Saint Cuthbert de Lindisfarne

Évêque de Lindisfarne

Fête : 20 mars 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine et évêque de Lindisfarne au VIIe siècle, Cuthbert commença sa vie comme berger avant de rejoindre le monastère de Mailros. Connu pour son zèle apostolique, ses miracles et sa vie érémitique austère sur l'île de Farne, il devint l'un des saints les plus populaires d'Angleterre. Son corps, trouvé incorrompu à plusieurs reprises, repose désormais à Durham.

Biographie

SAINT CUTHBERT, ÉVÊQUE DE LINDISFARNE

Notre Père des cieux... que votre règne arrive !

Le vénérable Bède, écrivant la vie de saint Cuthbert, à l'instance d'Efride, évêque de Lindisfarne, d'où le siège a été transféré depuis à Durham, semble avoir observé ce que saint Ambroise remarquait dans l'Écriture sainte, au sujet du patriarche Noé, à savoir, que dans la généalogie des Saints, il faut avoir plus d'égard à la vertu, qui fait l'ornement des âmes, qu'au sang, qui donne la vie au corps. C'est pourquoi cet auteur très-digne de créance, et qui proteste en la préface de cette même vie n'y avoir rien écrit que de très-certain, passe sous silence le pays et les parents de notre Saint, et, ne s'arrêtant point à ce qui est de la nature, commence son discours par les merveilles que Dieu opérait en lui dès son enfance.

Il dit donc que Cuthbert n'étant encore qu'un enfant, âgé de huit ans, et ne pensant qu'à prendre, avec ses compagnons, les divertissements ordinaires de cet âge, fut appelé de Dieu à la perfection chrétienne de la manière qui suit : Un jour qu'il se trouvait avec un enfant âgé de trois ans, celui-ci, s'approchant de lui, l'exhorta fortement à quitter son jeu et son oisiveté, et à penser plutôt à se sanctifier par le bon usage de la grâce de Dieu et par la pratique de la vertu. Cuthbert, qui était trop attentif à son plaisir, prit d'abord cela pour un discours d'enfant ; mais ce pauvre petit, se jetant par terre, pleura si amèrement, que chacun accourut pour le consoler, et particulièrement Cuthbert, à qui l'enfant dit ces paroles : « Pourquoi, très-saint prêtre et prélat, faites-vous des choses qui ne sont pas séantes à votre dignité et à votre Ordre ? Il ne vous sied pas de jouer avec des enfants, vous que Dieu a choisi pour donner des leçons aux personnes les plus âgées ». Cuthbert, étonné de cette remontrance, fut incontinent tout changé, et, d'enfant qu'il avait été jusqu'à cette heure-là, devint en un moment un homme très-parfait.

Il se retira à la campagne, où il s'occupait à la garde des troupeaux ; et alors, profitant de la solitude et de la commodité des bois, il passait la meilleure partie du jour, et toute la nuit en prières : une nuit que ses compagnons étaient endormis, et que lui seul veillait en oraison, il se trouva environné d'une clarté céleste, où il aperçut l'âme du bienheureux Aldan, évêque de Durham, qui s'en allait à la gloire, au milieu d'une compagnie d'anges. À l'heure même, le saint berger éveilla ses compagnons, et les exhorta à chanter avec lui les louanges de Dieu ; puis, le lendemain matin, il rendit ses troupeaux à son maître, et s'en alla du même pas au monastère de Mailros, auprès de Lindisfarne, pour s'y faire religieux. Dès que le prieur, appelé Boisil, aperçut ce jeune homme, il dit de lui aux assistants ce qu'autrefois Jésus-Christ dit de Nathanaël : « Voilà un véritable israélite, dans lequel il n'y a point de malice »; et, lui faisant un très-charitable accueil, il s'informa de la cause de son voyage; ayant appris qu'il voulait être religieux, il l'admit avec joie dans le monastère, où, peu de jours après, il reçut l'habit monastique des mains de saint Eate, qui était abbé de cette maison religieuse, et fut, depuis, évêque de Lindisfarne. Alors Cuthbert se voyant consacré au service de Jésus-Christ, entra avec tant de ferveur dans le chemin de la perfection, qu'il ne s'étudiait pas seulement à imiter les autres, mais s'efforçait aussi de les surpasser par la lecture, par le travail, par les veilles, par les prières et même par les abstinences; il fut néanmoins contraint de modérer ses austérités, pour ne pas ruiner ses forces, qu'il devait employer si utilement à la gloire de Dieu.

Quelques années après sa profession, il fut envoyé au monastère de Rippon, que le roi Alcfrid avait nouvellement fondé. L'abbé de cette maison lui ayant donné la charge des hôtes, il eut une fois l'honneur de recevoir un ange, qui, pour reconnaissance de sa charité, laissa sur la table trois pains d'une si admirable blancheur et d'un goût si extraordinaire, qu'on pouvait juger facilement qu'ils étaient miraculeux. Et ce n'est pas là l'unique fois que ce serviteur de Dieu reçut de bons offices des esprits bienheureux; car il a souvent mérité de les voir, de leur parler, et d'être nourri par leur ministère; et, avant même qu'il fût religieux, il avait été guéri par un ange d'un abcès qui lui était survenu au genou, et qui l'empêchait de marcher. Étant de retour à Mailros, il fut bientôt frappé de la peste qui infectait toute l'Angleterre; mais il en fut délivré, contre toutes les espérances humaines, par les prières des religieux, qui n'avaient cessé d'importuner le ciel pour sa guérison, sachant combien la vie d'un si saint homme leur était nécessaire. Néanmoins, Dieu permit, pour lui servir d'épreuves, que, depuis, il fût sujet à des douleurs très-vives.

Saint Boisil ayant été enlevé de ce monde, durant cette contagion, notre Saint fut élu en sa place. Sa charité et sa vigilance ne se renfermèrent pas en ce seul monastère, qu'il édifiait également par ses bons avis et par ses bons exemples : mais son zèle le porta à être utile aussi aux autres; et parce que le simple peuple anglais était alors extrêmement adonné aux superstitions de la magie, qui le ramenait insensiblement au culte des démons, il n'épargna ni sa peine, ni son temps pour l'en détourner. Il y consumait quelquefois deux et trois semaines, même des mois entiers sans pouvoir retourner en son couvent, parce qu'il passait jusqu'aux montagnes les plus écartées, la difficulté des chemins et la pauvreté des auditeurs, détournant les autres prédicateurs d'y aller. Notre-Seigneur donna tant de force à ses paroles, et une si grande facilité à persuader les cœurs, que les plus endurcis venaient se jeter à ses pieds pour demander à faire pénitence. La grâce des miracles, qu'il possédait éminemment, lui était aussi très-utile : par sa seule prière, il éteignit un grand embrasement qui allait faire des ravages extrêmes, comme un peu auparavant il avait fait disparaître un feu imaginaire que le démon formait en l'air pour détourner les auditeurs d'assister à sa prédication. Il fit aussi sortir, par sa seule présence, cet esprit immonde du corps d'une sainte femme dont il s'était emparé. Et, puisque nous tombons sur le sujet de ses miracles, nous dirons, en général, qu'il a guéri plusieurs malades désespérés des médecins, et même des pestiférés, avec de l'eau, de l'huile et du pain bénit; qu'il a fait cesser, par sa prière, les tempêtes et les orages sur la mer; qu'en goûtant de l'eau pure il l'a changée en de bon vin, et que lui-même, étant malade au lit de la mort, donna la santé au religieux qui le servait. Enfin, envoyant sa ceinture à une sainte abbesse, appelée Elflède, il la guérit d'une contraction de nerfs, qui lui était demeurée à la suite d'une longue maladie; et cette même ceinture servit depuis à d'autres guérisons semblables, auxquelles, néanmoins, nous ne nous arrêterons pas davantage pour revenir trouver notre Saint.

Après qu'il eut gouverné quelque temps le monastère de Mailros, saint Eate, évêque de Lindisfarne, le fit venir auprès de lui pour gouverner celui de sa ville épiscopale; car il n'avait point d'autres prêtres que des religieux pour la conduite de son église, suivant le premier établissement que saint Augustin, envoyé par saint Grégoire, avait fait par toute l'Angleterre.

Il n'est pas aisé d'exprimer en peu de mots les vertus de notre saint supérieur en ce nouveau gouvernement. Il était bien l'homme du monde le plus patient et le plus charitable à supporter les défauts des autres; il demeurait toujours, quoi qu'il arrivât, dans une égalité parfaite, et les événements fâcheux ou agréables lui étaient indifférents, parce que l'onction du Saint-Esprit qui remplissait son cœur, lui faisait mépriser toutes les choses de la terre. Ses veilles étaient si excessives, qu'elles sont presque incroyables: il passait souvent deux ou trois jours sans se donner seulement le loisir de prendre un morceau de pain, ni une heure de repos, dissipant le sommeil par la prédication ou par le travail des mains. Il ne pouvait comprendre qu'un religieux se plaignit qu'on eût interrompu son repos; « parce que », disait-il, « ce n'est pas lui faire tort que de l'éveiller, puisqu'en rompant son sommeil, on lui donne moyen de faire quelque chose de bon, ou d'y penser ». Pour la sainte messe, il la célébrait avec tant de dévotion, qu'il n'offrait jamais les saints mystères sans verser des larmes en abondance; ainsi il excitait les peuples à élever leurs cœurs à Dieu, et à lui rendre des actions de grâces, plutôt par ses pleurs et ses gémissements, que par le chant de sa voix. Si le zèle de la justice le portait à reprendre sévèrement les vices, l'esprit de douceur le rendait toujours facile à pardonner aux pénitents, et lui-même pleurait le premier les péchés de ceux qui s'accusaient devant lui au tribunal de la pénitence, leur montrant, par son exemple, ce qu'ils devaient faire pour en obtenir le pardon. Pour son vêtement, il était tel qu'il n'y paraissait aucune singularité; mais seulement une propreté honnête, n'usant que d'un habit de laine naturellement noire, et montrant ainsi, par son exemple, à ses religieux, comment ils devaient se vêtir.

Il demeura plusieurs années en ce monastère; après quoi il se retira, avec la permission de son supérieur, dans la solitude d'une île appelée Farne, où jamais personne n'avait pu habiter à cause des spectres et des fantômes que l'on y voyait, et des démons qui y faisaient leur retraite. Mais l'homme de Dieu, qui était muni des armes invincibles de la foi et de la confiance en son saint nom, se mit aisément en possession de ce lieu; il s'y fit deux petites cellules qu'il creusa dans le roc: l'une pour lui servir d'oratoire, et l'autre pour les usages nécessaires à la vie, et les entoura de si hauts murs faits de gazons de terre, qu'il n'y pouvait voir que le ciel; et comme l'eau lui manquait, il obtint, par ses prières, une fontaine d'eau douce, qui donnait du rafraîchissement à lui et à ceux qui le venaient visiter. Au commencement, il permettait l'entrée de sa cellule aux personnes qui survenaient, et ce ne fut que quelque temps après qu'il se retira absolument de la présence des hommes, et ne leur parla plus que par une fenêtre ; enfin, il la fit boucher pour ne converser qu'avec Dieu seul en des veilles et des prières continuelles.

On se demandera peut-être où ce saint homme prenait des vivres en cette solitude ; mais la divine Providence, qui ne manque jamais aux élus, le pourvoyait d'aliments par le moyen des corbeaux, comme autrefois le prophète Élie, et saint Paul, ermite : bienfait que notre Saint n'a pas seulement éprouvé en cette solitude, mais aussi en d'autres circonstances de sa vie : car nous lisons qu'en un voyage, Dieu lui fournit et à ses compagnons de quoi vivre, par le moyen d'un aigle qui leur apporta un grand poisson. Une autre fois, ayant été surpris sur mer par une horrible tempête, qui le fit demeurer sur cet élément plus de jours qu'il ne pensait, il trouva sur l'eau trois morceaux de chair de dauphin, qui servirent à le nourrir, ainsi que ceux de sa suite, l'espace de trois jours. Ayant besoin d'une pièce de bois de douze pieds de long, pour boucher une fente que les vagues de la mer avaient faite à sa cellule, Dieu fit que les flots lui en amenèrent une, telle qu'il la désirait, de sorte qu'on put dire de lui que la mer et les vents lui obéissaient.

Quelque effort qu'il fit pour se tenir caché, il ne put empêcher qu'une infinité de personnes ne le vinssent enfin trouver de toutes les parties de la Grande-Bretagne, même les plus éloignées, soit pour le consulter sur leur conscience, soit pour obtenir par ses prières la guérison de leurs maladies : et ce n'était pas inutilement : on ne se retirait jamais d'auprès de lui sans avoir reçu la consolation qu'on espérait, ou sans être délivré de la douleur qu'on souffrait auparavant. Pour les encourager dans leurs peines, il leur racontait quelquefois ses combats contre le démon, et combien de tentations il avait surmontées en cette guerre ; elle avait été si violente, qu'il s'était vu quelquefois sur le point de se précipiter du haut de son rocher dans la mer, ou du moins d'abandonner sa solitude. Il leur avoua que la vie cénobitique, où les religieux demeurent soumis à la volonté d'un supérieur, ne font rien que par son ordre, pour les jeûnes, pour les veilles et pour les prières, était beaucoup plus sûre que la vie érémitique, et qu'il avait même connu plusieurs de ces religieux qui ne le surpassaient pas moins en pureté d'âme que par la grâce de la prophétie. Entre autres, il nommait particulièrement saint Boisil, qui lui avait prédit tout ce qui lui devait arriver ; il ajoutait que toutes ses prédictions s'étaient accomplies, excepté une seule, savoir, qu'il serait évêque, mais qu'il priait Dieu de l'en préserver.

Puisque nous parlons de l'esprit de prophétie, nous pouvons dire que notre Saint l'a possédé lui-même éminemment. En effet, outre plusieurs autres événements, il prédit à sainte Elflède, abbesse, que le roi Egfrid, son frère, mourrait deux ans après, et que ce même roi lui donnerait auparavant l'évêché auquel le ciel l'avait destiné ; ce qui arriva après la mort de l'évêque de Lindisfarne : un concile provincial ayant été assemblé, saint Cuthbert y fut nommé évêque de ce siège, en présence de ce très-pieux roi, qui, assisté des prélats, l'alla chercher en personne dans son ermitage, pour le faire sacrer malgré ses résistances. Ce fut par ce même esprit de prophétie qu'il connut plusieurs choses présentes et cachées, quoique éloignées du lieu où il était, comme la mort du même roi Egfrid, dans une bataille contre les Pictes ou Écossais ; il en donna promptement avis à la reine.

Il ne fit pas moins paraître ses vertus dans la prélature, qu'il ne l'avait fait dans son cloître et dans son ermitage. Jamais évêque ne fut plus vigilant, ni plus laborieux ; le zèle qu'il avait du salut des âmes prévalait sur la faiblesse d'un vieillard consumé par les exercices d'une pénitence rigoureuse ; en l'espace de deux ans qu'il a occupé le siège de Lindisfarne, il a plus travaillé que plusieurs autres n'avaient fait en beaucoup d'années. Il visita tout son diocèse, quoiqu'en un temps de peste, sans laisser un seul hameau qu'il n'honorât de sa présence ; et l'on remarqua qu'une fois, ayant fait sa visite en un petit village, il demanda au prêtre qui l'accompagnait, s'il n'y avait pas encore en ce lieu quelque personne affligée qu'il n'eût pas consolée. Il parlait encore, quand il aperçut une pauvre femme qui avait déjà perdu un de ses enfants par la peste, et qui embrassait l'autre sur le point d'expirer ; il en fut touché de compassion, baisa cet enfant et le bénit avec la mère, l'assurant que son fils vivrait, et qu'elle, avec toute sa famille, ne serait plus affligée de ce fléau : ce qui arriva. L'étendue de son diocèse n'était pas assez grande pour contenir les flammes de sa charité ; elle se répandait encore sur les diocèses voisins, où il dédia des églises, visita des monastères de religieuses, et fit toutes les autres fonctions d'un homme vraiment apostolique.

Après avoir employé deux ans à travailler de la sorte au salut des âmes, il eut révélation que le temps de sa mort était proche ; il résolut donc de se retirer en la petite île de Farne, pour s'y préparer avec plus de tranquillité. Il partit le jour de Noël, après avoir célébré les divins mystères de cette solennité ; et, comme il montait sur le vaisseau, un des plus anciens religieux qui l'avaient accompagné au port, lui demanda, les larmes aux yeux, « quand ils pouvaient espérer son retour » ; il lui répondit simplement :

« Lorsque vous rapporterez mon corps en ce pays-ci ».

Il demeura près de deux mois en cette solitude, où il jouissait à plaisir du repos qu'il avait tant désiré. Mais, enfin, la rigueur de ses pénitences lui causa une maladie qui dura trois semaines. Jamais il ne voulut souffrir qu'on lui laissât personne pour l'assister dans ses souffrances. Il fut même une fois cinq jours sans recevoir aucun secours, parce que la mer était si furieusement agitée, qu'il était impossible aux religieux de passer dans son île. Dans cette étrange solitude, il souffrit des peines intérieures qui ne sont pas concevables ; car Dieu, voulant achever de le purifier, le laissa sans aucune grâce sensible et sans ces consolations qu'il recevait ordinairement du ciel. Les démons ne manquèrent pas de profiter de cette occasion et de faire leurs derniers efforts pour ébranler sa constance ; et les assauts qu'ils lui livrèrent furent si violents, qu'il avoua au vénérable Bède, qu'il chérissait tendrement, n'en avoir jamais ressenti de plus furieux en toute sa vie. Le jour de son bienheureux départ étant arrivé, il se fit porter à son oratoire, où il reçut les derniers sacrements avec une dévotion admirable. Enfin, ayant les yeux et le cœur élevés au ciel, il rendit l'esprit le 20 mars, l'an de Notre-Seigneur 687. Il guérit, le même jour de sa mort, un religieux malade depuis longtemps de la dysenterie.

Dans les tableaux et sculptures dont saint Cuthbert est le sujet, 1° il voit une âme s'élever au ciel sous la forme d'une colonne de feu : c'est celle de saint Aïdan ; — un ange se tient près de sa table, sur laquelle se trouvent des pains d'une éclatante blancheur ; — armé des attributs du berger, il conduit aux champs les troupeaux de son maître ; — il est en costume d'abbé, et une colonne de feu paraît sur sa tête ;

2° Mais, d'après le P. Cahier, le principal attribut du Saint serait le cygne ; celui-ci ayant été choisi pour indiquer les hommes qui se sont montrés particulièrement amoureux de la vie solitaire, à cause du silence que garde ordinairement cet oiseau.

Toutefois nous sommes porté à croire qu'il s'agit ici de l'oie à duvet, nommée oiseau de saint Cuthbert, et non du cygne. Qu'on en juge d'après ce que dit M. de Montalembert : « La légende Northumbrienne s'est donnée beau jeu à l'occasion du séjour solitaire du grand Saint national et populaire sur l'îlot de Farne. Elle lui attribue la douceur et la familiarité extraordinaires d'une espèce particulière d'oiseaux aquatiques, qui se rendaient à l'appel de l'homme, se laissaient prendre, palper et caresser à volonté, et dont le duvet était d'un moelleux extrême. Ils pullulaient autrefois sur ce rocher et s'y trouvent encore, bien que le nombre en ait fort diminué, depuis que les curieux sont venus voler leurs nids et les détruire à coups de fusil. Ces volatiles n'existaient nulle part ailleurs dans les Îles Britanniques, et portaient le nom d'oiseaux de saint Cuthbert. C'était lui, selon le récit d'un moine du XIIIe siècle, qui leur avait inspiré une confiance héréditaire, en les prenant pour compagnons de sa solitude et en leur garantissant que nul ne les troublerait jamais dans leurs habitudes ».

3° Des loutres essuient l'eau qui baigne ses pieds. Parmi les assistances merveilleuses que le ciel lui prêta, on raconte en effet que deux de ces animaux allaient le réchauffer sur le bord de la mer lorsqu'il sortait des flots où il avait coutume de se plonger pour chanter son office. — Ces amphibies pourraient également exprimer, en symbole, la retraite du Saint dans l'île de Farne.

4° La cathédrale de Durham possédait autrefois une représentation de saint Cuthbert portant la tête couronnée du roi saint Oswald. C'est que la tête du roi-martyr, recueillie par son frère, avait été envoyée à Lindisfarne et déposée dans la chasse du saint Évêque. Le tout, transporté plus tard à Durham, y était précieusement conservé en mémoire de la conversion des Northimbres, ou habitants du Northumberland, parmi lesquels le culte de saint Cuthbert était jadis très-populaire. Les bergers de ce même pays et les navigateurs Saxons dans la mer du Nord, l'avaient adopté pour leur patron spécial. Aujourd'hui, saint Cuthbert n'est plus connu des paysans du Northumberland et des Marches d'Écosse que par la légende des loutres compatissantes.

## RELIQUES DE SAINT CUTHBERT.

Son corps fut mis dans un cercueil que lui avait donné un saint Abbé, nommé Cudde, et enseveli dans un linceul dont une abbesse, appelée Vesca, lui avait aussi fait présent : il gardait l'un et l'autre dans son oratoire. On le porta solennellement à Lindisfarne, où il fut enterré dans sa cathédrale. Il avait quelque dessein de se faire inhumer dans sa solitude ; mais, à la prière des religieux, il changea de résolution, et consentit qu'on le portât en son église, où il s'est fait plusieurs miracles à son tombeau. On lui donna d'autres vêtements, afin de distribuer les siens comme de précieuses reliques. Aussi Dieu fit un si grand nombre de miracles par leur moyen, que ceux qui pouvaient toucher quelque chose qui lui eût appartenu, étaient assurés d'obtenir la guérison de leurs maladies ; un démoniaque fut même délivré, après avoir bu de l'eau où l'on avait jeté un peu de poussière tirée du lieu où son saint corps avait été lavé.

Onze ans après il fut trouvé aussi entier et aussi frais que s'il n'eût fait que de mourir ; tous ses vêtements étaient aussi sans corruption, comme le vénérable Bède l'écrit, tant en sa vie qu'au quatrième livre de l'Histoire d'Angleterre. Quatre cent dix-huit ans après, il était encore entier ; un autre historien anglais rapporte que, lorsque le perfide roi Henri VIII fit enfoncer les monuments les plus vénérables, pour en tirer les précieuses reliques et les jeter au vent, le corps de saint Cuthbert fut trouvé, avec ses ornements pontificaux, sans la moindre apparence de pourriture ; l'évêque de Durham, nommé aussi Cuthbert, ayant été consulté pour savoir ce que l'on ferait de ce précieux trésor, ordonna, quoiqu'il favorisât alors le parti du prince, qu'on le recouvrirait de terre, afin d'empêcher qu'on ne lui fît aucune insulte. C'est cet illustre Évêque, qui, ayant reconnu sa faute d'avoir suivi la passion d'un méchant roi, la répara glorieusement en défendant l'Église avec la reine Catherine, et en mourant enfin pour la foi en prison, sous la tyrannie de la détestable Élisabeth.

Parmi les choses précieuses qu'on trouva dans le tombeau étaient : l'anneau du Saint dont la pierre était un saphir, qui passa aux chanoinesses anglaises de Paris ; une copie de l'évangile de saint Jean, faite d'après l'exemplaire de saint Boisil. Le corps de saint Cuthbert fut trouvé, en 1829, par des ouvriers qui travaillaient dans la cathédrale de Durham, entier, bien conservé, et revêtu de ses ornements pontificaux. Il est maintenant au British-Museum.

Tous les martyrologes font mémoire de saint Cuthbert au 20 mars. — Cf. Acta sanctorum et Moines d'Occident, IV.

Événements marquants

  • Appel à la sainteté à l'âge de huit ans par un enfant de trois ans
  • Vision de l'âme de saint Aidan montant au ciel alors qu'il était berger
  • Entrée au monastère de Mailros sous la direction de Boisil
  • Profession monastique au monastère de Rippon
  • Élection comme prieur de Mailros après la mort de Boisil
  • Retraite érémitique dans l'île de Farne
  • Élection et sacre comme évêque de Lindisfarne
  • Retour à la solitude de Farne avant sa mort

Miracles

  • Guérison d'un abcès au genou par un ange
  • Multiplication de pains par un ange à Rippon
  • Extinction d'incendies par la prière
  • Changement de l'eau en vin
  • Apprivoisement des oiseaux de Farne et secours des loutres
  • Incorruptibilité du corps constatée en 698, 1104, sous Henri VIII et en 1829

Citations

Voilà un véritable israélite, dans lequel il n'y a point de malice

— Boisil (citant l'Évangile à propos de Cuthbert)

Ce n'est pas lui faire tort que de l'éveiller, puisqu'en rompant son sommeil, on lui donne moyen de faire quelque chose de bon, ou d'y penser

— Saint Cuthbert