Bienheureux Odon (Oudard)
Abbé de Saint-Martin de Tournai, puis Évêque de Cambrai
Résumé
Natif d'Orléans et brillant professeur de philosophie réaliste à Tournai, Odon se convertit à la vie monastique après avoir découvert les écrits de saint Augustin. Il restaura l'abbaye de Saint-Martin de Tournai avant d'être élu évêque de Cambrai. Fidèle à l'Église face aux prétentions impériales sur les investitures, il mourut en exil à l'abbaye d'Anchin en 1113.
Biographie
LE BIENHEUREUX ODON,
ABBÉ DE SAINT-MARTIN DE TOURNAI, PUIS ÉVÊQUE DE CAMBRAI
Vita bona et recta est, cum ad vitam religiosam conventualem ducit.
Nous suivons une voie sainte et droite quand notre conversion nous conduit à la vie religieuse.
S. Greg. Mag., lib. 5, Moral.
Le caractère, les écrits, et la vie tout entière du bienheureux Odon révèlent une de ces âmes pressées par le désir de trouver la vérité et la paix du cœur, et qui, après les avoir cherchées quelque temps dans les opinions humaines, en reconnaissent bientôt la faiblesse et la vanité, et s'attachent irrévocablement à Dieu, source de tout bien. Il parut à cette époque intéressante du moyen âge, où le goût renaissant des études éveillait partout les esprits et les portait à approfondir les questions les plus abstraites et les plus ardues. On verra comment il sut éviter les pièges qu'un esprit présomptueux rencontre bien souvent dans ces sortes d'études et comment son cœur droit et sincère trouva dans la science de nouveaux motifs pour se donner à Dieu.
Le bienheureux Odon, ou Oudard, était natif d'Orléans : son père s'appelait Gérard et sa mère Cécile. Son enfance et les premières années de sa jeunesse ne sont point connues ; on voit seulement qu'elles furent consacrées à l'étude des sciences, et surtout de la philosophie, pour laquelle Odon avait un attrait particulier. Il l'enseignait déjà avec éclat dans la ville de Toul, quand les Chanoines de l'Église de Tournai, aux oreilles de qui la réputation du jeune professeur était parvenue, lui adressèrent une lettre très flatteuse, le priant de venir prendre la direction de l'école fondée dans cette ville par les soins du clergé. Odon s'y rendit, et à peine avait-il enseigné quelques jours, qu'il vit deux cents jeunes gens se presser autour de sa chaire pour recevoir les leçons publiques de philosophie qu'il donnait. Les écoles retentissaient alors de la querelle des Réalistes et des Nominaux. « Odon », dit un chroniqueur, « n'enseignait pas la philosophie d'après les nouveaux professeurs (in voce), mais à la manière de Boèce et des anciens docteurs réalistes (in re). Pendant ce temps-là, un autre philosophe, nommé Raimbert, professait à Lille la doctrine opposée. Mais de ces deux écoles voisines et rivales, l'une ne tarda pas à éclipser l'autre ; Raimbert fut abandonné, et Odon vit de jour en jour la foule se presser plus nombreuse pour l'entendre, soit que dans le cloître du Chapitre il enseignât les subtilités de la dialectique, soit qu'au milieu de la nuit, assis devant la porte de l'église cathédrale, il montrât à ses disciples émerveillés les constellations du firmament, et leur fît comprendre le mouvement des astres. Il exerçait un tel ascendant sur ses écoliers, que ceux-ci le regardaient moins encore comme leur maître, en fait de sciences, que comme le père et le pasteur de leurs âmes. Voulant lui témoigner leur gratitude, ils lui offrirent un anneau d'or,
avec une légende qui offrait un jeu de mots allusif à la patrie du célèbre professeur :
Annulus Odonem decet aureus Aureliensem.
La réputation d'Odon s'étendait de plus en plus, et il lui venait des élèves des pays les plus éloignés, de la Flandre, de la Bourgogne, de la Normandie, et des autres provinces de la France, de l'Italie même et de la Saxe. La ville de Tournai était devenue comme un centre pour la jeunesse studieuse que l'on rencontrait partout à la suite d'Odon.
Le maître répondait dignement à cet empressement de ses élèves par les vertus qu'il pratiquait déjà alors. Il était doux, patient, humble, d'une conversation agréable et d'un abord tranquille et attrayant. La médisance et la flatterie lui étaient également en horreur, et il les fuyait avec un soin continuel. Il avait pour la chasteté un amour extrême, et qui était d'un grand exemple pour ses nombreux disciples. « Tout entier à la recherche de la science, il ne se donnait aucun repos et travaillait sans cesse. Grammaire, rhétorique, dialectique, toutes les sciences, en un mot, lui étaient familières, et il les approfondissait toutes. Son esprit était vif et ardent, sa mémoire tenace, ses mœurs pures et à l'abri de tout reproche. Il était sobre de paroles, actif dans la recherche de la vérité, prudent dans les discussions, prompt dans la solution des questions ».
Ce ne fut pas seulement par l'étendue et la solidité de son savoir qu'Odon se rendit célèbre, il le devint encore par son éminente vertu. Lorsqu'il conduisait à l'église ses disciples, environ au nombre de deux cents, il marchait le dernier, pour mieux observer leur maintien, et leur faisait garder une aussi exacte discipline que dans un monastère le plus régulier. Aucun n'eût osé ou rire, ou parler à son compagnon, quelque bas qu'il l'eût pu faire, ou regarder ni à droite ni à gauche ; et lorsqu'ils étaient dans le chœur, on les eût pris, à leur modestie, pour des moines de Cluny. Cette modestie se faisait encore remarquer dans leurs habits et leurs cheveux ; Odon ne souffrait point qu'ils y usassent de parure. Encore moins leur souffrait-il de fréquentation avec les femmes : autrement il les eût chassés de son école, comme des pestes, ou l'eût abandonnée lui-même.
Il faisait ses leçons publiques dans le cloître des Chanoines. Mais quand il enseignait, il ne permettait à aucun laïque d'y entrer. Et il ne craignit pas d'offenser par cette défense Évrard, châtelain de Tournai. Il avait pour maxime de ne rien moins craindre que les injustes ressentiments des grands de la terre, et disait, à cette occasion, qu'il était honteux à un homme sage de se détourner tant soit peu du droit chemin par leur considération. Cette régularité de conduite le faisait aimer et honorer, non seulement des citoyens et des Chanoines, mais aussi de l'évêque Radbod, qui gouvernait alors en cette qualité Noyon et Tournai. Quelques-uns disaient cependant, que tout cela venait moins d'un principe de religion, que du génie de philosophe ; mais Odon ne tarda pas à faire voir le contraire.
Il y avait près de cinq ans qu'il dirigeait l'école de Tournai, lorsqu'il fit acquisition du traité *Du libre arbitre*, par saint Augustin. Comme il avait alors plus de goût pour la philosophie séculière, que pour les écrits des Pères, il le jeta dans un coffre et lui préféra la lecture de Platon. Mais au bout de deux mois environ, expliquant à ses disciples l'ouvrage de Boèce, *De la consolation de la Philosophie*, et étant venu au quatrième livre où il est parlé du libre arbitre, il se souvint du livre qu'il avait acheté, et se le fit apporter. Après en avoir lu deux ou trois pages, il goûta peu à peu la beauté
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du style et en fut charmé. Appelant alors ses disciples pour leur faire part du trésor qu'il avait découvert, il leur avoua que jusque-là il avait ignoré que saint Augustin fût si éloquent et si agréable, et commença aussitôt à leur lire et expliquer ce traité, à quoi il employa tout ce jour-là et le suivant. Lorsqu'il en fut au troisième livre, où saint Augustin compare l'âme pécheresse à un esclave, Odon jeta de profonds soupirs et s'écria : « Hélas ! que cette pensée est touchante ! Elle me paraît nous regarder aussi naturellement que si elle n'était écrite que pour nous. En effet, nous ornons du peu de science que nous avons, ce monde corrompu, et après la mort nous ne serons pas dignes de la gloire céleste, parce que nous ne rendons à Dieu aucun service, et qu'au lieu d'y employer notre science, nous en abusons pour rechercher la gloire du monde et courir après la vanité ». Ayant ainsi parlé, il se leva et entra dans l'église en fondant en larmes. Aussitôt toute son école fut troublée et les Chanoines remplis d'admiration. Dès lors Odon commença à cesser peu à peu ses leçons publiques, à aller plus souvent à l'église, et à distribuer aux pauvres, surtout aux clercs qui étaient dans le besoin, l'argent qu'il avait amassé.
Tels furent les commencements de sa conversion. Elle devint si parfaite, qu'il n'eut plus dans la suite que de l'horreur pour ce qu'il avait aimé illégitimement, et de l'amour pour ce qu'il avait haï. L'abstinence, le jeûne, les autres macérations furent pour lui des exercices continuels ; et il tourna à l'étude de la vraie philosophie l'ardeur qu'il avait eue auparavant pour les sciences profanes. Souvent il jeûnait si rigoureusement, qu'il ne prenait pour toute nourriture que ce qu'il pouvait tenir de pain dans sa main fermée. De sorte qu'en peu de temps cette austérité de vie lui fit perdre son embonpoint et le rendit si maigre et si exténué, qu'à peine il était reconnaissable.
Plusieurs des élèves d'Odon ne tardèrent pas à connaître les dispositions de leur maître et le dessein qu'il avait formé de s'éloigner du siècle, pour aller vivre dans la solitude. Ils résolurent aussitôt de le suivre et d'embrasser avec lui la vie religieuse. Il ne s'agissait plus que de savoir dans quel lieu on se retirerait. Mais pendant qu'ils délibéraient tous entre eux sur ce sujet, des habitants de Tournai, informés par hasard du projet de leur savant professeur et de ses meilleurs élèves, et craignant de perdre des hommes si précieux, se transportèrent auprès de leur évêque, Radbod II. Ils témoignèrent au prélat le regret sincère que leur causait le départ d'Odon, et le prièrent en même temps de lui demander, puisqu'il était disposé à embrasser la vie religieuse, qu'il se retirât dans le monastère de Saint-Martin. Cette antique abbaye, située sur une petite montagne à peu de distance de la ville, avait été autrefois détruite par les Normands, et depuis lors on ne l'avait point relevée. Les Tournaisiens s'engagèrent à la rendre habitable et à l'approprier aux besoins d'Odon et des disciples qui l'accompagnaient.
L'évêque accueillit avec empressement des offres si généreuses, et les communiqua à son Chapitre qui en ressentit une grande joie. Les préparatifs du départ étant terminés, et les travaux suffisamment achevés, Odon et sa petite colonie furent conduits processionnellement à leur nouvelle demeure par l'évêque lui-même (1092). Là ils prirent l'habit de Chanoines réguliers, et embrassèrent la Règle de Saint-Augustin. Odon dirigea ses disciples, devenus maintenant ses fils spirituels, avec une sagesse et une prudence admirables. Il vivait avec eux comme un père au milieu de ses enfants, et quoique, dans les commencements, on eût à supporter toutes sortes
de privations, l'exemple de sa patience et de sa conformité parfaite à la volonté de Dieu inspirait à tous les mêmes sentiments. Malgré la disette assez ordinaire des choses les plus nécessaires à la vie, le bienheureux Odon trouvait encore le moyen de soulager les pauvres. Il était pénétré pour eux d'une si grande charité, qu'il ne savait rien leur refuser. On pourrait même dire que la bonté de son cœur l'entraîna quelquefois trop loin, et exposa en plusieurs circonstances l'avenir de sa communauté; ce fut pour cette raison que ses disciples le prièrent de confier à un prévôt l'administration temporelle du monastère.
Le bienheureux Odon, dès ce moment, ne s'occupa plus que de la direction spirituelle de ses religieux, dont le nombre augmentait sans cesse. Beaucoup de jeunes gens, en effet, attirés par la réputation de sainteté de l'abbé et de ses disciples, rompaient généreusement avec le siècle pour venir embrasser la vie religieuse au monastère de Saint-Martin. Parmi ceux qui se distinguèrent surtout par leur courageuse constance, il faut citer Adolphe, fils de Sohier, chantre à l'église cathédrale de Tournai. Son père ayant appris qu'il voulait renoncer à tous les avantages auxquels il pouvait prétendre dans le monde, et qu'il s'était même déjà retiré au monastère de Saint-Martin, s'y rendit aussitôt avec plusieurs de ses amis, saisit son fils par les cheveux, l'accabla d'injures et de coups, et le força de rentrer chez lui. Quelques jours après, le jeune homme retourna au monastère à l'insu de ses parents qui le croyaient à la cathédrale. Le père irrité s'y transporta de nouveau, et, après avoir maltraité son fils, le ramena dans sa maison, où il le tint étroitement renfermé. Le vertueux Adolphe persévéra néanmoins dans ses intentions, et Dieu accorda même à ses prières que son père changeât tout à coup de dispositions à son égard. Sohier, en effet, ne consentit pas seulement à ce que son fils embrassât la vie religieuse dans l'abbaye de Saint-Martin, mais encore il demanda à y être admis lui-même, ainsi que son frère Herman, dont le cœur avait été également touché par la grâce. Ce changement extraordinaire fit grand bruit dans la ville de Tournai et y produisit les plus salutaires impressions.
Notre Bienheureux surtout se réjouissait de ces témoignages éclatants de la miséricorde de Dieu envers sa communauté naissante. Toutefois il n'était pas sans inquiétude à cause de certaines relations qu'entretenaient ses religieux avec des clercs de la ville. Il craignait que ces rapports ne nuisissent à leurs progrès dans la perfection. Un jour il en conféra avec son ami Aymeric, abbé du monastère d'Anchin, en qui il avait une entière confiance et qui venait souvent le visiter. Celui-ci lui conseilla alors d'adopter la Règle de Saint-Benoît, afin de mettre une séparation plus entière entre ses religieux et les personnes du monde, de quelque condition qu'elles fussent. Cette proposition fut goûtée du bienheureux Odon, qui en parla aussitôt à ses religieux. Ceux-ci l'accueillirent aussi avec joie, et demandèrent à recevoir, comme leur vénérable Père, l'habit de Saint-Benoît des mains de l'abbé Aymeric lui-même.
Le bienheureux Odon fut de nouveau élu abbé par ses disciples selon les ordonnances de la Règle de Saint-Benoît, et s'appliqua, avec une nouvelle ferveur, à leur donner à tous les exemples d'une vie sainte et laborieuse. « Voué à la pauvreté évangélique, il continua d'y assujettir sa communauté. Il ne voulut admettre pour son église ni croix d'argent ni aucun ornement précieux; il refusa les autels et les dîmes qu'on lui offrait. Tous ses religieux devaient vivre du travail de leurs mains et du produit de leur culture. Si on lui donnait des sommes d'argent, ce qui arrivait quelquefois, il les
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employait avec une généreuse libéralité, ou à racheter les captifs, ou à soulager la misère des pauvres. En une année de famine qui désola tout le pays, le compatissant abbé leur distribua tout ce qu'il y avait de provision dans sa maison, jusqu'à la laisser sans son propre nécessaire. Les personnes de l'autre sexe qui se retiraient à son monastère se trouvèrent en si grand nombre, que ne pouvant les loger commodément toutes ensemble, il les partagea en deux bandes, chacune de soixante environ, et les distribua dans deux monastères : l'un auquel il donna pour supérieure sa sœur Ermenburge, auprès de l'abbaye de Saint-Martin, et l'autre dans l'enceinte de la ville ».
Odon, après avoir été pour Tournai une source de lumière et de doctrine, y devint encore une source de renouvellement dans la piété chrétienne. L'exemple de ses vertus et les exhortations qu'il faisait en public y inspirèrent le mépris des choses passagères et le désir des biens futurs. Grand nombre de Tournaisiens ne regardèrent plus leur ville que comme une prison, et le cloître que comme un paradis anticipé. De là tant de saints divorces faits de concert entre le mari et la femme, et tant de salutaires séparations des enfants d'avec les pères, et des pères d'avec les enfants. Le pieux abbé ayant su se faire tout à tous, il était comme le père de tous, et comme l'âme qui donnait le mouvement à tous.
Déchargé de tout autre soin extérieur sur la sagacité et la vigilance d'un de ses élèves, tout le temps que lui laissaient ses exercices de piété, il l'employait ou à lire ou à copier les bons livres. Son exemple en ceci animait ses frères à l'imiter; et l'abbaye de Saint-Martin, sous son gouvernement, ne devint pas moins célèbre par la culture des lettres, que par son exacte discipline. Il y avait alors plusieurs habiles écrivains ou copistes, ce qui était un grand agrément pour le savant abbé. Ordinairement douze des plus jeunes n'avaient point d'autre travail que celui de transcrire les livres de l'Écriture sainte, les ouvrages des Pères et autres écrivains ecclésiastiques, tant anciens que modernes. Odon réussit par là à former une des plus nombreuses et des mieux conditionnées bibliothèques qu'on vit alors.
Après qu'Odon eut rendu tous ces services au diocèse de Tournai, la Providence l'envoya travailler dans celui de Cambrai. Il y avait dix ans que Gaucher, qui en était évêque, avait été déposé au concile de Clermont (1095) pour cause de simonie, et s'y maintenait néanmoins par la protection de l'empereur Henri IV. Le pape Pascal II, ne pouvant plus supporter cette infraction des règles, écrivit enfin à Manassé, archevêque de Reims, métropolitain de la province, lui ordonnant d'y faire élire au plus tôt un autre évêque, et de le sacrer sans délai. En conséquence, Manassé assembla son concile, auquel tous les abbés de sa métropole, et nommément celui de Saint-Martin, furent appelés. C'était le second jour de juillet; l'abbé Odon fut élu évêque de Cambrai et sacré sur-le-champ par l'archevêque assisté de ses suffragants. Odon ayant refusé de recevoir l'investiture des mains de l'empereur Henri IV, l'entrée de sa ville épiscopale, où se trouvait toujours l'intrus Gaucher, lui fut interdite, malgré les vœux d'une grande partie de la population.
Le vertueux prélat, laissant à la Providence le soin d'aplanir les difficultés qu'il rencontrait de toutes parts, ne songea qu'à réparer au plus tôt les maux causés par de longues et funestes divisions. Tout entier à ses devoirs de pasteur, il parcourait les différentes contrées de son vaste diocèse, pour y prêcher la parole de Dieu et remplir les fonctions de sa charge
épiscopale; puis il se retirait au monastère de Saint-Martin pour y prendre quelque repos.
Lorsque le bienheureux Odon fut ordonné évêque, il y avait près de treize ans qu'il était abbé de Saint-Martin, dont il confia alors le gouvernement à Ségard, qui en était prieur, et en devint bientôt abbé. Ce monastère, dont on a représenté le triste état au temps qu'Odon entreprit de le rétablir, se trouvait riche et puissant lorsqu'il le quitta; on y comptait alors plus de soixante-dix moines.
En 1106, à la mort de l'empereur Henri IV, protecteur de Gaucher, Henri V donna ses ordres pour que cet évêque excommunié fût chassé, et Odon, légitime évêque, mis à sa place, ce qui fut exécuté la même année. Odon conserva dans l'épiscopat la même simplicité et la même pauvreté qu'il avait pratiquées auparavant, et ne laissa pas néanmoins d'y paraître comme une lumière brillante qui éclaira la maison du Seigneur. Il le fit non seulement par l'éclat de ses vertus, mais encore par le brillant de ses écrits. Au reste, nous savons peu de chose de sa vie épiscopale. Il eut quelque part à divers établissements de piété, nommément à celui de la collégiale de Dendermonde. Il étendit aussi ses bienfaits sur quelques abbayes, comme à celle de Saint-Denis, près de Paris, et à son ancien monastère de Saint-Martin de Tournai. Il accorda à celui-ci, à la prière de Benoît, son frère, qui en était moine et aumônier, la paroisse de Mande, pour aider à soutenir les aumônes qu'on faisait aux pauvres. Odon concourut encore, avec le châtelain de Bruxelles, à transporter à Forest le monastère des religieuses, que Fulgence, abbé d'Afflighem, avait établi près d'Alost, afin qu'elles fussent plus commodément et en plus grande sûreté. Il confirma encore, en 1106, la fondation de l'abbaye de Jette, en Brabant; en 1107, celle de l'abbaye de Saint-Jean de Valenciennes; en 1110, celle de l'abbaye de Cortemberg; et en 1112, celle de Bornhem. Dès 1106, il s'était trouvé au concile tenu à Poitiers par le légat Brunon de Segni, en faveur de la croisade. Au bout de deux ans, en 1108, il fut de l'assemblée des évêques, des abbés et autres, dans laquelle on termina le différend entre les Chanoines de la cathédrale et les moines de Saint-Martin de Tournai.
Après ce que Henri V avait fait pour favoriser l'entrée de notre pieux Évêque dans son siège, on ne devait pas s'attendre qu'il l'y inquiétât. Il le fit néanmoins, en exigeant qu'il reçût de lui l'investiture, c'est-à-dire la crosse et l'anneau, qu'il avait déjà reçus de la main de son archevêque à son ordination. Le refus d'Odon fut puni par l'exil, ce qui l'obligea à se retirer à l'abbaye d'Anchin, où il s'occupa à la composition de quelques livres de piété, comme il nous l'apprend lui-même. Cet événement arriva en 1110, lorsque Henri V, s'étant brouillé avec le pape Pascal II, voulut rentrer dans le droit de donner les investitures. Il retourna cependant à son siège, où, se sentant atteint d'une maladie dangereuse, il abdiqua l'épiscopat et se fit porter à Anchin.
L'abbé Ségard l'ayant appris, courut promptement à Anchin, accompagné de quelques-uns de ses frères, pour tâcher d'obtenir que le saint Évêque fût transporté à Saint-Martin de Tournai, dont il avait été lui-même abbé. Mais Alvise, abbé d'Anchin, protesta qu'il ne souffrirait jamais qu'on lui enlevât un dépôt que Dieu même lui avait confié.
La maladie d'Odon dura huit jours, qu'il employa à recevoir les Sacrements et à se préparer par d'autres bonnes œuvres à paraître devant Dieu. Ceux qui étaient présents attestent qu'il attendait sa dernière heure avec la même sécurité que si c'eût été un autre qui dût mourir pour lui. Il ne
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laissa pas, toutefois, de demander instamment le secours des prières de la communauté, « parce que », disait-il, « je ne pourrai soutenir le jugement de Dieu s'il en sépare sa miséricorde ». Ainsi mourut ce bienheureux Évêque, le 19 juin 1113, dans la huitième année de son épiscopat, à compter du jour de son ordination. Il fut enterré avec honneur dans l'église d'Anchin, devant le crucifix, sous une tombe de marbre blanc, où l'on fit représenter sa figure et graver l'inscription suivante :
Hic tegitur Præsul Odo, Qui perspectus omni mundo, Fuit exul, Deo fidelis : Fulget cœlo quasi sidus.
« Ici repose l'évêque Odon, célèbre dans le monde; il fut exilé et fidèle à Dieu : il brille maintenant dans le ciel comme un astre ».
Odon est honoré depuis longtemps comme bienheureux dans plusieurs églises des Pays-Bas.
## ÉCRITS DU BIENHEUREUX ODON.
Outre un ouvrage intitulé : De l'Être et de la Chose, Odon avait composé deux autres ouvrages philosophiques, le Sophiste et les Complexions, c'est-à-dire des conclusions ou raisonnements. Ces ouvrages sont perdus ainsi que son poème sur la Guerre de Troie. On possède encore d'Odon de Cambrai une Explication du Canon de la Messe ; un ouvrage sur le Péché originel ; un dialogue sur l'Incarnation ; un traité du Biosphème contre le Saint-Esprit ; un écrit sur les Canons des Évangiles ; une Homélie sur l'évangile du mauvais fermier ; quelques Homélies ; un Poème sur les premiers versets du livre de la Genèse, ou l'Ouvrage des six jours ; un recueil de Paraboles ; un recueil de Lettres ; un traité sur le Canon ; un traité du Corps et du Sang du Seigneur ; les Tétraples du Psautier ; une Lettre à Lambert, évêque d'Arras ; on lui attribue aussi une Introduction à la Théologie, et un Traité ou Exposition du nombre trois.
Nous avons composé cette biographie avec la Vie des Saints de Cambrai et d'Arras, par l'abbé Destombes, et avec l'Histoire littéraire de la France, par Dom Rivet.
## SAINTE JULIENNE DE FALCONIERI, VIERGE
SAINTE JULIENNE DE FALCONIERI, VIERGE.
que des vagissements, on entendit sortir les noms de Jésus et de Marie. Parvenue à l'âge de raison, elle se livra à la pratique des vertus chrétiennes, et y fit de tels progrès, que le bienheureux Alexis, son oncle, ne craignit pas de dire à la mère de cette sainte enfant, qu'elle avait mis au monde, non pas une femme, mais un ange. Julienne avait une telle horreur du péché, même le plus léger, que jamais elle ne leva les yeux sur le visage d'un homme. Le nom seul du péché la faisait trembler ; il lui arriva même de ressentir une si forte impression au récit d'un crime, qu'elle tomba inanimée. Quand elle eut accompli sa quinzième année, elle abandonna son patrimoine et refusa de se marier pour consacrer à Dieu sa virginité, entre les mains de saint Philippe Béniti ; la première, elle reçut de lui le voile des Mantellates, Tiers Ordre des Servites. Elle en médita pieusement les mystères pendant l'année de sa probation. La tunique noire lui représentait la tristesse de Marie sur le Calvaire et la longueur de son martyre parmi les souffrances de son Fils ; la ceinture de peau lui représentait la peau du Sauveur, déchirée par les fouets, les clous et la lance ; le voile blanc, la pureté de la Vierge ; la couronne, les louanges qui lui ont été données par l'Archange ; le livre lui suggérait des méditations sur la passion de Jésus-Christ ; le manteau lui rappelait la protection de la Mère de Dieu, à qui elle se réjouissait d'appartenir ; le cierge, cette lampe allumée qu'on l'avertissait de tenir prête, comme une vierge sage, pour aller au-devant du céleste Époux. En méditant ainsi son pieux costume, Julienne fut une édification continuelle à sa mère, à sa famille et à toutes ses sœurs.
Elle passait les jours entiers dans la prière, ravie très souvent en extase. Le temps qui lui restait, elle l'employait à éteindre les discussions qui régnaient entre les citoyens, à ramener à Dieu les coupables et à servir les malades. Pour mortifier son corps, elle employait les fouets, les cordes, les ceintures de fer, les veilles, et couchait sur la terre nue. Elle ne prenait un peu de nourriture que quatre fois par semaine ; les autres jours, la communion lui tenait lieu d'aliment, excepté le samedi, où elle mangeait un peu de pain et buvait un peu d'eau.
Une vie si exemplaire, qui était accompagnée de plusieurs miracles que Dieu opérait par son moyen, fit que les Converses ou Oblates des Servites l'élurent pour supérieure l'an 1306. Elle leur prescrivit une règle qui fut approuvée depuis par le pape Martin V, l'an 1424 ; ainsi ces Converses ou Oblates, ayant pour lors une règle, se purent, à juste titre, qualifier sœurs Tertiaires ou du Tiers Ordre des Servites.
La bienheureuse Julienne souffrait beaucoup d'un mal d'estomac qui, s'augmentant avec l'âge, la réduisit à l'extrémité. Elle souffrit les incommodités d'une longue maladie, avec un visage gai et une âme remplie de courage ; elle ne se plaignait que d'une seule chose, c'était que son estomac refusant toute nourriture, elle se trouvait par là même privée de la communion. Dans cette pénible situation, elle pria un prêtre de lui apporter le pain Eucharistique et de l'approcher, au moins, de sa poitrine. Le prêtre se rendit à sa prière, et alors, ô prodige ! l'hostie sainte disparut, et Julienne expira le 19 juin 1340, portant sur sa figure la joie et la sérénité. Quand on rendit à son corps les devoirs accoutumés, on trouva la preuve de ce qui, auparavant, avait paru incroyable ; car, au côté gauche de sa poitrine, on aperçut imprimée sur sa chair, la forme d'une hostie représentant l'image de Jésus-Christ crucifié. Le bruit de ce prodige, qui fut suivi d'autres miracles, attirèrent à Julienne la vénération de Florence et de tout l'univers chrétien ; cette vénération s'est accrue pendant près de quatre siècles, au
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point que le pape Benoît XIII la béatifia en 1729, et Clément XII l'inscrivit au nombre des saintes vierges.
Le plus souvent elle est représentée à genoux, laissant voir sur sa poitrine, par une fente de sa robe, une hostie ; ordinairement, on la représente dans son lit, au moment où cette faveur du ciel lui fut accordée.
Cf. Vies des Saints, par Rohrbacher.
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## S. JUDE SURNOMMÉ BARSABÉ, L'UN DES SOIXANTE-DOUZE DISCIPLES,
MARTYRE EN ARMÉNIE (1er siècle).
Jude, surnommé Barsabé, est différent de l'apôtre saint Jude. Pour les distinguer, l'Écriture donne à ce dernier, c'est-à-dire à l'Apôtre, le surnom de Thaddée ou de Lebbée, en laissant au premier celui de Barsabé. Jude Barsabé était du nombre des soixante-douze disciples qui accompagnèrent Notre-Seigneur Jésus-Christ dans ses courses évangéliques au milieu des tribus d'Israël.
Après l'Ascension, il porta la lumière de la foi en divers lieux, puis il revint à Jérusalem, prêcha conjointement avec les Apôtres dans la Judée, et se trouva avec eux lors de la célébration du concile de Jérusalem. Il y était regardé comme l'un des premiers d'entre les hommes apostoliques, et c'est pour cela qu'il fut député avec Silas, par les Apôtres mêmes, auprès des chrétiens d'Antioche, pour leur faire accepter les décisions du concile. Voici ce que saint Luc dit à ce sujet :
« Alors il fut résolu par les Apôtres et les prêtres, avec toute l'Église, de choisir quelques-uns d'entre eux pour les envoyer à Antioche avec Paul et Barnabé. Ils choisirent donc Jude, surnommé Barsabé, et Silas, qui étaient les principaux d'entre les frères, et ils les chargèrent d'une lettre dans laquelle ils disaient en parlant de ces deux disciples : Nous vous envoyons Jude et Silas, qui vous feront entendre les mêmes choses. Ayant donc été envoyés de la sorte, ces deux disciples vinrent à Antioche, où ils assemblèrent les fidèles, et leur rendirent cette lettre, qu'ils reçurent avec beaucoup de consolation et de joie. Jude et Silas, eux-mêmes prophètes, consolèrent et fortifièrent aussi les frères par plusieurs discours. Et après qu'ils eurent demeuré là quelque temps, les frères les renvoyèrent en paix à ceux qui les avaient envoyés. Silas néanmoins jugea à propos de demeurer à Antioche, et Jude retourna seul à Jérusalem ».
Cet illustre ministre du Christ, tout rempli du Saint-Esprit, habile dans la prédication évangélique, resta quelque temps en Judée avec les Apôtres, visitant avec eux les églises ; il accompagna saint Pierre à Antioche, s'embarqua l'année suivante pour l'île de Chypre, et, après avoir visité Rome avec le prince des Apôtres, il partit pour l'Espagne avec Épenatus, Marcellus, Apollinaire, Barnabé et d'autres compagnons. De là il revint en Palestine, par l'Afrique et l'Égypte.
Enfin, d'après les hagiographes abyssins et orientaux, et le synaxaire des Grecs, saint Jude Barsabé, ayant prêché l'Évangile dans l'Orléanais et étant arrivé à Arara, ville d'Arménie, pays borné par la Mésopotamie, fut suspendu à un arbre par les infidèles et percé de flèches. Ce fut par ce tourment qu'il remporta la palme du martyre.
M. l'abbé Maistre, *Histoire des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ*.
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## SAINT INNOCENT, ÉVÊQUE DU MANS (543).
Saint Innocent était natif du Mans ; il fut instruit dans la piété et les lettres au sein de l'école épiscopale de cette ville, par les soins de saint Victorius II. Ce grand prélat avait eu pour lui une affection particulière et s'était plu à former en lui un digne ministre du Seigneur ; dès son entrée dans la vie chrétienne par le Baptême, il lui servit de père, et, depuis, il se montra constamment fidèle à cette adoption spirituelle. Victorius l'attacha de bonne heure à sa personne et ne voulut jamais s'en séparer ; il lui ouvrit le sanctuaire et lui conféra les premiers ordres sacrés.
A la mort du bienheureux Sévérien, le suffrage universel plaça Innocent sur le siège épiscopal du Mans (532). Le nouveau pasteur mit un soin extrême à instruire son peuple par la parole et
SAINT HILDEGRIN, ÉVÊQUE. 165
par l'exemple; il aimait la vie ascétique et ne négligeait rien pour la propager. Les lieux occultes et déserts de son diocèse, il les donnait à défricher aux moines et aux solitaires qui venaient de tous côtés se mettre sous sa direction: plusieurs, parmi eux, devinrent célèbres, tels que Calais, Ulphace, Rigomer, Constantien, Fraimhault, Léonard de Vandœuvre, Bonner et beaucoup d'autres.
L'année même qui suivit la consécration d'Innocent, il se tint un concile dans la ville d'Orléans, le second célébré dans cette cité (23 juin 533). Il se trouva à cette assemblée trente et un prélats, entre autres saint Innocent; elle est restée célèbre par l'importance des canons disciplinaires qui y furent dressés, et qu'appliqua dans son Église, on n'en saurait douter, le zèle de notre pieux évêque.
Un de ses premiers soins, une fois de retour du concile, fut de continuer l'œuvre entreprise par saint Victorius Ier, en travaillant à la réédification de son église cathédrale. Les évêques, ses prédécesseurs, avaient sans doute été retardés dans l'achèvement de cette grande œuvre par les désordres qui contrarièrent leur ministère. Mais le degré de prospérité temporelle auquel parvint l'Église du Mans pendant l'épiscopat d'Innocent donna à ce prélat les moyens de la poursuivre et de la terminer. Il consacra le maître-autel aux saints martyrs Gervais et Protais et y plaça des reliques d'eux; toutefois, il ne se contenta pas de celles que saint Martin avait données à saint Victorius; il envoya un message à saint Batius qui gouvernait alors avec tant de gloire que de sainteté l'Église de Milan, et il en obtint de nouvelles reliques plus considérables que les premières.
Les sentiments de piété filiale, que saint Innocent avait conservés pour son maître saint Victorius, lui firent concevoir le dessein de construire en son honneur une basilique. Elle était près de l'ancien cimetière des chrétiens, où l'on avait d'abord déposé les restes précieux du saint évêque. Quand elle fut achevée, Innocent y transporta les reliques de Victorius ainsi que celles de saint Victor. Il apporta le plus grand soin à orner ces deux tombeaux, et il choisit le sien dans la même enceinte.
Pour honorer saint Julien et ses premiers successeurs, dont les cendres reposaient toujours dans l'église des saints Apôtres, Innocent l'orna de tout l'éclat des arts de l'époque, et il l'agrandit considérablement. Il augmenta aussi le nombre des moines qui la desservaient et agrandit leur monastère; il leur confia le soin de donner l'hospitalité aux pèlerins qui venaient implorer la protection de saint Julien et des autres saints qui avaient leur sépulture dans ce sanctuaire. A cet effet, il construisit des hôpitaux pour les pauvres et des hôtelleries séparées pour les étrangers et les voyageurs, assurant par des dotations suffisantes tous les secours dont ils auraient besoin, tant pour la nourriture que pour le logement.
Nous avons dit que notre saint évêque s'occupait activement de la formation des solitaires et de la fondation des maisons religieuses. Ce fut au milieu de ces soins qu'il vieillit et qu'il vit arriver le terme de ses jours. Il fut enterré, suivant la coutume, dans le cimetière qui, dès l'origine, avait été réservé aux chrétiens, non dans la basilique des Apôtres, ainsi que ses prédécesseurs, mais dans celle qu'il avait lui-même fait construire en l'honneur de saint Victorius II. Sa mort arriva le treize des calendes de juillet, c'est-à-dire le 19 juin, jour de la fête des saints Gervais et Protais. Les innombrables miracles qui, après sa mort, s'opérèrent à son tombeau, signalèrent la gloire dont il jouissait dans le ciel. Un religieux du Maine, contemporain d'Innocent, a célébré les grâces merveilleuses qui s'obtenaient près de la tombe du saint évêque. Au XIVe siècle, le cours de ces prodiges n'était pas encore interrompu, et le vénérable Hildebert, qui faisait alors la gloire de l'Église du Mans, les célébrait dans ses vers.
Tiré de l'Histoire de l'Église du Mans, par Dom Plotin, et du Propre du Mans.
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## SAINT HILDEGRIN,
### ÉVÊQUE DE CHALONS-SUR-MARNE, EN FRANCE, ET DE SALINGESTADT EN D'HALBERSTADT, EN ALLEMAGNE (827).
Thiatgrin et Lisfburge, Frisons d'origine, se distinguaient par leur noblesse et plus encore par leur vertu. Ils eurent pour enfants saint Ludger et saint Hildegrin, et plusieurs filles qui furent mères de quelques autres évêques.
Saint Hildegrin, pendant la persécution de Witikind, chef des Saxons, contre les chrétiens,
20 JUIN.
vers l'an 784, accompagna saint Ludger dans son voyage à Rome, puis pendant son séjour au Mont-Cassin, où il resta trois ans et demi. Il pratiqua toutes les austérités de cette maison. Dans la suite, il aida saint Ludger soit à amener à la foi de Jésus-Christ les Frisons et les Saxons, dont il fut l'apôtre, soit à gouverner le monastère de Werden, qu'il fonda dans le comté de la Mark, soit à administrer le diocèse de Munster, dont il fut sacré évêque en 802, jusqu'à l'année 807 où il fut élevé lui-même à l'épiscopat de Châlons.
On ne rapporte qu'un trait de sa vie épiscopale : il décèle une profonde piété. Saint Auségise, premier abbé régulier de l'abbaye de Saint-Memmie, voulait se défaire du supérieur : Hildegrin fit tous ses efforts pour le retenir, mais, n'ayant pu obtenir cette faveur, il prit la résolution de passer quelque temps avec les moines de ce monastère, afin d'y maintenir la régularité qui venait d'y être établie. Au milieu de ces œuvres de dévouement, il éprouva un grand chagrin : le 26 mars 809, il perdit son frère Ludger et l'enterra lui-même dans son monastère de Werden.
Combien d'années saint Hildegrin fut-il évêque de Châlons ? Cette question est difficile à résoudre. Le Gallia christiana observe qu'il est appelé dans tous les titres évêque de Châlons jusqu'à l'an 809. Ce n'est qu'après cette époque qu'il quitta ce siège. Charlemagne, émerveillé de ses vertus, voulut, avec l'approbation du pape Adrien, lui confier une mission plus importante, infiniment plus difficile ; il l'arracha à l'amour des Châlonnais, et le choisit pour aller établir le christianisme en Saxe. Il le mit d'abord à Salingestad ; on le transféra plus tard à Halberstadt. La parole de ce saint évêque eut plus de puissance que les armées invincibles du grand monarque ; elle transforma ces peuples barbares et en fit d'humbles disciples de l'Évangile.
C'est ainsi qu'on peut fixer avec raison les années qu'Hildegrin passa sur chaque siège. Saint Ludger avait été ordonné premier évêque de Munster en 802, et Hildegrin ne fut évêque de Châlons qu'en 807. On ne peut lui donner que vingt-sept ans d'épiscopat, savoir : cinq à Châlons, quinze à Salingestad et sept à Halberstadt.
Il mourut dans le cours de ses missions parmi les infidèles, et fut inhumé à Werthin ou Werden, dans le diocèse de Cologne, abbaye fondée par saint Ludger vers l'an 795.
Abrégé de la vie qu'en donne M. l'abbé Boitel, dans les *Bounties de l'Histoire de la Champagne*.
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XXe JOUR DE JUIN
MARTYROLOGE ROMAIN.
La naissance au ciel de saint SILVÈRE, pape et martyr, qui, n'ayant pas voulu rétablir Anastase, évêque hérétique, qu'Agapet, son prédécesseur, avait déposé, fut envoyé en exil par Bélisaire, à la sollicitation de l'impie Théodora, impératrice, dans l'île Pontia, où il mourut de misère pour la foi catholique. (538). — A Rome, le décès de saint NOVAT, fils du bienheureux Pudent, sénateur, et frère de saint Timothée, prêtre, et des pieuses vierges de Jésus-Christ Potentienne ou Pudentienne et Praxède, qui, tous, furent instruits dans la foi par les Apôtres. Leur maison, convertie en église, s'appelle l'église du Pasteur. (IIe s.). — A Tomes, dans le Pont, les saints martyrs Paul et Cyriaque. — A Pétra, en Palestine, saint Macaire, évêque, qui, après avoir beaucoup souffert de la part des Ariens, fut exilé en Afrique, où il mourut en paix. (IVe s.). — A Séville, en Espagne, sainte Florence ou Florentine, vierge, sœur des saints évêques Léandre et Isidore. (630).
MARTYROLOGES. 167
Événements marquants
- Enseignement de la philosophie à Toul puis à Tournai
- Conversion à la vie religieuse après la lecture de saint Augustin en 1092
- Restauration de l'abbaye de Saint-Martin de Tournai
- Adoption de la règle de Saint-Benoît
- Élection comme évêque de Cambrai en 1105
- Exil à l'abbaye d'Anchin suite au conflit des investitures avec Henri V
Miracles
- Conversion soudaine de Sohier et Herman après la persécution d'Adolphe
Citations
Annulus Odonem decet aureus Aureliensem.
Je ne pourrai soutenir le jugement de Dieu s'il en sépare sa miséricorde.