Saint Théobald du Dorat

Chanoine de l'église collégiale du Dorat

Fête : 13 septembre 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Chanoine du Dorat au XIe siècle, Théobald fut le disciple de saint Israël. Modèle d'humilité, il refusa la prêtrise pour rester diacre et se consacra au soin du sanctuaire, à l'éducation des plus démunis et au rétablissement de la paix entre ses frères. Il mourut octogénaire en 1070, laissant une réputation de grande charité et de ferveur mystique.

Biographie

SAINT THÉOBALD,

CHANOINE DE L'ÉGLISE COLLÉGIALE DU DORAT, AU DIOCÈSE DE LIMOGES

La piété ne saurait vivre sans la charité; Théobald, alimenté de Dieu dans ses perfections induites, l'aimait aussi dans la créature qui en est l'image; toute sa vie fut la mise en pratique de cet amour.

Éloge du Saint.

Théobald naquit au village du Chaix, paroisse de La Bazeuge, vers l'an 990, de parents vertueux qui, pénétrés de leurs devoirs envers cet enfant que Dieu leur avait confié, ne négligèrent aucun soin pour former son esprit et son cœur. À peine fut-il en âge d'étudier, ses parents le présentèrent en qualité de disciple à l'école du Dorat, où brillait alors saint Israël.

Son heureux naturel, les belles vertus de son enfance, le firent accueillir avec joie par les chanoines, qui jetèrent dans son âme, avec les semences des vertus cléricales, les premiers principes des lettres divines et humaines. Admirablement doué sous le rapport de l'intelligence, il fit, dans les éléments de la grammaire et de la littérature, de tels progrès, qu'il surpassa facilement tous les enfants de son âge : marchant avec ardeur dans les voies que lui traçaient les saints exemples et les doctes enseignements du maître, le disciple reproduisait si parfaitement en lui-même toutes les vertus dont il avait sous les yeux l'éclatant exemple que, de l'aveu de tout le monde, le jeune Théobald fut bientôt l'image vivante d'Israël.

À l'âge de l'adolescence, au moment où il aspirait avec le plus d'ardeur à développer les connaissances déjà acquises, se voyant privé tout à coup de son digne maître, qui venait de quitter l'école du Dorat pour se rendre à la cour de Robert le Pieux, et de là à l'abbaye de Saint-Junien, Théobald résolut de quitter sa patrie, et d'aller chercher au loin de nouveaux maîtres et de nouveaux livres. La ville de Périgueux attira les pas de l'humble pèlerin.

Après quelques années, Théobald, passé maître dans la connaissance et dans la pratique des arts libéraux, se sentit le cœur ému de regret au souvenir de sa patrie : il voulut revoir ses pieux parents, les bords tranquilles de la Brame, sur lesquels il avait jadis conduit le modeste troupeau de son père et cette abbaye du Dorat où il avait reçu avec tant de distinction les premiers éléments des sciences et de la piété. En reprenant le chemin de sa patrie, il ne rêvait point de s'y livrer aux douceurs du repos; car cette science qu'il venait d'acquérir, il la considérait, non comme le moyen de mener une vie oisive, mais comme un talent précieux confié par le Père de famille à son industrieuse vigilance. Il avait hâte de s'enfermer avec elle dans un sûr asile, pour l'augmenter encore par la méditation et par l'étude, et surtout pour la répandre autour de lui et la faire fructifier au centuple.

Saint Théobald reprit le chemin de la basse Marche ; il vint tout d'abord saluer ses parents, se jeta à leurs pieds, et leur demanda avec instance la permission de se retirer dans une maison religieuse où il pourrait s'associer à des hommes pieux et instruits, afin d'y travailler pendant tout le reste de ses jours au service de Dieu. Décidé en principe sur le genre de vie qu'il devait embrasser, Théobald hésitait néanmoins sur le choix de la maison religieuse à la porte de laquelle il irait frapper. Tout près de lui cependant florissait alors cette église du Dorat qui lui était si chère, et dans laquelle il était personnellement connu et apprécié des saints personnages qui passaient leur vie à y servir Dieu dans la pratique de toutes les vertus.

Pendant qu'il mûrissait avec une anxieuse sollicitude la décision qui devait à jamais fixer son avenir, les chanoines de l'église du Dorat, connaissant la probité, la science et la sainteté de ce jeune homme, crurent qu'il serait honorable et utile à leur église de l'attirer à eux et de l'incorporer à leur collège. Ils s'empressèrent de lui en faire la proposition, que Théobald accueillit avec une grande joie, et il embrassa la règle des chanoines dans cette pieuse compagnie. Cet événement, qui fixa l'avenir de saint Théobald, fut déterminé surtout par le consentement empressé et par les conseils persuasifs d'Abbon, chanoine aussi remarquable par sa distinction personnelle que par sa naissance, et qui exerçait alors une grande et légitime influence sur l'église du Dorat.

Jamais le chapitre du Dorat ne fut plus brillant qu'à l'heure où saint Théobald y fut admis. Saint Israël, entouré du respect et de l'admiration de tous, revenait alors de Saint-Junien, après plusieurs années d'absence, finir ses jours dans sa patrie. Il avait le bonheur de retrouver la communauté florissante et la règle canonique pratiquée dans toute sa rigueur, avec un filial et scrupuleux empressement. C'est dans les sentiments de la joie la plus vive qu'il accueillit son ancien élève comme le continuateur et le soutien de son œuvre de réformation. Plus que tous les autres chanoines, en effet, il sentait combien Théobald était véritablement animé de son esprit.

Le caractère essentiel de la sainteté, qui la distingue de toutes les autres prérogatives de l'homme, c'est l'union intime avec Dieu par la prière. Les saints ne peuvent se contenter de penser à Dieu dans de stériles méditations : ils y pensent avec cet amour et cette confiance en sa bonté qui sont la respiration naturelle de l'âme chrétienne, soit qu'elle se traduise au dehors par la parole, soit qu'elle demeure contenue dans le recueillement et dans le silence. Théobald s'était donné tout entier à Dieu : sa vie dès lors ne fut plus qu'une continuelle aspiration vers la Vérité et la Beauté suprêmes. Il ne lui suffit plus de rester la journée entière dans la contemplation et la prière, d'assister avec une assiduité infatigable aux Vigiles et à l'office des Nocturnes, que les chanoines du Dorat, comme presque toutes les congrégations de frères, avaient coutume de célébrer au milieu de la nuit, vers le chant du coq ; mais il employait les nuits entières à prier, et ses larmes non moins que ses paroles témoignaient des élans de son cœur.

Il ne donnait au repos que le temps indispensable à la nature ; et de crainte que la douceur de sa couche ne fût une sollicitation trop pressante au sommeil, il s'était fait lui-même un lit dont la couche était mince et dure, et dont la couverture n'était composée que de misérables lambeaux d'étoffe. Délivré des entraves du bien-être matériel, il se trouvait néanmoins gêné dans ses prières, et obligé de contenir ses soupirs et ses larmes, dans la crainte de troubler le sommeil et le repos de ses frères ; désireux enfin de conquérir à tout prix la sainte liberté de la prière extérieure et des larmes, il établit son lit dans un lieu séparé du dortoir commun où reposaient les autres chanoines.

L'oraison éclaire l'esprit; elle trempe le caractère et donne du ressort à toutes les facultés. Le fervent Théobald ne pouvait donc, malgré sa modestie, demeurer caché dans la foule des âmes vulgaires. Chacun sut reconnaître bientôt, chacun sut apprécier hautement ses mérites, et l'on ne tarda pas à vouloir les utiliser pour le bien du chapitre. Mais l'humilité de Théobald se refusait aux dignités qui pouvaient le distinguer des autres chanoines et aux emplois qui étaient de nature à distraire son esprit de la méditation. Un jour, cependant, toute la communauté réunie le supplia avec instance de vouloir bien se laisser établir gardien du lieu saint, conservateur des ornements sacrés, et enfin administrateur du trésor de l'église. Théobald, consterné et troublé jusqu'au plus profond de l'âme, se mit à exposer à ses confrères toutes les difficultés de cette charge, pour leur faire bien comprendre qu'il en était indigne, et qu'il leur serait facile de trouver parmi eux des sujets mille fois plus capables de s'en acquitter avec fruit. Il craignait que ces préoccupations nouvelles, que le souci de la richesse et de l'ornementation matérielle du temple n'altérât trop vite en son cœur ses élans d'amour pour son Dieu, et rien ne pouvait ébranler sa résolution.

Cependant, malgré sa résistance, saint Théobald fut promu à la charge de trésorier, et, en cette qualité, investi d'attributions particulières, dont plusieurs étaient d'une réelle importance. Elles comprenaient l'édilité ou le soin de l'édifice et du mobilier destiné au culte, la surveillance intérieure de l'église et la garde du précieux trésor du chapitre, composé principalement des manuscrits, des vases sacrés et des reliques des Saints. Attaché par amour et par devoir au sanctuaire où l'appelait sans cesse et où le retenait longuement le besoin de prier, Théobald n'en sortait qu'avec la plus grande peine et le plus vif regret ; devenu l'intendant de la maison de Dieu, il s'enchaîna au sanctuaire de la manière la plus étroite : rien n'était petit à ses yeux dans les devoirs et dans les attributions de sa charge, parce que chacune de ses fonctions, même les moins importantes, intéressait directement le service de Dieu. Aussi avait-il soin de veiller à ce que chaque chose fût à sa place, à ce que les meubles et les ornements de la sacristie fussent conservés avec soin dans une décence et dans une propreté dignes de leur auguste destination. Il rangeait lui-même les saintes images, dressait les autels, s'acquittait de ces mille fonctions avec tant d'empressement et de soin que tous en étaient profondément édifiés. Pendant que ses mains travaillaient, son cœur adressait à Dieu cette aspiration du Prophète : « Seigneur, je fais mes délices de la beauté de votre maison ! » et il ne cessait de répéter à ceux qui l'entouraient qu'on ne saurait prendre trop de peine à orner et à embellir le lieu où la Majesté souveraine a daigné choisir son séjour. Loin de borner sa sollicitude à veiller sur le temple, à travailler à ce qu'on vît jusque sur les murailles resplendir cet éclat, cette propreté et ce bon goût qui dénotent dans le cœur des ministres du sanctuaire un amour filial et empressé du saint lieu, Théobald exerçait en outre la police de l'église : il veillait à ce que, pendant l'office, les cérémonies liturgiques fussent accomplies avec la plus scrupuleuse exactitude.

Les qualités éminentes de Théobald, l'influence qu'elles lui permettaient d'exercer autour de lui, portèrent ses supérieurs à désirer qu'il fût élevé au sacerdoce. Mais l'humilité du saint religieux opposa à ce désir un obstacle insurmontable. Ni les supplications de ses confrères, ni les instances du vénérable recteur Abbon, ne purent ébranler sa résolution : il ne fut possible de lui faire accepter que les degrés inférieurs des saints ordres, les charges de portier, d'acolyte, de lecteur, d'exorciste, dont il remplissait avec tant de soin les fonctions dans son église, et la dignité de diacre qui lui était nécessaire afin de s'acquitter avec plus de convenance des devoirs de sa charge d'édile du sanctuaire et de gardien du Saint-Sacrement. Jamais on ne put lui faire accepter les redoutables fonctions du sacerdoce ; et, pendant toute sa vie, il demeura simple diacre de la sainte Église.

La vue de Théobald inspirait la piété, et plus d'une fois, une parole, un regard, le silence même lui suffit pour ramener au devoir les plus égarés et les plus dissolus. Il y avait parfois d'immenses difficultés à courber au joug de la règle et du devoir les rudes caractères de cette époque. Lorsque la prédication muette et l'ascendant tacite de la vertu ne suffisaient pas ; lorsqu'il fallait en venir aux conseils et aux paroles sévères pour corriger quelqu'un des chanoines, Théobald mettait si bien sa personnalité de côté, il désintéressait avec tant de délicatesse l'amour-propre des coupables, et il parlait avec tant d'humilité, de prudence et de douceur, que les esprits les plus difficiles et les caractères les plus intraitables acceptaient souvent ses réprimandes comme un véritable service. Plus d'une fois on les vit le remercier de ses avis, et se corriger efficacement de leurs défauts. Dieu avait donné à Théobald la science qui excelle entre toutes, l'art difficile de conduire les âmes. Il l'employait à combattre l'esprit de division et de discorde, le plus grand fléau des sociétés, même lorsqu'elles sont composées d'âmes qui ont fait profession de tout abandonner pour ne rechercher que la justice et la vérité.

Pendant tout le reste de sa vie, il ne cessa de lutter pour étouffer dans leur germe les différends et les contestations qui s'élèvent trop souvent, pour les plus futiles prétextes, entre personnes obligées de mener la vie commune : les maisons les plus saintes ne sont pas toujours exemptes de payer ce tribut à la faiblesse humaine. Aussitôt qu'entre confrères il apercevait un refroidissement, sa charité ingénieuse entrait en lice : il ne prenait point de repos qu'il ne fût parvenu à rétablir la concorde. Comme il n'était chargé d'aucune direction sur le personnel, il agissait dans toutes ces démarches en qualité de messager volontaire de la paix, n'ayant pour moyen d'action que la persuasion, la douceur et l'humilité, mais jamais l'autorité ni le commandement.

Il y a un défaut que cette âme vaillante ne pouvait supporter : toujours occupé, toujours trouvant trop courtes les heures du travail et de la prière, Théobald haïssait mortellement la fainéantise. Il disait que Satan ne restait jamais oisif ; que son occupation ordinaire était de donner de l'occupation à ceux qui n'ont pas l'adresse d'en prendre d'eux-mêmes, et que l'oisiveté était la peste des communautés. Certes, on ne pouvait traduire avec plus de vigueur une vérité plus évidente, ni donner tout à la fois, mieux que ne le faisait Théobald, le précepte et l'exemple. Son activité était prodigieuse. Comme il avait eu la précaution de dresser son lit en dehors du dortoir commun, il profitait de cet isolement volontaire pour se lever au milieu de la nuit afin de travailler et de prier ; il devançait au chœur les autres chanoines, sans les déranger et sans être pour eux une occasion de fatigue ou d'ennui.

Pour avoir acquis sur le corps un si grand empire, Théobald, loin de céder aux instincts de la chair, les avait combattus par la disette ; il les avait émoussés par le jeûne, par les veilles et par les privations du sommeil ; il était parvenu à les maintenir et à les diriger pour ainsi dire à son gré ; toute son attitude respirait la sobriété, le respect de soi-même et d'autrui, la bienveillance et la bonté ; il était l'objet de l'admiration universelle.

Jamais il ne prit des demi-mesures quand il s'agit de s'affermir et de progresser dans la pratique de la vertu. Pour n'être pas troublé par les passions et par les sollicitudes mondaines, il fuyait avec le plus grand soin la conversation des séculiers, et surtout des femmes : d'une chasteté angélique, il savait se prémunir contre les tentations par les veilles, par les jeûnes et par la surveillance la plus étroite sur soi-même, réduisant son corps en servitude pour établir en souveraine la vertu dans son âme.

Quelque minutieuses que fussent les occupations de Théobald, son esprit ne se bornait pas à diriger les œuvres de ses mains : il sanctifiait jusqu'aux plus humbles par des aspirations continuelles vers un ordre plus élevé. C'est pour Dieu seul qu'il faisait chacune de ses actions : jamais son esprit ne cessa de les lui offrir dans l'adoration et dans la prière. Cette union étroite avec Dieu est le trait principal de l'âme de Théobald. Tout le temps qui lui restait après l'accomplissement des devoirs extérieurs, il l'employait à se remettre en la présence de Dieu, à prier ; il cherchait les lieux écartés et obscurs, afin de fuir les distractions et de conserver toute sa liberté d'âme. Le véritable repos de ses nuits était la prière. Parfois il fut environné, en priant, comme d'une céleste atmosphère ; l'émotion de son cœur était si vive qu'elle se traduisait sur son visage, et deux ruisseaux de larmes coulaient de ses yeux. Il les dérobait avec soin, ne montrant, au sortir de la prière, qu'un visage serein, miroir d'une âme tranquille. Plus d'une fois encore les consolations qu'il éprouvait furent si vives, et son union avec Dieu si étroite, qu'il fut ravi en extase ; son âme alors était absorbée en Dieu et comme séparée du monde, au point qu'il semblait ne plus respirer, et qu'on avait beaucoup de peine à le faire revenir à lui.

Serviteur empressé des petits et des humbles, Théobald était le père des employés inférieurs de l'église du Dorat, auxquels toujours il s'efforçait d'être utile. Son cœur ne pouvait demeurer insensible au spectacle ni au récit d'aucune douleur : à ses yeux, exercer la charité sous ses mille formes diverses était tout à la fois le meilleur usage de ses facultés personnelles et le plus précieux emploi du trésor de l'Église ; toujours prêt à rendre service, il n'en savait pas moins apprécier dignement les services rendus. Sa tendre sollicitude pour les pauvres et pour les malades était seule capable de lui faire abandonner ce cloître où tout respirait la solitude et le silence, et de lui faire porter ses pas hors de l'enceinte du monastère. Quand il avait dans sa cellule un instant de repos, quand les devoirs de sa charge ne l'appelaient pas à l'église ou à l'école, il sortait du monastère et allait à travers la ville, demandant avec sollicitude s'il n'y avait point des pauvres malades ; et, aussitôt qu'il les avait découverts, il les visitait dans leurs demeures et leur prodiguait avec un empressement admirable toutes les consolations spirituelles et tous les soulagements corporels qui étaient en son pouvoir.

À l'exemple de saint Israël, Théobald se regardait comme le dépositaire de la science ; il avait soif de la communiquer autour de lui. Les esprits incultes et rebelles, et dont nul ne voulait se charger, les disgraciés de la nature et de la science, ceux-là furent le lot de Théobald. Il s'attachait à eux avec amour, et même avec reconnaissance, tant il s'estimait heureux, en augmentant sa peine, d'acquérir ainsi de nouveaux mérites. À ces jeunes gens qui, pour la plupart, voulaient entrer dans la cléricature, il enseignait les lettres, la sainte Écriture, la psalmodie, le plain-chant et la musique sacrée. Tout en dépensant de longues heures à ce rude et ingrat labeur, il nourrissait à ses frais ces jeunes gens des revenus de sa prébende, pourvoyant ainsi de ses propres mains à la nourriture corporelle, afin de pouvoir mieux servir le pain de l'intelligence. Il ne se rebuta jamais dans cette œuvre admirable; et cependant les déceptions ne lui étaient point ménagées.

Une seule chose affligeait ce noble cœur: c'est que son zèle admirable rencontrait souvent dans le Chapitre du Dorat plus d'envieux que d'imitateurs. Les entraves et la calomnie ne lui manquèrent donc pas; mais, comme on ne pouvait s'en prendre à ses actions excellentes et même héroïques, on attaqua ses intentions, qui furent défigurées: l'envie et la malignité les interprétèrent de la façon la plus défavorable, accusant le Saint de ne chercher, par tant de travaux, que l'approbation des hommes et la satisfaction de sa vanité. Mais Théobald, ne travaillant que pour Dieu, ne voulant d'autres applaudissements que le témoignage de sa conscience, loin de se décourager, puisait dans son humilité et dans son amour sans bornes pour Dieu la plus invincible constance.

Comblé des grâces visibles du Seigneur, Théobald poursuivit pendant une longue carrière le cours de ses mortifications et la pratique de ses vertus: avec une infatigable persévérance, il avançait chaque jour dans les voies de la sainteté. Il venait d'entrer dans sa quatre-vingtième année lorsque son corps, exténué par les jeûnes et par les veilles, et semblant ne s'être maintenu jusqu'alors que par miracle, commença tout à coup à s'affaiblir d'une manière inquiétante. Peu de temps après, miné par la fièvre et en proie à une violente maladie d'entrailles, succombant enfin sous le poids de la vieillesse et sous les ravages de la maladie, il fut porté par les chanoines sur la couche austère d'où il ne devait plus se relever. Mais, quoiqu'il fût réduit à une faiblesse extrême, son esprit et sa langue ne cessaient pas un seul instant de proclamer les louanges de Dieu. Uniquement occupé du salut de son âme, il se confessa pour la dernière fois avec la plus vive contrition; il reçut en viatique le corps du Sauveur, et enfin le sacrement de l'Extrême-Onction. Sa bouche ne cessa de publier les louanges de Dieu et de prier, lorsque enfin, après une longue agonie, il rendit avec joie sa belle âme à son Créateur, le 6 novembre de l'an 1070.

CULTE ET RELIQUES.

Le corps de saint Théobald fut inhumé avec toute la pompe que méritait sa sainteté et au milieu d'un grand concours de peuple. Les miracles accomplis à son tombeau augmentèrent la vénération des fidèles qui lui élevèrent bientôt un oratoire où ses restes demeurèrent jusqu'en 1130, époque à laquelle ils furent transférés dans la grande basilique de Saint-Pierre, et placés dans une châsse dorée, puis déposés dans la crypte appelée le Sépulcre. Cette translation fut faite par Eustorge, évêque de Limoges, et accompagnée de plusieurs miracles.

Une Confrérie, établie au Dorat « pour veiller en priant auprès des reliques du Saint pendant la durée de l'Ostension », fut confirmée, le 22 juillet 1659, par le pape Alexandre VII, et enrichie de précieuses indulgences par le pape Pie IX, le 16 février 1869. La fête principale de la Confrérie a lieu le 13 septembre, jour de la fête du Saint.

Le 20 mars 1659, les saintes reliques furent transportées de la crypte dans l'église supérieure, et placées dans une châsse à l'un des côtés du maître-autel. Cette cérémonie eut lieu le 13 septembre de la même année, et c'est pour en consacrer le souvenir que la fête de saint Théobald fut fixée à ce jour ainsi que celle de saint Israël. On avait jusqu'alors célébré simultanément la fête des deux Saints le 27 janvier; elle était suivie d'une Octave. À l'occasion de cette solennité, le chapitre du Dorat envoya aux Chanoines de Saint-Junien un ossément du corps du Saint.

L'office de saint Théobald fut inséré pour la première fois, en 1669, dans le Propre du diocèse de Limoges. Il fut également mis dans celui des Chanoines réguliers de la Congrégation de France, au 8 février.

En 1793, les reliques furent sauvées de la profanation; on les descendit dans la crypte avec celles de saint Israël, et, après les avoir déposées dans une excavation au-dessous de la chapelle du milieu, on les recouvrit soigneusement. En 1802, on enleva la chasse du lieu où elle avait été déposée pour la replacer auprès de l'autel. Le 12 juin 1802, les reliques furent examinées et reconnues authentiques. Le tombeau de saint Théobald, vide de son précieux dépôt, fut transporté, en 1825, dans la chapelle du cimetière du Dorat, que l'on venait de reconstruire sur les ruines de l'ancienne. Il resta pendant quarante-sept ans adossé au mur de la chapelle, au côté droit de l'autel (côté de l'épître). Enfin, le 28 juin 1871, il fut de nouveau rendu aux regards et à la vénération des fidèles dans la chapelle récemment consacrée au culte de saint Israël et de saint Théobald.

Extrait de la Vie de saint Israël et de saint Théobald, par l'abbé Rougerie, professeur de philosophie au petit séminaire du Dorat.

Événements marquants

  • Naissance au village du Chaix vers 990
  • Études à l'école du Dorat sous la direction de saint Israël
  • Séjour d'études à Périgueux pour les arts libéraux
  • Entrée au chapitre des chanoines du Dorat
  • Nomination comme trésorier et gardien du lieu saint
  • Refus du sacerdoce par humilité, reste simple diacre
  • Mort à l'âge de 80 ans après une maladie d'entrailles

Miracles

  • Ravisements en extase pendant la prière
  • Miracles posthumes lors de la translation de ses reliques par l'évêque Eustorge

Citations

Seigneur, je fais mes délices de la beauté de votre maison !

— Psaumes (cité par le Saint)

L'oisiveté est la peste des communautés.

— Paroles de Saint Théobald

Date de fête

13 septembre

Époque

11ᵉ siècle

Décès

6 novembre 1070 (naturelle)

Invoqué(e) pour

concorde dans les communautés, guérison des maladies d'entrailles, éducation des esprits difficiles

Autres formes du nom

  • Théobald (fr)

Prénoms dérivés

Théobald, Thibault

Famille

  • Parents vertueux (non nommés) (parents)