Saint Benoît le More (Benoît de San Fratello)

Confesseur

Fête : 4 avril 16ᵉ siècle • saint

Résumé

Né esclave en Sicile de parents africains, Benoît fut affranchi à sa naissance et mena d'abord une vie d'ermite rigoureuse avant de rejoindre les Frères Mineurs. Bien qu'illettré et simple frère, il fut nommé supérieur de son couvent en raison de sa sainteté et de sa sagesse infuse. Il mourut à Palerme en 1589, célèbre pour ses nombreux miracles et sa profonde humilité.

Biographie

SAINT BENOÎT LE MORE (1589).

Benoît le More naquit en Sicile, vers l'an 1526, de parents esclaves et appartenant à la race africaine; de là vint à saint Benoît son surnom de More (nègre). Christophe Manassère, son père, et Diane Lercan, sa mère, étaient chrétiens. Saint-Philadelphie, village antique de Sicile, aujourd'hui nommé San-Fratello, sans doute en mémoire de notre Saint, était le lieu qu'ils habitaient. S'ils ne jouissaient ni l'un ni l'autre de la liberté corporelle, ils possédaient par leurs vertus celle qui appartient à tous les vrais enfants de Dieu dans quelque condition qu'ils se trouvent. La religion avait béni leur mariage; mais, pour ne pas donner le jour à des enfants esclaves comme eux, ils vivaient dans la continence. Sur la promesse que leur fit leur maître d'affranchir leur premier-né, le ciel leur donna saint Benoît. Benoît fut élevé avec soin dans la piété et l'amour de Dieu par des parents que distinguaient une foi vive, un grand amour de la Sainte Vierge et une charité ardente. De bonne heure on lui confia la garde des troupeaux dont son père avait l'intendance; dénué de toute science humaine, il fit de rapides progrès dans la science divine. Ses travaux lui permettaient de s'occuper de Dieu: aussi le trouvait-on sans cesse absorbé dans la prière et la méditation; il passait de longues heures à genoux au milieu des plaines dans des entretiens intimes avec le ciel. Ses petits camarades, aux jeux desquels il refusait de se mêler, le persécutaient de toutes façons, se moquant de lui, le tournant en dérision, et l'accablant d'injures et de railleries. Saint Benoît cherchait à les éviter, non pour se soustraire aux souffrances, mais parce que sa solitude était troublée.

Étant parvenu à force de travail à faire quelques économies, notre Saint acheta une paire de bœufs et travailla pendant trois ans à son compte. Occupé du soin d'accomplir la volonté de Dieu dans la condition où le ciel l'avait fait naître, il était content de son sort et ne songeait pas à changer d'état. Sa piété le portait à sanctifier toutes ses occupations, et en même temps que ses mains travaillaient pour lui procurer la nourriture corporelle, son esprit s'alimentait par la méditation des vérités saintes que la religion nous enseigne. Telle fut, jusqu'à l'âge de vingt et un ans, la conduite du jeune et pieux laboureur; conduite bien propre à servir d'exemple à ceux qui, comme lui, se livrent à l'agriculture. Il y avait alors, dans les environs de Saint-Philadelphe, un ermite nommé frère Jérôme Lanza. C'était un homme de bonne famille et marié, qui, après avoir vendu ses biens, s'était, du consentement de son épouse, retiré dans un ermitage où il retraçait la vie pénitente des anciens solitaires d'Égypte. Un jour que ce bon religieux marchait dans la campagne, il vit des moissonneurs qui faisaient de Benoît l'objet de leurs railleries. Ayant regardé fixement ce jeune homme, il découvrit, sous les traits d'un noir, les indices de l'âme la plus candide. Il reprocha aux moissonneurs leurs plaisanteries inconvenantes, et leur annonça que dans peu de temps ils entendraient parler de celui qu'ils traitaient avec mépris. L'ayant trouvé, plus tard, dans la chaumière qu'il habitait, il lui dit : « Que fait ici Benoît? vendez vos bœufs et venez dans mon ermitage ». Bien plus docile que le jeune homme auquel Notre-Seigneur donna autrefois un conseil à peu près semblable, le serviteur de Dieu n'hésita pas; et quoique ses bœufs eussent pour lui une grande valeur, par la peine qu'il avait prise à amasser l'argent qu'ils lui coûtaient, il ne balança pas, et croyait entendre la voix de Jésus-Christ qui lui parlait par la bouche de l'ermite, il les vend aussitôt, en donne le prix aux pauvres, et ayant obtenu le consentement de ses parents, il se rend à l'ermitage du Père Jérôme. Dans l'ermitage de Santa-Domenica il mena la vie des anciens solitaires : il s'était fait un habit de feuilles de palmier qu'il ne quitta jamais, il traitait son corps en esclave, le châtient durement et ne lui accordant pour toute nourriture que des herbages une seule fois le jour en petite quantité et ne lui donnant qu'un peu d'eau pour boisson. La réputation des ermites de Santa-Domenica ne tarda pas à se répandre, et on vit le peuple affluer vers cette solitude. Saint Benoît et ses compagnons eurent peur de la dissipation et partirent. Ils se retirèrent d'abord dans la vallée de Nazzara, et huit ans après, dans la solitude aride et glacée de Mancesa : ils ravirent aux loups leurs cavernes pour s'y abriter et y vivre.

A la suite d'un miracle qu'opéra saint Benoît, les malades accoururent à Mancesa : il fallut encore partir. Monte-Pellegrino, à une demi-lieue de Palerme, fut le lieu qu'ils choisirent : ils y bâtirent de pauvres cellules avec des morceaux de rochers; mais ils étaient si pauvres qu'ils ne savaient comment avoir une chapelle. La Providence y pourvut : le vice-roi de Sicile leur en fit construire une et y ajouta quelques cellules et un réservoir d'eau. Le supérieur des ermites de Saint-François étant venu à mourir, les compagnons de saint Benoît le choisirent pour le remplacer et il resta à leur tête jusqu'en 1562. Alors les ermites de Saint-François furent réunis par Pie IV à l'Ordre qui les avait enfantés. Saint Benoît se consacra à la réforme qui commençait à s'introduire parmi les enfants du patriarche d'Assise. Il habita successivement plusieurs couvents où il se fit remarquer par les austérités de la pénitence, et en dernier lieu celui de Sainte-Marie, près de Palerme, où on lui confia les fonctions de cuisinier. Un jour la disette fut au couvent, et impossible de sortir, à cause de la neige, pour aller quêter. Saint Benoît ne perdit pas confiance. Le soir, il prit avec lui le frère qui l'aidait à la cuisine: ils remplirent d'eau plusieurs grands vases qui se trouvaient là; puis, nouvel Élisée, le Saint noir appelle, dans une grande confiance, la fécondité de Dieu sur l'oblation de sa prière. La nuit se passa tout entière dans cette amoureuse et confiante oraison. Quand le matin fut venu, Benoît et son compagnon vinrent à la cuisine. Les vases qu'ils avaient préparés la veille se trouvèrent remplis de poissons encore palpitants et en si grand nombre qu'ils suffirent abondamment aux besoins de la communauté. Un jour de Noël, il se laissa tellement absorber par son oraison, qu'il oublia de préparer le dîner auquel devait prendre part l'archevêque de Palerme qui était venu officier au couvent, et cependant, au moment de se mettre à table, cette table se trouva servie comme il convenait. Des miracles de ce genre se renouvelèrent plusieurs fois en faveur de saint Benoît.

En 1578 notre Saint se vit, à sa grande douleur, nommé gardien de son couvent. Sa position était délicate et difficile, car il n'était que simple frère et il devait commander à des prêtres; mais il mit tant de douceur, d'humilité, de mansuétude, d'abnégation dans l'accomplissement de ses fonctions, qu'il se concilia les esprits et que chacun l'admirait et le vénérait. Il y avait trois ans qu'il était gardien du couvent de Sainte-Marie quand il dut se rendre à un chapitre qui se tenait à Girgenti. La foule fut telle sur son passage, que plusieurs fois il dut s'enfuir pour l'éviter et qu'il n'avait plus voyager que de nuit. Son entrée dans Girgenti fut une véritable ovation : son humilité en souffrit, mais elle se montra plus grande et plus forte que l'épreuve à laquelle on la soumettait. L'enthousiasme populaire s'explique quand on voit les miracles que saint Benoît ne cessait d'opérer autour de lui. Il semblait que le ciel lui eût donné tout pouvoir sur la vie et sur la mort : il pénétrait les secrets des cœurs et lisait dans l'avenir ; il ne savait rien refuser aux pauvres : quand il venait de quêter pour son couvent, il leur donnait tout ce qu'il avait reçu, et le bon Dieu, en récompense, lui rendait largement ce qu'il distribuait sans calculer.

Quand il fut au terme de sa charge, ses frères ne voulant pas se séparer de lui le nommèrent successivement vicaire et maître des novices. Il fut un maître admirable et étonna les plus instruits par sa science, lui qui ne savait pas même lire. De directeur des novices, saint Benoît redevint cuisinier, et ce fut un bonheur pour lui. C'était une singulière cuisine que la sienne, car les visiteurs, les plus grands seigneurs comme les plus humbles du peuple ne cessaient de la remplir. Saint Benoît avait ordre de recevoir tout le monde, de répondre à chacun, et il obéissait avec une patience que rien n'importunait. Le temps qu'il pouvait dérober et les nuits presque entières étaient consacrées à la contemplation.

En février 1589 le Saint tomba malade. Dieu allait récompenser une si sainte vie. Il prédit l'heure de sa mort qui arriva le 4 avril. Il était âgé de soixante-cinq ans. Il avait reçu les derniers sacrements avec de grands sentiments de piété, et sainte Ursule, à laquelle il avait une grande dévotion, était venue le visiter sur son lit de douleurs et avait inondé sa pauvre cellule d'une clarté merveilleuse. Il se fit à son tombeau des miracles sans nombre. Sa réputation se répandit partout, et les esclaves de race nègre l'ont pris pour leur protecteur et leur patron. Pie VII l'a mis au nombre des Saints.

Actes de sa béatification.

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## IVe JOUR D'AVRIL

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## MARTYROLOGE ROMAIN.

A Séville, en Espagne, saint ISIDORE, évêque, célèbre par sa sainteté et par sa doctrine, qui, par son zèle pour la foi catholique et son observance de la discipline ecclésiastique, illustra toute l'Espagne. 639. — A Thessalonique, les saints martyrs Agathope, diacre, et Théodule, lecteur, qui, sous l'empereur Maximien et le président Faustin, furent précipités dans la mer, une pierre au cou, pour la confession de la foi chrétienne. IVe s. — A Milan, le décès de saint Ambroise, évêque et confesseur, dont le zèle, entre autres signes éclatants de doctrine et de miracles, convertit presque toute l'Italie à la foi catholique au temps de l'hérésie arienne. 397. — A Constantinople, saint PLATON, moine, qui, pendant plusieurs années, combattit avec un courage invincible contre les hérétiques iconoclastes. 813. — En Palestine, saint Zozime, anachorète, qui prit soin des funérailles de sainte Marie l'Égyptienne. Ve s.

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## MARTYROLOGE DE FRANCE, REVU ET AUGMENTÉ.

A Gand, saint Hildebert, abbé du monastère de Saint-Bavon, martyrisé pour la défense des saintes images. 752. — En Bourgogne, la bienheureuse ALIX ou ALETE, mère de saint Bernard. 1160. — A Plongrescant, au diocèse de Tréguier, saint Gonery, prêtre, qui avait passé plusieurs années en solitude, dans un ermitage de la forêt de Breinguilly, près de Boban. VIIe s. — En Anjou, saint Alman, honoré comme évêque anglais en un village de son nom, près d'Angers. Proscrit par Guillaume le Conquérant, il vint sanctifier un coin de notre France toujours hospitalière aux exilés. Saint Alman fonda, à Saint-Jean-des-Mauvrets, un monastère et une église qui fut longtemps paroissiale sous son invocation. XIe s. — A Poitiers, la fête de saint PIERRE, évêque de ce siège. 1115.

## MARTYROLOGES DES ORDRES RELIGIEUX.

Martyrologe des Basiliens. — A Constantinople, saint Platon, abbé, de l'Ordre de Saint-Basile...

Martyrologe des Chanoines réguliers. — A Séville, en Espagne, saint Isidore, qui fut chanoine régulier avant d'être évêque de cette ville.

Martyrologe des Cisterciens. — A Séville, saint Isidore.

Martyrologe des Dominicains. — Saint Ambroise, saint Isidore, saint Platon.

## ADDITIONS FAITES D'APRÈS LES BOLLANDISTES ET AUTRES HAGIOGRAPHES.

A Barcelone, en Espagne, les saints Victor et Aétius, second et troisième évêques de cette ville, martyrs. 1er s. — Les saints martyrs Paul, Matutious, Orban, Saturnin, Quintilien, Publius, Ingéon, Victor, Succensus, Julien, Palatin, Jules, et deux autres dont Dieu seul qu'ils voient maintenant face à face, connaît les glorieux combats. — Chez les Grecs, saint Georges, solitaire, qui vécut sur le mont Malée, en Laconie. Il était ébouri. Ve ou VIe s. — Chez les Grecs également, saint Publius, distinct du Saint du même nom qui fut abbé en Syrie. Il fut vraisemblablement contemporain de Julien l'Apostat. Les Orientaux racontent que cet empereur étant en route pour son expédition de Perse, envoya un des démons à son service porter un message en Occident; mais que cet esprit mal avisé ayant passé près du lieu où le moine Publius était en prière, il fut enchaîné par la vertu de son oraison. Dix jours et dix nuits il attendit que le moine suspendit son saint exercice; mais en vain. Les démons, las d'attendre, il fut obligé de rétrograder, sans avoir rempli sa mission. — Chez les Grecs encore, les saints THÉONE, Siméon, Phorbin ; la sainteté du premier était célèbre en Égypte. Règne de Valens et de Théodose. — Dans le comté de Cornouailles, en Angleterre, saint Guier, dans l'église duquel le roi Alfred demanda et obtint sa guérison. — A Xicli, en Sicile, le bienheureux Guillaume Cuffétella, ermite. Il était du Tiers Ordre de Saint-François, et vécut dans une humble cabane au milieu des plus grandes austérités. Il fut trouvé mort à genoux ; son corps opéra de nombreuses guérisons. Les Basiliens obtinrent sa béatification du pape Paul III, en 1337. Il était mort en 1415. — A Jérusalem, saint Ephrem, évêque, douzième successeur de saint Jacques. Règne d'Antonin.

## SAINT ISIDORE, ARCHEVÊQUE DE SÉVILLE

## ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE

SAINT ISIDORE, ARCHEVÊQUE DE SÉVILLE.

comme un fils, mais qui usait envers lui d'une telle sévérité, qu'un jour le jeune Isidore, craignant les corrections trop énergiques et trop fréquentes de son frère, s'enfuit de l'école de Séville. Après avoir erré quelque temps dans la campagne, le jeune écolier s'assit auprès d'un puits où il se mit à regarder la margelle creusée en divers endroits par la chute continue de quelques gouttes d'eau. Il se demandait d'où provenaient ces sillons, lorsqu'une femme qui venait chercher de l'eau, et que frappèrent vivement la beauté et l'humble innocence de l'écolier, lui expliqua que les gouttes d'eau, en tombant sans cesse sur le même endroit, avaient creusé la pierre. Il rentra en lui-même, et il comprit que si l'eau avait pu creuser cette pierre, l'assiduité à l'étude pourrait bien imprimer dans son esprit les sciences qu'on demandait qu'il apprît : aussi il retourna sur ses pas et s'appliqua plus que jamais aux lettres humaines. Il se fit même, par l'opération de Dieu qui le destinait à être le premier docteur de son siècle, un si grand changement dans sa personne, qu'il devint en peu d'années très-habile dans les langues latine, grecque et hébraïque, excellent orateur, savant philosophe, bon mathématicien et théologien incomparable. Son historien ne fait point difficulté de dire qu'il a égalé Platon en élévation d'esprit, Aristote dans la connaissance des choses naturelles, Cicéron en éloquence, Didyme en abondance, Origène en érudition, saint Jérôme en solidité de jugement, saint Augustin en doctrine et saint Grégoire dans la facilité de tirer des sens moraux de l'Écriture sainte. Il vécut longtemps dans une cellule où son frère le tint enfermé pour l'empêcher de se trop répandre au dehors, en lui donnant les plus savants maîtres du temps.

Devenu le collaborateur actif de son frère dans la conversion des Ariens, il combattit avec beaucoup de vigueur ceux qui résistaient et que soutenait le roi Leuvigilde, son beau-frère ; et, bien que ce prince fût armé de fureur contre son propre sang, et qu'il n'eût pas même épargné son propre fils, saint Herménégilde, notre Saint ne laissa pas néanmoins de s'opposer courageusement à sa perfidie et de confirmer sans cesse les catholiques dans la foi de la consubstantialité du Verbe divin avec son Père ; aussi regardait-il le martyre comme un souverain bonheur, et il eût volontiers acheté au prix de tous ses biens l'honneur de mourir pour la défense de la vérité catholique.

La persécution finit par la mort du persécuteur et par la conversion de Récarède, son autre frère et son successeur au royaume des Goths, à laquelle saint Isidore ne contribua pas peu ; alors notre Saint se retira dans un monastère qu'il avait fait bâtir, pour y travailler plus facilement à la mortification de ses sens et de ses passions, à la ruine de son amour-propre, à l'étude des saintes Écritures et à la méditation continue des vérités divines. Ce fut là une école céleste où il acquit en peu de temps de grands trésors de science et de vertu ; mais le décès de saint Léandre, son frère, étant arrivé, il fut tiré du cloître par force et après plusieurs résistances, pour gouverner l'église de Séville, qui était alors la première de toute l'Espagne (600 ou 604). On ne saurait rien ajouter au soin qu'il apporta pour s'acquitter dignement de ce grand emploi, et pour être pasteur d'effet comme il l'était de nom. Il se fit l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, la consolation des affligés, le soulagement des pauvres et le refuge de tous les malheureux. Il n'épargna rien pour exterminer l'arianisme, qui infestait encore une grande partie de son diocèse ; pour réformer les mœurs des fidèles, qui s'étaient corrompues sous le règne des hérétiques ; pour rétablir dans sa splendeur la discipline ecclésiastique et pour faire que les offices de l'Église fussent célébrés avec la majesté et la dévotion que demande la grandeur du Dieu que l'on y honore. Il composa pour cela deux livres des divins Offices, avec un Missel et un Bréviaire, qui ont été longtemps en usage parmi les Goths et les Mozarabes. On croit que cet Office était aussi en usage en France avant Charlemagne.

Comme ce vigilant Prélat savait que l'instruction et l'éducation des jeunes clercs est d'une extrême importance pour la bonne conduite d'un diocèse, il fit bâtir un collège, ou séminaire, pour y élever ceux qui aspiraient aux saints Ordres et à l'état ecclésiastique; et, quoique le gouvernement de son évêché lui donnât beaucoup d'affaires, il ne laissait pas de s'y rendre assidûment, non-seulement pour leur enseigner la doctrine sacrée, que nous appelons maintenant théologie, mais aussi pour les former aux fonctions et aux cérémonies de leur état. Il fonda aussi par toute l'Espagne plusieurs beaux monastères, bientôt remplis d'un grand nombre de saints religieux, pour la conduite desquels il composa une règle, que l'on appelle la Règle de saint Isidore; le saint Abbé d'Aniane en fait souvent mention dans sa Concorde des Règles. Cela fait juger à plusieurs que celle de saint Benoît n'était pas encore reçue en ces provinces.

Deux conciles furent célébrés de son temps en Espagne; il y présida : le premier est celui que nous appelons le second de Séville, où il convainquit un hérétique Acéphale, nommé Grégoire, et guérit un aveugle par le seul attouchement de son gant. Le second fut le quatrième de Tolède, où il fit faire soixante-quatorze Canons très-utiles pour l'explication de la foi et pour le rétablissement de la discipline de l'Église. On croit que ce fut ce concile qui le pria de dresser le Missel et le Bréviaire à l'usage des églises d'Espagne. Il fit beaucoup d'autres ouvrages, dont saint Braulion et saint Ildefonse, qui étaient sortis de son séminaire, et qui avaient admirablement bien profité de ses instructions, ont fait le catalogue. On lui en attribue encore d'autres, que l'on peut voir mentionnés dans ses œuvres.

Six mois avant sa mort, il en ressentit les approches par une fâcheuse maladie; quoiqu'elle lui affaiblit le corps, elle semblait néanmoins lui fortifier l'esprit. Sa première application, dans ce mal, fut de redoubler ses aumônes, ou, pour mieux dire, de faire distribuer aux pauvres, aux vierges, aux monastères et aux étudiants tout ce qui lui restait de biens. Une augmentation de fièvre l'ayant averti, quatre jours avant son décès, que l'heure en était fort proche, il fit venir deux évêques, ses suffragants, pour l'assister dans ce passage. Après leur arrivée, il se fit porter dans l'église de Saint-Vincent, où il donna la bénédiction à son peuple, accouru les larmes aux yeux pour la recevoir. Ensuite, étant assis au milieu du chœur, il se dépouilla de ses habits, se fit donner le cilice et la cendre par ces évêques, et, en cet habit de pénitence, il fit cette prière à Dieu :

« O Dieu, qui connaissez les cœurs des hommes, qui avez pardonné au Publicain ses péchés, lorsque, éloigné par respect de vos autels, il se frappait humblement la poitrine; et qui avez rendu la vie à Lazare, mort depuis quatre jours, recevez maintenant ma confession et détournez vos yeux des péchés sans nombre que j'ai commis contre votre majesté. C'est pour moi, et non pas pour les justes que vous avez mis dans l'Église, le bain salutaire de la pénitence ». Il prolongea encore cette oraison; et, après avoir été absous par un des évêques, il reçut la sainte communion avec de grands sentiments d'humilité et de contrition. Ensuite il se recommanda aux prières de toute l'assistance et pria aussi pour son peuple; et, pour couronner par une action héroïque une si belle disposition à la mort, il fit venir tous ses débiteurs et leur rendit leurs obligations; il commanda en même temps que ce qui lui pouvait rester d'argent fût sur-le-champ donné aux pauvres.

Il se fit de même porter à l'église les autres jours, et, le quatrième, il rendit son âme à Dieu, entre les mains de ses clercs et d'un nombre infini de moines, de vierges et de saints laïques, qui voulurent assister à une mort si précieuse, le 4 avril 639.

Le corps de saint Isidore fut inhumé au lieu même où il mourut. En l'année 1058, il fut transféré en la ville de Léon, capitale du royaume du même nom, où il repose dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, laquelle porte aujourd'hui le nom de Saint-Isidore.

Pour bien juger des services que saint Isidore a rendus à l'Église et à l'Espagne, il faut surtout le considérer comme écrivain ecclésiastique et réformateur des hautes études. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire le tableau de cet utile et glorieux épiscopat tracé par l'illustre auteur des Moines d'Occident.

« Pendant quarante ans d'épiscopat », dit-il, « sa science, son zèle, son autorité, consolidèrent l'heureuse révolution et la renaissance littéraire dont son frère avait été le premier auteur. Il acheva de détruire l'arianisme, étouffa la nouvelle hérésie des Acéphales, continua, fortifia et agrandit le vaste système d'éducation dont Séville était le foyer, et qu'il fit étendre, par le quatrième concile de Tolède, à toutes les églises épiscopales d'Espagne, en prescrivant partout l'étude du grec et de l'hébreu.

« Il fut en outre le créateur de cette liturgie espagnole, si poétique et si imposante, qui, sous le nom de Mozarabe, survécut à la ruine de l'Église visigothe et mérita d'être ressuscitée par le grand Ximenès.

« Ecrivain fécond, infatigable et prodigieusement érudit, il rédigea, entre tant d'autres travaux, l'histoire des Goths, de leurs conquêtes et de leur domination en Espagne. Il a fait connaître Aristote aux peuples nouveaux de l'Occident, longtemps avant que les Arabes ne vinssent le remettre en vogue ».

On a donné pour attributs à saint Isidore les abeilles, un prince qui est à ses pieds et une plume. Les abeilles symbolisent, sinon la douceur de son éloquence, au moins le charme et l'abondance incroyable de sa parole. « Car il avait », dit saint Braulion, « une facilité d'élocution admirable, et se proportionnait sans contrainte à l'intelligence de ceux qu'il avait à instruire ». « On aimait », ajoute saint Ildefonse, « à l'entendre dire deux fois la même chose; et quand même il l'aurait répétée plusieurs fois, on n'en eût pas été ennuyé ». Enfin, les abeilles, qui sont devenues comme son blason, n'expriment-elles pas aussi cette diligence avec laquelle il butina à travers tous les livres de l'antiquité, pour produire de véritables encyclopédies de tout le savoir humain ? La plume symbolise également l'écrivain, et un prince est à ses pieds parce qu'il acheva de réconcilier avec l'Église les Goths ariens, maîtres de l'Espagne.

## ÉCRITS DE SAINT ISIDORE DE SÉVILLE.

Les ouvrages que nous avons de saint Isidore, sont :

notes de Vulcanius. La plus complète cependant est celle d'Hugo Grotius, qui se trouve dans son *Historia Gothorum*, Amsterdam, 1655, publiée après sa mort dans l'édition complète de ses ouvrages, par les Elvezir, toutefois d'après un autre cahier.

3° Les vingt livres des *Origines* ou des *Etymologies*. Saint Isidore n'avait pas mis la dernière main à cet ouvrage ; ce fut Braulion, évêque de Suragasse, qui le retoucha et qui lui donna la forme dans laquelle il est aujourd'hui. L'auteur y traite de la grammaire, de la logique, de la rhétorique, de l'arithmétique, de la géométrie, des mathématiques, de l'astronomie, de la médecine, de l'agriculture, de la navigation, de la chronologie. Il donne de courtes définitions de chaque science, avec les étymologies des mots grecs et latins, comme en les entendait de son temps. Le sixième livre est un des plus intéressants : il y est parlé des écritures de l'un et de l'autre testament, et de leur canonicité ; de la liturgie et de ses différentes parties qui sont les mêmes que celles d'aujourd'hui ; des sacrements de baptême, de confirmation, de pénitence, d'eucharistie, et de leurs effets par rapport à l'âme de ceux qui les reçoivent ; des abstinences, des jeûnes, de la nécessité de pleurer ses péchés, et de ne les plus commettre à l'avenir, etc. Le septième livre doit être regardé comme un abrégé de théologie. Cet ouvrage fut publié séparément à Venise, 1483, in-fol. ; à Paris, 1509, et à Bâle, 1577, avec des scholies de *Bon. Vulcanius*, in-fol. — Arnold Wien nous prévient contre la dernière de ces éditions, *Lign. Vit.* L. II, c. 4, p. 244, comme étant falsifiée. *Utpote hæreticorum more, veneno pravitatis hæreticæ respere.* — Le cardinal Mai a publié un fragment du premier livre des *Origines sur l'orthographe en écriture tachygraphique*, avec explication, t. vi des *Script. Vet.*

4° Le *Catalogue des écrivains ecclésiastiques*. Il en renferme trente-trois. Ce livre parut cum notis *Suffridi Petri*, Cologne, 1580, in-8° ; cum notis *Mirac in Bibliotheca ecclesiastica*, Anvers, 1639, in-fol. ; cum notis *Schotti, inter scriptores Hispania illustrata*, t. I, Francfort, 1663. Le P. Florès a donné une bonne édition de cet ouvrage, avec une dissertation préliminaire dans le premier tome de sa *Spagna Sagrada*, p. 446.

5° Le livre *De la vie et de la mort des Saints de l'un et de l'autre Testament*. Il se trouve avec d'autres petits écrits du Saint dans l'édition de Hagsæan, 1529, in-4°.

6° Les deux livres *Des offices divins ou ecclésiastiques*, écrits vers l'an 610, et adressés à son frère Fulgent. Saint Isidore y développe parfaitement l'origine des différentes parties et des diverses cérémonies de l'office ecclésiastique. Cet ouvrage a toujours été regardé comme fort utile par rapport à la discipline de l'Église. Il fut imprimé à Paris, 1584, in-8° ; ensuite à Rome, avec d'autres écrivains qui traitent de la même matière, 1591, in-fol., et contrefait à Paris, 1618, in-fol. Baronius le regarde comme supposé, mais à tort ; car Braulion et Ildepponse le placent parmi les autres ouvrages du saint ; Bède, Fulbert de Chartres et Fréculf des Lesoviens (habitants des environs de Noviumagus, aujourd'hui Lisieux), l'ont aussi cité.

7° Les deux livres *Des différences ou de la propriété des verbes* ; le livre *Des différences ou de la propriété du discours*. Ces ouvrages n'ont guère d'autre objet que la grammaire. On en fit une édition à Madrid, en 1599.

8° Les deux livres des *Synonymes* ou des *Sobloques*. C'est une espèce de dialogue entre l'homme et la raison. Le livre *Le mépris du monde*, que tous les savants n'attribuent point à saint Isidore, est presque entièrement tiré du précédent ouvrage. On doit porter le même jugement de *La règle de vie*.

9° (Œuvres diverses de morale, qui sont : 1° *Discours de consolation à un pénitent trop effrayé des jugements de Dieu* ; 2° *Lamentation d'un pénitent sur ses péchés* (en vers trochaiques) ; 3° *Prière pour demander à Dieu la grâce de se corriger* ; 4° *Prière pour ne pas tomber dans les pièges du démon*.

10° Le livre *De la nature des choses ou du monde*, adressé à Sisebut, roi des Goths. Saint Isidore y répond à diverses questions philosophiques que le prince lui avait faites.

10 bis. Le livre des avant-propos aux livres des deux Testaments (*Liber Prosemiorum ad librum utriusque Testamenti*).

11° *Commentaire sur les livres historiques de l'Ancien Testament*. Nous n'avons dans les imprimés qu'une partie de ces commentaires, quoique saint Isidore eût expliqué tous les livres de l'Ancien Testament. Il l'appelle aussi *Librum questionum sive Secretorum expositiones sacramentorum*. Quelques auteurs attribuent à Isidore de Cardone les commentaires sur les quatre livres des rois ; mais c'est à tort, dit D. Ceillier : ils sont du même style.

12° Le livre des *Allégories de l'Écriture sainte*.

13° Les deux livres contre les Juifs ou le Traité de fide catholica, un des principaux monuments de son génie, dédié à une *soror* qu'il aimait tendrement, sainte Florentine. Le premier traite de la naissance, de la Passion, etc., de Notre-Seigneur ; l'autre de la vocation des Gentils. Ils furent publiés à Hagsæan, 1529, in-4°, et à Venise, 1584.

14° Les trois livres des *Sentences ou du souverain bien*. Cet ouvrage est presque tout tiré des morales de saint Grégoire, pap. Garcia Loayse l'a enrichi de notes, Turin, 1593, in-4°.

15° Plusieurs Lettres : 1° celle adressée à Redemptus, Labbe la regarde avec raison comme fausse ; 2° *La Règle des moines*, divisée en vingt-quatre chapitres, et adressée aux religieux d'Honori, dans la province liétique. Elle a été imprimée dans le *Codex regularum* de Holstenius.

3° Lettre sur l'office des prêtres dans l'Église, adressée à Ludfried, évêque de Cordoue : c'est un précis du Livre des offices. L'édition Migne contient 13 lettres en tout.

16° Le livre *Du combat des vertus et des vices*. Plusieurs savants attribuent cet ouvrage au B. Ambroise Autpert, abbé d'un monastère d'Italie dans le VIIIe siècle.

17° Le *Commentaire sur le Cantique des Cantiques*.

18° Le livre de l'*Ordre des créatures*, imprimé pour la première fois dans le premier tome du Scipilège de D. Luc d'Achéry.

Voici le titre de quelques chapitres de ce curieux ouvrage :

De la créature spirituelle. — Des eaux qui sont sur le firmament. — Du firmament. — De l'espace supérieur et du paradis du ciel. — De l'espace inférieur et des divers hémisphères. — Du diable et de la nature des démons. — De la nature des eaux et du mouvement de l'Océan. — De la situation de la terre. — Des diverses classes de pécheurs et du lieu des expiations. — Du feu du purgatoire. — De la vie future. Cet ouvrage commence par un chapitre consacré à la Trinité : c'était la question de l'époque en Espagne.

On n'a aucune preuve que *le Glossaire* qui porte le nom de saint Isidore soit véritablement de lui.

Quelques-uns lui attribuent à tort la *Collectio conciliorum et decretalium*, ouvrage d'Isidore Mercator. Baluze rapporte cependant (*Præfat. in Regionem Prumiensem*), que saint Isidore a fait aussi une collection de conciles et de décrétales, dans laquelle il publie, outre les synodes cités par Mercator, plusieurs autres de l'Afrique, de la Gaule et de l'Espagne, ainsi que les lettres des Papes qui ont succédé à Damase. Cette collection se trouvait encore, du temps de Baluze, à la bibliothèque de l'église d'Urgel, province de Tarragone, en Espagne.

Nous reproduisons, au sujet de cette collection, après les continuateurs de Godescard, la notice suivante, tirée des mémoires de M. Picot, t. IV, p. 300 :

André Marc Burriel, jésuite espagnol, né en 1719, fut chargé, en 1749, par Ferdinand VI, d'examiner les archives de l'église de Tolède, sous la direction du P. Rabago, confesseur du roi. Il fit copier les manuscrits les plus intéressants, entre autres ceux de la liturgie mozarabe. Le 23 décembre 1752, il adressa au P. Rabago une lettre sur la collection d'Isidore de Séville. Plusieurs protestants, comme Blondel dans son *Pseudo-Isidorus*, et Koch, dans sa *Notice du code de l'évêque de Strasbourg*, Rachion, ont prétendu que cette collection, défigurée et interpolée, avait produit d'énormes changements dans la hiérarchie et la discipline, et qu'elle avait considérablement accru l'autorité des papes. Des catholiques ont trop légèrement adopté ces assertions. F. Chronius attribue aussi de grands effets à cette collection. Mais la véritable collection des anciens canons, à l'usage de l'église d'Espagne, faite par saint Isidore de Séville, existe encore intacte dans un grand nombre de manuscrits authentiques, et le P. Burriel, dans sa lettre au P. Rabago, lui rend compte des découvertes qu'il a faites à ce sujet dans plusieurs manuscrits de différentes bibliothèques du royaume. Il résulte de son récit qu'il a trouvé la véritable collection de saint Isidore en divers lieux et sans aucune altération. Il avait même mis le résultat de ses recherches en état de voir le jour, avec les variantes tirées de plusieurs manuscrits de la plus haute antiquité, par exemple de l'église de Tolède, de l'Escorial, de Girone, de Cardonne, d'Urgel et autres. Ce travail précieux étant tombé entre les mains de Charles de la Serna Santander, il le fit imprimer, en 1800, sous le titre de *Préface* de l'édition qu'il préparait de la collection de saint Isidore (*Præfatio historico-critica, in veram et genuinam collectiunem veterum canonum ecclesiæ Hispanæ, a divo Isidoro Hispalensi metropolitano, Hispanicum doctore, primum ut creditur adornatum, consequentibus deinde sæculis ab Hispanis Patribus auctam e pluribus Miss. Cod. venerandi antiquitatis... crutam et ad eorum fidem castigatum. Studio et opera* Andrew Burriel. *Quam accuratissime excriptam, variantibusque lectionibus ornatem possidet* Corclos de la Serna Santander, *Bibliotheca publicæ Bruzellensis custos*. — 10-6°, p. 114). Après avoir donné le catalogue et la description des manuscrits consultés, il prouve que saint Isidore est l'auteur véritable de cette collection, destinée dans l'origine à l'église d'Espagne, et que le faussaire qui l'a interpolée n'était point Espagnol et ne demeurait point en Espagne. Il rappelle que ce faussaire favorise plutôt les évêques et les métropolitains que le souverain Pontife, et que l'ancienne église d'Espagne a toujours reconnu, comme toutes les autres, la primauté du siège de saint Pierre, puisque, dans la collection des canons faite pour son usage, elle a placé les épîtres décrétales des papes à côté et à l'instar des canons des conciles. Elle a même reconnu que cette primauté, admise dans toute l'Église de Jésus-Christ, n'est point fondée sur les décisions des conciles, mais sur l'institution même du Sauveur. *Sancta tamen romana ecclesia nullis synodicis constitutis cæteris ecclesiis prælata est, sed evangelica voce Domini et Salvatoris nostri primatum obtinuit*. (Collection manuscrite de saint Isidore, par le P. Burriel, n° 105.) Ce principe est répété au n° 54, tit. IX de la même collection. D'ailleurs, le tit. IX du liv. IV du catalogue est intitulé : *De commissa vice sedis apostolicæ* ; et les n°s 79, 91, 95 et 96, prouvent qu'en effet les souverains Pontifes avaient délégué souvent une partie de leurs pouvoirs à des évêques espagnols qui y sont nommés et pour leur propre pays. Loin de contester cette primauté de l'Église romaine, les conciles espagnols la reconnaissent publiquement, tels que le premier concile de Braga, en 561, les troisième et quatrième de Tolède, etc. On doit former le vœu que le manuscrit que possédait feu de la Serna, soit tombé en des mains fidèles qui le donnent au public. En attendant, on n'ignore pas que plusieurs savants ont publié au moins une bonne partie de la collection de saint Isidore, savoir : Marca dans ses Opuscules ; D. Constant dans ses Lettres des papes ; le Code de l'évêque de Strasbourg, Rachion. Koch, en envoyant à l'institut une notice de ce Code, avait conjecturé qu'il se trouvait en Espagne des manuscrits du Code falsifié, et que si l'interpolation n'avait pas eu lieu dans ce pays, elle s'était peut-être faite à Rome. De la Serna, dans sa réponse du 19 août 1591, lui déclare que le P. Burriel, dans toutes ses recherches en Espagne, n'a pu y découvrir aucune trace de la fausse collection, qui y était encore inconnue au XIIIe siècle, tandis qu'on la connaissait à Mayence et dans le voisinage sur la fin du VIIIe ou au commencement du IXe ; d'où il conclut qu'elle a été fabriquée en Allemagne. Voir Feller, Dic. hist., art. Isidore de Séville, Isidore Mercator et Burriel ; — voir aussi le Journ. hist. du même auteur, an 1788, août, p. 596, et l'an 1789, décembre, p. 511.

Enfin, ajoutons, avec les continuateurs de D. Ceillier, que cette collection est d'Isidore, en ce sens, tout au moins, qu'il la revit, l'augmenta et la mit dans un meilleur ordre : c'est ce livre des canons que le quatrième concile de Tolède ordonna de lire dans les conciles d'Espagne. Parmi les nombreuses pièces de la collection, il n'y en a pas une seule qui ne soit authentique. Ce qui n'est pas moins remarquable, dit Rohrbacher, c'est que parmi le grand nombre d'exemplaires manuscrits conservés en Espagne, il n'y en a pas un qui contienne des pièces fausses. La collection interpolée sous le nom d'Isidore Mercator a été inconnue en Espagne jusqu'à l'invention de l'imprimerie.

Selon Cave, les ouvrages de saint Isidore qui ont été perdus sont : 1° le livre des nombres ou de l'arithmétique ; 2° le livre des noms de la loi et des Évangiles (*de nominibus Legis et Evangeliorum liber*) ; 3° le livre des mystères du Rédempteur ; 4° le livre des hérésies.

On nous saura gré de terminer par quelques maximes spirituelles extraites des œuvres de saint Isidore :

« Quand la pensée mauvaise viendra te chatouiller, garde-toi d'y consentir ; lorsqu'elle te suggérera quelque action illicite, détourne aussitôt ta volonté ; en quelque heure qu'elle vienne, chasse-la promptement, écrase le scorpion aussitôt qu'il se montre. Brise au serpent sa tête menaçante ; dès sa naissance dissipe la suggestion maligne. Si tu résistes à la première attaque, tu seras vainqueur des autres. Si tu prends la pensée avant qu'elle n'entre dans le cœur, tu ne te porteras point à l'action. Celui qui ne se laisse pas séduire par le commencement de la tentation ne se voit pas dominé pour le consentement. Le corps ne peut être corrompu que l'esprit ne le soit avant lui. Du moment que l'esprit tombe, le corps est aussi prêt à commettre le mal. Car l'esprit précède toujours le corps dans les œuvres mauvaises ; et la chair ne peut rien si l'esprit ne le veut. Purifie donc ton esprit de la pensée du mal, et le corps ne pèchera pas. Car si tu ne le veux, tu ne peux être vaincu. Écoute donc, ô mon âme, ce que je te dis en ce moment ; goûte-le ; applique-toi à suivre mes conseils ; ne te laisse souiller par aucune impureté. Le pire de tous les maux est la fornication ; elle précède et amène tous les désordres avec elle. Il vaut mieux mourir que d'y tomber. Il est plus heureux de rendre son âme à Dieu que de la perdre par l'incontinence. La continence approche l'homme de Dieu, et là où elle se trouve, Dieu s'y trouve aussi.

« L'empire de Dieu n'est promis qu'aux chastes.

« Ne t'afflige pas dans tes infirmités ; dans tes langueurs, pousse tes actions de grâces vers Dieu. Préfère toujours le bien-être de l'âme à celui du corps, un esprit sain à une chair contente. Les remèdes de l'âme, ce sont les maux du corps. La maladie qui blesse la chair guérit l'esprit ; car elle consume les vices et diminue les forces des passions. Si la prospérité te flatte de son sourire, ne t'en élève pas, et ne te laisse pas abattre quand l'adversité viendra fondre sur toi. Ne te vante pas si la fortune t'environne de son éclat, et si un revers t'afflige, ne te montre pas faible et tremblant.

« La haine éloigne du royaume de Dieu, chasse du ciel, fait tomber du haut du paradis. La haine ne peut être rachetée par les souffrances ni expiée par le martyre, ni effacée par un fleuve de sang.

« Une petite faute en engendre une grande. Les vices croissent peu à peu, et lorsque nous ne réformons pas les insensibles, nous arrivons aux plus visibles. Évite donc les plus petits pour ne pas parvenir jusqu'aux plus grands.

« Celui qui est sage selon le siècle est insensé selon Dieu. De là vient que le Prophète dit : L'homme enflé de sa science est devenu insensé (Jérém. x).

« Il ne sert de rien de faire un bien mêlé de mal, mais il vaut mieux réprimer d'abord le mal et pratiquer ensuite le bien. C'est ce qu'insigne le Prophète lorsqu'il dit : Cessez de faire le mal, et puis apprenez à faire le bien (Isaïe, xiv).

« Les vierges de corps et non d'esprit n'ont aucun droit aux récompenses promises. Ce sont ces vierges insensées auxquelles le Seigneur dira au jour du jugement : En vérité, je vous le déclare, je ne vous connais pas (Matth. xxv, 12).

« L'intégrité de la chair ne sert de rien si l'on n'a pas l'intégrité de l'esprit ; et si l'on est impur par l'esprit, de quel mérite est-il d'être pur de corps ?

« Les vierges qui se glorifient de leurs mérites sont comparées aux hypocrites, qui recherchent au dehors la gloire de leurs bonnes œuvres ; celles-là ne recevront donc pas les promesses célestes, parce qu'elles s'enlèvent le prix de la vertu par le vice de l'orgueil. Ce sont ces vierges qui n'ont pas l'huile de l'humilité dans leurs lampes.

« Le jeûne est le trait le plus mortel contre les tentations des démons. Ils sont tous vaincus dès qu'on leur oppose l'abstinence. De là vient que Notre-Seigneur et Sauveur nous avertit de résister à leurs attaques par le jeûne et la prière, en disant : Ces sortes de démons ne se chassent que par la prière et le jeûne (Matth., XVII, 20). Car les esprits immondes se précipitent avec plus de fureur là où ils voient davantage l'amour du manger et du boire.

« Mais le jeûne, comme l'aumône, aime à être pratiqué secrètement, sans ostentation ; il ne veut d'autre témoin que Dieu, qui récompense tout ce qui est bien.

« Le jeûne accompagné de bonnes œuvres est surtout très-agréable à Dieu. Ceux qui s'abstiennent de viandes ordinaires et qui commettent le mal, imitent les démons. Car ceux-ci ne mangent pas, et ils font le mal. Celui-là fait une bonne abstinence, qui s'abstient aussi des mauvaises actions et des plaisirs du monde.

« Si Dieu éprouve tant les justes pendant la vie, ce n'est qu'afin de les rassasier sans fin des ineffables délices et du repos de son royaume.

« Apprenez à ne jamais vous plaindre, quand même vous ignoreriez pourquoi vous souffrez ; et reconnaissez que vous souffrez justement, puisque celui qui vous juge coupable est celui dont les jugements sont toujours précédés par la justice.

« Souvent les esprits immondes attaquent les hommes durant le sommeil ; ils troublent leurs sens et s'efforcent de les effrayer et de les intimider. Quelquefois aussi ils travaillent leur imagination par le désespoir de leurs péchés ; ils cherchent à les épouvanter en les menaçant des horribles supplices de l'enfer.

« Il est des fois où les esprits malins se jouent de ceux qu'ils voient fortement retenus par l'amour du siècle, en leur faisant naître de fausses espérances et de vains succès ; et ils bouleversent au contraire par d'inutiles terreurs ceux qu'ils voient trop appréhender l'adversité. C'est ainsi que ces esprits pervers accablent d'illusions les cœurs des misérables mortels en flattant les uns d'une vaine prospérité, et effrayant les autres par d'injustes appréhensions.

« Quant à ceux qui ne sont coupables d'aucun crime ou ne commettent que des fautes rares, ils ne sont presque jamais fatigués par ces sortes de terreurs ou d'illusions ; ils reposent d'un parfait repos, et ils voient quelquefois au contraire les secrets mystérieux de la divinité.

« Il y a diverses espèces de songes. Les uns proviennent de la trop grande abondance de nourriture, et les autres du trop grand jeûne, ainsi que l'expérience nous l'apprend. D'autres viennent, à proprement parler, de la pensée, car nous rappelons souvent pendant la nuit les choses auxquelles nous avons pensé pendant le jour.

« Quoique certains songes soient vrais, on ne doit pas facilement y ajouter créance, parce qu'ils viennent de différentes espèces d'images, et qu'on considère rarement d'où ils proviennent en réalité. Satan d'ailleurs se change quelquefois en ange de lumière pour nous tromper.

« On ne pèche point lorsque, malgré soi, on est le jouet des nocturnes imaginations ; mais c'est un péché si, avant de les avoir, nous les désirons et prévenons par la pensée. Les images impures que nous éprouvons réellement pendant la journée apparaissent souvent dans l'esprit pendant le sommeil ; mais elles ne nous souillent point si nous ne les provoquons pas par nos désirs, ou ne leur donnons pas de consentement.

« Par la prière nous sommes purifiés, par la lecture nous sommes instruits. L'un et l'autre moyens sont bons, s'ils nous sont accordés, sinon, il est mieux de prier que de lire.

« Celui qui veut être toujours avec Dieu, doit fréquemment prier et lire très-souvent. Car en priant nous parlons à Dieu lui-même, et lorsque nous lisons, c'est Dieu lui-même qui nous parle.

« Toute instruction vient par la lecture et la méditation. Ce que nous ignorons, en effet, la lecture nous l'enseigne ; et ce que nous savons, la méditation nous le conserve.

« Ce double avantage, la lecture des saintes Écritures nous le donne par excellence, soit parce qu'elle développe l'intelligence, soit parce qu'en retirant l'homme des vanités du monde, elle le conduit à l'amour de Dieu.

« La vie active, c'est l'innocence des bonnes œuvres ; la vie contemplative, c'est la spéculation des choses célestes. L'une est commune à plusieurs, l'autre n'est le partage que d'un petit nombre.

« La vie active consiste à user bien du monde : la vie contemplative renouant au monde, ne place ses délices que dans la jouissance de Dieu.

« La vie active est comme le sépulcre de la vie mondaine, et la vie contemplative le sépulcre de la vie active.

« Cependant les Saints savent passer de temps en temps du secret de la vie contemplative, aux travaux de la vie active, et ils reviennent avec joie de l'une à l'autre, soit pour louer Dieu au dedans, soit pour le glorifier au dehors.

« Les animaux de la vision d'Ézéchiel, qui allaient et ne revenaient pas, représentaient la persévérance de la vie active ; et ces animaux qui allaient et revenaient, figuraient la mesure de la vie contemplative, de laquelle on descend de temps en temps par le poids de son infirmité, et à laquelle on remonte de nouveau après avoir renouvelé son intention.

VIES DES SAINTS. — TOME IV. 13

4 AVRIL.

« L'œil droit qui scandalise et que le Seigneur ordonne d'arracher, c'est la vie contemplative. Deux yeux au visage de l'homme, sont deux vies : l'une active, l'autre contemplative. Mais celui qui par la vie contemplative est exposé à tomber dans l'erreur, doit revenir à la vie active, car il vaut mieux se sauver par l'action, que de se plonger dans l'enfer par la contemplation ».

Le style de saint Isidore est clair et aisé ; mais on y chercherait en vain l'élégance et la politesse, ce qu'on doit principalement attribuer au siècle où l'auteur écrivait. Il règne dans ses œuvres morales un ton de piété qui touche et attendrit. Les autres ouvrages de saint Isidore montrent qu'il était un savant universel.

Jacques de Breul, bénédictin, donna à Paris, en 1601, une édition de tous les ouvrages de saint Isidore, avec les notes de divers auteurs, recueillies et augmentées par Jean Grialus. Ils furent réimprimés à Cologne en 1617.

L'édition donnée par Jean Grialus à Madrid, en 2 vol. in-fol., 1778, est excellente et fort bien exécutée ; mais on préfère l'édition donnée par Fauste Arevali, et imprimée à Rome en 1797-1803, 7 vol. in-4°. L'édition de Jacques de Breul est incomplète et à très-bas prix.

Les œuvres complètes de saint Isidore occupent 4 vol. de la Patrologie de M. Migne 81-84. Les volumes 85 et 86 contiennent la liturgie mozarabe.

Nous avons tiré cette histoire de ce qu'on a écrit saint Braulion et saint Ildefonse, et de la vie de saint Isidore composée par un chanoine de Léon, que les continuateurs de Bellandue ont donnée en public.

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Événements marquants

  • Naissance en Sicile de parents esclaves africains
  • Affranchissement à la naissance suite à une promesse du maître
  • Retrait dans l'ermitage de Santa-Domenica avec Jérôme Lanza
  • Vie érémitique à Nazzara, Mancesa et Monte-Pellegrino
  • Entrée chez les Frères Mineurs (réforme franciscaine) en 1562
  • Nomination comme gardien (supérieur) du couvent de Sainte-Marie malgré son illettrisme
  • Fonctions de cuisinier, vicaire et maître des novices

Miracles

  • Multiplication de poissons dans des vases d'eau pendant une disette
  • Table servie miraculeusement le jour de Noël alors qu'il était en extase
  • Don de prophétie et lecture des cœurs
  • Guérisons de malades à Mancesa

Citations

Vendez vos bœufs et venez dans mon ermitage

— Frère Jérôme Lanza