Saint Léonard (Léodowald)

Évêque d'Avranches

Fête : 4 mars 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque d'Avranches au VIe et VIIe siècles, Léonard (Léodowald) passa d'une jeunesse violente à une vie de sainteté après une conversion symbolisée par une pomme mûrissante. Successeur de saint Sever, il propagea le culte de saint Martin en Normandie. Il est traditionnellement invoqué par les charretiers pour sa force et sa protection sur les routes.

Biographie

SAINT LÉONARD OU LÉODOWALD, ÉVÊQUE D'AVRANCHES, INVOQUÉ PAR LES CHARRETIERS (630).

À l'extrémité occidentale de la grande paroisse de Vains, dans le canton d'Avranches (Manche), sur un monticule qui domine la côte de Bretagne et les rivages de l'Océan, se trouve un bourg, une villa du moyen âge, avec son église, son antique prieuré et sa tour monumentale, des hauteurs de laquelle se déroule, aux yeux du spectateur, un des plus vastes et des plus beaux horizons !... Ce village, ce bourg antique que l'on aperçoit de loin, c'est Saint-Léonard, le lieu consacré à saint Léodowald.

L'histoire antique et primitive de ce bourg, avant son nom chrétien, est complètement inconnue. Cependant un historien moderne a cru y voir l'emplacement de la capitale des Vénètes, qui luttèrent si énergiquement contre César, lors de la conquête des Gaules.

Mais nous laissons à d'autres recueils la solution de ce problème : la bourgade qui nous occupe tire d'un saint évêque d'Avranches du VIe siècle, son nom moderne de Saint-Léonard. Ce Saint y prit naissance vers 540 et en fut le plus glorieux enfant. On dit que son castel mérovingien se dressait jadis sur le monticule où plus tard on lui éleva le temple que l'on voit encore aujourd'hui.

De sa naissance à son épiscopat, nous n'avons rien d'écrit, rien qui puisse résister à une critique sévère ; mais la tradition vient combler les lacunes de l'histoire, et la poésie suppléer aux documents authentiques.

Le jeune Léodowald, d'après le témoignage oral de nos pères, et des vieillards qui content encore, appartenait à une famille riche et pieuse, mais aux sages instructions de laquelle sa jeunesse ne répondit point. Né avec un caractère vif et emporté, et doué d'une force herculéenne et d'une taille majestueuse, il tomba dans tous les excès auxquels se livrait trop souvent la jeunesse d'alors. L'abus de sa force et de sa puissance le rendit bientôt le fléau de la contrée, et on trembla à l'approche de cet homme, qui, comme son nom l'indique, ressemblait assez à un lion sorti de ses sauvages forêts.

Sa mère, sa pieuse mère ne cessait néanmoins de le rappeler à une vie plus modérée et plus chrétienne ; mais le temps fixé par la Providence pour toucher et convertir ce jeune cœur, qu'entraînait la fougue des passions, n'était point encore arrivé. Toutefois, au milieu de ses débordements, le bien surnageait encore, et plusieurs fois on put y reconnaître l'élément d'un bon cœur et le principe d'une bonne action. Aussi se plaisait-on à raconter que maintes fois on l'avait vu porter secours aux charretiers des environs, et retirer, par la force de son bras, leurs voitures embourbées dans les cavités du chemin ou les sables des grèves. Cependant sa pieuse mère priait toujours, et comme une autre Monique attendait, pleine d'espérance, son sincère retour à Dieu. Un enfant

4 MARS.

qui avait coûté tant de larmes et de prières ne pouvait périr, et cette tendre mère vit bientôt arriver l'heureux moment après lequel elle soupirait : ce fut la conversion éclatante de son cher fils. Comment s'opéra-t-elle ? L'histoire ne peut nous le dire ; mais ce sentiment intérieur, ou plutôt cette grâce divine qui toucha le cœur du seigneur Léodowald et le ramena à la vie spirituelle qu'il avait perdue, est délicieusement exprimée par une charmante légende populaire : c'est la légende de la Pomme, que racontent encore, à qui veut les entendre, les vieillards léosardais :

« Pensif et solitaire, Léodowald descendait un jour les côteaux verdoyants de ses domaines, et sous l'ombrage des vergers, roulait dans son esprit les sollicitations pressantes de sa mère et les actes de sa vie passée. Tout à coup, une branche de pommier chargée de fruits, l'arrache à ses rêveries. Il s'arrête pour en cueillir un, dont la couleur vermelle et la forme charmante l'ont frappé. Mais à peine l'a-t-il porté à sa bouche que la pomme acide et trop verte encore, l'a bientôt dégoûté. Il la rejette aussitôt, et presque colère, la dépose sur les branches fourchues de l'arbre. Quelque temps après, repassant par le même endroit, il retrouve la pomme où il l'avait laissée. Cette fois elle lui paraît plus ravissante encore ; sa couleur verte et purpurine a pris celle de l'or, et il s'arrête pour la goûter de nouveau. Il la trouve délicieuse, et son goût, naguère si amer, est devenu des plus agréables. Cette simple aventure, cette heureuse rencontre lui inspire alors les plus salutaires réflexions : Tout change, se dit-il, tout s'améliore, tout se perfectionne, moi serai-je le seul à ne pas changer, serai-je toujours le fruit vert que l'on rejette ou l'arbre stérile qui ne produit rien ?... Non, s'écria-t-il, il n'en sera point ainsi... À l'instant même Dieu touchait son cœur, et Léodowald était converti. La lumière s'était faite dans son âme, il avait honte de son passé, et l'orgueilleux seigneur s'était trouvé petit devant Dieu. Mais dans son humiliation, ce fut l'humilité qui triompha, et cet homme, terrassé par les passions, se redressa comme l'arbre couché par l'orage, et plus il avait penché vers la terre, plus son âme, ayant repris son élan, se releva vers les cieux ».

Sa conversion fut sincère, et la science marcha de pair avec la sainteté, car en 578, saint Sever s'étant démis de ses fonctions épiscopales pour se retirer dans la forêt qui depuis porte son nom, le clergé et le peuple élurent Léodowald pour succéder au saint évêque devenu moine. Il fallait assurément qu'on reconnût en lui d'éminentes qualités, puisque le premier des leudes francs de son diocèse, il fut choisi pour pontife, et cela de préférence aux gallo-romains qui se trouvaient encore en grand nombre dans la Noustric, et qui, par leur science et leurs vertus, s'étaient trouvés jusqu'alors à la tête des évêchés et des abbayes.

L'épiscopat de saint Léonard ne passa pas inaperçu, et le père de l'histoire de France, Grégoire de Tours, dans son deuxième livre des miracles de saint Martin, consacre tout le 36e chapitre pour rappeler la confiance de notre saint évêque en l'illustre apôtre des Gaules. Saint Léonard, depuis longtemps, nourrissait en effet dans son cœur une grande dévotion pour saint Martin, qu'il reconnaissait, sans doute, comme un des premiers apôtres de son diocèse, évangélisé par un de ces missionnaires que le saint évêque de Tours tirait de Marmoutiers, et envoyait, au péril de leur vie, travailler à la conversion des peuples. Cette vénération profonde pour ce saint pontife fit naître, dans l'évêque d'Avranches, le désir d'avoir de ses reliques. Il envoya donc, à cet effet, un de ses prêtres, qui fit le pèlerinage de Tours pour obtenir ce qu'il souhaitait si ardemment. L'envoyé de saint Léonard ayant visité le tombeau de saint Martin, dans l'insigne basilique que lui avaient élevée ses successeurs, et ayant obtenu ce qu'il était venu demander, s'empressa de revenir, au plus vite, vers la cité des Abricates. Lorsque les habitants d'Avranches connurent son arrivée, chacun d'eux s'empressa de se rendre sur son passage, et parmi la foule qui l'entourait se trouva un pauvre paralytique qui, porté sur les bras de ses amis, vint pieusement se recommander à saint Martin, en baisant avec confiance le voile qui recouvrait le reliquaire. Aussitôt, nous dit le texte latin, il se sentit guéri, et se tenant debout, il retourna lui-même dans sa maison.

À l'endroit où ce miracle était arrivé, saint Léonard fit bâtir un temple à saint Martin, dont il fit lui-même la dédicace solennelle.

Cette terre bénie, où saint Léonard venait d'élever un temple, se trouvait à l'extrémité d'un faubourg d'Avranches, à l'endroit où, en 1845, on découvrit un vase renfermant cinq cents pièces d'argent, frappées avant la domination romaine.

L'érection de cette église, qui n'existe plus, contribua puissamment à répandre dans le pays d'Avranches le culte de saint Martin, si bien qu'on put dire :

Saint Martin et sainte Marie Se partagent la Normandie.

Autour de la nouvelle église d'Avranches, qui devint dès lors comme un centre de dévotion, on

vit s'élever d'autres temples, qui, à l'imitation de leur sœur aînée, se mirent aussi sous le patronage de saint Martin. Au XVIe siècle, Robert Cenalis en comptait 31 dans le diocèse, et il ne craint pas de les faire remonter, pour la plupart, à saint Léodowald, et de leur donner à tous, pour raison d'être, l'église mère et primitive de Saint-Martin des Champs.

L'histoire se tait sur le reste de l'épiscopat de saint Léonard. Après avoir blanchi sous le fardeau pastoral, il s'endormit dans le Seigneur à l'âge de quatre-vingt-dix ans, vers 630.

Saint Léonard a toujours été regardé comme saint. Les fidèles s'empressèrent de lui élever un temple au lieu de sa naissance, et l'on croit que ses restes furent transportés dans cette vénérable église.

Ce qui nous porte à penser ainsi, c'est que dans l'enceinte de cette église se concentre toute la dévotion, et, pour ainsi dire, tout le culte rendu à saint Léodowald. C'est là, sous ses voûtes antiques, que se forma un pèlerinage qui ne contribua pas peu à répandre, même au loin, la vénération profonde dont son nom était entouré. Depuis un temps immémorial, sur les degrés de son autel, s'agenouillèrent une foule de pèlerins, voyageurs ou conducteurs de chars, qui vinrent réclamer sa protection contre les dangers de la route ou les surprises nocturnes.

Aujourd'hui que les voies de communication sont si faciles et si sûres, on comprend moins une pareille dévotion ; mais qu'on se reporte au moyen âge, qu'on parcoure ce qui reste des vieux chemins de la basse Normandie, on ne s'étonnera plus qu'on ait éprouvé le besoin d'invoquer un saint, protecteur spécial du pèlerin, du voyageur, du charrotier.

Les hommes de notre génération ont encore pu interroger les vieillards qui, avec tant de bonheur, racontent les souvenirs du passé : ceux de la génération suivante ne le pourront plus. L'auteur de ces lignes se rappelle encore quelques-uns de leurs récits, où les vieillards redisaient la protection tutélaire de saint Léonard, et les incidents dramatiques de la délivrance miraculeuse de quelque conducteur infortuné.

Le prieuré de Saint-Léonard existe toujours dans la commune de Vains, ainsi que sa belle église romane, qui est devenue propriété particulière. Elle est au centre d'un charmant village dont les habitants vénèrent encore la statue de leur patron, richement décorée et fort bien entretenue. Mgr Bravard l'a visitée dernièrement et a encouragé cette dévotion.

M. Fabié Pigeon, aumônier du lycée de Coutances. — 15 mars 1872.

Événements marquants

  • Naissance vers 540 à Vains
  • Jeunesse dissipée et violente
  • Conversion miraculeuse par l'épisode de la pomme
  • Élection à l'épiscopat d'Avranches en 578 succédant à saint Sever
  • Construction d'une église dédiée à saint Martin à Avranches
  • Mort à l'âge de 90 ans

Miracles

  • Guérison d'un paralytique au passage des reliques de saint Martin
  • Légende de la pomme acide devenue délicieuse symbolisant sa conversion

Citations

Tout change, tout s'améliore, tout se perfectionne, moi serai-je le seul à ne pas changer ?

— Tradition orale (Légende de la Pomme)

Date de fête

4 mars

Époque

7ᵉ siècle

Décès

vers 630 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

protection contre les dangers de la route, surprises nocturnes, délivrance des conducteurs embourbés

Autres formes du nom

  • Léodowald (fr)
  • Leodowaldus (la)

Prénoms dérivés

Léonard, Léodowald

Famille

  • Inconnue (mère)