Saint Adelbert de Magdebourg
Abbé de Wissembourg, Premier Archevêque de Magdebourg
Résumé
Moine de Saint-Maximin de Trèves, Adelbert fut d'abord envoyé évangéliser les Rugiens en Poméranie avant de devenir abbé de Wissembourg. En 970, il devint le premier archevêque de Magdebourg, où il se distingua par son zèle apostolique auprès des Slaves et sa direction spirituelle de l'impératrice sainte Adélaïde. Il mourut en 981 lors d'une visite pastorale.
Biographie
SAINT ADELBERT, ABBÉ DE WISSEMBOURG,
PREMIER ARCHEVÊQUE DE MAGDEBOURG
981. — Pape : Benoît VII. — Empereur d'Allemagne : Othon II.
Pietas parens est, initium fuisque omnibus virtutum.
La piété est la mère de toutes les vertus, leur principe et leur perfection. S. Greg. thaumat., in Grat. panegypt.
Saint Adelbert, un des hommes les plus célèbres du règne d'Othon Ier, entra, fort jeune encore, à l'abbaye de Saint-Maximin, que Henri l'Oiseleur avait rétablie à Trèves et qui était alors l'école où se formaient les évêques. La nature l'avait doué de toutes les qualités qui font les grands hommes. Une conception facile, un génie pénétrant, une mémoire prodigieuse, une piété ardente, un vif amour de Dieu et un grand zèle pour la propagation de la religion de Jésus-Christ, en un mot, les dons les plus précieux de l'esprit et du cœur, voilà ce que l'on admirait dans le jeune homme. L'âge développa de plus en plus ces heureuses qualités, et les supérieurs, qui s'étaient aperçus depuis longtemps du mérite et des dispositions d'Adelbert, avaient pris un soin particulier pour le former. Pour éviter cette enflure de cœur que produit souvent la science, Adelbert commençait et finissait ses études par la prière ; il les interrompait même de temps en temps par la méditation et par des élévations de son âme vers Dieu. Purifiant ainsi son entendement, il détacha en même temps son cœur des choses de la terre et se prépara à répondre aux vues que la Providence avait sur lui.
Vers l'an 960, les Rugi ou Rani, qui habitaient une partie de la Poméranie, entre l'Oder et la Wipper, et l'île de Bugen dans la mer Baltique, demandèrent des prédicateurs de l'Évangile. Sous le règne de Louis le Débonnaire, quelques moines de la nouvelle Corbie avaient entrepris de prêcher Jésus-Christ à cette nation païenne ; ils opérèrent plusieurs conversions dans différentes provinces des Slaves et construisirent, dans l'île de Bugen, un oratoire en l'honneur de Notre-Seigneur et de saint Vit, qu'ils honoraient comme leur patron ; mais ces heureux commencements ne se
SAINT ADELBERT, ABBÉ DE WISSEMBOURG.
soutinrent pas : les Rugiens retournèrent à leurs idoles. Par une bizarrerie singulière, ils ajoutèrent saint Vit à leurs faux dieux et lui bâtirent un temple. Ces peuples avaient toujours montré une très-grande aversion pour les chrétiens et surtout pour les prêtres de la religion chrétienne. Ils n'agissaient donc que par hypocrisie, quand ils demandèrent plus tard à être instruits des vérités de l'Évangile. L'empereur Othon Ier, persuadé qu'ils avaient un vrai désir de se convertir, reçut avec joie leurs envoyés et leur désigna pour évêque Liburce, moine de Saint-Alban à Mayence. Liburce étant mort peu de temps après cette nomination (961), Adelbert fut choisi pour le remplacer, et sacré évêque des Rugiens (962). Othon lui fournit tout ce qui était nécessaire pour l'accomplissement de cette sainte œuvre, et Adelbert partit avec un certain nombre de missionnaires ; mais il trouva des cœurs bien peu disposés à recevoir ses enseignements. Plusieurs des prêtres qui l'avaient accompagné furent massacrés, et les autres eurent bien de la peine à échapper avec l'évêque. Désespérant de réussir, ils retournèrent dans leurs monastères.
Cependant Othon, désirant récompenser le zèle et les vertus d'Adelbert, le nomma abbé de Wissembourg, au diocèse de Spire, dans la basse Alsace, sur la rivière de Lutter. Le saint homme soutint, par sa sagesse et son exemple, la régularité dans cette abbaye, qui fut dès lors une des plus célèbres de l'empire : il était le père de ses religieux et l'ange de paix de l'abbaye. Se félicitant d'avoir eu l'occasion de rentrer dans un monastère, il s'attendait à n'avoir plus à s'occuper le reste de ses jours qu'à travailler à se sanctifier avec ses religieux dans le silence et la retraite, lorsque la divine Providence vint l'arracher à son repos pour lui faire parcourir un champ plus vaste. Elle le tira de sa solitude pour l'élever, vers l'an 970, sur le siège de Magdebourg. L'empereur Othon, se trouvant à Rome, sollicita le pape Jean XII d'ériger en métropole le siège de Magdebourg et de lui donner pour suffragants les évêques de Mersebourg, de Meissen, de Zeitz, de Havelberg et de Brandebourg. Le Pape y consentit, et Adelbert partit de Wissembourg pour aller prendre possession de son Église. Il y fut reçu avec toutes les démonstrations de respect possibles. L'impératrice sainte Adélaïde, qui avait appris à connaître le mérite du saint homme, le choisit pour le directeur de sa conscience et le suivit à Magdebourg, afin de profiter jusqu'à la fin de ses jours des conseils du digne prélat. Mais Adelbert quitta ce monde avant la mort de cette pieuse princesse.
Animé d'un zèle apostolique, Adelbert procura la connaissance de Jésus-Christ à un grand nombre de Slaves, qui étaient encore plongés dans les ténèbres de l'erreur. Il fit construire plusieurs églises, leur donna des pasteurs capables d'instruire un peuple nouvellement converti. Il établit un ordre admirable dans le chapitre de sa cathédrale, fondé par l'empereur Othon Ier, et n'y admit que des hommes recommandables par leurs connaissances et leur piété. Le Seigneur le favorisa du don de prophétie, et il mena toujours, pendant son épiscopat, la vie d'un Apôtre. Il était occupé à faire la visite du diocèse de Mersebourg, lorsqu'il fut attaqué de la maladie qui le conduisit au tombeau. Après avoir célébré la messe à Mersebourg, il sentit ses forces l'abandonner. Il eut recours aux sacrements de l'Église, qu'il reçut avec une grande piété, et mourut le 20 juin 981. Son culte a subsisté à Magdebourg jusqu'au moment de la réforme, époque à laquelle furent détruits dans cette ville tous les monuments relatifs aux saints.
20 JUIN.
[ANNEXE: NOTICE SUR L'ABBAYE DE WISSEMBOURG.]
L'abbaye de Wissembourg, dont il vient d'être question, doit son origine à Dagobert Ier, roi de France, ou, selon d'autres historiens, à Dagobert II, roi d'une partie de l'Austrasie, comprenant l'Alsace, qui lui donna des biens considérables. Elle fut élevée plus tard à la dignité d'abbaye princière, avec celles de Murbach, de Fulde et de Kempten, et son abbé, prince du saint empire, avait voix et séance à la diète germanique. Une ancienne charte, découverte par Bruschius, dans les archives de Spire, en désigne comme premier abbé Principius, depuis évêque de Spire sous le règne de Dagobert II, ce qui prouve que cette abbaye existait avant ce prince.
L'abbaye de Wissembourg a été, dès son origine, le séjour des sciences et des connaissances en tout genre, et l'histoire nomme particulièrement, au IXe siècle, un religieux dont le mérite n'est pas assez connu, même du monde savant. Nous voulons parler du célèbre moine Otfrid, qui, né sur les bords du Rhin et doué par la nature des plus heureuses dispositions, se retira, fort jeune encore, à Wissembourg, pour se livrer à l'étude sous les fameux maîtres qui brillaient alors dans cette maison. De Wissembourg il se rendit à Fulde pour profiter des leçons de Raban Maur, qui était alors à la tête de l'école de cette abbaye. De retour à Wissembourg, il fut promu au sacerdoce et chargé de la direction des écoles de ce monastère. Cet emploi lui laissa encore le temps de composer plusieurs ouvrages, qui ont fait passer son nom à la postérité. Il s'acquit la réputation d'un des plus savants hommes de son temps et les titres de philosophe, de rhéteur, de poète et de théologien.
Un des principaux objets de l'étude d'Otfrid fut de perfectionner et d'enrichir la langue de son pays, qui était le théotisque ou le tudesque. Ce moine studieux fit des efforts presque surnaturels pour faire accréditer sa langue, ce qui lui coûta un travail infini. Il se plaint, dans une lettre à Luitbert de Mayence, de la dureté de l'idiome dans lequel il écrivait et de la difficulté qu'il éprouvait à surmonter les entraves de la langue tudesque, peu propre à la poésie. Il y reproche aux écrivains de son siècle d'affecter d'écrire l'histoire en latin plutôt qu'en leur langue maternelle.
On ne peut contester à Otfrid l'honneur d'avoir été le premier écrivain connu parmi les anciens Germains, qui ait mis en vers rimés quelque partie de l'Écriture sainte. Le soin qu'il prit de cultiver le tudesque inspira à ses compatriotes une noble émulation de l'imiter. Il mit en vers les traits les plus frappants de la vie de Jésus-Christ. Cette poésie était différente de celle des Grecs et des Romains, en ce qu'elle était rimée et qu'elle ne se mesurait point par des pieds composés de syllabes longues et brèves, mais simplement par le nombre des syllabes.
Charlemagne avait un goût particulier pour le tudesque, et Eginhard nous rapporte que ce prince donna des noms tudesques aux douze mois de l'année, et que, pour faciliter l'étude de la même langue, il commença à en rédiger une grammaire.
L'ouvrage le plus considérable, comme le plus connu et le plus estimé d'Otfrid, est sa traduction de l'Évangile, en vers rimés et en cinq livres. L'auteur y paraphrase, en suivant la Vulgate, les plus beaux endroits de l'Évangile, auxquels il joint souvent de courtes réflexions morales et quelquefois historiques, tirées la plupart des ouvrages de saint Grégoire le Grand et de saint Augustin. Il a si bien choisi ces endroits qu'ils forment une histoire suivie depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu'à son ascension : la piété respire partout dans ce poème. On en pouvait chanter des morceaux détachés, ce qui les fit répondre plus aisément dans le public et contribuer à faire tomber les chansons profanes et obscènes.
L'épître dédicatoire est d'une singulière invention : c'est une espèce de double acrostiche, dont les vers, divisés en quatrains, commencent et finissent par les mêmes lettres, et ces premières et dernières lettres forment, de côté et d'autre, cette inscription latine : *Luthovico orientalium regnorum regi sit solus aterna*. C'est ainsi que les poètes du IXe siècle se plaisaient à multiplier les difficultés mécaniques de l'art pour avoir le plaisir de les vaincre.
Otfrid n'est pas le seul savant qu'ait produit l'abbaye de Wissembourg. Trithème nous cite un
SAINT ADELBERT, ABBA DE WISSEMBOURG.
certain Héderich, qui dirigea de même les écoles de ce monastère et composa un commentaire sur le cantique des cantiques de Salomon. Cet ouvrage, ainsi que les Homélies du même auteur, ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Le temps nous a de même privés des productions de plusieurs savants qui ont fait honneur à l'abbaye de Wissembourg. L'abbé Rupert, qu'Othon III éleva sur le siège épiscopal de Spire, fut aussi un homme très-savant.
L'abbaye de Wissembourg a donné naissance à la ville du même nom. La discipline et la piété fleurirent dans ce monastère, mais plusieurs désordres s'y glissèrent vers la fin du XIIIe siècle. La négligence des abbés était si grande que, pendant le XIVe siècle, plusieurs de ses plus beaux domaines furent aliénés. Enfin les choses en étaient venues au point qu'en 1470 Frédéric, comte palatin du Rhin, crut devoir, en sa qualité de bailli d'Alsace, prendre des mesures vigoureuses pour y rétablir la discipline et l'esprit de saint Benoît. Il fit venir dans ce dessein deux saints abbés de Mayence et de Bamberg et les conduisit, du consentement des autorités de la ville, à l'abbaye ; mais ses espérances furent trompées. Au moment où l'on était assemblé à l'église pour entendre un célèbre prédicateur, le peuple, qui prenait le parti des religieux, se souleva contre le comte et les deux abbés, sous prétexte qu'on cherchait à molester des moines auxquels on n'avait rien à reprocher. Le tumulte s'accrut au point que les deux abbés furent obligés de se sauver et de s'enfermer dans la sacristie. Les moines profitèrent du désordre et s'enfuirent en ville ; mais le magistrat les ramena le lendemain au monastère. Le comte, dont l'autorité avait été si gravement méconnue par les habitants de Wissembourg, se présenta à la tête d'un corps d'armée pour punir les coupables. Ce ne fut cependant qu'au bout d'une année qu'il parvint à rétablir l'ordre dans l'abbaye, en renvoyant dans d'autres maisons les moines qui s'étaient le plus opposés à la réforme projetée. Ce retour à l'ordre ne fut pas de longue durée : Clément VII convertit alors l'abbaye, en 1524, en un chapitre de chanoines. Après la mort de Rudiger, qui en avait été le dernier abbé, l'évêque de Spire obtint, en 1545, du pape Paul III et de l'empereur Charles-Quint, la permission de réunir irrévocablement le titre de prévôt de Wissembourg à celui de son évêché. Ce chapitre consista, depuis cette époque, en un prévôt (qui effectivement a toujours été l'évêque de Spire), un doyen, un cestos et douze chanoines.
Il y avait aussi autrefois à Wissembourg une autre collégiale, qui avait été fondée, pendant le XIe siècle, par l'abbé Luithard, en l'honneur de saint Etienne. Elle a été détruite en 1325, pendant la guerre des rustauds.
Cette ville possédait de même deux préceptorats, dont l'un appartenait à l'ordre teutonique et l'autre aux chevaliers de Malte.
Les Augustins s'établirent à Wissembourg en 1279. Leur maison fut vendue à la ville en 1526, et on la convertit en hospice civil : la ville ayant été cédée à la France, Louis XIV rétablit en 1684 les Augustins dans leur ancien monastère.
Les religieux de l'Ordre de Saint-François furent appelés dans la même ville en 1372 ; leur couvent, ayant été aliéné lorsque la ville embrassa la réforme, fut donné en 1686, par ordre du roi, aux Capucins, dont l'un, depuis ce temps, a toujours desservi la cure.
Les Dominicains construisirent leur monastère en 1288 : en 1553 il fut converti en hospice ; le couvent des filles du même Ordre fut de même supprimé.
Nous avons emprunté cette Vie à l'Histoire des Saints d'Alsace, par l'abbé Hunckler. — Voyez Mabillon, Ann. ord. S. Benedicti, t. III, p. 128 ; Ann. Treviron., t. I ; Tritham., Chron. Hirning., t. I ; Hist. Riter. de la France, t. IV ; Lagullio. Hist. d'Alsace, t. Ier, t. VI, p. 71 ; Hoffmann, De Gitafrida, monache Wissemb., Grundtäter, Hist. de l'Église de Strasbourg, t. v.
20 JUIN.
Événements marquants
- Entrée à l'abbaye de Saint-Maximin de Trèves
- Sacre comme évêque des Rugiens en 962
- Échec de la mission en Poméranie et retour en Allemagne
- Nomination comme abbé de Wissembourg
- Élévation au siège métropolitain de Magdebourg vers 970
- Évangélisation des populations slaves
Miracles
- Don de prophétie
Citations
Pietas parens est, initium fuisque omnibus virtutum.