Bienheureux Géraud de Sales-Cadouin

Fondateur de monastères

Fête : 20 avril 12ᵉ siècle • bienheureux

Résumé

Né en Périgord, Géraud de Sales fut le disciple de Robert d'Arbrisselle avant de devenir ermite et prédicateur itinérant. Fondateur de neuf monastères, dont Cadouin et Grand-Selve, il vécut dans une extrême austérité. Il mourut en 1120 aux Châteilliers, entouré de signes miraculeux.

Biographie

LE BIENHEUREUX GÉRAUD DE SALES-CADOUIN (1120).

Notre Géraud vit le jour dans un village du Périgord, appelé Sales (arrondissement de Bergerac). Il fut le premier entre plusieurs frères. Ses nobles et religieux parents le firent soigneusement élever. Dans les écoles, il éclipsa sans peine tous ses camarades, par la science du langage et surtout par l'onction divine, tant sa très-pieuse mère avait su lui inspirer, dès le berceau, la crainte de Dieu et l'horreur du péché.

De très-bonne heure Géraud se sentit attiré vers la solitude. Aussi, tout enfant encore, aimait-il à se recueillir à l'ombre des églises et des monastères. Or, dans ce temps, le vénérable Robert d'Arbrisselle évangélisait avec un grand zèle tout le pays d'alentour et fondait l'institut de Fontevraud. Entraîné par le renom d'un homme si recommandable, Géraud vint se mettre sous sa haute direction. Le vieillard accueillit avec bonheur son nouveau disciple, lui montra les voies du Seigneur, et, après avoir discipliné son adolescence, lui fit prendre l'habit des chanoines réguliers de Saint-Avit, non loin de Sales et du manoir paternel. Les parents donnèrent leur fils à Dieu avec une joie peu commune en telle circonstance.

Tout embaumé d'innocence, de mansuétude et de mille autres vertus, comme en fleur, le jeune novice édifia singulièrement les religieux, qui, ravis d'ailleurs par sa gracieuse et fidèle docilité aux moindres observances de la règle, ne tardèrent pas, tous d'une voix, à lui faire recevoir successivement les saints ordres, jusqu'au diaconat ; mais on ne put le décider à monter plus haut, tant il redoutait la charge du sacerdoce.

Le pieux cénobite visita plusieurs fois son ancien maître, le bienheureux Robert, et lorsqu'il se sentit parvenu à l'âge de l'homme fait, pressé par l'Esprit de Dieu, il revint vers lui, pour embrasser, à son exemple, une vie plus austère, plus laborieuse et plus utile aux âmes. Car il voyait devant lui une moisson abondante et peu d'ouvriers. Il échangea donc le pauvre habit de chanoine contre celui plus pauvre encore de l'ermite. Un rude cilice et un grossier manteau pour tout vêtement ; un peu de pain noir et d'eau et quelques légumes pris au coucher du soleil pour tout repas, lorsque les pauvres n'en profitaient point ; tel fut son nouveau régime. Dieu le dédommagea de tant de rigueurs extérieures par des ravissements célestes. Que de nuits il passa dans les larmes ou les délices de l'extase !

Au milieu de tant de lumières acquises et infuses, Géraud se sentit soudainement inspiré d'aller prêcher au peuple le nom de Jésus. Il se mit donc à semer par tout le pays la parole sainte avec une ardeur et une grâce irrésistibles. L'enthousiasme des foules porta jusqu'aux oreilles des évêques et des prélats le nom et les œuvres de l'Apôtre. L'éminent évêque de Poitiers lui prodigua ses bonnes grâces et lui délégua même ses pouvoirs ordinaires. Sa mission finie, Géraud, ainsi que l'oiseau fidèle à son nid, regagnait sa chère solitude.

Dans ce temps-là, beaucoup de personnes ramenées à Dieu par le ministère de son serviteur, vinrent lui offrir leurs biens pour établir des monastères. Géraud fonda sept monastères d'hommes et deux de femmes. Au premier rang figure celui de Cadouin (Périgord), et au deuxième celui de Grand-Selve. Celui des Châteilliers (Deux-Sèvres) fut le septième et le plus pauvre. C'est là que Géraud, déjà malade, se retira, et que plein de jours et de mérites il rendit son âme au Seigneur, en bénissant ses frères, l'an de grâce 1120, le 20 avril, troisième jour après Pâques.

20 AVRIL.

Durant les funérailles, tandis que le peuple était rassemblé au dehors, trois croix lumineuses brillèrent comme suspendues au-dessus de l'oratoire où était préparé le tombeau, et elles ne disparurent qu'au dernier moment de l'inhumation.

Ajoutons quelques mots sur l'abbaye de Grand-Selve, la fondation la plus importante de saint Gérand :

Vers l'an 1114, le bienheureux Robert d'Arbrisselle, accompagné de son disciple, le bienheureux Gérand de Sales, fut envoyé en mission dans le comté de Toulouse par le pape Pascal II. Après avoir prêché la foi au peuple, les deux Apôtres s'occupèrent de plusieurs fondations, selon l'observance de Fontevraud. Des ermites vivaient au milieu de la forêt de Grand-Selve, à l'occident du Toulousain, non loin de la rive gauche de la Garonne. Gérand passa quelque temps avec eux dans la contemplation et la prière, puis les initia à la vie commune. Un acte de l'an 1116, nous apprend qu'Olivier de Bessens et son épouse Algarde, concédèrent à perpétuité et sans réserve, au Seigneur Dieu et à la bienheureuse Marie de Grand-Selve, à Gérard de Sales et à ses frères du dit lieu, tant futurs que présents, une partie de la forêt de Grand-Selve. Peu de temps après, l'évêque de Toulouse, Amélius, confirma cette donation et encouragea la munificence des fidèles en faveur de la nouvelle abbaye.

Dans l'année 1118, le bienheureux Gérand s'éloigna de Grand-Selve, en y laissant Étienne pour abbé, mais sous la dépendance du monastère de Cadouin. A la suite de quelques dissidences survenues entre les deux abbayes, le bienheureux Bertrand, successeur de l'abbé Étienne, profita du séjour de saint Bernard à Toulouse pour affilier ses religieux à l'Ordre de Cîteaux, sous la juridiction immédiate de Clairvaux. Après l'affiliation solennelle de Grand-Selve, faite à Clairvaux même, saint Bernard adressa aux Toulousains, sous la date de l'an 1147, et par le retour du bienheureux Bertrand, une lettre (la 241e) extrêmement élogieuse pour l'abbé et ses frères de Grand-Selve, qu'il appelle des Saints.

L'abbaye de Grand-Selve jeta le plus grand éclat par le nombre, la renommée et la vertu de ses moines, et les importantes fondations qu'elle multiplia jusqu'en Espagne. Les comtes de Toulouse, les rois de France et les Papes du XIIIe siècle la comblèrent à l'envi de privilèges. Sa dotation devint immense. Mais depuis les invasions si fréquentes et si désastreuses des Anglais, la ferveur primitive s'attédit et les abus de la commende introduite dès le XVe siècle, aggravèrent le mal jusqu'au jour où la Révolution française vint le supprimer avec l'abbaye même.

Au mois de mai 1790, la municipalité de Bouillac fit dresser l'inventaire de tous les biens meubles du couvent. Le 13 février 1791, un commissaire, escorté de gendarmes, se présenta pour procéder à la vente des dits meubles. Les religieux fermèrent leurs portes, en menaçant d'appeler les paysans à leur secours, au son des cloches. Le commissaire, intimidé, se retira. Mais le mois suivant la vente eut lieu à la criée et les moines furent dispersés. Quelques églises du voisinage réussirent à s'approprier plusieurs lots de grands valeur. Souvèze eut le maître-autel ; Bouillac retint les reliquaires, aussi précieux par l'importance que par le nombre des reliques qu'ils renferment : ils se recommandent aussi par la perfection de leurs formes, ciselures et sculptures du style romano-byzantin le plus pur. Ces trésors, conservés dans un état incontesté d'intégrité, sont exposés à la vénération publique dans l'église de Bouillac. Mgr Doney, évêque de Montauban, en a vérifié l'authenticité et autorisé le culte : c'est ce qui est constaté par le procès-verbal du 25 mai 1865.

Le trésor de Bouillac, venu de Grand-Selve, se compose d'un reliquaire en forme de tour et en cuivre doré ciselé, et de quatre châsses en bois de chêne doré et orné de sculptures, bas-reliefs, moulures, etc. Ces châsses ont la forme d'une église avec bas-côtés, transepts, etc. Les décorations extérieures de tous ces reliquaires sont des œuvres admirables du style romano-byzantin le plus pur, et offrent un intérêt inappréciable pour l'authenticité des reliques qu'ils renferment et l'état des arts du dessin, de l'orfèvrerie, etc, aux XIIIe et XIVe siècles.

Nous ne pouvons qu'indiquer quelques-unes des reliques les plus remarquables, d'après le procès-verbal de 1865, déposé à Bouillac.

De vestimentis Domini ; — de spinis coronae Domini ; — de tabula et pane Cœnæ Domini ; — de terra ubi pes Crucis positus erat, quando Christus fuit Crucifixus ; — de velo, cingulo, vestimentis et lacte B. Mariæ ; — de sanguine et vestimentis SS. Innocentium ; — de vestimento B. Joannis ; — S. Petri ; — una uncia digiti B. Pauli, sp., et duo dentes ejusdem ; — S. Thomæ, ap. ; — S. Barnabæ, ap. ; — S. Timothæi, discipuli B. Pauli ; — S. Stephani, proto-martyris ;

— S. Laurentii, m. ; — SS. Marci et Marcellini ; — S. Sixti, papæ, mart. ; — S. Cæcilia ; — S. Luciae ; — S. Dorotheæ, vv. mm., etc., etc. Ces reliques sont au nombre de cent onze.

Il existe une notice imprimée par les soins de la fabrique de Bouillac au sujet de ces reliquaires.

Les immeubles de l'abbaye furent adjugés au prix de cent mille francs, en assignats, sans doute, à un juge de Toulouse qui siégea depuis au tribunal révolutionnaire de Paris. Cet acquéreur se nommait, dit-on, Selves, et eut pour fils le colonel du génie qui, au temps du roi Louis-Philippe, se chargea d'instruire à l'européenne les troupes de Méhémet-Ali, sous le nom de Soliman-Bey. Presque tous les bâtiments de Grand-Selves demeurèrent intacts jusqu'en 1799. C'est alors que le monastère, le cloître et la salle du chapitre furent mis en démolition. L'église, après avoir été profanée par le culte de la Raison, subit le même sort en 1802. Depuis, tout a été rasé jusqu'au sol. Il reste pourtant, comme pour indiquer la place de ce qui fut, le portail (XVIIe siècle) cintré de l'hôtellerie, auquel adhèrent quelques pans de murailles ébréchées. On pourrait retrouver la circonscription de l'église, en suivant les lignes creusées d'où l'on extrait encore d'énormes briques qui servaient aux fondements. Un comité d'archéologues faisait tout récemment déchausser quelques pierres tombales dans l'épaisseur de la digue d'un moulin du voisinage ; le fil de l'eau avait si bien léché ou poli le côté des inscriptions tumulaires, qu'il n'en restait plus trace. Diverses épaves du grand naufrage de l'illustre abbaye sont venues se grouper, tantôt l'une, tantôt l'autre, au musée des Antiques de Toulouse.

Ex vita B. Giraldi de Salis, scripta ab auctore anonymo, castellariensi, ut videtur, monacho, circa finem saeculi xiii, ex Ms. Castellariensi, ap. Edm. Martène; Bolland., t. xviii, p. 254, édit. Palmé.

Nous devons ce qui précède à l'obligeance de M. Peujade, chanoine à Montauban, et à celle du R. P. Carles, missionnaire au Calvaire de Toulouse.

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Événements marquants

  • Éducation religieuse en Périgord
  • Disciple de Robert d'Arbrisselle
  • Prise d'habit chez les chanoines réguliers de Saint-Avit
  • Adoption de la vie d'ermite
  • Mission de prédication déléguée par l'évêque de Poitiers
  • Fondation de sept monastères d'hommes et deux de femmes
  • Mission dans le comté de Toulouse avec Robert d'Arbrisselle (1114)
  • Donation de la forêt de Grand-Selve (1116)
  • Retraite et mort aux Châteilliers (1120)

Miracles

  • Apparition de trois croix lumineuses au-dessus de son tombeau durant les funérailles
  • Ravissements célestes et extases durant ses veilles