Notre-Dame de la Treille
Reine assise sur un trône
Résumé
Vénérée à Lille depuis au moins 1066, Notre-Dame de la Treille est la protectrice historique de la cité. Son culte, marqué par de nombreux miracles en 1234 et 1254, a attiré rois et saints, et a survécu à la destruction de sa collégiale lors de la Révolution. Une nouvelle basilique lui est dédiée en 1854 pour perpétuer cette dévotion séculaire.
Biographie
NOTRE-DAME DE LA TREILLE, A LILLE
AU DIOCÈSE DE CAMBRAI
Notre-Dame de la Treille, le plus célèbre sanctuaire de la sainte Vierge à Lille, était situé autrefois dans l'église Saint-Pierre. La statue qu'on honore sous ce titre est environnée d'une treille de fer où les pèlerins attachaient leurs dons ; elle est de pierre blanche, artistement taillée ; sa pose est celle d'une reine assise sur un trône ; elle tient au bras gauche l'Enfant Jésus et dans la main droite un sceptre.
Le culte rendu à cette image est aussi ancien que la ville de Lille ; il est comme enraciné dans les bases de la cité, qui s'appelle avec orgueil la cité de Marie, *Insula civitas Virginis*. Il remonte donc au moins à l'année 1066. Baudouin V, comte de Flandre, et fondateur de la ville de Lille, qui, avant lui, n'était qu'un assemblage de maisons autour du château, sans murs de défense, bâtit l'église Saint-Pierre, y plaça l'image de Notre-Dame de la Treille, et en fit célébrer la dédicace, en présence de tout ce que le clergé avait de plus vénérable, la chevalerie de plus brillant, la Flandre de plus illustre.
Les chanoines honorèrent Notre-Dame de la Treille par une piété exemplaire, autant que par un zèle incomparable pour la magnificence de son autel et la splendeur de ses fêtes. Les uns la constituaient par testament leur héritière universelle ; les autres y faisaient des fondations propres à relever la gloire de son culte ; et lorsque, en 1214, Philippe-Auguste, vainqueur à Bouvines, eut réduit Lille en cendres, le chapitre, malgré les calamités dont il était une des premières victimes, entreprit la reconstruction de Saint-Pierre. Lorsque, en 1344, un autre incendie vint détruire les constructions commencées, le chapitre, sans se laisser décourager, se remit à l'œuvre ; il la poursuivit avec constance pendant un siècle que demanda l'achèvement de l'édifice.
Ce dévouement du chapitre à Notre-Dame de la Treille y attira d'illustres visiteurs. Saint Thomas de Cantorbéry vint la prier aux jours de son exil ; saint Bernard, qui accompagnait Innocent III, réfugié en France, vint la saluer avec cette piété filiale qui est un de ses plus beaux caractères, et nul doute que sa parole si puissante, si sympathique, n'ait allumé alors dans le cœur des Lillois ce tendre amour pour la sainte Vierge, qui a toujours été une de leurs plus belles gloires religieuses.
Aussi, en 1234, époque fameuse dans l'histoire de Notre-Dame de la Treille, Marie fit-elle éclater sa puissance et sa bonté envers un peuple qui lui montrait tant de dévouement. Le 2 juin, octave de la Trinité, une affluence extrême de pèlerins entourait la sainte image, demandant la guérison de maux réputés incurables, lorsque tout à coup aveugles, boiteux, sourds, paralytiques, tous sont guéris en un instant. Aussitôt des cris d’allégresse éclatent de toutes parts, les louanges de Marie se répètent sur tous les points de la ville, et on les célèbre par une fête dite de la festivité nouvelle. Ce ne fut là cependant encore que le commencement; les prodiges se continuèrent presque tous les jours; et une puissance mystérieuse sembla, à dater de cette époque, attachée à la sainte image. Cette puissance qui s’est conservée à travers le cours des siècles, a pour garantie les preuves les plus irrécusables. L’évêque de Tournai, après une enquête faite selon les règles de l’Eglise, si sévère et si judicieuse en pareille matière, constata cinquante-trois prodiges.
Pour perpétuer le souvenir des miracles qui commencèrent, en 1254, à illustrer Notre-Dame de la Treille, on institua une procession annuelle dans l’enceinte de l’église collégiale; mais au mois de février 1269, la comtesse Marguerite institua, par lettres patentes, la procession autour de la ville.
Chaque année suivante vit s’augmenter la splendeur de cette procession; et le luxe, croissant avec les âges, ajouta de nouveaux ornements à la solennité précédente. La procession de 1749 fut remarquable entre toutes les autres: on y admira surtout une troupe d’anges qui ouvrait la marche, portant, sur des banderoles, ces mots: Qui est comme Dieu? Quis ut Deus? des soldats et des prêtres en costume hébreu, portant les uns le sceptre, l’épée, la couronne de Salomon, figure de Jésus-Christ, les autres les dépouilles de Goliath et le livre de la loi; le prophète Nathan, avec un char représentant le sacre de Salomon, entouré des Vertus et des Dons du Saint-Esprit.
Aussi venait-on à ces fêtes de toutes les parties de la Flandre; et l’immense basilique de Saint-Pierre suffisait à peine à contenir le flot incessant du peuple qui venait vénérer l’image miraculeuse. On priait jusqu’à une heure très-avancée de la nuit; et, dès l’aurore, de nouveaux pèlerins assiégeaient les portes de Saint-Pierre. Ils épanchaient pendant de longues heures leur âme devant Notre-Dame, et quand la procession se mettait en marche, ils la suivaient, portant la plupart de petits drapeaux ornés de l’image ou du chiffre de Marie.
L’amour pour Notre-Dame de la Treille inspira aux Lillois, dès l’an 1237, la pensée d’ériger une confrérie en son honneur, sous le nom de la Charité de Notre-Dame. On distribuait aux associés des psautiers, des heures et autres livres de prières, si précieux à une époque où, l’imprimerie n’étant pas encore inventée, on ne pouvait avoir ces choses qu’en manuscrit. On s’aimait plus chrétiennement comme enfants de la même mère; et chaque maison semblait un temple dédié à Marie, dont le père de famille était le pontife: c’était déjà un beau commencement pour la confrérie; mais il lui manquait la sanction du Saint-Siège, sans laquelle les enfants de l’Eglise ne peuvent rien constituer de durable ni de régulier. Cette sanction ne tarda pas à arriver. En 1254, année si fameuse dans les annales de Notre-Dame de la Treille, arrivèrent des lettres du pape Alexandre IV, qui érigeait canoniquement la confrérie. Alors on ouvrit un registre; et la comtesse Marguerite et son fils Guy de Dampierre s’y firent inscrire les premiers. Après eux, s’inscrivirent les chanoines de Saint-Pierre, toutes les grandes familles de la contrée, tout le peuple, qui voyait dans ce registre comme un autre livre de vie. Les parents y faisaient inscrire les nouveau-nés, les fiancés y renouvelaient leur enrôlement pour consacrer à Marie le nouveau ménage, et, au moment de la mort, tous recouraient à elle comme à une patronne et à une mère.
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De la Flandre, la renommée de la confrérie se répandit bientôt par toute l'Europe. Des extrémités de la France, de l'Italie et de l'Allemagne, on demandait à être inscrit dans le registre des associés. Les Montmorency, les Croy, les de Lannoy, les d'Humières, les princes de la famille impériale d'Autriche, les universités les plus célèbres, foyers de science et de lumière, les villes entières, représentées par leurs magistrats, les Evêques et les Papes, Charles-Quint et Philippe II, demandèrent que leurs noms figurassent dans ces saintes annales, confondus avec les noms les plus obscurs, avec toutes les professions et tous les âges.
Parmi ces noms, il en est deux qui brillent d'un éclat tout particulier : le premier, c'est saint Louis, roi de France, qui, en 1235, fit à Notre-Dame de la Treille un pèlerinage dont les annales de l'époque ont gardé fidèlement le souvenir ; le second, c'est Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandre. Ce prince aussi sage au conseil que brave au combat, d'une piété aussi douce que ferme, affectionnait spécialement Notre-Dame de la Treille. Il contribua, avec une générosité princière, à l'achèvement de la collégiale de Saint-Pierre, et surtout de la chapelle qui devait recevoir l'image miraculeuse. En arrière du maître-autel, il fit placer la chasse contenant les reliques de la sainte Vierge dans un lieu élevé, d'où tous les regards pouvaient l'apercevoir. Dans la chapelle qui occupait le croisillon gauche, il éleva deux autels ; l'un entouré d'obélisques de pierres blanches, était un autel de Notre-Dame, au-dessus duquel on voyait la sainte image se détachant gracieusement sur un fond d'azur semé d'étoiles d'or ; l'autre était un autel de sainte Anne, qu'il avait placé là, pour associer la mère aux hommages que recevait sa fille bénie.
Philippe ne s'en tint pas là : il fit couvrir de boiseries sculptées les murs de la chapelle ; et sur la table d'autel de bois doré, il fit représenter les mystères de la sainte Vierge. Lorsqu'il créa l'ordre de la Toison d'or, cet ordre célèbre qui ne comptait que trente et un chevaliers, mais tous sans reproche et des plus illustres, tous engagés par serment à ne jamais sortir du champ de bataille que vainqueurs, ou morts, ou prisonniers, il le plaça sous le patronage de Notre-Dame de la Treille ; il voulut même en tenir le premier chapitre à sa chapelle ; après le service divin, pompeusement célébré, le souverain et les chevaliers se rendirent aux stalles des chanoines ; et là ils entendirent de la bouche du greffier la lecture des statuts de l'Ordre, de ces statuts, le plus beau code d'honneur et de vertus chevaleresques, qui prescrivaient à tous la fidélité envers la sainte Église, l'intégrité de la foi catholique, la loyauté envers le souverain, l'amitié entre les chevaliers et l'honneur dans les armes. Le prince fit lire ensuite, par son héraut d'armes, un écrit où il disait qu'il se vouait à Dieu et à la très-sainte Vierge, et qu'il engageait tous les chevaliers à faire de même. Ceux-ci répondirent de grand cœur à cette invitation : un d'eux, le seigneur de Pons, fit même le vœu singulier de ne séjourner en aucune ville jusqu'à ce qu'il eût trouvé un Sarrasin qu'il pût combattre corps à corps avec l'aide de Notre-Dame, pour l'amour de laquelle jamais il ne coucherait, le samedi, dans un lit, avant l'entier accomplissement de son vœu ; et, avant de se séparer, tous suspendirent autour de l'autel les écussons de leurs armes, comme un hommage perpétuel de leurs sentiments envers la sainte Vierge. Ainsi se termina le premier chapitre de la Toison d'or, de cet ordre illustre qui, dans le cours de deux siècles, devait compter dans ses rangs cent quatre têtes couronnées.
Pour perpétuer le souvenir de sa consécration, le prince fonda deux
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messes par jour à l'autel de Notre-Dame de la Treille, et de plus, chaque samedi, une messe chantée par un chanoine de Saint-Pierre. Il obtint ensuite d'Eugène IV de nouvelles indulgences pour tous ceux qui viendraient prier devant la sainte image ; et, en 1450, il fit placer à côté de l'autel la statue de Notre-Dame des Douleurs ; les chanoines de Saint-Pierre furent autorisés à en faire l'office, lequel dans la suite s'étendit à toute l'Église. Plus tard on y érigea les sept stations douloureuses de la sainte Vierge, avec l'agrément de l'évêque de Tournai, qui y attacha des indulgences.
Entourée de tous ces témoignages d'honneur, Notre-Dame de la Treille faisait éclater de plus en plus sa puissance ; et les miracles se multipliaient, spécialement de 1519 à 1527, et de 1634 à 1638. A la vue de ces prodiges toujours renaissants, la piété des Lillois sembla prendre un nouvel élan ; toute la ville ne respirait que le dévouement à Marie ; partout brillait son image : on la voyait au coin des rues, où la femme pauvre, épargnant sur son salaire, déposait à ses pieds un cierge ou un bouquet de fleurs ; on la voyait au-dessus des portes de la cité, où elle semblait veiller à la garde des citoyens ; on la voyait à l'hôtel de ville, où était une chapelle en son honneur. Les uns portaient des médailles à son effigie, les autres des anneaux où elle était représentée. Au milieu de ce zèle universel pour l'honneur de Marie, une pieuse dame conçut le dessein de décorer plus splendidement l'autel de la Vierge vénérée. Dans cette vue, elle obtint du chapitre de Saint-Pierre qu'on déplaçât pour un temps la sainte image ; mais le travail fini, le chapitre crut, avant de la replacer sur son trône, devoir lui décerner un triomphe magnifique, par une procession générale et la consécration solennelle de toute la ville à sa patronne bien-aimée. Cette idée ravit tous les cœurs, et, le 28 octobre 1634, eut lieu cette touchante cérémonie. Ce fut un beau jour que celui-là. Dès le matin, le canon tonnait sur les remparts, les cloches sonnaient à toute volée, la ville avait revêtu ses habits de fête ; partout des tentures élégantes, partout des fleurs, partout la joie la plus pure. A neuf heures, les échevins sortent de l'hôtel de ville, en robe rouge, précédés du héraut tenant un labarum, dont un côté portait ces mots : *Le magistrat et le peuple consacrent Lille à Notre-Dame de la Treille*, et l'autre offrait la douce image de Marie, fixant ses regards bienveillants sur la ville de Lille figurée au bas du labarum avec ces mots sous l'effigie de la cité : *Dicet habitator insulæ hujus : Hæc est spes nostra* ; « L'habitant de cette île dira : Voilà notre espérance ». On se rend ainsi à l'église Saint-Pierre, magnifiquement décorée de draperies entrelacées de fraîches guirlandes de verdure ; au fond, l'autel apparaissait entouré d'une auréole de cierges ; et des flots d'encens entouraient la statue de nuages mobiles.
Au milieu de ces splendeurs, qui faisaient penser à celles du ciel, on commence la messe solennelle. A l'offertoire, les chants se taisent, il se fait un silence sublime. Alors s'avance le chef des échevins, tenant d'une main le labarum, de l'autre les clefs de la ville ; il les remet à l'officiant, qui les pose sur l'autel ; puis, devant tout ce peuple prosterné, il prononce la formule de consécration de la ville à Notre-Dame de la Treille. Le soir, une illumination générale reproduisit la scène du matin ; de toutes parts, ou voyait sur les transparents ces mots chers à tous les cœurs : *Insula, civitas Virginis* ; « Lille, cité de Marie ».
L'année suivante, l'évêque de Tournai vint à Lille se consacrer lui-même avec tout son diocèse à Notre-Dame de la Treille ; Ferdinand II, empereur d'Autriche, lui consacra son diadème et se fit inscrire dans la confrérie. En 1659, la ville de Tournai tout entière vint en procession se consacrer à une patronne si bonne, et renouvela cet acte tous les ans jusqu'en 1792. Plusieurs fois, il s'y est trouvé près de cinq mille pèlerins.
En 1667, lorsque la ville, assiégée par Louis XIV, fut réduite à capituler, elle exigea que le roi jurât, devant Notre-Dame de la Treille, de maintenir dans ses murs la foi catholique, de n'y envoyer ni gouverneur, ni officiers, ni soldats protestants, de respecter ses franchises, et de lui laisser son administration. Louis XIV le jura la main sur l'Evangile. Et lorsque, quarante ans plus tard, en 1708, la ville fut assiégée par le prince Eugène, à la tête d'une armée presque toute protestante, elle promit, si elle était préservée du pillage, de faire une procession spéciale, pour en remercier Notre-Dame de la Treille. Après cette promesse, on expose la statue miraculeuse au milieu de l'église Saint-Pierre, que criblaient les boulets; et, chose merveilleuse, au bout de trois mois de siège, obligée de capituler encore, elle obtint du moins les conditions les plus honorables avec une liberté complète pour le culte catholique. Telle fut même l'incroyable bienveillance des ennemis, la plupart protestants ardents, que le soir même de leur entrée triomphale, le peuple poussa la confiance jusqu'à chanter publiquement les litanies de la Vierge devant ses images qui ornaient les maisons; les autres soirs, il se rassembla dans les rues pour le même objet; et, le 2 juin, on fit la procession générale, comme s'il n'y eût pas d'armée ennemie dans la ville. Quelques protestants essayèrent bien de pervertir la foi des habitants, mais loin d'y réussir, plusieurs furent gagnés à la vraie croyance, et se firent catholiques.
Une protection si visible de Marie lui attacha de plus en plus tous les cœurs; et, lorsqu'arriva, en 1754, l'anniversaire cinq fois séculaire des premiers miracles de 1254, on y déploya une magnificence plus grande que jamais. Le programme de la fête portait le titre de Triomphe de la sainte Vierge, et il justifia pleinement son titre. La Renommée ouvrait la marche, portant, sur la banderole de sa trompette, ces mots: Audite, omnes, et attendite, populi de longe; des anges l'entouraient, le nom de Marie sur leur oriflamme. Venaient ensuite quatre chars: le premier portait les six sybilles qui avaient annoncé, en termes prophétiques, les principales gloires de la Mère du Verbe Incarné; dans le second était Moïse, représenté sur le mont Oreb; dans le troisième, les effigies des monarques qui étaient venus, à diverses époques, rendre hommage à Notre-Dame; dans le quatrième, les Papes, cardinaux et évêques, protecteurs de la confrérie. Suivaient des groupes d'anges, portant le livre de la confrérie de Notre-Dame, avec les armes et les noms des villes ou des provinces consacrées à la Vierge de Lille. Les pèlerins de Tournai étaient représentés sur un char élégant; un autre char tout couvert de lis offrait le double emblème de la monarchie française et de la Vierge sans tache; venaient ensuite les figures historiques de Marguerite de Flandre, de Guy de Dampierre, de Philippe le Bon et des principaux chevaliers de la Toison d'or, tous revêtus de costumes aussi riches qu'exacts, tous environnés d'anges, et suivis des magistrats de la cité, des bannières de la ville et du chapitre, et du labarum offert en 1654. On voyait ensuite des anges portant des touffes de roses et de lis devant le char, où était la sainte image, entourée d'une treille.
Cette procession, qui se renouvela pendant neuf jours, au milieu d'une foule immense, fut le dernier éclat jeté par ce culte célèbre. Survinrent les jours néfastes de la révolution; et l'antique collégiale de Saint-Pierre fut, en 91, d'abord fermée comme bâtiment inutile, puis livrée au public comme magasin; en 92, cédée aux commissaires des guerres comme parc de moutons; en 93, vendue à d'avides spéculateurs, et bientôt démolie. Parmi les décombres qui jonchaient le sol, fut jetée la statue miraculeuse ; mais heureusement un généreux chrétien, Alain Gambier, l'ayant reconnue, l'acheta à prix d'argent du gardien des ruines, et l'emporta chez lui comme un trésor. Au rétablissement du culte catholique, il la donna à l'église Sainte-Catherine, que la révolution avait laissée debout comme un édifice sans importance.
Dans ce nouveau sanctuaire, Notre-Dame fut longtemps sans honneur, tantôt au bas de l'église dans la chapelle des trépassés, tantôt derrière le maître-autel : tant la génération nouvelle avait rompu le fil des antiques traditions et des pieux sentiments ! Mais, en 1842, le curé de Sainte-Catherine ayant consacré tout le mois de Marie à Notre-Dame de la Treille, la piété endormie sembla se réveiller. Peu après, les exercices d'un jubilé accordé par Grégoire XVI ayant été placés sous les auspices de Notre-Dame de la Treille, le succès fut complet : le nom de Notre-Dame de la Treille, si longtemps oublié, revint sur toutes les lèvres ; et son culte, si longtemps délaissé, reprit sa place dans tous les cœurs. La statue miraculeuse fut transportée à l'autel de la sainte Vierge ; des médailles de Notre-Dame de la Treille furent frappées ; et tous voulurent en avoir. À l'imitation de ce qui se pratique à Notre-Dame des Victoires de Paris, on établit un salut particulier sous le nom de salut de Notre-Dame de la Treille ; l'antique confrérie fut relevée par un rescrit de Grégoire XVI ; près du sanctuaire de Marie se forma une congrégation de religieuses dite de Notre-Dame, dans le but de favoriser le développement de son culte, de fournir des voix pour chanter ses louanges, et de se dévouer au soin des pauvres malades, à l'instruction des enfants pauvres, aux diverses œuvres de charité : car le culte de Marie bien compris incline à tous les dévouements. Enfin, la fête et la procession de Notre-Dame de la Treille recommencèrent le 9 juin 1834, dans l'enceinte de l'Église. Des conversions inespérées, des guérisons inattendues, des consolations soudaines apportées à des maux qui semblaient sans remède, rappelant à tous le pouvoir de Notre-Dame de la Treille, accrurent d'année en année l'antique dévotion pour la sainte image. Enfin, en 1853, le dévouement en vint à ce point, qu'on ne put plus souffrir qu'une image si vénérée n'eût qu'un sanctuaire emprunté. Tous, d'une commune voix, déclarèrent qu'ils voulaient remplacer l'antique église renversée dans des jours de vertige, et élever à la patronne de Lille une église monumentale. Tous, passant aussitôt de l'enthousiasme à l'action, s'engagèrent, par souscriptions volontaires, à y contribuer selon leur pouvoir.
Telle était la disposition générale des esprits, lorsque arriva 1854, anniversaire six fois séculaire du commencement des prodiges de Notre-Dame de la Treille. — Pour relever le plus possible l'éclat de cette fête traditionnelle, l'archevêque de Cambrai, après avoir obtenu du Saint-Siège la faveur d'un jubilé attaché à l'église Sainte-Catherine, réunit, pour en prêcher les exercices, les premiers prédicateurs de l'époque, et convoqua, pour les grandes cérémonies qui devaient avoir lieu, le plus qu'il put de cardinaux, d'archevêques et d'évêques. Toute la ville, de son côté, se mit en travail pour décorer les temples, les rues et les places. Les guirlandes de toute espèce, les draps d'or et d'argent, la soie, les peintures, les sculptures, les banderoles, les lustres, les riches costumes, tout fut mis en œuvre, sans parler de ce qu'y ajoutèrent d'attendrissant les chants, les prédications, les prières et les communions.
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Les premiers jours, les paroisses voisines se rendirent processionnellement à l'église jubilaire, traversant la ville dans l'attitude du recueillement, et édifiant par leurs chants et leurs prières la population dont les flots se pressaient sur leurs pas. Puis vinrent les diverses paroisses de la ville, toutes préparées et ravivées dans l'esprit chrétien par d'éloquentes prédications.
Au milieu de ce merveilleux concours eut lieu une cérémonie qui remplit tous les cœurs d'allégresse : la pose de la première pierre de la grande basilique qu'on se proposait d'élever sous le double vocable de Notre-Dame de la Treille et de Saint-Pierre, et, pour mener l'œuvre à bonne fin, l'institution de deux commissions, l'une d'hommes, l'autre de dames, chargées de recueillir les fonds pour cette grandiose entreprise. Enfin, le dimanche 2 juillet, se célébra la grande fête : les décorations les plus splendides brillaient à toutes les façades, à toutes les fenêtres ; les murs disparaissaient sous les draperies et les fleurs, et les dômes s'élevaient au milieu des rues. Jusqu'alors le ciel avait été obscur, la pluie menaçante ; mais, au moment précis où l'image de Notre-Dame se met en marche pour la procession, un soleil radieux perce les nuages, et le cortège sort du temple ; en tête marchent les six paroisses de la ville ; viennent ensuite les hospices, les corps de métiers, les associations de charité, les corps religieux. Après cette longue file, apparaissent les reliques des principaux patrons du pays ; les députations historiques de Tournai, Douai, Cambrai, Aire, portant chacune son ex-voto traditionnel : Tournai, un gros cierge ; Douai, les armes de la ville, ciselées sur argent, avec l'inscription : Douai à Notre-Dame de la Treille ; Cambrai, l'image de Notre-Dame de Grâce, ciselée en argent, avec l'inscription : Cambrai, ville de la Vierge, à Notre-Dame de la Treille ; enfin, Notre-Dame de la Treille, entourée d'une garde d'honneur, s'avançant dans une chasse octogone d'or, haute de sept mètres, et en style gothique fleuri, portée sur un brancard par douze ecclésiastiques en dalmatiques d'or, accompagnée des prêtres en habits sacerdotaux, des chanoines en habits de chœur, suivie des archevêques et évêques, vêtus de chapes d'or, avec la mitre et la crosse, et du cardinal de Reims, officiant. Dire tout ce qu'il y avait de gracieux et de magnifique dans cet immense cortège de plusieurs milliers de personnes, dont le défilé, exécuté dans l'ordre le plus parfait, dura plus d'une heure et demie ; dire le coup d'œil qu'offrait, sur la grande place, une population serrée qu'on estime à plus de quatre-vingt mille personnes ; dire toutes les émotions que produisirent tant de scènes saisissantes, répétées dans le cours de cette belle procession, serait chose impossible. L'ambassadeur d'Espagne à Bruxelles, délégué par sa souveraine pour la représenter dans cette cérémonie, disait : « J'ai habité Rome vingt ans, je n'y ai rien vu qui égale ce dont je viens d'être témoin ». — « J'ai été au sacre de Charles X », disait un colonel de hussards, « je préfère ce que j'ai vu aujourd'hui ».
Après cette belle fête, la ville de Lille s'empressa d'élever à Marie une superbe basilique.
Extrait de Notre-Dame de France, par M. le curé de Saint-Sulpice. — Cf. Basier de Marie.
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Événements marquants
- 1066 : Fondation de l'église Saint-Pierre par Baudouin V
- 1214 : Reconstruction après l'incendie par Philippe-Auguste
- 1234 : Miracles de guérisons collectives le 2 juin
- 1254 : Érection canonique de la confrérie par le pape Alexandre IV
- 1450 : Installation de la statue de Notre-Dame des Douleurs par Philippe le Bon
- 1634 : Consécration solennelle de la ville de Lille
- 1792 : Destruction de la collégiale Saint-Pierre pendant la Révolution
- 1854 : Pose de la première pierre de la nouvelle basilique
Miracles
- Guérisons instantanées d'aveugles et de paralytiques le 2 juin 1234
- Cinquante-trois prodiges constatés par l'évêque de Tournai
- Protection de la ville lors du siège de 1708 par le prince Eugène
Citations
Dicet habitator insulæ hujus : Hæc est spes nostra