Saint Martin de Todi (Pape Martin Ier)
Pape et Martyr
Résumé
Élu pape en 649, Martin Ier s'opposa fermement à l'hérésie monothélite soutenue par l'empereur byzantin Constant II. Arrêté à Rome et déporté à Constantinople, il subit des outrages et une détention rigoureuse avant d'être exilé en Crimée. Il y mourut en 655, épuisé par la famine et les mauvais traitements, offrant sa vie pour l'unité de la foi.
Biographie
SAINT MARTIN DE TODI, PAPE ET MARTYR
La foi ne se laisse corrompre ni par les séductions, ni par les persécutions ; elles ne font que la purifier.
Saint Jean Chrysostome.
Martin naquit à Todi (duché de Spolète), et il eut pour père un patricien, nommé Fabrice, qui joignait à sa noblesse et aux richesses héritées de ses ancêtres beaucoup de crainte de Dieu et de piété. Il reçut du ciel la beauté et un esprit si vif et si pénétrant, qu'il surpassa bientôt, soit dans les humanités, soit dans la rhétorique et la philosophie, les maîtres qu'on lui donnait pour l'instruire.
On vit bien, par ces commencements, que la divine Providence le destinait à quelque degré éminent dans l'Église. En effet, s'étant consacré par la tonsure cléricale au service des autels, il parcourut, avec un applaudissement général de tous ceux qui le connaissaient, tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique, et parvint jusqu'au souverain pontificat. Il fut élu pape à Rome, après la mort de Théodore Ier, et ordonné le 5 juillet 649, sous l'empereur d'Orient Constant II et le roi de France Clovis II. On n'a guère vu d'élection plus unanime, ni qui ait davantage agréé à tout le monde. Rome en retentit d'allégresse : le clergé, le sénat et le peuple en témoignèrent une satisfaction extraordinaire, et l'empereur approuva ce choix d'une personne si capable de soutenir le poids d'une si grande charge.
Martin ne trompa point l'attente de cette grande ville. La piété envers Dieu et la miséricorde envers les pauvres furent les deux pivots sur lesquels il fit rouler toute sa vie. Ou il priait, ou il était appliqué au soulagement des malheureux ou au gouvernement du troupeau qui lui avait été commis. Il avait une affection particulière pour les religieux, et il prenait un singulier plaisir à s'entretenir avec eux. Il recevait les pèlerins, leur lavait les pieds et les traitait splendidement dans son palais. Il faisait de grandes aumônes aux nécessiteux et s'ôtait pour ainsi dire le pain de la bouche pour le leur donner. Il rétablit plusieurs églises qui étaient tombées en ruine, et il réconcilia ensemble diverses familles qui nourrissaient entre elles depuis longtemps des inimitiés très-cruelles ; mais son plus grand soin fut de maintenir l'Église universelle dans l'héritage précieux de la vraie foi.
Il y avait déjà plusieurs années que Sergius, patriarche de Constantinople, et Cyrus, patriarche d'Alexandrie, n'osant plus, après les décisions du Concile œcuménique de Chalcédoine, confondre ouvertement les deux natures en Jésus-Christ, comme faisait Eutychès, avaient semé dans l'Orient la pernicieuse hérésie du Monothélisme, qui n'attribuait à l'Homme-Dieu qu'un seul entendement, une seule volonté et une seule opération. L'empereur Héraclius était entré dans leur sentiment et l'avait même publié dans son empire par une exposition de foi hérétique, qu'il avait envoyée partout en forme d'édit impérial. Paul qui, après un nommé Pyrrhus, avait succédé à Sergius dans la chaire de Constantinople, s'était rendu fauteur des mêmes erreurs, et il y avait aussi engagé l'empereur Constant, petit-fils d'Héraclius, nonobstant la condamnation que les papes Sévérin, Jean IV et Théodore Ier en avaient faite.
Ce prince, inspiré et conduit par un si mauvais ministre, voyant que l'exposition de son aïeul était réprouvée de la plupart des églises, et surtout que les Pontifes romains l'avaient rejetée et proscrite comme hérétique, en forma une autre, qu'il appela Type, par laquelle il imposait silence à tout le monde, sur le sujet d'une ou de deux volontés et d'une ou de deux opérations en Jésus-Christ : il ordonnait qu'on ne dit ni l'un ni l'autre ; prétendant par ce moyen supprimer la véritable doctrine de l'Église, qui est que Jésus-Christ ayant deux natures entières et parfaites dans une seule personne, a aussi tout ce qui appartient à ces deux natures : un entendement divin et un entendement humain ; une volonté divine et une volonté humaine ; une opération divine et une opération humaine.
Dès qu'il fut informé de l'élection de saint Martin, il ne manqua pas de lui envoyer ce Type, de le prier de l'approuver et de le fortifier de son autorité apostolique, comme un édit nécessaire pour pacifier les troubles qui étaient dans l'empire au sujet de la religion ; mais ce grand Pape vit bien que cette exposition n'était qu'un artifice pour ruiner la foi orthodoxe et insinuer dans les esprits le poison du Monothélisme, et même pour faire croire que Jésus-Christ, comme homme, n'avait ni entendement, ni volonté, ni opération propres et naturels, mais que la divinité lui servait de toutes ces choses ; il répondit constamment qu'il perdrait plutôt mille vies que d'approuver un écrit si dangereux ; que quand tout le monde se séparerait de la doctrine des saints Pères, qui nous ont toujours proposé Jésus-Christ comme un être adorable composé de deux natures entières et parfaites, il ne s'en séparerait jamais ; et que, ni les promesses, ni les menaces, ni la mort même et les plus cruels supplices ne lui feraient point dire ni croire autre chose.
Après une réponse si généreuse, voulant couper tout d'un coup la racine à l'hérésie, il assembla au plus tôt un concile composé de plus de cent évêques dans l'église Saint-Jean de Latran ; là, sans craindre l'indignation et la fureur de l'empereur, il condamna son Type, aussi bien que l'Exposition d'Héraclius, son grand-père, et déclara anathèmes et excommuniés tous ceux qui les suivaient. Il harangua plusieurs fois, dans les cinq sessions synodales, avec une force et une éloquence toutes divines, et il écrivit ensuite à tous les prélats de l'Église catholique, sur ce sujet, une lettre circulaire pleine de la vigueur apostolique, leur envoyant en même temps les actes du Concile ; c'est ce qu'il fit dès la première année de son pontificat (5 octobre 649) ; en cela, son courage est d'autant plus admirable, qu'alors les trois patriarches d'Orient étant infestés d'hérésie, et, les Lombards ayant de puissantes armées prêtes à fondre sur Rome, le Saint-Siège se voyait presque accablé du grand nombre de ses ennemis spirituels et temporels.
12 NOVEMBRE.
D'ailleurs, Olympius, exarque que l'empereur avait envoyé en Italie, avec ordre exprès d'y répandre autant qu'il pourrait la secte des Monothélites et d'y faire recevoir son Type, était entré dans Rome avec main forte et y faisait ses efforts pour tromper le peuple et l'engager dans les sentiments de son maître : de sorte que ce fut en sa présence même que le Pape tint son Concile et qu'il condamna ce qu'il était venu publier. On peut croire quel fut le dépit de cet officier, entièrement dévoué aux passions de l'empereur, de voir ses sollicitations rendues inutiles par une condamnation si solennelle. Il n'eut plus d'autre pensée que d'enlever le Pape de Rome ou de le faire mourir; et, comme le premier moyen lui sembla plus difficile, à cause de l'affection incroyable que le peuple avait pour son bienheureux pasteur, il se détermina enfin à être lui-même son assassin et à commettre ce parricide au pied des autels, qui était le lieu où l'on se pouvait le moins défier. Il feignit pour cela d'être bien avec lui, et de vouloir communier de sa propre main, lorsqu'il célébrerait la messe dans l'église de Sainte-Marie-Majeure; mais il donna charge à son écuyer que, lorsqu'il verrait le Pontife descendre pour lui apporter le corps de Notre-Seigneur, il ne manquât pas de le percer de son épée. Olympius vint effectivement à l'église, et approcha de la sainte Table dans l'intention d'assassiner l'oint du Seigneur; mais, au moment où l'écuyer voulut lui donner un coup d'épée pour exécuter son détestable dessein, il devint aveugle, et, dans le trouble où il était, il ne put exécuter le commandement de son maître. L'exarque vit bien que ce coup venait du ciel; aussi, il se réconcilia avec saint Martin, se conforma à ses enseignements et lui révéla tout le détail des instructions impériales. Ayant ainsi fait sa paix avec la sainte Église de Dieu, il partit de Rome avec son armée pour aller combattre en Sicile les Sarrasins qui s'étaient emparés de ce pays. Mais la peste décima bientôt ses troupes et lui-même en mourut.
Constant, apprenant tout ce qui s'était passé, donna le gouvernement d'Italie à Théodore Calliopas, et, lui adjoignant le chambellan Pellurius, qu'il savait entièrement dévoué à ses volontés, il les envoya à Rome pour se saisir du bienheureux Pontife et le lui envoyer à Constantinople. Ils exécutèrent cet ordre sans aucune résistance. Comme le troisième jour de leur arrivée, ils vinrent avec beaucoup de soldats dans Saint-Jean-de-Latran, pour l'enlever, il se mit de lui-même entre leurs mains, sans permettre à ses clercs ni à ses domestiques de le défendre, et il ne voulut pas non plus qu'on se remuât pour lui dans la ville, de crainte qu'il n'y eût du sang répandu à son occasion. On l'emmena d'abord au palais impérial, où l'exarque le retint quelques jours. De là, on le fit monter secrètement dans un vaisseau, sans que les évêques, les prêtres et les diacres, qui voulaient absolument l'accompagner, s'en pussent apercevoir. Ce fut le 19 juin. On le promena durant trois mois par terre et par mer, en diverses villes, sans aucun soulagement humain, quoiqu'il fût malade depuis plus de neuf mois et que sa langueur fût si grande qu'il avait même de la peine à se soutenir. Après ce temps-là, il fut conduit à Naxos, île de la mer Égée, où il demeura un an entier, malade et destitué de tous les secours qui lui étaient nécessaires.
Le 17 septembre de l'année 654, il arriva à Constantinople, après des insultes et des outrages inouïs que des païens et des barbares auraient eu horreur de faire au chef de l'Église catholique; il fut jeté dans une prison, que l'on appelait Pandearia, où on le tint enfermé trois mois sans que personne eût la liberté de lui parler. Après trois mois de la plus rigoureuse détention, il fut transporté par les soldats (car la maladie ne lui laissait plus la force de marcher) dans l'appartement du sacellaire Troïlus, et interrogé par le patrice Bucoléon: le sénat était réuni pour procéder à l'interrogatoire du saint Pontife. Lorsqu'il y fut arrivé, le sacellaire lui commanda de se lever pour répondre aux interrogations qu'on allait lui faire; ses porteurs répondirent qu'il ne pouvait se tenir debout à cause de son extrême faiblesse; mais ce barbare, plus insensible que les rochers, se moqua de cette impuissance, voulut absolument qu'il se levât et qu'il se mît debout au milieu de l'assemblée: deux soldats le soutinrent, et dans cette attitude, il subit l'interrogatoire le plus brutal.
Bucoléon adressa le premier la parole à l'héroïque martyr: « Réponds, misérable », dit-il, « quel mal t'a fait l'empereur? A-t-il confisqué tes biens? Peux-tu lui reprocher un seul acte de violence? » Martin ne répondit pas un mot; les faits parlaient assez éloquemment. Le sacellaire reprit alors avec colère: « Tu ne réponds rien? Tes accusateurs vont entrer». Ils étaient au nombre de vingt, la plupart soldats, les autres appartenant à la lie du peuple. A leur vue, le Pape dit en souriant: « Sont-ce là les témoins? Est-ce là votre procédure?» Puis, comme on les faisait jurer sur le livre des évangiles, il se tourna vers les magistrats en disant: « Je vous supplie, au nom de Dieu, de les dispenser d'un serment sacrilège; qu'ils disent ce qu'ils voudront. Faites vous-mêmes ce qui vous est ordonné. Mais ne les exposez point à perdre leur âme». Le premier des faux témoins, désignant le Pape du doigt, s'écria: « S'il avait cinquante têtes, il mériterait de les perdre toutes pour avoir conspiré en Occident contre l'empereur, de concert avec Olympius, l'ancien exarque». A cette accusation formulée d'une manière aussi énergique, Martin répondit que jamais il n'avait trahi les intérêts de l'empereur en matière politique, mais qu'il ne pouvait lui obéir quand la cause de la foi était en péril. « Ne nous parlez point de la foi », reprit le calomniateur, « il n'est ici question que du crime de lèse-majesté. Nous sommes tous chrétiens et orthodoxes, les Romains et nous». — « Plût à Dieu », répondit le Pape. « Toutefois, au jour terrible du jugement, je rendrai témoignage contre vous au sujet de cette foi». — « Pourquoi », lui demanda-t-on alors, « quand Olympius trahissait l'empereur, ne l'en détourniez-vous pas?» — « Comment », dit le Pape, « aurais-je pu résister à Olympius qui disposait de toutes les forces de l'Italie? Est-ce moi qui l'ai fait exarque? Mais je vous conjure, au nom de Dieu, achevez au plus tôt la mission dont vous êtes chargés. Dieu sait que vous me procurez une belle récompense».
Après cet interrogatoire, dont le procès-verbal fut rédigé séance tenante, le sacellaire revint près du Pontife, et dans un accès de véritable rage, il osa porter une main sacrilège sur l'oint du Seigneur. Constant assistait à cette scène d'un lieu où il pouvait tout voir sans être vu. Un soldat, sur l'ordre du sacellaire, déchira le manteau du Pape et le dépouilla de ses ornements pontificaux. Réduit à une nudité presque complète, Martin fut chargé de fers et traîné à travers les rues de la ville. Au milieu de ces outrages, le martyr conservait la même tranquillité qu'il eût montrée au milieu d'une assemblée de pieux fidèles. Il présentait à ses bourreaux un visage plein de majestueuse douceur et ne cessait de prier pour eux. Arrivé au prétoire, il fut jeté dans la prison de Diomède, réservée aux voleurs et aux assassins. On l'y laissa une journée entière sans nourriture. Sur ces entrefaites, le patriarche Paul étant tombé malade, l'empereur l'alla voir et lui raconta de quelle manière le Pape avait été traité. Poussant un profond soupir, le moribond s'écria en se tournant vers la muraille : « Hélas ! c'est ce qui va mettre le sceau à ma condamnation ». Il expira peu après.
12 NOVEMBRE.
Le 10 mars 655, les portes du cachot de la prison de Diomède s'ouvrirent une seconde fois, et saint Martin vit entrer le scribe Sagoleba, qui lui dit : « J'ai ordre de vous transférer dans ma demeure, pour y attendre les instructions que d'ici à deux jours doit me transmettre le sacellaire ». — Le Pape demanda où l'on voulait définitivement le conduire ; mais le scribe refusa de répondre. « Du moins », dit le Pape, « laissez-moi dans cette prison jusqu'au moment de partir pour l'exil ». — Cette grâce ne lui fut point accordée. On était à l'heure du coucher du soleil. Le vénérable Pontife appela ses compagnons de captivité. — « Frères », dit-il, « faites-moi vos adieux, car on va m'enlever d'ici ». — Un calice était tenu en réserve pour cette agape du départ. Martin y but le premier, le passa aux autres captifs, puis s'adressant à l'un d'eux, celui qu'il aimait davantage : « Venez, frère », dit-il, « et donnez-moi le baiser de paix ». — Comme autrefois les apôtres en face de la croix du Calvaire, tous les assistants fondaient en larmes. Celui que le Pape avait appelé éclata en sanglots, et le bruit des lamentations retentit jusqu'au dehors de l'enceinte. Le bienheureux Pontife, ému de cette démonstration, les pria de cesser leurs plaintes, et imposant ses mains vénérables sur leur tête, il dit avec un angélique sourire : « Ce sont là devant Dieu les vrais biens, les faveurs célestes. Réjouissez-vous avec moi de ce que je suis trouvé digne de souffrir pour le nom de Jésus-Christ ». — En ce moment, le scribe apparut avec ses satellites ; il emmena le Pape dans sa demeure. Quelques jours après, l'auguste prisonnier était embarqué, dans le plus grand secret, sur un navire qui le transporta à Cherson, la Crimée actuelle. Il arriva au mois de mai 655. Ses souffrances, qui semblaient à leur comble, augmentèrent encore. « La famine et la disette », écrivait-il au clergé de Rome, « sont telles en ce pays, qu'on parle de pain mais sans en voir ». Il avait quelque droit d'attendre que l'Église romaine, dont il avait dispensé lui-même les aumônes avec tant de libéralité, n'oubliât pas la détresse du Pontife exilé. Mais les cruelles précautions de Constant empêchaient tous les secours d'arriver jusqu'à lui. Les plaintes du Pape sur son délaissement et sa misère, mêlées au sentiment de la plus ardente charité, méritent d'être citées. « Nous sommes », disait-il dans la même lettre, « non-seulement séparé du reste du monde, mais comme enseveli tout vivant au milieu d'un peuple presque entièrement païen, chez lequel on ne trouve aucun sentiment d'humanité, pas même la compassion naturelle qu'on rencontre chez les barbares. Il ne nous vient quelques vivres que du dehors, je n'ai pu me procurer autre chose qu'une mesure de blé pour quatre solidi d'or. Qu'il ne me parvienne aucun secours, c'est chose aussi étonnante que certaine ; mais j'en bénis le Seigneur qui règle nos souffrances comme il lui plaît. Je le prie, par l'intercession de saint Pierre, de vous conserver tous inébranlables dans la foi orthodoxe, principalement le pasteur qui vous gouverne maintenant ! Pour ce misérable corps, le Seigneur en aura soin ; il est proche.
De quoi suis-je en peine ? J’espère en sa miséricorde, elle ne tardera pas à terminer ma carrière ».
Enfin il mourut l’an 655, ayant tenu la Chaire de saint Pierre cinq ans, quatre mois et douze jours, ou, selon la supputation du Bréviaire romain et du Liber Pontificalis, qui comptent les années depuis l’avènement de ce Pape jusqu’à sa mort, six ans, un mois et vingt-six jours. On lui attribue deux ordinations, dans lesquelles il créa onze prêtres, cinq diacres et trois évêques. Son corps fut depuis transféré à Rome et déposé avec beaucoup d’honneur sous le grand autel de l’église de Saint-Martin du Mont. Dieu l’a honoré durant sa vie et après sa mort de plusieurs miracles. Saint Ouen, archevêque de Rouen, qui vivait dans le même temps, rapporte, dans la vie de saint Éloi, qu’étant encore prisonnier à Constantinople, il rendit la vue à un aveugle par la force de ses prières ; et l’auteur qui a composé l’histoire de son exil et de son martyre, et qui eut l’honneur de l’accompagner partout, assure qu’après sa mort toutes sortes de maladies étaient guéries à son sépulcre. C’est aussi ce que dit le pape Grégoire II, dans son Épître à Léon l’Isaurien, empereur.
L’Église l’honore avec justice comme un martyr, puisqu’il n’est mort que des misères que lui ont causées sa prison et son exil. Ceux auxquels Dieu fait la grâce d’endurer quelques persécutions pour la défense de la vérité et de la justice doivent s’animer par son exemple à porter généreusement les peines de leur état et à attendre avec patience ce grand jour où les impies qui ont triomphé en ce monde, seront châtiés avec une extrême rigueur, et où les justes qui ont été dans la tribulation, dans le rebut et dans l’opprobre, seront récompensés avec beaucoup de magnificence.
On le représente soit en prison, soit debout, les mains élevées au ciel et priant dans le lieu de son exil.
Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de l’Histoire de l’Église, par l’abbé Daru.
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## SAINT JOSAPHAT KUNCEWICZ, ARCHEVÊQUE ET MARTYR
### ARCHEVÊQUE DE POLOTSK ET MARTYR
12 NOVEMBRE.
Lithuanie, fort connue dans les annales du grand-duché. Il paraît plus probable que les deux familles n'avaient de commun que le nom : Josaphat lui-même, lorsqu'il fut parvenu aux dignités ecclésiastiques, aimait à rappeler son humble condition d'autrefois. Son père s'appelait Gabriel Kuncewicz, et sa mère Marine : c'étaient des gens honorables et bons chrétiens. L'enfant fut baptisé selon le rite gréco-slave, en usage parmi les Russes, à l'église de Sainte-Parascève, vierge et martyre ; il reçut le nom de Jean. Sa mère eut grand soin de l'élever dans la crainte de Dieu et déposa dans ce tendre cœur les germes féconds d'une vertu précoce.
Ame d'élite, que Dieu appelait à une sainteté éminente, Jean n'avait rien de la légèreté de son âge. Il se dérobait volontiers aux jeux de ses compagnons afin de vaquer à la prière, pour laquelle il avait un grand attrait. L'église de Sainte-Parascève était pour ainsi dire sa demeure habituelle. C'est là qu'il aimait à s'entretenir avec son Dieu, et que le retrouvaient ses parents, souvent inquiets de ses absences prolongées. Une de ses distractions favorites consistait à peindre les images des Saints, dont le culte est si répandu dans l'Église gréco-russe, et qu'il s'habituait déjà à vénérer autant que son extrême jeunesse le permettait. Une telle conduite ne tarda pas à tourner vers lui tous les regards : on admirait sa piété, sa modestie, sa douceur inaltérable. Les parents le proposaient à leurs enfants comme un modèle vivant de vertus, et des jeunes gens d'un âge plus avancé se sentaient souvent portés à rivaliser avec lui.
Appliqué aux études, Jean fit de grands progrès dans les langues russe et polonaise, alors également en usage non-seulement en Volhynie et autres provinces de la Russie, mais en Lithuanie. Ces progrès, il les dut à sa capacité autant qu'à son application. Toutefois, il préférait les études sacrées aux lettres profanes ; aussi apprit-il par cœur la plus grande partie de l'office divin qu'il s'habitua dès lors à réciter tous les jours. Pendant l'espace de trente ans qu'il vécut depuis, il ne manqua pas une seule fois d'acquitter cette pieuse dette, comme il l'avoua lui-même, étant archevêque, à un de ses confesseurs.
A mesure que Jean avançait en âge, il croissait aussi en vertu : et lorsque ses parents furent obligés de le placer chez un riche négociant de Vilna, cette nouvelle situation n'apporta aucun changement dans sa conduite. Il continua d'être assidu à la prière ; et, soit qu'il restât à la maison, soit qu'il dût sortir pour accomplir les ordres de son patron, son cœur demeurait uni à Dieu. Pour éviter les entraînements de l'âge ainsi que les entretiens frivoles de ses camarades, le prudent jeune homme s'adonnait à la lecture des livres de piété, au point d'oublier parfois les intérêts de son maître. Ces oublis involontaires lui attiraient de la part de Hyacinthe Popovitski (c'était le nom du négociant) de sévères remontrances et même des traitements sévères ; toutefois ces réprimandes, loin de le détourner de sa louable habitude, ne firent que l'y attacher davantage. La fuite de la dissipation, l'amour de l'étude et de la prière le préparaient, sans qu'il s'en doutât peut-être, à son futur apostolat ; en même temps elles le préservèrent de la contagion de l'erreur qui causait alors de très-grands ravages parmi ses compatriotes, et particulièrement dans la ville où l'avait conduit la Providence.
La déplorable situation de la religion en Pologne dut naturellement préoccuper le jeune Kuncewicz, alors à peine âgé de vingt ans. Ce qui lui causait le plus de peine, c'était de voir les ravages du protestantisme au sein de l'Église russe et le petit nombre de ceux qui s'étaient ralliés au Saint-Siège afin de sauvegarder la véritable orthodoxie et le rit gréco-slave tout ensemble. Il fallait cependant se fixer sur la voie à choisir. Jean implora les lumières du ciel. Éclairé d'en haut, il éprouva intérieurement une indicible répulsion pour le schisme, et s'attacha de toute l'énergie de son âme à la chaire de Pierre, en redisant avec le Prophète royal : « Je hais l'assemblée des méchants ». Dès lors il ne cessa d'adresser à Dieu d'ardentes prières pour le progrès de l'Union et de rechercher la société des fervents catholiques. L'église de la Trinité étant desservie par les religieux Basiliens soumis au Saint-Siège, il la fréquentait de préférence à d'autres, y mêlant sa voix au chant du chœur, servant à l'autel, ou sonnant la cloche.
SAINT JOSAPHAT KUNCEWICZ, ARCHEVÊQUE ET MARTYR. 351
Sous la direction de deux Jésuites célèbres, Josaphat apprit la philosophie et la théologie en langue slave, et il avança dans les voies de la vie intérieure; sa piété, loin de se refroidir par l'étude, n'en devint que plus éclairée et plus ardente.
Son contact et ses relations avec les catholiques les plus éminents ne tardèrent pas à produire leurs effets. Josaphat conçut de l'attrait pour une vie plus parfaite. Bientôt son âme n'ambitionna qu'une seule chose, se donner à Dieu dans la carrière religieuse. Convaincu de son incapacité pour le commerce, il prit la résolution de l'échanger contre le négoce spirituel, et supplia Notre-Seigneur de l'aider en cette affaire. Le principal obstacle venait de son patron, Hyacinthe Popovitski. Celui-ci n'ignorait pas combien ses confrères étaient édifiés de la conduite de son jeune commis; lui-même admirait la vertu de Kuncewicz et pensait l'attacher à sa maison en l'adoptant pour son fils et le constituant héritier de sa fortune; car il était fort riche et n'avait pas d'enfants. L'offre était séduisante; mais Jean, dont le cœur aspirait aux biens impérissables que lui montrait la foi, renonça sans hésiter aux avantages temporels qu'on lui proposait. Quelque temps après, ses vœux étaient accomplis.
En 1604, au couvent de la Trinité, à Vilna, Kuncewicz reçut l'habit religieux de la main de Pociey, alors métropolitain de Kiev, et fit en même temps sa profession religieuse, selon l'usage qui s'était introduit parmi les Basiliens du pays, et qu'on a bien fait d'abroger depuis. Afin de se conformer à une autre coutume, aujourd'hui encore en vigueur dans l'Église gréco-russe, il changea son nom de baptême contre celui de Josaphat. De ce jour-là date, pour ainsi dire, l'Ordre des Basiliens-Unis de Pologne; et ce premier novice fut comme la pierre angulaire de la maison de Vilna, berceau de l'Ordre tout entier. Le nombre des candidats à la vie religieuse croissait, mais lentement, à cause de la difficulté des temps d'abord, et puis à cause de la complète indifférence que le supérieur du couvent, Samuel Sentchylo, témoignait aux intérêts des âmes. Sous un dehors de simplicité apparente, l'indigne prélat cachait des intentions hostiles à l'Union et favorisait en secret les partisans du schisme. Quant aux religieux confiés à ses soins, il s'en souciait aussi peu que de l'édifice matériel destiné à leur habitation et qui ressemblait à une ruine plutôt qu'à une maison religieuse.
Il y avait à l'entrée du monastère une petite cellule, à peine digne de ce nom, que Josaphat chérissait par-dessus les autres, parce qu'elle était la plus rapprochée de l'église. C'est dans ce vestibule du paradis, comme il l'appelait, qu'il s'ensevelit pour mener une vie d'anachorète. Son temps fut partagé entre la prière, la pénitence et l'étude. Cent fois dans la journée, vous l'auriez entendu redire l'oraison jaculatoire si familière aux Orientaux: « Seigneur Jésus, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ! » Parfois elle lui échappait au milieu du sommeil, comme l'a attesté un de ses confrères. Oubliant le repos de la nuit, Josaphat passait des heures entières à s'entretenir affectueusement avec son Dieu, tantôt dans sa cellule, tantôt au cimetière voisin où il se rendait souvent, les pieds nus, malgré le froid le plus intense. Que de fois on l'y trouva agenouillé sur une dalle ou sur la neige glacée, laissant échapper ce cri d'amour : « O mon Dieu ! ôtez le schisme et donnez la paix à votre Église ! » et mêlant à ses larmes son sang innocent. Il serait difficile de décrire les saintes rigueurs que le serviteur de Dieu exerçait sur son corps. Il semblait avoir perdu le sentiment de la douleur : ses pieds crevassés étaient-ils rivés à une pierre glacée, il s'en apercevait à peine, tant la souffrance physique était absorbée par la douleur que lui causait la rupture de l'Église russe avec le centre de l'unité. Son genre de vie et toute sa manière d'être portaient le cachet d'une austérité peu commune, qui rappelait saint Basile, fondateur de l'Ordre et son grand modèle. Religieux observateur des jeûnes, si fréquents dans l'Église orientale, il se contentait d'aliments grossiers, s'abstenant de poisson, s'interdisant tout usage des viandes et du vin. Son sommeil était de courte durée, encore le prenait-il sur des planches nues. Outre un rude cilice qu'il ne quittait jamais, il se ceignait les reins d'une ceinture garnie de pointes qui pénétraient dans la chair. La veille des grandes fêtes surtout, ses austérités devenaient plus nombreuses et plus cruelles.
12 NOVEMBRE.
Par ce martyre volontaire, Josaphat se préparait au sacrifice sanglant qui devait couronner sa belle vie. C'est encore au milieu de ces épines que fleurissait en lui la vertu angélique, dont la chaste candeur ne fut jamais ternie. L'intégrité de ses mœurs, l'éclat de ses vertus devinrent l'objet des entretiens et d'une admiration plus ou moins partagée. Il arriva qu'une jeune fille, d'une conduite rien moins qu'édifiante, entendit un jour les éloges qu'on donnait au saint religieux : « Je saurai bien, moi », dit-elle, « s'il est aussi saint que vous le dites ». Inspirée sans doute par l'enfer, elle parvint à pénétrer dans la cellule de Josaphat, située, comme il a été dit, à l'entrée du monastère ; mais un bâton dont s'arma le chaste religieux mit bien vite en fuite l'impertinente visiteuse, fort maltraitée et couverte de confusion. Ainsi en avait agi, en pareille circonstance, le Docteur angélique, saint Thomas d'Aquin.
Cet incident augmenta l'estime dont Josaphat jouissait déjà auprès des personnes les plus influentes de la ville. On commença à rechercher son commerce et à solliciter ses entretiens. Le Bienheureux aimait trop la retraite pour permettre qu'on la troublât par des visites multipliées ; il quitta donc la cellule qu'il occupait et s'établit dans une petite chapelle de saint Luc, située dans le vestibule de l'église et complètement abandonnée. Il y continua sa vie d'ermite, n'en sortant que pour se rendre aux offices du chœur et aux autres exercices de la communauté. Pourtant sa porte était toujours ouverte à son ami Joseph Routski ; il désirait vivement le compter au nombre de ses frères et ne cessait de demander au ciel cette grâce, qui lui fut accordée deux ans après son entrée au noviciat (1606). Il eut également le bonheur de voir entrer dans son Ordre des jeunes gens attirés par ses discours autant que par l'exemple de ses vertus.
N'étant encore que diacre, Josaphat fit preuve d'un zèle ardent pour la conversion des non-unis, et en ramena un bon nombre dans le giron de l'Église, les uns par la discussion, d'autres par la prière, les larmes ou les bienfaits. Les adversaires de l'Union professaient une si haute estime pour sa personne, qu'ils se disaient prêts à boire l'eau dans laquelle il se serait lavé les pieds. Ils étaient convaincus que c'en serait fait de l'Union s'il venait à se ranger sous leur bannière; aussi essayèrent-ils plus d'une fois de le gagner à leur cause. Pour mieux réussir dans leur dessein, ils persuadèrent à l'archimandrite Samuel de le séparer de Routski, alors chargé de la direction des religieux novices; et, dès que celui-ci fut éloigné, ils pressèrent Josaphat de se joindre à eux. Comme le Saint répondait par un refus formel, l'archimandrite lui donna un soufflet et lui intima l'ordre d'envoyer immédiatement tous les jeunes religieux à Joseph Routski, à vingt lieues de Vilna, afin de livrer la maison aux dissidents. Redoutant à la fois d'enfreindre l'ordre de son supérieur et de voir les schismatiques s'emparer du couvent, Josaphat alla en conférer avec le Père Fabricius, qui lui conseilla d'informer sur-le-champ Joseph Routski. Quand la nouvelle du péril parvint au digne maître des novices, il était en proie à la fièvre. N'importe! il accourt, fait chanter le Te Deum à son entrée à Vilna, et la fièvre le quitte à l'instant.
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Ce jour-là même, l'archimandrite vint reprocher à Josaphat sa désobéissance. — « A quoi bon », répondit celui-ci, « envoyer les novices à Joseph, puisque Joseph est au milieu de nous ? » Ces paroles furent comme un coup de foudre pour l'archimandrite. Frémissant d'indignation, le traître essaie un autre moyen d'arriver à ses fins, et il en confie l'exécution à trois de ses suppôts. Sous prétexte de religion, l'un d'eux invite Josaphat à venir dans sa demeure, où les deux autres se tenaient cachés. Par des paroles affectueuses, le maître de la maison décide le religieux qui accompagnait Josaphat à se séparer du Père. Alors, ils se montrent tous ensemble et lui adressent les discours les plus flatteurs. « L'Église ruthène », disaient-ils, « n'attend qu'un signe de votre part pour relever la tête ; sa vie est entre vos mains ; ayez pitié de tant de malheureux ! » En proférant ces paroles, ils se jettent à ses genoux, le supplient de céder à leur désir et redoublent leurs instances. Vains efforts! L'un d'eux court à la porte, la ferme à clef et reste sur le seuil pour assurer le dénouement; les deux autres, la main levée, se préparent à des voies de fait. Josaphat leur promit de donner une réponse le jour suivant, après avoir consulté Dieu, et obtint la liberté. De retour au monastère, il y trouva Routski en conférence avec les autres religieux, flottant entre l'étonnement et la crainte : « Je sors de l'enfer », leur dit Josaphat ; « j'ai entendu des discours diaboliques qui me sollicitaient à trahir la foi ». Le lendemain, comme il ne songeait à rien moins qu'à retourner chez les schismatiques, ceux-ci lui rappelèrent par écrit sa promesse. « Je vous ai promis », répondit le saint religieux, « de consulter Dieu ; je l'ai fait, et le Seigneur m'a fait connaître l'impiété de vos projets. Que la paix du Seigneur soit donc avec vous ! » En même temps, le métropolitain fut informé de tout ce qui s'était passé ; l'indigne archimandrite, convaincu de trahison, fut déposé et sa place donnée à Routski, que Pociey créa de plus son vicaire général.
On conçoit la colère de l'archimandrite dépossédé et la rage des schismatiques. De concert avec ceux-ci, l'apostat résolut d'envahir l'église de la Trinité, de saisir les moines et de s'emparer du couvent. Mais les Uniates eurent le temps d'avertir les autorités locales et le prince Nicolas Radziwil lui-même, palatin de Vilna, alors absent. Le palatin expédia aussitôt à Sentchylo l'ordre de se tenir tranquille sous les peines les plus graves, et enjoignit aux autorités de réprimer énergiquement la moindre tentative de désordre. En même temps, on interrogea les Uniates sur le guet-apens
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dont Josaphat avait failli être victime, et on livra aux tribunaux les trois coupables mentionnés plus haut.
Alors les schismatiques poussèrent la haine jusqu'à vouloir répandre le sang. Un jour que le primat traversait la place publique avec un nombreux cortège, un sicaire, nommé Jean Toupeka, le frappa d'un sabre à la nuque. Le coup fut si violent qu'après avoir tranché deux doigts de la main avec laquelle le prélat essayait de se protéger, il enleva l'anneau et la chaîne épiscopale, ainsi que le collet de la soutane. Cependant, la divine Providence voulut que la blessure ne fût pas mortelle. Le vénérable vieillard fut porté dans le palais d'un sénateur, où le roi lui-même vint le visiter.
La nouvelle de cet attentat remplit la ville d'effroi. Quant à Routski et à Josaphat, ils recueillirent les doigts que l'arme avait coupés et déposèrent ces prémices du martyre devant l'image de la sainte Vierge. Le meurtrier, condamné à être écartelé, mourut plein de repentir, grâce à la charité de Josaphat, qui voulut l'assister à ses derniers moments.
Le saint religieux fut, lui aussi, en butte à la haine de tout le parti. On ne lui ménageait ni outrages, ni mauvais traitements. Paraissait-il en public, la fange, les pierres, les insultes pleuvaient sur lui de toutes parts, avec les surnoms d'ignorant, d'impie, d'imposteur.
Ces épreuves fortifiaient la vertu du jeune diacre et le préparaient admirablement au sacerdoce. Pour se rendre plus digne de cette haute dignité et plus utile au salut du prochain, Josaphat s'appliqua avec une ardeur incroyable à l'étude de la philosophie et de la théologie, sous la direction du Père Fabricius. Le disciple se montra digne du maître et profita parfaitement de ses leçons, grâce à l'élévation de son esprit, à la solidité de son jugement, à son heureuse mémoire, et surtout à l'action de l'Esprit-Saint qui secondait ses dons naturels et lui facilitait l'intelligence des mystères de notre sainte religion.
Il serait difficile de dire le zèle avec lequel Josaphat, promu au sacerdoce, exerça le saint ministère. À l'église, chez lui, dans les rues, les hôtelleries, les places publiques partout il établissait une chaire, expliquant la doctrine chrétienne avec une rare clarté et un zèle vraiment apostolique. Sa parole portait la persuasion dans l'âme des auditeurs, et rarement elle retentissait dans le désert. Aussi le clergé non-uni défendait-il aux siens d'entamer la conversation avec Josaphat, et tandis que les catholiques témoignaient la haute estime qu'ils avaient de ses mérites, en l'appelant le fléau des schismatiques, ceux-ci au contraire ne le nommaient autrement que ravisseur d'âmes (Duchokhoat). Pour le discréditer dans l'opinion du peuple, les schismatiques le firent peindre entre l'archevêque Pociey et Joseph Routski, sous la forme du démon, avec des cornes, et armé d'une fourche, comme pour harponner les âmes ; au bas on lisait cette inscription : Ravisseur d'âmes. Josaphat s'en faisait un titre de gloire : « Dieu veuille », dit-il, « que je puisse ravir vos âmes pour les lui présenter ! » Insensible à ces propos injurieux, il s'étudiait à inventer des industries pour amener les pécheurs à la pénitence ; il n'omettait aucune occasion pour les engager à la confession, et tandis que les prêtres schismatiques la rendaient odieuse aux fidèles, en en faisant un objet de trafic, lui, au contraire, donnait de l'argent aux pénitents pauvres pour les engager à revenir. Un jour qu'il était en voyage, arrivé sur les bords du Niémen, il y trouva une foule nombreuse qui attendait le moment où les gros glaçons prenant consistance, formeraient un pont solide et livreraient passage aux voyageurs. L'homme apostolique saisit l'occasion pour engager ces gens à se confesser,
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Tous répondirent à son appel, et aussitôt après ils trouvèrent leur route improvisée parfaitement praticable.
Quelque assidus que fussent les travaux de l'ouvrier évangélique, jamais il n'éprouvait de fatigue ; chargé de remplacer l'hégoumène du monastère, il remplissait à lui seul les emplois de tous, à la fois confesseur, prédicateur, économe, quêteur, sacristain, préfet du chœur, infirmier, excitateur. Plus il était digne de commander, plus il s'empressait au service de ses inférieurs. Un jour qu'il venait de prêcher avec grande véhémence, un nombre considérable de personnes le prièrent de les entendre en confession. Empêché par des affaires très-urgentes, il s'adressa à l'un de ses religieux, homme d'une vie exemplaire, mais d'une santé fort débile. Le bon moine s'excusant sur son extrême faiblesse, le Saint le supplia à genoux de ne pas refuser aux fidèles cet acte de charité, lui promettant que Dieu l'assisterait en retour. Le religieux, confus de tant d'humilité, ne répliqua plus, et à peine entrait-il au confessionnal que sa faiblesse s'évanouit ; il put confesser toute la multitude.
Dieu semble avoir accordé à son serviteur un attrait particulier pour assister les condamnés à mort. Il aimait surtout à visiter les pauvres malades dans les réduits les plus obscurs et les plus repoussants. Il leur administrait les sacrements de pénitence et d'eucharistie, leur procurait les remèdes et la nourriture, souvent même leur lavait les pieds, encore qu'ils fussent couverts d'ulcères.
Frappés de tant de vertus, les magnats lithuaniens l'attiraient à l'envi dans leurs domaines. Chodkiewitch, châtelain de Vilna, lui offrit le célèbre monastère de Souprasl ; Jean Mélechko, châtelain de Smolensk, et le maréchal de Slonim, Grégoire Tryzna, que Josaphat avait gagné à l'Union, l'invitèrent à venir s'établir, celui-là à Girovitzi, celui-ci à Bytène. Par humilité, Josaphat déclina l'offre de Chodkiewitch, et accepta le monastère de Bytène. Comme ce couvent était occupé par des religieuses basiliennes, Tryzna les transféra à Pinsk et donna la maison aux moines du même Ordre, qui y établirent plus tard leur noviciat. Après avoir complètement organisé la communauté de Bytène, Josaphat passa à Girovitzi, lieu célèbre à cause de l'image miraculeuse de Notre-Dame que l'on y vénère. Le sanctuaire se revêtit d'une nouvelle splendeur ; la dévotion envers la Mère de Dieu se ranima ; les pèlerins affluèrent ; on n'omit rien pour rendre ce lieu digne de l'auguste patronne. Non-seulement Mélechko, protecteur de Girovitzi, mais encore d'autres seigneurs, tel que Léon Sapiéha, chancelier de Lithuanie, l'enrichirent de leurs largesses. À côté du sanctuaire, Josaphat bâtit un couvent dont il fut le premier supérieur. La sainte Vierge semble avoir agréé le zèle de son pieux serviteur, en ouvrant les trésors de sa miséricorde ; et ces faveurs doublant encore le zèle de Josaphat, il eut le bonheur de ramener à l'unité quantité de dissidents, pour la plupart gentilshommes. De ce nombre fut Soltan, le plus fougueux de tous. Josaphat, l'ayant un jour rencontré dans une forêt voisine du monastère, mit la conversation sur la question religieuse, et malgré les blasphèmes que vomissait son interlocuteur, il le toucha tellement que celui-ci fondit en larmes, confessa ses erreurs et rentra dans le giron de l'Église catholique.
Tandis que Josaphat paissait les brebis du Christ dans cette charmante solitude, réalisant ainsi le nom de Girovitzi, lequel veut dire pâturage, Hypace Pociey, chef de l'Église russe-unie, alla recevoir au ciel la récompense due à ses travaux, et Joseph Vélamine Routski lui succéda dans cette dignité, la même année 1614. Le nouvel archevêque métropolitain s'empressa de rappeler Josaphat dans la capitale de la Lithuanie, pour lui confier le monastère de la Trinité, qu'il ne pouvait plus gouverner lui-même, et qui, sans cesse en butte aux attaques des non-unis, avait besoin d'un vaillant défenseur. On ne pouvait faire un meilleur choix. Sous le gouvernement de Josaphat, le monastère devint de plus en plus prospère. Comme, à cette époque, la communauté de Vilna se composait en majeure partie de jeunes religieux (il y en avait soixante en tout), c'est sur l'archimandrite que retombait tout le fardeau de l'administration. Aussi remplissait-il encore ici presque toutes les charges de la maison : et, chose étonnante, il s'acquittait si bien de chaque emploi, qu'il paraissait être né pour lui seul. Avec cela il travaillait assidûment au salut du prochain, priait jour et nuit et ne retranchait rien de ses austérités ordinaires. Sévère pour lui-même, il était tout cœur pour ses frères. Jamais il ne les reprit durement, mais il leur donnait des avertissements avec une affection toute paternelle.
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Sa charité envers les pauvres était sans égale ; aussi l'appelaient-ils leur cher père et recouraient-ils sans cesse à sa libéralité. Un jour, une pauvre veuve, poursuivie par un créancier impitoyable, implora l'aide du serviteur de Dieu. Josaphat lui dit de revenir un peu plus tard et se rendit à l'église. Sa prière finie, comme il retournait à sa cellule, un jeune homme inconnu vint à sa rencontre et lui remit cinquante pièces d'or enveloppées dans du papier, en disant que son maître les lui envoyait en cadeau. Interrogé sur le nom de son maître, le jeune homme garde le silence et disparaît aussitôt. Cependant la veuve se présente ; Josaphat lui donne l'or tel qu'il l'avait reçu, sans le regarder. Le créancier satisfait, il restait encore une somme assez considérable que la pauvre femme vint rapporter ; mais Josaphat ne voulut pas accepter ce que le ciel avait envoyé pour elle.
Toutefois la conversion des dissidents lui était encore bien plus à cœur que le soulagement des misères corporelles. Ramener les non-unis à l'obéissance du Saint-Siège, assurer le triomphe de l'Église unie, telle fut la préoccupation constante de cette âme apostolique. Grâce à son éloquence persuasive jointe à une charité toute céleste, il fit de nombreuses conquêtes, tant parmi le peuple que dans la noblesse de Vilna. Mais son plus beau succès fut la conversion du palatin de Novogrodek, Théodore Skoumine Tychkiéwitch, le plus puissant seigneur russe de Lithuanie, et de son fils Yanouche, secrétaire du grand-duché. Ils devinrent non-seulement parfaits catholiques, mais encore insignes bienfaiteurs de l'Ordre de Saint-Basile, et nommément du couvent de la Très-Sainte-Trinité, non loin duquel ils élevèrent une somptueuse chapelle destinée à servir de sépulture à leur illustre famille.
La nomination de Josaphat au siège épiscopal de Polotsk allait ouvrir à son zèle une plus vaste carrière. Le sacre eut lieu à Vilna, le 12 novembre ; date mémorable, car six ans après, à pareil jour, Josaphat reçut avec la palme du martyre la consécration du sang. Le nouvel évêque était âgé de trente-huit ans ; il en comptait quatorze de profession religieuse. Deux mois après, il se rendit à Polotsk, où on le reçut avec des honneurs inaccoutumés. Mais le cœur de Josaphat inclinait vers la tristesse plutôt que vers la joie, comme s'il avait eu le secret pressentiment que ces hosanna seraient un jour suivis du crucifigatur.
Une fois seul à la tête du diocèse, Josaphat donna libre carrière au zèle dont il était consumé. Il commença par supprimer les abus qui s'étaient introduits dans son Église, et notamment parmi le clergé. Tous les ans il célébrait un concile diocésain et visitait les églises confiées à son administration. Les Règles qu'il composa à l'usage des prêtres, et qu'on possède encore, témoignent assez du soin qu'il mettait à relever et à maintenir la discipline ecclésiastique. Un pasteur des âmes doit, d'après lui, travailler à acquérir avant tout la science et la sainteté. Aussi les engageait-il à s'approcher souvent du sacrement de Pénitence, et le plus souvent possible de la sainte Eucharistie. Sur sa demande, les Pères de la Compagnie de Jésus enseignèrent la théologie morale au clergé gréco-uni.
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Le soin avec lequel Josaphat se conformait aux canons de l'Église et des Pères, sa fidélité à observer dans toute leur pureté les traditions de la religion grecque, sans introduire le moindre changement dans le rit, causèrent une vive joie parmi ses diocésains et ôtèrent aux désunis tout prétexte de l'accuser de latinisme. Le culte divin reprit sa première splendeur. L'antique cathédrale de Polotsk se trouvait dans un état si pitoyable, qu'elle menaçait ruine ; le zélé pontife la restaura entièrement et à grands frais, ainsi que les cathédrales de Vitebsk, de Mohilev, d'Orcha et de Mstislavl et plusieurs autres moins importantes. C'est encore grâce à sa libéralité que le couvent des Basiliennes de Polotsk sortit de sa misère, considérablement agrandi et largement doté. On se demandait d'où pouvait venir l'argent nécessaire pour couvrir tant de dépenses ; car les revenus de l'archevêque n'y suffisaient pas, et à son arrivée dans le diocèse, la caisse était presque vide. On savait en outre que d'abondantes aumônes allaient dans les mains des indigents. Pendant tout le cours de son épiscopat, Josaphat ne laissa point passer un seul jour sans faire asseoir à sa table quelques-uns de ces membres souffrants de Jésus-Christ, objet de ses prédilections. Pour leur venir en aide, il se dépouillait parfois du nécessaire. Une pauvre veuve éplorée vint un jour lui demander du secours ; n'ayant rien dans sa cassette, il engagea son omophore (étole épiscopale) et lui remit la somme empruntée.
L'amour de la pauvreté et la bonne administration de ses modiques revenus, voilà ce qui le mettait à même de faire de grandes dépenses dès que la gloire de Dieu le demandait. Car autant il était libéral envers les pauvres et les temples du Seigneur, autant il usait de parcimonie envers ses proches et surtout envers sa propre personne. Dans son palais épiscopal, pas la moindre trace de magnificence. La plus stricte frugalité présidait à ses repas. Jamais il ne se permit la plus légère infraction aux lois de la tempérance ; loin de là, il continua, comme par le passé, à affliger son corps par des pénitences, sans même y garder la mesure. Un jour qu'il officiait pontificalement, sa chaîne de fer lui étreignait si fortement les reins, qu'il se trouva mal et put à peine se tenir debout. La liturgie terminée, il se retira chez lui, et appelant l'archidiacre Dorothée, il le pria d'ôter la cruelle ceinture, avec défense d'en dire mot à personne. Des goûts si austères n'allaient pas à favoriser une vaine prodigalité. Le digne prélat veillait à ce que les biens de son Église fussent sagement administrés ; il n'omit rien non plus pour revendiquer ceux que détenaient injustement de puissants seigneurs du pays. Toutefois, « lorsque, usant de son droit, il recourait aux moyens légitimes et citait ses adversaires devant les tribunaux, il agissait avec modération et conservait dans ses procédés je ne sais quoi de paternel qui se traduisait par la douceur de son langage ». Ainsi parle le comte Michel Tychkiewitch, qui n'était pas entièrement désintéressé dans la question.
Tandis que l'Union prospérait ainsi à Polotsk, le schisme faisait les derniers efforts pour détruire l'œuvre de Dieu. Nous touchons ici à un événement mémorable dans la vie du saint évêque aussi bien que dans les annales de l'Église gréco-russe : la restauration de l'épiscopat non-uni.
C'était en 4620. Le patriarche de Jérusalem, Théophane, revenant de Moscou, où il était allé avec une mission politique de la part du sultan, passa par l'Ukraine et arriva à Kiev. Il y consacra, sur les instances des Cosaques, autant d'évêques schismatiques qu'il y avait de sièges occupés par des prélats catholiques du même rit, et à chacun l'on assigna le siège d'un évêque catholique. On donna celui de Polotsk à Mélèze, archimandrite du couvent du Saint-Esprit à Vilna.
La nouvelle mesure menaçait, avec l'existence de la haute hiérarchie, celle de l'Église unie tout entière. Pour exécuter leurs plans, les dissidents choisirent le moment où les évêques unis se trouvaient à la Diète générale de Varsovie. On répandait partout de fausses nouvelles sur le compte de ces prélats. C'étaient, disait-on, de faux pasteurs, des renégats, des loups revêtus de peaux de brebis; la Diète venait de les priver de leurs sièges, et il ne fallait point leur obéir. Pour donner du poids à ces assertions mensongères, on mit en avant l'épouvantail accoutumé, les Cosaques. De là des troubles dans tous les diocèses, surtout dans celui de Polotsk, qu'on voulait absolument enlever à Josaphat. Le principal artisan des désordres suscités à Polotsk était Mélèce Smotritski. Le nom de ce personnage est tellement lié à celui de Josaphat, que nous devons nous y arrêter quelques instants.
Mélèce avait reçu en partage de beaux talents, que rehaussait une vaste érudition; mais il eut le malheur de les mettre, selon l'expression d'Urbain VIII, au service de la cause de Satan. Né en 1578, de parents orthodoxes, il fit ses premières études sous la direction du fameux Cyrille Lucaris, plus tard patriarche de Constantinople, alors simple recteur de l'école d'Ostrog, fondée par le prince Constantin Ostrojski. De là, Mélèce passa à l'académie de Vilna, que dirigeaient les Pères de la Compagnie de Jésus, et où les dissidents envoyaient leurs enfants aussi bien que les catholiques. Ses études terminées, il fit le voyage d'Allemagne, en compagnie du jeune prince Soloméritski, et revint tout imbu des doctrines protestantes; malgré cela, il resta longtemps hésitant. Enfin les non-unis l'emportèrent; Smotritski prit l'habit de Basilien au couvent du Saint-Esprit, et trois ans après (1620) il fut promu à la dignité d'archimandrite. Nous avons vu comment il fut nommé la même année au siège archiépiscopal de Polotsk.
Sacré archevêque au mépris de toutes les lois civiles et ecclésiastiques, Smotritski s'empressa d'adresser à toutes les villes du diocèse des lettres circulaires par lesquelles il engageait les fidèles à abandonner le pasteur illégitime, le papiste et l'apostat (c'est ainsi qu'il appelait Josaphat) pour lui rendre obéissance à lui-même, comme à l'archevêque légitime et orthodoxe. Ces missives furent confiées à des moines, qui sillonnèrent le pays, allumant partout le feu de la révolte. Grâce à l'activité des émissaires et au concours des confréries, en fort peu de temps les masses se déclarèrent pour Mélèce et renièrent Josaphat, dont la perte fut dès lors résolue.
De retour à Polotsk, Josaphat trouva donc les esprits complètement changés. Il en fut affligé plutôt que surpris; car on l'avait informé de tout pendant qu'il était à la Diète. Il apportait même un décret du roi Sigismond, qui défendait à tous ses diocésains, sous les peines les plus graves, d'avoir aucune communication avec l'usurpateur Smotritski, et leur enjoignait d'obéir au seul Josaphat, leur véritable pasteur. Au jour indiqué pour la notification de ce document, l'archevêque se rendit à l'hôtel de ville; le palatin Droutskoï-Sokolinski fit donner lecture du décret royal, puis Josaphat prenant la parole fit sa profession de foi et supplia les assistants de ne pas abandonner la véritable religion, mais de mettre fin aux dissensions religieuses. Les chefs du parti adverse protestèrent hautement contre les ordres du roi, ajoutant qu'ils préféreraient mourir plutôt que d'obéir à Josaphat. La multitude se fit l'écho de leurs déclamations, et l'innocent prélat allait infailliblement être tué sur place, s'il n'eût été protégé par les magistrats, qui, repoussant à main armée les flots de la populace, l'escortèrent jusqu'au palais archiépiscopal.
Loin de témoigner du ressentiment contre les agresseurs, le serviteur de Dieu les traita depuis avec une bonté paternelle; il invitait à sa table les principaux meneurs, les entretenait de la doctrine catholique, les conjurait d'accéder à l'Union. Un conseiller de la ville, nommé Terlikowski, touché de tant de douceur, reconnut enfin sa faute. Lorsqu'il se présenta à la cathédrale pour demander pardon à Dieu et à son ministre, Josaphat alla à sa rencontre, le serra contre sa poitrine, et le conduisant à l'autel : « Seigneur », dit-il en versant des larmes de joie, « voici une brebis égarée que je viens de retrouver et que je vous recommande ». Une autre fois, au milieu d'un sermon dans lequel il avait démontré avec une grande force le dogme catholique de la procession du Saint-Esprit et la primauté du souverain Pontife, Josaphat éclata en sanglots et s'écria que pour cette doctrine, la seule véritable, il était prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de son sang. A ce spectacle, plusieurs dissidents lui demandèrent à rentrer au sein de l'Église.
La douceur évangélique et le zèle désintéressé du saint archevêque parvinrent à ramener le calme dans les esprits. Polotsk recouvra la paix; mais il n'en fut pas ainsi dans d'autres villes du diocèse; privées habituellement de sa présence, elles étaient travaillées par ses adversaires avec d'autant plus d'ardeur qu'ils étaient plus irrités par le succès de sa parole et l'irrésistible prestige de sa sainteté sur tous ceux qui l'approchaient.
Dans le courant d'octobre de l'année 1623, le bruit s'était répandu à Polotsk que l'archevêque se proposait d'aller à Vitebsk. Plusieurs de ses amis le supplièrent de remettre la visite pastorale à une époque plus favorable, ou au moins d'accepter une escorte. L'un deux, le comte Michel Tychkiewitch, offrit de l'accompagner lui-même avec ses gens; l'homme de Dieu ne voulut d'autre escorte que sa propre suite, d'autre protection que celle du ciel. Au moment du départ, il donna l'ordre qu'on lui préparât, dans la cathédrale, un tombeau à l'endroit qu'il désigna; puis, agenouillé devant le maître-autel, il fit la prière suivante : « Seigneur, je sais que les ennemis de l'Union en veulent à ma vie; je vous l'offre de tout mon cœur, et puisse mon sang éteindre l'incendie causé par le schisme! » Et comme ces paroles effrayaient les siens : « Mes enfants », ajouta-t-il, « ne craignez rien; aucun de vous ne périra; je succomberai seul ». Cela dit, on se mit en route.
Les habitants de Vitebsk reçurent leur pasteur avec un respect simulé; car ses jours étaient comptés. Profitant de l'absence des principales autorités, les orthodoxes firent un nouveau complot, auquel prirent part deux magistrats de la ville et un grand nombre de citoyens. L'archevêque ne l'ignorait pas. Huit jours avant la perpétuation du crime, dans un sermon qu'il fit en l'honneur de saint Démétrius, martyr, sur ces paroles de l'Évangile : « Viendra un jour où quiconque vous mettra à mort croira avoir fait une chose agréable à Dieu », il parla ainsi : « Vous désirez ma perte ; sur les fleuves, sur les ponts, dans les rues, dans les cités, partout vous me tendez des pièges. Me voici maintenant au milieu de vous ; fasse Dieu que je puisse donner ma vie pour vous, qui êtes mes brebis, pour la sainte Union, pour le siège de Pierre qu'occupent les souverains Pontifes, ses successeurs ».
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Dans une séance tenue à l'hôtel de ville, le 11 novembre, on fixa le jour suivant (c'était un dimanche) pour exécuter le crime, et on arrêta la marche à suivre. Le soir même, l'archevêque fut informé de tout par un consul de la ville, Pierre Ivanovitch, bon catholique ; mais il ne voulut ni déjouer les machinations des conspirateurs, ni profiter des ténèbres de la nuit pour se dérober à leurs coups. Durant tout le temps du souper, il parla de sa mort imminente comme s'il se fût agi d'un festin. L'archidiacre Dorothée l'interrompit en disant : « Monseigneur, vous devriez bien nous laisser un peu manger ». — « Ne craignez rien », reprit Josaphat, « ce n'est pas de votre mort, mais de la mienne que je parle ». Après le souper, il se retira dans ses appartements et passa la plus grande partie de la nuit en oraison.
Le lendemain matin, au premier son de la cloche annonçant l'heure des Matines, le pieux archevêque se rendit à l'église de la Sainte-Vierge, voisine de son palais. Pendant qu'il y priait, un prêtre apostat, nommé Elie, fut arrêté dans la cour de l'évêché par ordre de l'archidiacre Dorothée. En voici la raison, telle qu'elle fut donnée plus tard par les complices du meurtre : « Les non-unis avaient élevé, pour leurs réunions privées, deux cabanes, dont l'une était située sur le bord opposé de la Dwina, en face du palais épiscopal. Bien que le vladyka entendît de ses fenêtres les chants, les cris et les propos outrageants qui en partaient et qui étaient dirigés contre sa personne, il fit semblant de ne rien savoir ; il se contentait de prier Dieu pour les malheureux, en disant qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Le prêtre Elie avait été auparavant sous l'obédience de Josaphat, qu'il abandonna pour aller se joindre au parti rebelle. Il traversait la cour de l'évêché fréquemment et sans nécessité, affectant des airs de mépris et proférant des paroles provocantes. Malgré la défense qui lui avait été faite, il reparut ce jour-là, et aussitôt il fut arrêté par des serviteurs du palais et enfermé dans la cuisine, sans qu'on lui fît du reste aucun mal. Les conspirateurs n'attendaient que cette occasion pour accomplir leurs desseins criminels. Aussitôt on sonne le tocsin, et la foule accourt de tous côtés vers la demeure épiscopale, remplissant les airs de clameurs, de vociférations et d'injures. Une grêle de pierres, de bâtons et de balles pleut sur les serviteurs qui faisaient la garde autour du palais et dont plusieurs furent gravement blessés.
Informé du tumulte, Josaphat ordonna de mettre en liberté le prêtre détenu ; puis les Matines terminées, il se rendit au palais à travers la foule ameutée. Il était rentré et s'était mis de nouveau en prière afin de se préparer au sacrifice de sa vie, lorsque l'émeute se ranima ; le nombre des rebelles allait croissant et les attaques devenaient plus meurtrières. Voyant surtout que les serviteurs de l'évêque n'opposaient qu'une résistance inoffensive, ainsi que leur maître le leur avait ordonné, les assaillants redoublèrent d'audace, pénétrèrent dans le vestibule et maltraitèrent cruellement des officiers du prélat qui s'y étaient réfugiés. L'archidiacre Dorothée reçut à la tête dix-huit blessures et eut tous les membres fracassés. Emmanuel Cantacuzène, majordome du palais, atteint de treize blessures et noyé dans son sang, fut laissé pour mort. En entendant les gémissements
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des innocentes victimes, Josaphat interrompt ses entretiens avec Dieu, sort de sa chambre et s'avance tranquillement vers les assassins. Après leur avoir donné sa bénédiction : « Mes enfants », leur dit-il, « pourquoi maltraitez-vous mes serviteurs qui ne vous ont fait aucun mal ? Si vous en voulez à ma personne, me voici ». Les sicaires demeurèrent immobiles et stupéfaits. Tout à coup deux misérables s'élancent à travers la foule en criant : « A bas le suppôt des latins ! à bas le papiste ! » et se jettent sur l'archevêque au moment où celui-ci croisait les bras sur sa poitrine. L'un des sicaires le frappa au front avec une longue perche ; l'autre lui asséna un coup de hallebarde qui lui fendit la tête. L'archevêque tomba ; les meurtriers l'accablèrent de coups et le maltraitèrent avec une telle barbarie, qu'il n'avait plus de figure humaine. Malgré ses blessures, il put encore faire le signe de la croix et prononcer ces paroles, les dernières qui sortirent de sa bouche : « O mon Dieu ! » Les bourreaux, voyant que la victime respirait encore, lui tirèrent deux coups de fusil, qui lui transpercèrent le crâne. Ainsi expira Josaphat, le 12 novembre 1623. Il était dans la quarante-quatrième année de son âge.
Le crime accompli, les assassins mirent à sac la maison du vladyka, pillant et dévastant tout avec une rage inouïe. Échauffés par la boisson (car on commença par vider les celliers), ils revinrent auprès de la victime, la traînèrent au milieu de la cour et eurent la lâcheté d'insulter le cadavre. Un chien fidèle, qui défendait le corps de son ancien maître, fut tué, et son sang se mêla au sang du martyr. Ce n'était pas assez. Oubliant toute pudeur, les meurtriers dépouillèrent le corps de ses vêtements. A la vue du cilice et de la ceinture de fer que le saint prélat ne quittait jamais, ils furent saisis de surprise ; leur étonnement augmenta lorsqu'ils découvrirent dans une cassette une discipline ensanglantée. Ils commencèrent à craindre d'avoir tué quelque autre à sa place, et interrogèrent le domestique du défunt, Grégoire Ouchatski, témoin oculaire de sa mort, puis un nommé Jedlinski, valet de Cantacuzène. Rassurés et joyeux, ils prodiguent au martyr de nouveaux outrages : les uns lui souillent les cheveux et la barbe ; d'autres crachent sur son visage ou le frappent à coups redoublés. Femmes, enfants, vieillards, tous prennent part à ces infâmes divertissements. Le fanatisme leur avait enlevé la pudeur et l'usage de la raison. Dans leur démence, ils arrachent le cilice qui couvrait son corps, attachent à ses pieds une longue corde, le traînent ainsi par les rues de la ville jusqu'à un endroit élevé qui surplombe la Dwina, et de là ils le précipitent dans le fleuve en criant : « Tiens ferme, Monseigneur, tiens ferme ! » Contre toute attente, le corps n'éprouva aucune lésion et reparut sur les flots. On le plaça alors sur un bateau, on lia fortement au cou le cilice rempli de grosses pierres, et on plongea la sainte dépouille à l'endroit le plus profond du fleuve, connu sous le nom de Peskovatik. La victime ensevelie dans les eaux, les parricides s'en allèrent triomphants. Mais, comme pour confondre leur rage, le ciel se revêtit de deuil, et des nuages épais changèrent le jour en nuit.
Les catholiques firent toutes les diligences possibles pour retrouver le corps du martyr, sans obtenir pendant plusieurs jours aucun résultat. Enfin, le 14 novembre, un peu avant midi, les pêcheurs chargés de cette mission aperçoivent comme un rayon lumineux sortant du sein des eaux, ils arrivent avec leurs barques à cet endroit et y découvrent, en effet, l'objet de leurs recherches. Bientôt la sainte dépouille est retirée des eaux et amenée au rivage. A la nouvelle de la découverte, une foule de curieux
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accourent de la ville pour considérer le bienheureux. Parmi les spectateurs se trouvait un conseiller de la ville de Polotsk, nommé Jean Chodyka, que des affaires avaient amené à Vitebsk deux jours auparavant. « Pendant que les deux bateaux chargés du corps et des pierres », dit Chodyka, « s'avançaient dans la direction de Vitebsk, je les suivais, en pleurant, le long du rivage et jusqu'au château. Là, le corps fut déposé au milieu de l'église de Saint-Michel, et c'est alors seulement que je pus le contempler à loisir. Le visage était riant comme je ne l'avais jamais vu du vivant de Josaphat. Ce spectacle produisit sur moi une impression si profonde, que je renonçai sur-le-champ au schisme, en déplorant le meurtre commis ».
La ville se remplit de deuil et de lamentations. Le corps demeura exposé pendant neuf jours dans l'église du château, vêtu d'habits pontificaux et répandant une céleste odeur de lis et de rose. Une affluence considérable, clergé, noblesse et bourgeois, accoururent de Polotsk pour escorter le corps qui fut transporté en grande pompe dans cette ville. Les habitants de Vitebsk accompagnèrent le cortège de leurs sanglots et de leurs larmes. Les parricides détestaient le forfait qu'ils avaient commis et en demandaient pardon. Des Calvinistes pleuraient à chaudes larmes en s'écriant : « Ah ! malheureux ! ils ont fait mourir un innocent, un Saint ! » Il n'était pas jusqu'aux Juifs qui ne donnassent des signes de compassion. Quant aux témoins qui ont fait leur déposition juridique devant le tribunal, ils furent unanimes à déclarer avec serment que le dévouement de Josaphat à l'Église romaine et au souverain Pontife avait été l'unique cause de sa mort. « J'atteste », dit l'un d'eux (Jean Chodyka), « que la haine et l'animosité que nous ressentions contre la personne de Josaphat avaient uniquement leur source dans le zèle avec lequel il tâchait de nous ramener à l'Union et de nous soumettre au souverain Pontife... C'est la soumission au Pape qui a perdu Josaphat. Que s'il y avait quelque autre cause de sa mort, elle ne m'aurait pas échappé assurément, puisque j'étais alors dans le schisme, et que non-seulement les projets et les desseins de mes coreligionnaires ne m'étaient pas inconnus, mais que je mettais ma bourse au service de la cause commune, dans le but de propager le schisme et d'étouffer, avec l'Union, Josaphat lui-même, qui en était le représentant. Mais autant je connaissais les desseins et les mauvaises dispositions de mon parti, autant je savais que tout le monde rendait justice à l'innocence de Josaphat, à sa conduite irréprochable et sainte ; je savais qu'il était mis à mort pour l'Union, chose d'ailleurs tellement notoire, qu'aucun catholique ou dissident ne l'a jamais niée ». Bien plus, les parricides confessèrent eux-mêmes que Josaphat s'était offert en victime à Dieu et au souverain Pontife pour rendre témoignage à la primauté de saint Pierre et de ses successeurs.
Lorsqu'on fut arrivé à Polotsk, le peuple se précipita sur le rivage pour contempler le pasteur martyr. Ce fut un spectacle vraiment déchirant de voir cette multitude composée de gens de tout rang, de tout âge, de tout culte, se livrer à la douleur la plus vive. Les uns sanglotaient ; les autres se frappaient la poitrine ; ceux-ci imploraient la miséricorde divine ; ceux-là suppliaient Josaphat de leur pardonner. Les chants funèbres furent étouffés par les gémissements, les sanglots, les cris de vengeance. On porta le saint corps à la cathédrale de Sainte-Sophie, où il resta exposé durant plusieurs mois, sans subir aucun changement, aucune décomposition ; il était toujours beau de visage et continuait d'exhaler une suave odeur : ses lèvres, d'un pourpre éclatant, semblaient prêtes à parler. L'aspect de sa figure, qui durant sa vie ramenait les pécheurs à la vertu, touchait après sa mort les cœurs les plus endurcis des adversaires de l'Union, et il était impossible de contempler sa sérénité angélique sans se sentir touché de la grâce divine.
Dès ce moment, le glorieux Martyr commence à opérer quantité de prodiges; les boiteux marchent, les aveugles recouvrent la vue et les malades désespérés la santé. Les récits de tels miracles se lisent dans les Vies de tous les Saints: ce qui nous intéresse davantage, ce sont les merveilles de la grâce; car, outre que les Saints n'ont point de plus beaux fleurons à leur couronne, les prodiges de ce genre ajoutent encore de nouveaux trophées aux triomphes de leur apostolat.
Ce fut un de ces miracles qu'on vit s'opérer dans la personne de Mélèze Smotritski, ennemi déclaré de l'Union et instigateur de la révolte dont Josaphat tomba victime. De l'aveu de tous, le sang d'un autre saint Étienne obtint la conversion de ce nouveau Saul. A partir du 12 novembre 1623, Mélèze n'eut plus de repos jusqu'à l'heure où, après une lutte intérieure de quatre ans, il fit enfin le pas décisif. Le reste de sa vie fut consacré exclusivement à la pénitence, à la prière et à la défense de l'Union.
On a représenté saint Josaphat ayant la tête fendue d'un coup de hache, et portant l'auréole, et non pas le limbe, parce qu'il n'était pas encore solennellement canonisé. On l'a peint aussi portant un calice avec lequel il se retourne vers le peuple. Sur le calice on aperçoit l'enfant Jésus; et un diacre ailé accompagne le Bienheureux pendant le saint sacrifice.
## CULTE ET RELIQUES.
La Pologne entière, par l'organe du roi Sigismund III, de son fils Ladislas IV, de tout l'épiscopat grec et latin, réclamait pour ce glorieux Martyr les honneurs que l'Église décerne à ses héros. Urbain VIII, accédant à ses pieux désirs, prononça l'introduction de la cause, et, après une longue procédure, dont le détail serait ici superflu, il inscrivit le nom de Josaphat au catalogue des Bienheureux, fixant sa fête au 12 novembre, jour anniversaire de sa naissance au ciel. Il décida en même temps qu'on pouvait, à la première occasion (quandocumque), procéder à sa canonisation. Les premières solennités de la béatification eurent lieu, non à l'église de Saint-Athanase, dont l'enceinte était trop étroite, mais dans la magnifique église du Gœni.
Il était juste que l'illustre Martyr reçoive les prémices de son culte au sein d'une société qui le considère à bon droit comme son élève et son patron et à laquelle il a constamment prodigué les marques de l'affection la plus sincère.
Deux siècles s'écoulèrent sans que la cause de la canonisation fît un seul pas, malgré les vives instances de plusieurs souverains de Pologne. Dieu, qui a ses moments, permit probablement ces retards pour en tirer sa plus grande gloire ainsi que celle de son serviteur. En réservant à Pie IX l'honneur de couronner l'œuvre commencée par Urbain VIII, il ne pouvait, ce semble, choisir ni un instrument plus digne, ni une époque plus propice. En effet, rarement on a vu sur la chaire de Pierre un Pontife aussi zélé pour l'union des Églises que l'auguste Pape actuellement régnant. Ensuite, « tandis qu'une conspiration, ourdie par des hommes rebelles à toute autorité, s'efforce de bouleverser le monde entier et s'attache surtout à renverser le Siège apostolique des successeurs de saint Pierre, voilà le bienheureux Josaphat qui, du haut du ciel, vient nous aider à confondre les complots pervers tramés dans l'ombre, lui qui avait pendant toute sa vie défendu la primauté du Siège apostolique et avait scellé de son sang l'union avec l'Église ». Ainsi parle le décret de l'Ado, en date du 2 mai 1585, déclarant qu'on peut en toute sûreté procéder à la canonisation solennelle de Josaphat. Enfin, à l'heure qu'il est, l'Église unie de Russie est à l'agonie: encore quelques années, et peut-être elle aura cessé d'exister! Quelle consolation pour cette Église martyre de voir son Abel, orné de la plus belle couronne qu'un chrétien puisse recevoir ici-bas, et proposé à la vénération de l'univers catholique tout entier! Quel puissant motif d'espérer qu'un jour viendra où, portée par de longues souffrances, elle renaîtra dans sa première splendeur, pleine de vie, de force et de fécondité! Oui, le 29 juin 1587 a été pour elle une date à jamais mémorable; c'est le gage assuré de sa prochaine régénération.
Vous donc, illustre Martyr, qui avez donné à la sainte Unie le triple témoignage de la parole, de l'exemple et du sang, continuez d'exercer du haut du ciel le même apostolat; protégez la chaire de toute vérité, ainsi que celui qui vous a décerné les suprêmes honneurs, contre les attaques de leurs perfides ennemis; mais surtout ne cessez d'adresser au Dieu des miséricordes la prière jadis si chère à votre cœur et où votre vie se résume tout entière: « Seigneur, ôtez le schisme, et donnez la paix à votre Église ».
Saint Joseph Kuncewicz a été canonisé par Pie IX le 29 juin 1867. La Russie a répondu à cette canonisation par la profanation sacrilège du corps du Martyr. On lisait le 17 juillet dans une gazette de Cracovie: « Les reliques de saint Joseph se trouvaient dans l'église paroissiale de Biala, en Podlachie. Ces jours derniers, une commission militaire est arrivée à Biala, et, en présence d'un ecclésiastique qui n'est que trop connu, l'abbé Liwczak, elle a brisé les sceaux de la chasse qui renfermait la dépouille du saint Martyr. Après un minutieux examen du corps, les commissaires l'ont emporté à Siedlce, d'où il sera envoyé par la route de Varsovie à Saint-Pétersbourg ».
Nous devons au Père Martinof cette biographie; nous n'avons fait que l'abréger.
Événements marquants
- Élection au pontificat le 5 juillet 649
- Convocation du Concile du Latran en octobre 649 pour condamner le Monothélisme
- Arrestation à Rome par l'exarque Théodore Calliopas le 19 juin 653
- Exil à Naxos puis transfert à Constantinople en 654
- Condamnation et exil final à Cherson en Crimée où il meurt de privations
Miracles
- Cécité subite de l'écuyer d'Olympius tentant d'assassiner le Pape
- Guérison d'un aveugle à Constantinople par ses prières
- Guérisons diverses à son sépulcre
Citations
Je perdrais plutôt mille vies que d'approuver un écrit si dangereux.
Seigneur, ôtez le schisme et donnez la paix à votre Église !