Saint Angilbert, Abbé de Saint-Riquier
Abbé de Saint-Riquier
Résumé
Haut dignitaire de la cour de Charlemagne et élève d'Alcuin, Angilbert devint abbé de Saint-Riquier où il mena une vie d'austérité après une carrière diplomatique brillante. Il reconstruisit l'abbaye avec une magnificence exceptionnelle et y instaura la prière perpétuelle. Il mourut en 814, peu après l'empereur, laissant l'image d'un grand bâtisseur et d'un conseiller prudent.
Biographie
SAINT ANGILBERT, ABBÉ DE SAINT-RIQUIER
Quidquid amat Dominus, cum toto corde relegit, Pauperibus largus, debilibus medicus.
Généreux envers les pauvres, accourable aux faibles et aux affligés, il a aimé de tout son cœur tout ce qu'aime le Seigneur.
Épitaphe de saint Angilbert.
Parmi les Saints qui ont illustré le siècle de Charlemagne, l'Ordre de Saint-Benoît en a fourni deux très-célèbres, qui ont puissamment aidé ce grand monarque de leurs conseils. Le premier de ces deux célèbres personnages est saint Benoît, abbé d'Aniane, dont nous avons donné la vie le 11 de ce mois; et le second est saint Angilbert, abbé de Saint-Riquier, dont il faut maintenant découvrir le mérite.
On ne sait rien de précis sur le lieu et la date de la naissance d'Angilbert : ce qu'il y a de probable, c'est qu'il vint au monde vers l'an 740. Il avait cinq ans de moins que le célèbre diacre anglo-saxon Alcuin et deux ans de plus que Charlemagne. Il appartenait à la haute noblesse franque, et la meilleure preuve de cette assertion, c'est qu'il fut élevé dans le palais de Pépin le Bref. On sait que cet honneur était brigué par les plus puissants leudes, qui espéraient ainsi assurer l'avenir de leurs enfants et leur ouvrir plus facilement la carrière des honneurs.
Pépin le Bref, ainsi que ses deux enfants, Charles et Carloman, chérissaient tendrement Angilbert et le considéraient : le premier, comme son propre fils, et les deux autres, comme leur frère bien-aimé.
Le jeune Angilbert se faisait distinguer par la finesse de son esprit, l'aménité de son caractère, la supériorité de son éducation libérale, l'étendue de ses connaissances et un ensemble de qualités naturelles qui éveillaient partout la sympathie autour de lui. On prenait plaisir à admirer en sa personne les nobles proportions du corps et la beauté d'une physionomie où se reflétait l'éclat de la vertu.
Les conseils des princes, ceux de ses parents et de ses amis déterminèrent Angilbert à prendre la tonsure cléricale; mais il ne quitta point le palais. Quand Charlemagne succéda à Pépin le Bref (768), il continua à honorer de son intimité le digne héritier d'une famille qui avait été
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alliée avec la sienne et qui avait rendu à ses ancêtres des services considérables.
Angilbert prit des leçons d'Alcuin, qui l'appelle son élève, et fit partie, sous le nom d'Homère, de la célèbre académie palatine.
Le roi Charles appréciait si bien la prudence consommée de son favori qu'il l'emmenait toujours avec lui dans ses fréquents voyages, qu'il l'admettait à tous ses conseils et qu'il l'investit des hautes fonctions d'archichapelain et de silentiaire. Cette dernière qualité équivalait sans doute à celle d'un secrétaire d'État, dont les délicates négociations impliquent souvent l'obligation du silence.
Quant à l'apocrisiaire ou archichapelain, qu'on appelait encore primicier des chapelains, il était chargé de la direction des affaires ecclésiastiques; c'était une espèce de ministre des cultes. Hincmar nous apprend que cette fonction était remplie plutôt par des diacres et des prêtres que par des évêques.
Nous ne voyons pas de difficulté à reconnaître Angilbert pour un des secrétaires de Charlemagne. Ce prince, dans une de ses lettres, l'appelle son auriculaire, et nous verrons qu'il lui confia diverses missions importantes.
Angilbert, inspiré par sa vocation aussi bien que par les conseils du roi, embrassa le sacerdoce, et vit alors s'ouvrir devant ses mérites un avenir encore plus brillant.
C'est en 790 qu'on fixe généralement la retraite d'Angilbert à Centule; mais il faut évidemment reculer cette date, et voici pourquoi : Charlemagne, en 789, date incontestée, fit un capitulaire qui défend aux évêques, abbés et abbesses, d'avoir des couples de chiens, des faucons, des éperviers et des jongleurs. Or, Alcuin, dans une lettre à Adélard que tous les critiques datent de 790, s'exprime en ces termes : « Je crains qu'Angilbert ne soit fâché de la lettre qui défend les spectacles... Je vous ai écrit autrefois à ce sujet avec le plus vif désir du salut de mon cher fils, espérant gagner par votre entremise ce que je ne pouvais obtenir par moi-même ». Et plus tard, quand Alcuin apprend qu'Angilbert s'est corrigé de son travers, il écrit à Adélard : « C'était vraiment une chose étonnante pour moi qu'un esprit si sage ne comprit pas qu'il faisait une chose répréhensible, opposée à sa dignité, et qu'on ne pouvait excuser en aucune manière ».
Il alla se prosterner aux pieds de l'abbé, au milieu du chapitre, et là, tout baigné de larmes, sollicita humblement l'habit monastique. Malgré la joie qu'éprouvèrent les religieux d'une pareille conversion, ils ne dérogeront point aux sages prescriptions de la règle, et ce n'est qu'après le temps exigé pour la probation que le postulant fut admis dans les rangs des moines dont il égala bientôt, et souvent surpassa les vertus. Les plus dures austérités n'avaient rien d'effrayant pour la faiblesse de sa constitution; ce n'était point l'éclat des parures, la douceur d'un lit moelleux, l'abondance des mets, la délicatesse des vins, la prolongation du sommeil qui faisaient ses délices; c'étaient les larmes qu'il versait sur le souvenir du passé, les prières qu'il exhalait nuit et jour, les lectures qui excitaient la componction de son âme, les saintes rigueurs qu'il exerçait contre lui-même, et le sacrifice quotidien qu'offrait à Dieu son esprit contrit et humilié. Aussi la grâce descendit bientôt dans cette âme avide de souffrances et lui procura l'ineffable consolation de la paix.
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Quand l'abbé Symphorien se fut endormi du sommeil des justes, les religieux, par un choix unanime, désignèrent Angilbert pour son successeur. Selon l'usage des abbayes royales, cette élection fut soumise au roi, qui s'empressa de l'approuver, en témoignant une grande joie. Le nouvel abbé, suivi d'un nombreux cortège, lui fut présenté après son ordination. Charlemagne lui promit largesses et protection, et l'encouragea à persévérer dans la carrière de la perfection et du dévouement.
Le roi sut utiliser les talents d'Angilbert au profit de l'Église et de l'État. Son biographe ne nous dit rien à ce sujet, mais nous savons par d'autres sources que l'abbé de Saint-Riquier accomplit trois missions importantes à Rome.
Félix, évêque d'Urgel, fut condamné par le concile de Ratisbonne, en 792, au sujet des erreurs qu'il professait sur le mystère de l'Incarnation. Angilbert fut chargé de conduire auprès du pape Adrien le prélat repentant, qui abjura, entre les mains du souverain Pontife, l'hérésie qu'il devait plus tard arborer de nouveau.
Charlemagne et divers évêques des Gaules, trompés par une mauvaise traduction des actes du concile de Nicée, rédigèrent à l'adresse du Pape, immédiatement après le concile de Francfort (794), un mémoire destiné à préciser la croyance de l'Église des Gaules relativement au culte des images. C'est l'écrit qu'on désigne sous le nom de Livres Carolins et dont la paternité est restée un peu contestée. Angilbert, recommandé par une lettre d'Alcuin, alla porter ce document, ainsi que les actes du concile de Francfort, au pape Adrien. Nous avons sa réponse à Charlemagne où il parle en ces termes de l'abbé de Saint-Riquier : « Nous avons reçu gracieusement l'abbé Angilbert, ministre de votre chapelle, ce cher confident qui a été élevé avec vous dans le palais, presque dès son enfance, et qui a été admis à tous vos conseils. En votre considération, nous lui avons témoigné beaucoup d'amitié, l'écoutant favorablement, et lui découvrant comme à vous-même les projets que nous formons pour l'exaltation de la sainte Église romaine et pour celle de votre puissance royale ».
Le troisième voyage d'Angilbert eut un autre motif. Léon III, aussitôt après son élection, envoya des légats à Charlemagne, pour lui porter les clés de la Confession de Saint-Pierre et l'étendard de la ville de Rome, double symbole qui confirmait ses droits de protecteur de l'Église et de patrice des Romains. Il priait en même temps le roi de lui envoyer quelques seigneurs de sa cour, pour recevoir, en son nom, le serment de fidélité et de soumission du peuple romain. Charlemagne, dans une lettre qu'il adresse à son auriculaire, le charge, en accomplissant cette mission, de transmettre ses conseils au nouveau Pontife.
Angilbert fut chargé en même temps de remettre au Saint-Siège une large part des trésors que Herric, duc de Frioul, avait rapportés de Pannonie, après sa victoire sur les Avarès. Léon employa ce riche tribut à décorer les églises de Rome et le palais de Latran. On voit encore aujourd'hui, dans ce dernier monument, une mosaïque qu'il fit exécuter à cette occasion.
C'est probablement en revenant de ce voyage qu'Angilbert porta une lettre d'Alcuin à Paulin, patriarche d'Aquilée, avec qui il était en relations
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affectueuses. Un autre de ses amis, Théodulphe, évêque d'Orléans, se rendit à la cour pendant cette absence d'Angilbert, et, à cause de ce désappointement, condamna sa muse au silence.
Ni ses fonctions diplomatiques, ni ses fréquentes résidences à la cour, ne pouvaient détourner Angilbert de l'intérêt qu'il portait à son abbaye. Il sut profiter des favorables dispositions de Charlemagne pour reconstruire le monastère de Saint-Riquier. — « Si vous me mettez à même », disait-il au roi, « de réaliser mes projets et de faire fleurir la discipline et la régularité, tout le bien que je pourrai faire vous sera réputé, et c'est à vous que la plupart des récompenses devront échoir ». — C'est probablement vers 796 que, grâce à la munificence du prince, Angilbert métamorphosa les anciennes constructions de bois en une merveille d'art et de splendeur. Les plus habiles ouvriers furent conviés à mettre en œuvre le bois et la pierre, le verre et le marbre. Charlemagne envoya de nombreux chariots à Rome pour en rapporter des colonnes de marbre, et en même temps il expédia des légats en diverses contrées, et jusqu'en Orient, pour obtenir des reliques.
Angilbert nous a laissé un écrit où il raconte l'emploi qu'il fit des générosités royales. C'est là un document trop précieux, au point de vue de l'art et de la liturgie monumentale, pour que nous ne lui empruntions pas quelques détails.
Le plan général, gravé dans quelques ouvrages, nous offre un grand cloître triangulaire, avec un préau qu'arrose la rivière du Scardon ; au nord, la principale église, dédiée au Sauveur et à saint Riquier ; au midi, l'église de la Vierge et des saints Apôtres ; à l'orient, la petite église dédiée à saint Benoît et à tous les saints abbés. L'ensemble dénote une imitation de l'architecture romaine et la connaissance des œuvres de Vitruve. Mais la pensée chrétienne se révèle dans cette forme triangulaire, dans ce nombre 3 qui apparaît dans les églises, les oratoires, les ciboriums, les ambons, etc. C'est un hommage rendu au mystère de la sainte Trinité, comme Angilbert nous l'apprend lui-même.
Les deux autels du Sauveur et de saint Riquier, décorés de bas-reliefs, s'abritaient sous un ciborium soutenu par de riches colonnes venues d'Italie. C'est peut-être au moment de leur érection, ou bien quand on éleva les colonnes qui devaient supporter le dôme de la tour orientale, qu'arriva l'événement suivant rapporté par Hariulfe. Une colonne qu'on essayait de dresser s'échappa des mains des ouvriers et fut brisée en deux morceaux. La tristesse et le découragement s'étaient emparés des moines ; mais Angilbert, recourant à ses expédients accoutumés, se réduisit à l'abstinence, et, revêtu d'un cilice, passa toute la nuit en prières. Pendant ce temps-là, un ange tout brillant de lumière descendit dans l'église, et, en passant la main sur les tronçons brisés de la colonne, lui rendit son intégrité et toute sa beauté primitive. Quand les ouvriers arrivèrent le lendemain matin, ils furent tout surpris de trouver le monolithe, non-seulement intact, mais dressé sur sa base, ce dont ils rendirent grâces à la toute-puissance de Dieu.
Quelques écrivains se sont trompés en mentionnant une quatrième église, dédiée aux saints Archanges. C'étaient de simples oratoires, munis chacun d'un seul autel, consacrés à saint Michel, à saint Raphaël et à saint Gabriel. Ils étaient situés au haut des trois tours qui donnaient entrée dans le monastère, selon un usage qui paraît venir d'Orient et fait allusion aux
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missions que les anges accomplissent en traversant les airs, ainsi qu'à la garde tutélaire dont ils sont investis.
On doit remarquer que la chapelle de Saint-Michel se trouvait dans la tour occidentale. À des époques postérieures, c'est toujours également de ce côté que nous voyons établi le culte du saint Archange, parce qu'il est le conducteur des âmes et que le parvis occidental était consacré aux sépultures.
C'est en 798, mais à diverses époques de l'année, qu'eurent lieu la dédicace des trois églises et la consécration des trente autels. La cérémonie principale réunit le 1er janvier, dans l'église du Sauveur, douze évêques consécrateurs, sous la présidence de Maginard, archevêque de Rouen.
Angilbert, qu'on a surnommé à bon droit le second fondateur de Saint-Riquier, n'avait pas songé seulement à la splendeur matérielle de l'abbaye, qui n'eut peut-être pas d'égale au IXe siècle. Les reliques des Saints étant considérées comme le plus précieux trésor des églises, il avait envoyé des émissaires en solliciter dans toutes les parties de la chrétienté, et spécialement à Rome, à Constantinople, à Jérusalem, en Italie, en Germanie, en Gaule et en Bourgogne. Grâce à l'intervention de Charlemagne, les papes Adrien et Léon III, les archevêques, les évêques, les abbés avaient répondu à cet appel. Il serait trop long d'énumérer ici toutes les reliques qu'Angilbert obtint par ce moyen.
On évaluait à quinze mille livres, c'est-à-dire à plus de huit millions de notre monnaie actuelle, les richesses liturgiques des trois églises.
Angilbert enrichit la bibliothèque du monastère de plus de deux cents volumes. Un des plus précieux manuscrits était l'évangéliaire, écrit en lettres d'or sur vélin pourpre, donné à Angilbert par Charlemagne, vers 793, et qui se trouve aujourd'hui à la bibliothèque communale d'Abbeville.
Angilbert institua la prière perpétuelle, le laus perennis, dans l'église de Centule. Trois groupes de religieux y chantaient ensemble l'office divin, à l'imitation des louanges éternelles que font retentir dans les cieux les trois hiérarchies angéliques. Cent moines et trente-trois enfants se réunissaient en face de l'autel du Sauveur ; même nombre au milieu de l'église, même nombre dans la partie orientale. Après les heures canoniales, un tiers de chaque chœur se retirait et revenait plus tard remplacer un autre tiers sortant. Un des buts de cette psalmodie perpétuelle était le salut du roi et la prospérité de son règne et de sa famille. On priait à la même intention et à celle du Pape, aux deux messes conventuelles qu'on célébrait le matin et à midi, ainsi qu'aux trente messes basses quotidiennes.
Il ne nous reste plus qu'un petit nombre de faits à mentionner dans la vie d'Angilbert. Il aurait contribué à obtenir la canonisation de saint Salve, évêque d'Angoulême, assassiné près de Valenciennes le 26 juin 798. Il aurait uni ses vœux pour cela à ceux de Charlemagne, quand le pape Léon se rendit en 799 à la cour de Paderborn.
Ce qui est plus certain, c'est que Charlemagne, cette même année, alla célébrer les fêtes de Pâques à Saint-Riquier. Alcuin s'y trouvait alors, et il
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fut sollicité par son ancien élève d'annoter et d'embellir une légende de saint Riquier, écrite, disait-on, en style trop simple. Le célèbre abbé de Tours ayant paru étonné de la brièveté de cette légende, il lui fut répondu qu'on en possédait bien une autre plus longue, mais qu'on ne voulait point y toucher, parce que son style peu châtié la rendait plus compréhensible pour le peuple. Ce fait, à lui seul, suffirait pour démontrer l'existence d'une langue rustique qui n'était autre chose qu'un patois de la langue latine.
L'année suivante (800), Angilbert suivit Charlemagne à Rome et assista, le jour de Noël, à ce couronnement qu'il avait peut-être contribué à préparer. Ce fut le jour même de cette cérémonie qu'il obtint du Pape, en faveur de son abbaye, un privilège, sollicité d'ailleurs par l'évêque Jessé qui se trouvait à Rome. Le monastère de Saint-Riquier devint exempt de l'ordinaire, ainsi que la ville de Centule et les terres voisines.
Angilbert fut l'un des quatre abbés qui, en 814, souscrivirent le testament de Charlemagne.
Il ne devait survivre que de vingt-deux jours à ce monarque ; car il mourut le 13 février 814. Selon le vœu qu'il avait exprimé, on l'inhuma devant le portail de l'église de Saint-Sauveur, où sa pierre tombale devait être foulée aux pieds des passants.
Les sculptures de l'église de Saint-Riquier ont multiplié l'image de saint Angilbert. On le voit, au portail, agenouillé devant le Père éternel ; et plus loin, tenant la crosse et un livre ; à un contre-fort de la tour, agenouillé en costume de prince devant l'abbé Symphorien, qui reçoit ses vœux monastiques. Sous les voussures, des groupes représentent la mission que Charlemagne lui donne pour le Saint-Siège ; la réception que lui fait le Pape, assisté d'un cardinal ; la guérison qu'un boiteux obtient par son intercession.
Il reposa en ce lieu l'espace de vingt-huit ans, après lesquels il fut trouvé sans corruption, et transporté dans un lieu plus honorable. Il s'est encore fait d'autres translations de ce précieux dépôt, dans lesquelles Dieu a toujours fait paraître, par quelque événement extraordinaire, combien la bienheureuse âme qui avait animé ce corps lui était agréable.
Il n'a jamais été canonisé, et les religieux n'ont pas fait sa fête avant l'abbé d'Aligre, au XVIIIe siècle. Une des chapelles de l'église de Saint-Riquier est actuellement consacrée à saint Angilbert.
## CULTE DE SAINT ANGILBERT.
Nous n'osons pas entreprendre de donner ici le récit des miracles que Dieu a faits par les mérites de saint Angilbert, tant pendant sa vie qu'après sa mort, parce que le nombre en est trop grand ; il nous suffira de dire que l'auteur de sa Vie en a composé trois livres, auxquels nous renvoyons le lecteur ; on sera édifié de voir toutes les merveilles que Dieu a voulu opérer par l'intercession de ce grand Saint, et comment la divine Providence a pris plaisir à donner des preuves de la vérité de toutes ces opérations miraculeuses.
Renseignements donnés par M. Fricourt, curé de Saint-Riquier :
I. Le monastère. — Fondé par saint Riquier lui-même, rebâti avec la plus grande magnificence par saint Angilbert, il a subsisté jusqu'en 1790, après avoir été détruit et reconstruit plusieurs fois. En 1790, vendu par la nation, une grande partie des bâtiments fut détruite. Acheté en 1822 par M. Pudé, prêtre, qui y fonda une institution ecclésiastique, il devint, à la suppression de Saint-Acheul, le petit séminaire du diocèse d'Amiens, qui y est toujours ; on a reconstruit les bâtiments détruits sur les plans anciens : le monastère est donc ce qu'il était avant la révolution. Quant à l'église abbatiale, réservée lors de la vente de la maison conventuelle, elle sert au culte de la paroisse. C'est un magnifique édifice aux vastes proportions, supérieur à plus de cinquante cathédrales de France. XIIIe, XIVe, XVe siècles.
II. Les reliques. — Saint Riquier fut d'abord inhumé dans sa solitude de la forêt de Crécy, puis rapporté six mois après par l'abbé Odiade, son successeur, dans l'église du monastère qu'il
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avait bâti. Retirés du second sépulcre, où ils avaient été déposés par Angilbert vers 800, ses restes furent placés dans une châsse, et conservés avec soin. Nous possédons toujours son glorieux chef et tout le corps, à l'exception de quelques parcelles données à diverses époques.
Quant à saint Angilbert, inhumé d'abord à la porte de l'église qu'il avait fait bâtir, transporté, vingt-huit ans après, à l'entrée du chœur, il y repose jusque vers 1670. Alors, l'abbé d'Aligre l'ayant fait exhumé, il plaça ses restes sacrés dans une châsse. Nous les possédons encore ; il est difficile de voir si le corps est entier, car les ossements qui ont probablement passé par le feu sont par morceaux.
Ces reliques ont été conservées, en 1790, par le curé de la paroisse.
III. — Le culte. — Le culte de saint Angilbert ne paraît pas avoir été très-répandu, bien qu'au XIIe siècle un grand nombre de miracles se soient opérés à son tombeau.
Nous avons emprunté cette vie à l'Hagiographie du diocèse d'Amiens, par M. l'abbé Corblet, en l'abrégeant considérablement. Il faut lire, dans ce savant critique, la réfutation de tout ce que l'on a écrit jusqu'ici de moins fondé sur le mariage du moine Angilbert avec une fille de Charlemagne, de son gouvernement en Pontbien, de la prise du voile par Berthe, sa prétendue femme, etc. ; t. II, p. 102 et suiv. — On trouvera dans la Patrologie latine de M. Migne, t. CX, les quelques écrits de saint Angilbert.
Événements marquants
- Éducation au palais de Pépin le Bref
- Élève d'Alcuin et membre de l'académie palatine
- Nomination comme archichapelain et silentiaire de Charlemagne
- Entrée au monastère de Centule (Saint-Riquier) et profession monastique
- Élection comme abbé de Saint-Riquier après Symphorien
- Missions diplomatiques à Rome auprès des papes Adrien et Léon III
- Reconstruction monumentale de l'abbaye de Saint-Riquier (vers 796)
- Signature du testament de Charlemagne en 814
Miracles
- Restauration miraculeuse d'une colonne de marbre brisée par un ange
- Incorruptibilité du corps constatée vingt-huit ans après sa mort
- Guérison d'un boiteux par son intercession
Citations
Quidquid amat Dominus, cum toto corde relegit, Pauperibus largus, debilibus medicus.