Bienheureux Torello de Poppi
Ermite de l'Ordre de Vallombreuse
Résumé
Né à Poppi en 1202, Torello mena une jeunesse pieuse avant de sombrer dans la débauche. Sa conversion soudaine, provoquée par le chant d'un coq, le conduisit à l'abbaye de Saint-Fidèle puis à une vie d'ermite austère. Il est célèbre pour avoir sauvé un enfant d'un loup et est mort en odeur de sainteté en 1282.
Biographie
LE B. TORELLO, ERMITE DE L'ORDRE DE VALLOMBREUSE (1282).
Un des plus grands bienfaits que nous puissions recevoir de la bonté de Dieu est celui d'une éducation chrétienne. Sans doute tous ceux qui ont eu cet inestimable avantage n'en profitent pas ; il y en a même qui s'en rendent tout à fait indignes ; mais elle est au moins dans leur âme une précieuse semence qui, étant développée par la grâce, peut produire des fruits de salut ; et tandis que le langage de la religion est souvent inintelligible pour ceux qui ne l'ont point conçue dans leur jeunesse, sa voix amie se fait facilement entendre de ceux qui l'avaient écoutée avant leurs égarements. La vie du bienheureux Torello nous offre une nouvelle preuve de cette vérité.
Il naquit à Poppi, en Toscane, le 16 mars 1202, et eut le bonheur d'avoir pour père un homme rempli de la crainte de Dieu, qui mit une grande sollicitude à la lui inspirer dès sa plus tendre enfance et qui était secondé par une épouse très vertueuse. Torello répondit parfaitement aux bons soins de ses parents, et devint en grandissant un modèle de piété ; il fuyait les jeux et tous les autres divertissements profanes, et vivait dans une innocence de mœurs qui faisait la joie des auteurs de ses jours. Malheureusement pour lui, il perdit son excellent père à une époque où il avait encore grand besoin de son appui pour se soutenir dans la pratique du bien. Cependant cette mort ne l'ébranla pas d'abord. Il prit la résolution de s'attacher plus étroitement à Dieu ; et pour en obtenir des bénédictions plus abondantes, il répandit de nombreuses aumônes dans le sein des pauvres du pays. Mais en se livrant à ces bonnes œuvres, il ne se défia pas assez de sa fragilité et de sa faiblesse ; il oublia que le Seigneur nous fait à tous un devoir de la vigilance chrétienne. La liaison qu'il forma avec deux jeunes gens de Poppi, dont les mœurs étaient dépravées, devint pour lui la cause de la chute la plus déplorable ; il abandonna les sociétés respectables qu'il fréquentait, ses bonnes habitudes, ses exercices de piété ; et après avoir été l'objet de l'édification de ses compatriotes, il en devint le scandale, tant sa vie était dissolue. Une jeune personne des environs, plus agréable que vertueuse, fixa son attention et captiva tellement son cœur qu'elle le faisait plier à toutes ses volontés. Ainsi ce malheureux jeune homme oubliait tous les sages conseils de son père, et cet arbre qui avait montré de si belles fleurs ne produisait plus aucun fruit. Il méprisait même tous les avis que les personnages les plus respectables pouvaient lui donner. Mais Dieu, qui avait des desseins particuliers de miséricorde sur cette âme infidèle, l'éclaira et lui fit connaître sa misère. Un jour que Torello jouait à la boule, en présence de sa maîtresse, avec ses perfides amis, un coq perché dans le lieu où il se trouvait, vole subitement sur son épaule et se met à chanter trois fois ; il lui sembla que ce coq lui disait : « Il est temps de sortir du mortel sommeil des vices ». Soit que cet événement fût tout naturel, soit que le Seigneur voulût se servir d'un tel moyen pour rappeler à lui ce pécheur, comme il en avait usé pour saint Pierre, il est certain que Torello en éprouva une impression si vive et si profonde que, laissant le jeu à l'instant même, il court à l'abbaye de Saint-Fidèle, de l'Ordre de Vallombreuse, qui n'était pas éloignée, va se jeter aux pieds du supérieur, et, les larmes aux yeux, le prie de l'aider à rentrer en grâce avec Dieu. L'abbé, qui était un saint homme, l'accueille avec bonté, et après avoir entendu sa confession, il l'admet en temps convenable à la table sainte. Entièrement dégoûté d'un monde qui lui avait été si funeste, le nouveau pénitent supplie l'abbé de vouloir bien le revêtir de l'habit des frères convers séculiers, se regardant comme indigne de vivre dans le monastère. Le vénérable abbé, voyant que Torello, qui voulait pratiquer la vie érémitique, était conduit par l'esprit de Dieu, condescend à son désir, et avant qu'il quitte l'abbaye, il veut lui donner un sac de pains de froment ; mais celui-ci les refuse et n'en accepte que trois petits d'orge. Il part ensuite et quitte avec joie le pays de Poppi, sans qu'aucun de ses parents et de ses amis s'en aperçoive. Torello passa huit jours à chercher une solitude dans laquelle il put se fixer. Ayant trouvé une grotte qui lui convenait, il retourna à Poppi, distribua tous ses biens aux pauvres, et malgré toutes les instances de sa famille, qui lui disait qu'il ne fallait pas qu'il devînt homicide de lui-même, il se hâta de se rendre dans son ermitage. Là il commença une vie pénitente et mortifiée dont les mondains ne peuvent comprendre l'utilité, parce qu'ils n'ont jamais bien médité ces paroles terribles de Jésus-Christ : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même sorte ». Il ne mangeait qu'une fois par jour, vers trois heures de l'après-midi, ne buvait que de l'eau et en petite quantité, couchait sur des sarments et se levait chaque nuit pour réciter Matines. Il affligeait son corps de mille manières, afin de réparer ses désordres passés et de triompher de ses passions. Le Père abbé de Saint-Fidèle, qui l'avait réconcilié avec Dieu et qui était son directeur dans les voies du salut, le visitait souvent afin de lui procurer les secours spirituels dont il avait besoin. Informé et surpris de la pénitence austère de Torello, il lui exprima un jour la crainte qu'elle manquât de discrétion ; mais le fervent pénitent lui donna de si bonnes raisons pour justifier sa manière d'agir, que l'abbé, qui reconnut que l'Esprit-Saint l'éclairait, lui dit : « Mon fils, que Dieu vous affermisse dans votre bonne résolution et dans son service jusqu'à la mort ». Puis il lui donna sa bénédiction. Le vœu du pieux abbé se réalisa complètement. Torello resta fidèle à sa vocation, quelque pénible qu'elle fût pour la nature. Accablé de maladies et d'infirmités, il se réjouissait de souffrir, afin de satisfaire à la justice divine. Le souvenir de la Passion du Sauveur, de laquelle il s'occupait fréquemment, lui faisait verser des larmes abondantes. Une vie si sainte le rendit vénérable à ceux qui le connurent et qui recouraient avec confiance à ses lumières ; elle lui mérita les faveurs célestes. Il arrêta par ses prières un loup qui, ayant emporté un enfant, était prêt à le dévorer ; il guérit subitement les plaies qu'avaient faites à cet enfant les morsures du loup, et le rendit sain à sa mère. On dit même que depuis cette époque aucun loup n'a attaqué personne dans le pays qu'il habitait.
Averti de l'heure de sa mort, il en fit part à l'abbé de Saint-Fidèle, se confessa et reçut la sainte communion. Il annonça aussi sa mort à un disciple qu'il avait avec lui dans son ermitage ; il lui donna les plus sages conseils ; puis, l'embrassant tendrement, il lui dit : « Je sens que Dieu m'appelle ; je vous recommande à notre Créateur ». Alors, s'étant mis à genoux pour prier, il leva les mains vers le ciel et rendit tranquillement l'esprit, le 16 mars 1282, à l'âge de quatre-vingts ans. Il fut inhumé dans l'église de l'abbaye de Saint-Fidèle de Poppi, où ses reliques ont toujours été conservées avec beaucoup de respect.
On le représente avec un loup à ses côtés. Voici pourquoi : il fit lâcher prise, au nom de Dieu, à un loup qui emportait un enfant déposé par sa mère sur le bord de l'Arno, pendant qu'elle y lavait son linge. De plus, le saint homme défendit à cet animal de jamais attaquer personne de Poppi : de là la dévotion des habitants de Poppi, qui invoquent le bienheureux Torello contre les loups. Il est également honoré à Forlì de temps immémorial.
Sa vie, écrite il y a plusieurs siècles, a été reproduite par divers auteurs et se trouve dans le second tome de mars du recueil des Bellandistes. Dom Soldani, compatriote du Bienheureux, et religieux de Vallombreuse, en publia une nouvelle imitation, sous le titre de *Traité apologétique*, pour prouver que le serviteur de Dieu appartenait à l'Ordre de Vallombreuse, et non à celui de Saint-François. I vol. in-4°, Lucques, 1731. (Godescard, éd. de Lille.)
Événements marquants
- Naissance à Poppi en 1202
- Période de vie dissolue après la mort de son père
- Conversion suite au chant d'un coq pendant un jeu de boules
- Entrée à l'abbaye de Saint-Fidèle comme frère convers séculier
- Retraite érémitique dans une grotte pendant de nombreuses années
- Sauvetage d'un enfant des crocs d'un loup
- Mort à l'âge de 80 ans
Miracles
- Chant prophétique d'un coq provoquant sa conversion
- Sauvetage d'un enfant emporté par un loup sur les bords de l'Arno
- Guérison instantanée des morsures de l'enfant
- Protection permanente du pays contre les attaques de loups
Citations
Il est temps de sortir du mortel sommeil des vices
Je sens que Dieu m'appelle ; je vous recommande à notre Créateur