Saint Thierry II d'Orléans
Évêque d'Orléans
Résumé
Moine à Sens puis évêque d'Orléans en 1016, Thierry fut un proche conseiller du roi Robert le Pieux. Malgré les persécutions violentes de son rival Odolric, il gouverna son diocèse avec charité et lutta contre l'hérésie manichéenne. Il mourut à Tonnerre en 1022 alors qu'il partait en pèlerinage pour Rome.
Biographie
SAINT THIERRY II, ÉVÊQUE D’ORLÉANS
Thierry, fils du seigneur de Château-Thierry-sur-Marne, et petit-fils de celui qui donna son nom à cette ville, vint au monde dans le Xe siècle. Il méprisa de bonne heure les avantages de sa naissance et les vanités du siècle, pour s’appliquer tout entier à l’étude des lettres, aux œuvres de miséricorde et aux exercices de piété. Afin qu’il pût mieux conserver son innocence et s’instruire davantage, ses parents le mirent au monastère de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens, où, sous la conduite de son oncle Raynaud, abbé de cette maison, il embrassa la vie monastique et y fit de notables progrès.
Sa réputation alla jusqu’à la cour. Le roi Robert, qui était pieux et lettré, et savait distinguer les talents, le fit venir et le garda près de lui pour se servir de ses lumières et de ses conseils. C’était l’époque où ce prince entreprit de répudier Constance, son épouse, sous prétexte qu’elle était sa parente.
Une nuit que cette malheureuse reine était plus que d’ordinaire accablée d’amertume, elle vit en songe un vénérable prélat qui avait de longs cheveux et la barbe blanche comme la neige, et tenait sa crosse en main. Il regarda la reine et lui dit : « Constance, chasse de toi toute tristesse, je suis venu à ton secours. Je suis Savinien, l’un des prélats de ce royaume ; je te déclare que, dès à présent, par la grâce de Dieu, tu es délivrée de ton ennui ».
La reine se réveilla en sursaut, et se sentit fort consolée ; puis elle alla demander aux personnes qui se trouvaient pour lors dans son palais si elles connaissaient un saint nommé Savinien. Thierry répondit que c’était le premier archevêque de Sens, martyr, dont le corps sacré reposait à Saint-Pierre-le-Vif, à Sens, et que si elle s'adressait à ce saint, ses prières seraient sans doute exaucées.
La reine reçut cet avis avec une joie et une dévotion extraordinaires, et se transporta soudain, avec son fils, au monastère de Saint-Pierre-le-Vif : là, se prosternant devant les saintes reliques, elle implora l'assistance du saint. Chose admirable ! cette dévote princesse ayant continué ses prières, au bout de trois jours un courrier arriva de la part du roi, apportant des nouvelles conformes à ses désirs. Le roi suivit de près son message et témoigna plus d'affection que jamais à la reine son épouse. Constance, pour remercier saint Savinien, fit mettre ses reliques dans de belles chasses d'argent, et se montra aussi très-reconnaissante envers saint Thierry, qui fut ainsi également aimé et estimé par le roi et la reine.
Foulque, évêque d'Orléans, étant mort, Thierry fut élu par la plus saine partie du clergé et du peuple pour occuper ce siège : le roi Robert, qui connaissait sa science et sa vertu, et qui aimait la ville d'Orléans, maintint cette élection de tout son pouvoir (1016). Mais l’envie suit toujours la vertu, comme l'ombre le corps. Des malveillants cherchèrent à l'exclure et à nommer évêque Odolric, jeune ecclésiastique plein d'ambition, qui ne recula point devant le désordre et le scandale. Les brigues se changèrent en luttes violentes où il y eut du sang versé.
On inventa mille calomnies contre Thierry, de sorte que le Pape et les évêques, entre autres Fulbert de Chartres, firent d'abord difficulté de le reconnaître. Mais il se justifia dans toutes les formes. Son innocence fut reconnue, et Lehery ou Leothéric, archevêque de Sens, assisté de Fulbert et de quelques autres évêques, le sacra dans l'église d'Orléans. Pendant la cérémonie, Odolric, son compétiteur, vint avec une troupe de soldats armés, entra dans l'église et s'avança vers l'autel, le poignard à la main, menaçant d'assassiner Thierry sous la main de l'archevêque consécrateur. Mais qui peut traverser les desseins de Dieu ? Ni l'évêque consacré ni l'archevêque consécrateur ne tremblèrent ; la cérémonie ne fut point troublée : on se contenta de chasser ces furieux.
Dès que Thierry fut placé sur ce siège épiscopal, il y brilla comme un flambeau céleste ; il avait un soin extrême du troupeau qui lui était confié. Aux enseignements de la sainte Écriture, il joignait l'exemple de ses vertus. Soulager les pauvres, réprimer les oppresseurs, secourir les opprimés, étaient ses œuvres de chaque jour. Jamais sa main ne reçut un présent : il cherchait ce qui était utile, non à lui, mais à tous. Odolric, toujours dévoré d'envie et d'ambition, ne cessa pas de le persécuter : il attenta même encore à sa vie. Le Saint fut un jour attaqué en chemin par une bande d'assassins que cet ennemi avait postés pour le tuer : ils le renversent de son cheval, l'étendent à terre, le frappent à coups de lances et d'épées, et le laissent pour mort, gisant sur le sable. Mais, ô prodige ! celui qu'ils croyaient sans vie n'avait pas reçu la moindre blessure ; ses habits seuls étaient déchirés. Quelle ne fut pas l'épouvante d'Odolric, qui croyait repaître ses yeux du sang de sa victime, lorsqu'il la vit se lever saine et sauve ! Touché de cette protection éclatante de la main de Dieu, il vient se jeter aux pieds du Saint et lui demande humblement pardon de tout le passé. Thierry le lui accorde sur-le-champ, sans aucune condition, et veut qu'il tienne le second rang parmi son clergé et lui prédit même qu'il sera son successeur.
Le reste de la vie de notre Saint n'est guère connu. L'hérésie manichéenne s'étant répandue dans son diocèse vers l'an 1017, il employa tous ses soins à l'étouffer. Le septième concile d'Orléans condamna ces pernicieuses erreurs, et le roi Robert punit les hérésiarques obstinés.
Le roi Robert, que l'histoire d'Orléans nomme le David français, pour sa valeur et piété, secondé en guerre et en paix du secours céleste, aimait beaucoup cette ville et son saint évêque. Comme il assiégeait la ville et le château d'Avallon en Bourgogne, forte place qui soutint le siège pendant trois mois, sentant approcher la fête de saint Aignan, il s'en vint à Orléans pour la célébrer à son aise, selon sa dévotion ordinaire. Pendant qu'il assistait à la grand'messe, revêtu d'une chape magnifique et dirigeant le chœur, selon sa coutume, il arriva qu'au moment où l'on chantait l'Agnus Dei les murailles de la ville assiégée s'écroulèrent. Il régnait entre ce bon roi et ce saint évêque une entente parfaite ; jamais les deux puissances, la pontificale et la royale, ne s'étaient mieux accordées pour procurer la gloire de Dieu et le bonheur des peuples. Les églises d'Orléans ressentirent par ce moyen les effets de la libéralité de ces deux grands personnages.
Saint Thierry, désireux de rendre honneur à Dieu, et de signaler sa mémoire en l'église de Sainte-Croix d'Orléans, fit faire un fort beau calice de pur or, pour servir en ladite église, au sacrifice de la messe, à consacrer le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le roi Robert, joignant sa dévotion à celle du saint évêque, fit faire la patène, aussi d'or fin, pour accompagner le calice, et servir à consacrer le corps du Rédempteur du monde, afin que le signe de la sainte croix lui fût un aide salutaire, et que la passion du Sauveur lui fût une parfaite rédemption pour l'âme et pour le corps, comme dit le moine Belgaud, en la vie du roi Robert. Ce prince rebâtit l'église de Saint-Aignan et augmenta son revenu ; il se montra aussi libéral envers beaucoup d'autres temples.
Nous avons déjà dit que Thierry avait de fréquentes relations avec Fulbert, évêque de Chartres ; on le voit par les lettres de ce dernier. Dans l'une d'elles il remercie l'évêque d'Orléans des avis qu'il lui a donnés, et le prie d'excuser le clergé de Chartres s'il ne peut, cette année, aller en procession selon sa coutume, à l'église d'Orléans, parce qu'il est tout entier occupé à relever sa propre église, détruite par un incendie. L'église de Chartres rendait à celle d'Orléans ce devoir de piété et de reconnaissance, en mémoire, sans doute, de ce que la grâce de l'Évangile était venue d'Orléans aux Chartrains, par la prédication du premier évêque d'Orléans, saint Altin.
Dieu exerça la patience de Thierry et purifia son cœur, sur la fin de sa vie, par diverses maladies, fruits de ses austérités et de ses travaux apostoliques. Pour reposer à la fois son âme et son corps, le Saint se retira dans le monastère de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens. Il lui vint dans cette douce retraite le désir de faire un voyage à Rome pour visiter le sépulcre du prince des Apôtres et les autres sanctuaires de cette sainte ville. Avant son départ, une nuit, étant dans l'église, il entendit une voix venue du ciel qui lui dit : « Ne crains point, Thierry, ta demeure est préparée dans le ciel, où le martyr saint Sébastien triomphe glorieusement ».
Or, c'était la veille de la fête de saint Sébastien. Thierry communiqua cette révélation divine au moine Adalbert, homme fort religieux, et à quelques autres serviteurs de Dieu, et leur dit qu'il croyait que l'heure de sa mort était proche et que s'il mourait dans son voyage de Rome, avant d'avoir passé les Alpes, il demandait que son corps fût rapporté dans ce monastère de Saint-Pierre-le-Vif, afin d'être inhumé auprès de ses oncles Séguin, archevêque de Sens, et Raynaud, abbé du même monastère. Après cela il se mit en chemin ; mais Dieu convertit ce voyage de Rome en voyage de l'éternité bienheureuse. Car arrivé à Tonnerre, petite ville du diocèse de Langres, il fut surpris par une grosse maladie qui l'emporta de ce monde le 27 janvier de l'an 1022. On se préparait à rapporter son corps à Saint-Pierre-le-Vif, mais Milon, seigneur de Tonnerre, qui était son parent, s'y opposa et le fit magnifiquement ensevelir dans le monastère de Saint-Michel qu'il venait de fonder.
Les miracles que Dieu fit en ce lieu, par son intercession, furent si fréquents que la ville de Tonnerre le choisit pour son patron. La mémoire de ce Saint y est demeurée fort célèbre. Avant 1789, non-seulement on y célébrait sa fête solennellement chaque année, le 27 janvier, mais de plus, tous les mardis de l'année, en dehors de l'Avent et du Carême, on en célébrait l'office canonial, et tous les jours, à Laudes, à la messe et à Vêpres, on en faisait mémoire. Ses saintes reliques étaient conservées à Tonnerre avec beaucoup d'honneur et de soin ; l'église d'Orléans en possède qui lui furent données en 1660.
Nous nous sommes surtout servi, pour composer l'histoire de cette vie, omise par le Père Giry, de l'Histoire de l'Église d'Orléans, par Symphorien Guyon.
Événements marquants
- Naissance au Xe siècle à Château-Thierry
- Entrée au monastère de Saint-Pierre-le-Vif à Sens
- Conseiller du roi Robert le Pieux
- Élection au siège épiscopal d'Orléans en 1016
- Survie miraculeuse à une tentative d'assassinat par Odolric
- Lutte contre l'hérésie manichéenne en 1017
- Mort à Tonnerre lors d'un pèlerinage vers Rome
Miracles
- Survie sans blessure après avoir été frappé à coups de lances et d'épées par des assassins
- Vision de la reine Constance concernant Saint Savinien
- Voix céleste annonçant sa mort prochaine la veille de la Saint-Sébastien
Citations
Ne crains point, Thierry, ta demeure est préparée dans le ciel, où le martyr saint Sébastien triomphe glorieusement