Saint Clair (Clarus)

Abbé

Fête : 2 janvier 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Clair fut un abbé du VIIe siècle à Vienne, reconnu pour sa piété précoce et sa direction des monastères de Sainte-Blandine et Saint-Marcel. Illustre par ses miracles, notamment sur le Rhône, il prophétisa les invasions futures avant de mourir vers 660. Son culte reste vif en Dauphiné et en Savoie, particulièrement pour les maux d'yeux.

Biographie

SAINT CLAIR, ABBÉ.

Mort vers 660. — Pape, Vitalien. — Roi de France, Clotaire III.

« Je t'ai choisi pour orner le lieu saint. » Jest., cx. 13.

La vie de saint Clair (Clarus) a été écrite par un auteur fort ancien, dont on ne sait pas le nom, mais qui fait paraître beaucoup d'exactitude et de fidélité. Ce Saint naquit aux environs de Vienne, dans un village situé sur

4 JANVIER.

les bords du Rhône et qui porte aujourd'hui son nom. Il perdit son père étant encore enfant ; sa mère, femme très vertueuse, prit un grand soin de son éducation ; elle le forma de bonne heure aux vertus chrétiennes et aux pratiques de la véritable piété. Elle le menait souvent aux églises des saints Martyrs à Vienne, car elle demeurait dans un faubourg de la ville appelé Beauchamp ; et comme elle passait plusieurs heures en prière devant les tombeaux des Saints, elle accoutuma si bien son enfant à cet exercice que, tout jeune qu'il était, il devint bientôt un homme d'oraison. Un jour qu'ils étaient allés ensemble à l'église de Saint-Ferréol, martyr, qui était de l'autre côté du Rhône, leurs cœurs s'attendrirent si fort par les sentiments d'une douce componction, qu'oubliant toute autre chose, ils y demeurèrent presque jusqu'à la nuit. Le soir étant venu, ils montèrent dans une barque pour repasser l'eau et s'en retourner en leur maison ; mais il s'éleva un si grand vent et une si furieuse tempête, que les bateliers eux-mêmes désespéraient de pouvoir jamais arriver au bord. Le bienheureux enfant, étendant ses mains vers l'église de Saint-Ferréol, et versant beaucoup de larmes, fit cette prière à Dieu :

« O Dieu ! pour le nom duquel le glorieux martyr saint Ferréol a enduré la mort, délivrez-nous de ce péril. »

Sa prière fut aussitôt exaucée, car en même temps la tempête cessa, les flots s'apaisèrent et le bateau atteignit insensiblement le rivage du côté de Vienne. Ce miracle remplit d'étonnement ceux qui passaient l'eau avec lui, et ils ne purent s'empêcher, en remerciant Dieu, d'exalter aussi la vertu et la puissance de son serviteur.

Il y avait, en ce temps-là, partie dans Vienne et partie autour de Vienne, huit grands monastères, où ne vivaient pas moins de quatorze cents personnes religieuses, tant hommes que femmes ; et saint Cadold, archevêque de ce siège, veillait sur tous avec grand soin, pour les conduire dans les voies de la sainteté. Parmi ces monastères étaient celui de Saint-Ferréol, dont nous venons de parler, que l'on appelait aussi monastère des Grinniciens, et qui nourrissait, lui seul, quatre cents religieux ; et un autre, de Sainte-Blandine, destiné aux veuves qui voulaient passer le reste de leur vie dans la continence. La mère de notre Saint se retira dans ce dernier, où, après une sainte vie, elle finit heureusement ses jours. Pour son fils, il fut reçu dans le premier, où il donna, avec le temps, tant de marques d'une parfaite prudence et d'une vertu consommée, que le bienheureux archevêque le jugea capable de prendre le gouvernement des veuves du monastère de Sainte-Blandine, où sa mère était décédée. Cette dignité ne fut qu'un degré pour monter plus haut. Car, comme il fit paraître, dans la conduite de cette communauté, les trésors admirables de grâce et de sagesse dont Dieu l'avait enrichi, il fut bientôt fait abbé d'un autre de ces huit monastères, appelé Saint-Marcel. Ce fut là que, s'acquittant de sa charge avec une diligence et une sollicitude extrêmes, et se faisant un parfait modèle de toutes les vertus que l'on peut désirer dans le père d'une famille monastique, il devint illustre par la pureté de ses mœurs et par ses actions glorieuses. Il ne laissa pas néanmoins de veiller toujours sur le monastère des veuves qui lui avait été confié ; car il avait une si grande largeur de cœur, que rien ne pouvait borner son zèle et sa charité.

Dieu, qui prend plaisir à honorer ses amis, le rendit illustre par plusieurs miracles. Un jour, la supérieure du couvent de Sainte-Blandine était si malade que l'on n'attendait plus que sa mort. Le Saint, plein de foi, s'approcha de son lit et lui touchant la main en présence de toute la communauté, lui rendit sur-le-champ une parfaite santé. Une autre fois, il guérit un de ses disciples qui était tourmenté d'une cruelle colique, en l'oignant seulement

des saintes huiles. Allant à un village avec quelques-uns de ses religieux, il rencontra un pauvre homme tout couvert d'ulcères ; il commanda à l'un de ses compagnons de l'aller laver dans un ruisseau qui était là auprès, et à peine y fut-il entré, que les plaies se fermèrent et que sa peau devint parfaitement saine et vermeille. La vigne du couvent ayant été si fort grêlée qu'il n'y était presque resté aucune grappe de raisin, le serviteur de Dieu y passa la nuit en prière ; et, le lendemain, elle parut si belle et si chargée, qu'il ne semblait pas qu'elle eût reçu le moindre dommage. Comme les frères pêchaient un jour dans le Rhône qui était alors extrêmement enflé, l'un d'eux tomba dans l'eau et était en grand danger de se noyer ; mais le saint abbé, qui était présent, ayant fait le signe de la croix, le religieux fut apporté vers le rivage par les eaux qui le rendirent sain et sauf à ses frères. Ce saint homme n'était pas moins puissant pour dissiper les efforts de Satan que pour guérir les maladies. Une nuit, qu'il se promenait autour du monastère de Sainte-Blandine, faisant son oraison à l'ordinaire, ce monstre infernal vint au-devant de lui sous une forme humaine d'une grandeur prodigieuse et avec un regard effroyable. Le Saint ne s'épouvanta point à la vue de ce fantôme ; mais, plein de courage et de foi, il lui demanda qui il était et ce qu'il prétendait. « Je suis venu, répondit le démon, pour te chasser de ce lieu ; car, sans toi, il y a longtemps que je m'en serais rendu le maître. » — « Va, Satan, lui répliqua le Saint ; c'est mon Seigneur Jésus-Christ à qui toute la terre appartient, et non pas moi, qui t'empêche d'en avoir la jouissance ». En disant cela, il fit le signe de la croix contre lui et le fit évanouir. Mais comme ce cruel ennemi s'alla jeter sur une des servantes du dehors de ce monastère et qu'il la tourmentait horriblement, l'homme de Dieu y accourut, et, lui mettant ses doigts dans la bouche, il pria et la délivra à l'heure même de sa possession. Il a fait encore beaucoup d'autres miracles pendant sa vie ; mais ceux-ci suffisent pour montrer son admirable vertu et le grand crédit qu'il avait auprès de Dieu.

Ayant appris par révélation que sa mort était proche, il avertit ses enfants que la ville de Vienne jouirait encore de la paix pendant le règne de six évêques ; mais que sous le septième, des infidèles s'en empareraient et y mettraient tout à feu et à sang. Et c'est ce qui s'est vu depuis : environ 72 ans après cette prophétie, les Vandales et les Sarrasins, descendant de l'Espagne, remplirent d'incendie et de meurtres les provinces de Languedoc, de Provence, du Dauphiné et de Bourgogne, et en saccagèrent les meilleures villes : ils en auraient fait autant dans le reste de la France si Charles-Martel n'eût arrêté cette inondation par la signalée victoire qu'il remporta sur eux, en la journée de Saint-Martin-le-Beau, où les vieux chroniqueurs disent qu'il en demeura trois cent soixante-quinze mille sur place. (732.) Une violente maladie ayant contraint notre Saint de se mettre au lit, il eut une vision merveilleuse trois jours avant sa mort ; il vit le ciel s'ouvrir et une multitude d'esprits bienheureux venir vers lui ; au milieu d'eux était saint Marcel, évêque de Die, patron de son monastère, et sainte Blandine. Comme il témoigna un grand désir de s'en aller en leur compagnie, sainte Blandine lui fit réponse que, dans trois jours, à cinq heures, saint Marcel et elle le viendraient chercher, et que cette grande armée de Saints serait avec lui pour le défendre contre les assauts des démons. Il se fit donc porter à l'église et étendre sur un cilice, où il demeura ces trois jours à prier continuellement, et à chanter sans cesse les louanges de Dieu ; au bout de ce temps, ses religieux, achevant le Psautier, et étant arrivés à ces dernières paroles : « Que tout esprit loue le Seigneur », l'édifice fut soudain rempli d'une lumière

céleste et d'une odeur merveilleuse ; et, en même temps, ce bienheureux abbé rendit son âme à Dieu. C'était vers l'an 660, le premier jour de janvier. Son corps fut porté en l'église de Sainte-Blandine, comme il l'avait ordonné, et y fut inhumé devant le grand autel. L'odeur, que l'on avait sentie à sa mort, suivit toujours ce saint corps jusque dans le tombeau. En chemin, il guérit un paralytique que l'on approcha de son cercueil ; et, depuis, il a fait encore plusieurs autres miracles. Plus tard on porta ses reliques dans l'église Saint-Pierre ; mais elles furent dispersées dans le seizième siècle par les Huguenots. Pour satisfaire la dévotion publique, la fête de saint Clair a été transférée au 2 janvier, à cause de la Circoncision de Notre-Seigneur qui ne permettait pas de la célébrer d'une manière aussi spéciale, puis au 45 du même mois dans les offices propres du diocèse de Grenoble, récemment approuvés à Rome.

Parmi les maisons Bénédictines relevant de saint Marcel, le diocèse de Genève, suffragant de Vienne, avait celle de la Cluse de Saint-Clair, près Dingy. On y arrivait d'Annecy par une voie romaine taillée dans le roc. L'illustre famille de saint Bernard de Menthon a fourni plusieurs prieurs à ce lieu de pèlerinage. Saint Clair est en grande vénération pour le mal d'yeux dans les diocèses de Tarentaise, d'Annecy et de Valence.

On représente saint Clair apaisant les eaux gonflées du Rhône.

Sa vie, écrite par un auteur dont on ne connaît pas le nom, presque contemporain et très sincère, est rapportée par Surius et par Hollandus, au premier de janvier. Le Martyrologe de France, d'André du Saussay, en fait aussi mention. Molanas a ajouté ce Saint au Martyrologe d'Uegard, et Benoît Genon a donné un abrégé de sa vie dans le recueil de celles des Pères de l'Occident. C'est de là, et des notes que nous ont envoyées M. Anvergne, chanoine secrétaire de l'évêché de Grenoble, et M. l'abbé Ducis, archiviste du département de la Haute-Savoie, à Annecy, que nous avons tiré cet abrégé.

Événements marquants

  • Naissance près de Vienne sur les bords du Rhône
  • Éducation pieuse par sa mère à Beauchamp
  • Miracle de la tempête apaisée sur le Rhône durant l'enfance
  • Entrée au monastère de Saint-Ferréol (Grinniciens)
  • Gouverneur du monastère de veuves de Sainte-Blandine
  • Élu abbé du monastère de Saint-Marcel
  • Prophétie sur l'invasion de Vienne par les infidèles
  • Vision de saint Marcel de Die et sainte Blandine avant sa mort

Miracles

  • Apaisement d'une tempête sur le Rhône par la prière
  • Guérison instantanée de la supérieure de Sainte-Blandine par le toucher
  • Guérison d'une colique par l'onction des saintes huiles
  • Guérison d'un lépreux/ulcéreux dans un ruisseau
  • Restauration d'une vigne grêlée après une nuit de prière
  • Sauvetage d'un moine de la noyade par un signe de croix
  • Exorcisme d'un démon géant et d'une servante possédée
  • Guérison d'un paralytique au passage de son cercueil

Citations

Je t'ai choisi pour orner le lieu saint.

— Jest., cx. 13 (cité en exergue)

Va, Satan ; c'est mon Seigneur Jésus-Christ à qui toute la terre appartient, et non pas moi, qui t'empêche d'en avoir la jouissance

— Paroles de Saint Clair au démon