Saint Gaucher de Meulan

Solitaire

Fête : 9 avril 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire de Meulan, Gaucher se retire en Limousin au XIIe siècle pour mener une vie d'ermite. Fondateur du monastère d'Aureil sous la règle de Saint-Augustin, il forme de grands saints comme Étienne de Grandmont. Il meurt à 80 ans des suites d'une chute de cheval et est canonisé en 1194.

Biographie

SAINT GAUCHER DE MEULAN, SOLITAIRE

Saint Gaucher, dont la vie a été plus de cinq siècles inconnue à la France, était de la ville de Meulan-sur-Seine. Sa naissance fut précédée de plusieurs visions qui firent juger à sa mère que l'enfant qu'elle portait dans son sein serait un jour grand serviteur de Dieu.

Il fut élevé au village de Juziers, et dès qu'il eut atteint l'âge propre aux études, ses parents, qui étaient pieux, lui firent apprendre les lettres humaines. Comme il avait beaucoup d'intelligence, il y fit de grands progrès ; néanmoins ces lumières ne servirent qu'à lui faire connaître plus parfaitement la laideur du vice et la beauté de la vertu.

Embrasé du désir de la perfection, il chercha un guide qui put l'y conduire par le véritable chemin ; et, ayant trouvé un saint personnage nommé Reynier, il s'attacha à lui et en apprit les premiers éléments de la piété et les maximes fondamentales de la dévotion, qui sont particulièrement de fuir la délicatesse et d'aimer la chasteté.

Désirant pratiquer des leçons si salutaires, Gaucher résolut de se retirer dans quelque solitude ; mais avant d'exécuter son dessein, il le communiqua à un saint personnage nommé Humbert, chanoine de l'église cathédrale de Limoges, qui avait été maître de Reynier, et se trouvait alors en ce pays-là. Ce saint homme, qu'une longue expérience avait rendu fort éclairé dans la conduite des âmes, connaissant de suite que l'esprit de Dieu agissait sur le cœur de Gaucher, lui conseilla de suivre cet attrait de la grâce ; aussitôt notre Saint quitta son pays et se rendit, avec le même Humbert, au pays de Limoges, où il savait qu'il ne manquerait point de déserts propres à son dessein.

Ainsi, à l'âge de dix-huit ans, il renonça aux biens et aux honneurs de la terre, et s'associant pour compagnon un de ses amis, nommé Germond, il suivit le pieux chanoine, jusqu'en la ville de Saint-Léonard, en Limousin.

Nos deux solitaires passent toute la nuit en prières au sépulcre de saint Léonard, et, après avoir imploré le secours de son intercession pour l'exécution de leur entreprise, ils prennent le chemin des forêts voisines. Après avoir cherché les lieux les plus sombres et les plus affreux, ils s'arrêtent dans un endroit extraordinairement solitaire, qu'on a nommé depuis Chavagnac, et y bâtissent un ermitage avec des branches d'arbre ; là, séparés de tout le commerce des hommes, ils ne s'appliquent qu'à la contemplation des choses célestes, afin de s'unir entièrement à Celui qu'ils ont choisi pour l'unique objet de leur amour.

Ce lieu leur paraît si favorable au silence et à la vie qu'ils veulent mener, qu'ils prennent la résolution de s'y établir tout à fait, et même d'y bâtir une chapelle pour y faire leur prière : Mais ils n'en peuvent obtenir la permission des religieux de Saint-Augustin de Limoges, d'autres disent de Saint-Benoît, qui, probablement, possédaient alors le même monastère, ni des religieuses de Sainte-Marie de la Régale, auxquelles

9 AVRIL.

appartenait cette forêt : ils se retirent donc, par une inspiration divine, dans un bois, dit anciennement du Sauveur, et maintenant appelé Aureil, distant du précédent seulement de vingt-cinq pas. Comme cet endroit dépendait des chanoines de Saint-Étienne de Limoges, le bienheureux Gaucher, qui n'avait alors que vingt-deux ans, vint trouver son maître Humbert, pour le supplier de lui en procurer la donation ; il l'obtint : le Chapitre y mit pourtant cette condition, outre plusieurs autres, que si, dans la suite, quelqu'un de leur corps voulait renoncer au monde et se retirer dans cette sainte solitude pour y servir Dieu avec plus de perfection, il y serait reçu sans nulle contradiction.

Notre Saint, ravi du succès de sa démarche, s'en retourna aussitôt en sa forêt : par le secours des aumônes de plusieurs habitants voisins, il bâtit une très-belle église à l'honneur de saint Jean l'Évangéliste, et quelques cellules alentour pour y recevoir les personnes qui voudraient se consacrer à Jésus-Christ dans une vie solitaire.

L'odeur de ses vertus y en attira un grand nombre qui se mirent sous sa conduite. On remarque, entre autres, le célèbre saint Étienne, fondateur de l'Ordre de Grandmont ; Gaucher lui donna l'ermitage de Muret, où ce saint Ordre a pris naissance ; saint Lambert, depuis fondateur de l'abbaye de la Couronne, auprès d'Angoulême, et évêque de la même ville, et saint Faucher. Ils ont tous reçu les premières impressions de la vertu et la science du mépris du monde, sous la discipline de notre bienheureux Solitaire.

D'abord, il ne s'était proposé que de faire un monastère de religieux ; mais voyant que beaucoup de personnes de l'autre sexe demandaient aussi avec instances un lieu de retraite pour y servir Dieu avec plus de sainteté, il leur fit bâtir une maison distante d'un jet de pierre de la précédente. Il donna aux uns et aux autres la Règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin, établis au Concile de Latran, sous le pape Alexandre II, l'an 1063.

La vie que le bienheureux Gaucher mena dans ce désert n'est connue que de Dieu. Nous savons seulement qu'il la passa dans la pratique continue des jeûnes, des veilles, des prières et des mortifications jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, et qu'il fut favorisé du don de prophétie et de la grâce des miracles.

Enfin, comme il revenait un jour de Limoges, où quelque affaire importante de son monastère l'avait obligé d'aller, il fut surpris par le sommeil, et son cheval venant à faire un faux pas dans un endroit qui a été appelé depuis le Pas de Saint-Gaucher, le fit tomber par terre. Le Saint donna de la tête contre une pierre et se blessa dangereusement. Il fut porté demi-mort à Frétiac, qui était le plus proche village, et, de là, en sa solitude d'Aureil, où, quelque temps après, il rendit son âme à Dieu, le 9 avril 1130. Son corps fut inhumé solennellement dans l'église de son monastère par Gérard, évêque de Limoges, élu en 1137 ; il fut levé de terre par l'évêque Saïbrand, à la suite du décret de sa canonisation fait par Célestin III, en l'an 1194.

Entre les miracles de saint Gaucher, on dit qu'il a ressuscité un de ses religieux, écrasé par la chute d'un arbre ; qu'il a préservé du péril des nautoniers qui l'ont invoqué durant la tempête ; qu'il a sauvé des personnes qui devaient être brisées sous des roues de moulin ; qu'il en a délivré d'autres d'un incendie ; en un mot, que des boiteux, des paralytiques, des épileptiques et une foule d'autres sortes de malades ont été guéris par ses mérites et par son intercession.

L'église d'Aureil, au diocèse de Limoges, a le bonheur de posséder encore les chefs des saints Gaucher et Faucher qui sont en grande vénération dans

le pays. Entre Juziers où le Saint passa son enfance et Gargenville où il allait à l'école, une fontaine porte encore le nom de saint Gaucher : on y vient des environs, surtout le mardi de Pâques : l'eau de cette fontaine passe pour guérir les fièvres intermittentes.

La mémoire de ce saint Confesseur a toujours été très-célèbre, non-seulement dans le Limousin, mais encore à Meulan, son pays natal, où il y a des chapelles et des lieux de dévotion consacrés à son honneur ; les actes de sa vie nous ont été cachés jusqu'à ce que François de Blois, conseiller du roi et lieutenant général au comté et baillage du même Meulan, l'eut donnée au public dans le neuvième siècle. C'est de là et de ce qu'on rapporte, dans le premier tome d'avril, le docte continuateur de Rollandus, que nous avons tiré le présent abrégé. Du Saussai en fait aussi une très-honorable mention dans son martyrologe des Saints de France.

Événements marquants

  • Éducation à Juziers et Gargenville
  • Rencontre avec Reynier et Humbert
  • Départ pour le Limousin à l'âge de 18 ans
  • Retraite à Chavagnac puis à Aureil à l'âge de 22 ans
  • Fondation du monastère d'Aureil et d'une maison pour femmes
  • Adoption de la règle de Saint-Augustin
  • Chute de cheval mortelle au lieu-dit Pas de Saint-Gaucher
  • Canonisation par Célestin III en 1194

Miracles

  • Résurrection d'un religieux écrasé par un arbre
  • Protection de nautoniers durant la tempête
  • Guérisons de paralytiques et d'épileptiques
  • Source miraculeuse à Juziers guérissant les fièvres