Saint Lautein (Lothain)
Prêtre, Fondateur et Abbé de Silèze et de Maximiac
Résumé
Noble éduen du Ve siècle, Lautein quitta la vie mondaine d'Autun pour le monastère avant de s'isoler dans le Jura. Il y fonda les abbayes de Silèze et Maximiac, se distinguant par son humilité et ses miracles, notamment sur les éléments et les démons. Il mourut en 518, laissant un culte durable en Franche-Comté.
Biographie
SAINT LAUTEIN, PRÊTRE,
FONDATEUR ET ABBÉ DE SILÈZE ET DE MAXIMIAC, DANS LE JUBA.
Vers 518. — Pape : Hormisdès. — Roi de France : Childebert Ier.
« Heureux le religieux qui se regarde comme le rebut du monde, c'est-à-dire comme le plus objet des hommes ! » Saint Nil.
Lautein naquit de parents nobles, dans le pays des Éduens, vers l'an 448. Dans le même temps, naissait à Autun une autre illustration non moins glorieuse. C'était saint Grégoire, depuis évêque de Langres, et bisaïeul de saint Grégoire de Tours. Lautein et Grégoire étaient tous deux d'origine sénatoriale, et les relations amicales qui les unirent dans la suite font supposer qu'ils étaient parents. Ils furent élevés ensemble dans les écoles, justement célèbres, dont l'antique Bibracte avait été dotée par les premiers empereurs romains, et que plus tard l'affection et la munificence de Constance-Chlore et de Constantin avaient restaurées et considérablement agrandies. Grégoire et Lautein édifièrent la ville d'Autun et y renouvelèrent le spectacle que, dans le siècle précédent, saint Basile et saint Grégoire de Nazianze avaient donné à la cité d'Athènes, lorsqu'ils y faisaient leurs études. Animés comme eux d'une égale ardeur pour la science et pour la vertu, ils ne cherchèrent dans l'amitié qu'un appui contre le vice, qu'un moyen de se porter mutuellement au bien.
Autun avait alors pour évêque un de ses plus illustres citoyens, saint Euphrone, dont la sage direction ne fit pas défaut à ses jeunes diocésains. Aussi les vertus que saint Lautein pratiqua dès ses jeunes années, nous montrent assez qu'une main habile secondait l'œuvre de la grâce dans cette âme bien née. Dès sa jeunesse, il sut fermer l'oreille aux séductions du vice et montrer dans ses mœurs la retenue et la gravité de la vieillesse. Il annonça dès lors, par la sainteté de sa vie, ce qu'il devait être un jour par l'éclat de ses œuvres. D'une chasteté aussi intègre devant Dieu qu'irréprochable devant les hommes, son cœur se purifiait encore dans les ardeurs de la charité. Assidu à l'oraison, à la psalmodie, à l'étude des divines Écritures, il domptait son corps par des jeûnes sévères ; il était d'une humilité profonde, et sans cesse il avait à la pensée cette leçon du divin Maître : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de votre âme ».
Tel était Lautein au milieu du monde, que son ami Grégoire édifiait, de son côté, sur un plus vaste théâtre ; car, à dix-sept ans, les suffrages du peuple l'avaient appelé à gouverner la ville d'Autun. Mais pendant que le jeune et pieux magistrat faisait le bonheur des Éduens, autant par la sainteté de sa vie que par la sagesse de son administration, Lautein se décidait à quitter le monde pour embrasser la vie du cloître. Il avait environ vingt-sept ans lorsqu'il entra au monastère de Saint-Symphorien, que gouvernait alors le saint abbé Laurent. C'était sans doute le vénérable évêque d'Autun, Euphrone, qui poussait Lautein vers la solitude, après lui avoir servi de guide et de conseil au milieu du siècle. Euphrone allait souvent lui-même se recueillir et prier dans cette retraite, qui lui était si chère, et où il choisit le lieu de sa sépulture.
On observait alors au monastère de Saint-Symphorien les Règles des moines orientaux, avec les modifications qu'exigeait le tempérament des Gaulois. Sous la sage direction de l'abbé Laurent, Lautein se livra avec ferveur à tous les exercices de la vie spirituelle, et bientôt il y recueillit les fruits les plus précieux. Cependant il aspirait encore à une plus haute perfection, à un détachement plus complet des choses terrestres. Avec la permission de son supérieur, il renonce généreusement aux douceurs de la vie commune, et, comme un autre Antoine, il s'enfuit au désert, où il ne veut plus avoir que Dieu seul pour témoin et pour appui dans les combats qu'il va livrer à l'esprit du mal.
Lautein passa la Saône, et vint chercher la solitude au pied des monts Jura, dans la Bourgogne supérieure. Il était facile de trouver le désert et le silence dans cette malheureuse contrée, que les ravages des barbares désolaient depuis deux siècles. Gondebaud venait d'y rétablir la domination des Bourguignons, lorsque Lautein vint se fixer dans la partie de cette province appelée le Scodingue. Il construisit sa cellule sur le versant oriental d'une colline alors nommée Sièze ou Silèze, sur les bords d'une petite rivière. Silèze (aujourd'hui Saint-Lautein, ou Saint-Lothain, Jura, arrondissement de Lons-le-Saulnier, canton de Sellières) était une bourgade en ruines, située à peu de distance de la voie romaine de Lyon à Besançon, par Bourg, Lons-le-Saunier et Grozon. Cette terre, autrefois souillée par le culte des idoles, devint alors un lieu de prières, où le nom du vrai Dieu fut glorifié jour et nuit par les hommages du pieux ermite et des disciples qu'il réunit autour de lui. C'est ainsi que Dieu confondait d'une manière plus éclatante la malice et l'orgueil des démons, en établissant le règne de la croix sur les débris de leurs autels.
Mais les œuvres de Dieu grandissent presque toujours au milieu des épreuves. Aussi le nouvel hôte de Silèze fut bientôt en butte aux attaques des esprits impurs. Non-seulement le tentateur cherchait à soulever des tempêtes dans l'âme du saint anachorète : il se rendait visible à ses yeux, le troublait dans son oraison, et cherchait à l'effrayer par les apparitions les plus hideuses, renouvelant contre lui les tentations qui avaient fait briller la constance des solitaires de la Thébaïde. Mais Lautein, sans s'effrayer
1er Novembre.
de ces illusions, se tournait vers Dieu, et lui disait avec confiance, comme le saint roi David : « Levez-vous, Seigneur, et vos ennemis seront dissipés, et ceux qui vous haïssent s'enfuiront de devant votre face ». À l'instant l'apparition des esprits impurs s'évanouissait, et Dieu ramenait la paix dans l'âme de son serviteur.
Saint Lautein avait appris du divin Maître que le plus terrible des démons ne peut être vaincu que par le jeûne et la prière. Il résolut donc d'ajouter encore à la rigueur de ses austérités et de ses jeûnes, aussi bien qu'à la longueur de ses veilles, afin de se prémunir contre des tentations qui se renouvelaient tous les jours. Son biographe assure qu'il passa trois Carêmes, ne mangeant que deux fois la semaine. Dans le premier, il n'usa que de bouillie d'orge ; dans le second, de pommes sèches ; et dans le troisième, de légumes crus.
Ainsi vivait le saint anachorète de Silèze, heureux dans sa solitude, parce qu'il savait que Dieu était témoin de ses combats et de ses macérations. Mais il plut au Seigneur de révéler au monde ce trésor de sainteté.
La présence du pieux étranger était pour le voisinage une source de bénédictions. Dieu lui avait donné, disait-on, le pouvoir de détourner les orages et de calmer les tempêtes. Les habitants des contrées voisines commencèrent dès lors à l'honorer comme un saint, et l'on vint à lui pour obtenir les faveurs du ciel, par sa puissante intercession. Un prêtre, nommé Gallican, tourmenté par l'esprit malin, vint trouver Lautein, dont il avait entendu vanter la sainteté éminente, et le pria de le délivrer par sa bénédiction. « Eh quoi ! » lui répond humblement le pieux solitaire, « vous êtes prêtre, je ne suis qu'un pauvre moine, et vous demandez que je vous bénisse ? » Lautein le supplia, au contraire, de le bénir lui-même. Mais comme Gallican s'y refusait, Lautein lui donna de l'huile, et lui recommanda de la répandre sur ses membres. Le prêtre obéit, et sur-le-champ l'esprit malin se retira de lui.
Ce miracle et d'autres encore augmentèrent la réputation de celui qui les opérait. De nombreux disciples abandonnèrent le siècle, et accoururent à Silèze pour y servir Dieu sous la conduite du célèbre thaumaturge. Bientôt il vit rassemblés autour de lui soixante-dix religieux. Ce fut l'origine du premier monastère de Silèze, dont l'église fut placée sous l'invocation de saint Martin. Mais bientôt l'humble cloître se trouva trop étroit pour contenir l'affluence des nouveaux disciples, et le saint abbé fut obligé de fonder un second monastère à Maximiac (c'est très-probablement le nom primitif du célèbre monastère de Baume-les-Moines), dans le voisinage de Silèze. Il y plaça environ quarante religieux, tous exercés au jeûne, aux veilles, et surtout à l'obéissance. Cette vertu, qui distingue les bons religieux, est la gardienne infaillible de la ferveur et de la régularité dans le cloître. Aussi Lautein s'efforçait de l'inspirer à ses disciples d'une manière toute spéciale, autant par l'autorité de ses exemples que par la sagesse de ses conseils. Son biographe raconte même, à ce sujet, un trait qui semblerait incroyable, si on ne savait quelles récompenses miraculeuses Dieu a promises à l'obéissance.
Le saint abbé, dit le légendaire, se trouvait à Maximiac, où il avait coutume de passer le Carême et les autres jours de jeûne, sans doute parce que les religieux de ce monastère l'édifiaient lui-même par une plus grande ferveur et par une abstinence plus sévère. Un jour que le four était chauffé pour la préparation du pain, il ordonna à Pharadée, l'un des religieux, d'y entrer pour le nettoyer, bien assuré sans doute du succès miraculeux de
l'épreuve étrange à laquelle il mettait l'obéissance de son disciple. Celui-ci n'hésita point et se jeta, plein de confiance en Dieu, dans la fournaise. Son obéissance et sa foi furent récompensées comme elles le méritaient : les flammes respectèrent le serviteur de Dieu, comme autrefois Azarias avec ses deux compagnons ; et Pharadée, après avoir accompli les ordres de son supérieur, sortit du four aussi intact qu'il y était entré.
Le divin Maître avait dit, en parlant de ses disciples : « Ils chasseront en mon nom les esprits de l'enfer, ils parleront toutes les langues, ils manieront les serpents sans danger, et s'ils boivent quelque breuvage mortel, ils n'en recevront aucun mal. Ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris ». Saint Lautein fut un de ces disciples privilégiés du Christ, revêtus de la puissance miraculeuse du ciel. Un jour qu'il était seul dans sa cellule, il vit tout à coup paraître un énorme serpent qui menaçait de se jeter sur lui. Le pieux solitaire se mit à prier pour conjurer le péril : « Seigneur », dit-il « délivrez-moi de l'homme méchant et trompeur, qui darde sa langue comme le serpent, et qui distille de ses lèvres le venin des aspics, pour me livrer combat et me donner la mort ». Ensuite il fait le signe de la croix, invoque le saint nom de Jésus-Christ, et voit aussitôt le monstre périr sous ses pieds. Toutefois, le saint abbé garda le silence sur cet événement, et se contenta d'en confier le secret à Siagrius, son ami et son disciple le plus fervent, l'invitant à bénir avec lui le Seigneur de la protection qu'il accordait à ses serviteurs.
Il arriva dans ce temps que des brigands, venus de Dijon, se dirigèrent vers Silèze, où ils croyaient trouver de grands trésors. Ils se proposaient de se saisir de l'abbé et de le mettre à la torture, jusqu'à ce qu'il leur livrat ces prétendues richesses. Mais, tandis qu'ils s'avançaient vers le monastère, l'auteur du criminel projet fut mordu par un serpent venimeux. Alors ces hommes pervers, regardant cet événement comme une punition du ciel, furent touchés de repentir, et allèrent se jeter aux pieds de saint Lautein, confessant leur crime et lui demandant grâce. Le saint abbé leur pardonna de bon cœur, et guérit même le malheureux blessé.
Cependant Lautein était arrivé à l'âge de cinquante-trois ans, et n'était point encore prêtre. Depuis longtemps ses religieux le pressaient de recevoir les ordres sacrés, sans qu'ils eussent pu vaincre cette humilité profonde qui le portait à se juger indigne du sacerdoce. Reconnaissant enfin que le désir de ses frères était la volonté du ciel, il se laissa imposer les mains par l'évêque saint Amand, soit que ce prélat fût venu le visiter à Silèze, soit qu'il l'eût mandé au lieu de sa résidence. C'était l'an 501 ou 502. Tout nous porte à croire que saint Amand était évêque de Besançon. Saint Lautein redoubla de ferveur lorsque son front porta la double couronne du religieux et du prêtre, et qu'il lui fut donné de célébrer tous les jours les augustes mystères. Silèze montre encore avec bonheur aux pieux touristes le modeste autel où, selon la tradition, la céleste Victime fut tant de fois immolée par ses mains ; cet autel se voit sous le chœur de l'église actuelle, dans la crypte qui fut l'église des premiers religieux. Après son ordination, Lautein vécut encore seize ou dix-sept ans, marchant toujours de vertus en vertus, s'élevant de clarté en clarté, se montrant toujours le modèle accompli, le conseil assuré, le véritable père de ses deux communautés et la providence des malheureux, qui affluaient à Silèze ou à Maximiac, pour obtenir de ce puissant ami de Dieu la guérison de toutes leurs misères.
Saint Lautein venait de passer le Carême à Maximiac, selon son habitude, et il était de retour à Silèze, lorsque saint Grégoire arrivait à Grozon,
1er NOVEMBRE.
antique bourgade située près de la voie romaine de Genève à Dijon. Informé de la présence du prélat, le saint abbé s'empressa de lui faire visite. C'était le jour de Pâques, 15 avril. Saint Grégoire, apprenant l'approche de son illustre ami, se précipita à sa rencontre. Ils tombent dans les bras l'un de l'autre : « Dieu soit béni », s'écriait l'évêque, « puisqu'il m'a accordé le bonheur que je désirais tant, celui de vous voir encore en ce bas monde ! » Et tous deux versaient des larmes de joie. Ils passèrent ensemble la journée tout entière à Silèze, et partagèrent leur temps entre les œuvres de la piété et les deux épanchements de l'amitié.
Saint Lautein, se trouvant précédemment à Maximiac, avait eu révélation de sa fin prochaine par le ministère d'un ange ; car, quoique Dieu tienne leur fin cachée à la plupart des mortels, cependant il a souvent récompensé la foi de ses Saints, en leur annonçant le jour où bientôt leurs impatients désirs du ciel devaient être exaucés. Saint Lautein, qui avait obtenu cette faveur, comme saint Jean Chrysostome et tant d'autres, s'empressa de faire part de son bonheur à son hôte bien-aimé. Le lendemain, l'abbé reconduisit l'évêque et sa suite ; puis, après l'avoir comblé de bénédictions et lui avoir dit adieu, il revint à Silèze, où il continua de se préparer à la mort en redoublant de ferveur.
Maximiac reçut encore sa visite accoutumée, pendant le cours de cette année, qui était la soixante-dixième de sa vie. Lautein se trouvait dans ce monastère sur la fin d'octobre, lorsque, sachant qu'il n'avait plus que quelques jours à passer sur la terre, il dit à son ami, le prêtre Victorius : « Je retourne à Silèze, où je veux mourir et recevoir la sépulture. Venez-y jeudi prochain, et apportez un suaire pour ensevelir mon cadavre ». Puis, il se hâta de partir : c'était le dimanche ou le lundi. Il passa les trois jours suivants en prières, avec ses religieux désolés, qu'il consolait en leur montrant au ciel le rendez-vous de tous les enfants de Dieu. En même temps, ils reçurent ses dernières exhortations, que le bon Père semblait ne pouvoir finir. Le jeudi, qui cette année-là se trouvait être le premier jour de novembre, Lautein entra dans l'oratoire, et se donna lui-même la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, pour se fortifier dans ce terrible passage du temps à l'éternité. Ses derniers moments s'achevèrent dans la prière, et c'est ainsi que sa belle âme, s'arrachant à la prison du corps, s'envola vers la céleste patrie, où le Seigneur Jésus la reçut avec amour et la plaça dans les rangs des élus.
## CULTE ET RELIQUES.
Le corps de saint Lautein fut pleinement enseveli par ses disciples dans un sarcophage en pierre de Vergennes, que l'on voit encore dans la crypte de l'église. Le couvercle de ce tombeau porte cette épitaphe : « Ici repose saint Lautein, abbé ». Cette inscription est en lettres du Xe ou du XIe siècle ; ce qui peut faire supposer que le sarcophage ayant été enterré, selon l'usage, l'inscription n'a été gravée que quand les restes du saint abbé furent levés de terre et placés dans la crypte, c'est-à-dire dans l'église du monastère, au côté gauche de l'autel. On a voulu sans doute, par cette inscription, distinguer ce monument de deux autres parois, placés à droite de l'autel, et appartenant à quelques vénérables abbés, premiers successeurs de saint Lautein, dont les noms, inscrits au ciel, sont demeurés inconnus pour les hommes. En effet, l'élévation de ces corps saints a pu se faire au commencement du Xe siècle, époque à laquelle le monastère et l'église de Silèze, ruinés par les Normands, en 888 ou 889, furent reconstruits par saint Bernou, abbé de Baume.
Sur la fin du XIe siècle, les reliques de saint Lautein furent tirées de leur tombeau pour être exposées à la vénération publique. Cette nouvelle translation dut se faire par les ordres de l'abbé de Baume ; car, depuis saint Bernou, le monastère de Saint-Lautoin, devenu simple prieuré, se trouvait annexé à cette célèbre abbaye, qui retint pour elle le chef du Bienheureux, avec une
LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS, VULGAIREMENT LA TOUSSAINT. 93
grande partie de son corps. Ces précieuses reliques furent enfermées dans une chasse avec le chef de saint Désiré, et placées au côté droit du maître-autel, où elles se trouvent encore aujourd'hui. L'église de Silèze conserva une partie des reliques de son illustre fondateur. Mais, dans les siècles suivants, l'abbaye de Baume ayant cessé d'y entretenir des religieux, il ne resta plus de disciples de saint Lautein pour veiller auprès de son tombeau vénéré.
Le 11 mai 1635 (pendant la guerre de la France, lignée avec la Hollande et les luthériens d'Allemagne, contre la maison d'Autriche), des soldats allemands et lorrains pénétrèrent dans l'église de Saint-Lautein. Comme ils aperçurent, au-dessus du maître-autel, la chasse qui contenait les saintes reliques, ils la firent tomber avec leurs piques, croyant sans doute que ce coffre renfermait quelques richesses. La violence de la chute brisa la chasse, et les reliques furent dispersées sur le marche-pied de l'autel. Sur le soir, l'ennemi s'étant retiré, le curé de Touloose vint les recueillir. Mais, dans la crainte d'une nouvelle profanation, il les enferma dans une caisse, et on les plaça sous une dalle du chœur, où elles demeurèrent jusqu'au 15 avril 1641. Alors elles en furent retirées solennellement, en présence de la plupart de ceux qui les y avaient déposées. Le miracle suivant, arrivé dans cette circonstance, a été transmis à notre édification par les archives de la paroisse.
Une femme aveugle, de Miéry, apprenant qu'on venait de lever de terre les reliques du saint abbé, et que sa puissante intercession avait autrefois rendu la vue à des aveugles, se fit amener à Saint-Lautein, remplie de la confiance la plus entière. Elle pria le curé de dire la messe pour elle et persévéra, durant trois jours, à visiter l'église et à répandre ses ferventes supplications devant les saintes reliques. Enfin, le troisième jour, cette pieuse femme recouvra soudainement la vue et reçut ainsi la récompense promise par Jésus-Christ à la persévérance dans la foi. Ce miracle arriva le 15 mai 1641. Le curé en dressa un procès-verbal, qu'il signa avec trois autres témoins.
En 1793, la chasse fut cachée dans la crypte, et échappa de la sorte au vandalisme des révolutionnaires. Puis, lorsque la tempête fut passée, elle reprit sa place, au fond de l'abside. Les reliques qu'elle contient sont un fémur, un fragment d'humérus, deux ou maxillaires et plusieurs vertèbres. Deux petits ossements sont encore renfermés, l'un dans un reliquaire d'argent, représentant saint Lautein, l'autre dans un buste antique du même Saint, qui se trouve dans la crypte.
Autrefois, dans les temps de sécheresse, de pluies excessives, ou d'autres calamités publiques, la chasse était descendue et exposée à la vénération du peuple. C'était un commissaire du monastère, et plus tard du chapitre de Baume, qui présidait à la cérémonie. En même temps, les reliques du même Saint, reposant dans l'église abbatiale, étaient pareillement exposées, et l'on célébrait une messe solennelle en son honneur. Alors, les paroisses du voisinage venaient en procession, soit à Baume, soit à Silèze, assurées de ne pas invoquer en vain la puissante intercession du bienheureux abbé. Les restes vénérables de saint Lautein ne sont plus aujourd'hui visités par un grand concours de pieux pèlerins. Néanmoins, les fidèles l'honorent toujours comme leur grand protecteur, et pendant les pluies désastreuses de l'été de 1853, on a vu se réveiller dans ces lieux la foi des anciens temps, et la foule accourir au tombeau du saint abbé pour implorer sa protection dans le malheur public.
Extrait des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier, de Besançon.
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Événements marquants
- Naissance vers 448 dans le pays des Éduens
- Études à Bibracte avec saint Grégoire de Langres
- Entrée au monastère de Saint-Symphorien à 27 ans
- Retraite au désert dans le Jura (Scodingue)
- Fondation du monastère de Silèze
- Fondation du monastère de Maximiac
- Ordination sacerdotale par saint Amand vers 501-502
- Rencontre ultime avec saint Grégoire de Langres à Pâques 518
- Mort le 1er novembre 518 après s'être communié lui-même
Miracles
- Délivrance du prêtre Gallican possédé par un démon
- Protection du moine Pharadée dans un four ardent
- Mort subite d'un serpent géant après un signe de croix
- Guérison d'un brigand mordu par un serpent
- Révélation angélique de sa mort prochaine
- Guérison d'une femme aveugle de Miéry en 1641
Citations
Heureux le religieux qui se regarde comme le rebut du monde, c'est-à-dire comme le plus objet des hommes !
Je retourne à Silèze, où je veux mourir et recevoir la sépulture. Venez-y jeudi prochain, et apportez un suaire pour ensevelir mon cadavre.