Saint Fiacre (Fèvre)
Confesseur, Solitaire au diocèse de Meaux
Résumé
Prince écossais du VIIe siècle, Fiacre renonça au trône pour vivre en ermite dans la Brie sous la protection de l'évêque de Meaux. Célèbre pour ses miracles horticoles et sa charité envers les pauvres, il est le saint patron des jardiniers. Son refus du monde fut tel qu'il demanda à Dieu d'être frappé de la lèpre pour échapper aux ambassadeurs venus lui offrir la couronne.
Biographie
SAINT FIACRE OU FÈVRE, CONFESSEUR,
SOLITAIRE AU DIOCÈSE DE MEAUX
30 AOÛT.
Dire qu'il y avait en cela de l'excès, et qu'il était un trop cruel ennemi de lui-même : *Proprio corpori hostis nimis austerus*. Il mangeait peu, afin d'avoir davantage à donner aux pèlerins et aux pauvres qu'il recevait charitablement dans son ermitage, et employait à leur subsistance tout ce qu'il pouvait amasser.
Le bruit de sa sainteté s'étant répandu, on vint à lui des lieux les plus éloignés. On lui amenait de toutes parts des énergumènes et toutes sortes de malades, et, par le mérite de ses prières et l'imposition de ses mains, il délivrait les uns et rendait une parfaite santé aux autres. Saint Chilain, seigneur écossais, revenant de Rome, où il était allé en pèlerinage, et passant par la Brie, visita notre pieux Solitaire. Il vit que sa sainteté surpassait encore sa réputation, pourtant si grande. Saint Fiacre fut ravi de la visite d'un si illustre personnage, et eut avec lui des entretiens célestes qui le confirmèrent dans son dessein de vivre caché aux yeux du monde. Saint Chilain était son proche parent ; mais ils firent ensemble une liaison spirituelle qui fut bien plus forte que celle de la chair et du sang. Saint Faron fut bientôt informé du mérite de saint Chilain. Il conféra souvent avec lui, et, ayant remarqué les grands talents dont la nature et la grâce l'avaient favorisé pour servir utilement l'Église, il l'ordonna prêtre et l'envoya dans l'Artois pour y prêcher l'Évangile et achever la conversion du peuple de cette province, d'où l'idolâtrie n'était pas encore tout à fait bannie. Ce grand homme mourut en remplissant ces fonctions apostoliques. Ses reliques furent plus tard déposées dans la châsse de saint Fiacre, à Meaux, où elles sont toujours, mais mêlées et confondues avec celles de saint Fiacre et d'autres Saints.
Le nombre des pèlerins et des pauvres qui venaient implorer la charité de ce bon solitaire, augmentant de jour en jour, il se trouva dans l'impuissance de les recevoir tous sans un nouveau secours de saint Faron. Il l'alla trouver pour le prier de lui donner dans la forêt un terrain suffisant pour y semer des légumes, avec lesquels il pût subvenir aux nécessités de ses hôtes. Ce prélat acquiesça à sa demande, et lui accorda autant de terre auprès de son ermitage qu'il pourrait, en creusant lui-même un jour entier, en entourer d'un petit fossé : tout ce qui se trouverait enfermé dans l'étendue de cette circonvallation lui appartiendrait en propre et comme un bien de patrimoine. Dieu permit qu'on lui prescrivît cette condition, afin de faire éclater davantage la sainteté de son serviteur. Car saint Fiacre ne fut pas plus tôt de retour dans sa solitude, que, prenant un bâton à la main, après avoir fait une prière pleine de confiance en Dieu, il traça sur la terre une ligne pour faire le circuit de son jardin ; mais, par un prodige surprenant et presque incroyable, à mesure qu'il avançait, la terre s'ouvrait d'elle-même et les arbres tombaient de côté et d'autre. Pendant cette merveille arrive une femme, qui, ayant vu la terre s'ouvrir à la seule présence de l'homme de Dieu, courut promptement à l'évêque lui dire que cet ermite, qu'il considérait tant, n'était qu'un magicien et un enchanteur, et qu'elle lui avait vu, de ses propres yeux, faire des sortilèges inouïs ; puis, retournant sur ses pas à la forêt, elle vomit mille injures atroces contre le Saint, et lui ordonna de cesser son travail, ajoutant que l'évêque allait venir lui-même lui confirmer cette défense. Saint Fiacre s'arrêta ; mais comme il voulut s'asseoir sur une pierre, pour se reposer en attendant la venue du saint prélat, les prodiges se succédant les uns aux autres, la pierre se creusa d'elle-même en forme de chaise, afin que le Saint y fut plus à son aise. On la voit encore dans l'église qui fut depuis bâtie en son honneur, où elle se conserve pour
SAINT FIACRE OU FÈVRE, CONFESSEUR.
servir de monument éternel de ce grand miracle. Cependant saint Faron arriva ; et, voyant la vérité de toutes ces merveilles, il fut encore plus persuadé qu'auparavant du grand mérite et de la sainteté du bienheureux ermite ; il l'en aima plus tendrement que jamais et l'honora depuis, toute sa vie, d'une singulière familiarité.
Pendant que saint Fiacre jouissait tranquillement des délices de la solitude, le roi son père mourut, et Ferchard, son cadet, succéda à la couronne d'Écosse ; mais, comme ce prince se laissa infecter de l'hérésie des Pélagiens, qui dominait alors dans ce royaume, et qu'il se prostitua à toutes sortes de crimes, ainsi qu'il arrive d'ordinaire à ceux qui abandonnent la véritable religion, il s'attira tellement la haine de tous ses sujets, que dans une assemblée d'État il fut déposé et renfermé dans une prison. On délibéra ensuite entre les mains de qui l'on mettrait la couronne, et tous étant unanimement convenus de la donner à saint Fiacre, à qui elle appartenait de plein droit, on envoya des ambassadeurs à Clotaire III, roi de France, pour le supplier d'employer toute son autorité afin de l'engager à quitter son ermitage et à retourner en Écosse pour y prendre la couronne du roi son père. Notre Saint, ayant eu révélation de tout ce projet, demanda à Dieu, à force de larmes et de prières, de ne pas permettre qu'il sortît de sa chère solitude, où il goûtait de si grandes douceurs, pour posséder des honneurs qui n'étaient remplis que de périls et auxquels il avait renoncé de tout son cœur pour son amour. Sa prière fut exaucée. Il devint aussitôt semblable à un lépreux, afin que les envoyés, le trouvant en cet état, qui leur ferait horreur, n'eussent plus la pensée de l'élever sur le trône. En effet, quand ils le virent si défiguré, ils lui demandèrent fort froidement, et seulement pour s'acquitter de leur mission, s'il ne voulait pas revenir dans son pays pour prendre la couronne que le roi son père lui avait laissée, désirant intérieurement qu'ils le refusât, tant ils conçurent de dégoût pour sa personne. « Sachez », leur répondit saint Fiacre, « que cette plaie dont vous me voyez couvert, n'est pas un effet de l'intempérie de la nature, mais une grâce que Dieu m'a faite pour me confirmer dans mon humiliation ; et soyez persuadés que je préfère cette petite cellule au plus grand royaume de l'univers ; qu'ici je fais mon salut en assurance, et qu'avec le sceptre que vous m'offrez, je serais exposé à mille dangers de me perdre ». Les ambassadeurs s'en retournèrent fort contents de ce refus ; mais le Saint eut encore plus de joie de demeurer solitaire ; sa lèpre, que Dieu ne lui avait envoyée que pour favoriser son humilité, se dissipa, et son visage reprit sa beauté naturelle. Notre Saint avait fait bâtir une espèce d'hôpital pour les étrangers ; il y servait les pauvres lui-même. Mais il ne permettait pas aux femmes d'entrer dans l'enceinte de son ermitage ; il paraît que c'était une règle inviolable chez les moines irlandais. On voit encore aujourd'hui que, par respect pour la mémoire de saint Fiacre, les femmes n'entrent ni dans le lieu où il demeurait à Breuil, ni dans la chapelle où il fut enterré. Anne d'Autriche, reine de France, y ayant fait un pèlerinage, se contenta de prier à la porte de son oratoire. Saint Fiacre passa le reste de sa vie dans son ermitage, d'où il envoya son âme au ciel le 30 août, vers l'an 670. Son corps fut enterré dans la chapelle qu'il avait fait bâtir en l'honneur de la sainte Vierge.
Il s'est fait tant de miracles à son tombeau et par son intercession, qu'il serait trop long d'en faire ici le récit ; nous en donnerons seulement quelques-uns pour exciter les fidèles à la dévotion envers un Saint qui est si puissant auprès de Dieu. Un habitant de Monchy, en Picardie, portait sur un cheval deux de ses enfants malades, au sépulcre de saint Fiacre, pour
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obtenir leur guérison. Comme ils passaient sur un pont, que l'on appelait Rapide, à cause de la violence des eaux, qui était extrême en cet endroit, le cheval tomba dans la rivière avec le père et les deux enfants. Les assistants ne pouvaient pas les secourir, parce que la rivière, au lieu où ils étaient tombés, était profonde de dix ou douze pieds. Mais le Saint qu'ils invoquèrent leur apparut, et les retira tous trois de dessous les eaux : alors le père, prenant ses enfants par la main, les mena à terre, marchant facilement sur les eaux sans enfoncer ; et, pour rendre le miracle plus éclatant, les enfants furent en même temps délivrés de leur maladie aussi bien que du péril.
Quatre petits enfants, se baignant dans la rivière d'Oise, furent ensevelis sous les eaux, sans que l'on pût retrouver leurs corps, quoique des pêcheurs les eussent cherchés durant plusieurs heures. La mère des deux dont nous venons de parler, qui étaient encore de ce nombre, eut recours à saint Fiacre, et le pria de montrer encore une fois en cette occasion le pouvoir qu'il avait dans le ciel, et de leur sauver la vie. Aussitôt ils parurent tous quatre sur les eaux, et déclarèrent que saint Fiacre les avait délivrés. — Un homme avait sur le nez un polype de la grosseur d'un œuf, ce qui le rendait monstrueux ; il visita le tombeau de notre Saint ; là, après avoir fait sa prière, il s'endormit, et, à son réveil, il se trouva parfaitement guéri. — Sept pèlerins revenaient de Saint-Denis, en France, et, passant près du monastère du serviteur de Dieu, quatre de la troupe dirent aux autres : « Allons au sépulcre de saint Fiacre ». « Nous ne sommes pas galeux », répondirent les trois autres ; « nous n'avons que faire d'y aller ; il n'y a que les galeux qui y vont en pèlerinage » : et, en se raillant de leurs compagnons, ils leur disaient : « Allez-vous-en, vous qui êtes galeux, au médecin des galeux ». En même temps ils perdirent la vue et ne la recouvrèrent que par les mérites du Saint, au tombeau duquel les autres les conduisirent.
En 1620, un religieux écossais, ayant reçu du souverain Pontife l'ordre de se rendre dans l'île de la Grande-Bretagne, pour y assister les catholiques, vit, durant la traversée, son vaisseau assailli par une si furieuse tempête, que l'équipage avait perdu toute espérance. Chacun invoquait le Saint auquel il avait dévolu. Le religieux eut recours à saint Fiacre, qui lui apparut aussitôt et lui dit d'une voix intelligible : « Je suis Fiacre, écossais de nation comme vous ; ayez confiance en Dieu, et je le prierai qu'il vous préserve du naufrage ». Il n'eut pas plus tôt dit ces paroles, que la tempête cessa, au grand étonnement de tous les passagers.
Les jardiniers l'honorent comme leur patron. On le représente ordinairement avec le costume monacal, tenant une bêche à la main.
## CULTE ET RELIQUES.
La dévotion envers saint Fiacre a été de tout temps très-célèbre parmi les fidèles, tant en France que dans les autres pays. Louis XIII, surnommé le Juste, roi de France, avait tant de vénération pour lui, qu'il voulut avoir de ses reliques dans son palais, comme de l'un des plus puissants protecteurs de son royaume. On ressentit les effets de cette protection, lorsqu'il délivra la France d'Henri V, roi d'Angleterre. Ce prince, ayant été défait dans la journée de Beaugé (1421), par l'armée de Charles VI, fut si indigne de ce que les écossais avaient servi dans l'armée du roi de France, que pour se venger d'eux il fit piller par ses troupes le monastère de Saint-Fiacre, et faire de grands dégâts aux environs de Meaux ; mais il ne fut pas longtemps sans être puni de son irréligion ; car, quelque temps après, il fut atteint de la maladie appelée de Saint-Fiacre, dont il mourut au bois de Vincennes, sans avoir pu recevoir aucun soulagement par les remèdes humains.
SAINTE ROSE DE SAINTE-MARIE OU DE LIMA, RELIGIEUSE. 337
Il s'est établi un prieuré à l'endroit où mourut saint Fiacre et où ses reliques demeurèrent jusqu'en 1568. Le bâtiment de ce prieuré et son église sont aujourd'hui détruits; mais les fidèles visitent toujours ce lieu; ils vont dans l'église paroissiale vénérer une relique de Saint, qui fut donnée au prieuré par M. Séguier, évêque de Meaux. En 1568, les reliques de saint Fiacre furent, en grande partie, transportées dans la cathédrale de Meaux, où, depuis la Révolution, il en reste quelques-unes, mais, comme nous l'avons dit plus haut, confondues et mêlées avec d'autres; on en a séparé quelques ossements pour contenter la dévotion des fidèles. Le grand-duc de Toscane en obtint un petit par la faveur de la reine Marie de Médicis; et, en reconnaissance des grâces qu'il reçut ensuite par l'intercession du Saint, il fit bâtir, à Florence, une belle église en son honneur. Les chanoines de Meaux, en 1637, firent présent de l'une de ses vertèbres au cardinal de Richelieu; elle fut déposée dans l'église paroissiale de Saint-Josse, à Paris, en 1671, par la piété de la duchesse d'Aiguillon, pour la confrérie qui y fut établie en l'honneur de saint Fiacre. Cette confrérie est très-ancienne, et depuis Charles VI, qui voulut y être enrôlé avec toute la maison royale, les rois de France se sont fait gloire d'en faire partie. Le lieu où est bâtie la chapelle de cette confrérie était autrefois un hôpital, dans lequel on tient, par tradition immémoriale, que saint Fiacre logea, en arrivant d'Écosse, sous un habit inconnu, et qu'il y fit le premier essai de la vie plus angélique qu'humaine qu'il voulait embrasser. L'église de Tilley-lès-Couty, celle de Trilport et le séminaire de Meaux possèdent quelques fragments des reliques de saint Fiacre.
Le culte de saint Fiacre est très-répandu, et l'on compte en France un grand nombre d'églises qui lui sont dédiées. Dans les temps de calamité publique on descend sa châsse. Le martyrologe romain fait mention de saint Fiacre le 30 août.
Sa vie se trouve dans le tome V de Surius. Nous nous sommes aussi servi des leçons du Bréviaire de Paris, et de quelques mémoires qui nous ont été communiqués par M. le curé de Saint-Josse.
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Événements marquants
- Arrivée d'Écosse en France
- Installation dans un ermitage en Brie (Breuil) sous la protection de Saint Faron
- Miracle de la terre qui s'ouvre au tracé de son bâton pour créer un jardin
- Refus de la couronne d'Écosse après la mort de son père
- Apparition miraculeuse d'une lèpre pour décourager les ambassadeurs écossais
- Fondation d'un hôpital pour les pauvres et les étrangers
Miracles
- La terre s'ouvre d'elle-même au passage de son bâton pour délimiter son jardin
- Une pierre se creuse en forme de chaise pour lui offrir un siège
- Apparition et disparition instantanée de la lèpre
- Sauvetage d'enfants de la noyade dans la rivière Oise
- Guérison d'un polype nasal et de la cécité de pèlerins moqueurs
Citations
Proprio corpori hostis nimis austerus
Je préfère cette petite cellule au plus grand royaume de l'univers