Saint Heldrad de Novalèse
Abbé de Novalèse
Résumé
Seigneur de Lambesc ayant renoncé à sa fortune, Heldrad devint abbé de la Novalèse au IXe siècle. Il consacra sa vie à l'hospitalité héroïque des voyageurs traversant le Mont-Cenis et fonda plusieurs hospices alpins. Reconnu pour ses miracles et sa charité, il mourut presque centenaire en laissant un héritage spirituel et matériel majeur dans les Alpes cottiennes.
Biographie
SAINT HÉLDRAD, ABBÉ DE NOVALÈSE, EN PIÉMONT
IXe siècle.
J'étais étranger et vous m'avez recueilli... En vérité, je vous le dis, lorsque vous avez fait cela au dernier de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. *Matth.*, xxv, 35-40.
Vers la fin du VIIIe siècle, la ville de Lambesc (Bouches-du-Rhône), alors chef-lieu d'une vallée importante, était gouvernée par un Leude, fidèle à son prince et à Dieu. Celui qui comprenait si bien ses devoirs, en eut du ciel, pour récompense, une épouse parfaite, qui le rendit père d'un fils doué du meilleur naturel.
Ce fils nommé Heldrad ne cessa jamais d'être l'édification de ses contemporains, d'abord comme séculier et plus tard comme moine; tellement ses parents avaient eu soin de développer en lui, dès son bas âge, les meilleurs sentiments, surtout au point de vue religieux.
On ignore à quelle école célèbre Heldrad fut envoyé pour faire ses études, et le nom des professeurs qui l'initièrent aux belles-lettres est également inconnu aujourd'hui; mais on sait qu'il venait à peine de faire son entrée dans le monde, lorsqu'il eut le malheur de perdre son père et sa mère. Il les pleura amèrement, et ce ne fut qu'à grand regret qu'il recueillit leur héritage.
Désormais il incombait à Heldrad d'administrer des domaines considérables, et aussi d'assurer le bien-être de populations nombreuses, car le monarque l'avait maintenu, à Lambesc, dans tous les honneurs paternels.
Disons bien vite que les richesses, pas plus que les distinctions sociales, ne furent jamais capables de l'empêcher de reconnaître le néant et la vanité des choses les plus recherchées ici-bas : il usait ainsi de tout comme n'en usant pas. Bientôt on le vit, par abnégation et humilité, retrancher tout luxe de ses habits et de ses ameublements, aussi bien que de ses équipages de chasse ou de guerre. S'il conserva des chevaux, il cessa de les faire harnacher richement. Des réformes semblables eurent en outre l'avantage
d'accroître les ressources d'Heldrad pour les bonnes œuvres dans lesquelles il se complaisait le plus.
Afin de porter des secours et des consolations aux pauvres et aux affligés, comme aussi dans le but d'instruire les habitants de leurs devoirs religieux, il parcourait volontiers les contrées qui dépendaient de Lambesc, et même les pays voisins.
Cependant la localité, qui fixait le plus la sollicitude d'Heldrad, n'était pas éloignée de sa ville natale.
Dans un quartier assez voisin, où l'on arrive en s'orientant au levant, existaient plusieurs croisements des antiques voies de communication des Saliens. Les Marseillais en avaient profité pour établir là un marché, et, s'il le faut même, une sorte de douane ou un péage; toujours est-il que, du temps d'Heldrad, il se trouvait presque sans cesse, en cet endroit, un encombrement de voyageurs peu portés au bien, pour la plupart, et surtout abondance de marchands qui n'avaient point encore renoncé aux pratiques du paganisme, dans l'espérance de tromper plus facilement les acheteurs sur l'origine et la qualité des objets importés.
Pour venir en aide à tant d'âmes dignes de pitié, et le faire d'une manière suivie, Heldrad fit construire, à l'entrée dudit marché, une vaste et belle église qu'il dédia au Prince des Apôtres. Cette église fut par lui enrichie de tous les objets nécessaires pour l'exercice du culte, et il eut soin surtout de la faire pourvoir de ministres des autels, dont il assura l'existence d'une manière convenable.
Enfin, à titre de complément de son œuvre de moralisation envers les étrangers entassés aux portes de Lambesc, Heldrad établit, sans tarder, auprès de l'église de Saint-Pierre, un grand Xénodochium ou établissement charitable, qu'il dota largement, de telle sorte que les hôtes, soit riches, soit pauvres, bien portants ou malades, y fussent bien traités sans rien payer.
Il voulut même, à l'aide d'ombrages et de jardins, plantes d'arbres à fruits, avoir la chance de prolonger, pour les convalescents et les voyageurs, les soins de la charité et plus encore les leçons de la piété.
Il ne manquait point, comme on le voit, à Heldrad, à quelques pas de son palais, de pauvres de corps ou d'esprit à soigner. Et la mission qu'il s'était donnée à cet égard eût suffi à une âme moins ardente que la sienne; tandis que, pour lui, le désir de venir en aide au prochain, tout en accomplissant son salut personnel, restait encore incomplet.
Heldrad visait à une action immense de la charité, à quelque chose de surnaturel en ce genre, et dans sa pensée, il associa cela à l'immolation la plus entière de sa personne, ne trouvant point, à ce qu'il paraît, son corps encore assez soumis à une obéissance passive.
Pour suivre plus librement ses projets d'avenir, il prend alors la détermination de se dépouiller de la fortune qui peut lui rester, et de quitter à jamais Lambesc et sa vallée.
L'intérêt qu'il porte aux fondations pieuses qu'il vient d'effectuer, l'attachement des populations, les souvenirs de famille, et la beauté des campagnes qui lui appartiennent, ne sont pas capables de lui inspirer des regrets, qu'il ne puisse surmonter.
Il se défait donc de tous ses biens, et en distribue la valeur aux pauvres de Lambesc, après avoir retenu, pour le Chorévêque de la région, des sommes considérables qu'il destine à l'entretien de toutes les maisons religieuses et charitables établies, aussi bien qu'à la fondation de bon nombre d'autres, soit dans la vallée, soit au dehors.
Heldrad maintenant ne craint plus pour lui-même l'arrêt prononcé contre les riches par le souverain Juge; le voilà devenu pauvre volontaire. Bien vite, à ses vêtements déjà des plus humbles, il substitue le costume simple des habitants de la campagne. Il renferme, dans une besace de toile grossière, des aliments pour deux ou trois jours au plus, et chargeant le tout sur l'épaule, où brilla en son temps le baudrier militaire, il se met en marche comme le voyageur le plus malheureux.
Il allait presque au hasard, d'un sanctuaire célèbre à l'autre, s'agenouillant et priant; mais avant tout, cherchant un sanctuaire ou établissement religieux, d'une régularité parfaite, dans lequel il pourrait se consacrer à Dieu comme moine, et avoir à accomplir des actes de charité bien plus grands que ceux que la Providence lui a jusqu'à là confiés.
Sans rien avoir trouvé, suivant ses vues, dans toute la France occidentale, même après avoir franchi les Pyrénées et passé dans la marche d'Espagne, comprise, à cette époque, dans l'empire Carolingien, il fut dans le cas de reprendre la route de Lambesc.
Heldrad revoit, sans trop d'émotion, ses chers établissements de Saint-Pierre, et après peu de jours de repos, il reprend ses voyages d'investigation d'un lieu de retraite, tel que son âme le demande.
Cette fois, traversant la Provence du ponant au levant, il se dirige vers l'Italie des Francs et l'explore avec attention. Encore là, même à Rome, pas plus que dans la Provence, sa patrie, qui abondait en monastères modèles, Heldrad ne trouva pas pour lui le port de salut tel qu'il le souhaitait, et il allait porter ses recherches dans la France orientale, après avoir traversé les Alpes cottiennes, lorsqu'il entendit de la bouche de quelques pèlerins l'éloge de la Novalèse.
Cet éloge, qui consistait à représenter cette antique abbaye comme un foyer de charité et de perfection chrétienne, tel qu'il en existait peu, était mérité, attendu que les moines de la Novalèse ne se bornant plus à exercer l'hospitalité, jour et nuit, à leur monastère, au pied des Alpes, du côté du Piémont, s'étaient chargés du service pénible de l'Aumônerie, établie au sommet du passage du mont Cenis, et s'en acquittait avec grand soin.
Durant la longue saison des neiges, les moines de la Novalèse allaient sur l'un et l'autre versant du mont Cenis rechercher les voyageurs, et après les avoir recueillis à l'hospice sur la montagne, ils avisaient largement à leurs besoins avant de les laisser reprendre leur course.
La saison chaude qui suivait, d'ailleurs si brève dans les Alpes, suffisait à peine aux moines de la Novalèse, pour réunir, au haut du mont Cenis, le bois et les autres provisions nécessaires pour assister les malheureux voyageurs. On touchait à la fin de ce pénible ravitaillement pour l'hiver de l'année 814, lorsqu'Heldrad, qui avait précisément le passage du mont Cenis sur son itinéraire, joignit, à l'entrée même dudit passage, le monastère de la Novalèse. Il trouva dans le vestibule de la maison des étrangers l'abbé Amblulfe, provençal d'origine, qui, ce jour-là, remplissait les fonctions de maître des hôtes; mais qui n'aurait jamais reconnu le seigneur de Lambesc, son compatriote, sous la livrée de la pauvreté, sans une inspiration du Saint-Esprit. Heldrad courait donc la chance de recevoir le baiser de paix ordinaire, et puis d'être conduit à l'autel pour prier, avant de passer au réfectoire; on eût surtout pourvu à ses besoins matériels, comme on le pratiquait pour le commun des voyageurs. Au lieu de cela, grâce à la lumière venant du ciel, Amblulfe voit déjà tout le profit que la Novalèse peut retirer de la survenance d'Heldrad. Il court à lui, l'embrasse affectueusement, et l'adoration finie, il l'engage à séjourner, lui promettant de venir le visiter souvent, dans l'intérêt de son âme.
Heldrad, dans ses relations avec l'abbé de la Novalèse, fut bien forcé de convenir qu'il n'était pas un homme de rien, chargé de misères, dont il fallait seulement avoir pitié. Amblulfe l'amena même à convenir qu'il avait fait le sacrifice de ses biens pour pouvoir plus entièrement se donner à Dieu. Et plus tard, il l'entendit lui déclarer que tout ce qu'il voyait à la Novalèse, lui prouvait qu'il avait enfin trouvé l'abri contre les tempêtes du monde, qu'il cherchait, et toutes les conditions pour servir Dieu et le prochain, comme il le souhaitait depuis bien longtemps.
Quoi qu'il en soit, l'abbé Amblulfe crut devoir éprouver la détermination d'Heldrad avant de l'admettre comme novice, et on le vit pendant ce temps en habit de laïque cultiver les vignes de l'abbaye, situées tout à fait au bas de la vallée de la Novalèse. Lorsqu'Amblulfe se trouva bien édifié, quant aux désirs d'Heldrad, et parfaitement certain que le seigneur de Lambesc se croyait bien réellement parvenu au terme de ses voyages de recherche, il lui donna enfin l'habit religieux.
Heldrad, participant à la vie régulière en qualité de profès, n'eut pas moins d'ardeur pour les ouvrages manuels, qu'à son arrivée à la Novalèse; mais on raconte que, dans les intervalles de ceux-ci, pour arriver à bien connaître ses nouveaux devoirs, il était à la recherche de tous les enseignements qui nous viennent des fondateurs de la vie monastique.
S'il met en première ligne de ses lectures et de ses méditations saint Benoît et la règle laissée par lui, il s'arrête volontiers à saint Colomban et à ses prescriptions cénobitiques, aussi bien qu'aux écrits de saint Basile.
Heldrad ne se faisait pas seulement remarquer par son zèle pour les
études religieuses, on admirait son empressement à secourir les malheureux et surtout son obéissance parfaite, sa douceur angélique ; si bien qu'Amblulfe ne tarda pas de le faire ordonner prêtre, et de lui laisser prononcer des vœux absolus en qualité de moine de chœur.
Le sacrifice de lui-même, qu'il avait tant souhaité, va commencer : le voilà soldat du Christ, dans un monastère qui a pour patrons deux apôtres morts sur la croix ; Pierre et André. Il peut escompter avec moins de crainte que jamais, ses espérances de salut, car il est définitivement admis dans un séminaire de Saints.
On l'envoie, à son tour, au mont Cenis pour soigner les voyageurs, ou leur prêter assistance au milieu des neiges, et cet emploi particulier de ses aptitudes et de ses forces ne lui semble jamais assez souvent commandé.
Dans d'autres moments, Amblulfe lui confie un certain nombre de jeunes religieux à instruire et à familiariser avec les exercices de la piété et de la charité.
Heldrad, entouré de ses élèves, constituait une sorte de petit monastère à part. En effet, comme moyen de régler l'enseignement, et aussi comme mode plus facile pour maintenir l'ordre, au milieu de cinq cents religieux, les cellules formaient, de ce temps, divers groupes autour des nombreuses chapelles, disséminées dans la clôture de la Novalèse.
Tout en soignant les études des autres, Heldrad ne négligeait pas d'ajouter à son propre savoir, car personne, plus que lui, n'aimait allier la science à la charité. Il était d'ailleurs aisé de s'instruire à la Novalèse, où existait une bibliothèque pourvue de grands trésors, soit religieux, soit purement littéraires, une bibliothèque qui allait s'enrichissant chaque jour à l'aide des copies faites par les moines de l'abbaye et des échanges qui pouvaient être ainsi accomplis au dehors.
C'est peut-être, à l'époque actuelle de la vie d'Heldrad, qu'il faut faire remonter sa correspondance avec le diacre Florus de l'église de Lyon. Les lettres échangées réciproquement, longtemps conservées par les moines de la Novalèse, sont perdues actuellement : mais, d'après les autres correspondances de Florus qui sont arrivées jusqu'à nous, on peut supposer que ces lettres traitaient à fond des affaires de l'Église, aussi bien que de l'État, dans un style qui, d'un côté comme de l'autre, n'était pas sans charmes, car le diacre de Lyon savait choisir ses interlocuteurs.
Les moines ne devaient pas être étrangers aux grands intérêts du monde, puisque les souverains ne trouvaient à puiser aussi sûrement ailleurs que dans les couvents les hommes instruits et capables dont ils avaient besoin pour leur conseil ou pour accomplir les difficiles fonctions de *missi dominici*. Heldrad, pas plus que d'autres religieux instruits de son temps,
ne fut oublié au fond de son cloître, si nous nous en rapportons à la charte n° 55 du cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon, il se serait trouvé à Cluny en l'année 825 à la suite de Louis le Pieux pour aider au règlement d'affaires importantes.
Cependant, c'était bien contre son gré qu'Heldrad pouvait être ainsi enlevé aux douceurs de sa solitude, à cette contemplation qu'il chérissait à la Novalèse même, dans cette grotte qu'on nous montre encore et devant laquelle se déroulent en abrégé toutes les merveilles de la création, surtout en été, lorsqu'on peut voir et entendre les nombreuses cascades des cours d'eau qui ont repris leur marche dans la vallée.
Heldrad s'élevait volontiers vers Dieu en admirant ses œuvres, et il espérait pouvoir le faire encore avec quelque liberté, quand il fut appelé par degrés à une vie des plus actives et des plus absorbantes.
L'abbé Amblulfe était mort, et on avait cru devoir élire à sa place, vers l'année 837, Hugues, frère de Louis le Pieux : c'était un acte de complaisance envers le monarque qui aimait à savoir la Novalèse en bonnes mains, vu que ce monastère, à cause de son importance, était tenu, en outre des prières pour le salut de l'État, au service militaire le plus réel.
Malheureusement Hugues, qui avait d'autres abbayes à surveiller, s'absentait souvent de la Novalèse, et les services les plus importants eussent été en souffrance, si Heldrad n'avait pas eu la bonté d'y aviser sans cesse.
L'occasion pour Heldrad de se faire connaître, comme administrateur de l'ensemble du monastère, fut même telle, pendant tout le temps que Hugues jouit de la qualité d'abbé de la Novalèse, qu'au décès de celui-ci, qui eut lieu en 844, il fut, à l'unanimité des voix, appelé à lui succéder.
Heldrad, qui n'avait jamais songé aux honneurs de la prélature, réclama contre le choix dont il venait d'être l'objet. Observant qu'il y avait dans le monastère des religieux plus dignes, il priait, il suppliait de détourner de lui, un fardeau trop lourd pour un vieillard.
Les moines de la Novalèse, au contraire, persistèrent dans leur décision ; ils parvinrent enfin à triompher de la résistance d'Heldrad, en lui montrant le danger de contrarier les vues du Très-Haut, sur le monastère et sur lui-même. Heldrad, dès son entrée en fonctions, imprima à tout un redoublement de vie. Le *Laus perennis*, ou chant incessant des louanges de Dieu, marchait de pair avec des œuvres charitables de tous les instants. Plus que jamais, les pauvres voyageurs furent affectueusement soignés, dans cet hospice du mont Cenis, où tout s'accomplissait alors sous la belle invocation de Jésus-Christ *Sauveur* et de sa divine mère, Marie toujours *Vierge*.
Pour retrouver les malheureux égarés au milieu des neiges, les moines allaient eux-mêmes fouiller jusqu'au fond des précipices, réalisant déjà tout ce qu'on a dit depuis du dévouement des religieux du Saint-Bernard.
Afin d'inspirer à ses collaborateurs une charité envers les voyageurs, poussée jusqu'au martyre, il avait coutume de leur dire, avec cette aménité que donne la perfection : — « Je vous affirme que nous n'avons rien à attendre dans une autre vie, si ce n'est la juste proportion de ce que nous aurons fait pour le prochain, en vue de plaire à Dieu. *Juxta mensuram, mercedem crede futuram* ».
A la demande d'Heldrad, Lothaire, qui avait succédé comme empereur à Louis le Pieux, confirma plus particulièrement, en faveur de l'hospice du mont Cenis, toutes les donations de ses prédécesseurs, et unit de la manière la plus formelle à la Novalèse, l'opulente abbaye de Saint-Pierre, fondée près de la ville de Saluces par Aistulfe, roi des Lombards.
Toujours pour complaire à Heldrad et pour venir en aide à l'hospice du mont Cenis, un de ces marquis de Suze, dont la descendance a continué dans la maison de Savoie, donna, à l'entrée de la vallée de la Novalèse, au village de Venaux, des terres cultivables et les montagnes boisées qui sont au dessus. En outre des offrandes des princes, celles des simples particuliers étaient chaque jour plus considérables.
Si le nouvel abbé était envieux d'accroître les revenus du mont Cenis, il n'était pas moins jaloux de conserver les facultés dont l'hospice pouvait déjà disposer; c'est pourquoi il fit condamner certains serfs des villages d'Excilles et d'Oulx, à continuer les prestations par eux dues conventionnellement.
Sous le gouvernement d'Heldrad, rien ne resta, en quelque sorte, incomplet, même au point de vue matériel. Par exemple, dirons-nous, il manquait une tour au milieu de l'enceinte fortifiée qui renfermait alors tous les édifices réguliers de la Novalèse : il en fit construire une des plus hautes et des plus amples, dont les étages supérieurs pourraient servir à des signaux, pendant que les étages inférieurs abriteraient les objets les plus précieux de l'abbaye, sans oublier sa riche collection de livres.
Quand il ne se trouvait plus d'améliorations possibles à opérer, soit à la Novalèse, soit à l'hospice du mont Cenis, Heldrad employait les sommes restées libres dans ses mains, à secourir les voyageurs sur d'autres points des Alpes Cottiennes. Alors le passage du Lautaret, dans le Dauphiné, fixa son attention, et il y envoya des religieux pour construire à ses approches un hospice, en un lieu dit aujourd'hui le Monestier de Briançon. Les murailles étaient déjà bien élevées, lorsque les religieux chargés de ce travail arrivèrent à la Novalèse, déclarant l'entreprise rendue impossible par la présence de serpents qui désolaient tout le pays. En apprenant cela, Heldrad commanda aux messagers d'une aussi fâcheuse nouvelle de se mettre en prières pour implorer la miséricorde du Très-Haut, et après l'avoir fait lui-même, il s'achemina avec eux vers le nouvel hospice. Arrivé sur les lieux, il s'assura de sa discipline et se mit à chasser les serpents devant lui, de telle sorte qu'ils furent bien vite tous réunis et confinés dans une crevasse de rochers non loin de là, de manière à ne pouvoir plus nuire.
Dieu se servit de la main d'Heldrad, cette fois et bien d'autres, pour modifier les effets physiques dans l'ordre naturel.
Secouru de cette manière, le délégué du Tout-Puissant arrêta plusieurs fois les progrès des maladies contagieuses, pour les hommes et les animaux,
qui allaient envahissant la vallée de la Novalèse et les pays voisins.
On attribua aux prières d'Heldrad, non sans quelque fondement, la guérison d'un muet, d'un boiteux et d'un lépreux, dont les infirmités étaient bien connues dans la contrée.
Passant dans la ville d'Asti pour affaires de son abbaye, il rendit la santé à une femme malade, abandonnée des personnes chargées de la soigner. Finalement, on dut à Heldrad, après Dieu, le retour à la vie de plusieurs morts.
Ces bienfaits, bien grands sans doute, n'étaient rien en comparaison de ceux que rendait Heldrad, à l'aide de l'aptitude qu'il tirait de l'Esprit-Saint, de lire au fond des consciences et de ramener avec facilité, à l'accomplissement de leurs devoirs, toutes les personnes avec lesquelles il se trouvait mis en relation.
Quelle que fût l'utilité de la présence d'Heldrad sur la terre, la quatre-vingt quatorzième année de son âge étant arrivée, Dieu ne crut pas devoir retarder davantage le moment d'entrer en compte avec son serviteur.
Ce moment si redoutable, même pour les Saints, fut révélé quatre jours à l'avance à Heldrad, qui ne négligea rien pour mettre à profit cette précieuse faveur.
Il réunit autour de lui tous les religieux qui étaient sous son obéissance, et après leur avoir annoncé lui-même qu'il allait se séparer d'eux, ce qui les fit fondre en larmes, il les consola autant qu'il put, et les pria de lui pardonner de ne pas les avoir édifiés plus qu'il n'avait fait.
Heldrad, en attendant sa fin, s'entretenait avec ses religieux des douceurs de la vie en Jésus-Christ, et renouvelait les plus touchantes instructions pour le temps où il ne serait plus, conseillant l'union, la concorde et la paix, qui résultent de l'étroite observance de la règle du grand saint Benoît.
Au moment où il sentit ses forces faiblir, il réclama les derniers sacrements et les reçut avec la foi la plus ardente. Bientôt après, tandis qu'il priait encore adorant la sainte Eucharistie qu'il venait de recevoir, il leva les bras au ciel et son âme se sépara de son corps sans agonie.
Cette mort, si digne d'envie, eut lieu lorsque Louis, fils de Lothaire, était empereur et roi d'Italie en 875, le 3 des ides de mars, ou soit le 13 dudit mois.
Si on veut concilier le plus chronologiquement possible tous les faits de la vie d'Heldrad, il faut admettre qu'il avait quitté le monde à trente-trois ans, et passé à la Novalèse soixante et une années, dont les trente dernières comme abbé.
Quel mortel pourra dire jamais combien toute la durée d'une existence aussi longue fut agréable à Dieu et utile au prochain !
## RELIQUES ET CULTE DE SAINT HELDRAD.
Au moment des funérailles, le corps d'Heldrad fut déposé solennellement dans un tombeau en pierre, devant l'entrée de la chapelle de Saint-Nicolas, sur un des points les plus escarpés de la clôture de la Novalèse. Peu d'années plus tard, à la demande des fidèles, on éleva de terre le corps d'Heldrad sur l'autel même de la chapelle de Saint-Nicolas, et cette chapelle ne fut plus connue que sous le vocable du bienheureux Heldrad. Au Xe siècle, la levée du corps, opérée avec pompe, tenait lieu de la canonisation dont les formes ne furent réglées que par le pape Alexandre III. Il y avait eu réinhumation du corps d'Heldrad à la veille de l'invasion du pays par les Sarrasins, en 906, et après la longue dépopulation de l'abbaye, on pouvait dire ou croire le corps d'Heldrad perdu, lorsqu'un jeune aveugle en signala l'existence dans une caverne d'où les moines le retirèrent en l'année 1021. D'après la chronique de la Novalèse, en 1040, il y eut translation du corps d'Heldrad d'une chasse modeste dans une riche chasse d'argent qui a été toujours considérée comme un des beaux échantillons de l'orfèvrerie du Xe siècle. Cette nouvelle chasse, si précieuse
sortant à cause de son contenu, fut portée de la Novalèse à l'extrémité de l'Italie du Nord, en 1042, pour la plus grande édification des fidèles, à l'occasion d'une grande assemblée de princes et d'évêques qui avait été tenue à Ferrare, pour aviser aux moyens de pacifier le pays. Également dans le but d'impressionner favorablement les populations, la chasse, contenant le corps entier du bienheureux Heldrad, fut transportée, en 1114, à travers la Savoie, la Bourgogne, et autres provinces jusqu'à Beauvais où un concile ou synode allait alors se réunir. Une grande extension des reliques du bienheureux Heldrad eut lieu en 1368. A cette occasion, Rufino, prieur à la fois de la Novalèse et du monastère de Saint-Just de Suze, retint, hors de la chasse d'argent, le chef, une portion d'un bras et quelques autres ossements. Le chef fut placé dans un buste d'argent, et les os du bras dans un bras également en argent. Ces deux reliques devinrent ainsi la propriété du monastère de Saint-Just de Suze. Les autres ossements, qui n'avaient pas été replacés dans la chasse d'argent, en 1368, furent distribués à diverses églises, à Turin et ailleurs, ou bien devinrent la propriété des princes de la maison de Savoie qui ont eu longtemps à aimer et respecter les choses saintes. C'est de la maison des princes de Savoie que H. Aubert, curé de la paroisse de Lambesc, reçut, en 1743, le fragment d'os important qui orne l'autel du bienheureux Heldrad dans sa ville natale. La remise de cette relique eut lieu diplomatiquement par l'entremise de l'ambassade de Ferrare à Turin. Quant au surplus du corps du bienheureux Heldrad, depuis 1568, il a continué à reposer dans son antique et belle chasse d'argent au monastère même de la Novalèse, et les pieux pèlerins pouvaient encore le voir, en 1855, dans l'église abbatiale, du côté droit en entrant. Espérons que ce trésor, à la fois religieux et artistique, échappant aux profanations du gouvernement italien au moment où il a dispersé les moines bénédictins de la Novalèse, sera resté sous la garde des habitants de la vallée, qui ont eu la mémoire du bienheureux Heldrad en grande vénération. L'abbaye de la Novalèse et ses dépendances ont été sécularisées, il y a quelques années, et vendues pour une somme dérisoire par le gouvernement sacrilège de Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne, devenu, soi-disant, roi d'Italie.
Les récits du premier hagiographe d'Heldrad n'étant point parvenus jusqu'à nous en leur entier, la partie du surnaturel que nous connaissons se trouve incomplète, comme, au reste, tout le surplus de sa vie ; mais ce que nous connaissons en ce genre suffit pour nous porter à croire à une grande sainteté. Cependant, si nous pouvions désirer de grandir notre conviction, il serait bon de se rendre compte de la puissance du bienheureux Heldrad dans le ciel, en s'arrêtant à considérer le nombre et l'étendue des grâces obtenues par son intermédiaire, depuis l'époque de sa mort. Le relevé des miracles du Xe et en partie du Xe siècle, remplit un certain nombre des leçons du plus ancien office d'Heldrad. Nous avons à remarquer les plusieurs guérisons d'aveugles et d'autres infirmes conduits par leur famille au tombeau du Bienheureux, et nous devons y lire, non moins volontiers, l'histoire touchante de cette femme qui, accourant pour rendre hommage aux reliques d'Heldrad, lorsqu'on les transportait le long de la vallée du Pô, en 1042, avait trouvé la mort dans le fleuve et fut rappelée à la vie, par la force des prières de ses enfants. Les miracles de la fin du Xe siècle, et de quatre ou cinq siècles suivants, sont rapportés dans les ouvrages de Dom Rocher et de Dom Carretin, comme extraits plus particulièrement du Sanctorale de la Novalèse, où ils avaient été enregistrés à la suite de la vie du bienheureux Heldrad. Parmi ces miracles, on ne saurait assez admirer celui qui eut pour objet des chevaliers du Piémont ou de la Provence qui, en 1099, après la prise de Jérusalem, ayant à lutter contre une tempête affreuse, implorèrent leurs compatriotes, et obtinrent de terminer heureusement la traversée pour retourner dans leur pays. Il n'est pas moins touchant de voir la foi de ce malheureux estropié, guéri à Aiguebelle, en 1114, à l'occasion du passage des reliques du bienheureux Heldrad à travers la Savoie. Dom Rocher et Dom Carretto font aussi connaître d'autres miracles très-édifiants, constatés après le temps où le Sanctorale avait été écrit, et donnent même l'énumération des faveurs obtenues par les personnes de leur époque, ou soit de 1670 à 1693. Pour la période plus rapprochée de nous, la confiance mise en Heldrad ne diminuant pas, il serait encore beaucoup de miracles à signaler ; mais, à leur sujet, nous devons attendre un examen canonique. De ce nombre est peut-être le retour à la santé d'une femme paralytique ayant eu lieu, en 1743, au moment heureux où il fut donné à la paroisse de la ville de Lambesc de posséder une parcelle du corps d'Heldrad. Les populations, comblées de bienfaits d'une manière surhumaine par Heldrad, pendant sa vie mortelle, furent facilement portées à croire que leur protecteur passerait de ce monde au ciel pour continuer à les protéger.
Quant à l'autorité ecclésiastique, après avoir étudié avec prudence le jugement à porter à cet égard, elle permit bientôt d'honorer Heldrad comme Bienheureux.
Avant l'année 906, la petite chapelle de la clôture de la Novalèse, primitivement sous le vocable de Saint-Nicolas, fut dédiée à Heldrad. Cette même chapelle, après avoir été détruite par les Sarrasins, fut rétablie, en 1246, par le prieur Jacques Scalis qui la fit orner de peintures reproduisant les principales circonstances de la vie d'Heldrad. Ces curieuses peintures, qui existent encore, sont accompagnées de nombreuses inscriptions en caractères antiques destinés à les expliquer.
Un autel fut réservé au bienheureux Heldrad, dès 1029, dans l'église des Bénédictins de la ville de Suze. Il y eut, depuis 1020, dans l'église abbatiale de Saint-Pierre de la Novalèse un autel sur lequel n'a pas cessé de reposer la chasse des reliques d'Heldrad. Cet autel, situé du côté du midi, avait été décoré, en 1568, aux frais du prieur André Provana, de très-belles peintures qui, malheureusement,
mont, n'existent plus. Très-anciennement, les villages de la vallée de la Novalèse ont eu, dans chacune de leurs églises, un autel dédié au bienheureux Heldrad. Dom Rocher et Dom Carretto, dans leurs ouvrages relatifs à Heldrad, affirment qu'il avait de leur temps plusieurs autels en Dauphiné. Un autel plus précieux peut-être que tous ceux déjà indiqués, est celui qui existe depuis l'époque la plus reculée, dans l'église de la paroisse de la ville de Lambesc. Cet autel a conservé sa place primitive lors de la reconstruction somptueuse de l'église, en 1744, aux frais, en majeure partie, des États de Provence. Et la tradition, appuyée de titres, veut que cet autel existe sur l'emplacement du palais des parents du bienheureux Heldrad à Lambesc. Les saintes âmes éprouvent quelque consolation à penser que la même pouvait être l'appartement particulier habité par Heldrad pendant sa vie. Il faut voir aussi un beau témoignage du souvenir constant des compatriotes d'Heldrad dans la chapelle de Saint-Pierre, du territoire de Lambesc ; chapelle romane, remaniée en partie en septembre 1580. Un bon tableau de l'école de Vanloo orne l'autel du bienheureux Heldrad à Lambesc ; mais ce tableau, quoique édifiant, doit moins plaire sous le rapport du sujet que celui de l'autel du village de Venaux dans la vallée de la Novalèse.
Le peintre italien a représenté avec bonheur Heldrad ayant devant lui un grand nombre de malheureux aux besoins les plus urgents, et, en première ligne, une mère qui apporte son enfant mort dans ses bras. Le tableau de Venaux a servi, dans le temps, de modèle pour une image gravée à l'eau forte et pour une très-belle médaille en bronze, qui, très-répandues d'abord, l'une et l'autre, sont très-rares maintenant. Les Bénédictins de la Novalèse ont eu l'attention de faire reproduire l'image par la lithographie, Turin, 1845. Ils se proposaient de rendre le même service aux fidèles en ce qui concerne la médaille, au moment où la Révolution italienne les a forcés d'abandonner leur monastère.
En mémoire des vertus d'Heldrad, son nom n'a pas cessé d'être pris au baptême, en Piémont et en Provence, depuis l'époque où il a été déclaré Bienheureux jusqu'aujourd'hui.
La fête d'Heldrad a toujours été célébrée dans la vallée de la Novalèse, et à Lambesc, le 13 mars, c'est-à-dire le jour de sa mort qui aurait été celui de son entrée dans le ciel.
Le Père Terraris, dans son *Catalogue dei Santi d'Italia : Milano*, 1613, indique la fête d'Heldrad comme fixée très-anciennement par les Bénédictins, au 13 mars. Le Père Ducelino, auteur du *Menologio benedictino*, Turin, 1655, et les Hollandistes assignent au 13 mars la fête du bienheureux Heldrad, Jean Molanus, dans ses additions au martyrologe d'Umbert, porte cette fête au même jour. Jusqu'à ces derniers temps, les populations de la vallée de la Novalèse ont été dans l'usage d'accourir en foule à l'abbaye, non pas seulement le 13 mars, mais encore le jour de la seconde fête de Pâques qui correspond à quelque translation ou relation des reliques d'Heldrad. On ne doit pas laisser ignorer également qu'il a toujours été à cœur aux habitants de cette vallée de pouvoir porter la chasse du bienheureux Heldrad chaque année autour de leur territoire à l'occasion des Rogations. Un office particulier d'Heldrad fut composé vers l'année 1010; office qui était en son entier dans le tome III du Sanctocole de la Novalèse et dans un ancien missel de l'abbaye. Dom Rocher et Dom Carretto qui, tous deux, avaient promis de publier cet office, n'ont pas tenu leur engagement. C'est presque d'une manière accidentelle que Dom Rocher, dans son livre intitulé : *Gloires de l'abbaye de la Novalèse*, pages 103, 112, 120, 121 et 122, donne quelques parties de répons, hymnes et oraisons qui sont de nature à faire regretter le surplus de cette œuvre primitive. Dom Rocher a encore, presque sans le vouloir, le mérite de donner, d'après le *Sanctocole*, des leçons qui ne se trouvent pas dans le recueil des actes du bienheureux Heldrad, transmis aux Hollandistes par Turinetto. Cet office propre, très-ancien, en usage à la Novalèse, est signalé par Ducelino, page 194, de son *Menologio benedictino*, et par Terraris, dans son *Catalogue dei Santi d'Italia*. Rome approuva un office propre du bienheureux Heldrad, en 1782, et fixa sa fête au 13 mars comme de précepte pour la vallée de la Novalèse, ce qui fut maintenu jusqu'en 1792. Après le retour des Bénédictins à la Novalèse, le culte du bienheureux Heldrad, ayant repris avec ferveur, un décret de Pie VII, du 2 octobre 1821, a autorisé, pour le 13 mars, la fête à laquelle, la même année, a été assigné, le rang de deuxième classe. Par concession de Léon XII, du 12 avril 1825, l'office propre du bienheureux Heldrad a été réglé. Finalement, sous Pie IX, une décision de la congrégation des rites, du 9 décembre 1832, à la demande de l'évêque de Suze, élève la fête du rang de deuxième classe au rang de première classe pour la vallée de la Novalèse.
L'office et le décret ont été imprimés à Suze par Gutti en 1853.
Une vie d'Heldrad fut écrite aussitôt après sa mort, par un moine de la Novalèse, ayant vu et entendu ce qu'il rapportait. — Ce premier travail, actuellement perdu, était sous les yeux de l'ancien qui relucha les Actes d'Heldrad très-lucidement dans la chronique de la Novalèse. — Duchesne, Le Cointe, Moratori et autres citant cette chronique, la déclarent très-mutilée et constatent qu'elle a été écrite avant 1030. — Lorsque la chronique venait à peine d'être écrite en ce qui concerne saint Heldrad, il fut fait de cette partie un résumé pour servir à son office dès l'année 1045. — La réunion partielle des leçons de cet office a formé la vie d'Heldrad, que le G. F. Turinetto expédia, en 1854, aux requêtes archives de la cour de Savoie, à Turin, et qui fut publiée en 1755 par les Hollandistes, t. II de mars, p. 233 et suiv. — C'est encore la même vie que l'on trouve dans le *Monumenta historia patria*, Turin, 1848. — D'après la vie de 1848, mais surtout à l'aide de la chronique non encore mutilée, un moine de la Novalèse écrivit très-anciennement une vie d'Heldrad assez étendue, dans le tome IV du Sanctocole de la
Novalèse ou recueil de vies des Saints, à l'usage particulier de l'abbaye. — Le Sanctorale de la Novalèse, aujourd'hui introuvable, a servi à Dom Rocher pour la vie d'Heldrad donnée par lui en français, p. 90 et suiv. de son livre de *La gloire de l'abbaye de la Novalèse*, Chambéry, 1670. — Profitant du Sanctorale de la Novalèse mieux que Dom Rocher, Dom Carretto a publié, en italien, une vie d'Heldrad très-édifiante et très-remarquable : *Vita e miracoli di S. Eldrado*, Turin, 1698. — On ne doit citer que pour mémoire les belles pages que Gioffredo consacre à saint Heldrad, dans son *Histoire des Alpes maritimes*, car Gioffredo, dont l'ouvrage, écrit en italien, est resté longtemps manuscrit avant de trouver place dans le tome VIII du *Monumenta historia patriae*, Turin, 1848, n'a eu d'autre but que celui de chercher à soustraire à la Provence le berceau d'Heldrad, et de faire ainsi accomplir à ce bienheureux sa vie entière dans les États Sardes. — Les véritables renseignements critiques sur la vie d'Heldrad sont fournis par le chanoine Galimia, dans le tome III, p. 196 et suiv., de son précieux ouvrage : *Vita del santi degli stati della regia casa di Savoia*, qui, publié en 1764, avait été écrit avant l'année 1757. — Galimia localise à Lambesc la naissance d'Heldrad et fixe sa mort à 875. — On doit, pour tout ce qui concerne le bienheureux Heldrad, consulter Mabillon, *Annales hagiographicae*, t. II, annotations pour l'année 874 plus particulièrement. — Un petit manuel, maintenant introuvable, et qui, bien avant 1799, avait été imprimé pour l'usage des prieurs de Saint-Pierre de Lambesc, présentait en peu de mots la vie d'Heldrad. — Une notice intéressante sur saint Heldrad a été consignée par Achard dans le *Dictionnaire des hommes illustres de Provence*, t. III, p. 257 et 258, Marseille, 1786. — Il y a aussi de bons renseignements sur saint Heldrad dans la *Statistique des Bouches-du-Rhône* de 1820, t. III, p. 293. — M. Reinard, de l'Institut, originaire de Lambesc, a placé une note sur saint Heldrad dans son livre de l'*Invasion des Sarrasins*, p. 163 et 164, Paris, 1834. — Une vie de saint Heldrad très-abrégée fait partie d'un recueil de prières publié à Aix, 1837, par M. d'Isoard, natif de Lambesc. — Ce même recueil, dans le but de populariser la vie d'Heldrad, a été réimprimé à Turin, en 1851, par les soins des Bénédictins de la Novalèse. — La biographie que nous donnons ici, a été écrite par M. le marquis Jessé-Charleval, et nous a été communiquée par M. l'abbé Ant. Ricard, chan. hon., directeur de la *Semaine religieuse de Marseille*.
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## LA VÉNÉRABLE PÉMÈNE, VIERGE.
Bien s'est choisi des élus dans tous les rangs, et le Fils de Dieu des épouses dans toutes les conditions ; il tira David de la garde des troupeaux pour le mettre à la tête de son peuple ; il sanctifia la vierge Pémène en l'y laissant pendant sa vie entière. Elle était fille d'un berger, dans un pays de l'Orient. Dès qu'elle fut capable de le suivre, elle fut menée à la garde du troupeau confié aux soins de son père. Elle conserva son innocence par une vigilance continuelle sur elle-même, se tenant toujours en la présence de Dieu, qui est partout, et dont la campagne révèle si bien la Providence ; elle lui rendait un incessant hommage ; ses délices étaient toutes dans la prière. Elle conduisait souvent son troupeau en un lieu où se trouvait une chapelle consacrée à Notre-Dame, mais qui était tombée en ruines. Il y restait une image fort belle de la Vierge, tenant entre ses bras le petit Jésus, et tous les jours la jeune bergère venait devant elle faire une partie de ses prières.
Voir l'image de sa bonne Mère du ciel ainsi abandonnée, dépourvue de tout ornement, perçait le cœur à cette bonne fille, qui se dit en elle-même : Puisque je suis pauvre, et que je ne puis rien pour orner la statue de la Reine du ciel, de la Mère de mon Sauveur, je viendrai à ses pieds lui faire une couronne de prières. Elle en fit naïvement la promesse à Marie, et l'accomplit avec une scrupuleuse fidélité. Aussi vécut-elle en une grande innocence et une parfaite sainteté de vie, gardant inviolablement sa pureté à l'Agneau sans tache.
Le Seigneur, voulant récompenser la fidélité de son humble servante, de la vierge si dévote à sa Mère, lui envoya, dans une courte maladie, l'annonce de son passage en un séjour meilleur. La pauvre fille, se sentant prise d'une grosse fièvre et se voyant couchée sur son misérable grabat, se mit à préparer son âme et s'empressa de se disposer à la mort. Il est si aisé de se détacher de la vie quand elle est pleine de misères et quand le cœur est pur !
Il arriva, pendant qu'elle gisait en sa chaumière, que deux religieux passaient en un grand bois voisin du village où demeurait Pémène. Fatigués du voyage, ils s'arrêtèrent quelques moments pour se reposer ; un d'eux s'endormit ; l'autre se mit à faire une lecture spirituelle. Celui-ci vit bientôt venir par le chemin qui menait au village une troupe de vierges, magnifiquement vêtues d'habits brochés d'or, qui le saluèrent par une révérence, qu'il eut soin de leur rendre. Peu après, il en vint une autre, plus magnifiquement parée, et vêtue d'une blancheur éblouissante. Puis un peu plus tard, il en parut une troisième, vêtue d'ornements encore plus splendides, où la blancheur de la neige se mêlait à la pourpre des reines. En tête de cette dernière troupe, se trouvait une vierge d'une beauté qui éclipsait toutes les autres : ses vêtements étaient couverts de roses blanches et vermeilles, et sa tête d'un chapeau de fleurs fraîchement cueillies.
Le bon religieux, tout émerveillé, la saluant profondément, osa lui demander qui elles étaient :
« La Reine des vierges », lui répondit-elle, « accompagnée des vierges du ciel. Les premières que vous avez vues sont de celles qui ont balancé entre les deux états du mariage et de la virginité, mais qui cependant sont mortes vierges. Les secondes sont de celles qui ont résolument voué la continence ; et celles-ci ont joint aux lis de la virginité les roses du martyre. Toutes nous allons au village prochain recueillir l'âme d'une jeune fille et la placer au ciel ». Le bon religieux, ayant éveillé son compagnon, lui raconta ce qu'il venait de voir, et ils résolurent d'assister au trépas de la vierge malade.
Arrivés au village, ils s'informèrent de sa demeure, et on leur indiqua la cabane du berger. Ils y entrèrent, y trouvèrent la jeune malade couchée sur la paille en toute pauvreté, la saluèrent et cherchèrent à la consoler. « Mes Pères », leur dit-elle, « priez Dieu qu'il vous fasse voir les vierges du paradis qui sont autour de moi ». Ils prièrent pour demander cette faveur, et ils l'obtinrent ; ils ouïrent chanter un hymne d'une mélodie merveilleuse, et ils virent la Vierge Marie ceindre la tête de Pémène d'une guirlande de fleurs, au moment où elle rendait son âme.
Sans donner cette vie comme absolument authentique, nous avons cru devoir la reproduire au moins comme une belle allégorie. M. l'abbé Chapin, *Une vie de Sainte par jour*.
Événements marquants
- Naissance à Lambesc à la fin du VIIIe siècle
- Distribution de ses biens aux pauvres après la mort de ses parents
- Entrée au monastère de la Novalèse en 814
- Élection comme abbé de la Novalèse en 844
- Fondation d'hospices au Mont-Cenis et au Lautaret
- Mort à l'âge de 94 ans
Miracles
- Expulsion miraculeuse des serpents au Lautaret
- Guérison d'un muet, d'un boiteux et d'un lépreux
- Résurrection de plusieurs morts
- Cessation de maladies contagieuses par la prière
Citations
Juxta mensuram, mercedem crede futuram