Saint Aelred de Rievaulx
Abbé de Rieval ou Ridal
Résumé
Né en 1109, Aelred fut d'abord gouverneur du palais du roi d'Écosse avant de rejoindre l'ordre cistercien à Rievaulx à l'âge de 24 ans. Devenu abbé, il se distingua par sa douceur, son humilité et ses écrits spirituels sur l'amitié et la charité. Il mourut en 1166 après une vie d'austérités et de prières intenses.
Biographie
SAINT AELRED, ABBÉ DE RIEVAL OU RIDAL,
DANS LA PROVINCE D'YORK, EN ANGLETERRE
Mes enfants, dites tout ce que vous voudrez, pourvu que de votre bouche il ne sorte ni plainte contre Dieu, ni parole malfaisante, ni discours désobligeant à l'endroit du prochain.
Né en 1109 dans le nord de l'Angleterre, Aelred (Ælredius) se fit remarquer par tous les avantages de la naissance, de l'éducation et des talents. Lorsqu'il reposait, enfant, dans son berceau, un archidiacre nommé Guillaume, son parent, s'approchant pour le considérer, fut tout à coup saisi de respect et d'admiration : car il vit la figure du petit Aelred briller comme le soleil ; elle rayonnait d'une telle lumière, que si Guillaume en approchait sa main, elle faisait de l'ombre ; et il se voyait dans ce visage limpide et serein comme dans un miroir.
David, roi d'Écosse, le nomma gouverneur du palais. Il acquit, dans l'exercice de cette charge, l'estime du prince et de sa cour, ayant su conserver dans les grandeurs deux vertus qui s'y rencontrent rarement : l'humilité, sans laquelle il n'y a pas de vrai chrétien, et la douceur qui en est inséparable. Un jour qu'une personne de qualité lui faisait des reproches injurieux en présence du roi, il l'écouta avec patience, et la remercia même de ce qu'elle avait la charité de l'avertir de ses fautes. Cette conduite impressionna si heureusement son ennemi, qu'il lui demanda pardon aussitôt. Une fois, étant occupé à discuter quelque matière, il fut interrompu par quelqu'un de la compagnie qui l'accabla d'invectives : il les reçut avec un profond silence et reprit ensuite le fil de son discours sans témoigner la moindre émotion. Une seule chose l'empêchait de quitter le monde, c'est qu'il eût fallu quitter des amis. Cependant, à force de réfléchir que la mort le séparerait tôt ou tard de ceux qu'il chérissait le plus tendrement, il s'accusa de lâcheté et prit la résolution de briser des liens qui lui étaient plus agréables que tous les autres plaisirs d'une vie honorée et opulente. Pour que le sacrifice fût complet, il quitta l'Écosse et se rendit à Rieval, où il embrassa l'institut de Cîteaux, sous la conduite de Guillaume, disciple de saint Bernard et premier abbé du monastère. Il avait vingt-quatre ans lorsqu'il prit l'habit. On eût dit que la ferveur fortifiait son corps naturellement faible et délicat, tant il montrait de joie dans la pratique des plus grandes austérités. La prière et les lectures pieuses occupaient presque tout son temps : les ardeurs de l'amour divin embrassaient tellement son cœur, qu'il ne trouvait rien que de doux dans ce qui contrarie le plus les inclinations de la nature. « Ce joug », s'écriait-il, « ne m'accable point ; il ne fait qu'élever mon âme ; ce fardeau n'a rien de pesant ». Il parle avec une sorte de transport de la divine charité; et l'on doit juger par ses exclamations fréquentes et toutes de feu, que son occupation la plus ordinaire et la plus agréable était de produire des actes de cette vertu. Écoutons-le : « Puisse votre voix, ô bon Jésus, se faire entendre à mes oreilles, afin que mon cœur apprenne à vous aimer, afin que mon esprit vous aime, afin que toutes les puissances de mon âme soient toutes pénétrées du feu de votre amour, afin que toutes mes affections montent vers vous, ô vous qui êtes mon unique bien, ma joie et mes délices ! Qu'est-ce que l'amour, ô mon Dieu ? C'est, si je ne me trompe, ce plaisir ineffable de l'âme qui est d'autant plus doux qu'il est plus pur, d'autant plus sensible qu'il est plus ardent. Celui qui vous aime vous possède, et il vous possède à proportion de ce qu'il vous aime, parce que vous êtes amour. C'est là ce torrent de volupté dont vous enivrez vos élus en les transformant en vous par votre amour ».
L'an 1142, Aelred fut élu, malgré lui, abbé de Revesby, monastère cistercien que venait de fonder dans ses domaines, Guillaume, comte de Lincoln ; l'année suivante on l'obligea de prendre le gouvernement de l'abbaye de Rieval, où il y avait alors trois cents moines. Il décrit ainsi leur manière de vivre : « Ils ne buvaient que de l'eau, ne mangeaient que des choses fort communes et en très-petite quantité ; ils dormaient peu, encore ne le faisaient-ils que sur des planches ; ils s'exerçaient à des travaux durs et pénibles ; ils portaient de pesants fardeaux, sans craindre la fatigue, et allaient partout où on voulait les conduire. Le repos et les amusements leur étaient inconnus. À toutes ces pratiques ils joignaient un silence rigoureux ; ils ne parlaient qu'à leurs supérieurs, et seulement quand la nécessité l'exigeait ; ils détestaient les disputes et les procès ». Le Saint parle encore de cette paix et de cette charité qui les unissaient ensemble par les liens les plus doux. Il s'exprime sur ce sujet de la manière la plus touchante : on voit que les termes lui manquent pour donner une idée de la joie que lui causait la vue de chacun de ses religieux. Il aimait à leur répéter cette recommandation.
On offrit à notre Saint plusieurs évêchés ; mais son humilité et son amour pour la solitude les lui firent tous refuser. Son unique plaisir était de vaquer à l'exercice de la prière et de s'entretenir dans la ferveur par de pieuses lectures. Venait-il à tomber dans la sécheresse, il ouvrait les divines Écritures, et aussitôt son âme était toute pénétrée des lumières de l'Esprit-Saint ; ses yeux se baignaient de larmes, et son cœur ressentait les plus vives impressions de l'amour divin. Nous citerons, pour achever de caractériser le Saint, les paroles d'un célèbre abbé du même ordre : « Quelle vie fut jamais plus pure que celle d'Aelred ? Qui fut plus circonspect dans ses discours ? Les paroles qui sortaient de sa bouche avaient la douceur du miel ; son corps était faible et languissant, mais son âme était forte et vigoureuse. Semblable à l'épouse des cantiques, il languissait dans l'attente des biens éternels ; son cœur était comme un autel sacré, sur lequel il offrait continuellement à Dieu le feu de son amour, la mortification de sa chair et l'odeur de ses brûlants désirs... Sous un corps maigre et décharné, il cachait un âme nourrie et fortifiée de l'onction et des douceurs de la grâce : de là cette joie ineffable avec laquelle il louait Dieu. Il souffrait patiemment ceux qui l'importunaient et ne se rendait jamais important à personne... Il écoutait volontiers les autres et ne se pressait point trop de répondre à ceux qui le consultaient. On ne le vit jamais en colère ; ses paroles et ses actions portaient la douce empreinte de cette onction et de cette paix dont son âme était remplie ».
Les quatre dernières années de sa vie, il sevra son corps de toutes les jouissances terrestres : aussi il devint d'une maigreur extrême, de sorte qu'on l'eût plutôt pris pour un esprit que pour un homme. Laissant de côté les conseils des médecins, il s'occupait uniquement avec Dieu de la santé de son âme. Il avait continuellement à la main les confessions de saint Augustin, au lieu des livres de Cicéron, qu'il lisait assidûment dans le siècle. Souvent il se mettait dans une fosse creusée dans le sol de son oratoire, et là il pensait qu'il n'était que poussière, causant avec les habitants des demeures célestes, comme nous le faisons avec nos semblables, et on entendit souvent plusieurs voix là où il était seul.
Sa mort, qu'il avait annoncée d'avance, arriva le 12 janvier 1166. Il avait 57 ans. Il était abbé depuis 22 ans. Le chapitre général de Gîteaux (1250) le mit au nombre des saints de l'Ordre, et régla qu'on ferait solennellement sa fête le 12 janvier. Mais elle a été mise au 2 mars dans le nouveau martyrologe que Benoît XIV a publié à l'usage de cet Ordre.
On trouvera dans la patrologie de M. l'abbé Migne, t. CXCV, les œuvres complètes de saint Aelred, partagées en deux classes ; en voici la liste :
## LIVRES ASCÉTIQUES :
Sermones de tempore et sanctis. — Sermones de generibus in cap. XIII et seq. Isaïæ. — Speculum charitatis. — Compendium speculi charitatis, lib. III, cum compendio ejusdem. — De spirituali amicitia, l. III. — Regula sive institutio inclusarum. — Tractatus de puero Jesu duodecim.
## LIVRES HISTORIQUES :
Descriptio belli Stendardii sub Stephano rege, an. 1138. — Genealogia regum anglorum. — Vita sancti Edwardi regis. — Vita Davidis, regis Scotiae. — Vita S. Margaritæ, reginæ Scotiæ. — 300 epistolae. — Hist. de sanctimoniali de Worthum.
Son style se rapproche beaucoup de celui de saint Bernard, son contemporain et son père spirituel, qu'il avait pris pour modèle en tout : on y trouve aussi quelque chose d'un disciple de Cicéron et de saint Augustin. Dans ses sermons de tempore et sanctis, il emploie un langage simple et familier, parce qu'il s'adressait à des frères laïques et illettrés, à ce qu'on appelle les frères couvers qui, les dimanches et les jours de fête, mais non les autres jours, assistaient au sermon dans le chapitre des moines. Un père abbé devait, dans ce cas, se mettre à la portée de tous, et condescendre à l'ignorance des esprits les moins cultivés.
Les sources d'où l'on tire l'histoire de saint Aelred sont d'abord ses propres ouvrages, ensuite sa vie écrite par un anonyme, et que l'on trouve dans Hollandus. (t. II de janvier, p. 80, nouv. édit.) Voyez aussi les notices qui se trouvent dans la patrologie de M. Migne, etc.
## SAINTE TATIENNE, MARTYRE À ROME (226).
Les Grecs font aussi mention de cette sainte dans leur Ménologe, où son martyre se trouve ainsi raconté : combat de sainte Tatienne, diaconesse et martyre de l'ancienne Rome, laquelle, sous le règne d'Alexandre, ayant été menée devant le président, fut conduite dans un temple où par ses prières elle fit tomber les idoles et les brisa par terre. Aussitôt on la frappe, on lui déchire les paupières avec des ongles de fer ; ensuite, l'ayant suspendue, on lui laboure les chairs avec des peignes de fer ; puis, on lui dépouille la tête à vif ; enfin, on lui fait subir l'épreuve du feu et des bêtes féroces, et comme elle en est respectée, on l'envoie au ciel en lui tranchant la tête.
Son attribut est l'épée ou le glaive.
SAINTE CÉSARIE, VIERGE. 289
Événements marquants
- Naissance en 1109 dans le nord de l'Angleterre
- Gouverneur du palais du roi David d'Écosse
- Entrée à l'abbaye de Rieval à l'âge de 24 ans
- Élection comme abbé de Revesby en 1142
- Nomination comme abbé de Rieval en 1143
- Canonisation par le chapitre général de Cîteaux en 1250
Miracles
- Visage rayonnant comme le soleil durant son enfance
- Don de prophétie (annonce de sa mort)
- Voix célestes entendues alors qu'il était seul dans son oratoire
Citations
Celui qui vous aime vous possède, et il vous possède à proportion de ce qu'il vous aime, parce que vous êtes amour.