare et à saint Charles ; celles du côté de l'Épître, à saint Pierre, à sainte Marie-Madeleine et à saint Roch. Ces chapelles contiennent chacune un autel orienté, et exécuté sur de beaux modèles de l'art roman. Deux petites colonnes en lapis-lazzuli soutiennent le fronton du tabernacle de ces autels, au-dessus desquels on voit, dans les ouvertures pratiquées dans la nef, des chasses contenant les reliques des Saints du diocèse. Un pavé en mosaïque recouvre le sol de ces chapelles. Quatre grandes plaques de marbre, placées dans les chapelles de Saint-Charles, de Sainte-Marie-Madeleine, de Saint-Lazare et de Saint-Roch, rappellent aux visiteurs l'historique du nouveau sanctuaire et le nom des évêques qui ont assisté à sa consécration.

Le transept est soutenu par des colonnes de marbre des Alpes, d'une belle couleur verte. Il présente dans sa partie supérieure deux grandes fenêtres géminées, surmontées d'une rosace rayonnante.

Les matériaux employés pour les revêtements, les colonnes et les pilastres, sont du plus grand luxe et font la principale richesse de la décoration intérieure. Le marbre blanc de Carrare, le marbre rouge de Brignoles, le porphyre de Fréjus et le granit rouge y marient leurs riches couleurs.

Les murs du sanctuaire, entièrement recouverts par le marbre ou par la peinture, supportent, dans l'espace laissé libre au-dessous des fenêtres, les ex-voto de la piété envers la Bonne-Mère. Les petits navires, les lampes en argent, les ancres, les pavillons, les chaînes ; les cœurs, suspendus aux voûtes ou placés contre les murs, témoignent de cette même piété filiale.

Les confessionnaux ont été exécutés dans le style romano-byzantin. Les sculptures sont d'un fini remarquable. La galerie qui surmonte le tambour monumental qui s'ouvre à l'entrée de l'église, attire à bon droit l'attention des connaisseurs. Deux roses en marbre s'épanouissent à côté, les armes de Mgr de Mazenod et celles de Mgr Cruice en occupent le centre.

Des verrières en grisaille laissent pénétrer dans l'intérieur de l'édifice une lumière douce. Elles portent le nom des pieux donateurs qui les ont offertes au sanctuaire.

De la chapelle supérieure, on descend dans une crypte qui est à peu près de la même étendue que l'église principale. La voûte en est soutenue par de fortes colonnes et par de gros pilastres. Un cordon, formé d'enroulements et d'entrelacements de feuillages, règne sous la retombée des arceaux. Sur les parois des murs, on aperçoit de petites plaques en marbre, présentant en lettres rouges les noms des généreux bienfaiteurs dont les offrandes ont permis d'achever la construction du sanctuaire. Le sol est recouvert d'un pavé en marqueterie. L'autel, dont la table de Colfaline est soutenue par des colonnettes de marbre, est dans le style du XVIIe siècle.

Tel est, dans son ensemble et ses principaux détails, l'édifice que la piété marseillaise a placé sur une hauteur d'où la vue embrasse la ville, ses ports, son territoire et sa vaste enceinte de hautes collines. À l'ouest se déroule majestueusement la mer, que Notre-Dame de la Garde semble avoir pour mission spéciale de protéger.

On a pu estimer jusqu'à près d'un million le nombre de pèlerins qui chaque année gravisent les pentes raides de la sainte colline : Marseille est fière à bon droit de son pèlerinage, et elle compte parmi ses meilleures gloires celle d'être la ville de la Bonne-Mère de la Garde.

Cette notice, due à l'obligeance de M. l'abbé Ricard, est tirée de son *Histoire des Évêques de Marseille*, et de sa *Semaine liturgique de Marseille*.

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## SAINT BAUSSENGE OU BALSÈME,

## DIACRE D'ARCIS-SUR-AUBE, MARTYR (vers 407).

Baussenge naquit vers la fin du Ve siècle à Limoges, selon les uns, à Bourges, selon les autres. Il reçut une éducation très-chrétienne, à laquelle il répondit merveilleusement, et fut de bonne heure agrégé au clergé, où il remplit ses devoirs avec édification. Lorsqu'il eut reçu le diaconat, il quitta sa patrie, poussé par le désir d'une plus grande perfection, et vint dans le diocèse de Troyes, sous l'épiscopat d'Aurélien. Il exerça son ministère à Arcis-sur-Aube, dont il fut, à cause de ses prédications, regardé comme l'apôtre. Il visitait les malades, consolait les affligés, administrait l'Eucharistie aux fidèles, et Dieu répandit sur ses travaux les plus abondantes bénédictions. Quand les Barbares, Vandales, Alains et autres, eurent passé le Rhin, au commencement du Ve siècle, pour ravager les Gaules, ils vinrent du pays Rémois, à Arcis-sur-Aube. Baussenge eut le courage de leur reprocher leurs cruautés, et de les exhorter à l'humanité. Irrités de sa hardiesse, les Barbares l'accablèrent de coups, à quelque distance d'Arcis, dans un lieu appelé la Dorée ; après diverses tortures, ils lui tranchèrent la tête. C'était le 16 août 407. Alors se renouvela le miracle que Dieu avait déjà opéré pour saint Parre et saint Savinien. Baussenge, animé d'une vie nouvelle, se releva et se mit à marcher, portant comme en triomphe sa tête dans ses mains. À ce spectacle les Barbares deviennent furieux ; ils se précipitent sur le Saint et le jettent dans les profondeurs d'un puits qu'ils ont soin de murer et de recouvrir de gazon pour effacer jusqu'à la trace de leur abominable forfait.

Quelques années après, une dame de Limoges, ayant perdu la vue, fut inspirée de Dieu de se rendre au lieu du martyre de saint Baussenge, fit décombler le puits, trouva le corps du Saint, se frotta les yeux avec l'eau de ce puits et recouvra la vue. Alors les reliques furent placées dans une église voisine dédiée à saint Pierre. Le 16 août 960 elles furent mises, par la comtesse Hersendis, mère du bienheureux Manassès, évêque de Troyes, dans la chapelle de Sainte-Marie de Ramerupt (Aube, arrondissement d'Arcis). Cette chapelle devint un prieuré. Après la suppression des Ordres monastiques les précieux restes furent transportés dans l'église paroissiale de Ramerupt, et mélangés à d'autres ossements, de sorte qu'ils ne sont plus authentiques.

Cf. *Les Saints de Troyes*, par l'abbé Defer.

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## NOTRE - DAME DE RUBEAUX, AU DIOCÈSE DE TULLE.

Notre-Dame de Rubeaux, dans la paroisse de Lubersac, au diocèse de Tulle, est un sanctuaire si ancien qu'on n'en peut assigner l'origine : ce qu'en sait, c'est qu'il est l'œuvre d'une mère chrétienne, qui, voyant son enfant près de mourir, fit vœu d'ériger une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge, si son enfant lui était rendu. L'enfant recouvra la santé ; et la mère reconnaissante éleva la chapelle promise, dans un bois favorable au recueillement de la prière, et sur le bord d'un ruisseau qui le traversait ; d'où la chapelle prit le nom de *ri dou boe*, dans le patois d'alors, c'est-à-dire ruisseau du bois, et, par abréviation, *Rubeaux*. Le but principal de ce pèlerinage, c'était de consacrer les jeunes filles à la sainte Vierge, et de les placer sous sa protection. On venait les lui

NOTRE-DAME DE BEAUNE, AU DIOCÈSE DE DIJON. 591

consacrer à l'époque où on les servait ; on revenait les lui offrir et les recommander de nouveau à sa garde, aux jours de ses fêtes et à certaines époques de l'année. Les jeunes personnes s'y présentaient en habits blancs, et faisaient partie des processions instituées en l'honneur de la Reine des Vierges. Aujourd'hui encore, le dimanche d'après l'Assomption, qui est la fête patronale de la chapelle, et tous les jours de la semaine suivante, jusqu'au dimanche inclusivement, les mères apportent leurs enfants à la chapelle, et font réciter sur elles l'évangile de la messe de la sainte Vierge, où se lisent, comme un pronostic consolant pour leur avenir, ces paroles : « Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles qui vous ont allaité ». On a vu même, un jour, un marin, après la mort de son épouse, à la veille de partir pour une expédition lointaine, venir apporter sa jeune orpheline à Notre-Dame de Rubeaux, et l'élever vers elle entre ses bras, disant : « Sainte Vierge, soyez la Mère de cette chère enfant qu'un père vous confie, et qui a perdu sa mère sur la terre ».

Les plus hauts rangs de la société partagent cette dévotion du peuple pour Notre-Dame de Rubeaux ; et les voiles, les garnitures ou aubes qu'ils offrent à la chapelle, portent toujours en broderie quelques mots relatifs aux enfants, comme ceux-ci : « Mère sans tache, priez pour nous et pour nos enfants ».

En 93, le vandalisme révolutionnaire démolit le sanctuaire, dispersa tous les documents qui en eussent conservé à la postérité l'origine et l'histoire, arracha la statue de son piédestal, la mit en pièces, et vendit, comme bien national, l'emplacement même de la chapelle. Mais, pendant que, par un châtiment visible du ciel, l'auteur principal de ces actes sacrilèges perdait la vue, ainsi qu'une jeune enfant qui était tout son espoir, les fidèles recueillirent, avec un soin religieux, les débris de la statue brisée ; et, lorsque luirent des jours meilleurs, ils la reconstituèrent avec ces débris, rachetèrent l'emplacement de la chapelle et y élevèrent un sanctuaire pour rendre au culte l'antique image de Marie. Au bois qui l'entourait a succédé un site riant et animé, vivifié par les habitations de nombreux fidèles, qui se sont plu à fixer leur demeure dans le voisinage, comme des enfants qui aiment à habiter près de leur mère chérie.

Extrait de *Notre-Dame de France*, par M. le curé de Saint-Sulpice.

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Événements marquants

  • 1214 : Fondation de la première chapelle par Maître Pierre
  • 1256 : Administration confiée à Ripert de Uzenobre
  • 1478 : Reconstruction et agrandissement de la chapelle
  • 1515-1525 : Construction du fort par François Ier enfermant la chapelle
  • 1807 : Réouverture au culte après la Révolution
  • 1852-1864 : Construction et inauguration du nouveau sanctuaire romano-byzantin

Citations

Marseille est fière à bon droit de son pèlerinage, et elle compte parmi ses meilleures gloires celle d'être la ville de la Bonne-Mère de la Garde.

— Abbé Ricard