Saint Blimond (Blithmundus)

Deuxième abbé de Saint-Valery

Fête : 3 janvier 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire du Dauphiné et guéri miraculeusement d'une paralysie par saint Valery, Blimond devint son disciple et successeur à la tête de l'abbaye de Leuconaux. Après un exil à Bobbio, il revint en Picardie pour reconstruire son monastère et achever l'évangélisation de la région en détruisant les derniers restes d'idolâtrie.

Biographie

SAINT BLIMOND,

DEUXIÈME ABBÉ DE SAINT-VALERY

Fin du VIe siècle-650. — Papes : Saint Grégoire le Grand ; saint Martin Ier. — Rois de France : Clotaire II ; Clovis II.

*Quantus qui non sibi, sed Deo vivit.* *Qu’il est grand celui qui ne vit pas pour lui-même, mais pour Dieu !* *Hymne des Marins de l’office de saint Blimond.*

Les Saints ne sont pas toujours destinés par le ciel à la sanctification des lieux où ils prennent naissance. Saint Blimond (Blithmundus), si révéré au pays de Vimeux, en Picardie, était originaire du Dauphiné. Il naquit dans un château situé le long de la rivière d’Isère, de parents également illustres par leur noblesse et par leurs grands biens. Mais, comme les riches et les puissants du siècle ne sont pas plus exempts des disgrâces de la nature que les pauvres et les nécessiteux, notre Saint fut affligé, dès son enfance, d’une si étrange contraction de nerfs, qu’il devint paralytique et tout à fait impotent, jusqu’à ne pouvoir se tenir debout, ni même lever la tête pour regarder le ciel. Ses parents, extrêmement désolés d’un accident si fâcheux, employèrent tous les remèdes humains pour tâcher de l’en délivrer ; mais enfin, après l’avoir fait inutilement pendant plusieurs années, ils n’attendirent plus que de Dieu la guérison de leur fils. Et comme par toute la France s’était répandu le bruit des grands miracles que saint Valery, abbé d’un monastère à Leuconaux, près de l’embouchure de la Somme, aujourd’hui Saint-Valery-sur-Somme, en Picardie, opérait sur toutes sortes de malades, ils résolurent d’y porter eux-mêmes leur pauvre estropié. Vers 614.

En effet, ils ne furent pas frustrés dans leur espérance ; car ayant présenté le jeune Blimond à ce saint religieux, ils le supplièrent avec larmes d’avoir pitié de leur affliction, et d’obtenir de Dieu, par la ferveur de ses prières, la guérison de leur cher enfant. Le saint abbé, dont le cœur était tout rempli de charité, ne put refuser la demande que lui faisaient ces illustres affligés. Il se mit donc aussitôt en oraison, prit le jeune homme, et après lui avoir imposé les mains sur tous les membres estropiés, il le rétablit en une parfaite santé.

D’après une tradition, qui est trop savante pour avoir jamais été populaire, dit l’abbé Corblet, ce serait à partir de ce jour que notre Saint, qui s’appelait Gogus, aurait quitté son nom de famille, pour prendre le surnom de Blithmundus, qui signifierait *l’impotent guéri*.

Quoi qu’il en soit de cette étymologie hybride, Blimond, croyant ne pouvoir jamais assez reconnaître l’insigne faveur dont il avait été l’objet, qu’en consacrant au culte des autels cette même santé qu’il venait de recevoir miraculeusement, résolut de se faire religieux sous la sage conduite de saint Valery, afin que, par les belles instructions d’un si grand homme, il pût préserver son âme des maladies spirituelles, comme il avait été délivré, par les mérites du même saint, d’une si étrange infirmité corporelle ; ses parents, quelque tendresse

qu'ils eussent pour lui, ne pouvant s'opposer à un si pieux dessein, le laissèrent volontiers entre les mains de son bienfaiteur, et d'après une antique tradition fixèrent leur résidence à Gouy, près de Saigneville. Ils établirent, dans une plaine voisine, cinq maisons de culture qui donnèrent bientôt naissance à un village appelé plus tard du nom de Saint-Blimond. Le disciple reconnaissant fit de tels progrès à l'école de saint Valery, qu'il devint l'exemple du monastère. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si, après la mort de l'abbé, Blimond fut élu par les suffrages de tous les religieux pour lui succéder. 622.

Cependant il ne put pas gouverner longtemps cette sainte communauté; car, dès l'année suivante, des pirates scandinaves vinrent désoler nos contrées maritimes; les religieux se virent contraints d'abandonner la Picardie, où les armées causaient le plus de désordres, et d'aller demander à d'autres abbayes moins exposées, une hospitalité temporaire. De sorte que le saint abbé, voyant que son monastère se dispersait tout entier, sans pouvoir y apporter de remède, résolut de se réfugier lui-même en celui de Bobbio, dans le Milanais; il se détermina sans doute à ce choix en présumant un favorable accueil de la part de l'abbé Attale, qui avait été disciple de saint Colomban, en même temps que saint Valery, à l'abbaye de Luxeuil. Il était certain, d'ailleurs, de rencontrer là des compatriotes; car les Burgondes affluaient dans cette communauté, aussi bien que des moines irlandais, francs, italiens et lombards. Saint Attale, qui gouvernait alors cette maison, le reçut avec beaucoup de charité, ravi de posséder un tel serviteur de Dieu, et persuadé que les vertus de ce Saint ne contribueraient pas peu à augmenter la ferveur de ses religieux. Blimond, ayant passé quelques années en ce lieu dans les exercices d'une rigoureuse pénitence, crut devoir retourner en France, où il apprit que les troubles avaient cessé. Il communiqua son dessein à l'abbé Attale; le saint vieillard, ne pouvant se résoudre à se priver d'une personne avec laquelle il avait contracté une étroite amitié, et dont le mérite lui était parfaitement connu, s'efforçait de retarder ce pénible départ; mais un jour qu'il se rendait à l'église, appuyé sur le bras de Blimond, il vit apparaître saint Valery, tout rayonnant de gloire, et se trouva tellement soulagé de ses infirmités, qu'il se croyait transporté dans les airs vers le lieu où il se rendait. La reconnaissance qu'il éprouva pour saint Valery ne lui permit pas de s'opposer plus longtemps au projet de Blimond; mais Dieu ne lui ôta point la consolation qu'il ambitionnait tant, de se sentir fermer les yeux par le saint abbé de Leuconaus. Quelques jours après, Attale, voyant sa fin approcher, se fit transporter hors de sa cellule pour vénérer la croix qui en sanctifiait l'entrée. Là, en présence de Blimond, qui ne le quittait jamais, il vit le ciel s'entr'ouvrir pour lui laisser apercevoir la place qu'il devait y occuper dès le lendemain. Saint Attale mourut le 10 mars de l'an 627. Blimond, après lui avoir rendu les honneurs de la sépulture, partit aussitôt pour la Picardie; il n'y trouva plus qu'un monastère en ruines; ce ne fut qu'avec peine qu'il put reconnaître, tout couvert de ronces et de chardons, le tombeau de saint Valery. Près de là il bâtit une cellule pour y passer le reste de sa vie dans la solitude. Toutefois il ne put empêcher que la renommée de ses miracles, de ses austérités et de ses vertus, ne lui attirât bientôt de nombreux disciples, et la plupart des anciens moines de Leuconaus revinrent se mettre sous la direction de leur ancien abbé.

Il fallait un nouveau monastère. « Saint Blimond obtint du roi Clotaire II, vers l'an 628, la permission de bâtir une vaste abbaye et d'ériger une église sous le vocable de saint Valery. Ces constructions étaient distantes de deux

kilomètres du village de Saint-Blimond, sur la route actuelle de Lanchères. Les vieillards du pays se rappellent encore cet emplacement nommé la Plaine d'Argent, situé près d'un bois qu'on a défriché vers 1852. Ces constructions furent détruites au Xe siècle par les ravages des Normands; Hugues Capet fit rebâtir cette abbaye à l'endroit où sont creusés les circonvallations de ce qu'on appelle, aujourd'hui, à Saint-Valery, la Ville.

Dagobert Ier, en l'an 636, accorda à Blimond le domaine de Routiauville.

Après avoir solidement établi la discipline régulière dans son cloître, il commença avec un zèle vraiment apostolique à travailler à la ruine de l'idolâtrie, qui infestait encore quelques endroits de la Picardie; assisté de ses disciples, qui se répandirent par toute la province pour l'exécution d'un si généreux dessein, il acheva d'exterminer le reste des idoles, renversa leurs autels, convertit ceux qui les adoraient encore en leur faisant connaître Jésus-Christ pour le vrai Dieu et le Rédempteur; ce fut au point que nous pouvons, avec justice, le considérer comme un apôtre de ce pays, puisque c'a été par ses soins que le culte des faux dieux en a été entièrement banni.

Il continua dans ses nouvelles fonctions la vie austère qu'il avait entreprise en sortant de Bobbio; dans son extrême mortification, il ne buvait que de l'eau et ne mangeait qu'après le coucher du soleil; il ne s'accordait que cinq heures de sommeil sur des branchages étendus dans sa cellule. D'une confiance en Dieu illimitée, il répondait, quand on lui reprochait de trop donner aux pauvres, que plus on se dépouille en leur faveur, plus on a droit de compter sur la générosité de la Providence.

Saint Blimond finit heureusement ses jours par une mort précieuse devant Dieu, le 3 janvier de l'an 650, après avoir eu la consolation de voir achevée la construction de son monastère et de son église. Il fut inhumé, dit-on, dans la chapelle de Saint-Valery, laquelle fut remplacée plus tard par le sanctuaire qu'on voit aujourd'hui non loin du clos de l'ancienne abbaye. Ses reliques, conservées jusqu'à ce jour, furent vérifiées en 1651, et transférées en 1791 au village de Saint-Blimond, où elles ont été reconnues en 1856 par Mgr Boudinet. L'église paroissiale de Saint-Valery, ainsi que Notre-Dame d'Amiens, possèdent quelques ossements de saint Blimond.

La mémoire de ce Saint, ainsi que nous l'avons déjà dit, est très-célèbre au pays de Vimeux.

Saint Blimond est patron du village du même nom et troisième titulaire de l'église paroissiale de Saint-Valery. L'abbaye de Saint-Valery célébrait sous le rite double, au 3 janvier, la déposition de saint Valery, et au 31 août l'élévation de son corps. Le monastère de Corbie lui consacrait une seule fête, le 28 février. Les bréviaires de M. de la Motte et de Mgr Mioland contiennent l'office simple de saint Blimond, au 26 novembre. Il n'en est fait aucune mémoire dans le propre actuel du diocèse d'Amiens. La fête patronale se célèbre, pour saint Blimond et saint Valery, le dimanche qui suit le 31 août.

Le Martyrologe bénédictin en fait une très-honorable mention, ainsi que les Martyrologes de Bucelin de Hugues Ménard qui a écrit sa vie, de Du Saussay, etc.

Bollandou en parle au premier tome de janvier, et les RR. PP. Dom Luc d'Achéri et Dom Jean Mahillon nous en ont donné de très-doutes notices au second siècle des Saints de l'Ordre de Saint-Benoît.

Bollandou a inséré au 3 janvier une très-courte *Vie de saint Bimond*, par un moine anonyme; M. Ch. Barthélémy en a publié la traduction dans ses *Annales Angiologiques*, t. VIII. On trouve quelques renseignements sur saint Bimond dans les *Actes de saint Valery*, rédigés par le moine Rabubert (Mahillon, *Act. SS. sec. II*, p. 16), et dans ceux de saint Aïtale, abbé de Bobbie, écrits par le moine Jonas (*Ibid.*, p. 126).

H. Arthur Demarey possède une vie manuscrite de saint Bimond, qu'il a eu l'obligeance de nous prêter. C'est une amplification toute moderne et plus que médiocre des passages des *Actes de saint Valery* qui concernent son disciple.

(L'abbé CORBLET.)

Événements marquants

  • Guérison miraculeuse de sa paralysie par saint Valery vers 614
  • Entrée en religion à l'abbaye de Leuconaux
  • Élection comme deuxième abbé de Saint-Valery en 622
  • Exil à l'abbaye de Bobbio suite aux invasions de pirates scandinaves en 623
  • Retour en Picardie après la mort de saint Attale en 627
  • Reconstruction du monastère avec l'appui de Clotaire II vers 628
  • Évangélisation et destruction des idoles en Picardie

Miracles

  • Guérison instantanée de sa paralysie par l'imposition des mains de saint Valery
  • Vision de saint Valery rayonnant de gloire à Bobbio

Citations

Quantus qui non sibi, sed Deo vivit.

— Hymne des Marins de l'office de saint Blimond

Date de fête

3 janvier

Époque

7ᵉ siècle

Décès

3 janvier 650 (naturelle)

Attributs iconographiques

Autres formes du nom

  • Blithmundus (la)
  • Gogus (fr)
  • Bimond (fr)

Prénoms dérivés

Blimond

Famille

  • Parents nobles du Dauphiné (parents)