Saint Marcellin d'Embrun
Archevêque d'Embrun
Résumé
Saint Marcellin, premier archevêque d'Embrun, bâtit l'église où il fut inhumé avant que ses reliques ne soient transférées à Chanteuge au Xe siècle pour fuir les Sarrasins. Bien que son culte ait décliné après la Révolution française et la destruction de ses effigies, il reste une figure centrale des diocèses des Alpes et de l'Auvergne.
Biographie
RELIGUES DE SAINT MARCELLIN.
Ses dépouilles mortelles avaient été déposées dans l'église bâtie par ses soins, et les prodiges qui s'opérèrent sur son tombeau se multiplièrent tellement, que cette même église, dont une fontaine indique encore la place, ne fut plus connue que sous le nom d'Église de Saint-Marcellin. On en construisit, depuis lors, plusieurs autres sous le même titre, soit dans le diocèse d'Embrun : à Châteauroux, à Crévoux, à Bréziers, à Vars, à Bistolas, à Névache ; soit dans les diocèses de Turin, de Grenoble, de Valence, de Gap, de Maurienne, de Sisteron et de Bigon, où, comme à Embrun, l'office de saint Marcellin a continué d'être célébré le 20 avril, jour de sa sépulture.
Le corps du saint Archevêque fut transporté à Chanteuge en Auvergne, sur les bords de la Beuge, et non loin de Langeac, au diocèse du Puy. Ce déplacement a eu lieu de l'année 916 à l'année 936. Ces dates, qui paraissent insignifiantes, jettent cependant un jour nouveau sur l'une des plus tristes époques qu'aient traversées les églises d'Embrun et de Gap. Elles coïncident, hélas ! avec l'épiscopat de saint Libéral et de saint Benoît, archevêques d'Embrun ; elles nous rappellent l'accablante journée où saint Libéral, cassé de vieillesse, sortit de cette ville pour s'en retourner à Brives en Auvergne, mendiant son pain ; elles nous rappellent saint Odilard, évêque de Maurienne, et saint Benoît, impitoyablement massacrés avec une multitude de prêtres et de fidèles, dans une nouvelle incursion Sarrasine.
Le 10 mars 1852, M. Manzen, curé de Chanteuge, écrivait à Mgr Auguste de Morlhon, évêque du Puy : « Les anciens de la paroisse de Chanteuge se rappellent que la statue de saint Marcellin était exposée trois ou quatre fois l'année avec les reliques qui y étaient en grande vénération. Elles étaient renfermées dans une chasse assez grande en bois de chêne doré. Cette chasse existe encore ; mais la statue fut brûlée pendant la Révolution française devant la porte de l'église ; probablement les reliques furent aussi la proie des flammes ; il n'en existe aucune trace ».
Mgr Auguste de Morlhon, évêque du Puy, en adressant ces pieux détails à Mgr Irénée Depéry, évêque de Gap, son ami, eut l'extrême obligeance d'ajouter dans une lettre écrite de sa propre main et en date du 12 mars 1852, ce qui suit :
« Il est indubitable, soit d'après les documents que vous avez trouvés, soit d'après ceux que j'ai recueillis ici et dont je vous envoie un extrait dans les notes ci-jointes, que le monastère des religieux bénédictins de Chanteuge possédait autrefois des reliques insignes de saint Marcellin, évêque d'Embrun ; malheureusement ces reliques ont disparu et il n'en existe pas de vestige.
« Le monastère a été également détruit ; il n'en reste que l'église, beau monument de la fin du XIVe siècle, qui est aujourd'hui l'église paroissiale.
« D'après la tradition, cette église était dédiée à saint Marcellin ; des personnes encore pleines de vie se souviennent d'y avoir vu la statue colossale et très-riche du saint évêque. Cette statue, qui était en grande vénération dans la contrée, fut brûlée en 1792 devant la porte de l'église avec plusieurs autres objets du culte. C'est alors, selon toutes les probabilités, que périrent les précieuses reliques ; il existe encore dans le bourg de Chanteuge des témoins oculaires de cet odieux sacrilège.
« Vers 1789, les habitants de Chanteuge, dont l'église paroissiale, dédiée à saint Saturnin, évêque de Toulouse, était trop petite et en mauvais état, obtinrent des religieux qui étaient alors fort peu nombreux, que le culte paroissial fût transporté dans l'église du monastère ; mais ils ne voulurent pas abandonner leur patron. Saint Saturnin a toujours été honoré et invoqué comme protecteur de la paroisse, et dès lors, la dévotion de saint Marcellin fut négligée ; aujourd'hui, elle est presque entièrement oubliée ».
L'église d'Embrun, encore moins fortunée que celle de Chanteuge, ne garda pas même jusqu'à
20 AVRIL.
la Révolution française les parcelles considérables qu'elle avait soustraites aux grandes invasions, et qu'elle avait cachées avec tant de soin, qu'il fut très difficile de les découvrir plus tard. Quelques-uns disent que cette découverte eut lieu en creusant les fondements d'une petite maison sur les bords du roc où est bâtie la ville d'Embrun.
On les exposa dès lors à la vénération publique dans une riche statue d'argent que le duc de Lesdiguières fit enlever en 1585, lorsque, à la tête des Huguenots, il assiégea et pilla la ville.
Dépossiédée de son précieux trésor, la métropole d'Embrun sentit vivement cette perte ; et comme l'église de Digne, en 1340, possédait déjà la tête du saint Archevêque, ainsi qu'on le voit dans un inventaire dressé par les religieux de cette église, Embrun demanda et obtint, en 1764, une portion de cette insigne relique avec une portion des reliques des saints Domnin et Vincent. Le chapitre de la métropole fit renfermer ces divers fragments dans trois riches boîtes d'argent adaptées à tout autant de boîtes en bronze doré et d'un grand prix.
Il paraît encore que l'abbaye de Lérins avait été enrichie d'une autre relique de saint Marcellin, puisqu'il en est fait mention dans le catalogue du monastère. Un reste de ses vêtements fut aussi donné par le chapitre d'Embrun à la paroisse de Crévoux, en 1534 ; elle l'a conservé jusqu'à ce jour.
Nous avons complété le Père Giry à l'aide de l'Hagiographie de Gap, par Mgr Depéry.
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Événements marquants
- Construction d'une église par ses soins
- Translation de son corps à Chanteuge entre 916 et 936
- Destruction de sa statue colossale en 1792
- Pillage de sa statue d'argent par Lesdiguières en 1585
- Don d'une portion de ses reliques à Embrun par Digne en 1764
Miracles
- Prodiges nombreux s'opérant sur son tombeau