Saint Pacifique de San-Severino

de l'Ordre des Frères Mineurs

Fête : 24 septembre 17ᵉ siècle • saint

Résumé

Religieux franciscain né à San-Severino en 1633, Pacifique se distingua par une piété précoce et une patience héroïque face aux mauvais traitements de son oncle. Après un court ministère de prédication, il passa le reste de sa vie dans l'infirmité et la prière contemplative au couvent de Forano. Il est célèbre pour ses extases, ses austérités extrêmes et ses dons de prophétie.

Biographie

SAINT PACIFIQUE DE SAN-SEVERINO,

DE L'ORDRE DES FRÈRES MINEURS.

C'est dans les maux que chacun souffre, et non dans les biens dont il jouit, qu'il a besoin de patience. Saint Augustin.

Dans la Marche d'Ancône, au milieu des montagnes de l'Apennin qui bordent l'Adriatique, se trouve le petit couvent de Saint-François de Forano. Fondé par le séraphique patriarche, il fut illustré dans le quatorzième siècle par les faveurs célestes qu'y reçurent les deux bienheureux amis Conrad d'Offida et Pierre de Tréja. Dans ce même petit couvent de Forano nous trouvons l'illustre saint Pacifique dans les dernières années du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième.

Il naquit à San-Severino, ville archiépiscopale de la Marche d'Ancône, le 4 mars de l'année 1633. Dès sa plus tendre enfance il fut marqué du sceau de la sainteté, et sa piété précoce excitait l'admiration de tous ceux qui le connaissaient. L'amour de Dieu, si vif dans son cœur, éclaira et développa son intelligence, de sorte qu'il n'était pas moins remarquable par sa connaissance des choses divines que par les élans de sa dévotion. Lorsque Pacifique n'avait encore que trois ans, l'évêque du diocèse ayant entendu parler de lui, se le fit amener, et il fut tellement frappé de la raison déjà mûre et des vertus déjà solides de cet enfant, qu'il lui donna le Sacrement de Confirmation, qu'on n'accordait généralement qu'à l'âge de sept ans. Les dons du Saint-Esprit, descendant dans un cœur si bien préparé, fortifièrent encore les bonnes dispositions du petit Pacifique, et il ne cessa de croître en vertu et en grâce. À l'âge de quatre ans, toutes ses récréations, toutes ses joies consistaient dans la prière et dans le service de Dieu, et rien n'était plus touchant que de le voir s'éloigner de ses compagnons d'enfance, et se livrer avec une ferveur angélique à l'oraison, sans nullement songer à partager leurs jeux. Toutefois, ni ce refus de se joindre aux amusements de ses camarades, ni la supériorité incontestable qu'il avait sur eux dans les études, n'excitèrent contre lui la moindre jalousie. Il était d'un caractère si avenant, si doux, si modeste, et en toute chose si aimable, qu'il était l'idole de ses condisciples en même temps que de ses maîtres.

Pacifique grandissait ainsi dans la crainte et dans l'amour du Seigneur, lorsque, tout jeune encore, il perdit en fort peu de temps son père et sa mère. L'orphelin fut confié aux soins de son oncle, homme sans affection et sans charité, qui, au lieu de remplacer auprès de ce pauvre enfant les parents qu'il avait perdus, le traita avec brutalité et lui fit souffrir toutes sortes de mauvais traitements. Non content de manquer ainsi à son devoir de parent et de tuteur, il abandonna Pacifique aux soins des domestiques, lesquels, peu satisfaits de cet accroissement de besogne, et encouragés par l'exemple de leur maître, enchérissaient encore sur les brutalités de ce dernier et accablaient de moqueries, d'insultes et d'outrages celui dont la triste position aurait dû exciter leur commisération, et dont les douces

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qualités étaient si bien faites pour gagner leur estime. Notre jeune Saint supporta avec une inaltérable patience toutes ces injustices, et aucune plainte ne sortit jamais de sa bouche; mais il unissait ses souffrances à celles de son divin Sauveur, nous offrant, même à cet âge si tendre, un modèle achevé de douceur et de résignation chrétienne.

Dès ses premières années, Pacifique s'était senti appelé à se consacrer entièrement au service de Dieu. Son amour pour l'humilité et la pauvreté le porta à choisir, pour l'accomplissement de son sacrifice, l'Ordre des Frères Mineurs. Ayant atteint l'âge de dix-sept ans, il demanda à être admis dans le couvent de l'Observance, à San-Severino, sa ville natale. Les religieux l'accueillirent avec joie, car ils savaient quelles avaient été l'innocence et la ferveur de son enfance. Le bonheur de Pacifique n'était pas moins grand, et pour témoigner sa reconnaissance envers le Seigneur, qui lui avait accordé une vocation si conforme à ses inclinations, il se mit à pratiquer avec ardeur toutes les vertus séraphiques. Son humilité était admirable et son amour de l'abaissement le poussait à se mettre au-dessous de tous, à choisir les emplois les plus vils et les plus abjects, et à rechercher toutes les occasions de s'attirer quelque mépris. Il réussit à son gré dans ce dernier point, car les autres novices, ne comprenant rien à cette conduite si parfaite, ridiculisaient notre jeune Saint et attribuaient à un défaut d'intelligence ce qui était le seul effet de l'amour divin. Les supérieurs, cependant, plus expérimentés dans les voies spirituelles, discernèrent sans peine les motifs de leur novice, et remplis d'admiration en voyant dans un si jeune homme une vertu si consommée, ils l'admirent à la profession sans la moindre difficulté. De plus, trouvant chez lui toutes les dispositions nécessaires pour la dignité sacerdotale, ils lui firent faire des études spéciales requises pour ce saint état. Les progrès rapides dans les sciences théologiques démontrèrent clairement à ses compagnons l'injustice qu'ils avaient commise en faisant si peu de cas de son esprit, et lorsqu'il fut ordonné prêtre, il n'y eut qu'une voix pour louer ses vertus et pour exprimer les espérances que l'Église pouvait fonder sur le ministère d'un si savant et si saint religieux.

L'humilité de notre Saint l'empêcha d'envisager sous ce point de vue si consolant son avenir sacerdotal. Il tremblait sous le fardeau qui venait de lui être imposé, ce qui ne l'empêchait pas de se réjouir du fond de son cœur de l'insigne honneur que le Seigneur lui avait fait en l'appelant au service des autels. Son amour pour Dieu devint de plus en plus vif et affectueux. À l'instar de son séraphique Père, il répétait souvent, dans les transports de sa dévotion, ce cri de l'âme aimante : « Mon Dieu et mon tout! » Rien ne peut dépeindre la ferveur avec laquelle il célébrait les saints Mystères. Souvent, pendant la sainte Messe, il était ravi en extase, et au moment de l'élévation, les assistants le voyaient à leur grande admiration se soulever de terre, attiré par cette hostie qu'il venait de consacrer, et entraîné par la force d'un acte d'adoration qui avait absorbé toutes les puissances de son âme.

Après son ordination, il fut chargé d'enseigner la philosophie à ses frères; mais il renonça bientôt à cet emploi, que son humilité lui représentait comme trop honorable pour lui. Il se livra alors à la prédication, parcourant les montagnes de la Marche, annonçant aux pauvres paysans la parole de Dieu. Il avait l'éloquence des Saints; sa prédication était simple, mais pleine d'onction et de force; aussi opéra-t-il de merveilleux fruits de salut. Toutefois, le Seigneur jugea que son serviteur serait plus utile à l'Église dans la retraite

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que dans la vie publique. Il le visita donc par de cruelles infirmités, et le contraignit ainsi de renoncer au ministère apostolique dans la force de l'âge, lorsqu'il n'avait guère que trente-cinq ans environ. Ses jambes se couvrirent de plaies et ne lui permirent de marcher qu'avec peine; ses yeux se voilèrent de ténèbres, et ses oreilles ne pouvaient percevoir les sons qu'avec une extrême difficulté. En un mot, il devint impotent, sourd et presque aveugle. Dieu, qui voulait avoir Pacifique tout à lui, l'avait rendu incapable en apparence de quoi que ce soit, excepté de souffrir et de prier.

L'épreuve était rude pour une âme zélée; Pacifique l'accepta néanmoins de bon cœur. Heureux de tout ce qui plaisait à son Père céleste, il se retira au petit couvent de Forano, où il avait fait son noviciat; et Dieu, qui l'appelait à cette solitude, acheva de l'y sanctifier. Sa vie était un jeûne continuel. Outre le Carême de l'Église et les deux Carêmes de l'Ordre, il observait tous les Carêmes consacrés par saint François. Il jeûnait au pain et à l'eau tous les vendredis et tous les samedis, ainsi que les vigiles des fêtes de Notre-Dame. Les autres jours, son repas consistait en un peu de potage étendu d'eau ou mêlé de cendres, et en un peu de pain trempé dans de l'eau rougie. Le reste de sa portion appartenait aux pauvres, auxquels il aimait à la distribuer lui-même. En hiver, jamais il ne s'approchait du feu, ou si parfois il venait au foyer commun, il y demeurait si peu de temps que cela servait bien moins à le réchauffer qu'à lui faire sentir davantage la rigueur du froid, assez âpre dans ces montagnes.

Il portait continuellement un cilice de fer. Tous les jours, il se donnait la discipline trois ou quatre fois, soit dans sa cellule, soit dans quelque lieu retiré; car il cachait ses austérités avec soin, et on ne les eût point connues sans les taches de sang qui recouvraient les murs ou le pavé de sa retraite. Il dormait quatre heures à peine, passant le reste de la nuit en prières, soit dans sa cellule, soit dans la petite église de Notre-Dame des Anges, qu'il affectionnait singulièrement. Cette église avait été construite tout auprès du lieu où la glorieuse Vierge Marie était autrefois apparue au bienheureux Conrad d'Offida.

Chaque matin, le saint homme se confessait avant de dire sa messe; et encore qu'il menât une vie plus angélique qu'humaine, il versait des torrents de larmes comme s'il eût été le plus grand pécheur de la terre. Au saint autel sa figure s'illuminait, son corps se soulevait, et il demeurait souvent ainsi en extase jusqu'à ce qu'on le rappelât à lui. Il parlait fort peu, et lorsqu'il allait par le couvent, il avait toujours son chapelet à la main. Sa sœur étant venue le voir le jour de la Portioncule, il se présenta à elle à la porte du couvent et lui dit: « Ma sœur, il ne faut pas perdre un temps que nous pouvons mieux employer à gagner l'indulgence; tâchons de nous rendre dignes d'un si grand trésor ». Ayant dit ces mots, il la quitta, bien qu'il ne l'eût point vue depuis longtemps. Avec ses confrères, avec les gens du monde qui venaient le consulter, ses paroles étaient brèves et graves, mais pleines de charité. Son abord inspirait le respect, en même temps que sa douceur charmait et consolait les âmes. Sa figure était empreinte d'une modestie toute virginale; jamais il n'arrêta les yeux sur le visage de personne, et les religieux même qui vivaient avec lui ne pouvaient dire après de longues années qu'elle était la couleur de ses yeux.

Il souffrait plus qu'on ne peut dire des plaies horribles qu'il avait aux jambes, cependant on ne l'entendit jamais se plaindre. Lui parlait-on de ses douleurs, il répondait d'un air gai: « Dieu le veut ainsi, que sa sainte volonté soit faite ! » À ceux qui lui demandaient des nouvelles de sa santé, il

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répondait invariablement qu'il se portait beaucoup mieux qu'il ne méritait. Son supérieur, voulant l'éprouver, l'appelait quelquefois hypocrite qui prétendait voler le paradis ; Pacifique l'écoutait en silence et se réjouissait dans son cœur. Un homme qui le haïssait lui cracha un jour du vin à la figure devant plusieurs personnes, en l'appelant ivrogne ! Le Saint s'essuya tranquillement et ne répondit rien. Ainsi Notre-Seigneur avait gardé le silence quand on l'avait injurié en lui crachant au visage.

Ressembler à Jésus-Christ est le sommet de la perfection. C'est à ce sommet que Dieu avait conduit saint Pacifique par les sentiers d'une vie cachée, humble, souffrante et résignée. Peut-être l'homme de Dieu ne se serait pas élevé si haut ni si facilement dans les sollicitudes et les distractions d'un ministère actif ; voilà pourquoi la Providence l'avait conduit dans la solitude par des infirmités précoces.

Du fond de sa solitude de Forano, Pacifique servait mieux l'Église que les plus grands génies, car les mérites qu'il amassa furent pour les pécheurs des sources de grâces. Sans cesse il demandait à Dieu leur conversion. Il priait aussi pour les infidèles, pour les missionnaires qui les évangélisent, enviant à ces derniers le bonheur de pouvoir verser leur sang pour Jésus-Christ. Qui pourrait dire le nombre des âmes qu'il a sauvées par ses prières et ses souffrances ? Notre-Seigneur, qui l'aimait, ne refusait point aux vœux de son fidèle serviteur ce qui était du reste le plus cher désir de son divin cœur. Il lui révélait les besoins de l'Église, la profonde misère des pécheurs, afin que Pacifique le suppliât d'y remédier, et qu'il contraignît la miséricorde à l'emporter sur la justice.

« La prière du juste répétée souvent a une grande action sur le cœur de Dieu ». Un voile impénétrable nous cache les phénomènes du monde surnaturel ; nous ne saurions toujours arriver à saisir l'enchaînement mystérieux des effets et des causes ; mais incontestablement la prière des Saints est un des ressorts principaux du gouvernement de la Providence. Et, s'il plaisait à cette même Providence de nous découvrir les voies cachées qui la dirigent dans la disposition des événements de ce monde, combien n'en verrions-nous pas qu'il faudrait faire remonter à ce principe !

Le 16 août 1717, pendant que l'armée chrétienne, commandée par le prince Eugène de Savoie, combattait vaillamment sous les murs de Belgrade, Pacifique, agenouillé dans sa cellule, invoquait, comme Moïse, le Dieu des combats. À l'heure même où les Turcs étaient défaits, il sortit, le visage radieux et triomphant, annonçant en termes précis la victoire à tous les Frères qu'il rencontra.

Saint Pacifique passa des ténèbres de ce monde à l'éternelle clarté des cieux, en l'année 1721, le 24 septembre, fête de Notre-Dame de la Merci. Il avait alors soixante-huit ans, et en avait passé cinquante et un dans la vie franciscaine. Sa sainteté avait été trop éclatante pendant sa vie pour ne point se manifester après sa mort. De nombreux miracles, en autorisant la confiance que les peuples avaient en lui, affirmèrent le pouvoir dont il jouissait dans le ciel. Il fut béatifié par Pie VI, en 1786, et mis solennellement au nombre des saints par Grégoire XVI, le 26 mai 1839.

On le représente portant la croix avec un lis, pour rappeler à la fois et ses prédications et la pratique de la mortification qui lui fit porter jusqu'au tombeau son innocence baptismale.

Extrait de l'Année franciscaine, et des Annales franciscaines, tome VII. — Cf. Les Saints et les Bienheureux du XVIIIᵉ siècle, par M. Iubel Duras.

Événements marquants

  • Naissance à San-Severino le 4 mars 1633
  • Confirmation précoce à l'âge de trois ans
  • Entrée au couvent de l'Observance à dix-sept ans
  • Ordination sacerdotale et enseignement de la philosophie
  • Ministère de prédication dans les montagnes de la Marche
  • Retraite forcée à trente-cinq ans suite à des infirmités (surdité, cécité, plaies)
  • Vision de la victoire de Belgrade le 16 août 1717
  • Mort à l'âge de soixante-huit ans

Miracles

  • Lévitation pendant la sainte Messe
  • Vision prophétique de la défaite des Turcs à Belgrade en 1717
  • Nombreux miracles posthumes

Citations

Mon Dieu et mon tout!

— Tradition franciscaine citée dans le texte

Dieu le veut ainsi, que sa sainte volonté soit faite !

— Réponse habituelle du saint à ses douleurs

Date de fête

24 septembre

Époque

17ᵉ siècle

Décès

24 septembre 1721 (naturelle)

Attributs iconographiques

Invoqué(e) pour

conversion des pécheurs, soutien des missionnaires

Autres formes du nom

  • Pacifique (fr)

Prénoms dérivés

Pacifique

Famille

  • Inconnu (père)
  • Inconnu (mère)
  • Inconnu (oncle (tuteur))
  • Inconnu (sœur)