Le Saint Suaire de Cadouin
Suaire d'honneur de Notre-Seigneur
Résumé
Le Saint Suaire de Cadouin est une relique de la Passion ayant enveloppé la tête de Jésus-Christ. Rapporté d'Antioche par un prêtre périgourdin après la première croisade, il fut déposé à l'abbaye de Cadouin en 1117. Il a survécu miraculeusement au feu et aux profanations révolutionnaires.
Biographie
LE SAINT SUAIRE DE CADOUIN,
AU DIOCÈSE DE PÉRIGUEUX
Le Périgord possède depuis plusieurs siècles une vénérable Relique dans l'église abbatiale de Cadouin ; c'est un des suaires qui ont enveloppé le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son tombeau. On sait par l'Évangile qu'il y a eu plusieurs linges ou suaires qui servirent à l'ensevelissement du Sauveur. Celui dont nous parlons était placé sur sa tête et couvrait immédiatement ses membres ; c'est un Suaire d'honneur, que, d'après la tradition, la Vierge Marie tissa elle-même de ses mains. Ceux qui l'ont vu de près ont admiré la finesse de ce tissu et la beauté particulière des deux bordures aux couleurs variées, qui sont un ouvrage oriental d'une très-grande délicatesse. Cette Relique est précieuse à l'égal de la vraie croix, des clous et de la couronne d'épines ; car elle a été teinte du sang de Jésus-Christ.
Après l'Ascension du Fils de Dieu, un juif converti à la foi chrétienne déroba le Suaire de la tête de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le conserva toute sa vie avec affluence de richesses. Étant sur le point de mourir, il fit deux parts de son héritage, et interrogea ses enfants pour savoir qui prendrait le Suaire, et qui aurait les richesses. L'aîné préféra l'argent, et en peu de temps il fut réduit à une extrême pauvreté ; le plus jeune prit le Suaire, et avec la foi il accrut sa fortune. Ses descendants fidèles le gardèrent jusqu'à la septième génération. Il passa ensuite entre les mains des juifs infidèles, qui, l'ayant gardé avec respect, devinrent aussi très-riches et le furent longtemps. Mais après beaucoup de discussions et de débats entre les chrétiens et les juifs, les premiers, prétendant que le Suaire leur appartenait comme héritiers de Jésus-Christ, les autres le revendiquant comme un héritage de leurs pères, ils eurent enfin recours à Mahuvias, roi
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des Sarrasins, comme à leur juge. Celui-ci, ayant fait allumer un grand bûcher, pria Jésus-Christ de vouloir lui-même décider le procès, puisqu'il avait bien voulu porter sur sa tête ce Suaire sacré pour le salut des siens. Le Suaire est jeté dans le feu, mais voilà qu'il s'envole promptement bien au-dessus des flammes d'où, après avoir voltigé assez longtemps comme en se jouant, il descend enfin à la vue de tous et va se poser lentement entre les mains d'un chrétien perdu dans la foule. Tous alors levèrent les mains vers le ciel et après s'être humiliés et prosternés en terre, ils le portent en triomphe dans la ville de Jérusalem en chantant des cantiques de louange, et enfin le déposent avec respect dans les armoires de l'église.
Ce premier récit est tiré du vénérable Bède, qui le fit sur la relation d'Arculfe : Le Suaire, ajoute-t-il, avait huit pieds de longueur ; il fut vu et baisé par notre frère Arculphe, qui en a rendu témoignage.
Après l'histoire de son invention, disons celle de son transport dans le Périgord.
« Adhémar de Monteil, évêque du Puy et légat du Saint-Siège dans la première croisade, rencontra le saint Suaire à Antioche, où on l'avait porté avec beaucoup d'autres reliques pour le soustraire aux profanations des Musulmans, qui étaient maîtres de la ville sainte. Il en fit l'acquisition en 1098 ; mais, étant sur le point d'être enlevé par la maladie qui fit mourir tant de guerriers, il remit son trésor à un prêtre de son Église. Ce prêtre se hâta de s'embarquer ; frappé à mort lui aussi pendant la traversée, il laissa son dépôt à un ecclésiastique attaché à sa personne et originaire des environs de Cadouin. Voici comment le prêtre périgourdin s'y prit pour sauver la relique en la cachant à l'ardente convoitise de ses compagnons chrétiens. Il prit un baril au milieu duquel il mit un morceau de bois qui le divisa en deux. Dans l'une de ces parties il mit le linge sacré, et dans l'autre sa boisson. De cette sorte il le porta dans son pays natal. Rentré en Périgord, il cacha le Suaire avec son histoire dans une église dont il faisait le service et qui était voisine de Cadouin. Fort peu de temps après, en l'absence du prêtre, un violent incendie consuma le village et l'église ; mais le saint Suaire, déposé dans un coffret près de l'autel, demeura intact. Les religieux, qui depuis peu habitaient Cadouin, apprirent cette merveille : ils accoururent et l'emportèrent dans leur monastère. C'était en l'année 1117. Mais le prêtre étant de retour, et n'ayant point retrouvé son précieux trésor, vint chez les moines pour le recouvrer. Ceux-ci ne voulant pas le céder, il les supplia très-humblement de le recevoir au milieu d'eux, afin de rester toute sa vie le gardien de la relique qu'il avait eue en sa possession ».
Il mourut à Cadouin et fut enterré sous le pavé de la chapelle de Sainte-Madeleine, non loin du Suaire qu'il avait tant chéri.
Si on voulait savoir comment et en quel lieu fut gardé le saint Suaire depuis la Résurrection de Jésus-Christ jusqu'au septième siècle, où il fut sauvé des flammes, il suffirait de remarquer qu'au rapport de saint Athanase, deux ans avant que les Romains ne se fussent emparés de Jérusalem, les fidèles, avertis par des révélations célestes, sortirent en grand nombre de la ville et se retirèrent en d'autres provinces, emportant avec eux les saintes reliques et autres objets précieux ; que plus tard, au témoignage d'Eusèbe, sous l'empire de Trajan, ils y retournèrent. En l'année 636, les Mahométans entrèrent dans la cité sainte, mais elle ne se rendit qu'à la condition, faite par l'évêque Sophronius, que les chrétiens pourraient y exercer librement leur religion. En effet, dit Baronius (an 643), les fidèles gar-
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dèrent leurs églises et les pèlerins y venaient de toutes parts. Le saint Suaire fut donc fidèlement gardé et on put suivre sans peine les détails de son histoire.
Enfin, depuis qu’il fut sauvé miraculeusement des flammes, sous le roi Mahuvias, jusqu’à la première croisade, où il fut acheté par l’évêque Adhémar, nous avons quatre siècles. Que devint le saint Suaire pendant ce temps ? Nous savons que les chrétiens de Jérusalem le gardèrent dans une église ; plus tard il fut transféré à Antioche, et il faut admettre que ce fut vers l’an 1000, au temps où les fidèles étaient affligés par les Mahométans, qui, en haine de la religion, détruisirent l’église du Saint-Sépulcre. La tradition du saint Suaire dut se conserver avec soin, puisque l’évêque Adhémar le reconnut, se le procura et ne voulut le confier qu’à sa mort à un prêtre de son église, qui à son tour le légua, avec son histoire, à un ecclésiastique du Périgord.
A peine arrivé dans le Périgord, il attire des foules considérables, et les religieux de Cadouin construisent en son honneur la belle église que l’on voit encore. À partir du XIIᵉ siècle, l’histoire de Cadouin devient vraiment magnifique. Les papes, les rois et les évêques s’intéressent à cette abbaye qui possède un si grand trésor ; ils y viennent des quatre coins de l’Europe ; le roi Louis la visite en partant pour la dernière croisade et, avec les sommités sociales, le peuple y accourt en foules nombreuses. L’affluence était telle qu’il fallut bâtir à Cadouin un hôpital et plus de soixante maisons pour les étrangers. Cette dévotion brilla d’une grande splendeur pendant quatre cents ans et fut une des plus grandes dévotions de l’univers.
Des hommages nombreux et éclatants furent rendus au saint Suaire. Des miracles sans nombre éclatèrent ; une confrérie célèbre s’établit à Cadouin, qui s’étendait à l’Europe entière. Nous ne parlerons pas des voyages du saint suaire à Toulouse, où il resta de longues années, à Paris, à Poitiers, à Obazine, et des hommages extraordinaires qu’il reçut partout sur son passage. Cette odyssée est merveilleuse. De vives contestations s’élevèrent à son sujet : les villes et les monastères, les papes et les rois y prirent part ; ils voyaient donc dans ce suaire autre chose qu’un linge vulgaire. Mais le XVIIIᵉ siècle amène un fait qui domine toute cette histoire et la marque d’un cachet suprême d’authenticité : c’est le procès-verbal de Mgr de Lingendes, évêque de Sarlat. Qu’on lise attentivement cette pièce importante, qu’on étudie le caractère de l’évêque, les circonstances et les personnes qui concourent dans cette action, qu’on en remarque les moindres détails, et on y verra la Providence de Dieu qui conserve attentivement la mémoire d’une relique si précieuse. En même temps, les religieux de Cadouin écrivent son histoire et ils en font hommage à la reine régente, Anne d’Autriche, mère de Louis XIV. Ils ne craignent pas d’appeler le saint suaire de Cadouin, le plus riche joyau du premier royaume de l’univers et le plus bel apanage du domaine royal.
Le vent mauvais qui ne cessa de souffler au XVIIIᵉ siècle diminua sans l’interrompre le flot des fidèles visiteurs. La Révolution profana l’Église sans la détruire, assassina le prieur et brûla en place publique l’histoire du couvent, les titres et les manuscrits. Le principal, l’essentiel, le saint Suaire fut heureusement caché et échappa ainsi à la fureur des impies.
Cadouin est tout près de la station du Buisson, sur la ligne ferrée de Périgueux à Agen.
Les ostensions de la sainte relique se font régulièrement trois fois l’année : le second dimanche après Pâques, appelé le dimanche du Bon-Pas.
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teur ; le dimanche de la Pentecôte et le 8 septembre. Elles durent huit jours chaque fois, et le souverain pontife Pie IX a accordé une indulgence plénière à chacun de ces jours. Par une disposition particulière de Mgr l'évêque de Périgueux, la grande fête de Cadouin et l'ostension la plus solennelle ont lieu tous les ans au mois de septembre.
Le Suaire de Cadouin a huit pieds de long et quatre pieds de large. Il mesure deux mètres quatre-vingt-quatre centimètres en longueur et un mètre vingt-quatre centimètres en largeur.
Outre de petites parcelles de la sainte Croix, le diocèse de Périgueux possède deux autres reliques bien précieuses de la Passion, deux épines de la sainte Couronne. La première est dans l'église de Saint-Cyprien ; l'autre appartient à M. de Montferrand, et se trouve dans la chapelle de son château de Montréal. Celle-ci est brisée et attachée avec un fil. Outre le Suaire de la tête du Sauveur, Cadouin possède encore un petit fragment, grand comme le bout du doigt, du bandeau dont se servirent les Juifs pour voiler les yeux du Sauveur au moment de la Passion, quand ils le frappaient en lui disant : *Prophetise* ; dis-nous donc qui t'a frappé. Le saint bandeau vint à Cadouin avec le Suaire et l'accompagna toujours.
De grandes fêtes ont eu lieu le 5 septembre 1866, à l'occasion de la translation du saint Suaire dans la chasse précieuse achetée en son honneur.
Extrait d'une intéressante brochure ayant pour titre : *Histoire du saint Suaire de Cadouin*, par le R. P. Carles, missionnaire du Calvaire de Toulouse.
Événements marquants
- Tissage par la Vierge Marie
- Vol par un juif converti après l'Ascension
- Épreuve du feu sous le roi Mahuvias
- Acquisition par Adhémar de Monteil à Antioche en 1098
- Arrivée à l'abbaye de Cadouin en 1117
- Survie à un incendie et à la Révolution française
- Translation dans une nouvelle châsse le 5 septembre 1866
Miracles
- Lévitation au-dessus d'un bûcher à Jérusalem
- Enrichissement des gardiens fidèles
- Préservation intacte lors de l'incendie d'une église
- Miracles sans nombre rapportés à Cadouin
Citations
Prophetise ; dis-nous donc qui t'a frappé.