Saint Amans de Rodez
Évêque, Restaurateur de la religion chez les Ruthènes, Patron du diocèse
Résumé
Né à Rodez et d'abord évêque de Lodève, saint Amans revint dans sa patrie vers 401 pour restaurer la foi chrétienne déclinante. Par de nombreux miracles, dont la destruction par la foudre de l'idole de Ruth et le détournement du ruisseau Lauterne, il convertit le peuple ruthène. Il mourut vers 440, laissant l'image d'un pasteur charitable et d'un puissant thaumaturge.
Biographie
SAINT AMANS DE RODEZ, ÉVÊQUE,
RESTAURATEUR DE LA RELIGION CHEZ LES RUTHÈNES, PATRON DE TOUT LE DIOCÈSE
Vers 440. — Pape : Saint Léon Ier, le Grand. — Roi des Francs : Clodion.
Tu rudes, Praxul, papulos et alta Norte demersos, tenebris fugatis, Edoces; nostris male sauus error Exulat oris.
Vous avez à peine fondé le sol des Ruthènes, évêque pasteur, que déjà votre parole éloquente a fait la conquête des peuples grossiers de ces contrées; que les ténèbres s'enfuient, et que l'erreur s'abîme sous le poids de la vérité qui l'accable.
Hymne de saint Amans.
Saint Martial avait converti les Ruthènes à la foi catholique, mais le paganisme avait repris peu à peu le dessus et les fidèles étaient devenus de moins en moins nombreux. Saint Amans devait être le second apôtre du pays de Rodez ; il était prédestiné à ramener sa ville natale à la foi primitive presque éteinte, et à devenir ainsi le restaurateur de la religion chez les Ruthènes.
La ville de Rodez se glorifie d'avoir été le berceau de l'illustre saint Amans (Amantius), de l'avoir eu pour pasteur pendant sa vie et de l'invoquer pour patron après sa mort bienheureuse. Il eut le bonheur d'être élevé, dès son enfance, dans la religion chrétienne, et, à la fleur de son âge, il rompit les liens qui l'attachaient au siècle, pour s'engager dans la milice de Jésus-Christ. Ses vertus exemplaires et sa science profonde le firent élever au sacerdoce ; mais une telle lumière ne pouvait demeurer cachée sous le boisseau ; aussi il fut promu, jeune encore, à l'évêché de Lodève, ville de la province de Narbonne, vers la fin du IVe siècle. Mais son cœur était resté attaché à son pays natal, et il souffrait vivement de le savoir enveloppé presque tout entier dans les ténèbres du paganisme. Aussi il ne tarda pas à céder l'administration du diocèse de Lodève à un autre
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évêque qu'il y fit élire, et entreprit d'évangéliser sa patrie livrée au culte du démon.
L'éclat de ses vertus et la sainteté de sa vie le rendirent digne d'être désigné pour occuper le siège de Rodez, vers 401 ; c'était un fardeau redoutable. Mais il y porta une grandeur d'âme à la hauteur de son éminente dignité, et un dévouement et un courage proportionnés aux difficultés de la situation.
La nature et la grâce avaient concouru à l'envi pour former ce grand cœur d'apôtre. Austère pour lui-même, il était plein d'une tendre compassion pour les autres. Il se distinguait par une charité empressée, par une libéralité sans mesure ; il était plein de mansuétude pour pardonner, calme dans les discussions, doux contre les injures, patient dans les tribulations, modéré dans la prospérité, égal d'humeur dans les contradictions, sévère contre la flatterie, humble dans les succès. Il savait allier l'aisance à la retenue, et l'enjouement à la dignité. Enfin, toutes ces nobles qualités, toutes ces vertus admirables étaient couronnées par un zèle ardent pour la conversion de ses frères. Tel était le pasteur plein de mansuétude, l'apôtre au cœur brûlant que la Providence avait accordé aux Ruthènes, comme l'ange de sa miséricorde.
Le saint pasteur eut la douleur de trouver sa ville natale courbée sous le joug du paganisme ; elle avait déjà laissé presque s'éteindre le flambeau de la foi allumé par saint Martial. Amans vit son église abandonnée et fermée avec des pierres et des buissons ; nul des rares chrétiens qui restaient ne pouvait ni n'osait plus y adorer le vrai Dieu.
Le saint évêque s'était choisi pour fidèle et digne compagnon de ses travaux le diacre saint Naamas. Il ne se hâta pas, par prudence, d'ouvrir de nouveau l'église déserte ; mais il se contenta d'abord d'un petit oratoire dans lequel il ne cessait de prier, jour et nuit, avec son diacre, pour ses concitoyens idolâtres. Puis il annonça la parole de Dieu à ces infidèles, et en convertit ainsi quelques-uns. Mais le plus grand nombre s'obstina dans l'erreur avec une aveugle opiniâtreté, et continua d'adresser son culte à l'infâme idole de Ruth, qui retenait ses adorateurs sous l'empire des plaisirs des sens. C'était surtout les principaux de la ville qui donnaient l'exemple au peuple et le maintenaient dans sa déplorable superstition. À ce peuple grossier il fallait des miracles éclatants ; le pasteur zélé le comprit et les obtint de Dieu.
Un jour, le Saint annonçait la parole de Dieu à ces idolâtres avec toute l'ardeur de son zèle. Un homme des plus considérables de la ville l'écoutait curieusement ; frappé de l'évidence de la vérité, mais trouvant sans doute la foi chrétienne trop relevée pour son âme terrestre, et la morale évangélique trop austère pour sa nature sensuelle, il s'écria publiquement qu'il ne renoncerait à sa religion et n'embrasserait celle de Jésus-Christ, que s'il voyait monter dans la ville le petit ruisseau, nommé Lauterne, qui coule au pied de la colline élevée et escarpée sur laquelle Rodez est assis. Le saint évêque accepte la proposition et ose promettre le miracle ; il se prosterne et invoque le Tout-Puissant. Soudain le ruisseau se détourne de son cours ordinaire, gravit le sommet de la montagne, et vient couler aux pieds du pasteur. Puis, soumis à un nouveau commandement du pontife, il redescend dans la vallée et rentre dans son lit. À la vue d'un miracle si surprenant, ceux qui en sont témoins rendent gloire au Dieu d'Amans et abandonnent leurs superstitions.
Un autre jour, le prévôt de la ville ayant fait dresser son tribunal sur la
SAINT AMANS DE RODEZ, ÉVÊQUE.
place publique, condamna un criminel à mourir sur le gibet. Le saint pasteur, touché de compassion, s'empressa, à cette nouvelle, d'aller demander au prévôt la grâce du condamné. Celui-ci opposa le refus le plus obstiné à toutes ses instances, et finit même par accabler le Saint d'invectives et d'injures. Le prélat revient tristement dans son oratoire, se prosterne dans la poussière, se frappe la poitrine et supplie le Seigneur avec larmes de lui accorder la grâce que le gouverneur lui avait refusée. Pendant cette prière, l'impitoyable prévôt tombe subitement de son siège comme frappé de mort. Tout le monde comprit d'où venait le coup; on se hâta d'accourir vers le Bienheureux, pour le prier de rendre à la vie le gouverneur presque inanimé. Dès l'arrivée du Saint sur la place, le prévôt est subitement guéri; il tombe aux genoux du prélat, lui demande pardon de sa dureté et de ses outrages, abjure publiquement l'idolâtrie et demande le baptême. La plupart des assistants, frappés de tous ces prodiges, se convertirent à la religion chrétienne.
Ces miracles ne furent pas encore assez puissants pour ramener tout le peuple. Beaucoup s'endurcirent dans leur détestable erreur; la défection d'un grand nombre des leurs ne fit même que les rendre plus fanatiques.
Ils résolurent de célébrer, avec plus de pompe que jamais, la fête de leur idole. Ils assemblèrent donc une multitude d'idolâtres de la ville et des environs, afin de raffermir, par une imposante manifestation, le culte ébranlé de Ruth. Ils immolèrent un grand nombre de victimes au démon, puis, gorgés de viande et ivres de vin, ils firent éclater leurs chants impies et se livrèrent à des danses obscènes autour de leur idole.
Le saint pasteur, à cette vue, sentit son cœur paternel percé de douleur; il répandit des larmes amères sur le triste aveuglement de ces infortunés. Puis, ne pouvant contenir l'ardeur de son zèle, il prend avec lui son diacre Naamas, apparaît plein de majesté à ce peuple dégradé, et élevant sa voix, il reproche à tous ces hommes en délire leur impiété, leurs coupables excès, et les presse d'abandonner le culte du démon, pour embrasser celui du vrai Dieu. Les païens, exaspérés d'être troublés au milieu de leur fête, se répandirent en injures grossières contre le pontife, et, dans la fureur de leur fanatisme, ils cherchèrent à se saisir de lui pour l'immoler à leur infâme divinité. Mais le pasteur, préférant travailler à la conversion des siens que de cueillir sitôt la palme du martyre, s'échappa de leurs mains et se rendit dans son oratoire avec Naamas. Là il se prosterna devant son Dieu méconnu, poussa de profonds soupirs et versa d'abondantes larmes, pour obtenir la conversion de ces infortunés. Après quelque temps, il relève la tête et demande à son compagnon s'il ne voyait pas un nuage s'élever du côté de l'Orient. Sur sa réponse négative, le saint prélat se prosterne de nouveau et redouble ses larmes et ses prières; puis, il se relève encore, renouvelle sa demande, et, plein de confiance, considère lui-même le ciel. Tout à coup les nuages s'amoncèrent rapidement; le soleil, jusque-là éclatant, voile sa clarté; les ténèbres sont sillonnées par la sinistre lueur des éclairs; le tonnerre gronde avec un fracas inouï. Soudain, un éclair formidable déchire la nue; la foudre, avec un éclat terrible, tombe sur l'idole hideuse et la met en pièces. Les débris de l'idole de pierre tourbillonnent dans les airs et sont lancés avec tant de violence, qu'une partie tombe dans le ruisseau de Lauterne, l'autre, dans la rivière de l'Aveyron, dans le gouffre appelé depuis gouffre de l'Idole, et par corruption de terme roman, la Youlle ou la Guioule; et la troisième s'enfonça violemment non loin du piédestal, dans le pré même de la Conque.
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A ce coup terrible, le peuple, saisi d'épouvante, poussa des cris et des gémissements. Tous ces idolâtres furent subitement frappés, les uns d'aveuglement et les autres de surdité, image du mal de leur âme; les enfants seuls, que l'âge avait préservés de la corruption, furent épargnés. Quand la première stupeur se fut dissipée, le peuple, reconnaissant la main de Dieu qui le frappait, courut chez le bienheureux prélat, lui demanda pardon de tout le passé, implora la guérison de son mal miraculeux, renonça solennellement au culte des idoles et sollicita la grâce du baptême. Le pasteur, pénétré de joie, obtient la guérison de tous, et, après avoir rendu de ferventes actions de grâces à Dieu pour un tel bienfait, il admet tout ce peuple dans son bercail désormais renouvelé. Les prêtres de l'idole, sous une inspiration diabolique, avaient convoqué cette affluence considérable de païens, afin de relever la majesté compromise de son culte par une manifestation solennelle, Dieu profita du rassemblement de la multitude pour convertir une foule plus nombreuse avec plus d'éclat. Ainsi les moyens que le démon avait mis en œuvre, pour affermir son empire, furent ceux dont Dieu se servit pour le renverser à jamais.
Mais tel est l'endurcissement du cœur de l'homme, que malgré des prodiges si éclatants, tous les païens ne se convertirent pas. Il en resta un assez grand nombre, et des plus forcenés, pour oser tramer des complots contre la vie du saint pasteur. Exaspérés par ce qui aurait dû les gagner, par la destruction miraculeuse de leur divinité, ils vont trouver un noble et riche patricien, nommé Honorat; sa puissante influence le rendait un des plus fermes soutiens de leur religion. Il demeurait à quelque distance de la ville. Ces païens lui portèrent la nouvelle de la ruine de leur idole et de son culte, firent éclater devant lui leur douleur, et excitèrent sa vengeance contre saint Amans, cause de tout le mal. Honorat, outré de colère, profère les menaces les plus terribles contre le saint pasteur; il fait atteler aussitôt son char, se fait accompagner de ses satellites et de la foule qui était venue le chercher; et toute cette multitude se dirige vers Rodez, vociférant des blasphèmes contre le vrai Dieu et des cris de mort contre son digne représentant.
Cependant le saint évêque, instruit de cette démarche et de ces menaces, ne se trouble pas; il a recours à son arme habituelle, à la prière. Au même moment, Honorat, arrivé devant la porte de la ville, se disposait à faire son entrée, lorsque ses chevaux, jusque-là dociles, s'arrêtent tout à coup comme raidis et cloués au sol. Les coups de fouet, les mauvais traitements ne leur furent pas épargnés; tous les moyens furent impuissants à les arracher de leur immobilité de statue. C'était justement à cette place, sur le seuil de cette porte, que le Saint, la veille, s'était prosterné dans la poussière pour prier. Honorat, frappé d'un prodige si étrange et touché de la grâce, dépêcha un de ses serviteurs au saint évêque, pour le supplier de venir rendre la liberté à un captif qu'il avait su si bien enchaîner par ses prières. Dès que le Bienheureux arrive, il touche le char, et aussitôt les chevaux par un nouveau prodige, redeviennent dociles à la main qui les dirige. Le prélat, par ce double miracle, dompta le cœur farouche du païen. Celui-ci se précipita de son char, embrasse les genoux du Saint, lui demande, avec larmes, pardon du mal qu'il voulait lui faire, et implora la grâce du baptême.
Pendant ce temps, un serviteur court en toute hâte annoncer ces nouvelles à la femme d'Honorat. Celle-ci, irritée d'une conversion qu'elle regardait comme un malheur, se presse d'arriver à la ville, et, le visage
tout bouleversé, elle aborde le Prélat avec des paroles de fureur et de menaces. Mais, à la vue du Pontife si calme et si plein de majesté, elle est tout à coup saisie d'un respect qui la rend toute tremblante; la parole expire sur ses lèvres, la grâce triomphe de son cœur, et elle se précipite aux pieds du Saint, en demandant le baptême. Le Prélat régénéra dans l'eau sainte le mari, la femme, le fils et tout le reste de la maison d'Honorat, ainsi qu'un grand nombre de païens présents à ce miracle. Honorat mena dans la suite une vie si chrétienne, qu'il fut mis au nombre des Saints. Il y avait dans l'église de Saint-Amans une chapelle qui lui était dédiée; ses reliques y étaient déposées, et on conserve encore, dit le chroniqueur, dans le trésor de cette église, dans un reliquaire d'argent, un os du bras de saint Honorat.
Tel fut le dernier coup du ciel pour la conversion des Ruthènes idolâtres. Dieu avait multiplié les prodiges en leur faveur; il avait voulu les conquérir avec éclat.
Voici d'autres miracles, moins éclatants sans doute, mais utiles à la conservation et à l'affermissement de la foi dans le cœur des fidèles néophytes et à la glorification de leur grand Apôtre.
Le Prélat, voulant un jour exercer l'hospitalité envers des hôtes qu'il avait reçus, envoya deux garçons, qu'il avait recueillis chez lui et élevés, à la rivière de l'Aveyron, pour y prendre quelques poissons. Ceux-ci, après leur pêche, revenaient à la ville, portant leurs filets avec leur capture, lorsqu'ils firent la rencontre de trois cavaliers de la garnison. Les soldats, apprenant que ces poissons étaient destinés à leur Pasteur, se moquèrent du Saint, battirent ses serviteurs, et s'emparèrent du produit de leur pêche. Puis ils apprêtent les poissons, allument un grand feu et se mettent en devoir de les faire frire. Ce fut en vain: les poissons restèrent aussi durs et aussi frais qu'au sortir de la rivière; les soldats eurent beau avoir recours à tous les moyens, ils prirent une peine inutile. Alors ils reconnurent le prodige, comprirent leur faute, et allèrent se prosterner aux pieds du Saint, en lui rapportant le fruit de leur larcin, et en lui demandant pardon. Le bon Pasteur s'empressa de le leur accorder; il voulut même leur faire don de ce qui avait excité leur convoitise. Les soldats l'ayant remercié, reprirent donc ces poissons merveilleux; et, dès qu'ils eurent essayé de nouveau de les faire frire, ils les trouvèrent d'une facile cuisson. Ce miracle, dont l'objet était d'une si petite importance, ne laissa pas que d'être utile à tous; car il mit fin à la coutume barbare où étaient les soldats d'attaquer le peuple et de le piller, et à la dure nécessité où se trouvait celui-ci de subir leurs violences.
Un soir, deux larrons déguisés en mendiants se présentèrent devant le saint évêque, et, avec toutes sortes de gémissements hypocrites, lui demandèrent un abri pour la nuit. Le Prélat, touché de compassion pour leur misère, les accueille avec bonté, leur sert à manger, et leur donne l'hospitalité chez lui, à côté de l'église. Ces misérables profitent du sommeil des habitants et des ténèbres de la nuit pour se glisser dans l'église, portent des mains sacrilèges sur les plus riches tissus des autels et se hâtent de se sauver au loin avec leur butin. Mais ils sont frappés d'aveuglement, font mille détours inutiles dans la campagne, consument toute la nuit en vains efforts; et le jour était déjà avancé, qu'ils se trouvèrent près du pont voisin de la ville.
Cependant on s'était aperçu du vol qui avait été commis, et on en avait informé le Pasteur. Le Saint, inspiré d'en haut, indiqua l'endroit où se
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trouvaient les voleurs. On se dirige donc vers le pont, on y trouve en effet les deux scélérats si bien aveuglés, qu'ils croyaient, en plein jour, se trouver dans les ténèbres de la nuit. On les amène devant le saint évêque : à la vue de l'outrage causé à l'honneur de la maison de Dieu, le Prélat, à l'exemple du divin Sauveur, oublia sa mansuétude ordinaire. Avant de leur pardonner, il leur adressa une sévère réprimande et les frappa légèrement de son manteau ; ce qui, par une permission de Dieu, leur causa la douleur la plus cuisante.
Le saint évêque avait un petit jardin dont les fruits tentèrent un voleur, qui, pendant la nuit, les pilla et prit la fuite, pour se mettre en sûreté avec sa capture. Une petite haie formait la clôture du jardin ; il l'avait franchie aisément ; mais, quand il voulut ressortir, elle lui sembla alors un mur très-élevé. Les moindres obstacles furent pour lui des remparts, et il ne fit que tourner toute la nuit, sans pouvoir trouver une issue pour s'échapper de sa prison merveilleuse. La clarté du jour ne le tira pas de son erreur, et on l'amena devant le Saint. Celui-ci, le voyant repentant et confus, lui pardonna, en lui recommandant de demander à l'avenir ce dont il aurait besoin, et de ne point le dérober injustement.
Un autre jour, un voleur pilla les ruches que le Saint entretenait dans son jardin, et en emporta tout le contenu. Lorsqu'il fut arrivé chez lui, ce miel se trouva changé en poix. Ce prodige ouvrit les yeux au coupable ; pressé par le remords, il courut chez le pasteur pour lui rapporter ce qu'il avait pris, et pour lui demander pardon. Le Saint le lui accorda avec empressement, et lui fit même don du miel convoité ; aussitôt, par un nouveau prodige, ce miel reprit sa nature première.
Cependant saint Amans était très-avancé en âge et les grands travaux qu'il avait accomplis, joints aux austérités qu'il avait pratiquées, avaient achevé de lui ôter les forces. Il ne pouvait plus administrer aussi activement son diocèse. Il se déchargea donc du soin de son église et de son troupeau sur son fidèle diacre saint Naamas ; il en conserva seulement la haute direction.
Son âme était depuis longtemps mûre pour le ciel. Dieu voulut enfin récompenser ses grands travaux ; il l'appela à lui, pour recevoir la couronne due à ses mérites, le 4 novembre, jour auquel on célèbre sa fête. L'époque de sa mort glorieuse peut être déterminée environ de 440 à 445. On invoque ce grand Saint avec succès, particulièrement pour conjurer les tempêtes, la grêle et le feu du ciel.
On le représente ordinairement ressuscitant un mort : nous avons donné la raison de cette caractéristique.
## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.
Saint Amans fut enseveli à Rodez dans l'église qu'il avait fait bâtir. Son premier tombeau fut modeste, et placé dans un lieu de l'église peu apparent. Les miracles dont il fut honoré obligèrent saint Quintien à faire la translation de ses reliques dans un monument plus digne du glorieux évêque, au commencement du VIe siècle.
Le lieu où saint Quintien avait placé ces vénérables reliques se trouvant dans la suite trop étroit pour le grand nombre des personnes qui venaient de tous côtés les honorer, on les transféra de nouveau, et avec beaucoup de solennité, dans une chapelle plus basse, mais plus vaste, dans laquelle on déposa en même temps les corps de saint Dalmas et de saint Naamas ; on ne sait point l'année de cette seconde translation. Depuis cette époque, les évêques de Rodez se sont fait un
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devoir de conserver avec soin ces dépouilles sacrées qu'ils ont toujours regardées comme l'ornement de leur église et comme son plus précieux dépôt, et, de temps en temps, ils en faisaient la visite minutieuse, afin d'en constater la conservation.
En 1295, le comte Bernard d'Armagnac, connétable de France, légua à l'église de Saint-Amans une châsse en argent, pour enfermer le corps du saint évêque. Ces tombeaux vénérables furent visités et leurs reliques vérifiées successivement par Guillaume de La Tour, Georges d'Armagnac, Bernardin de Corneillan, Randonin de Périgueux, Gabriel de Paulmy et François de Lusignan. Enfin, le 2 mai 1690, ce dernier prélat, voyant que toutes ces reliques se trouvaient dans un lieu trop humide, jugea à propos de les renfermer dans la chapelle dite des Corps-Saints et située derrière le maître-autel ; il y transféra aussi le corps de saint Eustache, successeur de saint Amans.
L'antique église de Saint-Amans menaçait ruine ; elle fut donc démolie en 1752 ; la première pierre de la nouvelle, qui existe aujourd'hui, fut posée le 17 avril 1758, et la consécration en fut faite, avec une pompe inouïe, par l'évêque Charles de Grimaldi, le 8 septembre 1764. Dès l'année 1750, les tombeaux de la chapelle des Corps-Saints furent ouverts par un délégué de l'évêque ; on vérifia soigneusement ces reliques, ainsi que les procès-verbaux des diverses visites des évêques, et on transporta solennellement ces restes vénérables dans l'église des Cordeliers, située sur l'emplacement du palais de justice. À l'époque de la consécration de l'église nouvelle, on les remit à la place qu'ils occupaient dans l'ancienne.
Ces vénérables dépouilles, si précieusement conservées par nos pères pendant quatorze siècles, furent en partie détruites par la Révolution. Les modernes Vandales violèrent les tombeaux, pour en disperser les cendres, et n'épargnèrent pas plus les châsses des Saints que les vases sacrés. On les vit sortir du temple tout chargé des vols faits à la mort elle-même, traînant sur la place publique, comme un trophée de victoire, le cercueil de plomb brisé, les images mutilées, jetant outrageusement sur le pavé ces ossements si vénérables, que n'avaient pu protéger l'hospitalité du tombeau ni l'inviolabilité de la sainteté. Un homme de l'époque, le citoyen Tarayre, secrétaire de la commune, recueillit le chef de saint Amans, qu'on avait abandonné sur le pavé, et le rendit à l'église quand les temps furent devenus meilleurs. Un homme, nommé Pougenç, de Réquista, sauva, de son côté, les têtes de saint Dalmas et de saint Naamas. Aujourd'hui ces trois chefs vénérables sont exposés sur le maître-autel de l'église de Saint-Amans, avec d'autres reliques.
Le tombeau du saint évêque ne tarda pas à devenir célèbre par le grand nombre de miracles qui s'y opérèrent. Nous ne citerons que les deux plus modernes.
Sous la Terreur, en 1793, lorsque les églises furent fermées au culte et destinées à servir de greniers ou de magasins nationaux, l'église de Saint-Amans n'échappa point à la profanation générale ; elle fut transformée en magasin à fourrages à l'usage de l'administration départementale. Or, le fournisseur des foins, Molénat, accompagné de deux aides, nommés Sahut et Lamarque (les familles de ces malheureux sont éteintes), façonnait, avec ses deux ouvriers, des bottes de foin dans l'église, près de l'autel. Ils égayaient leur travail par des propos impies et licencieux, assaisonnés de rires cyniques ; le saint patron de l'église n'y était pas épargné. Mais tout à coup une main très-visible, armée d'un fouet, les frappa rudement. Ils prirent la fuite, éperdus de frayeur et de douleur ; ils firent plusieurs fois le tour de l'église dans les bas-côtés, ne pouvant trouver la porte, tant la terreur les aveuglait ; et sans cesse cette main les poursuivait, s'attachait à leurs pas et les frappait sans relâche. Ils racontèrent tous trois leur mésaventure, et l'un d'eux, Sahut, garda toute sa vie un tremblement convulsif à la suite de ce châtiment. Plusieurs personnes encore vivantes les ont connus et tiennent ce récit de leur bouche ; ils moururent tous trois dans la misère.
L'an 1826, l'hiver avait été d'une rigueur exceptionnelle ; les neiges s'étaient accumulées, et la rivière de l'Aveyron était prise par la glace. La fonte des neiges s'opéra tout à coup, accompagnée d'une pluie torrentielle ; aussi l'Aveyron sortit de son lit et déborda d'une manière effrayante. Les terres furent inondées au loin, et les moulins, ainsi que les maisons voisines de la rivière, furent envahis et menacés d'une destruction totale ; le flot montait toujours. Dans cette extrémité, les riverains menacés allèrent trouver le vénérable M. Sadoux, alors curé de la paroisse de Saint-Amans, pour le prier de vouloir bien ordonner une procession générale, avec le chef de saint Amans, pour conjurer le fléau. Elle fut en effet convoquée aussitôt, et la population de la paroisse et de la ville s'y porta en foule, malgré une pluie torrentielle. La procession fut conduite et présidée par M. l'abbé Annat, premier vicaire de Saint-Amans, qui mourut plus tard curé de Saint-Merry, à Paris. Au sortir de l'église on chanta les litanies des Saints, et on se dirigea vers la croix des Quinze-Arbres, qui domine l'Aveyron. Là on chanta l'hymne, l'antienne et l'oraison de saint Amans, et, pendant ce chant, on députa un homme nommé Cazes, pour aller puiser, avec un sceau, de l'eau de la rivière débordée. On plongea le chef de saint Amans dans ce sceau, et le même homme redescendit pour rejeter cette eau ainsi sanctifiée dans la rivière. Or, aussitôt que cette eau toucha la rivière, celle-ci, qui jusque-là montait de plus en plus, redescendit subtilement d'un mètre environ ; ce que toute la population put constater facilement sur les murs des maisons inondées ; et, dès ce moment, le flot ne cessa de diminuer peu à peu, et tout danger fut écarté.
On conserve, dans l'église de Saint-Amans, des tapisseries fort anciennes et d'une grande finesse de travail ; elles sont suspendues sur le mur qui ferme le fond du sanctuaire, à l'abaie. Elles
VIES DES SAINTS. — TOME XIII.
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représentant, l'une, la destruction de l'idole de Ruth, l'autre, le miracle de saint Honorat ; une autre, saint Amans prêchant sur une chaire ; les autres, le miracle du vol des ruches, celui du vol des fruits du jardin, et celui de la translation des reliques de saint Amans.
Le miracle de saint Honorat fut l'occasion d'une tradition populaire au sujet d'un fer de cheval qu'on peut remarquer encore fixé au haut de la porte d'entrée principale de l'église de Saint-Amans. Lorsque les chevaux d'Honorat furent subitement rendus immobiles et comme cloués à terre, on voulut forcer un de ces animaux à lever le pied pour marcher ; le fer de ce pied resta fixé à terre. C'est ce fer ou un fac-simile qu'on prétend avoir été suspendu sur la porte de l'église.
Nous n'avons fait qu'analyser le beau travail de M. l'abbé Servières sur le patron de Rodez, dans les Saints du Rouergue.
Événements marquants
- Élévation au sacerdoce
- Élection à l'évêché de Lodève à la fin du IVe siècle
- Installation sur le siège de Rodez vers 401
- Conversion des Ruthènes par des miracles (ruisseau Lauterne, destruction de l'idole de Ruth)
- Conversion du patricien Honorat et de sa famille
- Retraite et délégation de l'administration à saint Naamas
Miracles
- Remontée du ruisseau Lauterne vers le sommet de la colline
- Guérison subite du prévôt frappé de mort
- Destruction de l'idole de Ruth par la foudre après sa prière
- Immobilisation miraculeuse des chevaux du patricien Honorat
- Poissons restant crus malgré le feu chez des soldats pillards
- Aveuglement de voleurs dans son église et son jardin
- Miel changé en poix puis redevenu miel après un vol
Citations
Tu rudes, Praxul, papulos et alta Norte demersos, tenebris fugatis, Edoces; nostris male sauus error Exulat oris.