Saint Pierre II de Tarentaise
Archevêque de Tarentaise
Résumé
Moine cistercien devenu archevêque de Tarentaise au XIIe siècle, Pierre II fut un réformateur zélé et un médiateur politique de premier plan. Fidèle au pape Alexandre III contre l'Empereur, il parcourut l'Europe pour réconcilier les souverains et multiplier les miracles. Il mourut à Bellevaux après une vie d'austérité et de charité héroïque.
Biographie
SAINT PIERRE II, ARCHEVÊQUE DE TARENTAISE
Comme au sein du vallon croît l'humble violette, Ô Pierre, tu grandis, faible enfant de hameau. Pour unique héritage, il t'échut la hardette, Mais le Christ te nomma pasteur de son troupeau. *Ode à saint Pierre, dans Chovray.*
Pierre de Tarentaise fut une des plus éclatantes lumières de l'Ordre de Cîteaux; on l'a appelé, de son temps, le grand ornement de l'Église; le miracle du monde; l'unique consolation de la foi dans les maux dont elle était accablée; enfin un génie brillant et admirable en toutes choses. Il naquit vers l'an 1102, près de Vienne en Dauphiné. Ses parents, d'une condition médiocre, mais d'une vertu éminente, ont laissé dans l'Église une mémoire bénie, à cause de leur propre sainteté et de celle de leurs enfants. Son père, du même nom que lui, est appelé dans les annales de Cîteaux, le Bienheureux Pierre; sa mère, devenue veuve, embrassa la vie religieuse et fut abbesse de Betton; de ses deux frères, l'un, Lambert, abbé de Chézery,
SAINT PIERRE II, ARCHEVÊQUE DE TARENTAISE.
porte le titre de Saint ; l'autre, André, fut religieux dans l'abbaye de Bonnevaux : sa sœur fut religieuse au monastère de Betton dont sa mère était abbesse.
La maison paternelle fut donc, pour le jeune Pierre, comme un sanctuaire où l'on ne respirait que la prière et l'odeur de Jésus-Christ. C'était aussi un hospice pour les étrangers et pour les pauvres, qu'on recevait dans de bons lits, tandis que les maîtres de la maison se contentaient d'un peu de paille. On était heureux surtout quand on pouvait loger quelque bon religieux qui payait largement son hospitalité par de saintes instructions et l'exemple d'une vie édifiante. Pierre profitait beaucoup en science et en piété à cette précieuse école.
Cependant, veiller à la garde des troupeaux de son père, comme autrefois les enfants de Jacob ; cultiver la terre ou continuer un petit négoce, c'est tout ce qui lui était réservé ; il ne devait pas avoir une plus grande part aux affaires d'ici-bas. Loin du tumulte des passions, il eût coulé paisiblement ses jours en faisant le bien dans le lieu retiré qui l'avait vu naître. Mais Dieu a d'autres desseins sur lui, sa voix se fera bientôt entendre.
Près de son frère Lambert qui étudie, Pierre étudie aussi, sans que l'on s'en doute. Il est son maître à lui-même. Il saisit facilement et apprend des choses difficiles que personne ne lui a expliquées. Doué d'ailleurs d'une mémoire prodigieuse, il retient ce qu'il lit et ce qu'il voit. Un peu plus tard, il donne la preuve bien inattendue de sa grande mémoire, lorsqu'un jour il se met à réciter tout le Psautier, qu'il avait lu souvent par dévotion. Le père, étonné de ce qui se passe dans cet enfant, malgré ses projets arrêtés et ce que l'on appelle les convenances de famille, ne veut pas comprimer plus longtemps l'ardeur du jeune Pierre. Il lui permet d'étudier le latin ; dès qu'il put comprendre le beau commentaire de saint Augustin sur les Psaumes, il le transcrivit de sa main pour mieux le graver dans son esprit.
Lorsqu'il eut atteint l'âge de vingt ans, il obtint de son père la permission d'entrer dans l'abbaye de Bonnevaux, qui venait d'être fondée dans le Dauphiné, sous la règle austère de saint Bernard. Pendant les dix ans qu'il y passa, il édifia toute la communauté et y attira, par la réputation de sa sainteté, son père, ses deux frères et dix-sept seigneurs. Comme il avait parfaitement rempli les principaux emplois du cloître, qu'on lui avait confiés, et qu'il savait bien obéir, on le jugea digne de commander. On le chargea de la fondation du monastère de Tamié, dans le diocèse de Tarentaise, entre les montagnes qui séparaient la province du Genevois de la Savoie propre : cet endroit était, au XIe siècle, le principal passage de Suisse en Italie : c'était un désert regardé comme inhabitable, où l'on pouvait, par conséquent, rendre de grands services aux voyageurs. Pierre vint s'y établir en 1132, avec quelques religieux, ou plutôt il y établit la charité en personne. Les moines de Tamié n'avaient pour nourriture qu'un peu de pain et d'eau, avec des herbes mal apprêtées, dans lesquelles on jetait quel-
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ques grains de sel ; mais quel soin pour les pauvres, les pèlerins, les voyageurs ! Pierre les servait lui-même à table, leur donnait des vêtements, et accompagnait tout cela de quelques pieuses réflexions pour le salut des âmes. Aussi la réputation du Saint volait de tous côtés ; on venait le consulter sur les affaires difficiles : le comte de Savoie, Amédée III, se rendait quelquefois lui-même à Tamié, pour recevoir ses avis. Le don des miracles lui fit surtout une grande célébrité : il guérit publiquement un paralytique ; quand sa communauté manquait de pain, il n'avait qu'à prier Dieu pour en obtenir.
L'archevêché de Tarentaise étant venu à vaquer (1143 ?) par la déposition d'Isdraël, qui l'avait aussi mal gouverné qu'il l'avait injustement usurpé, l'abbé de Tamié fut unanimement élu par tout le clergé de cette église. Une charge si pesante, surtout en un siècle aussi corrompu que celui-là, était bien contraire aux inclinations et à l'humilité de Pierre : on ne put la lui faire accepter que dans le Chapitre général de Cîteaux, où tous les Pères et les abbés de l'Ordre, et particulièrement saint Bernard, abbé de Clairvaux, lui ordonnèrent de se soumettre à la volonté de Dieu.
Le nouvel archevêque trouva son diocèse dans le plus triste état : il en entreprit la réforme avec autant de zèle que de prudence.
Le clergé de sa cathédrale est peu réglé et négligent : Pierre y substitue des chanoines réguliers de Saint-Augustin, qu'il instruit et gouverne comme un père ferait de ses enfants, assistant avec eux à tous les pieux exercices. Il retire les biens des ecclésiastiques des mains qui les avaient usurpés ; il pourvoit les églises de tout ce qui est nécessaire au culte divin, de sorte que, dans ce pays pourtant si pauvre, il ne laissa pas, en mourant, une seule chapelle qui n'eût un calice d'argent. Les pauvres et les malades sont le principal objet de sa sollicitude ; il fonde un hospice à Moutiers, rétablit et dote celui du Petit-Saint-Bernard, et, étendant sa charité au-delà de son diocèse, bâtit deux autres refuges, l'un sur le Mont de la Lésion, l'autre sur le Mont-Jura, lieux presque inhabituables. Sa maison est un asile, où l'on reçoit à toute heure les indigents, les étrangers, les malades. Quand il visite son diocèse, il porte de modestes provisions pour sa subsistance, et n'en use jamais avant d'en avoir fait part aux pauvres. Si bon pour les autres, il est très-rude pour lui-même : vêtu en moine, malgré sa dignité épiscopale, il mène la vie du cloître ; il dort peu, il ne mange que des herbes et du pain bis. Il fait de longues oraisons pendant la nuit et il afflige son corps par des mortifications extraordinaires.
Nous ne dirons point tout ce que la charité de Pierre lui fait entreprendre et nous ne répéterons même pas tout ce qu'en disent les historiens, mais nous ne saurions taire une institution de bienfaisance qui porte un caractère particulier, et du Saint et de la localité ; laquelle, sans être une fondation véritable, en a toutes les conséquences, et a donné lieu à des actes qui l'ont rendue historique.
Les mois qui précèdent la moisson étant ceux où les peuples éprouvent le plus de besoin, le Saint y pourvoit par une distribution générale en soupe et en pain qu'il fait faire chaque jour. Ce sont, dit Geoffroy, son historien, des espèces d'agapes, auxquelles l'archevêque admet indistinctement ceux qui se présentent. Il assiste, par ce moyen, un grand nombre de pauvres,
Bienheureux : ces trois frères et pieux seigneurs cèdent, à titre de fondation, la propriété de Tamié et ses dépendances à l'abbé de Bonnevaux. Jean le Bienheureux, en présence de l'abbé d'Hantecombe (saint Amédée d'Hanterive), de notre saint Pierre, jeune religieux, et en l'assistance de saint Pierre IV, qui occupait alors le siège de Tarentaise. (Bessou, Preuses, p. 251.)
non-seulement durant un mois et pendant sa vie, mais pendant des siècles; car ses successeurs imitent son exemple et continuent à faire, dans les cloîtres bâtis par saint Pierre, une pareille distribution, principalement pendant le mois de mai. Cette aumône, connue sous le nom de pain de mai, devient de plus en plus un objet de vénération à cause de son antiquité et surtout à cause de son origine: l'enfant du pauvre s'y trouvait à côté de l'enfant du riche; celui-ci donnait généreusement d'une main ce qu'il recevait pieusement de l'autre.
Il n'a fallu rien moins que la grande révolution pour détruire une coutume dont le premier anneau remontait à saint Pierre II. Il est plus d'un vieillard qui en parle encore comme d'un souvenir pieux de l'enfance, qui laisse dans l'âme je ne sais quoi de traditionnel, de respectable et de saint. Comme celle de tant d'autres choses précieuses qui ont péri alors, la mémoire de cette tradition se perd de jour en jour à mesure que les hommes qui ont vécu dans les deux siècles disparaissent.
En traversant les Alpes, pendant un hiver très-rigoureux, il rencontre une pauvre femme fort âgée, malade, transie de froid et baignée de larmes; il se dépouille, pour la revêtir, de sa robe de religieux, ne se réservant que le manteau appelé coule; il s'expose ainsi à mourir de froid lui-même, et il arrive, en effet, très-malade à l'hospice du Petit-Saint-Bernard. Sa charité est récompensée, dès cette vie, par d'innombrables miracles qu'il opère en Italie, en Savoie, en Bourgogne. A Saint-Claude, la foule qui se presse autour de lui pour obtenir les grâces du ciel, dont il est le distributeur, est si grande, qu'il faut prendre des mesures pour éviter les accidents: Pierre se retire dans la tour de l'église, où conduisent deux escaliers: par l'un montent les pèlerins, les malades, et quand ils ont reçu la bénédiction du Saint, ils descendent par l'autre. Pendant ce séjour, trois étrangers viennent le remercier de leur délivrance: « Ils étaient », lui disent-ils, « enfermés dans les prisons de Lausanne; le récit de ses vertus et de ses miracles les a convertis; ils l'ont invoqué, comme on invoque un saint qui règne dans le ciel; il leur est apparu dans la prison, a rompu leurs chaînes, et, leur donnant la main, les a fait miraculeusement sortir, en passant sans être vus, au milieu des gardes, qui jouaient aux dés ».
Se voyant accablé de tant de gloire, Pierre s'en effraie et résout de rentrer dans l'obscurité du cloître (1155). Ayant échangé ses habits contre les haillons d'un pauvre, il s'enfuit, accompagné d'un seul domestique, et va au fond de l'Allemagne, se faire recevoir dans un couvent de son Ordre. A la nouvelle de cette fuite, la désolation fut universelle. Un de ses jeunes diocésains, élevé dans son palais, entreprit de le chercher jusqu'à ce qu'il l'eût trouvé. En effet, après avoir pendant un an visité beaucoup de monastères, il arriva enfin dans celui où était son archevêque; il se tint sur le passage des religieux pendant qu'ils allaient au travail, il reconnut Pierre, et se jeta à ses genoux en le priant de revenir dans son diocèse. Les autres religieux furent bien surpris: ils se jetèrent aussi aux pieds du prélat, s'excusant de ne l'avoir pas traité selon sa dignité et ses mérites. Son retour fut un véritable triomphe: il retrouva plus d'honneurs qu'il n'en avait fui (1157).
Dieu le rappelait, parce qu'il avait, si nous pouvons parler ainsi, besoin de lui pour défendre son Église et réconcilier les princes. Un rôle immense attendait notre Saint. L'Église était alors déchirée par le schisme. L'empereur Frédéric Barberousse, qui prétendait mettre sous sa domination absolue le monde entier, ne trouvant plus d'obstacle à ce dessein, que le Pape légitime, ordinaire défenseur des droits des peuples et de l'Église, établit un
antipape, Victor III. L'archevêque de Tarentaise fut presque le seul sujet de l'empire qui osait se déclarer ouvertement pour le Pape légitime, Alexandre III : il prit son parti dans plusieurs conciles, il parcourut plusieurs contrées pour y faire reconnaître son autorité, entre autres l'Alsace, la Bourgogne, la Lorraine, l'Italie : tout l'Ordre de Cîteaux suivit ce noble exemple; or, il comptait alors plusieurs évêques, sept cents abbés et une multitude presque innombrable de moines : ces milliers de voix, qui proclamèrent en même temps le même Pape, en toutes les contrées de l'Europe, ne contribuèrent pas peu au triomphe de la vérité. Pierre ne craignit pas de parler en faveur d'Alexandre III à Frédéric lui-même : « Cessez », lui dit-il, « de persécuter l'Église et son chef, les prêtres et les religieux, les peuples et les cités qui se montrent favorables au Pape légitime. Il est un roi qui gouverne les rois eux-mêmes et à qui vous rendrez un compte rigoureux de votre conduite ». L'empereur, qui avait exilé plusieurs partisans d'Alexandre, ne s'offensa point des remontrances du saint prélat, tant il respectait ses vertus ou craignait son influence sur les peuples. Un de ses courtisans lui en ayant exprimé sa surprise, et essayant d'exciter son indignation contre Pierre, Frédéric répondit : « Je m'oppose aux hommes, il est vrai, parce qu'ils le méritent, mais voulez-vous que je me déclare ouvertement contre Dieu ? »
Alexandre III désirait voir celui qui défendait la papauté avec tant de succès ; il le manda à Rome : ce voyage de Pierre fut une prédication, une procession, un triomphe, une suite de miracles. Il évangélisa et édifia la Toscane ; à Verceil, il réconcilia les deux partis qui divisaient la ville ; à Bologne, il rendit la santé à l'évêque, en lui imposant les mains, et la vue à un aveugle en faisant le signe de la croix sur ses yeux. Partout où il passa, on le priait de prêcher et de consacrer des autels. Le Pape et la ville de Rome le reçurent avec les plus grands témoignages d'estime et de vénération.
En 1170, le Pape chargea notre Saint de réconcilier Henri II, roi d'Angleterre, et Louis VII, roi de France, qui étaient en guerre. Malgré son grand âge, Pierre se mit aussitôt en route pour remplir cette mission : il prêchait et opérait de nombreux miracles dans tous les lieux qu'il traversait. Au monastère cistercien de Prully, dans le diocèse de Sens, il renouvela le prodige de la multiplication des pains, pour nourrir les étrangers que sa réputation y attirait en foule.
Dès qu'il approchait d'une ville ou d'un village, la nouvelle s'en répandait : Voici le Saint qui arrive, disait-on de toute part ; aussitôt la population s'ébranlait, la route se couvrait de feuillages, on se précipitait au-devant du thaumaturge, on lui baisait les pieds et les mains ; il était obligé de s'arrêter pour écouter les plaintes de tous ceux qui souffraient et de les consoler, de les guérir, de faire entendre au peuple la parole de Dieu.
Les rois de France et d'Angleterre avaient envoyé bien loin, au-devant de lui, des seigneurs de leurs cours ; Louis VII et Henri, héritier présomptif de la couronne d'Angleterre, et le comte de Flandre, l'attendaient à Chaumont, dans le Vexin, sur les confins de la France et de la Normandie. Dès que Henri l'aperçut, il descendit de cheval et courut au-devant de lui. Après avoir baisé le manteau du prélat, il le pria de le lui céder : ce vêtement était lacéré et presque tout en pièces, tant on en avait détaché de morceaux par vénération. L'abbé de Clairvaux, qui accompagnait le saint pontife, ayant demandé à Henri de quel usage lui serait ce vieil habit : « Vous ne parleriez pas ainsi », dit le prince, « si vous saviez quels effets merveilleux a produits, sur les malades, la ceinture que j'ai obtenue du Saint, il y a quelques années ». Le roi de France et sa suite arrivèrent pen-
dant ce temps; mais les princes disparaissent dans cette foule et devant le Saint: on ne voyait que lui, on se pressait autour de lui. Une femme, conduisant par la main son fils aveugle, s'efforçait en vain d'arriver jusqu'au prélat; il s'en aperçut et lui fit faire un passage. La mère demanda la guérison de son fils; le Saint, mouillant ses doigts avec de la salive, en frotte les yeux et la tête de l'enfant, fait le signe de la croix et se met en prières. Les princes et les autres témoins de cette scène se demandaient quelle en serait l'issue; tout à coup, l'enfant regarde et s'écrie, joyeux et surpris: « Je vois ma mère, je vois des arbres, des hommes et tout ce qui est ici ». Tout le monde est ravi. La mère, hors d'elle-même, se jette aux pieds du Saint en versant des larmes de joie, sans avoir la force de parler. Le roi de France se prosterne devant l'enfant pour adorer la puissance divine, qui vient d'éclater en lui, baise avec respect son front et ses yeux, et lui fait une généreuse offrande.
Après de tels prodiges, pouvait-on ne pas voir, dans le saint archevêque, l'envoyé de Dieu même? Le roi d'Angleterre, Henri II, se rendit à l'entrevue qui lui avait été proposée par le prélat; elle eut lieu entre Trie et Gisors, et le 29 septembre de la même année, Henri II se réconcilia, à Amboise, avec ses fils et avec le roi de France; mais, à cette date, saint Pierre était déjà dans le ciel. Après l'entrevue de Gisors, il s'était dirigé vers l'abbaye de Mortemer, dans le diocèse de Rouen, où il distribua solennellement les offrandes, le 6 février, à Louis VII et à son gendre, Henri d'Angleterre. Il sentit qu'il n'avait plus que peu de temps à vivre; ce fut pour lui un motif de redoubler de zèle; aussi, ces derniers jours de sa vie sont remplis de bonnes œuvres et de miracles accomplis en France. Il va d'abord, sur la demande de la reine de France, au monastère de Haute-Bruyère, de l'Ordre de Fontevrault, y consacre un autel et y rend la vue à une jeune fille aveugle, en faisant sur elle le signe de la croix. Dans l'abbaye de Lière, où il passe quelques jours, il guérit deux sourds et un paralytique. La charité qui l'anime semble lui donner des ailes. On le voit en quelques semaines au couvent de la Chassagne, où il termine plusieurs affaires du plus haut intérêt; dans celui de la Bussière, dont il consacre l'église et où il guérit, par la seule imposition des mains, un sourd-muet et deux aveugles; au château de Montmorency, où il inaugure la chapelle; à Longuet, où, sur la prière de l'évêque de Langres, il dédie un autel à saint Bernard, qui venait d'être canonisé; à Besançon, où, après avoir entretenu l'archevêque Ehrard des affaires de l'Église, il achève de l'éclairer sur le schisme que Frédéric avait suscité, le confirme et l'affermit dans l'obéissance envers le Pape légitime. On attendait saint Pierre dans l'abbaye de Bellevaux avec une vive et pieuse impatience. Il part en effet pour ce monastère, et se propose d'y paraître avec la simplicité d'un religieux. Avant d'arriver au couvent, ses forces l'abandonnent; une indisposition l'oblige à prendre un peu de repos; il s'arrête au bord de la route, près d'une source qui descend d'un coteau voisin. Ce lieu, connu dans le pays sous le nom de Saint-Justin, sera désormais consacré par l'agonie de l'illustre légat; on plantera une croix aux bords de la fontaine; l'eau pure qui a ranimé le Saint dans sa défaillance, la terre qu'il a arrosée de ses dernières sueurs, seront de siècle en siècle l'objet de la vénération des habitants. Saint Pierre avait soixante-treize ans.
Transporté au couvent de Bellevaux, notre Saint s'y endormit dans le Seigneur, le 8 mai 1174. Son corps demeura trois jours exposé à la vénération du peuple, puis déposé sous un autel dédié à la sainte Vierge; Ehrard, archevêque de Besançon (Bellevaux est tout près de cette ville), présida à
VIES DES SAINTS. — TOME V.
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ses obsèques. Bientôt, le tombeau de saint Pierre de Tarentaise devint, par de nombreux miracles, un lieu de pèlerinage. Il fut canonisé en 1191, par le pape Célestin III.
On le représente parlant aux rois de France et d'Angleterre pour les réconcilier ; à l'empereur Frédéric Barberousse pour le ramener du schisme, etc.
## RELIQUES DE SAINT PIERRE DE TARENTAISE.
Les reliques du Saint, que la Savoie et la France se disputaient, furent partagées par le Pape : l'église de Tarentaise obtint la tête ; l'abbaye de Tamié, le bras gauche ; celle de Citeaux, le bras droit. Ces précieuses reliques furent perdues en partie pendant les troubles de la Révolution française et les guerres qui la suivirent ; mais le reste, qui était demeuré à Bellevaux, fut sauvé ; les habitants de Cirey achetèrent pour quatre cents livres l'autel du Saint, son tombeau et les ossements qui y étaient conformés, et transportèrent le tout dans leur église, le 24 juin 1791 ; mais, en 1793, un administrateur du district de Vesoul enleva violemment ce trésor : les os du Saint furent emportés avec mépris, au fond d'une hotte, à Vesoul, pour y être brûlés ; mais le peuple de Vesoul montra tant de respect pour ces reliques sacrées, qu'on n'osa pas les profaner : ces démagogues, répandant le bruit qu'on les avait enlevées, les reléguèrent dans les bureaux du district, où on les recueillit précieusement, lorsque la liberté de cette catholique fut rendue à la France, et on les plaça dans une des chapelles de l'église paroissiale de Vesoul.
En 1812, Claude Lecos, archevêque de Besançon, en accorda deux parcelles considérables aux habitants de Cirey. Une colonie de trappistes, vivant selon l'étroite Observance de Sept-Fonds, s'établirent à Bellevaux, en 1816, et obtinrent, en 1819, la moitié des reliques qui avaient été déposées à Vesoul, c'est-à-dire la cuisse, la jambe et le pied gauche du Saint : on constate, dans le procès-verbal dressé à cette occasion, que les restes précieux de saint Pierre étaient dans leur état naturel, sans corruption, couverts de peau, mais seulement desséchés par l'effet du temps. Chassés par la Révolution de 1830, les trappistes de Bellevaux se réfugièrent en Suisse, emportant, comme consolation dans leur exil, les reliques de saint Pierre ; ils les rapportèrent, en 1834, lorsqu'ils vinrent s'établir, encore en Franche-Comté, au Val-Sainte-Marie : depuis, le siège principal de la communauté ayant été transféré à l'abbaye de la Grâce-Dieu, une chapelle, dans la magnifique église de cette abbaye, fut dédiée à saint Pierre de Tarentaise. C'est là que reposent aujourd'hui ses reliques dans une belle chasse : on y voit, outre les ossements dont nous avons parlé, une portion du manteau du Saint, sa mitre et son calice. L'abbaye de la Grâce-Dieu ayant fondé naguère une colonie à Tamié même, la mère a cédé à la fille une partie des reliques de celui qui l'avait autrefois gouvernée. Quant à dire que les reliques, autrefois données par le Pape à la Savoie, furent toutes perdues, cela n'est pas complètement exact. Voici ce que nous écrit M. Bérard, chanoine, archidiacre et vicaire-général de Moûtiers :
« Cela n'est malheureusement que trop vrai pour ce qui concerne la relique insigne adjugée à l'église alors métropolitaine de Moûtiers. Mais je suis heureux de pouvoir affirmer que nous possédons en la même église, notre cathédrale actuelle, le bras gauche qui était autrefois à l'abbaye de Tamié. L'authenticité de cette relique avait été reconnue, en 1805, par Mgr Irénée-Yves de Solics, évêque de Chambéry et de toute la Savoie, lors de la visite pastorale qu'il fit en cette ville et dans les principales paroisses de Tarentaise, assisté de M. le doyen de Maistre, son vicaire-général, précédemment doyen de la métropole de Tarentaise, et vicaire-général de cet archidiocèse sur le territoire duquel était située l'abbaye de Tamié. Il nous serait difficile de dire comment cette précieuse relique est arrivée à Moûtiers, et depuis Tamié, enfermée dans son grand reliquaire surmonté d'une statue du saint évêque, durant les troubles de la Révolution, ni comment elle a été préservée. Mais il est certain :
« 1° Que Mgr de Maistre, qui portait toujours le plus vif intérêt à ce qui restait de l'ancien diocèse de Tarentaise, était plus à même que qui que ce fût de s'assurer de l'authenticité de cette relique ;
« 2° Qu'il a fait apposer le sceau de Mgr de Solics sur ce reliquaire ;
« 3° Que dans le procès-verbal de cette visite pastorale du 22 septembre 1805, on lit : « Nous avons fait apposer notre sceau sur toutes les reliques dont l'authenticité nous a été garantie ».
« 4° Que les sceaux de Mgr de Solics ont été trouvés intacts lors de l'ouverture qu'a fait faire tout récemment Mgr Turinaz, évêque de Tarentaise, de ce même reliquaire pour y puiser, si possible, de plus amples renseignements sur l'authenticité de cette relique ;
« 5° Que l'examen fait de cette relique en ma présence par MM. les docteurs chirurgiens-médecins, Loisons père et fils, il a été bien reconnu que cet os, encore revêtu de filaments nerveux desséchés, et même de portions de chair prodigieusement conservée, malgré leurs huit cents ans, et sur lequel il est écrit en vieux sigle : ex ossibus sancti Petri II, archiepiscop. Tarentasiensis, il a été reconnu, dis-je, que c'était bien l'Os du bras gauche.
SAINT GIBRIEN, PRÊTRE ET CONFESSEUR. 408
« Dans le même reliquaire se trouve encore une paire de gants de soie blanche, façon moyen âge, bordés en leur partie supérieure d'un large galon fil d'or, que, pour ce motif, nous croyons être les gants du même Saint.
« Nous possédons aussi :
« 1° La parcelle que M. le chanoine Chevray déclare, à la page 215 de son Histoire de saint Pierre, avoir cédée à notre cathédrale sur celle assez considérable qu'il avait obtenue en Franche-Comté par l'entremise de M. le chanoine Thiéband, secrétaire-général de l'archevêque de Besançon ;
« 2° La crosse de ce Saint religieusement conservée d'abord en l'abbaye de Tamié, puis transportée, en 1819, en celle de Novalaise (après la grande Révolution française), d'où elle nous est venue, en 1856, par la bienveillante médiation de Mgr Vibert, évêque de Maurienne ».
Les autres reliques, le lecteur se le rappelle, sont à Vesoul et à Cirey. Dans l'église paroissiale de ce village, où les pèlerins viennent encore déposer leurs prières et leurs offrandes, on voit le mausolée en marbre qui était derrière le maître-autel de l'abbaye de Bellevaux ; les débris d'une grille en fer battu, qui fermait le mausolée, et qui porte le chiffre du Saint ; sept petites châsses, soustraites aux perquisitions des révolutionnaires, dans lesquelles on remarque des gants, une clef et différents autres objets qui ont appartenu au saint archevêque de Tarentaise.
Nous avons refait l'histoire de cette Vie, trop incomplète dans le Père Giry, en nous servant, surtout, de la Vie des Saints de Franche-Comté, et de la Vie du Saint, par M. le chanoine Chevray, in-8° qui a paru à Baume en 1841.
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## SAINT HELLADE, ÉVÊQUE D'AUXERRE (387).
Hellade ou Hellade, évêque d'Auxerre, tint ce siège après saint Valérien, vers le temps de Valentinien l'Ancien. Commis à la garde du troupeau du Seigneur, il convertit un grand nombre d'âmes à la foi, par sa parole et par son exemple. Il alla recevoir de son maître céleste la récompense de ses travaux, la vingt-troisième année de son épiscopat, le 8 de mai, vers l'an 385, et fut enseveli sur le Mont-Artre, à côté de ses prédécesseurs.
Propre de Sens et Godescard.
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## SAINT GIBRIEN, PRÊTRE EN CHAMPAGNE (VIe siècle).
Gibrien, prêtre, né en Irlande, passa en France sur la fin du VIe siècle, afin de servir Dieu avec plus de liberté. Il eut pour compagnons de son voyage et de son dessein, Hélain, Trésain, Véran, Abran et Pétran, ses frères, ainsi que ses trois sœurs, Franche, Promptie et Possenne. Ils s'arrêtèrent tous sur le territoire de Châlons-sur-Marne. Ils se dispersèrent dans des lieux solitaires, mais assez voisins les uns des autres pour qu'ils pussent se visiter mutuellement. Gibrien fixa sa demeure à l'endroit où le ruisseau, nommé Côle alors comme aujourd'hui, se jette dans la Marne.
Ses frères et ses sœurs venaient souvent le visiter comme un maître de sainteté. Ils avaient d'ailleurs un grand respect pour lui, et parce qu'il était l'aîné, et parce qu'il était revêtu du sacerdoce. Mais ce qui lui donnait encore plus d'autorité, c'était son amour extraordinaire pour l'oraison et pour le travail ; son abstinence admirable dans le manger, et son infatigable activité dans l'exercice de toutes les vertus. Lorsqu'une heureuse mort eut couronné sa sainte vie, son corps fut enseveli dans le lieu de sa solitude. Bientôt Dieu fit éclater la gloire de son serviteur par divers miracles : on construisit un petit oratoire sur son tombeau ; un grand concours s'y faisait, surtout le jour anniversaire de la célébration de ses obsèques.
Cet oratoire ayant été détruit durant les ravages des Normands, le religieux comte Haderic obtint de Rodoald, évêque de Châlons, la permission d'emporter où il voudrait le corps de saint Gibrien. Il le transféra à Reims, et le déposa dans la basilique de Saint-Remy, sous l'épiscopat de Foncques. Il y est demeuré jusqu'à la Révolution française. Il n'en reste plus rien. Il y a, dans le diocèse de Châlons, un village du nom de Saint-Gibrien ; il est situé non loin de l'ancien tombeau. Ses frères et ses sœurs sont aussi honorés d'un culte public. On compte, dans les diocèses de Reims et de Châlons, plusieurs églises dédiées sous l'invocation de saint Véran, de saint Hélain, de saint Trésain et de sainte Possenne.
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Il est plus que probable que ces saints voyageurs ont séjourné en Bretagne avant de se rendre dans le Châlonais, car il s'y trouve encore plusieurs localités rappelant leurs noms : on connaît, en Bretagne, une paroisse de Saint-Hélen ; une paroisse de Saint-Vran ; une paroisse et plusieurs lieux consacrés à saint Abraham (le même probablement qu'Abran) ; la grève de saint Pétran ; la grotte du même Saint en Trécilide.
*Propres de Châlons et de Reims*, et notes locales.
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## SAINT DÉSIRÉ, ÉVÊQUE DE BOURGES (550).
Ce Saint était né dans le territoire de Soissons, vers le commencement du VIIe siècle ; il fut élevé dans la piété chrétienne et dans l'étude des lettres, avec deux de ses frères, par le soin de ses parents, que l'on distinguait dans le pays par leur vertu. Il fut fait évêque de Bourges, après la mort de saint Arcade ; il assista au cinquième concile d'Orléans, assemblé l'an 549, et au second d'Auvergne, qui se tint au plus tard, au commencement de l'année suivante. Ces conciles condamnèrent les erreurs de Nestorius et d'Eutychès, et firent de sages règlements pour la conservation ou le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Après avoir travaillé pendant neuf ans d'épiscopat à déraciner les erreurs et les vices dans son diocèse, et à rétablir ou à maintenir la bonne discipline dans toute l'étendue de sa métropole, il mourut le dimanche, 8 mai 550, selon l'opinion la plus probable.
*Gallia christiana.*
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## SAINT WIRON, ÉVÊQUE RÉGIONNAIRE (vers 700).
Ruremonde est une ville du Limbourg hollandais située au confluent de la Roër et de la Meuse. Or, à une lieue en amont de Ruremonde, sur la rive gauche de la Roër, se trouve un village appelé autrefois Mont-Saint-Pierre, et aujourd'hui Mont-Sainte-Odille. C'est ce lieu alors solitaire, où ne parvenaient point les bruits du monde, que Pépin d'Héristal, maire du palais des rois de France, céda à saint Wiron, pour y faire croître des fruits célestes. Saint Wiron y dédia d'abord un oratoire à la Vierge Marie, afin que cette divine Mère prît comme possession du territoire. Plus tard il y éleva le monastère Saint-Pierre, lequel était solidement construit, dit le chroniqueur. C'est là aussi qu'avec ses deux compagnons, saint Plécheim, prêtre, et saint Otger, diacre, il passa les dernières années de sa vie.
Autant que possible, remontons aux commencements de saint Wiron. Il naquit en Écosse dans les premières années du VIIe siècle. Il reçut dans son enfance une éducation fort chrétienne, et joignit avec beaucoup de succès l'étude des lettres aux exercices de la piété. Le désir qu'il eut de s'avancer dans la vertu lui fit choisir pour ses modèles saint Patrice et saint Cuthbert, évêques, et saint Colomb, abbé, trois Saints des plus célèbres des Îles-Britanniques. Il fut ensuite élevé à l'épiscopat, sans être apparemment attaché à aucune église particulière, selon un usage qui était devenu fort commun dans ces îles, où l'on voyait grand nombre de ces évêques régionnaires.
Avant de se laisser ordonner, saint Wiron entreprit le voyage à Rome, qu'il méditait depuis longtemps, et il le fit, accompagné de saint Plécheim, prêtre, et de saint Otger, qui était diacre. Le Pape qui, selon quelques-uns, était saint Serge Ier, les reçut très-bien. Il sacra lui-même saint Wiron et saint Plécheim évêques, et tous trois s'en retournèrent dans leur pays, où ils travaillèrent chacun dans leurs fonctions, soulageant les évêques qui avaient des diocèses trop vastes. Quelques années après ils repassèrent tous trois en France, et saint Wiron obtint pour lui et pour ses deux compagnons le mont de Sainte-Odille, à une lieue de Ruremonde, de la libéralité de Pépin, dit de Herstal, que la mairie du palais rendait maître d'une partie considérable des Gaules. Ils s'y retirèrent dans la résolution d'y mener une vie pénitente, entièrement dégagée du
LE BIENHEUREUX BERNARD, DOMINICAIN.
commerce du monde. Ils y bâtirent une petite église sous l'invocation de la Sainte Vierge, et on y dressa quelques cellules, ils jetèrent les fondements du monastère que l'on y construisit dans le siècle suivant sous le nom de Saint-Pierre. On prétend que Pépin fut si rempli d'estime pour la sagesse et la sainteté de Wiron, qu'il voulut l'avoir pour directeur de son âme dans les voies du salut, et même pour le conseiller de ses desseins dans ses principales entreprises.
Cet emploi ne l'empêcha pas de mener dans la solitude une vie cachée aux hommes, sauf le temps qu'il donnait à la conversion des peuples. Dieu le retira enfin à lui, pour le récompenser de sa fidélité et de son zèle. On ne connaît pas au juste l'année, non plus que le jour de sa mort : on pense que c'est vers l'année 700 ; on sait seulement qu'il fut enterré dans l'église de la Vierge sur sa montagne, vers le commencement de la mairie de Charles Martel. Ses compagnons, saint Piécheim et saint Otger, ayant aussi heureusement achevé leur carrière, y eurent pareillement leur sépulture. Leurs corps y furent conservés dans le monastère de Saint-Pierre, jusqu'à ce qu'en 1361 on les transportât à Ruremonde, lorsque s'y fit la transmigration des chanoines de la montagne de Sainte-Odille. Mais longtemps auparavant, les chanoines d'Utrecht en avaient enlevé une partie considérable durant les incursions des Normands, ce qui étendit leur culte jusqu'au fond de la Hollande et dans la Frise. Ce qu'on avait transporté à Ruremonde demeura longtemps caché sous le grand autel de l'église, qui devint depuis cathédrale, lorsque la ville fut érigée en évêché. C'est ce qui contribua à les garantir, en 1572, de la fureur des Calvinistes. Ces reliques furent retrouvées l'an 1594, et levées de terre avec honneur, et l'on célèbre encore la fête de cette translation tous les ans, le mardi après la Trinité, sous le titre de leur élévation. Après la paix de Nimègue, l'évêque de Ruremonde et le curé du mont Sainte-Odille, l'ancienne demeure de saint Wiron et de ses compagnons, entreprirent de rebâtir son église ruinée par les guerres. L'ouvrage fut achevé l'an 1686, et dédié le 10 mai sous le nom de saint Wiron, comme principal patron. Mais la fête de cette dédicace fut remise au premier dimanche de septembre, pour ne point être confondue avec celle de la mort du Saint et de ses deux compagnons, qui se célèbre le 10 mai à Ruremonde, quoique partout ailleurs elle se fasse le 8, jour auquel elle est marquée dans les martyrologes, et en particulier dans le romain moderne. Deux jours après la consécration de cette église, l'évêque Reginald Cools y transporta en grande cérémonie la moitié des reliques de saint Wiron, de saint Piécheim et de saint Otger, qui étaient dans l'église cathédrale de Ruremonde.
Voyez un ouvrage intitulé *Pépin de Landen*, par Thyll Lorrain, Bailliet, et dans les *Bollandistes*, t. II de mai, l'ancienne Vie de saint Wiron.
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## LE B. BERNARD, DOMINICAIN (après l'année 1263).
Le bienheureux Bernard remplissait au couvent des Dominicains de Santarem, en Portugal, les fonctions de prêtre-sacristain. Après sa messe, il réunissait les petits enfants qui lui servaient d'acolytes à lui et aux autres Pères, puis il leur faisait le catéchisme. Ces enfants apportaient leur déjeuner de chez leurs parents, et quand ils avaient servi quelques messes, ils se réunissaient dans une espèce de chapelle pour s'y récréer et manger. Or, il y avait dans cet endroit écarté une statue de la sainte Vierge, tenant sur ses bras l'enfant Jésus ; — Jésus à qui plaisent tant l'innocence et la simplicité des enfants. Il quittait les bras de sa mère et venait partager leur repas. Cela se renouvela plusieurs fois, après quoi, les servants de messe, peu contents que l'enfant Jésus n'apportât rien pour le déjeuner, s'en plaignirent à leur maître. Le pieux catéchiste leur conseilla, dans le cas où leur convive reviendrait les mains vides, de lui tenir le discours suivant : « Voilà, Seigneur, que vous mangez toujours avec nous et vous ne fournissez rien : en retour, invitez-nous, ainsi que notre maître, dans la maison de votre Père ». L'enfant Jésus, s'étant présenté de nouveau, ils lui transmirent fidèlement le message. Il leur répondit que l'invitation aurait lieu et qu'ils se tiennent prêts pour le jour de l'Ascension. Or, l'Ascension était peu éloignée. Ayant rapporté cela à leur maître, il se prépara à paraître au céleste banquet. Le jour de l'Ascension, il alla de bonne heure dire sa messe, qui fut servie par ses deux acolytes ordinaires. Le saint sacrifice achevé, tous trois cessèrent de vivre : le même tombeau les réunit. Quelque temps après, leurs corps furent levés de terre et placés dans la chapelle dite des Rois, où un tableau raconta longtemps la merveille aux générations pieuses.
*Acta Sanctorum*, tome II de mai.
9 MAI.
Événements marquants
- Naissance vers 1102 près de Vienne
- Entrée à l'abbaye de Bonnevaux à 20 ans
- Fondation du monastère de Tamié en 1132
- Élection à l'archevêché de Tarentaise en 1143
- Fuite anonyme dans un couvent en Allemagne en 1155
- Soutien au pape Alexandre III contre l'empereur Frédéric Barberousse
- Mission de médiation entre Henri II d'Angleterre et Louis VII de France en 1170
- Mort à l'abbaye de Bellevaux en 1174
Miracles
- Multiplication des pains à Prully
- Guérison d'un aveugle devant les rois à Chaumont
- Délivrance miraculeuse de prisonniers à Lausanne
- Guérison de paralytiques et de sourds-muets
Citations
Cessez de persécuter l'Église et son chef... Il est un roi qui gouverne les rois eux-mêmes et à qui vous rendrez un compte rigoureux.