Saint Ours de Cahors
Fondateur de monastères
Résumé
Originaire de Cahors au VIe siècle, saint Ours fonda plusieurs monastères en Berry et en Touraine, notamment à Loches. Il est célèbre pour avoir conçu un moulin à eau afin d'épargner la fatigue de ses moines et pour avoir triomphé par la prière de la jalousie de Sichlaire. Il finit ses jours à Loches, laissant derrière lui une réputation de thaumaturge.
Biographie
SAINT OURS DE CAHORS, FONDATEUR DE MONASTÈRES,
ET SAINT LÉOBAT, ABBÉ DE SENNEVIÈRES, AU DIOCÈSE DE TOURS
568. — Pape : Symmaque. — Roi de France : Clovis Ier.
Quid aliud monastèrium, in quam robustorum virorum adversus seipsos dimicantium nuncupaverim castra?
Que puis-je voir dans un monastère si ce n'est un camp de robustes guerriers combattant contre eux-mêmes?
S. Laur. Just., de Discipl. monast.
Bien que le Bréviaire de Bourges ne l'ait pas adopté, saint Ours, originaire de Cahors (Lot), appartient au Berry, suivant saint Grégoire de Tours, par une notable portion de sa vie passée dans cette province, et d'une façon plus directe encore que ses illustres compatriotes saint Genou et saint Ambroise. Entraîné par l'amour de la solitude et de la contemplation, il quitta de bonne heure son pays et se retira dans les déserts du Berry, où il fonda trois monastères, ceux de Toiselay (Tausiriacum), de Heugnes (Onia), et de Pontivy ou Pontigny (Pontiniacum).
Après avoir placé des personnes recommandables à la tête de ces pieuses maisons, il passa en Touraine, où il fonda deux autres abbayes : la première à Sennevières (Indre-et-Loire), qu'il laissa avec ses instructions à la garde de son fidèle compagnon Léobat, la seconde en un lieu nommé Loches (Indre-et-Loire), sur la rivière d'Indre, au revers d'une montagne dominée par un solide château. Renonçant à pousser plus loin son pèlerinage, il se fixa lui-même en cet endroit, avec une Congrégation de moines qui s'étaient rangés sous sa loi pour glorifier le Seigneur et gagner leur vie à la sueur de leur front, suivant ces belles paroles de l'apôtre saint Paul : « Travaillez de vos mains, afin de pouvoir soulager les nécessiteux et les affligés. Celui qui ne travaille pas ne mangera pas ».
Comme il avait reçu du ciel le don de miracle, il guérissait les malades, délivrait les possédés du souffle seul de sa bouche, et faisait, au nom du Seigneur, beaucoup d'autres œuvres excellentes. Il vivait dans une grande abstinence, et recommandait à ses disciples de ne point porter leurs regards ou leurs pensées sur des choses impures. Cependant, tout en imposant aux moines ces sages et rigoureuses doctrines, il veillait avec soin à ce que leurs forces ne fussent point dépensées en fatigues inutiles, et, pour leur éviter la peine de tourner eux-mêmes la meule qui broyait leur blé, il eut
28 JUILLET.
l'ingénieuse idée de substituer aux bras des hommes un moulin à roues, mis en mouvement par le courant de l'Indre. Ayant donc planté en travers de la rivière des pieux unis par de gros blocs de pierres, de manière à former une écluse, il rassembla dans un canal toute la masse d'eau, qui fit marcher la roue avec une prodigieuse rapidité et pourvut aux besoins de la communauté, sous la surveillance d'un seul frère, ce qui diminua sensiblement la besogne des moines.
Cependant Sichlaire, favori d'Alaric, roi des Wisigoths, ayant entendu parler de cette curieuse machine, se rendit à Loches pour la voir, et s'en montra si émerveillé qu'il dit à notre Saint : « Abandonnez-moi votre moulin pour qu'il fasse partie de mon domaine, et je le paierai ce que vous voudrez ».
Mais le Saint répondit : « Je ne puis vous abandonner ce que nous avons eu tant de peine à construire avec nos pauvres moyens, car nos frères mourraient de faim ». — « Si vous voulez le céder de bonne volonté », ajouta Sichlaire, « je vous en remercierai. Dans le cas contraire, je l'enlèverai de force, ou j'en bâtirai un autre dont les écluses empêcheront votre roue de marcher ». — « Vous ne pouvez aller contre la volonté de Dieu », reprit le Saint, « et vous n'aurez pas ce moulin de notre consentement ».
Furieux de ce refus, mais n'osant employer la violence, Sichlaire construisit dessous une machine semblable qui, faisant refluer l'eau, empêcha de marcher et rendit inutile le moulin du monastère. Ce que voyant, le frère meunier vint trouver l'abbé vers minuit, comme il priait dans son oratoire, et lui dit : « Père abbé, levez-vous et recommandez-nous à Dieu ; car la roue est arrêtée par le gonflement de la rivière et les barrages de Sichlaire ». À cette nouvelle, l'abbé dépêcha des messagers aux religieux de tous ses monastères, pour leur enjoindre de se mettre aussitôt en prières et de suspendre leurs autres occupations jusqu'à nouvel ordre. Puis il retomba lui-même à genoux, et resta deux jours et deux nuits dans son oratoire, ne cessant d'implorer le Seigneur.
Le troisième jour commençait à poindre, quand le moine préposé à la garde du moulin accourut tout joyeux, en annonçant que la roue tournait avec autant de vitesse et de facilité que par le passé. Désireux de connaître la cause de cet heureux changement, notre Saint sortit avec les frères et se dirigea vers le moulin de Sichlaire. En arrivant à l'endroit où il s'élevait la veille, quelle ne fut pas sa surprise de n'apercevoir ni bâtiment, ni canal, ni écluse. Vainement il regarda au fond de l'eau, fit sonder la rivière, il ne put découvrir la moindre trace du moulin, et depuis, personne n'en retrouva ni pierre, ni bois, ni fer, pas plus que s'il n'eût jamais existé. Il fallut donc croire que, par une volonté supérieure, la terre s'était ouverte pour engloutir et faire disparaître aux yeux des hommes une machine construite en dépit et au détriment des serviteurs de Dieu. Alors le saint Abbé envoya dire aux religieux de ses monastères : « Cessez vos prières et reprenez vos travaux ; car le Seigneur a vengé notre injure ».
Après cet événement, le saint homme vécut encore longtemps aux mêmes lieux, entouré du respect et de l'amour de tous, et, quand son heure fut venue, il fit une bonne fin digne de sa vie et partit pour sa céleste patrie. Ses dépouilles mortelles, confiées à la terre, appelèrent la bénédiction du ciel sur la contrée. Des énergumènes furent guéris et des aveugles éclairés en visitant son tombeau. Les frères auxquels il avait remis la direction de ses maisons furent confirmés dans leurs postes par la bienveillance des évêques de Touraine et de Berry, et Léobat continua de diriger l'abbaye
de Sennevières, où il termina doucement ses jours et trouva sa sépulture.
La paroisse de Loches est dédiée à saint Ours et celle de Sennevières à saint Léobat.
Acta Sanctorum, traduction de M. Veillat, dans ses Pieuses Légendes du Berry. — Cf. Baillet, Godescard.
Événements marquants
- Départ de Cahors pour le Berry par amour de la solitude
- Fondation des monastères de Toiselay, Heugnes et Pontivy
- Installation en Touraine et fondation de l'abbaye de Sennevières
- Fondation du monastère de Loches sur l'Indre
- Invention d'un moulin à eau pour soulager le travail des moines
- Conflit avec Sichlaire, favori d'Alaric, concernant le moulin
- Disparition miraculeuse du moulin concurrent de Sichlaire
Miracles
- Guérison de malades et d'aveugles
- Exorcisme par le souffle de sa bouche
- Engloutissement miraculeux du moulin de Sichlaire après deux jours de prière
Citations
Travaillez de vos mains, afin de pouvoir soulager les nécessiteux et les affligés. Celui qui ne travaille pas ne mangera pas
Vous ne pouvez aller contre la volonté de Dieu, et vous n'aurez pas ce moulin de notre consentement