Saint Mathurin de Larchant
Prêtre et Confesseur
Résumé
Né dans le Gâtinais au IVe siècle, Mathurin convertit ses parents païens avant de devenir prêtre à vingt ans. Célèbre pour ses miracles et son pouvoir d'exorcisme, il fut appelé à Rome pour guérir la fille d'un prince. Mort à Rome, ses reliques furent transférées à Larchant où un important pèlerinage se développa.
Biographie
SAINT MATHURIN DE LARCHANT,
PRÊTRE ET CONFESSEUR
Vers 338. — Pape : Saint Sirice. — Empereur d'Occident : Valentinien II.
Sacredos alias morum virtute transcendent. La vertu du prêtre doit trancher sur celle des fidèles. Saint Grégoire le Grand.
Le père de Mathurin se nommait Marin, et sa mère Euphémie; c'étaient des personnes nobles qui demeuraient dans le Gâtinais, au diocèse de Sens, dans une terre appelée Liricant et maintenant Larchant (Seine-et-Marne, arrondissement de Fontainebleau, canton de La Chapelle-la-Reine), au diocèse de Meaux.
Marin était un idolâtre si zélé, qu'il ne fit point difficulté de recevoir des empereurs la charge de poursuivre et d'exterminer les chrétiens. Il eut ce fils pour le bonheur de sa famille et pour la gloire de son pays; il ne manqua pas de lui inspirer de bonne heure les principes sacrilèges de sa religion. Mais Dieu préserva Mathurin de cette impiété. Son histoire porte qu'un saint évêque de Sens, nommé Polycarpe, ayant trouvé son cœur disposé à recevoir la semence de l'Évangile, lui en donna la première intelligence et l'instruisit si parfaitement de tout ce qu'il devait savoir des mystères de notre foi, qu'il le mit, à douze ans, en état de recevoir le baptême. On ne trouve point cet évêque dans les catalogues que l'on nous a donnés des prélats de cette église; mais il faut avouer qu'il en manque aussi beaucoup, puisque, depuis saint Savinien et saint Potentien, qui en ont fondé le siège, on n'en marque qu'un (Léonce) jusqu'à Séverin, qui a souscrit au concile de Cologne en 346.
La grâce du baptême fit en même temps de si grands effets dans l'âme de Mathurin, qu'il parut tout embrasé de l'amour de Jésus-Christ. Il passait les jours et les nuits en jeûnes, en veilles et en prières, et il frappait continuellement à la porte de la divine miséricorde pour en obtenir la conversion de ses parents. Son oraison fut bientôt exaucée. Euphémie, étonnée de la vertu de son fils, n'eut pas de peine à accepter la doctrine du salut qu'il lui proposa; et Marin, qui eut un songe mystérieux, dans lequel il vit son fils qui conduisait beaucoup de peuple, comme un pasteur conduit des troupeaux, reconnut l'abondance des faveurs célestes dont il était prévenu, et consentit à avoir part à la grâce du baptême qu'il avait reçue. Polycarpe vint à leur maison, et ayant achevé de les instruire, il leur conféra, à l'un et à l'autre, le sacrement de la régénération spirituelle. Ainsi Mathurin fut spirituellement le père de ceux qui lui avaient donné la vie; et Marin, de persécuter des chrétiens, en devint l'asile, le soutien et le protecteur.
Cependant notre saint jeune homme, croissant toujours de vertu en vertu, fut jugé digne par son évêque d'entrer dans les ordres sacrés. Aussi,
9 NOVEMBRE.
à l'âge de vingt ans, il fut promu au sacerdoce et il commença d'offrir sur l'autel le sacrifice non sanglant de la chair de Jésus-Christ. Il reçut en même temps le don des miracles et un si grand pouvoir sur les démons, qu'il n'y avait point d'énergumènes qu'il ne délivrât facilement. D'ailleurs, Dieu lui donna une facilité merveilleuse d'expliquer les vérités de notre religion et de les persuader à ses auditeurs : ce qui fit que Polycarpe lui ordonna de prêcher l'Évangile et d'annoncer aux peuples le grand mystère d'un Dieu crucifié. On ajoute que, dans un voyage que ce prélat fit en Italie, d'où il ne revint point, il lui laissa la charge de tout son diocèse, et que Mathurin s'en acquitta avec un zèle et une piété admirables.
Après plusieurs années on l'appela à Rome pour y délivrer la fille d'un prince, laquelle était violemment tourmentée par un démon. Il y alla, et son voyage eut tout le succès que l'on prétendait. Il y délivra encore plusieurs autres possédés ; et, dans les trois ans qu'il y demeura, il acquit, par ses prédications et par ses miracles, un grand nombre de serviteurs à Jésus-Christ. Enfin, l'heure de sa récompense étant venue, il mourut en paix et avec le seul désir du martyre, quoique ce fût dans le plus grand feu des persécutions. Sa mort arriva à Rome le 1er novembre, mais on ne fait sa fête à Paris que le 9 de ce mois.
Dans les images de saint Mathurin, on voit souvent près de lui des chaînes ou des menottes suspendues en manière d'ex-voto, parce qu'on l'invoquait pour la délivrance des démoniaques, fous furieux, etc... Par allusion à son voyage à Rome dont nous avons parlé, on le représente habituellement bénissant une femme, tandis que le démon s'échappe par la bouche ou par le crâne de la patiente. — Dans plusieurs images populaires, les pots et les plats d'étain accompagnent souvent saint Mathurin et saint Fiacre, qui étaient à Paris les patrons des fabricants potiers.
On invoque saint Mathurin pour la guérison de la folie, de l'épilepsie, de la possession, et des personnes qui sont affligées de frayeurs et de terreurs paniques. C'est encore par analogie que saint Mathurin est le patron des bouffons, dont le métier est de faire les fous ou les niais.
[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]
Mathurin avait témoigné dans sa maladie qu'il souhaitait que son corps fût transféré à Larchant, en France.
Quelques personnes pieuses, qui avaient reçu des grâces particulières par son intercession, entreprirent de l'y transporter. On dit que ce dépôt sacré reposa quelque temps à Paris, dans une maison qui était autrefois hors de la ville, et qu'il s'y fit tant de miracles, que l'on y bâtit une chapelle en son honneur ; elle a depuis été donnée aux religieux de la très-sainte Trinité de la Rédemption des Captifs ; d'où le nom de Mathurins leur est demeuré par toute la France.
Ces saintes reliques furent ensuite portées à Sens et de là à Larchant ; les miracles continuant toujours, on y bâtit une église si magnifique, qu'elle ne cédait pas aux plus beaux édifices de son temps. Les Calvinistes l'ont ruinée dans leur rébellion contre l'Église et contre l'État ; il n'en reste plus que des débris, objet de l'admiration universelle. La tour, autrefois élevée de quatre-vingt-dix mètres, demeure encore presque tout entière debout. La chapelle de la Vierge et le chœur sont assez bien conservés ; le reste, exposé aux ravages des temps, s'écroule tous les jours.
La Révolution détruisit le culte de saint Mathurin comme les Calvinistes avaient détruit son église. Ses reliques furent jetées au vent ; il n'en reste plus qu'un petit ossement dont l'authenticité n'est pas très-certaine. Le temps n'est plus où toutes les paroisses, de dix lieues à la ronde, venaient en procession au sanctuaire du Saint ; ce pèlerinage est presque entièrement tombé.
L'église paroissiale de la ville de Moncontour, en Bretagne, possède un ossement de saint Mathurin, renfermé dans un buste d'argent. Il se fait chaque année, à son occasion, un grand concours de pèlerins aux fêtes de la Pentecôte.
Nous avons enrichi le récit du Père Giry de renseignements dus à l'obligeance de M. le curé de Larchant, et de détails puisés dans les Caractéristiques des Saints du Père Cahier.
Événements marquants
- Baptême à l'âge de douze ans par l'évêque Polycarpe
- Conversion de ses parents Marin et Euphémie
- Ordination sacerdotale à l'âge de vingt ans
- Gouvernance du diocèse de Sens pendant l'absence de Polycarpe
- Voyage à Rome pour délivrer la fille d'un prince d'un démon
- Mort à Rome après un séjour de trois ans
Miracles
- Délivrance de la fille d'un prince romain possédée par un démon
- Nombreuses guérisons d'énergumènes
- Miracles posthumes lors du transfert de ses reliques à Paris
Citations
Sacredos alias morum virtute transcendent.