Les Saints Martyrs d'Avignonet

Inquisiteurs de la foi et leurs compagnons

Fête : 29 mai 13ᵉ siècle • saint

Résumé

En 1242, onze inquisiteurs et leurs compagnons furent massacrés à Avignonet par des hérétiques albigeois menés par Raymond d'Alfaro. Les martyrs moururent en priant le Te Deum, et leur mort fut suivie de nombreux prodiges célestes. Leur culte est lié à Notre-Dame des Miracles, dont la statue apparut mystérieusement après la levée de l'interdit sur l'église locale.

Biographie

LES MARTYRS D'AVIGNONET,

ET NOTRE-DAME DES MIRACLES

Gaude, Maria Virgo : cunctas haereses sola interemisti in universo mundo.

Réjouissez-vous, vierge Marie : seule vous avez détruit toutes les hérésies dans l'univers entier.

Ce fut dans la nuit du 28 au 29 mai de l'année 1242 que fut accompli le drame horrible d'Avignonet. Le bailli Raymond d'Alfaro gouvernait alors le château de cette ville au nom de Raymond VII, comte de Toulouse. Le bailli forma le projet de faire massacrer les inquisiteurs de la foi qui prêchaient alors à Avignonet et qui recevaient l'hospitalité au château même : ils étaient au nombre de onze ou douze, y compris leurs compagnons et leurs familiers. C'étaient frère Guillaume Arnaud de Montpellier, dominicain, et frère Étienne de Narbonne, franciscain. Ils étaient assistés dans leur mission par Raymond Scriptor, ou l'Écrivain, nommé aussi Raymond de Costiran, chanoine de la cathédrale de Toulouse et archidiacre de Lézat ou de Villelongue ; du prieur d'Avignonet qui appartenait au monastère de Cluse, situé près de Mont-Ferrand, à peu de distance d'Avignonet ; de deux autres frères prêcheurs, Bernard de Roquefort, en Comminges, et Garcias, issu de la famille des comtes d'Aure, frère convers, aussi du diocèse de Comminges ;

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d'un autre frère mineur, Raymond de Carbonier; de Pierre d'Arnaud, notaire de l'Inquisition; de Bernard, clerc de Raymond Scriptor, et de deux nonces, ou appariteurs, qu'on appelait Fortanier et Aymar.

Les inquisiteurs prêchaient depuis plusieurs jours à Avignonet. Leur éloquence attirait autour de la chaire catholique une foule nombreuse, et l'hérésie, toute-puissante en cet endroit, se voyait menacée de perdre la plus grande partie de ses adhérents.

Les défections, chaque jour plus nombreuses, irritaient les hérétiques, et il y avait peut-être dans l'atroce projet qu'ils conçurent plus de fanatisme que d'esprit de vengeance et de représailles. Ils savaient bien, en effet, que les exécutions capitales qui suivaient les arrêts du tribunal de l'Inquisition n'étaient jamais prononcées par les juges qui composaient ce tribunal.

Les conspirateurs, qui étaient au nombre de cent environ, s'avancèrent avec beaucoup de précautions jusqu'à un château de Guillaume du Mans. Là, un jeune chevalier vint apporter un ordre secret à la suite duquel on détacha de la troupe douze sergents armés de haches qui vinrent jusqu'à la léproserie, près d'Avignonet.

Bientôt Raymond de Golairan, qui sortait du château d'Avignonet, vint demander si tout était prêt. Tout était prêt, en effet, et toute la troupe put s'approcher du château. Golairan y rentra pour s'informer de ce que faisaient les inquisiteurs qui s'y étaient retirés avec quelques catholiques. On lui dit que les inquisiteurs allaient se coucher. Il sortit aussitôt pour en avertir les chevaliers.

Alors une dizaine de chevaliers et les douze sergents, armés de haches, se présentèrent aux portes du château. Elles leur furent ouvertes par des habitants d'Avignonet, et tous ces gens armés pénétrèrent dans l'intérieur, où ils trouvèrent Raymond d'Alfaro, un écuyer qui avait servi les inquisiteurs, et quinze hommes d'Avignonet armés de haches et de bâtons.

Voilà donc les deux camps en présence. D'un côté, quelques hommes faibles, pauvres, sans armes, vieillis dans la pénitence et la prière, et s'acquittant avec simplicité d'une mission périlleuse et pénible dont le Pape et leur roi les ont investis.

D'un autre côté, cent hommes bien armés, aguerris, qui se glissent furtivement, comme des traîtres ou des lâches, à la faveur des ténèbres, pour l'exécution d'un projet infernal, concerté clandestinement et qui ne doit obtenir que du succès l'éclat lugubre qu'à peine ils osent espérer.

Une armée d'assassins pour onze victimes !

Raymond d'Alfaro, traître à son maître, à moins qu'il n'eût reçu de lui des ordres secrets, se met à la tête de la bande. Il conduit les assassins dans la grande salle du château où se trouvaient les inquisiteurs et leurs familiers. Pour parvenir jusqu'à leurs victimes, les assassins devaient traverser plusieurs salles. Les portes étant fermées, on les brise avec fracas. En entendant les bruits sinistres qui se faisaient dans le château, les coups violents et répétés qui abattaient les portes, les inquisiteurs comprirent que leur dernière heure était venue. Nul d'entre eux pourtant ne songe à fuir. Ils se mettent à genoux, entonnent le Te Deum, et, dans cette posture que prenaient souvent les Martyrs des premiers siècles livrés aux hêtes féroces, ils attendent leurs bourreaux, heureux de parvenir au ciel par le chemin de l'immolation sanglante.

Les hérétiques se précipitent, frappant à l'envi leurs pacifiques ennemis, les uns à coups de haches, les autres à coups de lances et de couteaux.

29 MAI

La besogne était facile, car personne ne songeait à se défendre. Les deux nonces Fortanier et Aymar, accourus au secours de leurs maîtres, sont jetés par les fenêtres.

Raymond d'Alfaro, qui était vêtu d'un pourpoint blanc, frappe le premier; il s'en vantait plus tard en disant que, le premier, il avait asséné un coup de massue à l'inquisiteur. Il fallait bien que le maître de la maison donnât le signal. C'est ainsi que les sectaires savaient observer les lois de l'hospitalité.

Malgré le secret dont ils s'étaient environnés et le silence de leur invasion nocturne, ou peut-être, quelques-uns de ceux qui étaient enfermés dans la place étant parvenus à s'échapper, la terrible nouvelle se répand tout à coup dans la ville. L'alarme est donnée, et les catholiques d'Avignonet se portent en foule au château. Ils parviennent, au péril de leur vie, à dégager quelques-unes de ces nobles victimes qu'ils emportent à la hâte dans l'église paroissiale, espérant qu'au moins la sainteté du lieu arrêtera la fureur des hérétiques. Mais les autels eux-mêmes n'avaient plus rien de sacré pour eux. Ils abandonnent les cadavres mutilés et sanglants de ceux qu'ils viennent d'immoler et courent après les victimes qu'ils craignent de voir s'échapper. Dans le temple leur fureur redouble, et le silence de la nuit et le recueillement du lieu saint sont troublés en même temps par leurs cris de rage. Guillaume Arnaud de Montpellier et Étienne de Narbonne tombent sous leurs coups, inondant de leur sang de martyrs le pavé du sanctuaire.

Puis les hérétiques retournent au château où tout est visité, pillé, brisé.

Après l'expédition, chacun expose, avec le calme de la rage assouvie, la manière dont il s'est servi de ses armes. Un Albigeois arracha la langue à Guillaume de Montpellier, et Pierre de Mirepoix reprocha aux meurtriers de ne lui avoir pas apporté le crâne de cet inquisiteur. Il en voulait faire une tasse pour ses festins.

Après une si glorieuse expédition, il était juste de procéder au partage des dépouilles. Raymond d'Alfaro donna, selon sa promesse, à Guillaume de Plaigne le palefroi de Raymond Scriptor, puis il alla raconter à ceux de ses confédérés qui n'avaient pu y assister et qui, sans doute, faisaient le guet aux alentours, tout ce qui s'était passé, et les congédia.

Cet homme habile avait, du reste, pris si bien ses mesures, que si le massacre d'Avignonet avait été manqué, un autre piège attendait les inquisiteurs. Il avait posté vingt cavaliers en embuscade entre Castelnaudary et Saint-Martin pour les tuer au passage.

Dieu voulut illustrer par des miracles la vie et la sainteté de ses martyrs. La nuit du massacre, une femme qui était en mal d'enfant, à trois lieues d'Avignonet, vit le ciel ouvert, un grand nombre d'échelles en descendre, et à l'entour beaucoup de sang répandu. Cette femme, oubliant sa douleur et prenant plaisir à contempler la clarté dont étaient revêtus ceux qui montaient les degrés de l'échelle, enfanta très-heureusement. — La même clarté fut aperçue par des bergers qui gardaient leurs troupeaux dans les champs. — Jacques, roi d'Aragon, qui pour lors était en guerre contre les Sarrasins, et qui veillait dans sa tente, vit descendre une clarté du ciel. Se tournant vers ses officiers : « Sachez », leur dit-il, « que Notre-Seigneur fait à cette heure-ci quelque grande merveille à l'endroit de ses serviteurs ». — Au monastère des Dominicains de Barcelone, plusieurs frères eurent la même vision. — Un dévot personnage de Carcassonne, ayant entendu raconter le martyre des inquisiteurs, se voua à eux et incontinent se

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travailla guéri d'une maladie qui le tourmentait depuis deux ans. — Raymond Carbonnier, qui fut une des victimes du guet-à-pens d'Avignonet, vit, quelques jours avant l'événement, une belle couronne d'or enrichie de pierres précieuses se balancer au-dessus du château. Il raconta cette vision au prieur du monastère de Prouille et à d'autres frères. Un des religieux qui devait succomber dit alors : « Sachez que sous peu nous mourrons pour l'honneur de la foi catholique ». — La veille, une dévote femme de Toulouse alla trouver un des Pères Dominicains du couvent de cette ville et lui dit : « Ce matin, pendant que les religieux chantaient la Messe, je me suis endormie dans l'église, et il m'a semblé voir le crucifix qui est à l'entrée du chœur répandre une grande quantité de sang. De quoi je fus fort surprise. Alors le crucifix me parla ainsi : Va, ma fille, trouver le prieur du monastère, désigne-lui l'endroit où devront être déposés les corps des Martyrs ». L'endroit marqué était à la droite du crucifix qui avait fait la révélation.

Il est aisé de comprendre la vive impression que produisit dans tous les esprits le lâche guet-à-pens d'Avignonet.

« On ne peut nier », dit un auteur non suspect en pareille matière !, « que ce meurtre ne soit affreux en lui-même ; eh ! que deviendrait la société, si les hommes se vengeaient par de tels attentats ? »

L'Église elle-même en fut émue, et le pape Grégoire IX étant mort, les cardinaux de la sainte Église romaine écrivirent aux Dominicains, pendant la vacance du Siège, des lettres de consolation.

Les précieux restes de nos Martyrs, abandonnés aux bêtes et aux oiseaux du ciel, furent pieusement recueillis par les Frères Prêcheurs et transportés dans leur église de Toulouse. Ceux des Frères Mineurs furent également ensevelis dans l'église de leur Ordre, et ceux de Raymond Scriptor et de son clerc dans le cloître de Saint-Étienne de la même ville.

Le sang des Martyrs répandu sur les dalles de l'église d'Avignonet, tout pur et sacré qu'il était, n'en avait pas moins été pour le lieu saint une souillure canonique qui rendait désormais impossible la célébration des saints offices dans son enceinte.

L'église frappée d'interdit demeura fermée pendant quarante années, et l'on dut se contenter, pour la célébration du culte, d'une église appartenant aux Bénédictins, dépendante de l'abbaye de Saint-Papoul.

Cependant l'hérésie s'éteignait peu à peu, grâce, sans doute, à l'intercession des Martyrs qui, à l'exemple de leur divin Maître et de saint Étienne, priaient au ciel pour leurs bourreaux.

Aussi la paroisse d'Avignonet, convertie tout entière au catholicisme, comprit qu'il était temps enfin de ne plus laisser l'anathème peser sur le lieu saint.

On envoya une députation auprès du souverain pontife Alexandre IV, afin de supplier Sa Sainteté de lever l'interdit. Cette grâce fut accordée le premier mardi du mois de juin 1283.

Au moment où le Pape levait l'interdit, les cloches de l'église paroissiale d'Avignonet, qui ne s'étaient pas fait entendre depuis quarante ans, se mirent à sonner d'elles-mêmes et continuèrent ainsi tout un jour et toute une nuit : le fait est attesté par une déclaration des habitants d'Avignon recueillie en 1293.

29 MAI.

Ce prodige se trouve encore consigné dans une bulle de Paul III de l'année 1537 et dans un acte notarié du 29 janvier 1676.

Cette bulle de Paul III, datée de Rome, nous apprend que l'église d'Avignonet portait déjà le vocable de Notre-Dame des Miracles ou de Gaulège : nous verrons plus bas d'où lui vient cette appellation glorieuse.

Mais ce n'est pas seulement la sonnerie spontanée des cloches qu'on entendit pendant tout un jour et toute une nuit, qui est consignée dans cette précieuse pièce historique : il y est parlé encore de l'ouverture prodigieuse des portes de la même église, fermées depuis quarante ans. Elles s'ouvrirent aussi d'elles-mêmes, malgré les nombreuses serrures de fer dont elles étaient armées.

L'original de la bulle de Paul III est toujours pieusement conservé dans les archives de l'église d'Avignonet où, de nos jours encore, chacun peut le voir.

L'une des grandes erreurs des Albigeois consistait à refuser à l'auguste Marie le titre de Mère de Dieu : ils enseignaient que le Verbe n'avait pris en la Vierge qu'une chair fantastique. Cette erreur, à la fois doctrinale et historique, déjà plusieurs fois combattue et anathématisée par l'Église, attaquait trop directement la gloire de Marie, dont Dieu s'est toujours montré si jaloux, pour ne pas faire éclater par des prodiges la vérité méconnue.

Il était bon que la gloire de Marie ne fût pas séparée de celle de ses fidèles serviteurs : elle a voulu avoir des honneurs particuliers et un autel spécial sur cette terre qui avait bu leur sang.

Peu de temps après la réhabilitation du temple saint, les habitants d'Avignonet trouvèrent à l'entrée de leur église une magnifique statue de la Vierge.

Quel artiste avait conçu et exécuté cette belle œuvre ? Quelle main l'avait déposée là ? Nul ne le savait. On était passé cent fois par jour, et pendant de longues années, sur la place occupée par la merveilleuse image ; rien n'avait apparu, et, tout à coup, les regards étonnés rencontrent un objet qui les attire et les charme. Cette soudaine apparition fut pour les pieux chrétiens de la contrée comme un avertissement du ciel. Il était évident que Marie voulait être honorée là où l'on avait vomi contre elle les plus abominables blasphèmes, et rehausser par un prodige le mérite des intrépides défenseurs de son culte et de sa divine maternité.

Le cœur de la Mère parlait au cœur des enfants, et ce mystérieux et doux langage fut compris. On demanda l'institution d'une fête annuelle pour perpétuer la mémoire du prodige, et la solennité de Notre-Dame des Miracles, approuvée par plusieurs souverains Pontifes, enrichie d'indulgences, se célèbre encore le premier mardi de juin de chaque année.

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C'est bien une fête d'expiation que celle-là, et comme le massacre avait eu lieu sous les voiles de la nuit, une procession de pénitence parcourt, le soir, la veille de la fête, à la lueur des flambeaux, les principales rues de la ville. On y porte en triomphe l'image de l'auguste Mère de Dieu. Des chants sacrés retentissent dans le silence de la nuit comme pour étouffer les blasphèmes vomis par les sectaires pendant l'horrible nuit du 28 mai 1242.

« Le lendemain une cérémonie remarquable par son antiquité et sa signification attire l'attention des spectateurs. On voit des personnes de toutes les conditions tenant un cierge à la main et parcourant à genoux l'espace qui existe entre la place de la statue miraculeuse, au fond de l'église, et la balustrade du chœur, en face du tableau du maître-autel, qui représente la glorification des saints Martyrs. Arrivées là, ces personnes terminent leur trajet pénible en baisant une petite image de la Vierge que le prêtre leur présente. Cet acte porte le nom de Vœu. Il constitue une double réparation : l'une envers Marie horriblement blasphémée par les Albigeois, l'autre envers les bienheureux Martyrs dont le sang a été répandu si cruellement dans ce lieu même. Les premiers convertis s'engagèrent à cet acte d'expiation en l'honneur de la sainte Vierge et de ses serviteurs. Voilà bientôt six cents ans que leurs enfants sont fidèles à remplir ce cœur de leurs ancêtres ».

L'attention de l'Église se porta avec une tendre sollicitude sur les restes glorieux de nos Martyrs. Dès les premiers temps qui suivirent leur mort, les souverains Pontifes donnent le titre de Martyrs à ces courageux défenseurs de la foi, et les peuples eux-mêmes, pressentant peut-être le jugement de l'Église, s'empressent de les honorer et de les invoquer comme tels. Dieu semble ratifier ce pieux élan, et des miracles éclatants s'accomplissent sur leurs tombeaux et sur le théâtre de leur martyre. Des historiens contemporains, comme Étienne de Salagnac, et plus tard Bernard de la Guionie (XIVe siècle) ; Saint-Antonin de Florence (XVe siècle), se sont faits les échos de ces prodiges. Le pinceau de Fra Angelico da Fiesole entoure leur souvenir d'une auréole de gloire et de génie, et l'on voit encore dans le chapitre du couvent de Saint-Marc, à Florence, le bienheureux Bernard de Roquefort, représenté avec des rayons de gloire autour de la tête et une palme à la main. Ce sont les attributs consacrés de tout temps aux Martyrs de la foi.

Des manuscrits très-anciens, et religieusement conservés dans le couvent des Frères Prêcheurs, prescrivaient aux religieux de réciter tous les soirs, après l'oraison mentale, l'antienne des Martyrs avec verset et oraison propres.

Une cérémonie plus touchante encore s'accomplissait tous les ans la veille du jour anniversaire de leur mort. Tout le couvent se rendait en procession en présence des saintes reliques, et là, selon l'usage adopté par l'Ordre pour la vénération des reliques des Saints, on les saluait par une inclination profonde, puis on chantait l'antienne : Gloria tibi Trinitas, suivie de cette autre antienne : Christi pia gratia sanctos sublimavit quos Patris Ordo Dominici propagavit, nos eorum meritis petimus juvari, atque suis precibus Deo commendari. Tout cela était suivi des versets correspondants et de deux Collectes chantées par le prieur : l'une de la Sainte Trinité, l'autre des Saints de l'Ordre de Saint-Dominique. Les RR. PP. Dominicains de Toulouse continuent de rendre aux bienheureux Martyrs d'Avignonet le culte

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consacré par les siècles précédents. Plusieurs lampes, entretenues par la pieuse générosité des fidèles, brûlent continuellement devant le tableau qui représente leur martyre. Des faveurs signalées ont été obtenues dans ces derniers temps par leur puissante intercession.

Quant à ce qui regarde les deux Cordeliers, Étienne de Narbonne et Raymond de Carbonnier, leurs corps furent, aussitôt après le massacre, transportés et ensevelis dans la grande église de leur Ordre, où ils reposèrent sous l'autel de la chapelle de Saint-Joseph jusqu'à l'année 1619. À cette dernière date ils furent visités par le très-révérend Père A. Messana, général de l'Ordre, et transportés dans les deux côtés de ladite chapelle. Au-dessus de chaque tombeau on lisait une inscription tracée en lettres d'or sur une plaque de marbre noir encastrée dans le mur, à trois pieds au-dessus du sol.

Un très-vieux tableau, puisqu'en 1700 il datait de plus de trois cents ans, représentait le massacre de nos Martyrs. Des rayons d'or éclairaient la tête des personnages, et l'on y voyait des Anges descendant du ciel et portant dans leurs mains des couronnes de fleurs et des palmes destinées aux Martyrs.

Les choses restèrent ainsi jusqu'à la Révolution de 93. Mais à cette époque de bouleversement et de ruines, les temples furent pillés; les chapelles pour la plupart démolies; les autels brisés; les saints tombeaux profanés, et l'on ne sait plus aujourd'hui où retrouver les reliques sacrées devant lesquelles se sont agenouillés nos pères pendant six siècles.

Les RR. PP. Dominicains du couvent de Saint-Romain de Toulouse, munis de toutes les autorisations nécessaires à cet effet, ont exécuté des fouilles dans leur ancienne église, mais toutes leurs recherches ont été jusqu'à ce jour infructueuses.

Histoire générale de l'église de Toulouse, par M. Valette; Histoire des Martyrs d'Avignonet, par M. Vaissette; Biographie toulousaine; Acta Sanctorum, au 29 mai.

Événements marquants

  • Mission de prédication contre l'hérésie albigeoise à Avignonet
  • Complot mené par Raymond d'Alfaro et cent conjurés
  • Massacre nocturne dans la grande salle du château d'Avignonet
  • Interdit jeté sur l'église d'Avignonet pendant quarante ans
  • Levée de l'interdit par Alexandre IV en 1283 accompagnée de miracles

Miracles

  • Vision d'échelles célestes par une femme en couches
  • Clarté divine vue par le roi Jacques d'Aragon
  • Guérison d'un malade à Carcassonne
  • Sonnerie spontanée des cloches d'Avignonet en 1283
  • Ouverture miraculeuse des portes de l'église fermées depuis 40 ans
  • Apparition mystérieuse d'une statue de la Vierge

Citations

Gaude, Maria Virgo : cunctas haereses sola interemisti in universo mundo.

— Antienne citée en introduction

Sachez que sous peu nous mourrons pour l'honneur de la foi catholique.

— Un des religieux martyrs