Saint Macaire d'Alexandrie (le Jeune)

Anachorète

Fête : 2 janvier 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Ancien marchand d'Alexandrie, Macaire le Jeune devint un illustre anachorète disciple de saint Antoine. Célèbre pour ses austérités extrêmes et ses victoires sur les démons, il vécut dans les déserts de Scété et des Cellules. Il mourut vers 394 après une vie marquée par de nombreux miracles et une rigoureuse pénitence.

Biographie

SAINT MACAIRE D'ALEXANDRIE, ANACHORÈTE

Quand une fois l'homme connaît pourquoi il a été créé... aussitôt il apprend à faire pénitence de ses fautes... Un moine ne se sauvera pas dans l'abondance ; s'il ne possède rien, il s'envolera dans le ciel avec la rapidité de l'aigle... L'abondance de nourriture sauve de la désobéissance et de la mort ; la frugalité rend vigilant dans la prière. Lettre de saint Macaire à ses moines, apud Dom Ceillier, t. V, p. 286, éd. de 1860.

Saint Macaire d'Alexandrie est appelé le Jeune, pour le distinguer de saint Macaire d'Égypte, surnommé l'Ancien. Il était originaire d'Alexandrie,

où sa profession fut d'abord de vendre des dragées et des fruits ; ce qui n'a pas empêché qu'on ne lui ait aussi donné le titre de bourgeois de cette ville. Il n'y demeura pas longtemps ; car le grand amour qu'il avait pour la solitude le porta à se rendre près de saint Antoine, qu'il choisit pour son guide dans les premières années de sa retraite. Ce Saint lui donna l'habit monastique et lui prédit ce qui arriverait dans le cours de sa vie. En effet, Dieu manifesta dès lors au saint abbé, par une merveille évidente, qu'il destinait Macaire à de grandes choses. Saint Antoine avait fait dans une occasion un grand amas de rameaux de palmier pour faire des nattes. Comme ils étaient parfaitement beaux, Macaire le pria de lui en donner quelques-uns. Il lui répondit : « Il est écrit : Vous ne désirerez point le bien de votre prochain ». Mais à peine eut-il achevé ces paroles, que les rameaux devinrent aussi secs que si le feu y eût passé. Saint Antoine, étonné de ce prodige, lui dit : « Je comprends que le Saint-Esprit repose sur vous. Je vous considérerai désormais comme l'héritier des grâces dont Dieu a daigné me favoriser ».

Il se trouva quelque temps après dans sa solitude extrêmement affaibli, sans doute par ses grandes austérités, et le démon, faisant allusion à ces paroles de saint Antoine, lui dit : « Puisque tu as reçu la grâce d'Antoine, que n'en uses-tu pour obtenir de Dieu de la nourriture et des forces, afin que tu puisses marcher dans le chemin que tu as à faire ? » Mais il le repoussa par ces paroles : « Le Seigneur est ma force et ma gloire, et quant à toi, n'entreprends pas de tenter son serviteur ». Cela n'empêcha pas que cet esprit de malice ne vînt de nouveau lui tendre un piège. Il prit la figure d'un chameau chargé de vivres, et vint s'arrêter auprès de lui. Macaire soupçonna sans peine que c'était une illusion de sa part. Il se mit en prière, et aussitôt la terre s'ouvrit et engloutit l'animal fantastique.

On rapporte aux premières années de sa profession monastique ce qu'on dit de lui, que pendant quatre mois il alla tous les jours visiter un frère, sans pouvoir lui parler, parce qu'il le trouvait toujours en oraison. Ce qui lui fit dire dans un sentiment d'admiration : « Voilà véritablement un ange de la terre ».

Après avoir reçu et mis à profit les instructions de saint Antoine, il quitta la Thébaïde et vint au désert de Scété. Il fut le premier qui y bâtit un monastère. Il est certain qu'il avait là une cellule et qu'il s'y rencontra souvent avec saint Macaire d'Égypte. Il en eut une aussi en Libye et une autre à Nitrie ; mais son principal séjour fut au désert des Cellules, où il exerça les fonctions du sacerdoce, ayant été fait prêtre peu de temps après l'autre saint Macaire.

Ces différentes cellules étaient plus propres à satisfaire son amour pour la pénitence, qu'à le garantir des injures de l'air ; car les unes étaient sans fenêtres, et il y passait tout le carême assis dans l'obscurité. Une autre était si étroite qu'il ne pouvait s'y étendre de tout son long. Celle de Nitrie était la plus spacieuse, parce qu'il n'y allait que pour recevoir et instruire les étrangers.

Quoique son amour pour le recueillement l'eût fixé davantage au désert des Cellules, il ne se passait rien d'extraordinaire dans les déserts voisins,

surtout dans celui de Nitrie, où on ne l'appelât pour déterminer ce qu'on devait faire ; les anciens de ces déserts agissant tous de concert pour l'avantage spirituel des solitaires de leur dépendance.

Saint Macaire se distingua principalement par sa pénitence, par son attrait pour la solitude et pour l'oraison, et par le pouvoir que Dieu lui donna sur les esprits de ténèbres, et d'autres prodiges qu'il opéra, attestés par ses historiens en leur qualité de témoins oculaires.

Nous avons vu que les différentes cellules qu'il avait, étaient des séjours de mortification plutôt que des logements commodes. Il n'était point d'austérités si grandes, pratiquées par les autres, qu'il ne tentât de les imiter et même de les surpasser. Ayant appris qu'un solitaire ne mangeait qu'une livre de pain par jour, il eut la pensée, pour mieux mortifier son appétit, de rompre son pain en petits morceaux, qu'il mit dans une bouteille de terre, et de ne manger que ce qu'il en pouvait prendre avec les doigts, ce qu'il pratiqua l'espace de trois ans, non sans en souffrir beaucoup ; car, outre la peine qu'il avait à retirer ces petits morceaux, il ne mangeait tout au plus que cinq onces de pain par jour, et ne buvait de l'eau qu'à proportion.

On remarque encore que durant toute une année il ne consuma qu'une petite cruche d'huile. Il passait aussi quelquefois le jour sans prendre aucune nourriture, quoiqu'il travaillât beaucoup.

On lui dit qu'à Tabennes les disciples de saint Pacôme ne mangeaient rien de cuit pendant le Carême, et il voulut faire la même chose durant sept ans, ne se nourrissant que d'herbes crues ou de légumes trempés seulement dans l'eau froide. Mais sa ferveur le porta à aller reconnaître par lui-même la discipline de Tabennes, soit pour mieux s'instruire et s'édifier, soit pour y vivre confondu parmi tant d'austères religieux, et se dérober par là à la vénération qu'on avait pour lui à Nitrie et aux Cellules.

Le trajet de là à Tabennes était très-long. Il fallait traverser des déserts fort vastes, non sans souffrir extrêmement. Mais cette difficulté ne l'arrêta pas. Il quitta son habit pour n'être pas connu et prit un costume d'artisan. Il marcha pendant quinze jours dans ces solitudes affreuses jusque dans la Haute-Thébaïde, où il se présenta à la porte du monastère de saint Pacôme, qu'il pria humblement de le recevoir au nombre de ses religieux. Le saint abbé, à qui Dieu ne le fit pas connaître alors, quoiqu'il l'éclairât dans beaucoup d'autres rencontres d'une lumière prophétique, bien loin d'acquiescer à sa demande, lui dit qu'il était trop âgé pour soutenir le poids des austérités de sa règle ; qu'il fallait y être exercé de bonne heure ; et que s'il l'entreprenait, il serait tenté d'impatience dans les travaux dont on le surchargerait, ce qui le porterait au murmure, et qu'enfin, au lieu de persévérer, il quitterait tout, mécontent du monastère, et l'irait décrier ailleurs.

Ce refus ne le rebuta pas. Il persévéra pendant sept jours dans la même demande, quoiqu'il ne reçût du Saint que la même réponse, et fut tout ce temps-là sans manger. Enfin il lui dit : « Je vous conjure, mon Père, de me recevoir, et si je ne jeûne pas et ne fais pas la même chose que les autres, je consens que vous me renvoyiez ». Saint Pacôme, touché de sa persévérance, en parla aux autres frères, qui, selon Pallade, étaient au nombre de mille quatre cents, et qui conclurent à l'admettre.

thrès et pour participer au corps et au sang de Jésus-Christ. Si quelqu'un était absent, on jugeait qu'il était malade, et tous les autres l'allaient visiter. Lorsqu'un étranger voulait se fixer parmi eux, chacun lui offrait sa cellule, étant dans la disposition d'en bâtir une autre pour lui-même. Tous les frères s'occupaient du travail des mains, qui consistait à faire des paniers et des nattes. Jamais ils ne perdaient de vue la présence de Dieu ; et le profond silence qui régnait dans tout le désert ne contribuait pas peu à nourrir et à exalter la ferveur de leur oraison.

Ceci arriva peu de temps avant le Carême, et saint Macaire, attentif à tout ce qui se pratiquait pour le faire servir à son avancement spirituel, remarqua que les religieux, suivant chacun l'ardeur qu'ils avaient pour la pénitence, s'étaient proposé, les uns de ne manger que le soir durant la sainte quarantaine, les autres une fois en deux jours, et les autres après cinq jours. Il observa encore que quelques-uns, après être demeurés assis tout le jour occupés à leur travail, passaient toute la nuit debout.

Ces exemples de mortification animèrent tellement sa ferveur, qu'il fit tremper une grande quantité de feuilles de palmier pour son travail et se retira dans un coin où il se tint debout tout le Carême, sans jamais s'asseoir ni même s'appuyer, sans prendre un morceau de pain, mais seulement le dimanche quelques feuilles de choux toutes crues, et en si petite quantité, qu'il les mangeait plutôt pour éviter la tentation de vanité que pour se nourrir. Il garda pendant tout ce temps un rigoureux silence, et lorsqu'il était contraint de sortir, il retournait aussitôt à son travail, conservant toujours son esprit et son cœur élevés vers Dieu.

Saint Pacôme, occupé au gouvernement général de l'Ordre, ne s'était pas aperçu de la façon dont il avait vécu. Mais les autres religieux, et surtout ceux qui étaient les plus austères, y avaient pris garde, et ils en furent si frappés, qu'ils en portèrent leurs plaintes à leur abbé, disant qu'il avait amené un homme qui vivait comme s'il n'était qu'un pur esprit, sans chair et sans os, et qui semblait n'être venu chez eux que pour les condamner. Ils le prièrent en conséquence de le congédier, et avouèrent que s'il demeurait davantage, ils ne pouvaient plus eux-mêmes y tenir.

Le saint abbé s'informa sur ces plaintes du détail de sa conduite. Il en fut tout étonné ; il comprit qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire dans cet inconnu et qu'il n'en était pas à commencer les travaux de la vie religieuse. Il ne leur en dit pourtant rien ; mais il eut recours à la prière, pour obtenir de Dieu qu'il le lui fît connaître. Il lui fut révélé que c'était Macaire, dont la réputation était répandue dans tous les déserts. Après qu'il eut fini son oraison, il alla droit à lui, le prit par la main, le conduisit à la chapelle où était l'autel, et l'embrassant tendrement, il lui parla ainsi : « C'est donc vous, ô vénérable vieillard ? Vous êtes Macaire, et vous me l'avez caché. Il y a longtemps que j'ai entendu parler de vous et que je désirais vous voir. Je vous dois des actions de grâces d'avoir humilié mes enfants. Vous leur avez ôté par votre exemple tout sujet de s'enorgueillir de vanité et d'avoir des sentiments trop avantageux d'eux-mêmes à cause de leurs austérités. Retournez, je vous supplie, à votre solitude, et priez pour nous ».

Cet homme insatiable de pénitences se proposa un jour de combattre le sommeil, pour éprouver s'il pourrait le surmonter. Il le racontait depuis à Pallade, et lui disait : « Je passai pour cela vingt jours et autant de nuits à découvert ; étant brûlé durant le jour par la chaleur, et transi par le froid durant la nuit. Mais au bout de ce temps je fus obligé de me jeter promptement dans une cellule, où je m'endormis, sans quoi je serais tombé en défaillance ».

L'ennemi du salut lui donna, dans une autre rencontre, par des tentations contre la pureté dont il l'assiégea, l'occasion de pratiquer une mortification terrible. Il alla au marais de Scété s'exposer nu aux moucherons, dont les aiguillons dans cet endroit sont si pénétrants, que la peau même des sangliers n'est pas à l'épreuve de leurs piqûres. Il pratiqua cette pénitence durant six mois, et ces insectes couvrirent son corps de tant de pustules et d'ampoules, que quand il revint à sa cellule on ne put

le reconnaître qu'au son de sa voix, et que plusieurs crurent qu'il avait la lèpre.

Un autre acte de mortification, bien moindre que celui-là, et que Pallade rapporte, nous fait connaître en même temps combien les religieux qu'il avait sous sa discipline étaient fidèles à sacrifier à Dieu les satisfactions des sens. C'est ici un exemple des plus édifiants et qui mérite d'être rapporté, quoiqu'il soit commun au Père et aux disciples.

Saint Macaire eut l'envie une fois de manger des raisins. Il le fit connaître, et on lui en apporta aussitôt une grappe toute fraîche ; mais, quand il la vit, il voulut s'en priver, et joignant la charité à l'abstinence, il la fit porter à un frère qu'il croyait en avoir plus besoin que lui, parce qu'il ne jouissait pas d'une grande santé. Celui-ci témoigna d'abord de la joie de ce présent, qui lui était envoyé par un si saint homme ; mais quoiqu'il eût bien désiré d'en manger, il en fit le sacrifice à Dieu, à qui il rendit des actions de grâces, et la porta à un autre, qui également mortifié et charitable n'y toucha point, et la porta aussi à un troisième qui en fit de même. Enfin cette grappe de raisin fut ainsi portée de main en main dans toutes les cellules du désert, qui étaient en grand nombre et assez éloignées les unes des autres, jusqu'à ce que le dernier à qui elle fut offerte, l'envoya à saint Macaire comme un présent qui lui serait agréable, ignorant qu'il l'avait reçu avant tous les autres.

Le Saint reconnut d'abord la grappe, mais il voulut mieux s'en assurer ; et quand il apprit qu'elle avait passé par toutes les cellules sans qu'aucun frère y eût touché, il conçut une grande joie et remercia Dieu de voir tant de mortification et de charité dans ces saints solitaires. Il ne voulut pas non plus la manger, et cela lui servit de motif de pratiquer les exercices de la vie spirituelle avec une ardeur nouvelle.

Cet homme de pénitence était aussi un grand homme d'oraison, l'une conduisant à l'autre. Mais l'ordre qu'il gardait dans ses exercices était très-propre à lui en obtenir de Dieu le précieux don. Il distribuait la journée en trois temps, dont l'un était employé à différentes heures, à la prière et à la contemplation, et il ne faisait pas moins de cent oraisons par jour. Il passait l'autre partie du temps au travail des mains, et la troisième à exercer la charité envers les frères, leur donnant les avis et les instructions dont ils avaient besoin.

En partageant le temps entre ces différents exercices, on peut dire qu'il ne perdait point Dieu de vue, soit qu'il priât, soit qu'il agit, conservant dans une grande paix la pureté de son âme par la pureté d'intention qui sanctifiait ses œuvres, et ayant toujours le cœur élevé vers Dieu, quelque chose qu'il fit. Il y avait d'autres solitaires qui faisaient un plus grand nombre d'oraisons que lui. Les uns en faisaient trois cents, d'autres en faisaient jusqu'à sept cents. Pour lui, il suivait l'attrait que Dieu lui avait donné, en mêlant la vie active avec la contemplative, et il n'était point jaloux que d'autres fissent plus d'oraisons que lui. On peut même dire, avec un savant historien, que la ferveur des siennes compensait bien ce défaut.

C'était dans des oraisons sublimes que ce Saint puisait des lumières extraordinaires, soit pour distinguer les véritables révélations des illusions du démon ; soit pour pénétrer dans les secrets des consciences des frères, et de ceux qui s'adressaient à lui. Le démon vint une fois frapper à la porte de sa cellule et lui dit : « Levez-vous, abbé Macaire, et allons avec les frères faire la prière de la nuit ». Mais, dit Rufin qui rapporte ceci, « le Saint, qui était rempli de Dieu, connut aussitôt l'artifice du démon et lui répondit : Ô esprit de mensonge et ennemi de toute vérité, qu'y a-t-il de commun entre

toi et cette assemblée de Saints ? » — « Tu ignores donc, ô Macaire, lui répondit le démon, que jamais les solitaires ne s'assemblent pour la prière, sans que nous nous y trouvions ? Viens-y seulement, et tu verras nos œuvres ». — « Esprit impur, répliqua le Saint, Dieu veuille réprimer ta malice et dompter ta puissance ! »

Il se mit ensuite en oraison et pria le Seigneur de lui faire connaître si ce dont le démon se vantait était véritable. Puis il s'en alla à l'assemblée où les frères faisaient l'office durant la nuit, et renouvela la même prière à Dieu. Alors il vit comme de petits enfants éthiopiens extrêmement laids, répandus dans toute l'église, qui couraient de tous côtés, et avec tant de vitesse qu'on eût dit qu'ils avaient des ailes.

Or, c'était la coutume des solitaires que dans la prière, tous les frères étant assis, il y en avait un qui récitait un psaume et les autres qui l'écoutaient et répondaient à chaque verset. Ces petits éthiopiens courant deçà et delà, faisaient diverses malices à ceux qui étaient assis. Ils fermaient les paupières aux uns, qui s'endormaient aussitôt; ils en faisaient bâiller d'autres en leur mettant le doigt dans la bouche. Ensuite, lorsque le psaume était achevé, les frères se prosternant à terre, selon l'usage, pour faire oraison, ils couraient à l'entour d'eux, paraissant à l'un sous la figure d'une femme, à un autre comme bâtissant quelque maison ou portant quelque chose, et enfin à d'autres en d'autres manières; ce qui faisait que ces solitaires roulaient dans leur esprit tout ce que les démons leur représentaient en se jouant.

Mais ils ne réussissaient pas de même envers tous; car voulant s'approcher de quelques-uns, ils en étaient si vivement repoussés, qu'ils tombaient par terre, et ne pouvaient après cela ni demeurer debout, ni repasser auprès d'eux; au lieu qu'ils marchaient sur la tête et sur le dos de quelques autres frères dont la dévotion était faible, et se moquaient d'eux parce qu'ils n'étaient pas attentifs à leur oraison.

Saint Macaire voyant cela, jeta un profond soupir, et dit à Dieu en répandant beaucoup de larmes : « Considérez, Seigneur, comme le démon nous tend des pièges. Faites-lui entendre votre voix puissante, et les effets de votre colère. Levez-vous, afin que vos ennemis soient dissipés et s'enfuient devant votre face, puisque vous voyez comment ils remplissent nos âmes d'illusions ».

Cependant la prière étant achevée, le Saint voulut approfondir davantage la vérité, et appela en particulier les uns après les autres ceux des frères à qui il avait remarqué que les démons avaient apparu sous diverses formes, et il leur demanda si pendant la prière ils n'avaient pas pensé à des bâtiments, à des voyages ou à d'autres choses semblables. Ils lui en firent l'aveu, et il connut alors que les vaines pensées qui nous viennent à l'esprit dans l'oraison, sont, la plupart du temps, causées par l'illusion des démons, repoussés par ceux qui veillent avec soin sur eux-mêmes; « parce que, ajoute Rufin, une âme qui est unie à Dieu et qui dans le temps de l'oraison a une attention particulière vers lui, ne peut souffrir que rien d'étranger ni rien d'inutile entre dans elle pour l'en détourner ».

Si saint Macaire fut grand par l'éminence de ses oraisons et de ses lumières surnaturelles, il ne le fut pas moins par le don des miracles, et il ne le céda pas en cela au célèbre Macaire d'Égypte, que les historiens nous représentent comme le thaumaturge de son temps. Nous avons dit qu'il était le pouvoir que Dieu lui avait donné sur les démons. Il délivra un si grand nombre d'énergumènes par sa parole accompagnée d'une foi vive, que l'historien de sa vie dit qu'il serait bien difficile de les compter.

On peut voir dans la vie de Macaire l'Ancien quelques circonstances de la vie de Macaire d'Alexandrie qui sont communes aux deux saints solitaires. Enfin, saint Macaire d'Alexandrie, après avoir passé au moins soixante ans dans la solitude, termina par sa mort (394 ou 395 d'après Tillemont), une vie de sainteté et de prodiges, et laissa après lui, avec le souvenir de ses vertus, la mémoire d'un des plus célèbres solitaires qui ait sanctifié les déserts par son amour pour Dieu et par la pratique d'une sévère pénitence.

On représente saint Macaire le Jeune : 1° avec le sac ou cabas dont il se servait pour transporter du sable et ainsi mater son corps par la fatigue ; 2° près de lui une lionne lui apportant son lionceau qui est aveugle. Le saint homme lui rend la vue, et le lendemain, la mère reconnaissante lui apporte une peau de bélier. L'homme de Dieu accepte le présent à condition qu'à l'avenir elle ne fera plus de mal aux pauvres gens de la campagne. Cette peau de bélier passa plus tard, dit-on, entre les mains de sainte Mélanie ; 3° entouré d'un grand nombre d'autres animaux féroces, pour exprimer qu'il s'enfonça très-avant dans le désert ; 4° portant une fiole suspendue à son cou. Cette fiole contenait l'huile bénite avec laquelle il faisait une onction sur ceux qui étaient possédés du démon, pour les délivrer.

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## SAINT MAXIME OU MÊME, ABBÉ DE LIMOURS,

### MARTYR

583-625. — Papes : Pélage II ; Honoré Ier. — Rois : Gontran, Chilpéric Ier, Childebert II ; Clotaire II.

Le monde ne trouve de charmes que dans les romans, les chansons, les théâtres, les intrigues. Il est bon de lui montrer l'exemple d'un homme qui, s'élevant au-dessus de la sphère des jouissances grossières, a trouvé un bonheur parfait en s'éloignant de la beauté terrestre, en la regardant même comme un obstacle à la paix de l'âme.

Saint Maxime, ou Même, naquit au territoire de Caturcum (Cahors), dans un bourg appelé Margarita. Dès l'âge de sept ans, il fuyait la maison paternelle pour aller s'instruire près de l'évêque Didier qui le garda dix ans.

Il se distingua tellement par ses connaissances et ses bonnes mœurs que, quoique très-jeune encore, il fut élu conseiller de sa ville natale. Or, un jour

SAINT MAXIME OU MÊME, ABBÉ DE LIMOURS.

un homme très-distingué, du nom de Béraldus, alla trouver le père de Maxime et lui dit : « J'ai appris que vous avez un fils qui est très-beau, je voudrais bien le voir ». Il y a de cela 1200 ans : dans ce temps-là, comme longtemps avant et après saint Maxime, quand un jeune homme ou une jeune personne devait se marier, le choix était fait par les parents. Cette coutume a un bon côté, en ce que généralement le choix des parents est beaucoup plus calme et plus impartial que celui des jeunes amants ; tandis que ceux-ci, oubliant qu'il s'agit de s'unir pour la vie, quelquefois pour une très-longue vie, ne sont mus trop souvent dans un choix si important que par une passion éphémère, dont la flamme et l'entraînement ne durent d'ordinaire que peu de jours. Béraldus, après avoir vu Maxime, dit à son père : Votre fils est vraiment un très-beau et très-aimable jeune homme. Si vous le voulez, je lui donnerai ma fille Hébrilde en mariage, avec une riche dot. Là-dessus la mère de Maxime reprit : J'espère que notre fils ne se mariera pas. Alors le père de Maxime donna à sa femme un soufflet en s'écriant : Cela n'est pas vrai ! — Maxime, en voyant que son père voulait le forcer à se marier, eut une grande peur, et pendant la nuit il se réfugia auprès de l'évêque qui l'avait élevé. Celui-ci l'accueillit avec bonté, et lui promit aide et protection.

Mais Maxime ne se crut pas assez en sûreté. De grand matin, il alla trouver un ami chrétien, et lui demanda conseil, en lui déclarant qu'il préférerait au joug du mariage et aux servitudes du monde la solitude et la compagnie des animaux sauvages. Son ami se décida aussitôt à partager avec lui ce genre de vie, et ils s'enfuirent sans délai dans un désert où se trouvaient déjà d'autres solitaires. Maxime se bâtit une cellule pour y consacrer sa vie à Dieu ; l'autre retourna chez lui. Maxime passa sa vie dans les jeûnes, les prières et les veilles ; il chantait fréquemment des psaumes et des cantiques. Alors le démon, voyant qu'il n'en pouvait pas venir à bout avec Maxime, se tourna vers son père, et voici comment il s'y prit. Une nuit il lui apparut sous la forme d'un ange et lui dit : Écoutez sans crainte ce que je vais vous dire : Votre fils Maxime est près de la rivière de l'Olt, en un lieu appelé Roches-Creuses, au désert. Levez-vous dès la pointe du jour et allez le chercher.

Le père monta donc à cheval de grand matin et se mit en route avec ses chasseurs, comme s'il se fût agi d'aller chasser l'ours. Ils trouvèrent en effet Maxime au lieu indiqué ; ils lui lièrent les pieds et les mains et l'emmenèrent prisonnier comme un malfaiteur. Arrivés à la maison paternelle, ils le jetèrent dans un cachot improvisé, et l'y tinrent enfermé, « pour lui apprendre », disait le père, « à s'apprivoiser ».

Cependant Béraldus, qui n'avait pas encore renoncé à l'espoir de devenir le beau-père de Maxime, et qui y tenait beaucoup, se réjouissait fort, et pour faire éclater sa joie, il donna un grand festin. Maxime fut tiré de sa prison, vêtu magnifiquement et amené dans la salle du festin. Là son père lui dit : Prends l'anneau des fiançailles des mains de Béraldus, et mets-le à la main de sa fille, comme un gage de votre future union. Maxime s'y refusa. Alors son père s'écria en colère : Vite, dépêche-toi ! — Maxime fut inébranlable. Son père le frappa avec un bâton. Maxime prit enfin l'anneau et le mit au doigt d'Hébrilde, en disant : Je me donne à vous, et je vous accepte comme ma fiancée en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Huit jours après, Béraldus convoqua ses parents et ses amis à la noce. Maxime était plongé dans la tristesse ; il rencontra un pieux pèlerin, auquel il demanda conseil, en lui disant qu'on voulait le forcer au mariage, tandis

qu'il eût préféré consacrer sa vie au Seigneur, dans la solitude. Le pèlerin l'engagea à venir avec lui : aussitôt Maxime quitta son père, sa mère, ses biens et sa fiancée, et partit pour consacrer toute son existence à Dieu, seul objet de son amour.

Les deux voyageurs se dirigèrent vers Limoges pour implorer la protection de saint Martial. La nuit même de ce jour, Maxime eut en son sommeil une vision. Un ange lui apparut, et lui dit d'aller à Vienne où il apprendrait ce qu'il aurait à faire. Les deux pèlerins se remirent donc en route. Chemin faisant, ils rencontrèrent un religieux de la juridiction de l'évêque Paschase ; ce moine, voyant leur extérieur modeste et pieux, les interrogea avec bonté et promit qu'il ferait part de leurs intentions au prélat. Le lendemain Paschase les fit appeler : « D'où êtes-vous, mes frères », leur demanda-t-il, « où voulez-vous aller, que cherchez-vous ? » Maxime lui dit qu'il était né aux environs de Caturcum (Cahors), et lui raconta pour quelle cause il avait abandonné sa patrie et sa famille, dans l'espoir de trouver une retraite où il pût servir Dieu dans la paix. L'évêque lui dit alors de se rendre au monastère avec ses religieux ; mais aussitôt Maxime, par affection pour son compagnon de voyage, lui répondit : « Que ferai-je de mon frère Magnence ? — Puisqu'il en est ainsi », repartit l'évêque, « allez en paix, je ne vous connais pas ».

Après ce refus, ils sortirent de la ville et Maxime eut une seconde vision ; l'ange lui dit : « Maxime, levez-vous et allez au monastère de Saint-Jean de Limours, où l'abbé Sabas commande, sous la juridiction du roi Clotaire, et là, accomplissez ce que le Seigneur vous ordonne ». Il alla donc trouver l'abbé et lui donna sur sa vie les détails que nous connaissons. Sabas l'envoya alors travailler avec ses religieux ainsi que Magnence, et leur donna le lendemain la tonsure monacale en présence de la communauté. Le jour suivant, pendant que Maxime était au travail avec les autres religieux, une laie, prête à mettre bas, sortit d'un épais fourré et, venant aux pieds du Saint, les lui lécha avec respect. Celui-ci lui donna une partie du pain qu'il avait près de lui, et dit à cette bête : « Puisque tu manges notre nourriture, va porter ton fruit au monastère », et le jour suivant la laie vint retrouver le serviteur de Dieu accompagnée de sept petits ; l'abbé en confia la garde à un frère.

L'évêque Paschase, ayant entendu raconter ce fait prodigieux, vint au monastère et demanda le religieux qui avait opéré ce miracle ; on lui présenta Maxime qu'il ordonna prêtre peu de temps après ; les religieux en conçurent une grande joie et lui confièrent aussitôt une part dans l'administration du monastère. Bientôt, l'abbé étant mort, Maxime fut élu en sa place.

L'intendant de Clotaire, Eldebode, l'ayant appris, le manda près de lui pour l'interroger. « Mon frère », dit le Saint à l'envoyé, « allez dire à votre maître qu'il vienne ici, qu'il reçoive notre bénédiction, et nous répondrons à ses demandes ; car il ne nous convient pas de sortir de notre monastère. L'intendant irrité envoya un second messager, mais en vain. Enfin il arriva lui-même et accabla l'abbé de reproches violents et injustes ; il le menaça de mort, et déjà il s'apprêtait à le frapper avec un bâton, lorsque sa main fut aussitôt paralysée et ses yeux frappés d'aveuglement. Honteux et n'osant prier Maxime lui-même de le guérir, il alla, avec son conseiller Elduin, supplier Magnence d'intercéder pour lui. Le serviteur de Dieu ne voulut point l'entendre.

Eldebode retourna chez lui plein de fureur contre Maxime et Magnence ; mais il ne put si tôt réaliser ses menaces, ni cacher sa confusion, suite de son

SAINT MAXIME OU MÊME, ABBÉ DE LIMOURS.

châtiment. Les gens de sa maison vinrent insulter les moines et leur reprocher le malheur de leur maître, leur assurant qu'ils en tireraient une vengeance éclatante. On engagea alors Maxime à se mettre en sûreté; mais il répondit qu'il irait sur la place publique faire connaître à ces furieux les ordres de Dieu. Quand il parut, tous lui demandèrent pourquoi il avait ainsi traité leur maître; Maxime répondit qu'il avait été frappé d'aveuglement parce qu'il persécutait les serviteurs de Dieu. Aussitôt l'un des plus proches s'avance pour le saisir, disant: « Cherche maintenant où est celui qui t'enlèvera de mes mains. — Celui-là est ici présent », dit Maxime, « qui peut m'arracher de tes mains ». Et comme le scélérat tirait son glaive pour en frapper le saint abbé, le glaive s'échappe de ses mains et une force invincible le renverse; une nuée lumineuse descend des cieux sur Maxime, et tous ceux qui le menacent de mort deviennent aveugles. Le Saint leur prêche alors la pénitence et leur donne des avis salutaires, et priant pour eux, il obtient leur guérison; tous recouvrèrent la vue, excepté celui qui avait voulu attenter à sa vie. Mais le démon, jaloux de cette victoire, inspire à l'un d'eux de lui donner un coup de lance, et Maxime, frappé au côté, s'affaisse sur lui-même en disant: « Gontran, vous avez mal fait, pourquoi me percer de votre lance ? » Le corps de Gontran fut à l'instant même tout couvert de blessures, et il mourut trois jours après rongé par les vers.

Les religieux, après avoir relevé saint Maxime, le portèrent en pleurant au monastère. L'ange du Seigneur lui apparut et lui dit que le lendemain, saint Michel, accompagné d'une multitude d'esprits bienheureux, viendrait le chercher pour le conduire au ciel et lui donner la récompense due à ses bonnes œuvres et à son martyre. Ceux qui assistaient le malade entendirent les paroles de l'archange qui prédit encore que Magnence serait abbé après le saint moribond. Le jour suivant, Maxime appela ses religieux et fit mettre du vin dans une coupe, puis il le bénit et, rendant grâces à Dieu, il en but et le donna à boire à tous ses religieux en signe de charité; il demanda humblement pardon à ceux qu'il avait offensés, et leur fit ses adieux en les embrassant. L'évêque de la province d'Auvergne, Augustin, et l'archevêque de Vienne, Paschase, étaient présents au trépas du bienheureux. Parmi ceux qui entouraient le lit de mort, cinq malades furent guéris miraculeusement. Le saint abbé, ayant entendu les chants des anges qui venaient pour l'introduire au ciel, dit aux assistants: « Je vous prie, mes pères et mes frères, de me recevoir en votre charité et de m'accompagner du secours de vos prières ». Puis, ayant fait le signe de la croix, il s'endormit dans le Seigneur, le 27 janvier de l'an 625.

C1. Acta Sanctorum, 2 janvier.

Événements marquants

  • Vendeur de dragées et de fruits à Alexandrie
  • Retraite auprès de saint Antoine en Thébaïde
  • Fondation d'un monastère au désert de Scété
  • Séjour au désert des Cellules et ordination sacerdotale
  • Visite incognito au monastère de saint Pacôme à Tabennes
  • Pénitence de six mois dans le marais de Scété contre les moucherons

Miracles

  • Dessèchement instantané de rameaux de palmier
  • Disparition d'un chameau fantastique (illusion démoniaque)
  • Guérison d'un lionceau aveugle
  • Vision des démons distrayant les moines durant l'office
  • Délivrance de nombreux énergumènes

Citations

Un moine ne se sauvera pas dans l'abondance ; s'il ne possède rien, il s'envolera dans le ciel avec la rapidité de l'aigle.

— Lettre de saint Macaire à ses moines

Le Seigneur est ma force et ma gloire, et quant à toi, n'entreprends pas de tenter son serviteur.

— Réponse au démon