Saint Nicaise (Nigaise)
Premier archevêque de Rouen et Martyr
Résumé
Originaire d'Athènes et converti par saint Paul, saint Nicaise fut envoyé par le pape saint Clément pour évangéliser la Gaule. Après avoir terrassé un dragon à Vaux et converti de nombreux païens dans le Vexin, il fut décapité à Écos par le gouverneur Fescenninus. La tradition rapporte qu'il porta sa tête jusqu'à son lieu de sépulture à Gasny.
Biographie
SAINT NICAISE OU NIGAISE,
PREMIER ARCHEVÊQUE DE ROUEN, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS À ÉCOS, AU DIOCÈSE D'ÉVREUX
1er et IIe siècles.
Le devoir, c'est une chose qu'il faut faire, et la fin, c'est le motif pour lequel elle doit être faite.
Saint Augustin, lib. IV contra Julian., c. 8.
Suivant la tradition, saint Nicaise, dont le nom grec signifie vainqueur ou victorieux, vit le jour en Grèce. Quelques historiens de sa vie ajoutent, sur le témoignage des vieux manuscrits trouvés dans son église de Meulan, qu'il naquit à Athènes et qu'il fut converti, avec le grand saint Denis, par le savant discours que fit l'apôtre saint Paul dans le sénat de l'Aréopage. Ils se rendirent ensemble à Rome, où le pape saint Clément formait une compagnie de saints missionnaires pour la conquête des Gaules. Saint Nicaise ayant été sacré évêque par le souverain Pontife, accompagna saint Denis jusqu'à Paris ; et après avoir combattu quelque temps dans cette cité les erreurs du paganisme, il se dirigea vers la métropole de Rouen. Mais
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cette ville, qui le vénère encore aujourd'hui comme son premier Pontife, ne devait pas le voir dans ses murs; le Bienheureux trouva dans le Vexin la mort glorieuse des martyrs.
Nicaise menait avec lui saint Quirin et saint Egobille, dont on ne sait pas bien le pays ni l'extraction, mais qui étaient animés du même zèle que lui pour le salut des infidèles. Leurs premières stations furent à Conflans-Sainte-Honorine, à Andrésy et à Triel, où ils firent quelques conversions. Ensuite, ils se rendirent au village de Vaux, près de Pontoise, qui était depuis quelque temps infesté d'un horrible dragon: ils remportèrent une insigne victoire sur ce monstre; saint Quirin le lia et l'amena devant le peuple avec l'étole de saint Nicaise, et il périt ensuite à leurs pieds. Les Saints engagèrent ces idolâtres à renoncer à leurs erreurs et à embrasser la foi de Jésus-Christ: trois cent dix-huit personnes reçurent alors le baptême dans une fontaine que l'on appelle encore à présent la Fontaine de Saint-Nicaise. Les lieux voisins eurent bientôt part à cette grâce; les habitants de Meulan, de Mantes et du village de Monceaux commencèrent, dès ce temps, à ouvrir les yeux à la lumière de l'Évangile. Une troupe de démons qui, cantonnés dans une caverne, faisaient des maux incroyables aux passants, furent chassés par nos apôtres.
Cependant, comme ce pays n'était pas le terme de la mission de ces bienheureux voyageurs, ils passèrent outre pour se rendre au plus tôt à Rouen. Lorsqu'ils furent à La Roche-Guyon, ils prêchèrent avec tant d'efficacité en présence de Pience, noble veuve de l'endroit, qu'elle se convertit et voulut être régénérée dans les fonts salutaires du baptême. Par ce moyen, son château fut ouvert à saint Nicaise comme à un ange du ciel. Il y trouva un prêtre des idoles, nommé Clair, déjà fort âgé et qui avait perdu la vue. Il le guérit et le catéchisa, puis, lui ayant fait toucher au doigt son aveuglement spirituel, encore plus déplorable que le corporel, il le porta à embrasser le christianisme. Plusieurs païens imitèrent son exemple, et nos saints prédicateurs, en sortant de ce lieu, eurent la consolation d'y laisser de très-grandes dispositions pour la ruine entière de l'idolâtrie. Le démon, voyant son empire à demi détruit, excita contre les auteurs de sa défaite les sacrificateurs des temples et les principaux d'entre le peuple. Ceux-ci trouvèrent un complaisant exécuteur de leurs projets homicides, dans le gouverneur Fescenninus, qui venait de répandre le sang de saint Denis et de ses compagnons sur la colline de Montmartre. Cet implacable persécuteur du nom chrétien, s'étant mis à la poursuite de nos apôtres avec une troupe de soldats, les fit saisir par ses archers et paraître les mains liées en sa présence. Il les reprit sévèrement de l'entreprise qu'ils faisaient de renverser la religion des Romains pour en introduire dans le monde une nouvelle. Il les traita de séditieux, de rebelles aux lois de l'État, d'impies, d'extravagants et de visionnaires. Il les menaça des plus rigoureux supplices s'ils n'adoraient Mars et Mercure, qui étaient en plus grande vénération parmi les Gaulois. Saint Nicaise lui répondit admirablement sur tous ces chefs, et lui fit voir avec ses compagnons la résolution inébranlable où il était, non-seulement de demeurer jusqu'à la mort dans le service de Jésus-Christ, mais aussi d'annoncer partout son Évangile et de lui conquérir sans cesse de nouveaux serviteurs. Ainsi Fescenninus, désespérant de les vaincre, les condamna sur-le-champ au fouet et à avoir la tête tranchée: ce qui fut exécuté. Ce massacre se fit à Scamnis (Écos), entre La Roche-Guyon et Les Andelys, près de la rivière d'Epte, au diocèse d'Évreux.
On représente saint Nicaise: 1° faisant mourir, par la force du signe de
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la croix, le dragon de Vaux; 2° en groupe avec saint Quirin et saint Scubicule, ses compagnons de martyre; 3° portant sa tête entre ses mains, après que le bourreau l'eut séparée du tronc.
Saint Nicaise est patron de Rouen, du Vexin normand, et de Vaux près Meulan.
## CULTE ET RELIQUES.
Les corps des Saints furent laissés sur la terre pour être la proie des animaux. Mais la nuit suivante ils se levèrent d'eux-mêmes, et, prenant chacun leur propre tête entre leurs mains, ils passèrent la rivière à un gué inconnu jusqu'alors, et que l'on a depuis appelé Gué de Saint-Nicaise; ils allèrent ensuite se reposer dans une petite île nommée plus tard Gasny, et qui fait aujourd'hui partie du continent. Pience, qui venait avec Clair pour les recueillir, les suivit, leur rendit les devoirs de la sépulture et fit bâtir un oratoire sur leur tombeau. Cette action, qui ne put demeurer secrète, fit connaître à son père, idolâtre cruel et obstiné, qu'elle était chrétienne. Il la fit saisir, et, par l'autorité que Fescenninus lui donna, il la condamna premièrement à être déchirée à coups de fouet, puis il la fit décapiter avec le même Clair et d'autres chrétiens qui avaient eu part à sa conversion. Ses dépouilles sacrées, selon l'ordre qu'elle en avait donné, furent aussi portées dans l'île pour être enterrées avec saint Nicaise et ses compagnons.
Plusieurs siècles se sont passés sans qu'on ait touché à ces grands trésors; mais saint Ouen, chevalier de France, ayant été élevé par ses mérites sur la chaire archiépiscopale de Rouen, fit bâtir un prieuré au lieu où ils reposaient, dépendant de l'abbaye de Saint-Pierre et Saint-Paul de Rouen, appelée depuis de son nom, Saint-Ouen; et, ne pouvant souffrir que sa ville métropolitaine fût entièrement privée des reliques de ses premiers apôtres, il en prit une partie qu'il transféra, tant dans la même église de Saint-Pierre et Saint-Paul que dans une autre, qu'il fit édifier sous le nom de Saint-Nicaise. D'ailleurs, il fit présent à Leudebold, évêque de Lisieux, issu de la maison des seigneurs de La Roche-Guyon, de plusieurs ossements de sainte Pience, de sa ceinture et de quelques ouvrages faits de sa main. Ce bon évêque les mit dans la chapelle d'un château, nommé Saint-Cande-le-Vieux, qu'il avait à Rouen et qui est aussi devenue une paroisse.
Dans la suite des temps, les reliques de nos saints Martyrs, qui étaient à Saint-Ouen, furent transférées à Condé, au diocèse de Paris, où l'on bâtit encore une église en l'honneur de saint Nicaise; mais, plusieurs années après, il s'est fait une translation du bras de saint Nicaise, d'une grande partie du corps de saint Quirin et de quelques ossements de saint Égobille, de Condé à Malmédy. Des auteurs disent que de Malmédy, ils furent transportés en Lorraine, dans un monastère appelé le Val-aux-Moines; et que de là ils furent rapportés à Saint-Ouen de Rouen, où, dans le XVIe siècle, les hérétiques calvinistes les profanèrent et les réduisirent en cendres; mais il y a de l'apparence que cela ne se doit entendre que d'une partie, et que l'autre, surtout le corps de saint Quirin, est demeurée à Malmédy, où sa mémoire et sa fête sont fort célèbres. Quant aux reliques qui étaient demeurées au prieuré de Gasny, elles furent transférées, vers la fin du xe siècle, à Meulan-sur-Seine, par Robert, comte de cette ville, et placées dans l'église de l'île, dédiée sous le nom de Notre-Dame. Valéran, aussi comte de Meulan, y fit faire depuis une église plus magnifique, qui, sans perdre le titre de la Vierge, y prit encore celui de Saint-Nicaise.
Saint Nicaise, apôtre du Vexin français, n'est plus le patron de l'église paroissiale de Meulan; le patron de cette église est saint Nicolas, évêque de Myre. Néanmoins, saint Nicaise y est en grande vénération. Cette église possède des reliques notables de ce Saint, et quelques-unes de sainte Pience. La chasse qui renferme ces reliques est conservée dans l'église de Saint-Nicolas; elle est portée en procession par la ville chaque année le jour de l'Ascension, ainsi qu'un certain nombre d'autres châsses renfermant des reliques de différents Saints. L'authenticité de toutes ces reliques est bien reconnue. Parmi ces châsses, il en est une qui contient une relique de saint Gaucher, né à Meulan, et décédé prêtre régulier à Limoges ou aux environs de cette ville. La dévotion envers saint Nicaise attire à Meulan, chaque année, à la fête de l'Ascension, une foule considérable de personnes.
Enfin, pour les reliques de sainte Pience, la ville épiscopale d'Avranches, en Normandie, et celle de Meulan-sur-Seine, dont nous venons de parler, se glorifient l'une et l'autre d'en posséder. Avant la grande Révolution, la paroisse de Meulan possédait les reliques, et par conséquent le chef de sainte Pience. Le cardinal de Roban, en quittant le château de La Roche-Guyon (vers 1830) pour prendre possession du siège de Besançon, emporta avec lui, outre plusieurs autres reliques, une relique insigne de saint Nicaise; son successeur, le cardinal Mathieu, l'a envoyée comme présent à la cathédrale d'Évreux, laquelle vient d'en céder une partie à l'église d'Écos. À La Roche-
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Guyon, il n'y a aucune dévotion ni fête en l'honneur de sainte Pience. La chapelle du château seule, creusée dans la montagne à cinquante pieds environ au-dessous du sol, à la place de la grotte où saint Nicaise, apôtre de cette contrée, convertit sainte Pience, conserve quelques souvenirs de ces deux Saints.
La fête de saint Nicaise se célèbre aujourd'hui dans le diocèse de Rouen, le deuxième dimanche d'octobre.
Pour rectifier et compléter le P. Giry, nous nous sommes servi des Notes qu'a bien voulu nous communiquer M. Goubert, ancien collaborateur de M. Picot à l'Ami de la religion; M. Ducorys, curé de Meulan et chambre honoraire de Versailles; M. l'abbé Cochat, de Rouen; et M. Brunel, curé de La Roche-Guyon. — Cf. Vie du Saint, par Nicolas Davanne, etc.
Événements marquants
- Conversion à Athènes par saint Paul
- Sacre épiscopal à Rome par le pape saint Clément
- Mission dans les Gaules avec saint Denis
- Victoire sur le dragon de Vaux
- Conversion de sainte Pience à La Roche-Guyon
- Décapitation à Écos par le gouverneur Fescenninus
- Marche miraculeuse portant sa tête jusqu'à l'île de Gasny
Miracles
- Victoire sur le dragon de Vaux par le signe de la croix
- Guérison de la cécité du prêtre Clair
- Expulsion d'une troupe de démons d'une caverne
- Céphalophorie : marche après décapitation en portant sa tête
- Traversée miraculeuse de la rivière à un gué inconnu