Saint Pacôme (Abbé)
Abbé
Résumé
Né païen en Égypte, Pacôme se convertit au christianisme après avoir été touché par la charité des fidèles durant son service militaire. Disciple de l'ermite Palémon, il fonde le monastère de Tabenne et reçoit d'un ange une règle de vie communautaire, devenant ainsi le père du cénobitisme. Il meurt en 348 après une vie marquée par une obéissance rigoureuse, de nombreux miracles et la fondation de plusieurs monastères.
Biographie
SAINT PACOME, ABBÉ
L'obéissance est le premier degré de l'humilité.
Règle de saint Benoît.
Pacôme naquit en 292, dans la Haute-Thébaïde, au sein de l'idolâtrie, comme une rose au milieu des épines : car ses parents eurent beau l'élever dans les superstitions du paganisme, il en eut comme une horreur instinctive. Son estomac ne pouvait supporter le vin offert aux idoles. Un jour, que ses parents l'avaient conduit aux sacrifices que l'on faisait pour obtenir des oracles, sa présence empêcha les démons de parler.
À l'âge de vingt ans il fut enrôlé dans les troupes impériales. On l'embarqua, avec d'autres soldats, sur un vaisseau qui descendait le Nil. Le soir, ils arrivèrent à Thèbes ou Diospolis, capitale de la Thébaïde. Il y avait dans cette ville un grand nombre de chrétiens. Ces vrais disciples de Jésus-Christ, qui cherchaient toutes les occasions de consoler et d'assister ceux qui étaient dans la misère, eurent pitié des nouveaux soldats que l'on tenait étroitement enfermés, et que, d'ailleurs, on traitait fort mal : ils leur prodiguèrent les mêmes soins qu'ils eussent prodigués à leurs propres enfants ; ils leur distribuèrent tous les secours qui dépendirent d'eux. Pacôme ne comprit rien à une pareille charité ; il demanda qui étaient ces gens si hospitaliers, et qui les poussait à être si bons envers des étrangers. On lui dit que c'étaient des chrétiens, c'est-à-dire des personnes qui croyaient en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, et s'appliquaient à faire tout le bien possible aux autres, surtout aux étrangers, pour en être récompensés dans une autre vie. Le jeune soldat sentit naître dans son cœur de l'amour pour une religion si sainte ; la grâce l'éclairant, le touchant, son âme se dégagea peu à peu des pensées terrestres ; il fit cette prière : « Ô mon Dieu, créateur du ciel et de la terre, jetez sur moi un regard de pitié ; délivrez-moi de mes misères ; enseignez-moi le moyen de me rendre agréable à vos yeux : tout mon désir et toute mon étude seront de vous servir et d'accomplir votre sainte volonté ». À partir de ce jour, lorsqu'il se sentait attiré par les attraits de la volupté, il résistait à cette tentation, en se souvenant qu'il avait promis à Dieu de se consacrer à son service. La guerre finie, et les soldats égyptiens congédiés, Pacôme retourna en son pays. Il se retira dans un bourg de la Thébaïde, où les chrétiens avaient une église. Là, il se mit au nombre des catéchumènes, et peu de temps après reçut la grâce du baptême. Une vision, où il lui sembla qu'une rosée céleste tombait sur lui, lui montra les effets de ce sacrement et lui inspira le plus vif désir de se consacrer à Dieu. Ayant appris qu'un vieillard, nommé Palémon, servait Dieu dans le fond du désert, il alla aussitôt le trouver et le pria de le recevoir comme son disciple.
Le solitaire lui représenta que la vie qu'il menait était dure et pénible, et que plusieurs avaient déjà tenté inutilement de la suivre. Il lui conseilla ensuite de faire l'essai de ses forces et de sa ferveur dans quelque monastère ; et pour lui montrer qu'il n'était pas capable actuellement de vivre avec lui, il lui dit : « Considérez, mon fils, que du pain et du sel font toute ma nourriture ; l'usage du vin et de l'huile m'est inconnu. Je passe la moitié de la nuit à chanter des psaumes ou à méditer les saintes Écritures. Quelquefois il m'arrive d'être la nuit entière sans dormir ». Pacôme fut étonné, mais non pas découragé. Il répondit qu'il se sentait assez de force pour entreprendre tout ce qui pourrait contribuer à sa sanctification, et en même temps il promit au vieillard de faire ce qu'il lui ordonnerait. Palémon, charmé de cette réponse, ne balança plus ; il le reçut et lui donna l'habit de solitaire. Ils menèrent ensemble la vie érémitique, c'est-à-dire une vie de pénitence et de prière ; ils y joignaient le travail des mains, afin de gagner de quoi vivre et assister les pauvres.
Pacôme, dans son oraison, qui était continuelle, demandait surtout une parfaite pureté de cœur, afin qu'étant entièrement détaché des créatures, il aimât Dieu de toutes ses affections. Pour étouffer jusqu'au germe des passions, il se forma, avant tout, à la pratique de l'humilité, de la patience et de la douceur. Souvent il priait les bras placés l'un sur l'autre en forme de croix, posture qui était alors fort en usage dans l'Église. Au commencement, il était sujet à s'assoupir pendant l'office de la nuit. Palémon le réveillait par ces paroles : « Veillez et priez, mon cher Pacôme, de peur que l'ennemi ne triomphe de vous et ne vous enlève tout le fruit de vos travaux ». Il lui ordonnait encore quelquefois de transporter du sable d'un lieu à un autre, jusqu'à ce que l'envie de dormir fut entièrement passée. C'était ainsi que le jeune novice se fortifiait dans l'habitude de veiller. Il avait soin encore de s'appliquer tout ce qu'il lisait ou entendait lire d'édifiant, et d'en faire la règle de sa conduite.
Palémon lui dit un jour de Pâques de préparer à dîner. Pacôme, ayant égard à la grandeur de la solennité, assaisonna d'un peu d'huile et de sel les herbes sauvages qu'ils devaient manger avec leur pain. Palémon fit sa prière et se mit à table ; mais à la vue de l'huile, il se frappa le front, en disant avec larmes : « Mon Sauveur a été crucifié, et je me flatterais au point de manger de l'huile ? » Il ne put jamais se résoudre à en goûter.
Pacôme allait quelquefois dans un vaste désert nommé Tabenne, et situé sur les bords du Nil. Un jour qu'il y faisait son oraison, il entendit une voix qui lui ordonnait de bâtir, à l'endroit où il était, un monastère destiné à recevoir tous ceux qui y seraient envoyés de Dieu pour le servir fidèlement. Vers le même temps, un ange lui donna, les uns disent de vive voix, les autres par écrit, la Règle que devaient suivre ses religieux, appelés depuis Tabennites. Étant retourné vers Palémon, il lui fit part de ce qui lui était arrivé. Ils se rendirent l'un et l'autre à Tabenne, et y bâtirent une petite cellule, vers l'an 325, environ vingt ans après que saint Antoine eut fondé son premier monastère. Au bout de quelque temps, Palémon retourna dans sa solitude et promit à son disciple de venir le voir chaque année ; mais il y mourut peu de temps après. Il est nommé au Martyrologe romain sous le 4 janvier.
Le premier disciple qu'eut saint Pacôme, fut Jean, son frère aîné. Celui-là étant mort, il lui en vint beaucoup d'autres, de sorte qu'il fut obligé d'agrandir son monastère. Il se vit en peu de temps à la tête de cent moines. Il portait presque toujours un cilice. Il fut quinze ans sans se coucher, s'asseyant sur une pierre pour prendre le peu de repos qu'il accordait à la nature ; encore se reprochait-il le court espace que lui emportait le sommeil. Il eût voulu vaquer sans interruption aux saints exercices de l'amour divin. Depuis sa conversion, il n'avait jamais fait un repas entier.
Par la Règle qu'il donna à ses disciples, le jeûne et le travail étaient proportionnés aux forces de chacun. Ils mangeaient en commun et en silence, ayant au réfectoire la tête couverte de leur capuchon, afin qu'ils ne puissent se voir. Ce capuchon était fait de grosse toile, ainsi que leur tunique qui n'avait point de manches. Ils se couvraient les épaules d'une peau de chèvre blanche, à laquelle ils donnaient le nom de mélote. Ils communiaient régulièrement le premier et le dernier jour de la semaine. Les novices étaient sévèrement éprouvés avant de prendre l'habit, cérémonie qu'on regardait alors comme profession monastique et qui était suivie de l'émission des vœux. Saint Pacôme n'envoyait aux ordres aucun de ses religieux ; et ses monastères étaient souvent desservis par des prêtres du dehors. Il recevait toutefois les prêtres qui demandaient l'habit, et leur faisait exercer les fonctions du ministère. Tous travaillaient ; mais il y avait diverses espèces de travaux. Il n'y avait pas un seul instant qui ne fût occupé. On prenait un grand soin des malades ; saint Pacôme les consolait et les servait lui-même. La loi du silence était si rigoureuse, que quand un moine avait besoin de quelque chose, il ne pouvait le demander que par signes.
Lorsqu'on allait d'un lieu à un autre, on méditait sur quelque passage de l'Écriture, et on psalmodiait même en travaillant. Quand la mort enlevait un des frères, tous les autres sollicitaient la miséricorde divine en sa faveur ; on offrait aussi le saint sacrifice de la messe pour le repos de son âme. Les personnes d'une santé faible n'étaient point exclues du monastère ; le saint abbé recevait tous ceux qui donnaient de vraies marques de vocation et qui montraient un grand désir de marcher dans la voie des conseils évangéliques.
Pacôme bâtit six autres monastères dans la Thébaïde, mais à peu de distance les uns des autres. En 338, il choisit pour le lieu de sa résidence celui de Pabau, situé dans la province de Diospolis et sur le territoire de la ville de Thèbes. Ce monastère devint encore plus nombreux et plus célèbre que celui de Tabenne. Le Saint, par le conseil de Sérapion, évêque de Tentyre, bâtit aussi une église dans un village voisin, en faveur des pauvres occupés à la garde des troupeaux. Il y fit quelque temps l'office de catéchiste. Rien n'était plus admirable que la piété avec laquelle il lisait au peuple la parole de Dieu. La conversion de plusieurs infidèles fut le fruit de son zèle. Son évêque voulut inutilement l'ordonner prêtre ; son humilité lui fit toujours refuser l'honneur du sacerdoce.
Saint Athanase avait un grand respect pour saint Pacôme, et il vint le visiter à Tabenne, en 333. Pacôme, de son côté, révèrait singulièrement cet évêque, non-seulement à cause de ses éminentes vertus, mais encore à cause de son attachement à la foi. Il avait, comme lui, beaucoup d'horreur pour les hérésies, et il s'opposa dans toutes les occasions aux progrès de l'Arianisme.
Pacôme avait une sœur qui, aspirant aussi à la perfection, était venue le voir en ce monastère : il lui envoya dire à la porte que les femmes ne pouvaient entrer et qu'il devait lui suffire de savoir qu'il vivait encore. Cependant, lorsqu'il eut appris qu'elle désirait se consacrer à Dieu, il lui fit bâtir, de l'autre côté du Nil, un monastère qui fut bientôt rempli de vierges zélées pour la pratique de toutes les vertus. Rien de plus grave, de plus saint, de plus touchant à la fois que les relations entre ces religieux et ces religieuses. Personne n'allait visiter ces dernières sans permission, excepté le prêtre et le diacre destinés à les servir, et qui n'y allaient que les dimanches. Les religieux qui avaient quelques parents dans cette communauté, obtenaient la permission de les visiter, accompagnés d'un autre religieux des plus anciens et des plus saints. Ils voyaient d'abord la supérieure, et ensuite leurs parentes en présence de la supérieure et des principales religieuses, sans lui faire ni en recevoir aucun présent, et sans manger en ce lieu. Quand il y avait quelque construction à faire chez les religieuses, ou quelque autre service à leur rendre, les religieux y venaient, conduits par quelqu'un des plus sages et des plus graves ; mais jamais ils ne mangeaient ni ne buvaient chez elles, revenant toujours à leur monastère à l'heure du repas. L'abbé envoyait aux religieuses du lin et de la laine, dont elles faisaient les étoffes nécessaires pour elles et pour les religieux. Quand une religieuse mourait, ses sœurs apportaient le corps jusqu'à un certain endroit, où les religieux, en chantant, venaient le prendre, puis ils allaient l'enterrer sur la montagne où était leur cimetière.
L'obéissance était la vertu que Pacôme conseillait le plus à ses religieux. Il déposa deux procureurs de leur office, l'un parce qu'ayant trouvé du blé à bon marché, il en avait acheté plus qu'il ne lui avait commandé ; l'autre parce qu'il avait vendu des nattes plus cher qu'il n'en avait reçu l'ordre. Dieu fit des miracles pour justifier cette conduite du Saint. Ayant remarqué qu'un figuier tentait les religieux par ses beaux fruits, Pacôme ordonna de le détruire; néanmoins le jardinier, à force de supplications, obtint la révocation de cet ordre; mais un jour le figuier fut trouvé mort.
Il s'efforça aussi de maintenir dans sa communauté la pratique de la patience et de l'humilité. Théodore, l'un de ses plus chers disciples, qui lui succéda après sa mort dans le gouvernement de ses monastères, était tourmenté d'un mal de tête continuel. Quelques frères ayant sollicité Pacôme de demander à Dieu sa guérison, il répondit : « Il est vrai que l'abstinence et la prière sont bien méritoires, mais la patience dans les maladies l'est infiniment davantage ».
Un moine fit un jour le double de son ouvrage ordinaire, deux nattes au lieu d'une, et les mit dans un lieu où il savait qu'elles seraient aperçues par l'abbé. Pacôme les aperçut en effet, et devinant le motif du frère : « Voilà », dit-il, « bien du travail et des peines pour le démon ». Il réprima ensuite cette vanité par des humiliations salutaires. Le religieux fut encore condamné à garder sa cellule pendant cinq mois, sans autre nourriture qu'un peu de pain, de sel et d'eau.
Excepté cet article d'obéissance, pour lequel saint Pacôme était inexorable, parce que c'est le soutien de l'état religieux, il avait en toute autre chose beaucoup de douceur et de condescendance à supporter les faiblesses et les défauts de ses frères. Un religieux, appelé Sylvain, ayant repris, peu de temps après son entrée dans le monastère, les manières, le langage et les goûts du monde, scandalisait toute la communauté; les plus anciens supplièrent le saint abbé de lui ôter l'habit religieux et de le faire sortir du monastère. Mais saint Pacôme fit tant par ses prières auprès de Dieu et par ses douces et charitables remontrances, que ce religieux devint le meilleur de la communauté, car il eut le don des larmes l'espace de huit ans, et mourut comme un Saint. Pacôme protesta à tous les religieux qu'il avait vu son âme monter au ciel, accompagnée d'une multitude innombrable d'esprits bienheureux.
La mère d'un jeune novice, appelé Théodore, étant venue au monastère pour en faire sortir son fils, en vertu de certaines lettres qu'elle avait obtenues de quelques évêques, saint Pacôme dit simplement à ce religieux qu'il allait trouver sa mère, puisque les prélats l'ordonnaient ainsi. Théodore lui repartit : « Assurez-moi donc, mon père, que je ne serai pas repris au jugement de Dieu de cette visite que j'irai faire à ma mère ». Le saint abbé, satisfait de ces paroles, ne pressa pas davantage son novice, et cette résolution du fils profita si bien à la mère, qu'elle se fit elle-même religieuse. Théodore mena une vie si fervente et si sainte, qu'il a mérité d'être mis, après sa mort, au nombre des saints, dans le Ménologe des Grecs, le 15 de ce mois.
Un autre religieux, brûlant d'un zèle indiscret de souffrir le martyre, pria saint Pacôme de lui en procurer l'occasion. L'abbé fit ce qu'il put pour lui ôter cette pensée; il lui exposa que c'était une pure tentation, puisque l'Église, jouissant alors de la paix, il ne fallait pas souhaiter qu'elle fût troublée par les persécutions; néanmoins, voyant que ce religieux continuait à lui faire les mêmes instances, il lui dit enfin qu'il le satisferait, pourvu qu'il eût le courage du martyre quand l'occasion s'en présenterait. Deux jours après, il l'envoya chercher du bois dans la forêt, après lui avoir réitéré ses avertissements. Ce téméraire y alla, plein d'une présomption qui se changea bientôt en une lâche infidélité ; car des sauvages, qui demeuraient sur des montagnes voisines et sacrifiaient encore aux idoles, l'ayant fait prisonnier, il fit bien paraître d'abord quelque résolution de vouloir souffrir et mourir pour Jésus-Christ ; mais quand il les vit prendre les armes et l'en menacer, il se rendit aussitôt et mangea de ce qui avait été immolé aux idoles. Il échappa, par ce moyen, de leurs mains : mais il fut saisi d'un si grand trouble de conscience, qu'il était près de tomber dans le désespoir, si la douceur paternelle du saint abbé n'eût arrêté ses larmes et n'eût relevé son courage par l'imposition d'une salutaire pénitence.
Les esprits des ténèbres attaquèrent et tourmentèrent saint Pacôme par tous les artifices qu'ils emploient contre les grands saints. Ils entreprirent d'abord de lui inspirer de la vanité : lorsqu'il sortait de la prière, ils venaient en troupe, sous des figures humaines, au-devant de lui, et, faisant semblant de l'applaudir, ils se disaient l'un à l'autre : « Place, place à l'homme de Dieu ! » D'autres fois, pendant son oraison, ils se présentaient à lui en des postures ridicules, afin de le distraire et de l'exciter à rire, et, quand il prenait sa réfection, ils lui apparaissaient sous la forme de jeunes personnes immodestes qui le priaient de les recevoir à sa table. Mais quoi que pussent faire les démons, ils ne gagnèrent jamais rien contre ce serviteur de Jésus-Christ ; il conserva toujours la même gravité, le même calme, le même recueillement, également insensible à leurs louanges, à leurs singeries, à leurs séductions. Ils l'attaquèrent alors ouvertement, et souvent ils le fouettèrent avec tant de cruauté, qu'ils laissèrent son corps tout couvert de plaies. Un bon religieux, nommé Apollo, qui le venait voir, fut témoin de ces sanglantes exécutions ; mais il l'encouragea et l'excita à la persévérance, l'assurant, de la part de Dieu, que l'orage cesserait bientôt, ainsi qu'il arriva. Dieu lui donna même un grand pouvoir sur les démons, ainsi que sur les maladies. Un pauvre père lui amena une de ses filles, cruellement tourmentée par un des esprits infernaux ; mais, comme il n'était point permis aux femmes d'entrer dans le couvent, saint Pacôme demanda quelqu'un des habits de la possédée pour le bénir ; puis ayant su, par révélation, que sa conscience était en mauvais état, il l'en fit avertir, et, après lui avoir fait promettre de se corriger, il la guérit avec un peu d'huile bénite qu'il lui envoya. Il délivra aussi un jeune possédé en lui faisant manger un morceau de pain bénit. Une femme, affligée d'un flux de sang, supplia un bon prêtre, nommé Denis, d'attirer, par occasion, le saint abbé dans son église. Pacôme y alla, et cette malade s'étant approchée doucement de lui, et ayant touché avec une grande foi le bord de sa robe, à l'exemple de l'hémorrhoïsse de l'Évangile, elle se trouva aussitôt guérie. Un de ses religieux ayant été piqué d'un scorpion durant sa prière, sans néanmoins l'interrompre, fut semblablement guéri, dès qu'il eut demandé la santé au saint abbé.
La grâce de guérir les malades n'a pas été la seule dont Dieu ait favorisé saint Pacôme ; il avait encore le don de prophétie, et celui de pénétrer les secrets du cœur. S'entretenant un jour avec l'abbé Théodore, il l'avertit que les frères chargés de la boulangerie, qui étaient obligés de garder le silence, et de s'entretenir de saintes pensées pendant qu'ils faisaient les pains destinés au saint sacrifice de la messe, s'amusaient néanmoins à causer : on vérifia cette infraction, qui était réelle, et elle ne demeura pas sans punition. Une autre fois, il donna avis au Père Vicaire qu'un religieux, qui dormait en sa cellule pendant l'exhortation, éprouvait une violente tentation ; en effet, il y succomba, et quitta aussitôt l'habit et la profession religieuse. Dieu lui fit connaître, dans une vision, l'état à venir de son Ordre : que plusieurs s'y relâcheraient de l'étroite observance ; les imparfaits s'y étant rendus les maîtres, on ne remplirait plus les charges que par politique et par respect humain, et non par la considération des mérites et de la capacité des personnes ; les meilleurs religieux et les plus dignes en étant exclus, tout irait en décadence et tomberait dans un grand désordre. Comme le saint homme s'affligeait extrêmement de tant de malheurs, Notre-Seigneur lui apparut avec une couronne d'épines sur la tête, et le consola. Pacôme en fit part depuis à ses religieux, dans une longue et pathétique exhortation qu'il leur fit à ce sujet.
On pourrait ajouter à ces deux grâces gratuites, celle du don des langues : un religieux d'Italie l'étant allé trouver pour lui découvrir l'état de sa conscience, le saint abbé ne le pouvait entendre, parce qu'il ne savait que sa langue maternelle, qui était celle d'Égypte ; il eut recours à Dieu, et lui fit cette prière : « Seigneur, si, faute de savoir les langues, je ne puis aider les étrangers, pourquoi me les envoyez-vous ? Et s'il vous plaît que je les serve, donnez-moi ce qui m'est nécessaire pour exécuter votre volonté ». Il continua cette oraison l'espace de trois heures ; et à la fin, il reçut du ciel une pleine intelligence et un parfait usage de la langue grecque et de la langue latine.
Ainsi, Pacôme obtenait des miracles, non-seulement pour les autres, mais encore pour lui-même. Il marchait sur les serpents et foulait aux pieds les scorpions, sans en recevoir aucun mal ; et lorsqu'il lui fallait traverser quelque bras du Nil, pour visiter ses monastères, les crocodiles se présentaient à lui et le passaient sur leur dos. Enfin, toute sa vie n'a été qu'un miracle continuel. En effet, n'est-ce pas une chose merveilleuse d'avoir vécu si longtemps, presque sans manger, et absolument sans dormir ; car, durant les tentations dont nous avons parlé, il demanda la grâce à Notre-Seigneur de n'être point sujet au sommeil, afin d'être incessamment sous les armes pour combattre l'ennemi. Ce qui n'est pas moins merveilleux, c'est l'humilité avec laquelle ce vénérable vieillard recevait les remontrances des moindres novices. Un jour qu'il visitait ses monastères et travaillait aux nattes avec les autres, un jeune frère, s'apercevant que saint Pacôme ne les tressait pas selon la méthode ordinaire, lui dit librement : « Mon père, vous ne faites pas bien ; l'abbé Théodore le veut d'une autre façon. — Eh bien donc ! mon enfant, lui repartit doucement le Saint, montrez-moi comment il faut le faire ». Et, l'ayant appris, il changea sa manière de travailler.
L'an 348, la peste ravagea les monastères de saint Pacôme, et lui enleva cent religieux. Il tomba lui-même malade après la fête de Pâques ; il était extrêmement exténué et affaibli ; mais son visage demeura toujours gai et comme brillant d'une sainte joie, qui faisait assez connaître la candeur et la pureté de son âme. Deux jours avant son décès, il exhorta ses religieux à la persévérance et à la pratique de ce qu'il leur avait enseigné. Il les avertit surtout de fuir les hérétiques, particulièrement les Ariens, les Méléciens et les Origénistes, et de ne converser qu'avec des personnes dont l'entretien les put édifier et porter à la perfection. Enfin, il les exhorta aussi à élire pour leur supérieur, en sa place, un saint religieux appelé Pétronius, à qui il recommanda, bien qu'il fût absent, toute la compagnie ; ensuite il aperçut son ange gardien auprès de lui, et, après l'avoir contemplé d'un œil tout rempli d'allégresse, il fit le signe de la croix et rendit sa belle âme à Dieu le 14 mai de l'an 348. Ses disciples passèrent la nuit dans le chant continuel des psaumes et des hymnes, et l'enterrèrent le jour suivant sur la montagne, comme il l'avait ordonné.
On représente saint Pacôme sous un costume d'Ermite, recevant des mains d'un ange le livre de sa Règle ; traversant le Nil sur le dos des crocodiles, etc.
Quant à saint Palémon, on le trouve dévidant des écheveaux ; ce qui se fonde peut-être sur cette circonstance qu'il appliquait ses religieux à tisser des cilices.
L'Ordre de Saint-Pacôme a subsisté en Orient jusqu'au Xe siècle.
La Vie de saint Pacôme a été écrite peu de temps après sa mort par un moine de Tabenne. Voir Roswede, l. 187, p. 114 ; Papebrech, t. XX, mat, p. 267 ; Tillemont, t. VII ; Ceillier, t. IV, édit. Vivès ; Hélyot, t. XV, édit. Migne.
Événements marquants
- Naissance en 292 dans la Haute-Thébaïde
- Enrôlement dans les troupes impériales à 20 ans
- Rencontre avec les chrétiens à Thèbes
- Baptême après son retour de l'armée
- Disciple du solitaire Palémon
- Fondation du monastère de Tabenne vers 325
- Réception de la Règle monastique par un ange
- Visite de Saint Athanase en 333
- Installation à Pabau en 338
- Mort durant une épidémie de peste en 348
Miracles
- Traversée du Nil sur le dos des crocodiles
- Don des langues (Grec et Latin) reçu après trois heures de prière
- Guérison d'une femme atteinte d'un flux de sang par le toucher de sa robe
- Pouvoir sur les serpents et les scorpions
- Vision de l'ange lui remettant la Règle
Citations
Ô mon Dieu, créateur du ciel et de la terre, jetez sur moi un regard de pitié ; délivrez-moi de mes misères ; enseignez-moi le moyen de me rendre agréable à vos yeux
L'obéissance est le premier degré de l'humilité.