Saint Paul de la Croix (Paul-François)

Confesseur

Fête : 28 avril 18ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Italie à la fin du XVIIe siècle, Paul de la Croix fonda la Congrégation des Passionnistes dédiée à la méditation de la Passion de Jésus-Christ. Prédicateur infatigable et mystique austère, il consacra cinquante ans de sa vie aux missions apostoliques avant de s'éteindre à Rome en 1775. Son œuvre se perpétue à travers ses monastères et sa règle alliant vie contemplative et active.

Biographie

SAINT PAUL DE LA CROIX, CONFESSEUR

Heureux celui qui se glorifie non dans la sagesse, les richesses, l'éloquence et la puissance du siècle, mais bien dans les souffrances de Jésus-Christ. Saint Jérôme.

Paul vint au monde à Ovada, bourg important du diocèse d'Acqui, le 3 janvier 1694. Au moment de sa naissance, un signe éclatant manifesta la grandeur de sa prédestination : la chambre fut soudainement éclairée d'une lumière resplendissante. À son baptême, qui eut lieu le jour de l'Épiphanie, il reçut les noms de Paul-François. Ses parents travaillèrent à lui donner une éducation toute chrétienne : ils formèrent son intelligence en lui enseignant les vérités de la foi, et développèrent son cœur en l'initiant à leurs pratiques de piété. L'enfant répondit à leurs soins et dépassa toutes leurs espérances ; à cet âge si tendre, il méditait sans cesse sur les douleurs du divin Crucifié. Il touchait à sa dixième année quand ses parents l'envoyèrent, pour étudier les lettres, à Cremolino, où, sous la direction d'un vénérable prêtre, il fit de rapides progrès.

L'amour de Dieu ne s'attiedissait point dans son âme : à l'étude il unissait la piété, et sa conduite fut si sage qu'elle excitait l'admiration de tous. Il passait de longues heures dans de pieuses méditations ; il visitait les églises, récitait l'office divin avec les ministres du Seigneur, et son cœur s'élançait, dans les saints transports d'un ardent amour, vers le divin sacrement de nos autels ; souvent aussi il se nourrissait du pain eucharistique. Pendant la nuit, il donnait libre cours à sa ferveur ; il se retirait dans un lieu solitaire de la maison, où il passait une partie de la nuit dans la contemplation des divines beautés de son Dieu, des scènes douloureuses de la passion ; il ne s'interrompait que pour déchirer sa chair virginale par de cruelles flagellations et n'accordait que quelques heures de repos sur des planches à son corps épuisé qu'il réduisait ainsi en esclavage, avant de l'avoir senti rebelle. Il jeûnait fréquemment ; le vendredi, pour honorer la mémoire de Jésus crucifié, il ne mangeait qu'un peu de pain et buvait du fiel dissous dans du vinaigre. Sa tendre et vive dévotion à la sainte Vierge n'était égalée que par la protection spéciale dont cette Mère de miséricorde l'entourait. Sa charité envers les pauvres était admirable : il soulageait leurs misères par tous les moyens en son pouvoir, leur donnant même une partie de son repas. Enflammé de zèle pour le salut des âmes, il réunissait autour de lui de nombreux jeunes gens d'élite, leur parlait souvent de Dieu et des choses du ciel, les conduisait aux églises, les excitait au mépris du monde et de ses vanités, les instruisait des mystères de la foi, des règles d'une vie chrétienne et leur enseignait surtout à méditer la sainte passion de Jésus-Christ ; plusieurs d'entre eux, touchés par ses conseils, embrassèrent la vie religieuse, et les autres vécurent dans le monde en donnant l'exemple de la plus solide piété.

En 1715, Paul, apprenant qu'on levait à Venise une armée nombreuse

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pour repousser les Turcs qui ravageaient la Hongrie, se rendit à Crème en qualité de volontaire ; mais Dieu lui fit connaître qu'il l'appelait à d'autres combats, et il s'en retourna dans sa patrie, où il reprit avec une nouvelle ardeur ses exercices de piété et ses travaux habituels. Peu après son retour à Castellazzo, un de ses oncles, qui était prêtre, le fit héritier de tous ses biens à la condition qu'il épouserait une jeune fille pieuse, modeste, riche et bien élevée, afin de rendre à sa famille le rang dont elle était déchue. Mais Paul avait déjà résolu dans son cœur de n'avoir que Dieu pour héritage et comme objet de ses tendresses ; il donna la preuve d'un désintéressement bien rare, en renonçant au riche héritage qui lui était offert. Depuis longtemps déjà Dieu faisait naître et grandir dans son âme le désir de mener une vie solitaire, de réunir des compagnons, pour travailler au salut des âmes, se consacrer à son culte et surtout exciter les fidèles à une tendre dévotion envers Jésus crucifié. En 1720, revenant un jour de l'église des Capucins, une vision claire et précise lui manifesta la volonté du ciel. Il vit une tunique noire sur laquelle se dessinait un cœur avec une croix blanche et le saint nom de Jésus en lettres blanches aussi ; il comprit que tel devait être le vêtement des disciples de la congrégation dont il allait être le fondateur. Paul s'empressa d'ouvrir son cœur à l'évêque d'Alexandrie, et ce sage prélat approuva ses projets et le revêtit, le 22 novembre 1720, du saint habit que portèrent depuis les religieux Passionnistes.

Sur les conseils de son évêque, Paul se retira dans un humble réduit, près de l'église paroissiale de Saint-Charles à Castellazzo. Sa seule nourriture était le pain dont on lui faisait l'aumône ; il n'accordait que peu d'heures au sommeil, et se couchait sur des sarments. Une tunique de bure grossière formait tout son vêtement ; il marchait la tête toujours découverte ; en toute saison ses pieds étaient nus. Il se levait au milieu de la nuit pour prier, et jusqu'au matin s'entretenait avec son Dieu dans la plus intime union. Il allait alors entendre et servir la messe, recevait la sainte Eucharistie, et donnait des conseils et des consolations aux nombreux fidèles qui recouraient à lui, comme à un homme en qui demeurait l'Esprit du Seigneur. Il s'occupa bientôt d'établir la Règle du nouvel institut, et la rédigea avec tant de facilité et de promptitude, qu'il semblait écrire sous la dictée de quelqu'un. Paul la soumit ensuite au jugement de son évêque ; mais l'humble pasteur, n'osant pas se fier à son jugement, la soumit à celui d'autres pieux et savants religieux qui y reconnurent tous le doigt de Dieu. Ils se réunirent au saint évêque d'Alexandrie pour engager Paul à se rendre à Rome pour solliciter du Saint-Siège l'approbation de sa Congrégation et des Règles que Dieu lui avait révélées. Dès lors il quitta sa patrie, et se rendit à Rome pour exécuter les desseins du ciel. Esclave de l'obéissance, Paul, craignant de s'opposer à la volonté de Dieu, se hâta d'exécuter le projet que les décisions de ses ministres avaient assuré en être l'expression ; il se mit donc en route dès le mois de septembre de l'année 1721 ; mais comme il arrive aux œuvres que Dieu inspire, celui-ci ne rencontra que contradictions. Le refus qu'on opposa à sa demande l'obligea de retourner dans sa patrie sans que ses démarches eussent obtenu aucun succès.

Paul ne se découragea pas cependant ; quelque temps après (1723), il entreprit de nouveau le voyage de Rome en se faisant accompagner d'un de ses frères ; mais alors cette affaire prit une tournure bien plus favorable. Après quelque séjour dans la ville sainte, ils furent l'un et l'autre

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promus au sacerdoce (7 juin 1727), puis employés à Rome même pendant quelque temps à des exercices de charité envers le prochain ; ce fut alors qu'ils obtinrent la permission de se retirer sur le mont Argentaro, près de la ville d'Orbitello ; ce fut là et dans un petit ermitage qu'habitèrent d'abord les deux frères, qui étaient avides de mortifications. Mais ayant obtenu ensuite la permission de réunir des compagnons, et leur nombre augmentant de jour en jour, le serviteur de Dieu mit aussitôt la main à la construction du premier monastère de la congrégation naissante qu'il plaça sur la même montagne Argentaro ; on en prit possession le 14 septembre 1737 avec beaucoup de solennité. Le serviteur de Dieu, ayant heureusement obtenu ce premier résultat de ses démarches et de ses sollicitudes, dirigea tous ses efforts pour obtenir du Saint-Siège la confirmation et l'approbation des Règles de la Société, afin qu'on s'appliquât à les observer plus exactement dans une autre solitude, qui serait mieux appropriée à l'esprit de l'Institut et de la Règle. Ce ne fut qu'après des efforts longs et persévérants et plusieurs voyages entrepris dans ce but, que Paul reçut du Seigneur cette consolation et l'objet de ses vœux les plus ardents. Après avoir fait examiner avec maturité ces règles et avoir indiqué les modifications à apporter à quelques articles, Benoît XIV, d'immortelle mémoire, par un rescrit du 15 mai 1741, les approuva avec joie, et en l'année 1746 il fit expédier le bref de cette approbation.

Benoît XIV, dans son bref, avait provisoirement nommé Paul, général de la congrégation, jusqu'à la réunion du chapitre ; cette dignité pesait à l'humilité du Saint qui ne tarda pas à convoquer tous ses compagnons dans sa retraite du mont Argentaro. L'assemblée fut peu nombreuse, mais la vertu et la sainteté de ses membres suppléaient au nombre. On ne délibéra pas longtemps sur le choix d'un chef ; les disciples de Paul le regardaient comme un saint et un père, et en dépit de ses répugnances ils voulurent l'avoir pour supérieur durant toute sa vie. Afin de le maintenir dans cette charge, ils durent demander trois fois au Saint-Siège de déroger à leur Règle qui ne permettait qu'une seule réélection. Le saint vieillard ne cessa de pleurer et de gémir, suppliant qu'on le délivrat du fardeau de l'autorité, mais ses fils connaissaient trop ses mérites et les avantages tant spirituels que temporels de son administration ; ils demeurèrent inébranlables. Les sollicitudes du gouvernement de son troupeau, les efforts et les luttes pour fonder et développer son institut, au milieu des persécutions et des obstacles, ne détournèrent jamais Paul du ministère apostolique. Dès que le Saint-Siège, confirmant les décrets de Dieu, lui eut ordonné d'annoncer aux hommes Jésus crucifié, il se donna tout entier à la prédication. Il ne laissait échapper aucune occasion de prêcher la parole de Dieu. Les missions, les exercices spirituels, faisaient admirer son zèle infatigable ; c'étaient là ses champs de bataille où il combattait sans repos, pour détruire dans les âmes les racines du vice et y déposer à leur place la semence de toutes les vertus. Pendant cinquante années il consacra sa vie à convertir les pêcheurs, à sanctifier les cœurs repentants, à perfectionner les âmes justes.

Dans plusieurs circonstances le Seigneur entoura notre Saint d'une visible protection. Un jour qu'il traversait le mont Argentaro, il se sentit défaillir, la fatigue avait tellement épuisé ses forces qu'il fut pris de violentes convulsions et dut se jeter à terre. Croyant alors toucher à son dernier jour, plein de tendre confiance en son Dieu, il s'écria : « Seigneur, je ne voudrais pas mourir en ce lieu sans recevoir l'assistance de mes

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religieux ». Il n'avait pas achevé cette prière qu'un bras invisible le souleva de terre ; lorsqu'il ouvrit les yeux il vit deux anges qui le transportèrent, en un instant, dans le lieu de sa retraite. Soutenu par la main de Dieu, il marchait sur les eaux des fleuves impétueux ; à sa vue les brigands dépouillaient leur férocité sauvage ; et ce fut en vain que des mains criminelles tentèrent de l'empoisonner.

Bien que les statuts de la congrégation eussent été approuvés par un bref de Benoît XIV, ils n'avaient pas encore reçu l'institution canonique. Clément XIV, auquel le Saint avait souvent prédit la tiare, lui accorda cette faveur signalée. Élevé sur la chaire de saint Pierre, ce pontife conserva toujours pour Paul une tendre affection ; sur l'humble demande du religieux, il daigna charger deux prélats d'examiner les constitutions, et, leur avis ayant été favorable, il les approuva de nouveau, le 15 novembre 1769, dans un bref commençant par ces mots : *Salvatoris nostri* ; le jour suivant, il publia la bulle *Supremi Apostolatus*, qui confirmait le nouvel Institut, lui décernait des louanges, et l'érigeait en Congrégation de clercs, soumis à des vœux simples ; en même temps le Saint-Père se plaisait à l'enrichir de privilèges et de grâces insignes. Le Saint, enfermé dans les murs de son hospice, cachait sa joie au fond de ce pieux asile, remerciant le ciel et priant pour le souverain Pontife, lorsque les desseins de Dieu et un ordre du Pape l'appelèrent une dernière fois dans l'arène apostolique, pour prêcher au peuple romain Jésus crucifié. Vainement il s'étudiait à couvrir d'un voile modeste les vertus et les faveurs dont Dieu le comblait, sa renommée était si grande et si populaire, que les plus vastes églises ne pouvaient contenir la multitude accourue à sa voix. Quand, âgé de quatre-vingts ans, il prêchait à Sainte-Marie en Transtevère, la foule qui remplissait la basilique et la place de ce nom refluait dans toutes les rues environnantes.

Ses fatigues incessantes lui donnèrent une maladie que les médecins déclarèrent incurable et mortelle. Tandis que ses disciples désolés tremblaient de perdre à chaque instant leur père bien-aimé, lui, ne soupirait qu'après l'heure où il irait s'unir à son Dieu, et, en pratiquant les plus héroïques vertus, il réglait ses affaires et celles de sa congrégation. Clément XIV apprit sa maladie ; la pensée d'être séparé de l'ami qu'il aimait tant, lui causa une vive douleur, et il demanda un miracle à la sainte vertu d'obéissance. Deux religieux étant venus implorer sa bénédiction pour le moribond, le Pape les chargea de transmettre à Paul ces paroles précises : « Dites-lui que je ne veux point qu'il meure maintenant, je lui donne un délai, qu'il obéisse ». Quand il reçut cet ordre, le serviteur de Dieu fondit en larmes, protestant au divin Crucifié qu'il voulait obéir à son vicaire. Depuis ce jour sa guérison ne cessa de faire des progrès, et il vécut encore plusieurs années.

Satisfait de l'humble et étroite retraite qu'il occupait près du palais de Latran, notre Saint ne pensait point à chercher une autre demeure ; mais son bienfaiteur, le souverain Pontife Clément XIV, se préoccupait de lui en trouver une, et sa vigilante tendresse finit par découvrir un lieu qui répondait à la fois à sa munificence et aux besoins de sa Congrégation. Le 9 décembre 1773, les Passionnistes, ayant à leur tête leur vénérable père, prirent solennellement possession de la maison et de l'église de Saint-Jean et de Saint-Paul, sur le mont Cœlius. Les prodigieuses austérités de Paul, de longues et graves maladies, jointes aux fatigues de son apostolat, aux luttes qu'il eut à soutenir pour établir sa Congrégation, lui avaient laissé

de nombreuses infirmités qui faisaient de sa vie un continuel martyre. Chaque jour ses forces s'affaiblissaient ; il ne pouvait plus marcher, et, à la fin du mois de juin de l'année 1775, il fut obligé de garder le lit. Il ne négligeait néanmoins aucun des exercices que lui avait inspirés sa piété envers Marie ; afin de ne pas être privé des trésors de grâces que renferme le saint sacrifice, comme il ne pouvait plus le célébrer lui-même, il voulait du moins y assister. Il avait, à cet effet, choisi un prêtre, dont la voix forte et distincte lui permettait de suivre les prières de la messe, et qui, chaque matin, venait la dire dans une petite chapelle, contiguë à sa chambre. Tous les jours, pendant quelque temps, il se nourrissait du pain eucharistique. Cependant le médecin, dont il recevait les soins, s'apercevait que ses forces diminuaient rapidement ; il conseilla de le faire communier en viatique ; et, le 30 août, en présence de tous les religieux, tristes et recueillis, on lui apporta le très-saint Sacrement. Uni à son Dieu, le Saint attendait résigné l'heure de la délivrance, et rien dans son attitude ne trahissait les nombreuses révélations qu'il avait eues sur le moment de son trépas. Le 8 octobre, jour consacré à la maternité divine de la Vierge, désirant honorer la Mère de miséricorde, et prendre en même temps de nouvelles forces pour passer de la vie à l'éternité, il voulut recevoir le sacrement de l'Extrême-Onction. Pendant la cérémonie il resta plongé dans un profond recueillement ; les mains jointes, les yeux remplis de douces larmes, il répondait avec un accent d'amoureuse piété aux paroles du prêtre. Enfin le 18 octobre, après une douce vision dans laquelle lui étaient apparus le divin Rédempteur et sa sainte Mère, son âme bénie s'envola vers les cieux.

On le représente, comme tous les religieux Passionnistes, ayant sur la poitrine un cœur avec ces mots : *Passio Domini nostri Jesu*.

## CULTE ET RELIQUES. — CONGRÉGATION DES PASSIONNISTES.

A peine le Saint fut-il déposé dans la tombe, que les fidèles l'invoquèrent comme un bienheureux du ciel ; on touchait les infirmes avec ses reliques et ses images, et l'on attribuait à ces pieuses pratiques la puissance d'obtenir du Seigneur les guérisons désirées. Les prodiges et les grâces que Dieu se plut à accorder à son intercession furent nombreux. Sa Sainteté le pape Pie IX, après avoir approuvé deux des miracles du grand serviteur de Dieu, déclara, par un bref du 1er octobre 1852, qu'on pouvait procéder à sa béatification, dont la solennité eut lieu le 1er mai 1853. Plus tard de nouveaux et éclatants miracles déterminèrent le même Pontife à le mettre au nombre des Saints, le 29 juin 1867. Un décret du 14 janvier 1868 rend son office obligatoire pour le 28 avril, jour auquel sa fête a été fixée.

Son corps repose dans l'église de son monastère, sous la table de l'autel dédié à saint Vincent de Paul. Il est revêtu du costume de son Ordre et semble dormir, en attendant le réveil de la glorieuse résurrection. Au temps du Concile du Vatican, on disposa, entre l'église des Saints-Jean-et-Paul et le couvent des Passionnistes, une chapelle qui devait être dédiée à saint Paul de la Croix et recevoir ses reliques. On y remarque deux colonnes monolithes, en albâtre oriental, du plus haut prix. C'est un présent de Pie IX qui a voulu par ce don royal reconnaître le mérite de l'humilité et de la pénitence. On voit, dans le couvent, les chambres que le Bienheureux occupa pendant sa vie. Tout y est simple, tout y prêche l'amour de la croix. Les livres de prières du Saint, ses ornements sacerdotaux, son cilice, la chaîne de fer dont il ceignait ses reins, sa discipline dont les branches sont des lames métalliques, y sont conservés. Sous le sol du couvent où saint Paul de la Croix pratiqua ses austérités, on montre une caverne où les empereurs païens nourrissaient les bêtes qui devaient dévorer les chrétiens dans le cirque.

Mais les honneurs rendus à ses cendres n'ont pas seuls perpétué sa mémoire, il a laissé au monde chrétien un monument impérissable dans la florissante Congrégation qui a recueilli l'héritage de ses vertus.

Après la mort du saint fondateur, la Congrégation ne cessa de prendre de l'accroissement, et comme un arbre d'étendre au loin de nombreux rameaux. On fonda des maisons dans la Marche d'Ancône, dans l'Ombrie, dans le royaume de Naples ; dans les derniers temps, dans le duché de

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Savoie, depuis dans la Toscane, dans les États de Gênes. On compte aujourd'hui des religieux Passionnistes en Angleterre, en Belgique, en France dans le diocèse d'Arras. La Congrégation a trois noviciats, un en Italie, un en Belgique, le troisième en Angleterre. Dans chacune des maisons, les religieux sont très-nombreux ; la plupart s'appliquent à l'étude de la philosophie et de la théologie ; ils y consacrent six années, dont deux à la philosophie, trois à la théologie, une à l'éloquence sacrée, à l'étude de l'Écriture sainte et des saints Pères. Par ces fortes études, ils se rendent capables d'atteindre le but de leur Institut.

Il est temps maintenant d'exposer l'utilité de cette Congrégation des Passionnistes et les services qu'elle rend à la société et à l'Église. Il est hors de doute que saint Paul de la Croix, en instituant avec tant de peines et de fatigues cette Congrégation, n'a pas eu seulement en vue le salut de ceux qui voudraient devenir membres de cette société, mais qu'il s'est proposé surtout la sanctification des âmes, puisque, au commencement des règles en général et en tête de chaque règle en particulier, il rappelle à ses religieux que la fin de cette Congrégation n'est pas seulement de sauver son âme, mais aussi celle du prochain ; c'est pourquoi la vie des Passionnistes est en même temps active et contemplative. Les membres qui la composent montrent dans tous leurs actes cette vie apostolique à laquelle ils s'efforcent de se former chaque jour.

Quant aux devoirs que la première partie, c'est-à-dire la vie contemplative, impose aux religieux de la Congrégation de la Passion, il suffit de lire leurs règles pour les connaître, et, pour ne parler que d'un seul point, nous nous contenterons de dire que les Passionnistes sont tenus à l'exacte observance des trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance ; ils font de plus un quatrième vœu qui les distingue des autres religieux, celui de faire tous leurs efforts pour exciter dans les cœurs des fidèles le souvenir de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et quoique ce quatrième vœu ne soit point solennel, puisque le fondateur crut devoir se soumettre au désir du Saint-Siège, qui approuva l'institut avec des vœux simples ; c'est pourquoi on n'en exige pas rigoureusement l'observance. Les religieux Passionnistes font une heure de méditation le matin, une heure le soir, et une demi-heure pendant la nuit ; après la récitation de l'office divin, le silence continue, l'éloignement du bruit et de la dissipation du monde est la vertu qui est propre aux Passionnistes, et c'est pour cela que le saint fondateur voulut que les monastères fussent, autant que possible, bâtis dans les solitudes, afin que les religieux, séparés des agitations du siècle, puissent jouir plus facilement de la première partie de leur vocation, et que, après s'être livrés aux fatigues du saint ministère pour la sanctification des âmes, ils eussent l'avantage de se retirer dans la solitude, de s'y recueillir, de s'y fortifier et de se rendre plus capables de se livrer ensuite aux fonctions de la vie active. Enfin, pour nous résumer, nous dirons que la vie d'un Passionniste est une vie consacrée à une rigoureuse pauvreté, à une sévère solitude, ce qui les dispose parfaitement à remplir tous les devoirs de la vie contemplative, qui est un des buts de l'institut. Disons quelques mots de l'autre partie de la vie des religieux Passionnistes.

La vie active que le saint fondateur de la Congrégation de la très-sainte Croix et Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ prescrivit à ses enfants, consistait à travailler, autant que leurs forces la leur permettaient, à la sanctification des âmes ; c'est pourquoi tous les prêtres de la Congrégation qui étaient jugés capables de se dévouer au ministère sacré devaient se livrer aux missions, donner les exercices spirituels au clergé, aux séminaristes, aux monastères, aux pensions et à toutes les personnes qui vivent en communauté. Pour remplir cette partie de leur vocation, ces religieux donnaient sans interruption des exercices spirituels à toutes les personnes qui voulaient se recueillir et faire une retraite pour leur avancement spirituel. Pour correspondre à cette partie spéciale de leur vocation, les prédicateurs évangéliques de la Congrégation de la Passion s'efforcent d'imprimer dans la mémoire et dans le cœur des fidèles le souvenir de la très-sainte Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce qui fait l'objet du quatrième vœu. Ils enseignent la méthode pratique pour la méditer, et pour retirer de son crucifix ces trésors de science et de sagesse qu'il renferme. Ceux qui ne se livrent pas à la prédication s'acquittent des devoirs de la vie active dans le tribunal sacré de la pénitence, et reçoivent tous les jours de l'année la multitude des pénitents qui fréquentent leurs églises. Le zèle de ces hommes apostoliques n'a pas été limité par les frontières de l'Italie, de la France, de l'Angleterre, de la Belgique, il s'est étendu jusque chez les infidèles. La Congrégation de la Propagande a confié depuis bien des années aux Passionnistes les missions de la Bulgarie et de la Valachie ; elle entretient un évêque et huit missionnaires et conserve ce nombre toujours complet.

Quoique les religieux de la Congrégation de la très-sainte Croix et Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ne soient pas liés par des vœux solennels, ils ne sont pas pour cela libres ; car, le jour même de leur profession, ils font vœu de persévérance dans la Congrégation ; par conséquent, à moins d'un motif réel et grave, approuvé par le supérieur général, les Passionnistes ne peuvent quitter la Congrégation, ni la Congrégation ne peut les exclure de son sein.

L'habit des Passionnistes consiste dans une tunique de drap de couleur noire et d'un manteau de la même étoffe qui est grossière ; la robe et le manteau sont semblables à ceux que portent les clercs réguliers, si ce n'est que l'étoffe est plus commune. Ils portent de plus sur leur habit, du côté gauche de la poitrine et suspendu au cou, un cœur brodé en blanc surmonté d'une croix blanche : pour distinguer les laïques des prêtres, ceux-ci les portent sur la tunique et sur le manteau, tandis que les autres ne les portent que sur la tunique. Cette robe est serrée avec une ceinture de cuir noir. Entre autres austérités, ils n'ont à leur usage que des chemises de laine grossière, l'hiver comme l'été, ils ne peuvent avoir que des sandales pour chaussures ; ils portent sur la tête un mauvais chapeau ; ils jeûnent habituellement trois jours de la semaine outre l'Avent et le Carême ; ils couchent sur la paille tout habillés, et ils ne peuvent quitter leurs vêtements, pour se mettre au lit, que dans le cas de maladie grave ; ils se lèvent la nuit pour chanter les Matines, et récitent d'ailleurs en chœur, et au temps fixé par les rubriques, chaque partie de l'office canonisé. L'amour de la perfection, surtout du recueillement et de la prière, leur fait rechercher la solitude ; de là vient que leurs maisons, qui portent le nom de retraite, sont établies dans des lieux écartés.

Saint Paul de la Croix fonda, avant sa mort, un monastère de religieuses de la Passion. Leur vie est en tout semblable à celle des religieux, si ce n'est que la Règle admet quelques petites différences dans les choses qui ne conviennent pas à leur sexe. La ville de Cornetto est la faveur d'être choisie pour recevoir ce monastère des filles Passionnistines. La Règle leur prescrit de s'appliquer, autant que cela leur est possible, à annoncer à tous Jésus et Jésus crucifié. Quand il ne leur est pas donné d'y contribuer autrement, elles doivent adresser au Seigneur des prières ferventes pour obtenir l'efficacité de la parole de ceux qui vont évangéliser les peuples, et en particulier les religieux de la très-sainte Croix et Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les Passionnistines portent le même costume que les religieux ; elles chantent les offices aux mêmes heures, consacrent le même temps à la méditation aux mêmes heures du jour et de la nuit ; en un mot, les religieuses Passionnistines vivent du même esprit et sont en tout conformes aux religieux de la même Congrégation.

Les Passionnistes possèdent aujourd'hui plus de trente maisons, dont onze dans l'État romain, deux sur le mont Argentaro, et une près d'Aquila, etc. Pour observer plus strictement la pauvreté, ils n'ont point de revenus, ne vivent que d'aumônes, et ne possèdent absolument rien, si ce n'est en commun. La maison de retraite de Saint-Jean et de Saint-Paul, qu'ils ont à Rome, est située au lieu même où ces deux Saints souffrirent le martyre pour Jésus-Christ. Les Passionnistes jouissent à Rome, comme dans toute l'Italie, de la plus haute estime. Ils ont une grande réputation de régularité. Leur maison est à Rome, au jugement de Grégoire XVI et de Pie IX, actuellement régnant, un des couvents de la ville sainte où règne le plus de ferveur. Le vœu le plus ardent de ces religieux est de voir l'Angleterre revenir à la religion catholique. Ils prient beaucoup à cette fin avec une grande confiance d'être exaucés ; ils ont même à cet égard une prédiction de leur vénérable fondateur, qui leur a annoncé le retour de l'Angleterre à l'unité. Ils dirigent en ce moment leurs efforts dans ce but.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, des *Vies des Saints canonisés à Rome*, en 1867, et du *Dictionnaire des Ordres religieux*, par Hélyot. — Cf. *Vie de P. Paul de la Croix*, par le Père Vincent Marie Strambi, Passionniste ; et une autre, plus étendue, publiée en 1821, par un Père du même Ordre.

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## SAINT EUCHER L'ANCIEN, ARCHEVÊQUE DE LYON (450).

Eucher était un riche sénateur de Lyon, que sa noblesse et sa vertu rendaient très-considérable. Il se maria dans la crainte de Dieu et garda dans le mariage les lois de la chasteté conjugale. Dieu bénit cette alliance par la naissance de deux garçons, dont l'un fut Salonius et l'autre Véran. Quand ils furent en âge, il les envoya tous deux au monastère de l'Île de Lérins, pour y être élevés dans la science et dans la vertu sous les yeux de saint Honorat et sous la conduite du célèbre Salvien. Ils profitèrent si bien des instructions qu'ils reçurent qu'ayant embrassé l'état ecclésiastique, ils méritèrent l'un et l'autre d'être élevés à l'épiscopat. On ne sait pas quel fut le siège de Salonius (quelques hagiographes disent de Genève) : pour Véran, il fut évêque de Vence, en Provence (9 septembre 489), et il a mérité un culte public par son éminente sainteté.

Saint Eucher brillait dans le monde comme un astre par la perfection de sa vertu, mais, effrayé des dangers qu'il y courait pour son salut, il se retira (vers l'an 422) dans le monastère de Lérins, du consentement de sa femme, qui, de son côté, se consacra dans la retraite au service de Dieu. Sa vie dans ce désert fut admirable : il y pratiqua avec une ferveur extraordinaire les plus rudes exercices de la vie monastique. Cassien, alors abbé de Saint-Victor de Marseille, dédia à Eucher et à Honorat plusieurs de ses *Collations* ou conférences sur la vie religieuse ; il associait dans sa vénération ces deux amis. « Ô frères Saints », leur disait-il, « vos vertus rayonnent sur le monde comme de grands phares : beaucoup de Saints seront formés par votre exemple, mais ils pourront à peine imiter votre perfection ».

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Eucher, qui désirait mener une vie encore plus solitaire, quitta Lérins pour se retirer dans l'île de Léro (aujourd'hui Sainte-Marguerite). Mais quelque soin qu'il prit de demeurer inconnu dans son désert, il ne laissa pas de jeter de tous côtés des rayons de sainteté qui le firent connaître. Aussi, Sénateur, évêque de Lyon, étant mort, le clergé et le peuple de cette ville, qui avaient été témoins de la vertu d'Eucher pendant qu'il était parmi eux, l'élurent unanimement pour leur évêque. On peut juger par l'amour extrême qu'il avait pour la solitude combien cette élection lui causa de douleur ; il fallut néanmoins se soumettre à la volonté de Dieu et ployer les épaules sous cette charge que la divine Providence lui avait préparée. Les louanges que lui donnent Claudien Mamert, Sidoine Apollinaire, Gennade, Isidore de Séville et beaucoup d'autres, font assez voir qu'il s'acquitta très-dignement de son ministère.

Il prêchait souvent son peuple, et c'est à lui qu'appartiennent presque toutes les homélies qui sont citées si souvent sous le nom d'Eusèbe d'Émèse : on ne sait ce que l'on doit davantage y admirer, ou l'élégance du style, ou la piété et l'onction avec lesquelles elles ont été composées. Ce grand serviteur de Dieu écrivit encore d'autres homélies et traités fort utiles, que le docte Salvien appelle brefs pour le style, abondants pour la doctrine, parfaits pour l'instruction et répondent à la beauté de l'esprit et à la piété de leur auteur. Il assista, en qualité d'archevêque de Lyon, au premier concile d'Orange, où présida son cher ami saint Hilaire, archevêque d'Arles, et il y souscrivit au nom des autres prêtres ses suffragants, qu'il appelle comprovinciaux. Enfin, plein de mérites et d'années, il s'endormit dans le Seigneur, après avoir tenu le siège épiscopal environ vingt ans.

L'Église est redevable à saint Eucher de plusieurs ouvrages dont voici les noms :

1° Les traités de la Vie solitaire et du Mépris du monde, adressés en forme de lettres, le premier à saint Hilaire et le second à un de ses parents nommé Valérien (on croit que c'est lui qui fut élevé sur le siège de Genève, et qui fut honoré à Lérins sous le nom de saint Valère). Ces deux traités prouvent que saint Eucher était un grand maître dans l'art de bien écrire et dans celui de bien vivre. La beauté du style et la délicatesse des pensées saisissent l'admiration des lecteurs. La latinité est presque digne du siècle d'Auguste. Toutes les beautés de l'éloquence, toutes les forces de l'esprit et du raisonnement y sont mêlées à un air de piété si affecté qu'il est impossible de les lire sans être touché du désir de quitter la conversation des hommes pour chercher celle de Dieu.

2° Les Formules, ou Principes de l'intelligence spirituelle. Ce sont des explications de quelques endroits de l'Écriture, que saint Eucher écrivit pour l'usage de Véran, le second de ses fils. Il est vrai qu'on n'y trouve ni la même élégance ni la même beauté de style que dans les deux ouvrages précédents ; mais le sujet ne le comportait pas, et la simplicité est le caractère distinctif de ce genre d'écrire.

3° Les Institutions, en deux livres, qui sont adressées à Salonius, autre fils du Saint. Cet ouvrage a également pour objet d'expliquer plusieurs difficultés qui se rencontrent dans l'Écriture sainte. Il est plus solide et plus utile que le traité des formules adressé à Véran.

4° Les Actes du martyre de saint Maurice et de ses compagnons. D. Rivet a démontré qu'ils avaient été écrits par saint Eucher. Chifflet les a publiées dans son *Paulinus illustratus* ; mais l'édition qu'en a donnée D. Ruinart est plus correcte. Ceux que Surius et Montbricius ont fait imprimer paraissent avoir été compilés d'après l'ouvrage de saint Eucher, par un moine d'Agaune du VIIe siècle, lequel y a fait des additions et des changements.

5° L'Abrégé de Cassien ; le Commentaire sur la Genèse ; le Commentaire sur le livre des Rois ; les lettres à Philon et à Faustin ; divers discours, etc.

Les ouvrages de saint Eucher, imprimés plusieurs fois séparément, ont été insérés dans la Bibliothèque des Pères. Les traités de la Vie solitaire et du Mépris du monde ont été traduits en diverses langues. Arnaud d'Andilly a donné une traduction française du second de ces traités, et a mis à la fin du volume le texte latin. Cette traduction parut en 1672, in-12. Elle a été depuis réimprimée dans le recueil des œuvres d'Arnaud d'Andilly, Paris, 1775, in-fol. Les œuvres complètes de saint Eucher ont été publiées avec celles de saint Vincent de Lérins par J.-F. Grégoire et F.-Z. Collombet, texte et traduction française, Paris, 1834, in-8°. On trouve le texte latin dans le t. L. de la Patrologie latine de M. Migne.

Nous avons complété le récit du Père Giry avec l'*Esprit des Saints*, par M. Fabbé Grimes.

SAINTE AGNÈS D'ASSISE, CLARISSE.

SAINT ÉMILIEN, MOINE DE SAUJON, PRÈS DE SAINTES (767).

Saint Émilien naquit à Vannes, d'une famille obscure et pauvre, mais chrétienne et pieuse. Il ne respirait dès sa jeunesse que l'amour de Jésus-Christ et la charité des pauvres. Un jour que, selon sa coutume, il portait, cachés sous son manteau, quelques pains qu'il destinait aux pauvres, il rencontra le comte qui lui dit : « Que portes-tu ainsi dans ton sein ? » Émilien répondit : « Je porte du bois pour chauffer les pauvres ». Le comte regarda et, en effet, il ne vit que des morceaux de bois, qui redevinrent du pain lorsque Émilien les distribua aux pauvres. Ce miracle fit du bruit et attira beaucoup de pieux visiteurs à l'homme de Dieu, ce qui l'obligea de se retirer dans le désert.

Il se retira ensuite au monastère de Saujon (*carnobium Saligineuse*), près de Saintes, dont il devint cellérier. Il fut un modèle de vie religieuse et de sainteté. Bientôt, cédant à la jalousie de quelques frères, et aussi pour être plus libre de servir Dieu, il se retira dans une forêt du Bordelais, nommée alors les Combes, et située le long de la Dordogne. Une grotte sous une roche offrit un asile au saint homme sur le bord du fleuve.

Les pèlerins, attirés par l'odeur céleste de ses vertus, ne tardèrent pas à affluer en ce lieu. Le Saint accueillait tout le monde, guérissant les âmes et quelquefois les corps. Entre autres miracles, il rendit la vue à une femme en faisant sur elle un signe de croix. Il réunit un certain nombre de disciples qu'il guida dans la voie de la perfection suivant la Règle de Saint-Benoît. Enfin, sur le point de mourir, il adressa cette prière à Jésus-Christ, les yeux levés au ciel : « Heureux les hommes qui se tiennent toujours en votre présence et qui apprennent la sagesse. Voici que je viens pour voir de mes yeux ce qui m'a été dit de vous sur la terre étrangère. Retirez-moi de ce corps de boue, afin que mon âme qui n'a vécu que pour vous seul vive dans l'éternelle intuition de votre gloire ». Il s'endormit dans le Seigneur l'an 767. Dans la suite on construisit en cet endroit un monastère et une basilique taillée dans le roc. Profanée et abandonnée pendant la Révolution, cette église a été rendue à la piété des fidèles par Mgr Ferdinand Donnet, archevêque de Bordeaux, en 1838. Des habitations s'étaient agglomérées de bonne heure autour de ce sanctuaire ; elles ont formé la ville de Saint-Émilion (Gironde, arrondissement et canton de Libourne).

Propre de Bordeaux.

SAINTE AGNÈS D'ASSISE, CLARISSE (1253).

Agnès était sœur de sainte Claire et moins âgée qu'elle d'environ quatre ans. L'affection la plus tendre l'unissait dès l'enfance à sa sœur aînée, et sans doute les pieux exemples de celle-ci, grâce à la vivacité de leur mutuel amour, avaient mieux pénétré son âme. Lorsque Claire eut quitté la maison paternelle, Agnès voulut être la première à la suivre sur cette voie où l'Agneau les précédait et où tant de vierges, jusqu'à la fin des temps, devaient avec elles s'attacher à ses pas. Elle s'enfuit donc, elle aussi, et rejoignit sa sœur au monastère de Saint-Ange, où elle était alors. « Je ne viens pas », lui dit-elle, en faisant allusion aux persécutions exercées contre Claire par leurs parents, « je ne viens pas fatiguer votre patience par d'inutiles reproches ; au contraire, me voici prête à demeurer pour toujours avec vous, au service du même maître ». Claire, l'embrassant avec une inexprimable tendresse, lui répondit : « Ô ma très-douce sœur, bénie soit à jamais la miséricorde de Dieu, qui m'a exaucée alors que j'étais pleine de sollicitude pour vous ! »

Mais la persécution que Claire avait vaincue se déclara plus terrible contre Agnès. Favorino, leur père, dont le cœur saignait encore du départ de sa fille aînée, fut rempli de fureur en apprenant celui de la seconde. Il réunit sa parenté, réussit à remplir de sa propre colère le cœur de douze hommes, qui prirent leurs armes et se rendirent avec lui au monastère de Saint-Ange, résolus à ramener Agnès de gré ou de force.

La douceur et les larmes qu'ils employèrent d'abord n'ayant point ébranlé la jeune sainte, ils la saisirent, la frappèrent, et l'un d'entre eux la tirant par les cheveux, ils l'entrainèrent jusqu'au

17 NOVEMBRE.

pied de la montagne que dominait le pieux asile des sœurs. Agnès ne cessait d'implorer le secours de Claire, en lui disant : « À mon secours, très-chère sœur ! ne souffrez pas que l'on m'arrache à Jésus-Christ, mon Seigneur ! » Claire, en effet, s'était jetée à genoux ; ses prières et ses larmes obtinrent de Dieu une assistance miraculeuse, et le ciel manifesta que c'était bien lui qui avait ravi au monde ces deux vierges. Soudain Agnès devient si lourde, qu'on ne peut la transporter ni lui imprimer le moindre mouvement, et les douze hommes qui l'emmènent épuisent en vain leurs forces sans lui faire faire un pas de plus. Un de ses oncles, rendu plus furieux par ce prodige, saisit son épée pour ôter la vie à cette innocente colombe ; mais une puissance invisible raidit son bras, et au même instant il se sentit pris d'intolérables douleurs, dont il guérit seulement après plusieurs jours par l'effet des prières d'Agnès. En même temps se présenta Claire, demandant qu'on lui rendît cette tendre victime. On n'eut garde de la lui refuser, et les deux sœurs rentrèrent dans leur asile.

Peu de jours après, saint François les plaçait dans ce monastère de Saint-Damien, que leurs vertus devaient rendre à jamais illustre, et pour fiancer Agnès à Jésus-Christ, il lui coupa les cheveux. Agnès suivit de près sa sœur aînée sur la voie de la plus haute perfection. Elle portait un rude cilice sur sa chair délicate et ne se nourrissait presque jamais que de pain et d'eau ; en même temps qu'elle se traitait elle-même avec cette rigueur, elle montrait pour toutes ses compagnes une bonté sans égale. Son assiduité à la prière et aux exercices monastiques était admirable ; aussi Dieu la favorisa-t-il de ses grâces les plus privilégiées, et un jour sa sœur Claire la vit, dans un coin du chœur où elle s'était mise pour prier, élevée de terre et la tête ornée d'une triple et mystérieuse couronne. Elle fut aussi quelquefois favorisée de la visite du saint Enfant Jésus, auquel elle avait la plus tendre dévotion.

Le séraphique Père, reconnaissant qu'une vierge si sainte était appelée par le divin Sauveur à lui préparer de nouvelles épouses, l'envoya d'abord à Florence, où plusieurs jeunes personnes s'étaient déjà réunies pour imiter la vie angélique des pauvres Dames de Saint-Damien. Ce fut de là qu'Agnès écrivit à Claire cette lettre devenue célèbre, où elle exprime si vivement sa douleur de se sentir séparée de sa sœur. Outre ce monastère de Florence, Agnès en fonda un grand nombre d'autres dans la Péninsule, notamment ceux de Venise et de Mantoue.

Après une vie pleine de travaux et des plus héroïques vertus, elle revint auprès de la sœur qu'elle avait tant aimée ; mais ce fut pour assister au spectacle solennel de ses derniers instants, où la Reine des cieux vint avec un chœur des vierges bienheureuses annoncer l'éternelle gloire à cette incomparable amante de son divin Fils. Agnès, qui avait autrefois si douloureusement senti sa séparation d'avec sa sœur, ne tarda pas à la rejoindre au banquet des noces de l'Agneau ; elle mourut trois mois après elle, le 16 novembre 1253, dans ce couvent de Saint-Damien, qui avait été pour elle l'école de la sainteté. Pie VI a approuvé son culte en 1777.

Extrait des Annales franciscaines.

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Événements marquants

  • Naissance à Ovada le 3 janvier 1694
  • Engagement volontaire dans l'armée à Venise en 1715
  • Vision de la tunique noire en 1720
  • Réception de l'habit religieux le 22 novembre 1720
  • Ordination sacerdotale à Rome le 7 juin 1727
  • Fondation du premier monastère au mont Argentaro en 1737
  • Approbation des règles par Benoît XIV en 1741
  • Béatification par Pie IX le 1er mai 1853
  • Canonisation par Pie IX le 29 juin 1867

Miracles

  • Lumière resplendissante à sa naissance
  • Transport par deux anges sur le mont Argentaro
  • Marche sur les eaux des fleuves
  • Guérison miraculeuse par obéissance au Pape Clément XIV

Citations

Heureux celui qui se glorifie non dans la sagesse, les richesses, l'éloquence et la puissance du siècle, mais bien dans les souffrances de Jésus-Christ.

— Saint Jérôme (en exergue)

Dites-lui que je ne veux point qu'il meure maintenant, je lui donne un délai, qu'il obéisse

— Clément XIV