Saint Nicolas de Tolentino
Confesseur
Résumé
Né en Italie au XIIIe siècle après un vœu de ses parents, Nicolas de Tolentino devint un ermite de Saint-Augustin célèbre pour son ascétisme extrême et ses visions. Il passa trente ans à Tolentino, où il se distingua par sa charité, ses miracles et ses combats physiques contre le démon. Canonisé en 1446, il est traditionnellement invoqué pour le soulagement des âmes du purgatoire.
Biographie
SAINT NICOLAS DE TOLENTINO, CONFESSEUR,
DE L'ORDRE DES ERMITES DE SAINT-AUGUSTIN
Vers 1310. — Pape : Clément V. — Empereur d'Allemagne : Albert Ier.
Caru tunc Deum sitit, quando par jejunum absinct et arescit.
La chair a soif de Dieu quand le jeûne l'épuise et la dessèche. Saint Bernard.
Saint Nicolas, surnommé de Tolentino, à cause du long séjour qu'il fit dans cette ville, naquit dans le bourg de Saint-Ange, près de Fermo, dans la Marche d'Ancône. Ses parents étaient peu favorisés des dons de la fortune, mais ils se distinguaient par une grande piété. Ils n'avaient jamais eu d'enfants, et sa mère, nommée Aimée, était déjà avancée en âge. Un jour qu'elle était en prière, elle se sentit intérieurement portée à faire un pèlerinage de dévotion à saint Nicolas, évêque de Myre, espérant que par son intercession elle pourrait obtenir un fils qui serait un parfait imitateur de ce Bienheureux, et comme lui un grand Saint dans l'Église. De concert avec son mari, elle alla visiter l'église de Saint-Nicolas de Myre, à Bari, aux extrémités de l'Italie ; ils s'y acquittèrent du vœu qu'ils avaient fait, et moins d'un an après leur foi fut récompensée par la naissance d'un fils auquel ils donnèrent le nom de Nicolas.
Ses parents ne négligèrent rien pour lui inspirer de bonne heure les sentiments de la vertu ; mais il s'y porta de lui-même, dès son enfance, avec une discrétion et une ferveur qui surpassaient beaucoup son âge. Il fuyait tout ce qui était efféminé, mondain, et même les divertissements des autres enfants. Il aimait, au contraire, à voir des religieux, et s'efforçait de pratiquer les mêmes choses qu'il voyait faire. Il allait à l'église avec un empressement merveilleux. Il y entendait la parole de Dieu avec autant de modestie qu'un vieillard. Il faisait l'oraison avec une si grande application d'esprit, que tout le monde admirait sa dévotion. Dès l'âge de sept ans, il commença à jeûner trois fois la semaine, à l'imitation du grand saint Nicolas, dont il était l'enfant selon l'esprit. Il avait une sainte avidité de recevoir les pauvres dans la maison de son père.
Toutes ces actions, si extraordinaires dans un enfant, faisaient dire aux habitants du village qu'un jour il serait un grand Saint. Il n'était encore qu'un jeune étudiant, lorsqu'on le pourvut d'un canonicat dans l'église du Sauveur, à Tolentino. Mais, parce que c'était une profession qui l'arrêtait dans le monde, auquel il avait dessein de renoncer, il résolut d'embrasser un autre état où il pût se donner tout entier à Jésus-Christ. Il se sentit encore plus porté à cette généreuse entreprise après avoir entendu un religieux de Saint-Augustin, qui, prêchant sur ces paroles de saint Jean : « Le monde passe et sa concupiscence avec lui », tonna avec force contre les vanités, les abus et les illusions du monde ; dès lors, Nicolas ne chercha plus que les moyens de se consacrer entièrement à Jésus-Christ. Comme il n'était entré dans le monde que par les prières de ses parents, il ne voulut point les quitter sans avoir leur bénédiction. Il leur communiqua donc son dessein ; ces sages chrétiens n'imitèrent pas la plupart des pères et des mères, qui n'aiment leurs enfants que selon la chair et le sang, et, n'envisageant nullement le salut de leurs âmes, les détournent autant qu'ils peuvent de l'état religieux ; regardant cette démarche de leur fils comme un accomplissement des promesses que le ciel leur avait faites, ils l'approuvèrent de grand cœur. Parmi les Ordres religieux, il fit choix de celui des Ermites de Saint-Augustin ; il y fut reçu âgé seulement de onze ans. Après son noviciat, il fit ses vœux solennels, et, depuis ce moment, il pratiqua la vertu dans son degré le plus élevé.
Il avait horreur de la vanité, qui dresse continuellement des embûches aux actions les plus saintes pour en détruire les mérites ; pour éviter ce danger, il s'observait sans cesse lui-même. Il marchait avec une extrême retenue et avec circonspection ; regardait ses confrères comme autant de supérieurs qui avaient droit de lui commander, et sentait dans son cœur une joie toute singulière quand il pouvait recevoir quelque ordre de ceux-là mêmes auxquels il avait autorité d'en donner. Les ministères les plus abjects étaient ceux qu'il chérissait davantage ; et quelque pénibles qu'ils fussent, il ne laissait pas de les faire avec plaisir. On ne remarqua jamais en lui aucune parole de murmure, ni aucun geste d'impatience, ni la moindre chose qui sentit la mauvaise humeur. Cette admirable modestie le faisait admirer et aimer de tout le monde.
Sa pureté était angélique ; pour conserver cette vertu céleste, il faisait une guerre acharnée à la sensualité, affligeant sa chair par des jeûnes, des veilles, des disciplines et d'autres grandes austérités ; on eût dit qu'il avait un corps de bronze. Dès l'âge de quinze ans, lorsque le sang commence à exciter les passions, il arrêtait leur fougue avec des chaînes de fer dont il se déchirait tout le corps. Il portait un rude cilice avec une ceinture de fer sur les reins. Il jeûnait quatre jours de la semaine, et ses mets les plus délicieux étaient un peu de pain avec des légumes mal assaisonnés et à demi cuits. Il ne couchait que sur la terre, ou au plus sur une paillasse, et n'avait qu'un caillou pour oreiller. Le démon, effrayé par ces pas de géant que le jeune moine faisait dans le chemin de la perfection, essaya de l'arrêter par le moyen d'un de ses parents, supérieur d'un riche couvent d'un autre Ordre, qui était assez près de celui où il était. Ce religieux, suivant les affections de la chair et du sang, représenta à Nicolas que ses austérités l'avaient déjà décharné comme un squelette ; qu'à la fleur de son âge il était aussi cassé qu'un homme de soixante ans ; que, s'il ne se faisait bientôt mourir, il se rendrait au moins tout à fait inutile à la religion, et qu'il pouvait enfin se sauver sans toutes ces mortifications ; il lui proposa de passer dans son monastère, où, la règle étant plus douce et plus conforme à la faiblesse de la nature, il pourrait faire son salut avec moins de peine, et néanmoins avec assurance. Nicolas, après cette conversation, alla à l'église avant de s'en retourner à son couvent; et, comme il était dans la ferveur de sa prière, des anges lui apparurent sous la forme de petits enfants revêtus de robes blanches, chantant très-mélodieusement, et lui répétèrent par trois fois ces paroles pour le confirmer dans l'Ordre de Saint-Augustin : « C'est à Tolentino que vous devez faire votre séjour; demeurez-y constamment dans votre vocation, et soyez assuré que vous y ferez votre salut ». Cette vision le consola merveilleusement, et il en attendit l'exécution de la volonté de ses supérieurs, qui devaient lui faire connaître celle de Dieu.
Quelque temps après, on l'envoya, non pas d'abord à Tolentino, mais successivement à Recanati, à Macerata, à Saint-Genêt, à Cingoli et au désert de Valmane, près de Pesaro. Comme il était un modèle de vertu et d'observance, les provinciaux le faisaient souvent changer de maison, afin que, par la sainteté de sa vie, il édifiaît les autres religieux et laissât partout des exemples de sa grande régularité. Il fut ordonné prêtre à Cingoli, par l'évêque d'Osimo. Sa dévotion reçut de nouveaux accroissements par ce divin caractère. Son amour et sa ferveur paraissaient visiblement à la messe, qu'il célébrait avec une piété admirable. On ne peut dire les grâces qu'il a obtenues du ciel pour les personnes qui ont eu recours à ses sacrifices. Les défunts en recevaient aussi de grands soulagements. Il eut plusieurs apparitions des âmes qu'il avait délivrées du purgatoire, entre autres de celles de quelques religieux qui expiaient dans les flammes les lâchetés qu'ils avaient commises dans l'observance de leur Règle.
Enfin arrive le temps dans lequel Dieu voulait accomplir ce qu'il avait révélé par ses anges; notre Saint est envoyé à Tolentino, où il demeure trente ans. Ses exercices dans ce monastère sont de travailler au salut des âmes. Il s'occupe souvent à catéchiser les simples, à prêcher la parole de Dieu et à confesser les pénitents; il le fait avec un grand succès. Son zèle est si animé, que les cœurs les plus rebelles se rendent à ses exhortations. Il embrase du feu de l'amour divin ceux qui sont de glace; les plus obstinés sont ébranlés et enfin convertis par les puissants mouvements de ses paroles: en un mot, il gagne, par sa douceur, toutes les personnes qu'on lui envoie, pour les faire entrer dans la voie du salut. Tout le temps qui lui reste, après ces divines fonctions, il l'emploie à la prière et à l'oraison mentale, pendant laquelle son corps demeure immobile, et son âme, traitant familièrement avec Dieu, jouit des délices de la béatitude. Lorsque, dans ses grandes maladies, son corps est le plus accablé de souffrances, c'est alors que son esprit s'élève au ciel avec plus de ferveur, et les douceurs qu'il goûte en cet état lui ôtent tout le sentiment de ses douleurs. Il médite avec une tendresse inconcevable les mystères de la Passion de Notre-Seigneur, et lui rend des larmes en abondance pour le sang qu'il lui voit verser sur la croix. L'ingratitude des hommes, qui ne laissent pas d'offenser le divin Sauveur, après qu'il a enduré une cruelle mort pour eux, lui perce le cœur et lui fait frémir tout le corps. Son recueillement durant l'office divin, auquel il ne manque jamais d'assister, en inspire à ceux qui le voient.
Comme il n'y a point d'exercice dans le cloître que le démon combatte avec plus d'opiniâtreté que l'oraison, où le religieux trouve des armes invincibles pour triompher de sa malice, il fit une guerre continuelle à notre Saint, ou pour la lui faire abandonner, ou pour l'inquiéter lorsqu'il la faisait. Il jetait quelquefois des cris épouvantables, contrefaisant le mugissement des taureaux, le rugissement des lions, le hurlement des loups, le sifflement des serpents et les voix des animaux les plus sauvages. Il feignait de découvrir les toits, de casser les tuiles, de rompre la charpente et de renverser la maison; mais Nicolas, se moquant de ses ruses, demeurait ferme comme un rocher sans changer de posture. Un jour, cet esprit de ténèbres entra dans sa chambre sous la figure d'un oiseau d'une grosseur prodigieuse, et, par le battement de ses ailes, éteignit la lampe qui brûlait toujours devant son oratoire, et la jeta par terre, où il la mit en pièces. Le Saint, ayant fait sa prière, en ramassa doucement les morceaux, et les rejoignit ensemble si merveilleusement, qu'il ne paraissait point qu'elle eût été cassée: il la ralluma aussi de son souffle. Il fit encore le même miracle deux autres fois, comme il est marqué au couvent de Tolentino, sur une grande pierre. On y montre aussi une massue dont le démon se servait pour le maltraiter: car il ne se contentait pas de le persécuter par les ruses que nous venons de décrire; mais il le frappait très-cruellement, jusqu'à le laisser quelquefois demi mort étendu sur le carreau, la chair meurtrie, le corps couvert de plaies et le visage presque noyé dans son sang; il fut trouvé un jour en cet état par les religieux dans le cloître où le démon l'avait traîné. Dans ce rude combat, où il vainquit son ennemi par l'invocation du nom de Jésus, il demeura boiteux, et le fut le reste de sa vie. On voit encore cette insigne victoire écrite au-dessus de la porte où commença cette bataille.
Outre ces tentations, il en eut une qu'il ne surmonta que par une faveur extraordinaire du ciel. Il gardait une abstinence si rigoureuse, qu'il ne mangeait ni poisson, ni lait, ni fromage, ni fruits, et la seule vue des mets délicats, qui épuisent la bourse et ruinent la santé des voluptueux, lui donnait un dégoût qu'il avait peine à supporter. Le démon lui mit dans la pensée que ce genre de vie n'était pas agréable à Dieu; que les autres religieux, quoique fort vertueux, mangeant indifféremment de tout ce que l'on servait au réfectoire, c'était à lui une singularité insupportable de ne pas se conformer à leur exemple; qu'il ruinerait assurément sa santé, et qu'ainsi il se rendrait inutile au prochain, onéreux à la communauté et à charge à tout l'Ordre. Ces réflexions le mirent dans de grandes perplexités et l'affligèrent d'autant plus qu'il n'avait point d'autre vue que de faire la volonté de Dieu. Pendant que Nicolas était tourmenté par ces doutes, Jésus-Christ lui apparut dans son sommeil, et, après l'avoir repris de cette défiance, que les marques éclatantes et miraculeuses qu'il lui avait données de son amour devaient avoir dissipées, il l'assura que ses services lui étaient agréables; que sa crainte n'était qu'un artifice de Satan, et que son nom était déjà écrit dans le livre de vie. Son cœur fut alors rempli d'une douceur inestimable qui fit évanouir toute l'amertume que ses appréhensions lui avaient causée. Il ne pouvait s'en souvenir sans proférer, avec une allégresse admirable, ces paroles du Roi-Prophète: « Je me suis réjoui des choses qui m'ont été dites: nous irons dans la maison du Seigneur ». Depuis, il se moqua du démon, et le traita toujours avec un extrême mépris, lorsqu'il le sollicitait de se relâcher de ses austérités. C'est pour les récompenser ou pour les autoriser que Dieu a changé plusieurs fois l'eau en vin, en sa considération, comme on en voit encore l'histoire rapportée dans une inscription de l'ancien réfectoire de Tolentino.
Étant devenu vieux et infirme, il jeûnait et traitait sa chair avec la même sévérité que dans la fleur de son âge; ce qui le fit tomber dans une longue et dangereuse maladie. On voulut lui faire prendre une nourriture meilleure, mais on ne put jamais lui persuader d'acheter la santé au prix de son abstinence, et les supérieurs, pour ne point s'opposer à la conduite que Dieu tenait sur lui, se contentèrent de l'obliger à manger un peu de viande : ce qu'il fit par obéissance. La maladie s'aggravant, il crut qu'elle le conduirait au tombeau ; la pensée des jugements de Dieu, en la présence duquel les anges ne sont pas assez purs, le jeta alors dans une grande crainte. Il appela la sainte Vierge à son secours, et, à sa prière, le ciel s'ouvrit, et cette Reine des anges lui apparut visiblement, accompagnée de saint Augustin et de sainte Monique. Elle jeta un regard de tendresse sur lui et lui dit ces aimables paroles : « Ne craignez point, Nicolas, tout est en sûreté pour vous ; mon Fils vous porte dans son cœur, et moi je vous prends sous ma protection ; Augustin et Monique sont vos puissants intercesseurs ». Elle lui conseilla, ensuite, pour le rétablissement de sa santé, d'envoyer demander à une femme fort charitable, voisine du monastère, un morceau du pain qu'elle avait fait cuire ce même jour, de le tremper dans un peu d'eau et d'en user comme d'un souverain remède. Le Saint le fit, et, à l'heure même, il se trouva sans fièvre et aussi parfaitement remis que s'il n'eût point été malade. C'est en mémoire de cette merveille que le jour de sa fête, dans les monastères des Augustins, on bénit de petits pains avec des cérémonies fort solennelles, approuvées par le pape Eugène IV ; les malades qui usent de ces pains en invoquant la sainte Vierge et saint Nicolas en obtiennent souvent du soulagement.
La charité de notre Saint pour les pauvres était incomparable : Dieu l'a confirmée par plusieurs miracles. Il baisait les pieds et les mains de ceux qui venaient demander l'aumône à la porte du couvent, adorant en eux Jésus-Christ qui s'est fait pour notre amour le premier de tous les pauvres. Il faisait la quête pour eux dans les meilleures maisons de la ville, et en tirait de grosses aumônes qu'il leur distribuait. Il partageait avec eux le pain qu'on lui donnait à ses repas, et ramassait quelquefois les restes de la communauté pour les leur porter. Un jour, comme il en portait aux pauvres qui étaient à la porte du monastère, le père prieur le rencontra et lui demanda ce qu'il tenait dans le linge qu'il avait sous sa robe ; le saint vieillard répondit que c'étaient des fleurs. Et, en effet, les morceaux de pain qu'il avait se trouvèrent changés en de très-belles roses, quoique ce fût au mois de décembre. Le prieur, convaincu par ce prodige que Dieu agréait les aumônes de Nicolas, lui permit de les continuer, sans crainte d'appauvrir son couvent. Un autre jour, qu'il faisait la quête du pain pour le monastère, une femme fort nécessiteuse lui en donna un par aumône, l'assurant qu'il ne lui restait plus de farine que pour en faire un semblable pour toute la famille. Le Saint, touché de la libéralité de cette femme qui s'arrachait ainsi le morceau de la bouche pour le donner aux serviteurs de Jésus-Christ, pria Dieu de l'en récompenser et de multiplier la farine qu'elle avait de reste, afin qu'elle en pût nourrir ses enfants. Aussitôt cette multiplication fut faite : de sorte que cette femme trouva chez elle une grande quantité d'excellente farine.
Une année avant sa mort, une étoile extraordinaire s'étant levée sur le village de Saint-Ange, où il était né, vint s'arrêter, à la vue de tout le monde, sur l'autel où il avait coutume de dire la messe et de faire ses oraisons. Depuis, elle le conduisait de l'oratoire à sa cellule, et de sa cellule à l'oratoire. Les six derniers mois de sa vie, les anges descendaient toutes les nuits dans sa chambre pour le réjouir par leur mélodie, pour lui donner des avant-goûts de la gloire éternelle, et pour lui témoigner avec quel empressement ils l'attendaient dans le ciel. Quand il vit son heure approcher, il se fit apporter une sainte image de l'Ecce Homo, devant laquelle il avait souvent fait ses prières; il fondit en larmes à la vue d'un objet si touchant; son cœur entra dans de grands transports d'amour et de douleur, et son esprit fut élevé à une très-haute contemplation de ce mystère. Jésus-Christ, accompagné de la sainte Vierge et de saint Augustin, lui apparut aussi et lui donna de nouvelles assurances de son bonheur Ainsi cet homme, déjà tout céleste, après avoir demandé pardon aux religieux du scandale qu'il croyait leur avoir donné et des peines qu'il leur avait causées par ses longues et continuelles maladies, fit sa confession générale à son supérieur et reçut ensuite avec une ferveur et une dévotion incroyables le saint Viatique et le sacrement de l'Extrême-Onction. Les trois derniers jours de sa vie, il eut avec Dieu de continuels colloques, qui lui causèrent des ravissements, des syncopes et des défaillances amoureuses; on ne lui entendait plus exprimer que des actes de pénitence, de contrition et de confiance en Dieu, d'abandon à sa volonté, de sacrifice de son cœur et de son esprit, et d'amour pour Jésus-Christ. Jamais il ne jouit d'une paix plus profonde ni d'une plus grande tranquillité d'esprit; elle paraissait même sur son visage, et sa parfaite sérénité faisait assez juger de la joie intérieure dont son âme était remplie. Le jour qu'il mourut, il pria avec instance qu'on lui apportât une croix où était enchâssé un morceau de celle de Notre-Seigneur; il l'adora, l'arrosa de ses larmes et l'embrassa avec tant de ferveur qu'on eût dit qu'il voulait rendre sur elle le dernier soupir. Puis, se tournant vers son infirmier, il lui dit : « Mon frère, au lieu de vous demander pardon de la peine que je vous ai donnée pendant ma maladie, je pense encore vous en donner davantage. Je vous en prie, pour l'amour de Notre-Seigneur, lorsque j'aurai perdu la parole, répétez-moi souvent à l'oreille ces mots du Prophète-Royal : Seigneur, vous avez brisé mes liens; je vous immolerai à jamais un sacrifice de louange, afin que je les dise de cœur quand ma langue ne pourra plus les prononcer ». Enfin regardant fixement la croix, il récita le psaume : In te Domine, speravi : Seigneur j'ai espéré en vous ». Et en prononçant ce verset : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum, il rendit son âme pure et innocente entre les mains de Notre-Seigneur, le mercredi 10 septembre vers l'an 1310.
On le représente ordinairement un lis blanc à la main, pour marquer sa pureté angélique; — quelquefois foulant aux pieds une femme plus ou moins parée, pour exprimer son mépris du monde. — On l'a peint aussi priant pour l'Église souffrante, ou même tendant le bout de sa ceinture aux âmes du purgatoire, comme pour les aider à en sortir. — Souvent on le peint avec le vêtement de son Ordre, couvert d'un semis d'étoiles d'or; — d'autres fois enfonçant à terre un roseau qui fit sourdre une fontaine. — On le voit aussi debout, tenant un livre et une petite figure entourée de rayons, sans doute une hostie ou le soleil de justice; — à mi-corps, en prières, ayant deux étoiles au-dessus de la tête; — avec un ange, portant un panier rempli de pains; — tenant le diable enchaîné et un lis dans la même main.
## CULTE ET RELIQUES.
Son corps fut enterré dans la chapelle où il avait coutume de dire la sainte messe et de faire ses prières. Dieu rendit son tombeau illustre par un grand nombre de miracles. Sa canonisation fut faite par Eugène IV, en 1446. Sixte V le fit insérer au Bréviaire romain et recommanda qu'on en fît l'office; Clément X a ordonné que cet office fût double. Le martyrologe romain fait mémoire de saint Nicolas de Tolentino. Quarante ans après sa mort, un religieux, sous-sacristain du couvent de Tolentino, brûlé d'un zèle indiscret d'honorer son pays de quelques-unes de ses reliques, ouvrit la châsse où reposait son corps et en coupa les deux bras. Il en sortit aussitôt une grande quantité de sang, qu'il ramassa le mieux qu'il put pour n'être point découvert; et, ayant mis ce riche trésor dans une nappe qu'il avait préparée, il partit secrètement du couvent; mais, après avoir marché toute la nuit avec grande vitesse, il se retrouva dans le monastère : ce qui l'obligea de confesser son larcin et d'en demander pardon. Ce prodige fut cause que les religieux et les habitants de Tolentino apportèrent plus de précaution pour conserver ce précieux trésor. Ils mirent ces bras dans une châsse d'argent doré, enrichie de diamants et de pierres précieuses, qu'ils serrèrent dans un grand coffre bien fermé et entouré de bandes de fer. On voit encore le coffre rempli d'une si riche dépouille. Il forme à trois clefs : le couvent en a une, la ville la seconde, et l'illustre et dévote famille Mauricia la troisième. On a remarqué que, lorsque l'Église est menacée de quelque malheur, ces bras rendent encore du sang, comme il arriva à la prise de l'île de Chypre par les Turcs; car, un peu auparavant, le bras droit suintait du sang depuis la paume de la main jusqu'au coude. Le même prodige est arrivé plusieurs autres fois dans de semblables conjonctures.
Les fidèles vont encore visiter son tombeau avec beaucoup de dévotion. C'est maintenant une belle église desservie par les religieux Augustins, et qui a le titre de basilique. On y montre le tombeau de saint Nicolas, mais on n'y voit point ses reliques. Elles ont été si bien cachées, qu'on ne sait où elles se trouvent.
L'église de Saint-Nicolas de Port, en Lorraine, croit posséder une relique de saint Nicolas de Tolentino. C'est une première phalange d'un doigt, ou un os du métacarpe. L'histoire de cette relique fit grand bruit en Lorraine, de 1635 à 1652. Depuis, sa vérité a été attaquée, peut-être avec fondement; car « la contexture de cet os ne paraît pas très en rapport avec la contexture des différents os humains ». L'église de Brou, au diocèse de Belley, possède une relique de notre Saint, envoyée par le pape Léon XII qui, par un bref du 24 novembre 1834, a daigné accorder, à perpétuité, une indulgence plénière aux fidèles qui, ayant communié, visiteront l'église de Brou le dimanche qui suit le 10 septembre, ou l'un des huit jours suivants; et de plus, une indulgence de cinquante jours à toutes les personnes qui iront prier un instant dans cette église.
Acta Sanctorum; Surius; Vie du Saint, par le révérend Père Simplicien de Saint-Martin; Histoire hagiologique du diocèse de Belley, par Mgr Dopéry; Notes fournies par M. l'abbé de Blaye, curé d'Imling.
Événements marquants
- Naissance au bourg de Saint-Ange après un pèlerinage de ses parents à Bari
- Entrée dans l'Ordre des Ermites de Saint-Augustin à l'âge de onze ans
- Vision d'anges lui indiquant de s'établir à Tolentino
- Ordination sacerdotale à Cingoli par l'évêque d'Osimo
- Séjour de trente ans à Tolentino marqué par des austérités et des combats contre le démon
- Vision de la Vierge Marie, saint Augustin et sainte Monique durant une maladie
- Mort à Tolentino en 1310
Miracles
- Réparation miraculeuse d'une lampe brisée par le démon
- Changement de l'eau en vin
- Guérison par des morceaux de pain trempés dans l'eau (pains de saint Nicolas)
- Transformation de pain en roses devant son prieur
- Multiplication de la farine d'une femme pauvre
- Apparition d'une étoile le guidant vers l'autel
- Saignement miraculeux de ses bras coupés quarante ans après sa mort
Citations
C'est à Tolentino que vous devez faire votre séjour; demeurez-y constamment dans votre vocation, et soyez assuré que vous y ferez votre salut
Seigneur, vous avez brisé mes liens; je vous immolerai à jamais un sacrifice de louange