Saint Riquier

Abbé

Fête : 26 avril 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Né dans le Ponthieu sous Clotaire II, Riquier se convertit après avoir accueilli deux missionnaires irlandais. Devenu prêtre et abbé, il évangélisa la Picardie et l'Angleterre, fonda l'abbaye de Centule et conseilla le roi Dagobert avant de finir ses jours en ermite dans la forêt de Crécy.

Biographie

SAINT RIQUIER, ABBÉ

Dieu ne laisse jamais une bonne action sans récompense.

Saint Riquier était né, sous le règne de Clotaire II, dans un bourg du Ponthieu dont on croit que son père, Alquier, était comte ou duc. Son enfance n'est pas connue : le fait qui le révèle à nos regards est la touchante hospitalité qu'il accorda à deux missionnaires irlandais ou bretons, débarqués sur les côtes de Picardie : l'un s'appelait Caïdoc, l'autre Fricor. À peine avaient-ils commencé à prêcher l'Évangile qu'ils se virent maltraités par des habitants du pays, dont un grand nombre étaient encore idolâtres. Ils auraient été obligés de s'éloigner, si le jeune Riquier, touché de leur vertu, ne les eût recueillis dans sa demeure et mis à l'abri de l'insolence des païens. Ce dévouement lui mérita le don de la vocation à l'apostolat. En effet, les fréquents entretiens qu'il eut avec ces deux missionnaires, les exemples de leur conduite, leur piété, leur zèle, touchèrent son cœur et le déterminèrent à consacrer, comme eux, sa vie à la prédication de l'Évangile. Il commença par faire une confession générale de ses péchés, qu'il pleura amèrement ; puis il se dévoua à Dieu et à l'œuvre de sa sanctification.

Ordonné prêtre plus tard, saint Riquier parcourut tout le pays, répandant sur son passage, avec les bienfaits de sa charité, la bonne nouvelle du salut. Puis, rentré dans sa demeure, il priait et se livrait à d'autres exercices de piété. Sa nourriture consistait en un pain d'orge trempé dans l'eau. Les

LES VIES DES SAINTS. — TOUVE.

26 AVRIL.

pauvres, les étrangers, les veuves, les orphelins, les pèlerins, tous ressentaient les effets de sa libéralité et de son amour pour Dieu.

Un dévouement si actif et si généreux ne pouvait se renfermer dans les limites d'une province ; un sentiment intérieur attirait saint Riquier au-delà du détroit, comme pour lui faire rendre à l'Angleterre (Bretagne) le bienfait qu'il en avait reçu. Il alla donc dans cette île, où il gagna un grand nombre de pêcheurs et d'idolâtres à Jésus-Christ. Il y racheta aussi beaucoup de captifs, chrétiens ou païens, et leur rendit la liberté, comme il l'avait donnée précédemment à tous les serfs qu'il possédait lui-même dans ses terres du Ponthieu. De retour en France, saint Riquier prêcha la foi en diverses contrées ; mais le manque de détails ne permet pas de le suivre dans ses courses apostoliques. On remarque cependant ses relations avec saint Adalbaud, seigneur de Douai, et sainte Rictrude, son épouse, dont il baptisa le premier enfant, saint Mauront. Un biographe ancien rapporte qu'un jour saint Riquier étant venu dans cette religieuse famille, au moment du départ, tandis qu'il était déjà sur son cheval, sainte Rictrude envoya chercher le petit Mauront, afin qu'il reçût une dernière bénédiction de son père spirituel. Comme le Saint tenait l'enfant dans ses bras, tout à coup le cheval s'effraie, se cabre, s'emporte sans qu'il soit possible de le retenir. Rictrude était éperdue, et tous les spectateurs, effrayés ; on croyait à chaque instant que l'enfant allait être écrasé et le Saint, renversé. En ce moment, saint Riquier adressa du fond du cœur une prière à Dieu, et aussitôt l'enfant glissa doucement par terre sans le moindre mal, et l'animal se calma.

En même temps que saint Riquier parcourait les provinces du Nord, annonçant partout la parole divine, il fondait une église et un monastère pour y réunir des disciples qui demandaient à vivre sous sa conduite. C'est à Centule, non loin du lieu de sa naissance, qu'il établit cette communauté ; c'est là qu'il se reposait des fatigues de ses missions et qu'il recevait quelquefois la visite des puissants du monde. Un jour que Dagobert était venu dans le Ponthieu, sur l'invitation pressante d'un seigneur appelé Gislemar, il voulut voir l'homme de Dieu, dont le nom était répandu au loin. Il se rendit auprès du saint vieillard, qui, après avoir béni le roi, lui donna, avec une modeste autorité et une liberté toute évangélique, des conseils trop rarement entendus des princes. « Il lui rappela qu'il ne devait pas s'enorgueillir de sa puissance, ni espérer dans des richesses passagères, ni s'élever en lui-même par les vaines adulations des flatteurs, ni mettre sa joie dans des honneurs fragiles ; mais plutôt craindre la puissance de Dieu et rendre gloire à sa majesté suprême, réputer un néant cette puissance et cette gloire des hommes qui passent comme une ombre légère, et s'évanouissent comme l'écume des flots que le vent emporte ». Le Saint disait encore au monarque « qu'il devait surtout se rappeler ces paroles des divines Écritures : Les grands du monde sont exposés à endurer de plus grands supplices, et Dieu exigera plus de celui à qui il a plus donné. Que si un roi, au jour du jugement, ne pourra qu'avec peine rendre pour lui-même un compte favorable au Juge suprême, comment pourra-t-il le faire pour tant de milliers d'hommes qui lui ont été confiés ? Aussi, prince, continuait saint Riquier, on doit plutôt craindre de commander que d'obéir. Celui qui obéit ne rend compte à Dieu que pour lui-même ; celui, au contraire, qui commande, rendra compte pour tous ceux qui lui sont soumis ». Dagobert reçut bien ces sages leçons de l'abbé de Centule, et, afin de témoigner l'estime qu'il avait conçue pour lui, il l'invita à prendre part au

SAINT RIQUIER, ABBÉ.

fête que lui avait préparé le comte Gislemar. Le Saint se rendit à ce banquet, où sa présence et ses discours firent une heureuse impression sur tous les convives.

Cependant l'âge et les fatigues avaient considérablement diminué ses forces, et il soupirait après une solitude plus profonde, où il put se préparer à la mort. Son désir fut connu, et Dagobert envoya l'ordre à Gislemar et à un autre seigneur du pays de donner à l'homme de Dieu un endroit convenable dans la forêt de Crécy. C'est là qu'il se retira avec son disciple Sigobard, après qu'il eut confié la direction de son monastère à Olciade, religieux prudent et d'une grande piété. Dès ce moment, saint Riquier se livra tout entier à la méditation des choses du ciel. Son âme était comme absorbée en Dieu, et malgré la faiblesse de son corps, il sentait parfois renaître en lui la force et la vigueur de ses jeunes années. Mais bientôt sa retraite fut connue et beaucoup se faisaient transporter auprès de lui pour être guéris de leurs infirmités. Des aveugles, des sourds, des muets, des paralytiques, se pressaient autour de sa cellule, à côté des grands et des puissants du siècle qui venaient lui demander des conseils. Ainsi le Seigneur se plaisait à environner son serviteur, même sur la terre, de respects et d'hommages, que sa mort allait encore augmenter.

En effet, la fin de saint Riquier approchait, et Dieu lui en donna un secret pressentiment, qu'il communiqua à son disciple Sigobard. « Mon fils », lui dit-il un jour, « je sais que ma mort n'est pas éloignée et que bientôt je verrai mon Seigneur, après lequel je soupire depuis longtemps. Vous préparerez un cercueil, selon l'usage, pour renfermer ce faible corps. En même temps, mon fils, préparez-vous vous-même avec le plus grand soin, afin que, quand le jour qui approche pour moi, arrivera pour vous, il vous trouve bien disposé. Voilà que j'entre dans la voie de toute chair : puisse le Sauveur du monde être miséricordieux envers moi ! Qu'il me défende aujourd'hui de l'ennemi comme il m'en a défendu autrefois, et qu'après avoir été mon consolateur dans cette vie, il soit mon éternel rémunérateur dans l'autre ! » En entendant ces paroles, Sigobard fondit en larmes ; puis, le cœur oppressé par les sanglots, il se mit en devoir d'obéir. Il coupa dans la forêt le tronc d'un arbre et le disposa pour recevoir le corps de son maître bien-aimé. Le travail achevé, il plaça dans le lieu indiqué ce cercueil arrosé de ses pleurs. Il ne devait pas tarder à aller le reprendre. La maladie faisait de rapides progrès, et elle réduivit, en peu de temps, le vieillard à la plus extrême faiblesse. Au milieu des défaillances de la nature, son âme était toujours élevée vers Dieu, et ce fut en achevant les actes de sa reconnaissance et de son amour, après avoir reçu la sainte Eucharistie, qu'il s'endormit dans le Seigneur, le 26 avril, vers l'an 645.

## RELIQUES DE SAINT RIQUIER.

Son corps fut d'abord placé dans sa petite cellule, qui devint plus tard l'abbaye de Foret-Moutier, entre Rue et Crécy ; mais les religieux de Centule voulurent avoir auprès d'eux la dépouille mortelle de leur père, et ils la transportèrent avec honneur dans leur monastère, qui, depuis lors, a pris le nom de Saint-Riquier. Les nombreuses guérisons qui s'y opéraient attirèrent les peuples de la contrée, et rendirent le culte du Patron de plus en plus célèbre dans le Ponthieu, dans les provinces voisines et par toute la France. Charlemagne lui-même visita un jour ce tombeau, qui fut ouvert en sa présence. On y trouva les restes du Saint dans le même état qu'au moment de sa mort, et l'empereur les fit renfermer dans une chasse magnifique. Plus tard, ce corps précieux fut transporté en différents endroits à cause des ravages des Normands.

Saint Angilbert, abbé de Centule sous le règne de Charlemagne, contribua beaucoup à la décoration du lieu où reposait saint Riquier.

25 AVRIL.

L'église de l'ancienne abbaye de Saint-Riquier, bâtie sur le modèle de la cathédrale d'Amiens, sert aujourd'hui d'église paroissiale. On y voit, dans le fond du second chœur, un petit tableau représentant le saint patron. Chaque année, au mois d'octobre, on fait en son honneur une procession à laquelle les habitants de la ville se font un devoir d'assister.

Monsieur l'abbé A. Leroux nous écrivait en 1863 :

« Les reliques de saint Riquier sont encore à Saint-Riquier ; elles se trouvent dans l'église de la paroisse, renfermées dans deux châssis, dont l'un, contenant la tête du saint abbé, est placé sur l'autel, et l'autre contient le corps. Si vous désiriez d'autres détails, je n'en ai pas d'autres à vous donner que ceux qui se trouvent dans le Chronicon Centulense d'Hariulfe, lequel fait partie du Spicilège de Dom Luc d'Achery, tome II ou IV selon l'édition ».

Les bâtiments de l'ancienne et splendide abbaye de Saint-Riquier sont aujourd'hui occupés par un petit séminaire.

L'Histoire d'Abbeville porte que ce nom d'Abbeville, qui signifie Ville de l'abbé, lui a été donné parce qu'elle était anciennement du domaine de l'abbé saint Riquier.

Sainte de Cambrai et d'Arras ; Notes locales.

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Événements marquants

  • Hospitalité accordée aux missionnaires Caïdoc et Fricor
  • Conversion et ordination sacerdotale
  • Mission en Angleterre (Bretagne) et rachat de captifs
  • Baptême de saint Mauront
  • Fondation du monastère de Centule
  • Rencontre et conseils au roi Dagobert
  • Retraite dans la forêt de Crécy avec Sigobard

Miracles

  • Protection de l'enfant Mauront lors d'un accident de cheval
  • Guérisons multiples d'infirmes (aveugles, sourds, paralytiques) dans sa retraite
  • Incorruptibilité du corps constatée sous Charlemagne

Citations

On doit plutôt craindre de commander que d'obéir. Celui qui obéit ne rend compte à Dieu que pour lui-même ; celui, au contraire, qui commande, rendra compte pour tous ceux qui lui sont soumis.

— Discours au roi Dagobert