Bienheureux Alexis Falconieri
Un des sept fondateurs de l'Ordre des Servites
Résumé
Marchand florentin du XIIIe siècle, Alexis Falconieri fonda avec six compagnons l'Ordre des Servites de Marie suite à une vision de la Vierge en 1233. Installés au mont Sénario, ils adoptèrent une vie d'austérité et de prière sous la règle de saint Augustin. Par humilité, Alexis refusa la prêtrise pour se consacrer aux tâches les plus modestes et à la quête pour sa communauté.
Biographie
LE BIENHEUREUX ALEXIS FALCONIERI,
UN DES SEPT FONDATEURS DE L'ORDRE DES SERVITES
XIIIe siècle.
Regardez comme un signe très-probable de votre saint si vous persévérez à invoquer Marie chaque jour.
B. Alain de la Roche, *Part. IV*, serv. I, c. 24.
Le mont Sénario, éloigné de Florence d'environ neuf milles, a été ainsi appelé à cause de la bonté de l'air et de son agréable température, comme qui dirait *Mons sani aeris* ; mais il mérite encore mieux ce nom par l'atmosphère de grâce et de paix qu'y respirent les âmes depuis que la Reine du ciel en a fait la demeure de ses serviteurs : je veux parler de l'Ordre des Servites, une des plus belles fleurs qui se soient épanouies dans le jardin de l'Église. Saint Philippe Béniti n'en est point la tige, comme le démontre bien le R. P. Hélyot ; cet Ordre reconnaît pour fondateurs sept marchands de Florence nommés, par les anciens écrivains, Bonfils Monaldi, Bonagiunta Monetti, Amédée Amidei, Manetto del l'Antella, Uguccioni, Sostegno di Sostegni et Alexis Falconieri ; mais il y a apparence que quelques-uns changèrent leurs noms en renonçant au monde, suivant la pratique des religieux, comme le remarque le Père Giani, dans ses *Annales*, où il les nomme Bonfils Monaldi, Jean Monetti, Benoît del l'Antella, Barthélemy Amédée, Ricouère-Lippe Uguccion, Gérardin Sostegni et Alexis Falconieri. Ils sortaient, pour la plupart, des meilleures familles de Toscane. Tous sept s'étaient enrôlés sous la bannière de la sainte Vierge, et faisaient partie d'une société qui, sous le titre de *Laudesi*, avait pour but de chanter les louanges de cette sainte Mère de Dieu, de réciter son office et de l'honorer par toutes sortes de moyens. Ils se trouvaient, pour remplir cette obligation, dans leur oratoire, le jour de l'Assomption de Notre-Dame, l'an 1233, et parmi eux on remarquait Alexis Falconieri, dont nous célébrons aujourd'hui la fête : la sainte Vierge apparut à chacun d'eux et les exhorta à renoncer au monde pour embrasser un genre de vie plus parfait. Ils se communiquent les uns aux autres cette vision merveilleuse, et fidèles à la voix de leur reine, ils s'unissent et commencent par vendre leurs biens et les distribuer aux pauvres : ce qu'ils ne font, néanmoins, qu'après avoir consulté l'évêque de Florence, Aringo. Ce saint prélat les ayant confirmés dans leur bon dessein, et exhortés à ne point différer d'obéir aux ordres du ciel, leur permet d'avoir un oratoire et un autel pour y faire célébrer la messe dans le lieu qu'ils jugeront à propos ; il se déclare leur protecteur, et, comme ils ne veulent plus vivre que d'aumônes, il leur permet de la demander dans la ville et aux environs ; après quoi ils se retirent d'abord dans une chétive maison, hors les murs de la ville, en un lieu appelé le Champ-de-Mars, soit qu'elle leur eût été donnée ou qu'ils l'eussent achetée. Ce fut là que, se dépouillant de leurs habits mondains et de la robe sénatoriale qui les avait fait respecter comme membres de la République, dont ils avaient rempli les premières dignités, ils s'habillent comme le font ceux qui n'aspirent plus qu'à être membres de la cité céleste ; ils se revêtent d'un habit pauvre de couleur de cendre, et, non plus chevaliers de la terre, mais du ciel, ils arment leurs corps de haires, de cilices, de chaînes de fer, pour se mettre en état de soutenir les combats que le démon doit leur livrer ; Bonfils Monaldi, comme le plus ancien, commanda cette généreuse troupe. Pour mieux réussir dans leur projet d'étendre le règne de Jésus-Christ sous la protection de sa sainte Mère, ils reviennent vers l'évêque de Florence recevoir sa bénédiction et de nouvelles instructions. Ils ne sont pas plus tôt entrés dans la ville que le peuple les regarde avec admiration, surpris de voir des personnes riches et opulentes fouler ainsi aux pieds les dignités et la richesse, ne plus rechercher d'autre trésor que la pauvreté, d'autre grandeur que l'humilité. On fut plus surpris encore lorsqu'on entendit les enfants qui étaient à la mamelle s'écrier, en les montrant au doigt : « Voilà les serviteurs de la Vierge ! » Ce prodige fit que l'évêque Aringo leur conseilla de ne point changer ce nom, qui leur avait été donné miraculeusement, et qui leur fut confirmé, lorsque, retournant à Florence pour y recevoir les aumônes dont ils vivaient, les enfants les appelèrent encore. Ils demeurèrent environ un an dans leur première retraite ; mais le monde qu'ils fuyaient les y suivit, attiré par l'éclat de leur sainteté ; cela les fit résoudre à chercher une solitude pour y être plus cachés aux hommes.
Le mont Sénario, dont nous avons parlé en commençant, leur parut favorable à leur dessein ; l'évêque Aringo leur donna une partie de cette montagne, qui appartenait à son église. Ces saints fondateurs commencèrent par y faire bâtir une église dont la première pierre fut posée par l'évêque de Florence, qui voulut encore en cette occasion leur donner des marques de son estime ; aux environs de cet oratoire, ils bâtirent de petites cellules de bois séparées les unes des autres. Ayant choisi la pauvreté de la Croix pour leur partage, ils vivaient là dans un si grand mépris du monde et une si grande innocence de mœurs, qu'ils paraissaient plutôt des anges sur la terre que des hommes. Ils n'eurent d'abord aucune inquiétude ni pour le boire, ni pour le manger, ni pour le vêtement, contents des racines et des herbes que leur fournissait la montagne : leur principale nourriture était d'ailleurs de chanter les louanges de la sainte Vierge. Mais Bonfils Monaldi, qui, en qualité de supérieur, était obligé de veiller à la conservation de ses frères, voyant qu'ils ne pouvaient résister à de si grandes austérités, crut qu'il fallait avoir recours aux aumônes des fidèles pour les faire subsister, et il envoya à Florence Jean Monetti et notre bienheureux Alexis Falconieri.
17 FÉVRIER.
Ce dernier faisait profession d'une particulière humilité, qui l'empêcha de recevoir les Ordres sacrés lorsque ses compagnons en eurent obtenu la permission; il ne voulait jamais être employé qu'aux offices les plus bas; aussi reçut-il comme une faveur l'ordre de faire la quête à Florence; il retournait tous les jours au mont Sénario, éloigné de plus de deux lieues de Florence. Comme il était souvent impossible de faire ce chemin deux fois le jour par des temps fâcheux, les Servites obtinrent, aux portes de Florence, un petit hospice où ils demeurèrent deux ou trois, et qui est devenu depuis le célèbre monastère de l'Annonciade de Florence. Le cardinal Geoffroy de Châtillon, qui faisait la fonction de légat du pape Grégoire IX, dans la Toscane et dans la Lombardie, voulut visiter les solitaires du mont Sénario. Pendant le séjour qu'il y fit, il modéra un peu leurs grandes austérités ; s'étant aperçu qu'il y en avait qui gardaient un très-étroit silence pendant un long temps, d'autres qui passaient plusieurs mois dans des grottes affreuses, d'autres qui ne voulaient manger que des racines, il leur conseilla de n'avoir tous qu'une même observance et des exercices uniformes. Profitant de cet avis, ils prièrent l'évêque de Florence de leur prescrire une règle. Pendant que ce prélat délibérait là-dessus, la sainte Vierge, qui avait déjà favorisé ses nouveaux serviteurs de plusieurs visions, leur apparut encore, en leur montrant un habit noir qu'elle leur commanda de porter en mémoire de la passion de son Fils ; elle leur présenta aussi, dit le Père Archange Grani, la Règle de saint Augustin. C'est en mémoire de cette apparition, arrivée le vendredi saint de l'an 1239, que les religieux de cet Ordre ont coutume de faire, ce jour-là, une cérémonie qu'ils appellent les funérailles de Jésus-Christ ; le lendemain, jour du samedi saint, ils en font une autre qu'ils appellent le couronnement de la sainte Vierge. Ils reçurent donc des mains de l'évêque un habit tel que le désirait leur divine Mère, avec la Règle de saint Augustin. Tels furent les merveilleux commencements de l'Ordre des Servites, qui fit de grands progrès sous le gouvernement de saint Philippe Béniti. Nos saints fondateurs, après avoir remporté de nombreuses victoires sur le démon et le monde, sous la bannière de Marie, allèrent recevoir de sa main la couronne due à leurs mérites.
Le culte du bienheureux Alexis Falconieri a été approuvé par le pape Clément XI, le 4 décembre 1717, et celui de ses six compagnons, le 3 juillet 1725.
On représente les sept fondateurs de l'Ordre des Serviteurs de Marie à genoux devant une image de Notre-Dame des Sept-Douleurs. On les reconnaît encore au chiffre de l'Ordre, qui consiste en un grand M formé par un lis à trois branches fleuries ou deux branches qui retombent des deux côtés de la tige centrale.
On pourra voir les auteurs qui ont écrit sur l'origine de l'Ordre des Servites dans le Père Hillyot, qui nous a beaucoup servi pour cet abrégé.
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SAINT ÉVERMODE, ÉVÊQUE DE RATZBOURG (1168).
Après avoir fondé le premier monastère de son Ordre dans la forêt de Coucy, au diocèse de Laon, saint Norbert en confia la direction à Hugues de Cambrai, son disciple bien-aimé, et afin évangéliser les peuples et chercher de nouveaux compagnons de ses travaux apostoliques. Pendant le Carême
MARTYROLOGES. 567
de l'année 1121, il vint à Cambrai, auprès de l'évêque Burchard, son ami, et, sur son invitation, il prêcha plusieurs fois la parole de Dieu au peuple. Après le premier sermon qu'il prononça, un homme très-distingué par sa piété, ses qualités et la pénétration de son esprit, s'attacha au saint fondateur en qualité de disciple. Il s'appelait Evermode. Les auteurs ne disent point s'il était né à Cambrai ou dans les environs, ou si une circonstance quelconque l'avait amené dans cette ville lors du passage de saint Norbert. Peut-être que comme le Bienheureux Hugues, dont il a été parlé plus haut, faisait-il partie du clergé de Cambrai. La supposition paraît d'autant plus fondée, qu'on voit Evermode suivre aussitôt son maître, et annoncer comme lui la parole de Dieu dans différentes contrées de ce diocèse. Avant la fin du Carême, saint Norbert le conduisait dans son monastère de Prémontré avec douze autres disciples.
Saint Evermode, après avoir pratiqué fidèlement toutes les vertus religieuses dans la solitude de Coucy, suivit saint Norbert à Magdebourg, et fut nommé prévôt de l'église de Sainte-Marie de cette ville, puis évêque de Ratzbourg, en Danemark. On ne connaît point le détail de ses actions. Quelques auteurs seulement rapportent que des Fricons ayant été faits prisonniers par Henri, comte de Ratzbourg, le vénérable évêque lui demanda leur délivrance et ne put l'obtenir. Le jour de Pâques venu, les prisonniers furent amenés, chargés de chaînes, dans l'église, pour y assister aux offices solennels. Le pontife prenant de l'eau bénite, s'approcha d'eux et des autres assistants, et les aspergea en prononçant cette parole des Écritures : *Dominus solit compeditus*, « le Seigneur délivre ceux qui sont enchaînés ». Au même moment, les chaînes tombèrent des mains des captifs et ils furent délivrés. On a conservé longtemps ces chaînes des prisonniers dans le trésor de l'église de Ratzbourg, comme un témoignage de ce fait extraordinaire.
M. L'abbé Destombes.
Événements marquants
- Membre de la société des Laudesi à Florence
- Apparition de la Vierge le 15 août 1233
- Distribution des biens aux pauvres après consultation de l'évêque Aringo
- Retraite au Champ-de-Mars puis au mont Sénario
- Fondation de l'Ordre des Servites (Serviteurs de Marie)
- Apparition de la Vierge le Vendredi saint 1239 pour la règle et l'habit
- Refus des ordres sacrés par humilité pour rester simple frère quêteur
Miracles
- Témoignage d'enfants à la mamelle s'écriant : 'Voilà les serviteurs de la Vierge !'
- Apparitions multiples de la sainte Vierge pour guider la fondation
Citations
Voilà les serviteurs de la Vierge !