Bienheureux Calixte II (Guy de Bourgogne)

Pape

Fête : 12 decembre 12ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne, fut élu pape sous le nom de Calixte II en 1119 à Cluny. Son pontificat est marqué par la résolution de la querelle des investitures via le Concordat de Worms et la tenue du premier concile du Latran. Il mourut en 1124 après avoir rétabli la paix entre l'Église et l'Empire.

Biographie

LE BIENHEUREUX GUY DE BOURGOGNE,

PAPE SOUS LE NOM DE CALIXTE II

12 DÉCEMBRE.

du baptême. Ce nom imposé à l'enfant parut d'un heureux présage, parce qu'il était déjà celui de son oncle, qui venait de quitter les pompes de la terre pour s'ensevelir, à Cluny, dans les austérités de la pénitence. Guy justifia dès ses premières années les grandes espérances qu'on avait mises en lui : il apprenait avec plaisir tout ce qu'on lui enseignait, et retenait sans efforts tout ce qu'il avait appris. Une intelligence si précoce, bien loin de l'enorgueillir, rendait sa piété plus vive et sa modestie plus touchante. L'éducation qu'il reçut développa encore ces heureuses qualités. Ses parents le placèrent dans l'école que l'archevêque Hugues Ier avait fondée, à Besançon, sous le patronage du chapitre de Saint-Étienne, et qui soutenait, non sans éclat, la double réputation de science et de vertu dont ce grand homme l'avait dotée. Guy profita si bien des exemples et des leçons de ses maîtres, qu'il fut élevé au sacerdoce avant d'avoir atteint l'âge fixé par les canons. Les dignités ne tardèrent pas à s'accumuler sur sa tête ; il devint en peu de temps chanoine de la cathédrale de Saint-Jean et chambellan de l'archevêque ; enfin, son mérite, plus encore que sa naissance, le fit élever à l'archevêché de Vienne, en Dauphiné.

En acceptant le gouvernement de cette Église, Guy prit rang, malgré sa jeunesse, parmi les prélats les plus illustres et les plus influents de son siècle. Ses vertus, son caractère, son grand nom, les alliances de sa famille, contribuaient à attirer sur lui les regards de ses contemporains. Il était proche parent de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Angleterre ; une de ses sœurs avait épousé Humbert II, comte de Maurienne, et leur fille Adélaïde devint reine de France par son mariage avec Louis le Gros. Ce n'était pas trop de tout ce que peuvent donner de plus glorieux la noblesse, la fortune, le génie et la piété, pour conjurer, par ces moyens réunis, les périls qui menaçaient l'Europe. La querelle des investitures divisait depuis longtemps le sacerdoce et l'empire ; mais saint Grégoire VII avait cessé de vivre, et les successeurs de ce Pape, qui avait soutenu avec tant de zèle les droits de l'Église, avaient été déjà plusieurs fois victimes de l'injustice et de la violence des empereurs d'Allemagne. Pascal II, qui occupait alors la chaire de saint Pierre, était devenu prisonnier de Henri V. Trompé par les promesses menteuses de ce monarque, plutôt qu'ébranlé par ses menaces et ses mauvais traitements, il venait de lui rendre le privilège des investitures. Cet acte, extorqué par la force, excita dans l'Église autant de surprise que de douleur. L'archevêque de Vienne assembla aussitôt un Concile dans sa métropole. On y décida que c'était une hérésie de croire qu'on peut recevoir des mains d'un laïque l'investiture des abbayes, des évêchés et des autres dignités de l'Église ; le privilège que l'empereur avait arraché au Pape fut déclaré nul, et Henri solennellement excommunié, parce que, malgré les serments qu'il avait prêtés au souverain Pontife, et après lui avoir baisé les pieds, la bouche et la face, il l'avait trahi comme un autre Judas, l'avait traité indignement et avait tiré de lui un détestable écrit.

Le coup était d'autant plus hardi, que le siège de Vienne était fief de l'empire, comme dépendance de l'ancien royaume de Bourgogne, et que les ambassadeurs de Henri, présents au Concile, montraient des lettres du Pape à leur maître pour faire croire que Sa Sainteté était contente de lui. L'archevêque envoya à Pascal les décrets de l'assemblée, en le priant de les confirmer ; le souverain Pontife fit ce que demandaient les évêques ; mais il mourut sans avoir la consolation de rétablir la paix entre l'Église et l'empire, et Gélase II, son successeur, ne tarda pas à être lui-même en butte aux mauvais traitements de l'empereur et de ses partisans. Henri V, qui, selon l'expression d'un contemporain, regardait l'Église romaine comme un fief mouvant de son royal caprice, marcha vers Rome pour se saisir de Gélase, et fit élire un antipape dans la personne de Maurice Bourdin, archevêque de Prague. Cette persécution obligea Gélase à quitter l'Italie ; il partit pour les Gaules et s'arrêta quelque temps à Vienne, où l'archevêque le reçut avec autant de magnificence que de respect. Le Pape se rendit ensuite à Cluny, où il se proposait de fixer son séjour. Il avait dessein d'assembler un grand Concile pour terminer le différend qui durait depuis tant d'années entre le sacerdoce et l'empire. Mais la Providence en ordonna autrement. Gélase, surpris par la maladie, fut mis en peu de jours aux portes du tombeau ; après avoir reçu les derniers sacrements avec les sentiments de la foi la plus vive, il fit appeler les cardinaux qui l'avaient suivi et leur proposa d'élire à sa place Conon, évêque de Palestrine. Conon s'en excusa en disant : « Si vous voulez suivre mes conseils, nous élirons l'archevêque de Vienne ; il joint la puissance à la piété, et la noblesse séculière à la prudence ; espérons qu'il délivrera le Saint-Siège de la tyrannie et de l'oppression ». Le Pape approuva cet avis, et mourut le 29 janvier 1119.

LE BIENHEUREUX GUY DE BOURGOGNE, PAPE.

Cependant, les funérailles de Gélase avaient attiré à Cluny un grand concours de seigneurs et de prélats. Après avoir rendu les derniers devoirs au Pape défunt, les cardinaux et les évêques s'occupèrent sans délai de l'élection d'un nouveau Pontife. Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne, réunit tous les suffrages et fut élu Pape sous le nom de Calixte II. Le saint prélat ne vit pas sans effroi la charge qu'on lui imposait. Il écrivait à Adalbert, archevêque de Mayence : « Le pape Gélase, d'heureuse mémoire, m'ordonna, en partant de Vienne, d'aller le rejoindre à Cluny. Voulant satisfaire à cette obligation, je quittai Vienne quelques jours après ; mais j'appris en route que Gélase était mort. Toutefois, afin de consoler nos frères qui étaient venus avec lui, j'allai à Cluny, touché d'une sensible douleur. Comme je ne songeais qu'à prendre part à leurs regrets, ils m'ont imposé un fardeau au-dessus de mes forces ; car les évêques, les cardinaux, les clercs, les laïques romains, m'ont pris, d'un consentement unanime et malgré ma résistance, pour gouverner l'Église sous le nom de Calixte II ». Les cardinaux qui étaient à Cluny firent savoir la mort de Gélase et la nomination de son successeur à Pierre, évêque de Porto, que le Pape défunt avait laissé pour vicaire dans la ville de Rome. Dès qu'il eut reçu les lettres qui lui étaient adressées, il monta au Capitole et les fit lire en présence du peuple. L'assemblée tout entière approuva l'élection de Calixte, en louant Dieu d'avoir donné à l'Église un pontife d'un si grand mérite. Ensuite, l'évêque de Porto transmit la nouvelle au cardinal Hugues, archevêque de Bénévent et légat du Saint-Siège ; elle fut accueillie à Bénévent, aussi bien qu'à Rome, par des acclamations unanimes, et les citoyens prêtèrent serment au nouveau Pape entre les mains du légat. Quand Calixte II eut été informé de ces faits, il consentit à prendre la chape rouge, insigne de la papauté. Lambert, évêque d'Ostie, le couronna solennellement à Vienne, le dimanche de la Quinquagésime, 9 février 1119 ; son élection fut publiée dans la diète de Tibur, et les évêques réunis dans cette ville lui jurèrent fidélité ; enfin, il indiqua à Reims un Concile général pour le 18 octobre ; les évêques l'approuvèrent, et l'empereur lui-même promit de s'y rendre.

En attendant l'ouverture de cette assemblée, Calixte II tint, le 13 juin,

12 DÉCEMBRE.

un Concile provincial à Toulouse, et y condamna, en présence d'un certain nombre d'évêques, les erreurs et les extravagances des Manichéens, qui commençaient à se répandre dans les provinces méridionales. De là il se rendit à Paris, où il fit quelque séjour, et afin de préparer le grand traité qu'il méditait avec l'empereur, il députa vers lui Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne, et Pons, abbé de Cluny. Henri V, qu'ils trouvèrent à Strasbourg, leur demanda conseil. « Seigneur », lui dit l'évêque, « si vous voulez avoir une paix véritable, il faut que vous renonciez à l'investiture des évêchés et des abbayes ; et pour vous assurer que votre autorité royale n'en souffrira aucune diminution, sachez que je n'ai rien reçu de la main du roi, ni avant ni après mon sacre, et je le sers aussi fidèlement que vos évêques vous servent dans votre royaume, en vertu de l'investiture qui a attiré cette discorde dans l'Église et l'anathème sur votre personne royale ». — « Eh bien ! soit », répondit l'empereur, « je n'en demande pas davantage ». Puis il fit serment entre les mains de l'évêque d'observer ce qui serait décidé. Quand les articles de cette convention furent rédigés, les députés retournèrent à Reims, où le Pape s'était déjà rendu.

Le lundi 20 octobre 1119, Calixte fit l'ouverture du Concile dans la cathédrale. Il s'y trouva des évêques d'Italie, d'Allemagne, de France, d'Angleterre et de toutes les provinces de l'Occident. On y comptait quinze métropolitains, plus de deux cents évêques et un pareil nombre d'abbés. Tout le monde ayant pris sa place et les prières des Conciles ayant été récitées, le Pape fit en latin un discours fort éloquent sur les périls de l'Église. Il les comparait aux tempêtes qui agitent les vaisseaux sur la mer ; mais Dieu commande aux vents et les apaise quand il le juge à propos. Vous savez », dit-il ensuite, « combien de temps l'Église a combattu contre les hérésies, et comment Simon le Magicien a péri par le jugement du Saint-Esprit et par le ministère du bienheureux Pierre. Le même Pierre n'a pas cessé jusqu'à nos jours, par ceux qui tiennent sa place, d'extirper de l'Église les sectateurs de Simon. Et moi, qui suis son vicaire, quoique indigne, je désire ardemment, avec le secours de Dieu, chasser de sa sainte Église l'hérésie de Simon, qui a été renouvelée principalement par les investitures. Pour vous instruire de l'état où est cette affaire, écoutez le rapport de nos frères qui ont porté des paroles de paix au roi de Germanie, et donnez-nous conseil sur ce que nous devons faire, puisque notre cause est commune ». L'évêque d'Ostie fit alors en latin un rapport sur ce qui s'était passé avec l'empereur, et l'évêque de Châlons le répéta en français, en faveur des laïques.

Plusieurs personnages de la plus haute distinction s'étaient rendus à Reims pour soumettre de graves affaires politiques ou religieuses à la décision du Concile. Le Pape ne put entendre leurs requêtes et annonça qu'il se rendait à Mouson pour faire la paix avec l'empereur. Pendant l'absence de Calixte, les Pères du Concile offrirent à Dieu des prières et des sacrifices et se rendirent en procession, pieds nus et le cierge à la main, à l'église de Saint-Remi. Cependant le Pape, après avoir attendu pendant quelques jours l'empereur à Mouson, apprit que ses dispositions étaient changées : Henri cherchait à éluder l'exécution de ses promesses, et par des délais calculés, des tergiversations habiles, il songeait à s'emparer de la personne du souverain Pontife. Calixte devina le piège, rentra à Reims en toute hâte, et termina le jeudi 30 octobre les séances du Concile. On y rédigea cinq canons, dont les uns sont relatifs au trafic des choses saintes

LE BIENHEUREUX GUY DE BOURGOGNE, PAPE. 231

et les autres à l'administration des sacrements. Le Pape parla avec tant d'éloquence, qu'ils furent unanimement acceptés, malgré la condamnation expresse qu'ils portaient contre la simonie, alors si commune et si malheureusement autorisée par les empereurs. Ensuite, on apporta quatre cent vingt-sept cierges allumés, qui furent distribués aux évêques et aux abbés portant crosse. Tous ces prélats étant debout, le cierge à la main, le Pape excommunia solennellement les ennemis de Dieu et de l'Église, dont il lut les noms. Les deux premiers étaient le parjure empereur et l'antipape Bourdin. Le souverain Pontife, en vertu de son autorité apostolique, délia les sujets de Henri de leur serment de fidélité, à moins qu'il ne vînt à résipiscence et qu'il ne satisfît à l'Église. Ensuite, il donna l'absolution et la bénédiction à toute l'assemblée et permit à chacun de retourner chez soi. Ainsi finit le Concile de Reims.

Calixte se rendit de Reims à Gisors pour conférer avec le roi d'Angleterre, son filleul et son parent, sur les démêlés qu'il avait avec le roi de France. Le roi d'Angleterre le reçut avec toutes sortes d'honneurs, en se prosternant humblement à ses pieds ; mais le Pape le releva avec tendresse, le bénit, et ils s'embrassèrent tous deux avec une grande joie. Les différends qui s'étaient élevés entre ce prince et Louis le Gros furent apaisés par la médiation de Calixte. Les châteaux qui avaient été pris de part et d'autre, soit par fraude, soit par force, furent rendus à leurs seigneurs ; les prisonniers furent mis en liberté et rentrèrent joyeusement dans leurs familles.

Après la conférence de Gisors, Calixte s'achemina vers l'Italie, réglant plusieurs affaires sur sa route. Le roi Louis le Gros et la reine Adélaïde, sa nièce, l'accompagnèrent par honneur, de Paris à Corbeil, avec la plupart des seigneurs de leur cour. En Bourgogne, à la prière de saint Étienne, abbé de Cîteaux, il confirma les règlements de cet Ordre par une bulle du 23 décembre 1119. Deux jours après, il célébra les fêtes de Noël à Autun et y reçut la visite de Brunon, archevêque de Trèves, qui obtint de lui, par une lettre du 3 janvier, la rémission de ses péchés et le renouvellement des privilèges de son Église. Le Pape, voulant aussi distinguer par quelque faveur l'Église de Vienne, qui avait été son premier siège, lui donna le titre de primatiale avec juridiction sur les provinces de Vienne, de Bourges, de Bordeaux, d'Auch, de Narbonne, d'Aix et d'Embrun. Il traversa les Alpes et entra ensuite en Lombardie et en Toscane. Le clergé et le peuple, pressés sur son passage, ne pouvaient se rassasier de le voir. A Lucques, la milice vint à sa rencontre et le conduisit en procession au palais de l'évêque. A Pise, il consacra solennellement la grande église que l'on venait d'élever dans cette ville. La nouvelle de son arrivée étant parvenue à Rome excita dans la ville la plus grande joie. Les citoyens, en armes, vinrent au-devant de lui jusqu'à trois journées. Les enfants, portant des branches d'arbres et semant des fleurs sur ses pas, le reçurent avec des acclamations de louanges. Il entra dans Rome la tête ceinte de la tiare, et parcourut comme un triomphateur les rues et les places, ornées de riches tapisseries. Les grecs et les latins chantaient de concert autour de lui ; les juifs mêmes applaudissaient à sa venue. Les processions étaient si nombreuses qu'elles durèrent depuis le matin jusqu'au soir. Enfin, au milieu de ces chants d'allégresse, le Pape fut conduit et installé par les magistrats au palais de Latran.

Malgré ces démonstrations, Calixte ne tarda pas à s'apercevoir qu'il n'était pas en sûreté à Rome, à cause des menées de son compétiteur. Il se rendit d'abord au Mont-Cassin, où l'abbé de ce monastère pourvut avec magnificence aux frais de son voyage et de son séjour ; ensuite il reçut à Bénévent l'hommage de Guillaume de Normandie, duc de la Pouille et de la Calabre. Ce prince, après avoir obtenu du Pape l'investiture de tout le pays qu'il occupait, lui offrit son secours pour l'aider à se délivrer de ses ennemis. Bourdin s'était retiré, avec ses partisans, dans la forteresse de Sutry ; de là, il persécutait ceux qui rendaient visite au souverain Pontife, et quelquefois même il les faisait mourir. Calixte, voulant mettre fin à ces actes de brigandage, rentra à Rome pour célébrer les fêtes de Pâques, et, dès qu'elles furent terminées, il chargea le cardinal Jean de Crème d'assiéger l'antipape dans sa forteresse. L'expédition eut un plein succès. Dès que les habitants de Sutry virent battre leurs murailles, ils se saisirent du schismatique et le livrèrent aux soldats de Calixte.

La chute de l'antipape fortifia l'autorité de Calixte et ajouta encore à la haute réputation de courage et de vertu que ce Pontife s'était acquise. On le consultait de toutes parts dans les affaires importantes, et, soit par son intervention directe, soit par le ministère de ses légats, il mit fin, avec un rare bonheur, aux guerres qui divisaient les princes, comme aux difficultés moins graves, mais non moins épineuses, qui s'élevaient quelquefois dans les églises ou dans les monastères. Mais la querelle des investitures n'était pas encore apaisée ; le Pape en gémissait, et l'empereur commençait à sentir lui-même tout le poids des anathèmes du Saint-Siège. Henri, sur l'avis qui lui fut donné dans une assemblée de la nation allemande, tenue à Wurtzbourg, disputa à Rome Brunon, évêque de Spire, et Arnoulphe, abbé de Fulde. Ces deux députés amenèrent en Allemagne trois cardinaux, Lambert, évêque d'Ostie, Saxon, prêtre, et Grégoire, diacre, que le Pape avait revêtus des pouvoirs de légat. Les plénipotentiaires ouvrirent une diète à Worms, et conclurent enfin la paix entre l'Église et l'empire, après douze jours de conférences. La grande difficulté était de concilier les droits et les usages de l'empire avec les droits et la liberté de l'Église. Les princes regardaient comme un droit héréditaire de donner l'investiture par la crosse et l'anneau ; mais, depuis longtemps, ils abusaient de cette cérémonie pour confisquer à leur profit la liberté des élections, et trafiquer des choses saintes. On trouva un moyen terme. L'empereur renonçait à l'investiture par la crosse et l'anneau, et laissait les élections libres ; mais l'évêque ou l'abbé, librement élu et sacré, devait, en qualité de prince temporel, recevoir de l'empereur l'investiture des régales ou droits royaux par le sceptre, qui est l'attribut de la puissance humaine. L'accord se fit à ces conditions, dans l'espérance que le Pape le ratifierait. On dressa deux écrits, qui furent lus et échangés entre les parties, le 23 octobre 1122, dans une plaine située sur les bords du Rhin, où s'était rendu un peuple innombrable. L'évêque d'Ostie célébra la messe et donna à l'empereur le baiser de paix ; les légats accordèrent au peuple et à l'armée une absolution générale, et l'assemblée se sépara en manifestant par des démonstrations éclatantes la joie qui l'animait. Au mois de décembre suivant, Calixte écrivit à l'empereur pour le féliciter de sa soumission envers l'Église. Il s'en réjouissait particulièrement à cause de la parenté qui les unissait ensemble, le remerciait de ses présents, et le priait de renvoyer au plus tôt les légats, à cause du concile, dont le temps était proche.

La paix étant rétablie, le Pape tint en effet un concile à Rome pendant le Carême de 1123. C'est le premier de Latran et le neuvième qui mérite

LE BIENHEUREUX GUY DE BOURGOGNE, PAPE. 233

le titre d'œcuménique. Il s'y trouva près de mille prélats, avec des laïques sans nombre, de tout rang et de toute condition ; Suger, abbé de Saint-Denis, y assista au nom de Louis le Gros. Calixte y publia et y ratifia solennellement la paix qu'il avait faite avec Henri. Il promulgua, en outre, vingt-deux canons sur différents points de morale et de discipline.

La ville de Rome put jouir enfin, grâce aux soins de Calixte, d'une paix qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps. Il avait fait détruire les forteresses élevées dans les environs par Sancio Frangipane et quelques autres petits tyrans, soumis les comtes qui pillaient les biens de l'Église, et purgé ses États des brigands dont ils étaient infestés. Les chemins qui conduisaient à la ville sainte devinrent libres ; on n'insulta plus les étrangers qui s'y rendaient, et, pendant leur séjour, ils n'eurent plus rien à redouter de l'avidité ou de l'insolence des habitants. Calixte ramena ainsi dans Rome l'abondance et la splendeur, remit en honneur les monuments antiques, et construisit des aqueducs pour la commodité des différents quartiers de la ville. Les offrandes qu'on apportait à l'église de Saint-Pierre, au lieu d'être pillées impunément comme auparavant, furent rendues à leur destination et employées à l'utilité de l'Église. Le Pape les consacra à la restauration de cette basilique ; il la pourvut d'ornements magnifiques, et, toutes les fois qu'il y célébrait le saint sacrifice, il y laissait des marques de sa munificence.

La vie privée de Calixte fut, comme sa vie publique, un modèle de sagesse et de régularité. Ses mœurs étaient si pures, que, malgré la corruption du temps, aucun soupçon ne put les atteindre. Ses contemporains louent sans restriction sa piété, son zèle, sa patience et son désintéressement. Saint Norbert, fondateur de l'ordre des Prémontrés, saint Bernard, abbé de Clairvaux, saint Oldegaire, archevêque de Tarragone, Pierre le Vénérable et l'abbé Suger, si célèbres, l'un dans les annales de Cluny, l'autre dans l'histoire de France, entretinrent avec lui des relations fréquentes et témoignèrent autant d'estime pour sa personne que de vénération pour sa dignité. Avec de tels auxiliaires, il n'était rien qu'un si grand Pape ne fût capable d'entreprendre et de réaliser pour le bien du monde. Et, de fait, en moins de six ans de pontificat, il avait pacifié l'univers, rétabli l'autorité de la chaire de saint Pierre et toute la splendeur de l'ordre hiérarchique, fait connaître et bénir son nom dans toutes les parties du globe.

Pourquoi faut-il qu'une si belle vie ait été tranchée prématurément ? On pouvait tout attendre d'un pape en qui le génie s'unissait au courage, et la piété la plus vive au zèle le plus pur. Mais Dieu se contente quelquefois de montrer les Saints à la terre ; ils passent en faisant le bien et accomplissent en peu de temps des œuvres qu'une vertu commune pourrait à peine ébaucher en un grand nombre d'années. Sur la fin de 1124, Calixte fut attaqué d'une fièvre violente, qui l'emporta au bout de quelques jours. Il mourut le 12 décembre, au milieu des larmes de son clergé et de son peuple. Sa mort fut regardée dans toute l'Europe comme une calamité ; les princes donnèrent des regrets à sa mémoire, et, quoiqu'il n'ait jamais reçu les honneurs d'un culte public, son nom fut inscrit, avec le titre de Bienheureux, dans plusieurs monuments. Le martyrologe des Bénédictins et celui de Cîteaux indiquent sa fête pour le 12 décembre.

Extrait des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier de Besançon.

12 DÉCEMBRE.

Événements marquants

  • Éducation à l'école de Besançon
  • Archevêque de Vienne en Dauphiné
  • Élection au pontificat à Cluny le 1er février 1119
  • Couronnement à Vienne le 9 février 1119
  • Concile de Reims en 1119 et excommunication de Henri V
  • Signature du Concordat de Worms en 1122
  • Premier concile du Latran en 1123

Citations

Si vous voulez suivre mes conseils, nous élirons l'archevêque de Vienne ; il joint la puissance à la piété, et la noblesse séculière à la prudence

— Évêque Conon de Palestrine

Date de fête

12 decembre

Époque

12ᵉ siècle

Décès

12 décembre 1124 (naturelle)

Catégories

Autres formes du nom

  • Calixte II (la)
  • Guido (la)

Prénoms dérivés

Guy, Guillaume

Famille

  • Humbert II, comte de Maurienne (beau-frère)
  • Adélaïde (nièce)
  • Empereur d'Allemagne (proche parent)
  • Roi d'Angleterre (proche parent)