Saint Jean Colombini de Sienne

Confesseur et Fondateur de l'Ordre des Jésuates

Fête : 31 juillet 14ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble siennois et gonfalonier, Jean Colombini se convertit radicalement après la lecture fortuite de la vie de sainte Marie l'Égyptienne. Il fonda la congrégation des Jésuates, caractérisée par une pauvreté extrême et le soin des malades, avant de mourir en 1367 lors d'un voyage.

Biographie

SAINT JEAN COLOMBINI DE SIENNE, CONFESSEUR,

FONDATEUR DE L'ORDRE DES JÉSUATES, EN ITALIE

Nihil enim præmium charitate pensatur; charitas enim virtutum omnium habet principatum.

On ne peut rien comparer à la charité, car la charité est la reine de toutes les vertus.

S. Isidor. Hispal., lib. II de summ. Bono.

Nous allons voir dans cette biographie une nouvelle preuve de l'utilité de la lecture de la Vie des Saints, puisque saint Jean Colombini, aussi bien que saint Ignace de Loyola, doit à cette lecture son entière conversion, et les commencements de sa vie intérieure et parfaite. Il était de la ville de Sienne (Sena Julia), chef-lieu de province, dans la Toscane, qui a donné tant de grands prélats et de saints personnages à l'Église, et tirait son origine de l'illustre maison des Colombini, qui était une des principales familles de cette cité. Lorsqu'il fut en âge de se marier, il épousa une jeune personne de qualité, nommée Blaise Bandinelli, dont il eut un fils et une fille, Pierre et Angèle. Grâce à sa naissance, à son esprit et à sa conduite, il passa facilement par les premières charges de la République, dont il devint même gonfalonier. Dans cet emploi, il était encombré de beaucoup d'affaires qui l'occupaient sans relâche depuis le matin jusqu'au soir, et il n'avait presque pas le temps de prendre ses repas; étant un jour retourné chez lui et ne trouvant pas le dîner prêt, il entra dans une grande colère et apostropha durement sa femme. Blaise Bandinelli, qui avait beaucoup de piété, s'excusa doucement, le pria d'avoir un moment de patience, et lui mit la Vie des Saints entre les mains, pour en lire quelque chose en attendant que le dîner fût servi. Le seigneur Colombini, que la faim, et peut-être quelque fâcheuse affaire avait rendu des plus maussades, la rebuta et jeta brusquement le livre à terre. Mais, se repentant aussitôt de cette action, il le ramassa, et, l'ayant ouvert à l'endroit de sainte Marie l'Égyptienne qui, après avoir été une pécheresse célèbre, était devenue une pénitente héroïque, il lut sa vie, non-seulement avec admiration, mais aussi avec plaisir et satisfaction.

La grâce lui toucha en même temps le cœur. Il fut tout à coup changé en un autre homme, et, sa ferveur croissant de jour en jour, il commença à faire de grandes aumônes, à fréquenter les églises et à s'appliquer aux exercices de la lecture, de l'oraison et du jeûne. Ensuite, comme il désirait toujours davantage de plaire à Dieu, il proposa à son épouse de garder la chasteté et de vivre ensemble comme frère et sœur. Sa femme, qui faisait continuellement des prières très-ferventes pour la sanctification de son mari, n'eut pas de peine à consentir à cette proposition. Dès lors Jean mena une vie très-austère. Son lit n'était qu'une planche sur laquelle il ne se couchait qu'une très-petite partie de la nuit, employant le reste à la prière. D'ailleurs il portait le cilice et mortifiait son corps jusqu'à l'ensanglanter par de très-rudes disciplines. Son habit répondait à cet état de pénitence : il quitta l'or, l'argent, la soie et tout ce qui le pouvait distinguer parmi les habitants de Sienne, n'usant plus que d'étoffe vile et pauvre, pour se rendre plus conforme à l'esprit de pauvreté de Jésus-Christ.

Il joignit à toutes ces vertus celle de l'hospitalité. Recevant dans sa maison les pauvres, les pèlerins et les malades, il leur lavait les pieds, les traitait délicatement, les couchait fort à leur aise, et leur donnait tous les soulagements qu'une charité industrieuse lui pouvait inspirer. Un jour, ayant aperçu, à l'entrée de la grande église, un lépreux tout couvert de plaies, il le chargea sur ses épaules et ne fit point difficulté de le porter publiquement lui-même par les plus grandes rues jusqu'à son hôtel. Sa femme en eut horreur ; elle ne pouvait le souffrir à cause de la puanteur, de la saleté de ses plaies et du pus qui en coulait ; mais notre Saint, assisté de dom François-Vincent Mini, noble siennois, qui s'était lié avec lui pour toutes ses actions de charité, le lava, le pansa, baisa tendrement ses ulcères et le coucha sur un bon lit, en attendant qu'il fût l'heure de lui donner à dîner. Dans cet intervalle, il s'en alla à l'église, recommandant à sa femme de le visiter, pour voir s'il n'avait point besoin de quelque chose. Cette femme y avait de la répugnance ; cependant, comme elle était très-vertueuse, elle la surmonta généreusement, et vint à la chambre où était ce malade. Mais, ayant senti à la porte une odeur souverainement douce et agréable, elle fut saisie d'un si grand respect, qu'elle n'osa jamais passer outre. Elle s'accusa d'indévotion et de lâcheté, et se reprocha à elle-même, avec beaucoup de larmes, le dégoût qu'elle avait eu de ce membre souffrant de Jésus-Christ, lorsque son mari le lui avait apporté. Peu de temps après, Jean et François revinrent du service divin avec quelques douceurs qu'on leur avait données pour leur malade. Blaise leur dit ce qu'elle avait senti, et ils respirèrent eux-mêmes cette odeur qui était au-dessus de tous les parfums de la terre. Étant entrés dans la chambre pour en connaître la cause, ils n'y trouvèrent plus personne, parce que le lépreux avait disparu.

Le bienheureux Jean vit bien que c'était là une vision du ciel : quelque temps après, Notre-Seigneur, dans une extase de notre Saint, lui déclara que ce n'était ni un ange ni une autre créature, mais lui-même qui avait pris la forme de ce lépreux, afin de lui témoigner combien sa charité lui était agréable. Cette faveur lui fit concevoir de plus hauts desseins de perfection. C'est pourquoi, son fils étant mort et sa fille s'étant consacrée dans le monastère de Saint-Abonde, il distribua, du consentement de sa femme, tous ses biens aux pauvres. Ensuite, se sentant enflammé d'un zèle extraordinaire pour le salut des âmes, et désirant ardemment étendre le règne de Jésus-Christ, il s'appliqua avec ferveur à la prédication de l'Évangile, parcourant les bourgs et les villages, pour porter les pécheurs à la pénitence. Plusieurs hommes vertueux se joignirent à lui dans le même dessein, et firent des fruits merveilleux par la sainteté de leurs exemples et par la force invincible de leurs paroles. De si heureux succès portèrent saint Jean Colombini à instituer une nouvelle famille de religieux. Lorsqu'en 1367 le pape Urbain V se rendit d'Avignon à Rome, Colombini alla au-devant de lui avec ses disciples, jusqu'à Cornéto, pour en obtenir l'approbation de sa société. En route, à Viterbe, les voyageurs reçurent le nom de Jésuates, parce que, conformément à leur habitude, ils disaient continuellement : Vive Jésus ! Louange à Jésus-Christ ! Ce furent, dit-on, les enfants à la mamelle qui les premiers s'écrièrent : Voici les Jésuates ! Ils n'obtinrent l'approbation pontificale que quelques mois plus tard, après s'être pleinement justifiés du soupçon d'être en relation avec la secte fanatique des Fraticelles. Le pape Urbain fixa leur costume consistant en une soutane blanche et un manteau brun ; il les engagea à ne plus parcourir les contrées en grandes masses, mais à fonder des résidences fixes dans les villes ou les campagnes.

La règle de Saint-Benoît, modifiée, devint la base de leurs statuts. Plus tard ils adoptèrent la règle de Saint-Augustin. Cependant, ils ne constituaient pas un Ordre proprement dit ; ils ne formaient qu'une congrégation pieuse, et par ce motif ne faisaient pas des vœux solennels. L'année même de leur reconnaissance par le Saint-Siège, Colombini mourut dans un voyage à Aquapendente, le 31 juillet 1367, après avoir institué, pour lui succéder, son ami François Mini. Les Jésuates, grâce à leur vie édifiante, se répandirent rapidement à travers toute l'Italie, et au-delà de ses frontières, jusqu'à Toulouse. Ils étaient d'abord tous laïques ; en 1606, le Pape leur permit de recevoir des prêtres dans leurs rangs. Outre la prière et les pratiques de mortification, les Jésuates s'occupaient surtout du soin des malades, de la préparation de remèdes et de liqueurs bienfaisantes, ce qui leur fit donner le nom de Pères de l'eau-de-vie. Peu à peu la congrégation s'affaiblit, dégénéra, et en 1668, le pape Clément IX l'abrogea, parce qu'elle n'était plus d'une grande utilité à l'Église.

Les religieuses jésuates se maintinrent plus longtemps ; elles avaient été fondées par Catherine, cousine de Colombini, dans un but tout à fait ascétique.

On pourrait représenter saint Jean Colombini soignant les malades dans son propre palais, et foulant à ses pieds les richesses de la terre, qu'il a méprisées pour l'amour de Jésus-Christ.

Sa vie se trouve écrite parmi celles des Saints de Toscane. Paul Maries l'a aussi composée, et le Père Louis Bourrier, Célestin, nous en a donné une dans son recueil des Fondateurs des Congrégations. Nous avons complété le récit du Père Giry avec le Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, par Geschier. — Cf. Acta Sanctorum, t. VII julii ; Hélyot, Hist. des Ordres relig., t. III ; Vie de saint Jean Colombini de Sienne, fondateur des Jésuates, écrite, d'après les Bollandistes, par D. Frédéric Paul, prêtre de la Société du Très-Saint-Sauveur. Ratisbonæ, 1546.

31 JUILLET.

Événements marquants

  • Conversion suite à la lecture de la vie de sainte Marie l'Égyptienne
  • Vœu de chasteté avec son épouse
  • Distribution de ses biens aux pauvres après la mort de son fils
  • Rencontre avec le pape Urbain V à Cornéto en 1367
  • Approbation de la congrégation des Jésuates
  • Mort à Aquapendente

Miracles

  • Vision d'un lépreux qui était en réalité Notre-Seigneur
  • Odeur suave émanant d'un malade lépreux

Citations

Vive Jésus ! Louange à Jésus-Christ !

— Cri habituel des Jésuates

Date de fête

31 juillet

Époque

14ᵉ siècle

Décès

31 juillet 1367 (naturelle)

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Giovanni Colombini (it)

Prénoms dérivés

Jean

Famille

  • Blaise Bandinelli (épouse)
  • Pierre (fils)
  • Angèle (fille)
  • Catherine (cousine)