Sainte Pélagie d'Antioche

Vierge et Martyre

Fête : 9 juin • sainte

Résumé

Jeune vierge noble d'Antioche âgée de quinze ans, Pélagie avait consacré sa vie à Dieu. Pour échapper aux soldats envoyés par un magistrat épris d'elle et préserver sa pureté, elle utilisa une ruse pour s'isoler avant de se précipiter du haut de sa maison. Son sacrifice héroïque fut célébré par saint Jean Chrysostome comme une victoire sur le démon.

Biographie

SAINTE PÉLAGIE, VIERGE ET MARTYRE

Castitas est speculum virginum. La chasteté est le miroir des Vierges. S. Aug., serm. ix ad fratr.

Sainte Pélagie, qui a mérité d'être si hautement louée par saint Jean Chrysostome, en deux discours très-pieux et très-éloquents, était une jeune vierge d'Antioche, âgée seulement d'environ quinze ans. Elle appartenait à l'une des plus nobles et des plus riches familles de cette ville, qui fut aussi la patrie de ce grand docteur. Comme Dieu l'avait douée d'une sagesse extraordinaire et d'une incomparable beauté, il n'y avait point de jeune seigneur dans le pays qui ne s'estimât heureux de pouvoir l'épouser. Mais plus elle avait reçu du ciel de rares qualités, qui la rendaient aimable à tout le monde, plus elle méprisait les plaisirs et les vanités du siècle, et ne laissait posséder son âme que par l'amour de Dieu seul. Elle avait consacré

SAINTE PÉLAGIE, VIERGE ET MARTYRE.

sa virginité à Jésus-Christ, et résolu de n'avoir jamais d'autre époux que lui. Elle ne mettait point son honneur à être richement vêtue, ni à relever sa beauté par l'éclat des perles, des diamants et des autres vains ornements pour lesquels les filles du monde ont tant de passion; mais tout son soin était de se parer de vertus, afin de plaire au divin Maître qu'elle avait choisi pour unique objet de ses ardeurs. Son occupation la plus ordinaire était l'oraison; et, comme elle vivait en un temps où les chrétiens n'avaient pas la liberté de s'assembler pour assister aux saints mystères, elle se tenait retirée dans la maison de ses parents, qu'elle sanctifiait par ses larmes, par ses pénitences et par les soupirs qu'elle envoyait continuellement vers le ciel.

Il arriva cependant que quelques ennemis de notre sainte religion la découvrirent au magistrat, et lui déclarèrent en même temps qu'il n'y avait point, dans toute la province, de personne plus remarquable par la noblesse, la beauté et les autres qualités qui recommandent une jeune fille. Sur ce rapport, le magistrat conçut pour elle une passion violente, et, trouvant dans le christianisme dont on accusait Pélagie, un prétexte pour l'enlever, il envoya à cet effet une troupe de soldats.

« Voyez », dit saint Jean Chrysostome, « voyez cette vierge délicate qui ne connaissait que sa chambre pudique; tout à coup des soldats l'envahissent, des soldats sont à sa porte; ils l'appellent au tribunal. Pas de père auprès d'elle, pas de mère à ses côtés; ni nourrice, ni servante, ni femme du voisinage; pas une amie; elle était seule au milieu des bourreaux. Qu'elle ait pu sortir et répondre à ces soldats, à ces bourreaux, ouvrir la bouche, faire entendre sa voix; qu'elle ait eu la force de les regarder, de conserver une contenance, de respirer, quel prodige, quel courage admirable ! Cette vertu n'appartenait pas à la nature humaine; il y avait là un surcroît qui venait de Dieu.

« Cependant la vierge n'était pas d'elle-même inactive; tout ce qui dépendait d'elle de faire, elle le fit; elle montra du zèle, de la prudence, de la générosité, de la résolution, de l'empressement, de l'impatience même. Mais le succès auquel aboutirent ces excellentes dispositions, fut l'effet du secours de Dieu et de la grâce d'en haut; en sorte que nous devons l'admirer et tous ensemble la déclarer Bienheureuse; bienheureuse, parce que Dieu a été son compagnon d'armes; l'admirer, parce qu'elle ne manqua pas elle-même de courage. Car qui ne serait frappé d'admiration en apprenant, qu'en moins d'un instant, elle conçut, résolut, accomplit un dessein plein de terreur et d'épouvante ? Ni l'horreur du présent, ni la rapidité des instants, ni son abandon au milieu des embûches, ni cette circonstance qu'elle est toute seule chez elle, quand on la saisit, rien, non, rien n'a troublé cette Bienheureuse; on eût dit que c'étaient des amis, des personnes de connaissance qui lui rendaient visite, tant elle conserve la liberté dans toute ses actions; cette tranquillité se comprend. En effet, elle n'était pas seule, Jésus était avec elle, Jésus, son conseil : il était là auprès d'elle; c'était lui qui parlait à son cœur; c'était lui qui fortifiait son âme; c'était lui qui chassait la crainte. Et cette protection était de toute justice; la vierge martyre s'était d'avance montrée digne d'un pareil secours.

« Le démon sut inventer les moyens de répandre en foule ses oracles de tout côté; il s'est donné comme annonçant l'avenir par avance; et il n'a pas prévu, il a oublié de prophétiser toute l'étendue de la confusion et du ridicule qu'il encourrait en ce jour. Qui pourra comprendre quelque sujet de dérision plus burlesque que ce qui est arrivé au démon en cette circonstance ? Il avait la vierge prise dans ses filets, et il perd sa proie; il tenait la

jeune fille, il n'a pas pu la garder; on eût dit que c'était une ombre, non une vierge qu'il avait saisi. C'est qu'elle unissait, à la simplicité de la colombe, la prudence du serpent; la simple colombe s'est laissée prendre, mais le serpent, plein de prudence, a échappé; quoiqu'elle se vît prise, elle ne désespéra pas de la victoire; elle ne laissa surprendre ni son cœur ni sa pensée, quoique sa personne fût captive; elle imagina un expédient, une sage combinaison, pour déjouer l'esprit inconsidéré des soldats, et les frapper pour ainsi dire de stupidité.

« La jeune fille fit donc semblant d'avoir changé d'avis; et, pour qu'on se fût à son air, malgré la tempête qui grondait sur elle, malgré le naufrage qui l'entourait de si grands périls, elle montrait un visage calme et gai. Les soldats dupes de cette ruse, trompés par la sérénité de la jeune fille, commencèrent à lui témoigner quelques égards. Elle leur avait demandé de se retirer, tout le temps qui lui serait nécessaire pour revêtir le costume d'une nouvelle épouse; les soldats la laissèrent libre de s'éloigner. Non-seulement ils voulaient lui être agréables, mais ils se promettaient aussi les compliments du juge, à qui ils auraient amené une jeune fille ornée et parée. Celle-ci, maîtresse de ce qu'elle désirait, se hâta de revêtir ce qui est la vraie beauté, c'est-à-dire la force d'âme, la riche et ferme espérance de la résurrection; et aussitôt elle monta en courant sur le toit de sa maison, et de là se précipita. Son corps, plus brillant que la foudre, en tombant, frappa d'un éclat terrible les yeux du démon. Car la foudre qui se précipita du ciel, nous cause moins d'épouvante, que n'en ressentirent les phalanges du démon, quand elles virent tomber ce corps de la vierge martyre, plus redoutable que les tonnerres. Elle accomplit résolument cette action hardie que le démon ne craignit pas autrefois de proposer au Seigneur lui-même : Si vous êtes le Fils de Dieu, précipitez-vous.

« Qui pourrait considérer la foi, la grandeur d'âme de cette jeune fille sans être stupéfait? Ainsi une jeune fille, une vierge, t'a vaincu par son énergie, par son courage, ô démon! Le défi que tu as jadis proposé au Seigneur, une jeune fille, sa servante, l'a retourné contre toi-même, et, courant sur le faîte du toit, de là, elle s'est élancée; le juge l'a appelée; c'est toi qui as suggéré tout cela; elle ne t'a pas obéi, elle n'a pas accepté un combat plein de ruses; elle connaissait bien la malice de tes pensées; c'est ton habitude d'appeler les vierges devant les juges, comme pour les faire battre de verges, et bientôt, sans effort, de précipiter dans les abîmes, bien plus tristement captives, celles qui n'ont pas craint la lutte. Si tu n'as pas d'arrière-pensée, quand tu appelles une jeune fille au combat, dans le stade, mesure-toi avec elle; quand elle se précipite du haut d'un toit, soutiens-la dans sa chute; ose donc l'affronter; ne recule pas devant les luttes de ce genre. Donne l'essor que tu voudras à ton ardeur. Tu as la terre pour champ de bataille; pousse désormais vivement les glaives, pour donner la mort; prépare, pour tuer les hommes, les durs instruments de meurtre; apprête-toi à briser la jeune fille qui tombe. Tous tes artifices, si retors, si profonds qu'ils soient, se sont trouvés sans aucune puissance; la vierge les a vaincus; et, ce qui est plus remarquable, elle n'a pas réclamé de Dieu ce qui est écrit : Commandez à vos anges, Seigneur, que je ne heurte pas mon corps contre la pierre; mais ce qu'elle lui demanda, c'est de prescrire à son âme, aussitôt après sa chute, de quitter son corps.

« Comme une biche tombée entre les mains des chasseurs et qui se sauve, arrive sur le sommet d'une montagne inaccessible, et là, hors de leur portée, à l'abri de leurs traits, s'arrête, et, sans rien craindre, regarde ceux

9 JUIN.

qui la poursuivaient; ainsi a fait notre vierge; elle était tombée entre les mains des chasseurs qui la traquaient; sa chambre était comme un filet où on l'avait prise, elle se sauve, non sur le sommet d'une montagne; mais elle gravit les cimes du ciel même, et, de ces hauteurs, elle ne redoutait plus leur approche; et les voyant ensuite retourner les mains vides, elle jouissait de la confusion des infidèles.

« Pélagie déroba ainsi son corps aux atteintes des impudiques; elle dépouilla son âme qui monta nue au ciel, abandonnant aux ennemis sa chair sacrée; confondus, réduits à l'impuissance, ils ne savaient que faire de ces restes. Voilà les œuvres glorieuses de notre Dieu, quand il lui plaît de tirer ses serviteurs de leurs angoisses, pour les conduire à la sérénité, et de confondre les ennemis, en apparence triomphants, et de leur enlever toutes les ressources de la pensée.

« O jeune fille, femme par ton sexe, mais d'un courage digne de l'honneur ! ô vierge, qui mérites d'être célébrée à double titre, et parce que tu fais partie de la troupe des vierges, et parce que tu as été inscrite au nombre des martyrs ! ô jeune fille, chaste jusqu'à ne pas permettre aux regards libertins d'un juge de jouir de ton aspect ! Elle a méprisé la vie; de notre côté, méprisons les délices. Imitons sa modestie, sa continence, et dressons des trophées de nos victoires sur les voluptés; réprimons la fougue de nos désirs déréglés, effrénés; animons-nous à la piété, fortifions-nous dans la ferveur; remplaçons, quand il le faut, l'humilité par de l'audace; enfin, sur cette terre, mortifions nos membres, afin que le Seigneur s'emparant de notre corps humilié, l'exalte, le rende digne de la communication de son propre corps et de sa forme divine ».

Tillemont nous apprend que les peuples accouraient en foule pour honorer cette sainte vierge et Martyre, et que le lieu de sa sépulture était assez éloigné d'Antioche. Sa fête se célébrait solennellement dans cette ville la veille de la translation de saint Ignace. Elle est marquée au 9 de juin dans les Menées des Grecs et dans le martyrologe romain.

Saint Jean Chrysostome, Homilies sur sainte Pélagie. 11 volumes in-8°, imprimerie des Calestres, à Ber-le-Duc. — Cf. Balliot; Tillemont.

Événements marquants

  • Consécration secrète de sa virginité à Jésus-Christ
  • Dénonciation au magistrat par des ennemis de la religion
  • Siège de sa maison par une troupe de soldats
  • Ruse pour obtenir le droit de se changer seule
  • Saut mortel du haut du toit de sa maison pour échapper aux soldats

Citations

Castitas est speculum virginum.

— S. Aug., serm. ix ad fratr.

Date de fête

9 juin

Décès

Inconnue (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

protection de la chasteté

Prénoms dérivés

Pélagie

Famille

  • Inconnu (père)
  • Inconnu (mère)