Saint Augustin d'Hippone

Évêque d'Hippone et Docteur de l'Église

Fête : 28 aout 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Tagaste en 354, Augustin mena une jeunesse dissipée et s'égara dans le manichéisme avant sa conversion fulgurante à Milan sous l'influence de saint Ambroise et des prières de sa mère, sainte Monique. Devenu évêque d'Hippone, il s'imposa comme l'un des plus grands Docteurs de l'Église par ses écrits monumentaux tels que 'Les Confessions' et 'La Cité de Dieu'. Il mourut en 430 lors du siège de sa ville par les Vandales, laissant une œuvre théologique et philosophique qui a façonné la pensée chrétienne occidentale.

Biographie

SAINT AUGUSTIN,

ÉVÊQUE D'HIPPONE EN AFRIQUE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE

Verbo Dei dum obedit, Credit errans, et accedit Ad baptismi gratiam.

Firmans fidem, formans mores, Legis sacra perversores Verbi nocet gladio.

Touché par la parole de Dieu, il ramène son esprit dans les sentiers de la foi, et s'offre de lui-même à la grâce du baptême.

Il affermit la foi, il forme les mœurs, et armé du glaive de la parole, il extermine les escrupteurs de la loi de Dieu. *Prose de saint Augustin.*

Saint Augustin naquit à Tagaste, ville d'Afrique, sous l'empire de Constance, l'an de Notre-Seigneur 354, le 13 novembre. Son père s'appelait Patrice et sa mère Monique. Patrice était un des premiers de la ville, où il exerçait la charge de curiale. Quelque temps avant sa mort, il reçut la foi chrétienne et se fit baptiser. Monique, à la véritable religion joignait une piété éminente, et comme, durant son mariage, elle était un exemple de pureté, de modestie, de douceur, de sagesse et d'une dévotion réglée, pour les femmes qui ont des maris d'une humeur fâcheuse, elle fut, dans la viduité, un modèle des véritables veuves dont parle saint Paul. Elle éleva Augustin dans la crainte de Dieu dès les premières années de son enfance. Il en fait la peinture dans ses *Confessions*, et il remarque jusqu'aux moindres mouvements de cet âge : « Si les membres des enfants », dit-il, « sont alors innocents, leur esprit ne l'est pas, comme il paraît par la jalousie, l'envie, les dépits, les colères et les désobéissances dont ils sont déjà capables ».

Quand il fut en état de commencer à apprendre quelque chose, on l'envoya aux écoles, dans sa propre ville de Tagaste ; mais cet exercice de compter des lettres et d'assembler des syllabes, lui était si ennuyeux et lui semblait si indigne de son esprit, qu'il ne s'y appliquait que par contrainte. Comme il avait l'esprit vif et la mémoire excellente, il ne lui fallait pas beaucoup de temps pour concevoir ce que ses maîtres lui enseignaient ; mais il avait une passion si forte pour le jeu de paume et les autres plaisirs des enfants, qu'elle le détournait de ses études, et, quoiqu'il fût souvent châtié pour ce sujet, il ne s'amendait guère. Autant il avait d'aversion pour les lettres grecques, autant était-il passionné pour les fictions des poètes et pour la vue des spectacles que l'on représentait sur les théâtres. Il lisait avec un extrême plaisir les descriptions que fait Virgile du cheval de Troie, de la descente de Jupiter en pluie d'or, des voyages d'Énée à Carthage, de l'amour que Didon lui portait, de la mort funeste qu'elle s'était procurée à son occasion : ces récits fabuleux l'attendrissaient jusqu'aux larmes. Dans ses *Confessions* il s'accuse de ces émotions comme d'un grand crime. « Qui

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peut-on imaginer », dit-il, « ô mon Dieu ! de plus malheureux que celui qui n'est touché d'aucun sentiment de ses misères, tel que je me trouvais alors ; je pleurais éperdument la mort de Didon, qui, pour l'amour qu'elle portait à Énée, s'était plongé le poignard dans le sein, et je ne pleurais pas la mort que je donnais cent fois le jour à ma pauvre âme ».

Étant tombé malade en ce temps-là, il demanda le baptême, mais aussitôt que le danger eut cessé, son père, alors païen, fit remettre la cérémonie à un autre temps.

A l'âge de treize ans, Augustin fut envoyé, vers l'an 367, de Tagaste à Madaure, qui n'en était guère éloignée, et où les écoles étaient meilleures. Il y apprit la rhétorique, la musique et l'astrologie. Bientôt, ses maîtres de Madaure ne suffirent plus à son intelligence et à son savoir. Son père résolut de le conduire à Carthage, malgré les frais considérables que ce voyage et le séjour en cette ville devaient lui occasionner. Pendant qu'il réunissait la somme nécessaire à ce dessein, son fils passa un an à Tagaste, dans l'oisiveté, écoutant plus les discours corrompus de ses camarades que les sages remontrances de sa mère. Il alla à Carthage vers la fin de l'année 370, âgé de dix-sept ans.

Son apparition dans les écoles fit sensation. Il possédait déjà plusieurs langues ; il avait une aptitude singulière pour la philosophie et la métaphysique, une grande ardeur pour l'étude, le goût de la poésie, de l'art, du beau dans tous les genres, et surtout une éloquence naturelle, qui jaillissait sans effort d'une âme élevée et aimante. Il étonna ses condisciples et même ses maîtres, et tout le monde pressentit que, dans quelques années, il serait la gloire du barreau de Carthage.

Ce qui ajoutait un charme singulier à toute sa personne, c'est qu'au milieu de ses succès il était réservé et timide. Il n'aimait pas à se produire. Il portait sur sa physionomie, qui devenait chaque jour plus belle, cette candeur qui va si bien aux natures supérieures, et qui est à la fois le signe et la compagne du vrai talent. C'est ainsi que les hommes le voyaient ; mais il nous avoue, dans son humilité, qu'intérieurement il était tout autre ; qu'il rêvait la gloire, qu'il portait sur le barreau des regards pleins d'ambition, et que, sous cette apparence modeste qu'il ne dépouilla jamais et qui lui était naturelle, il cachait une âme enivrée de plus en plus d'elle-même. « Je tenais », dit-il, « le premier rang dans les écoles de rhétorique, ce qui me remplissait d'une joie superbe et me gonflait de vent. Vous savez pourtant, ô mon Dieu », ajoute-t-il, « que j'étais plus retenu que les autres, et bien éloignée des folies de mes camarades qui s'appelaient ravageurs. J'éprouvais même une sorte de pudeur impudente à ne pas leur ressembler ; et, quoique je vécusse avec eux et que je me plusse dans leur familiarité, j'avais en horreur leurs actions, ces moqueries sanglantes et injurieuses avec lesquelles ils insultaient à l'embarras des nouveaux venus et des étrangers, et faisaient de leur trouble l'aliment de leurs malignes joies. Voilà avec quels hommes et dans quelle compagnie j'étudiais alors l'éloquence, par cette malheureuse et damnable fin de l'ambition, qui trouve son aiguillon dans la vanité ».

Mais, si grandes que fussent alors cette vanité et cette ambition, ce n'était là, dans Augustin, que la moindre plaie. Son cœur était bien plus malade que son esprit. Son âme, vide de Dieu, manquant d'aliments, aspirait à quelque chose qui pût la satisfaire ; mais ce quelque chose d'inconnu qui lui manquait, Augustin ne savait où le trouver. Une inquiétude indéfinissable le tourmentait. Consumé de vagues désirs, sans objets et sans

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limites, il était arrivé à ce moment périlleux qui précède d'ordinaire les grandes chutes et qui trop souvent les annonce. « Je n'aimais pas encore », dit-il, « mais je désirais d'aimer, et, dévoré de ce désir, je cherchais un objet à ma passion. J'errais par la ville pour le trouver, et les chemins où je n'espérais pas de pièges m'étaient odieux ». Il ajoute ces mots d'une profondeur admirable : « Mon cœur défaillait vide de vous, ô mon Dieu ; et pourtant ce n'était pas de cette faim-là que j'étais affamé. L'aliment intérieur et incorruptible qui manquait à mon âme ne m'inspirait aucun appétit. J'en étais dégoûté, non par rassasiement, mais par indigence. Et mon âme, malade, couverte d'ulcères, tombant d'inanition, se jetait misérablement hors d'elle-même, et mendiait à la créature quelque chose qui pût adoucir ses plaies. Je voulais aimer, être aimé et d'une affection qui fût sans réserve ». Augustin était pauvre, inconnu, perdu dans une grande ville ; mais il était jeune, agréable, élégant, distingué. Comment donc, pour son malheur, ne serait-il pas tombé un jour ou l'autre dans les filets où il désirait tant être pris ?

Les spectacles, où, dès son arrivée à Carthage, Augustin se jeta avec la passion qu'il avait toujours eue pour ce plaisir, achevèrent de le pousser à l'abîme. Avec sa vive imagination, avec cette sensibilité exquise qui le faisait pleurer à la lecture d'un beau vers, au récit d'un sacrifice inspiré par l'amour, le théâtre avait pour lui un charme irrésistible. « Les spectacles me ravissaient », dit-il, « tout remplis qu'ils étaient des images de ma misère et des aliments de ma flamme ». Au sortir de là, il était si plein de toutes ces beautés, si ému de tous ces sacrifices, qu'il ne cherchait plus qu'une occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu'un pour recevoir les mêmes plaisirs et offrir les mêmes dévouements qu'il avait vus si bien dépeints.

La triste chute ne se fit pas attendre. « Je tombai », dit-il, « dans ces filets où je désirais tant d'être pris. O mon Dieu, de quelle amertume votre bonté assaisonna ce miel ! J'aimai ; je fus aimé ; et, m'élançant dans un réseau de douloureuses joies, je connus les ardentes jalousies, les soupçons, les craintes, les colères et les tempêtes de l'amour ». Qui était cette malheureuse jeune fille qui, oubliant Dieu pour Augustin comme Augustin oubliait Dieu pour elle, captiva un tel cœur pendant quinze ans ; qui le suivit par terre et par mer, à Tagaste, à Carthage, à Rome, à Milan ; qui ne le quitta tout en larmes qu'au moment où il se convertissait, et, elle aussi, pour se convertir, se jeter dans un monastère, et se donner enfin toute à Dieu ? nous ne le savons pas. Augustin, par une réserve pleine de délicatesse, a caché son nom. Elle passe comme une figure voilée dans cette histoire. Il est probable que, tant que cela fut possible, Augustin cacha ce nom, avec plus de soin encore, à sa pieuse mère, ainsi que le lien dont il venait d'enchaîner sa vie, et que nulle prière de sainte Monique et nulles larmes n'auraient pu le décider à briser. Bientôt, cependant, il fallut lui avouer le douloureux secret ; car, en 372, Augustin eut un fils, ce brillant Adéodat, que plus tard, aux jours de son repentir, il n'osait plus nommer que le fils de son péché : mais alors, aux jours de sa passion, dans le premier tressaillement de son triste bonheur, il l'appela Dieudonné, Adéodatus. « Telle était alors ma vie, ô mon Dieu », s'écrie saint Augustin, « si cela peut s'appeler une vie ! »

Augustin réalisait alors, ou plutôt dépassait toutes les espérances qu'avait fait concevoir sa brillante adolescence. L'éclat qui avait accompagné ses études littéraires n'était rien à côté du succès qui couronnait ses études philosophiques. On commençait à entrevoir que son don principal, ce ne

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serait ni son éloquence, qui pourtant fut admirable, ni sa sensibilité, qui était exquise, ni même son esprit, si agréable, si brillant et si fin. Au-dessus de toutes ces qualités, qui avaient apparu les premières, il devait avoir un don souverain qui éclipserait tout ; et précisément, en 372, ce don venait de se révéler avec un éclat merveilleux. Voici comment :

Lorsqu’il s’occupait encore d’études littéraires, Augustin avait plusieurs fois entendu parler à son maître de rhétorique des Catégories d’Aristote comme d’un livre d’une telle profondeur, qu’on ne pouvait le comprendre qu’assisté des maîtres les plus habiles et au moyen de figures qu’on traçait sur le sable, pour rendre sensibles aux yeux les obscurités métaphysiques des choses. Impatient de connaître ce qu’il estimait être si extraordinaire, et n’ayant pas le courage d’attendre l’époque où on le lui expliquerait, il ouvrit ce livre et commença à l’étudier seul. À son grand étonnement, il n’y trouva nulle difficulté. Il errait à son aise au milieu de ces problèmes ardus, et lorsque plus tard il en suivit les explications publiques, on ne lui put rien apprendre que ce qu’il avait parfaitement entendu seul. Il lut de même, sans être aidé par personne, tous les livres de dialectique, de géométrie, de musique, d’arithmétique ; il ne trouvait de difficultés nulle part, ou plutôt il ne commençait à s’apercevoir des difficultés que lorsqu’il cherchait à les expliquer aux autres ; car alors il s’étonnait de la peine qu’avaient les personnes les plus intelligentes à le comprendre ; il n’y avait qu’un très-petit nombre d’esprits, même parmi les plus excellents, qui pussent le suivre, et encore de loin. Quoiqu’il n’eût que dix-neuf ans, il était évident qu’un jour il aurait de l’aigle et cette impidité de regard pour laquelle nulle lumière n’est trop éblouissante, et ce large et puissant coup d’aile pour lequel nul sommet n’est trop élevé.

En même temps qu’apparaissait le génie d’Augustin, son âme, son caractère, son cœur, achevaient de se révéler. Les rébellions et les caprices de son enfance étaient tombés. Ils avaient fait place à la plus charmante douceur. Augustin était de plus en plus réservé et modeste ; il craignait le bruit et l’éclat ; il évitait les folles réunions de ses condisciples ; il aimait la dignité ; il sentait vivement l’honneur ; il s’attachait pour toujours à ceux qui lui faisaient du bien. Et de même qu’il avait dans l’esprit une qualité maîtresse, il avait dans le cœur un don souverain : c’était une source inépuisable de la plus profonde tendresse.

On commençait aussi à voir ce que seraient ses traits, sa physionomie, son extérieur enfin, et quelle forme aurait le vase précieux où habiterait ce grand esprit. Sa taille était peu élevée, et ne devait pas dépasser les tailles moyennes ; son tempérament était frêle, délicat, nerveux, comme il arrive d’ordinaire dans les âmes d’élite, selon la remarque de saint Grégoire de Nazianze ; il avait la peau fine et transparente ; le regard pénétrant, mais doux, reposé, baigné de sensibilité et de tendresse. Sa voix faible, sa gorge délicate, sa poitrine peu dilatée et très-inflammable, indiquaient qu’il était plutôt fait pour contempler que pour parler, ou du moins pour persuader que pour dominer ; pour la parole intime, affectueuse, persuasive, qui se dit dans un cercle d’amis choisis, que pour les éclats de la grande éloquence dans les assemblées tumultueuses. Tout l’ensemble enfin de sa personne était de la plus parfaite élégance et de la plus rare distinction.

Sous cette belle enveloppe, on voyait les horribles ravages du mal ; une plaie qui s’agrandissait tous les jours, une conscience, une âme éternelle qui allait périr. Cette vue couvrait tout le reste d’un voile de deuil. Avec la vertu, la foi elle-même avait baissé dans l’âme d’Augustin. Du cœur, où

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elles étaient nées, où elles naissent toujours, les ténèbres commençaient à monter dans son esprit ; et l'on pouvait prédire qu'après avoir abandonné la vertu, Augustin renierait la foi ; ou plutôt il n'y avait plus rien à prédire. Du premier abîme, il avait déjà roulé dans le second, et la perte de la foi avait suivi de près la disparition des mœurs. « Hélas ! » dit-il, « à quoi me servait alors cette promptitude et cette vivacité d'esprit avec laquelle je pénétrais toutes les sciences et j'éclaircissais seul, sans le secours de personne, tant de livres obscurs et difficiles, puisque j'étais tombé dans des excès si horribles et dans une indifférence si honteuse pour les choses de la piété ? Et les petits et les simples, qui avaient l'esprit plus lent, n'étaient-ils pas plus heureux, puisqu'ils ne s'égaraient pas comme moi, et que, restant dans le nid de la sainte Église, ils y attendaient en paix la venue de leurs ailes ? »

Augustin partageait la demeure d'un ami, Romanien de Tagaste, qui, après la mort de son père, devint son appui. À dix-neuf ans, Augustin lut de Cicéron un ouvrage intitulé *Hortensius*, que nous n'avons plus aujourd'hui. C'était une exhortation à la philosophie ; il en fut vivement touché. Il se sentit saisi d'un violent mépris pour les richesses et les honneurs, et d'un ardent amour pour la sagesse. Quelque chose cependant refroidissait son enthousiasme pour les ouvrages de Cicéron et des autres auteurs païens, c'était l'absence du nom de Jésus-Christ, qu'il avait sucé avec le lait, qui était demeuré au fond de son cœur malgré les orages de la jeunesse, et sans lequel les plus beaux traités de philosophie lui paraissaient incomplets et perdaient de leurs charmes. Il se mit donc à lire les saintes Écritures ; mais ce style déplut à son esprit épris de l'éloquence pompeuse de Cicéron et enflé d'orgueil. Quelque temps après, il rencontra quelques Manichéens : ces imposteurs le voyant avide de la vérité, se vantèrent de lui faire connaître la nature des choses ; ils lui dirent qu'il n'y avait point de mystère, que la raison se rendait compte de tout lorsqu'elle savait s'affranchir de la foi ; ils lui peignirent les catholiques comme esclaves de l'autorité de l'Église, et par là incapables de toute science. Il tomba dans ce piège et y demeura neuf ans. Il trouva chez les hérétiques ce qu'on trouve chez les incrédules de tous les temps, beaucoup de subtilités, point de démonstration : ils ne lui expliquèrent point les grands problèmes qui intéressent le plus l'humanité, comme l'origine du mal, dont la solution ne se trouve que dans l'enseignement de l'Église catholique.

Augustin fit tomber avec lui dans l'erreur manichéenne plusieurs catholiques, entre autres Alype, son ami, et Romanien, son bienfaiteur. Toutefois, il ne prit jamais part avec les *initiés* et les *prêtres aux horribles pratiques* de ces hérétiques ; il resta toujours simple auditeur.

En 375, Augustin ayant achevé ses études, revint à Tagaste et y enseigna avec succès la grammaire et la rhétorique. Il demeurait chez Romanien : car sa mère, voyant qu'il s'obstinait dans l'hérésie, lui avait interdit sa demeure. Elle n'abandonna pas pour cela ce cher fils : elle faisait sans cesse pour sa conversion des prières et des aumônes. Cependant Augustin devait rester encore longtemps dans l'erreur. De dix-neuf à vingt-huit ans, sa vie fut tour à tour consacrée à la défense du Manichéisme et à l'enseignement des belles-lettres. La douleur où le jeta la perte d'un ami ne lui permit pas de rester plus longtemps dans les lieux qui le lui rappelaient. Il alla à Carthage, où il enseigna la rhétorique avec beaucoup d'éclat : nous trouvons parmi ses auditeurs Licentius, fils de Romanien, et Alype. Ayant remporté un prix de poésie, qui se proclamait sur le théâtre, il fut couronné par le

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proconsul de Carthage, Vindicien. C'était un médecin célèbre qui devint l'ami d'Augustin, et le délivra de sa passion pour l'astrologie judiciaire.

En 380 ou 381, Augustin fit un traité de ce qui est beau et convenable dans chaque chose, et cet ouvrage qu'il dédia à l'orateur Hiérius, n'est point parvenu jusqu'à nous. Cependant il ne trouvait point chez les Manichéens la science qu'ils lui avaient promise ; à chaque question un peu difficile qu'il leur posait, ils le renvoyaient à Fauste, un de leurs évêques et l'oracle du parti. En 383, Fauste étant venu à Carthage, Augustin ne trouva en lui qu'un ignorant qui parlait bien. Il est vrai, d'un autre côté, que l'Église catholique, en Afrique, ne possédait alors aucun esprit savant et distingué, qui pût convaincre Augustin. Désirant trouver de plus grandes lumières et des écoliers plus dociles qu'à Carthage, il résolut d'aller à Rome. Sa mère l'ayant su, ne le quitta plus, pour l'empêcher de partir, ou partir avec lui. Un jour, qu'elle l'avait accompagné sur le bord de la mer, il feignit de ne monter sur un navire que pour prolonger ses adieux à un ami, et rester avec lui jusqu'au signal du départ. Il persuada à sa mère de passer la nuit sur le rivage, dans une chapelle consacrée à saint Cyprien ; le navire partit pendant qu'elle priait ainsi. Quand elle s'aperçut de la perte qu'elle venait de faire, elle fut accablée de douleur.

Quelques jours après son arrivée à Rome, il fut attaqué d'une dangereuse maladie ; il en guérit par les soins de son ami Alype, qui l'avait suivi, et par les prières de sa sainte mère, qui, bien qu'absente, l'accompagnait de cœur. Dès qu'il se vit en santé, il enseigna la rhétorique dans l'école grecque de Sainte-Marie. Mais les écoliers romains ne lui déplurent pas moins que ceux de Carthage : ils n'étaient pas turbulents, mais ingrats ; le jour où il s'agissait de donner au professeur le prix de ses leçons, ils désertaient l'école. Ce procédé fut cause qu'il ne balança pas d'accepter la chaire de Milan, que Symmaque, préfet de Rome, lui offrit. Il y arriva au mois d'octobre, l'an 385, et il y fut reçu avec une grande joie par tous les habitants : l'empereur même, qui était Valentinien le Jeune, témoigna beaucoup de satisfaction de son arrivée. Augustin répondit aux belles espérances que l'on avait conçues de lui, et il acquit bientôt à Milan cette grande réputation qui le suivait partout.

Il n'y fut guère longtemps sans faire connaissance avec saint Ambroise, dont le nom était si célèbre. Il en fut reçu avec une paternelle bonté. Souvent il allait entendre ses prédications, non point pour profiter de sa doctrine, mais pour juger de son éloquence. Il trouva dans son langage moins de grâce que dans celui de Fauste le Manichéen, mais plus de solidité dans ses raisonnements. Il commença à voir que le catholicisme se pouvait raisonnablement défendre ; ainsi, il tomba dans un état où il n'était ni orthodoxe ni manichéen, mais flottant entre la vérité et le mensonge.

Cependant, le jour se faisant peu à peu plus grand dans son âme, il résolut de se mettre au rang des catéchumènes. Monique le trouva en cette suspension d'esprit, lorsqu'elle arriva à Milan, où le désir du salut de ce cher fils la fit venir d'Afrique, sans considérer la longueur, les périls et les incommodités d'un si long voyage. Elle fut bientôt connue et estimée de saint Ambroise. Elle se mit sous sa conduite ; et, comme il la reprit de ce que, suivant la coutume d'Afrique, elle portait des mets sur les tombeaux des martyrs, elle s'en abstint, faisant voir que sa dévotion était véritable, parce qu'elle était obéissante. Elle ne perdait aucun de ses sermons. Augustin les fréquentait aussi, comme nous venons de le dire. Une partie du voile qui lui cachait la vérité tomba ; il connut que jusqu'alors il n'avait eu horreur

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de la religion catholique, que parce qu'il prenait pour elle le fantôme qu'il s'en était formé.

Si le cœur d'Augustin eût été pur, l'incendie de la foi et de l'amour divin aurait éclaté promptement; mais depuis quinze ans il portait le joug d'une liaison coupable. Il y avait mis toute son âme. Ce qu'il avait tant désiré étant jeune, il l'avait rencontré; et si la longueur et les périls d'un voyage de six cents lieues n'avaient pas arrêté la mère d'Augustin, ils n'avaient pas davantage fait hésiter la mère d'Adéodat. Elle était venue rejoindre Augustin à Rome; elle l'avait accompagné à Milan; ils vivaient ensemble; Adéodat grandissait auprès d'eux, les unissant et les réjouissant par son génie précoce. Comment sortir d'une telle position? Et tant que ces liens ne seraient pas brisés, comment arriver à la foi, au saint baptême, à la pénitence, à la sainte Eucharistie, à la pleine et parfaite vie chrétienne?

Il y avait alors auprès d'Augustin un jeune homme que nous apprendrons à connaître plus intimement. Il se nommait Alype, c'était le meilleur et le plus cher de ses amis. Il s'était lié avec Augustin en Afrique, l'avait revu à Rome, et, ne pouvant vivre sans lui, il l'avait rejoint à Milan. Augustin l'avait entraîné dans toutes ses erreurs, et il y adhérait encore; mais c'était un jeune homme d'une rare inclination pour la vertu. À peine s'il avait eu dans sa jeunesse quelque faiblesse rapide, dont il s'était détaché avec mépris et remords; et il avait toujours vécu depuis dans une parfaite continence. Il pressait sans cesse Augustin de faire comme lui; il lui vantait avec enthousiasme les joies de cette vie austère, élevée, toute spirituelle, dédommagée des sacrifices que la chasteté demande, par une paix, une liberté et une force que l'on ne peut trouver que dans la contemplation solitaire de la vérité. Malheureusement Augustin était trop malade pour goûter ces conseils. Cette union dont il portait le joug depuis quinze ans lui paraissait si nécessaire, que la vie sans cela lui eût semblé une infélicité et une mort. « Je n'aurais jamais pu vivre privé de l'affection de celle que j'aimais », dit-il; « et comme j'ignorais la force dont Dieu revêt l'âme chaste, je me sentais incapable de cette solitude. Vous m'eussiez donné cette grâce, ô mon Dieu », continue-t-il, « si j'eusse frappé vos oreilles par les gémissements de mon cœur, et si j'eusse, par une foi vive, remis entre vos mains toutes mes inquiétudes ».

Mais, hélas! il n'y pensait guère. « Enchanté par la criminelle douceur du plaisir, et ne pouvant souffrir que l'on touchât à mes plaies, je traînais », dit-il humblement, « ma chaîne après moi, tremblant qu'on ne vînt la rompre. Je repoussais tout ce qu'on pouvait me dire en faveur de la vertu, comme une main qui voulait m'ôter un esclavage que j'aimais ».

Il n'y avait évidemment à une situation pareille, à une si profonde maladie de cœur, qu'un remède possible. Puisque Augustin ne pouvait pas vivre dans la solitude austère de la chasteté, il fallait faire bénir par Dieu cette union dont il avait besoin. Sainte Monique y pensait sans cesse; elle priait ardemment dans ce but, et, persuadée que, le jour où Augustin ne connaîtrait plus que les saintes et légitimes affections du mariage, s'évanouiraient les dernières difficultés de son esprit, elle poussait vers Dieu les plus grands cris de son cœur.

Le plus simple eût été qu'Augustin épousât la mère d'Adéodat. Mais, sans qu'on puisse dire pourquoi, il paraît que la chose n'était pas possible; car quand on sait ce qu'Augustin souffrit en se séparant d'elle lorsqu'il le fallut faire, il est évident que les lois, ou les mœurs, ou des circonstances

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que nous ignorons, apportaient à cette union des obstacles insurmontables. Ne pouvant ni épouser la mère d'Adéodat, ni la renvoyer, voilà quel était alors le cruel état d'Augustin. Sous toutes ces hésitations, dans toutes ces angoisses, derrière tous ces ajournements, il y avait une question plus profonde, plus intime, plus douloureuse : la grande question de la vertu, l'éternelle question du cœur. Qui sent mieux ces choses, et qui en souffre plus qu'une mère ? Et néanmoins il n'y avait pas à hésiter. Puisque ces liens coupables ne pouvaient être transfigurés, il fallait les briser ; et le seul moyen de faire supporter à Augustin cette blessure, c'était de lui offrir la perspective de quelque noble union vraiment digne de lui.

Sainte Monique eut probablement recours aux conseils et à la haute influence de saint Ambroise pour l'aider dans une œuvre si difficile ; surtout elle pria avec ardeur ; « elle poussa vers le ciel », dit saint Augustin, « de fortes clameurs, pour conjurer Dieu de l'éclairer dans un moment si important et si périlleux ». Et enfin, après avoir cherché avec soin et prié longtemps, elle eut le bonheur de rencontrer, dans une famille chrétienne, une jeune fille qui lui sembla réunir toutes les qualités qu'une Sainte peut désirer dans celle à qui elle va confier l'âme malade de son fils. Elle en parla à Augustin, le pressa vivement ; et celui-ci, accablé, sentant qu'il fallait se résigner au sacrifice, n'osant ni l'accorder ni le refuser, laissa agir sa mère. La demande fut donc présentée par sainte Monique, et on l'agréa : seulement, comme la jeune fille sortait à peine de l'adolescence, il fut convenu que le mariage n'aurait lieu que dans deux ans. Peut-être aussi ce délai parut-il nécessaire aux deux familles pour donner à la position d'Augustin le temps de se régulariser et de s'ennoblir. Quoi qu'il en soit, comme Augustin ne pouvait pas demeurer sous l'œil de celle qui lui était promise, dans une position si fausse et qui fût devenue si indélicate, on pressa la séparation, et le sacrifice fut consommé.

Saint Augustin n'a dit qu'un mot de cette séparation ; mais quel mot ! « Je me laissai arracher celle qui partageait ma vie ; et comme mon âme adhérait profondément à son âme, elle en fut déchirée et brisée, et mon cœur en versa du sang ». Et plus loin il ajoute : « La blessure que me causa cette séparation ne voulait pas se guérir, et pendant longtemps elle me causa les plus cuisantes douleurs ».

Quant à la mère d'Adéodat, on imagine aisément ce que furent ses gémissements et ses larmes ; mais l'histoire n'en dit rien. Ce qu'on sait du moins, ce qu'on aime à apprendre, c'est que cette femme qui, pendant quinze ans, avait disputé à Dieu le cœur d'Augustin, touchée enfin de la grâce, et, au moment où l'abandonnaient les affections de la terre, se retournant vivement vers le ciel, s'alla cacher dans un monastère, et y employa le reste de sa vie à pleurer, à se purifier, à demander pardon à Dieu d'avoir enchaîné un tel cœur et d'avoir retardé de quinze ans le triomphe que ce grand génie préparait à l'Église. « Elle valait mieux que moi », dit saint Augustin, « et elle fit son sacrifice avec un courage et une générosité que je n'eus pas la force d'imiter ».

Il y eut à ce moment, dans la vie d'Augustin, un rayon de paix, comme une éclaircie entre deux tempêtes. Les liens étaient brisés, le sacrifice était fait. Semblable à un vaisseau qui se relève dès qu'on l'a déchargé d'un poids, l'âme d'Augustin retrouvait son élévation naturelle. Sa mère rayonnait de bonheur à ses côtés. Ses amis se livraient avec ardeur à l'étude de la philosophie. Chaque jour arrivait d'Afrique quelque compatriote d'Augustin, heureux de retrouver à Milan son jeune maître ou son vieil ami :

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Romanien, par exemple, que d'interminables procès avaient conduit dans cette ville, et qui, toujours fidèle au fils de Patrice et de Monique, lui avait apporté, avec la même délicatesse qu'autrefois, les ressources de sa grande fortune ; Alype, que nous connaissons déjà, et qui, fixé depuis peu auprès d'Augustin, allait lui être une si douce consolation et une si tendre compagnie ; Nébridius, qui avait quitté Carthage et le vaste domaine de son père, et sa maison, et même sa mère, pour se livrer à l'étude de la philosophie. Plus jeune qu'Augustin, flottant comme lui, cherchant la vérité sans la trouver, et gémissant de ses doutes ; d'un esprit profond et pénétrant, il avait une place à part dans le cœur d'Augustin. Quelques autres, sept ou huit à peu près, la plupart d'Afrique, se groupaient encore autour de lui, livrés aux mêmes études. On cultivait les lettres ; on devisait sur les plus belles questions de Dieu et de l'âme.

En lisant les livres de Platon, Augustin avait entrevu la nature toute spirituelle de Dieu et l'existence de son Verbe ; il n'avait vu ni l'amour ni les abaissements du Verbe incarné. Il s'était élevé jusqu'à l'idée d'un Dieu invisible, glorieux, séparé de toute créature ; il avait même entrevu, à travers les éblouissements de la nature divine, quelque chose de cette nature divine elle-même : une lumière sortant d'une lumière et égale à elle ; grandes intuitions sans doute ; si grandes même, qu'on se demande si le génie humain a pu arriver jusque-là, et si ce n'est pas plutôt à travers la belle âme de Platon, un écho fidèlement ressaisi des traditions antiques. Mais un Dieu pauvre, un Dieu humilié, un Dieu abaissé jusqu'à l'homme et pour l'homme ; un Dieu aimant l'homme jusqu'à la passion, jusqu'à la folie, jusqu'à souffrir, jusqu'à mourir pour l'homme ; voilà ce que ni Platon, ni Socrate, ni Cicéron, ni Virgile n'ont jamais soupçonné. De telles choses n'ont pu être conçues que dans le cœur qui a été capable de les réaliser. Il fallait donc qu'un plus grand que Platon vînt au secours d'Augustin, un plus grand en même temps qu'un plus saint, afin d'élever son esprit et surtout son cœur à de si étonnants mystères.

Guidé invisiblement par la main miséricordieuse qui le ramenait de si loin, Augustin ouvrit alors les Épîtres de saint Paul ; mais il ne le fit qu'en tremblant, après des agitations et des résistances singulières, comme s'il eût eu le pressentiment des sacrifices que cette lecture allait enfin lui arracher. « Je me sentais vivement pressé », dit-il, « de tourner les yeux vers cette religion sainte qui avait été si profondément imprimée dans mon cœur quand j'étais enfant. Mais j'hésitais ; je ne pouvais m'y décider ; cependant elle m'attirait malgré moi. Enfin, cruellement incertain, voulant, ne voulant pas, je saisis avec une sorte d'agitation et d'inquiétude fébrile le livre des Épîtres de saint Paul ».

Dès les premières lignes, Augustin fut saisi d'admiration. Lui qui venait d'être si ému à la lecture de Platon, éprouva ici une commotion dont il n'avait pas l'idée. « Oh ! si tu savais », écrivait-il à Romanien, « quelle lumière m'apparut tout à coup ! J'aurais voulu, non-seulement, te la montrer, à toi qui désirais depuis si longtemps voir cette inconnue, mais à ton ennemi même, à cet ennemi acharné qui te poursuit devant les tribunaux pour avoir ton bien. Et certainement, s'il la voyait comme je la vois, il quitterait tout : jardins, maisons, banquets, tout ce qui le séduit, et, pieux et doux amant, il volerait, ravi, vers cette beauté ».

Ce ne fut là, du reste, que le premier coup d'œil d'Augustin ; le second fut autrement profond. Il vit se dévoiler devant lui un grand mystère qu'il ne connaissait pas encore ; que Platon ignorait, et c'est pourquoi il n'avait

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pas pu lui apprendre le chemin de la vertu; que les Manichéens avaient essayé de résoudre par la doctrine des deux principes, mais en vain; et que saint Paul seul lui montrait dans une lumière éblouissante. Il vit que l'homme n'est plus dans l'état où Dieu l'avait formé; qu'il avait été créé saint, innocent, rempli de lumière et d'intelligence, fait pour voir la majesté de Dieu et la voyant déjà; mais que l'homme n'a pu soutenir tant de gloire sans tomber dans la présomption; qu'il a voulu se rendre centre de tout et indépendant de Dieu; qu'il a été abandonné, aveuglé, chassé loin de Dieu, et dans un tel état de corruption, que le péché habite en lui; qu'il y a en lui une créature misérable, odieuse, ennemie de la vérité, incapable de vertu, ayant le goût du mal; « l'homme de péché », comme dit saint Paul, « le vieil homme », comme il dit encore; expressions bizarres, d'une tristesse profonde, mais d'une espérance sublime; car elles indiquent que ce n'est pas là tout l'homme, et qu'il y en a un nouveau. Et c'est ce qu'Augustin apprit bientôt en continuant sa lecture. Il vit, aux mêmes pages, que pour vaincre cet homme, ce mélange odieux d'orgueil, de concupiscence et de révolte, le Verbe s'est fait chair; qu'il a vécu dans l'humilité, dans l'obéissance et dans le sacrifice, qu'il s'est anéanti jusqu'à l'homme, afin de guérir l'homme qui veut s'exalter jusqu'à Dieu. Tout le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption se dévoila à ses yeux, et le plongea dans l'admiration. Il sentit qu'il avait franchi tous les espaces; qu'il n'était plus dans la région des conceptions humaines; qu'il touchait à ce point sublime où l'homme s'évanouit et où Dieu apparaît; et il s'agenouilla, ébloui et ému.

« Ah ! » disait-il avec un étonnement attendri, « que de différence il y a entre les livres des philosophes et ceux des envoyés de Dieu ! Ce qu'on trouve de bon en ceux-là, on le trouve en ceux-ci, et l'on y trouve de plus la connaissance de votre grâce, ô mon Dieu, afin que celui qui vous connaît, non-seulement ne se glorifie pas, mais se guérisse, et se fortifie, et arrive enfin jusqu'à vous.

« Que savent-ils, d'ailleurs, ces grands philosophes, de cette loi de péché incarnée dans nos membres, qui combat contre la loi de l'esprit et nous traîne captifs dans le mal ? que savent-ils surtout de la grâce de Jésus-Christ, victime innocente, dont le sang a effacé l'arrêt de notre condamnation ? Sur tout cela leurs livres sont muets.

« Là, on n'apprend ni le secret de la piété chrétienne, ni les larmes de la confession, ni le sacrifice d'un cœur contrit et humilié, et encore moins la grâce de ce calice précieux qui enferme le prix de notre rédemption.

« On n'y entend point ces cantiques : Ô mon âme, soumets-toi à Dieu, car il est ton Dieu, ton Sauveur, ton défenseur. Appuyé sur lui, que craindrais-tu ? Là ne retentit pas ce doux appel : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Ils ignorent, ces savants, que le Verbe, descendu sur la terre, est doux et humble de cœur. Mystères divins, que vous avez cachés, ô mon Dieu, aux savants et aux sages, mais que vous avez révélés aux petits et aux humbles ».

Voilà les vérités qui pénétraient dans l'âme d'Augustin pendant qu'il lisait celui qui s'appelle « le moindre des Apôtres », et la vue de tant de merveilles le jetait dans l'admiration.

« Oh ! » disait-il en fermant le livre, « que c'est bien autre chose, d'apercevoir de loin, du haut d'un roc sauvage, la Cité de la paix, sans pouvoir, quelque effort que l'on fasse, trouver un chemin pour y arriver ; ou bien de

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trouver ce chemin, et sur ce chemin un guide qui vous dirige et vous défende contre le brigandage de ceux qui voudraient vous arrêter ».

Voilà donc Augustin en possession de cette bienheureuse lumière après laquelle il soupirait depuis si longtemps, et que sa mère avait sollicitée pour lui avec tant de larmes. Il avait percé tous les voiles, et maintenant qu'il était arrivé jusqu'à Dieu et à Notre-Seigneur Jésus-Christ son divin Fils, mort par amour pour nous, il semble qu'il n'y avait plus qu'une chose à faire : se lever, courir à sa mère, et lui dire : Ne pleurez pas, je suis chrétien.

Mais Augustin n'en était pas encore là. Ce vif coup de lumière avait plutôt percé les nuages qu'il ne les avait dissipés. Il restait à Augustin une foule d'idées fausses, inexactes, incomplètes, qu'il avait puisées dans les livres des Manichéens, et dont il avait peine à se débarrasser : dernières ombres qui s'en allaient lentement.

Il les eût fait évanouir, s'il avait eu le courage de s'agenouiller, de frapper sa poitrine, de confesser ses fautes, et de se préparer à recevoir les sacrements de la purification et de la sainte Eucharistie ; car il vient un moment, dans ces grandes recherches de la vérité, où l'âme ne peut mériter de voir pleinement que par un acte d'humilité et d'abandon à Dieu. Il faut risquer pour lui jusqu'au sacrifice, si on veut que les dernières ombres s'évanouissent. Dieu met ses faveurs à ce prix.

Augustin le sentait vaguement ; mais il avait peur. Il voulait voir plus clair avant de s'agenouiller, tandis qu'il faut s'agenouiller pour voir plus clair ; et, en attendant, il multipliait les études, les lectures, les efforts d'esprit, pour accroître en lui la lumière dont il avait reçu les prémices.

Cependant les cris de la conscience d'Augustin avaient grandi. Elle le pressait plus vivement que jamais. Elle commençait à murmurer à ses oreilles ces mots, qui ne devaient plus cesser de retentir au fond de son cœur, et qui bientôt allaient y retentir comme un tonnerre : « Tu prétendais jusqu'ici que l'incertitude du vrai était la seule raison qui t'empêchait d'accomplir ton devoir. Eh bien ! tout est certain maintenant. La vérité brille à tes yeux. Pourquoi ne te rends-tu pas ? » — « J'entendais », dit saint Augustin, « mais je faisais le sourd. Je refusais d'avancer, mais sans chercher maintenant d'excuse. Toutes les raisons que j'aurais pu apporter étaient réfutées d'avance. Il ne me restait qu'une peur muette : la peur de voir arrêter le cours de ces longues et tristes habitudes qui cependant m'avaient conduit à un état si désespéré ».

Longtemps, en effet, Augustin n'avait pas eu le courage de croire ; maintenant il croyait, mais il n'avait pas le courage de pratiquer. Les obscurités de la foi l'avaient d'abord arrêté ; c'étaient maintenant les nécessités de la vertu qui lui faisaient peur. « Ainsi, flottant toujours et ne voulant pas être fixé, consultant sans cesse, et craignant d'être éclairé ; sans cesse disciple et admirateur de saint Ambroise, et toujours agité par les incertitudes d'un cœur qui fuyait la vérité, il traînait sa chaîne, craignant d'en être délivré : il proposait encore des doutes pour prolonger ses passions ; il voulait encore être éclairé, parce qu'il craignait de l'être trop : et, plus esclave de sa passion que de ses erreurs, il ne rejetait la vérité qui se montrait à lui que parce qu'il la regardait comme une main victorieuse qui venait enfin rompre les liens qu'il aimait encore ». — « J'avais trouvé une perle », s'écrirait-il éloquemment, « et maintenant qu'il fallait vendre mes biens, c'est-à-dire faire des sacrifices pour l'acheter, je n'en avais pas le courage ».

VIES DES SAINTS. — TOME X. 19

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Agité, indécis, pressé par sa mère, harcelé par sa conscience, Augustin se résolut enfin à aller consulter un saint prêtre, nommé Simplicien, dont la belle vie l'avait depuis longtemps frappé.

C'était un de ces vieillards vénérables comme on en rencontre sans cesse dans le sein de l'Église catholique, qui, passés d'une jeunesse chaste à un âge mûr plus chaste encore, et bénis par Dieu d'une verte vieillesse, présentent aux hommes, qui s'inclinent en les rencontrant, une image vénérable de la paix et de la sérénité dans la vertu. Les jeunes gens troublés par les orages des passions aiment à s'approcher de ces neiges tranquilles et à se calmer auprès d'elles.

Augustin vint donc confier à Simplicien les troubles de sa vie et les secrètes faiblesses qui l'arrêtaient maintenant, non plus en présence de la lumière, mais en présence de la vertu.

Le bon vieillard le reçut avec un doux sourire, écouta sans étonnement le récit de ses égarements, et le félicita de ce qu'au lieu d'ouvrir ces livres athées et matérialistes qui dégradent l'âme, il s'était attaché à l'étude de Platon et de Socrate, qui élèvent l'esprit et le cœur. Simplicien, comme tous les vieux prêtres, avait beaucoup connu les hommes. Il était intimement lié, non-seulement avec saint Ambroise, qu'il avait dirigé dans sa jeunesse et auquel même il avait donné le saint baptême, mais avec un grand nombre de philosophes, de poètes, de rhéteurs romains, et en particulier avec Victorin, celui-là même qui avait traduit les œuvres de Platon, qu'étudiait en ce moment Augustin. Comme tous les vieillards, aussi, Simplicien aimait à conter, et, habile à manier les esprits, il savait cacher adroitement une leçon dans une histoire.

Voyant donc auprès de lui ce jeune homme d'un si grand esprit, d'un si noble caractère, déjà illuminé de la grâce, mais qui hésitait encore à s'y livrer, il profita avec finesse du nom de Victorin, que celui-ci venait de prononcer ; et après avoir dit qu'il avait connu autrefois à Rome cet homme éloquent, voulant montrer indirectement à Augustin le chemin du courage et de l'honneur chrétien, il lui en conta l'histoire à peu près en ces termes :

« Victorin s'était illustré dans la même carrière que suivait Augustin. Professeur d'éloquence, il avait vu au pied de sa chaire non-seulement toute la jeunesse romaine, mais une foule de sénateurs ; il avait traduit, expliqué, enrichi de lumineux commentaires, les plus beaux livres de la philosophie antique, et à force d'éloquence il avait obtenu, honneur rare en tout temps, une statue sur le Forum. Quand il eut épuisé ainsi l'étude de tous les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, il lui vint l'idée d'ouvrir les saintes Écritures ; il les lisait avec attention, puis il disait à Simplicien, mais en secret et dans l'intimité, comme à un ami : « Sais-tu que me voilà chrétien ? » — « Je ne le croirai », répondait Simplicien, « que quand je te verrai dans l'église du Christ ». Et Victorin disait en riant et avec ironie : « Sont-ce donc les murailles qui font le chrétien ? » Au fond, il avait peur de déplaire à ses amis, et il craignait que de ces sommets de grandeur humaine et toute-puissante, de ces cèdres du Liban que Dieu n'avait pas encore brisés, ne roulassent sur lui d'accablantes inimitiés.

« En attendant, il continuait à lire ; il priait beaucoup, et, puisant plus profondément dans les saintes Écritures, il sentit naître en lui le courage et la force. Vint un jour où il eut plus peur d'être désavoué par Jésus-Christ que moqué et méprisé par ses amis, et, tremblant de trahir la vérité, il se rendit chez Simplicien et lui dit : « Allons à l'église, car je veux être

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chrétien ». Rome fut remplie d'étonnement, et l'Église tressaillit de joie. Quand le moment fut arrivé de faire sa profession de foi en présence de tous les fidèles, on proposa à Victorin de la réciter en particulier, comme on en use vis-à-vis des personnes qu'une solennité publique intimide. Mais il refusa énergiquement, et il monta courageusement sur l'ambon. Dès qu'il y apparut, son nom, répandu de rang en rang par ceux qui le connaissaient, éleva dans l'assemblée un murmure de joie. Et la voix contenue de l'allégresse générale disait tout bas : « Victorin ! Victorin ! » Le désir de l'entendre ayant promptement rétabli le silence, il prononça le Symbole avec une admirable foi, et tous les fidèles qui étaient là, consolés par un tel courage, eussent voulu le mettre dans leur cœur. Leur joie et leur amour étaient comme deux mains avec lesquelles ils l'y plaçaient en effet.

« Depuis lors, continua Simplicien, en donnant à chacune de ses paroles un accent plus pénétrant, depuis lors ce vieillard illustre se fit une gloire de devenir enfant à l'école de Jésus-Christ. Il se laissa humblement allaiter par la sainte Église, et il mit avec joie sous le joug ignominieux de la croix, une tête qui avait porté tant de couronnes. Julien l'Apostat ayant peu après défendu aux chrétiens d'enseigner les lettres, il ferma ses lèvres éloquentes, et couronna sa vie par le plus beau et le plus douloureux de tous les sacrifices ».

Cet exemple, si bien choisi, et qui convenait si parfaitement à la position d'Augustin, le remua jusque dans les entrailles. Il sortit enthousiasmé, se reprochant sa faiblesse, s'indignant de sa lâcheté, et il rentra dans sa maison, où sa mère l'attendait en priant, décidé à en finir cette fois et à imiter Victorin. « O mon Dieu », s'écria-t-il dans une sorte de transport, « venez à mon aide ! Agissez, Seigneur, faites ; réveillez-moi, rappelez-moi ; embrasez et ravissez ; soyez flamme et douceur ; aimons, courons ».

Mais, hélas ! cette chaîne qu'Augustin traînait depuis un si grand nombre d'années était plus lourde qu'il ne se l'était d'abord imaginé. Dès qu'il y porta la main, il se sentit incapable de la briser. Il ne disait pas : Non. Il n'avait pas le courage de dire : Oui. « Cette suite de corruptions et de désordres », dit-il, « comme autant d'anneaux enlacés les uns dans les autres, formait une chaîne qui me rivait dans le plus dur esclavage. J'avais bien une volonté de servir Dieu d'un amour élevé et chaste, et de jouir de lui seul ; mais cette volonté nouvelle, qui ne faisait que de naître, n'était pas capable de vaincre l'autre, qui s'était fortifiée par une longue habitude du mal. Ainsi j'avais deux volontés : l'une ancienne, et l'autre nouvelle ; l'une charnelle, et l'autre spirituelle ; et ces deux volontés combattaient en moi, et ce combat déchirait mon âme ».

En attendant, il tâchait de calmer sa conscience, et quand celle-ci lui criait qu'il fallait se décider, il ne savait que lui répondre comme un homme endormi et paresseux : « Tout à l'heure, laissez-moi un peu ; encore un petit instant ». Mais ce tout à l'heure ne venait jamais, et ce petit instant durait toujours.

Sur ces entrefaites, un ancien ami d'Augustin, nommé Potitien, vint lui rendre visite. L'un et l'autre étaient d'Afrique, où ils s'étaient autrefois intimement connus. Seulement, pendant qu'Augustin avait suivi, dans l'erreur et dans l'oubli de Dieu, la longue et triste route que nous avons essayé de décrire, Potitien était resté fervent chrétien, et il habitait Milan, où il avait, à la cour de l'empereur, un des premiers emplois militaires. Sainte Monique avait été heureuse de le retrouver en Italie, et d'introduire dans la société d'Augustin, d'Alype, de Nébridius, de tous ces jeunes gens flot-

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tants dans la foi, une âme si bien trempée, que ni la guerre, ni la cour n'avaient pu la faire hésiter un instant.

Ce jour-là, en causant avec Augustin et Alype, Potitien aperçut sur une table de jeu un livre. Il l'ouvrit machinalement, comme il arrive quand on est occupé à causer; il croyait trouver un Cicéron ou un Quintilien. C'étaient les Épîtres de saint Paul. Un peu surpris, il regarda Augustin en souriant; et celui-ci lui ayant avoué que depuis quelque temps il lisait la sainte Écriture avec la plus grande attention et le plus grand charme, la conversation prit d'elle-même une tournure tout à fait chrétienne.

Potitien avait beaucoup voyagé. Il connaissait les Gaules, l'Espagne, l'Italie, l'Afrique, l'Égypte, et il les connaissait en chrétien; c'est-à-dire que partout il avait étudié les merveilles qu'opérait la vraie foi dans l'Église catholique. Il lui raconta la conversion de quelques grands de la cour de Maxime, par la lecture de la vie de saint Antoine, et lui apprit ensuite les merveilleux exercices de pénitence de ce grand anachorète, et d'une multitude innombrable de moines qui vivaient sous ses Règles. Ce récit le toucha si puissamment, qu'il résolut d'embrasser le même genre de vie et de se retirer tout à fait du monde. Mais, comme ses mauvaises habitudes étaient très-fortes, il se fit en lui un étrange combat entre l'esprit et la chair; et le démon, se voyant sur le point de perdre cette grande proie, employa tous ses artifices et toutes ses forces pour se la conserver.

Il décrit lui-même cet état de peine où il était réduit: « L'ennemi », dit-il, « tenait ma volonté liée avec la corde qu'il avait tissée pour me traîner; car la mauvaise volonté avait produit de mauvais désirs, et ces désirs n'ayant pas été étouffés, le mal était passé en coutume, et la coutume enfin, faute de lui avoir résisté, était devenue une dure nécessité. La chaîne de mon malheur était composée de ces anneaux, et me tenait dans une étroite captivité; cette nouvelle volonté, que je sentais de vous servir, ô mon Dieu, et qui commençait à se former dans mon cœur, n'était pas assez forte pour supplanter la première, qui, par une habitude invétérée, s'étant rendue la plus puissante et la maîtresse, avait plus de force contre moi et me conduisait où je ne voulais pas. Mais comme j'étais toujours attaché à la terre, je refusais toujours de vous suivre lorsque vous m'appelez, et je n'avais pas moins d'appréhension de me voir délié de ces liens, que les personnes fidèles ont de joie de ne point s'y voir engagées. J'allais doucement, chargé de ce fardeau du siècle, comme si j'eusse été en repos, et les pensées que j'avais de changer de vie ressemblaient aux assoupissements de ceux qui dorment et qui ont envie de s'éveiller, mais qui, par la pesanteur du sommeil, retombent sur l'autre côté et continuent de dormir ». — « Étant », dit-il ailleurs, « en cette maladie, je m'accusais de lâcheté, et, me roulant dans la chaîne que je traînais, pour tâcher de rompre le peu qui en restait, et qui était encore assez fort pour me retenir, je me disais à moi-même: Allons, faisons-le maintenant, que ce soit tout à cette heure. Aussitôt je m'y portais et je le faisais à demi, mais sans pouvoir achever. Je ne retournais plus aux choses passées, mais je m'en tenais bien près, et je respirais un peu. Je revenais une autre fois, avec de nouvelles forces, j'y arrivais presque et je le touchais; bien qu'en effet, par ma faiblesse, je ne fisse ni l'un ni l'autre. La coutume du mal avait plus de force sur moi que le désir du bien que je voulais embrasser. Et plus le temps de ma correction approchait, plus je craignais son arrivée, parce que les vanités de ma jeunesse, et les délices que j'avais goûtées, me tiraient comme par la robe, me disaient d'un air tendre: Quoi, Augustin, nous

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voulez-vous donc quitter ? Faudra-t-il que, désormais, nous ne soyons plus avec vous, et tout ce que vous aimiez, avec tant de passion, vous soit interdit pour toujours ? Je les écoutais de loin, non plus moi, mais la moindre partie de moi-même ; car, n’osant plus s’adresser à moi, par guerre ouverte, elles ne faisaient que me suivre à la piste et murmuraient pour me faire tourner les yeux de leur côté. Elles ne laissaient pas de me troubler par leurs importunités, parce que j’étais parce-que à me défaire d’elles. Je ne voulais pas aller où elles m’appelaient, parce que, au chemin que je voyais devant moi, et par où je craignais de passer, je découvrais de loin la sainte majesté de la continence avec un visage vermeil et une gravité ravissante, qui, me flattant dans ma crainte avec une douceur pleine de modestie, me conviait de venir hardiment à elle. Elle me montrait une multitude innombrable de filles, de jeunes hommes, de chastes veuves et de femmes continentes dont la pureté n’était pas stérile, mais féconde et mère des véritables joies ; et, se moquant de moi, elle me disait d’un regard agréable : Est-ce que tu ne saurais faire ce que toutes ces personnes ont fait si généreusement ? Penses-tu qu’elles l’ont exécuté d’elles-mêmes et sans le secours de la grâce de Dieu ? C’est en lui et par lui qu’elles ont pu tout ce qu’elles ont fait et tout ce qu’elles font. Ne t’appuie donc plus sur tes propres forces, mais jette-toi courageusement, et sans délibérer davantage, entre les bras de ton Dieu, il te recevra et te sauvera. Je rougissais de honte d’entendre encore la voix de mes folles passées, et, comme je demeurais rêveur et pensif, elle me disait : Bouche tes oreilles à toutes ces pensées sales et déshonnêtes, et mortifie les membres qui les excitent en toi. Les plaisirs qu’elles te représentent n’approchent pas de ceux que l’on goûte dans la loi du Seigneur. Voilà le combat qui se passait dans mon cœur, de moi-même contre moi-même ».

Ce sont les propres termes avec lesquels ce saint Docteur explique les difficultés qu’il avait de se donner tout à Dieu : mais enfin, la Providence, qui l’avait destiné à être un jour la lumière éclatante de l’Église, le prit par la main et le tira du bourbier où il était. Ce fut d’une façon extraordinaire qu’il expose en ces termes : « Après que j’eus condensé ainsi, par une profonde méditation, et mis devant mes yeux toute l’étendue de ma misère, je sentis s’élever dans mon cœur un affreux orage chargé d’une pluie de larmes. Pour le laisser éclater tout entier, je me levai et m’éloignai d’Alype. J’avais besoin de solitude pour pleurer plus à mon aise ; je me retirai donc assez loin et à l’écart, pour n’être pas gêné, même par une si chère présence. Alype le comprit ; car je ne sais quelle parole m’était échappée d’un son de voix gros de larmes. J’allai me jeter à terre sous un figuier, et ne pouvant plus retenir mes pleurs, il en sortit de mes yeux comme un torrent. Et je vous parlais, sinon en ces termes, au moins en ce sens : Eh ! jusques à quand, Seigneur, jusques à quand serez-vous irrité ? Ne gardez pas souvenir de mes iniquités passées. Car je sentais qu’elles me retenaient encore. Et c’est ce qui me faisait ajouter avec des sanglots : Jusques à quand ? jusques à quand ? Demain ! demain ! Pourquoi pas à l’instant ? pourquoi pas sur l’heure en finir avec ma honte ?

« Et tout à coup, pendant que je parlais de la sorte, et que je pleurais dans toute l’amertume d’un cœur brisé, j’entends sortir de la maison voisine comme une voix d’enfant ou de jeune fille, qui chantait et répétait ces mots : « Prends, lis ! prends, lis ! »

« Je m’arrêtai soudain, changeant de visage », continue saint Augustin, « et je me mis à chercher avec la plus grande attention si les enfants, dans

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quelques-uns de leurs jeux, faisaient usage d'un refrain semblable. Mais je ne me souvins pas de l'avoir jamais entendu. Alors, comprimant le cours de mes larmes, sûr que c'était là une voix du ciel qui m'ordonnait d'ouvrir le livre du saint apôtre Paul, je courus au lieu où était assis Alype, et où j'avais laissé le livre. Je le prends, je l'ouvre, et mes yeux tombent sur ces paroles, que je lis tout bas : Ne vivez pas dans les festins, dans les débauches, dans les plaisirs et les impuretés, dans les jalousies et les disputes ; mais revêtez-vous de Jésus-Christ, et ne cherchez plus à contenter votre chair, selon les plaisirs de votre sensualité. Je n'en voulus pas lire davantage, et aussi qu'était-il besoin ? car ces lignes étaient à peine achevées, qu'il se répandit dans mon cœur comme une lumière calme qui dissipa pour jamais toutes les ténèbres de mon âme.

« Alors, ayant laissé dans le livre la trace de mon doigt ou je ne sais quelle autre marque, je le fermai, et, d'un visage tranquille, je déclarai tout à Alype. Lui, de son côté, me découvrit ce qui se passait en son âme, et que j'ignorais. Il désira voir ce que j'avais lu. Je le lui montrai ; et, lisant plus loin que moi, il recueille ces mots que je n'avais pas remarqués : Assistez le faible dans la foi ; ce qu'il prend pour lui. Et, fortifié par cet avertissement, plus prompt à revenir à la foi, à cause de la pureté de ses mœurs, il se joint à moi, et nous courons à ma mère ».

La conversion d'Alype qui, par amitié pour Augustin, s'était écarté de la foi, sans mener une vie immorale, augmenta de beaucoup son bonheur. Ils allèrent l'un et l'autre trouver Monique, et lui racontèrent tout ce qui s'était passé. Quelle ne fut pas la joie de cette pieuse mère, lorsqu'elle apprit que non-seulement son fils avait résolu de vivre selon les préceptes de l'Évangile, mais encore qu'il voulait en suivre les conseils et en pratiquer les instructions les plus rigoureuses.

Pour se disposer au baptême, il résolut de s'éloigner du monde ; mais, comme il ne restait plus que vingt jours jusqu'aux vacances, il attendit ce temps par prudence et par modestie, pour ne pas quitter avec éclat sa chaire de rhétorique. Dès que ce terme fut échu, il se retira à Cassiacum, dans une maison des champs, que Vérécundus, citoyen de Milan, lui offrit, et mena avec lui sainte Monique, son fils Adéodat ou Dieudonné, Navigius et Alype. Ce fut dans cette retraite qu'il composa, quoique catéchumène, les livres contre les Académiciens, qui faisaient profession de douter de tout, les livres de l'Ordre, de la Vie bienheureuse, de l'Immortalité de l'âme et les Soliloques, deux colloques et amoureux entretiens que son âme avait avec Dieu, où il goûtait des délices si pures et recevait des consolations si abondantes, qu'il faudrait les expérimenter soi-même pour en parler. Il y fut tourmenté pendant quelques jours par une si cruelle douleur de dents, que, voulant implorer les prières de ses amis, et ne pouvant leur parler, il fut contraint d'écrire son intention sur des tablettes de cire ; ses amis n'eurent pas plus tôt fléchi les genoux pour faire oraison, qu'il se sentit soulagé, et se vit en peu de temps délivré de ce tourment. Il écrivit à saint Ambroise, pour le prier de lui marquer quel livre de l'Écriture il devait lire pour se disposer à la grâce du baptême. Le saint Évêque lui conseilla de commencer par le prophète Isaïe, qui parle plus ouvertement que les autres de la vocation des Gentils et des mystères du Christianisme. Mais Augustin, en ayant lu le premier chapitre, et ne le comprenant pas à son gré, remit cette lecture jusqu'à ce qu'il fût mieux versé dans l'étude des saintes lettres.

Enfin, cinq mois s'étaient écoulés, le jour heureux auquel il devait

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recevoir le saint Baptême arriva. Il se rendit à Milan, accompagné d'Évodius, d'Alype, de Trigétius, de son fils Dieudonné, de Pontitien, de Simplicius, de Faustin, de Valère, de Candote, de Juste et de Paulin, tous ses amis ou ses parents, qui devaient être baptisés avec lui. Saint Ambroise eut une joie indicible de voir cette troupe d'élite, dont saint Augustin était le chef, qu'il allait acquérir à l'Église et dont il devait être le père selon l'esprit. Il les baptisa tous de sa propre main, en présence d'une foule immense et la veille de Pâques de l'an 387, dans la nuit du 24 au 25 avril. La tradition commune est que saint Ambroise, dans cette cérémonie, ayant chanté les premières paroles du célèbre Cantique (le Te Deum) dont l'Église se sert pour rendre à Dieu les actions de grâces, saint Augustin lui répondit, et qu'ils le continuèrent alternativement jusqu'à la fin, selon que le Saint-Esprit le leur inspirait. Outre la robe blanche qu'il reçut de saint Ambroise, selon la coutume de l'Église, en signe de la pureté et de l'innocence qui est conférée au saint Baptême, il reçut aussi un habit noir (soit que ce fût en même temps, ou seulement huit jours après), pour montrer qu'il embrassait les rigueurs de la vie religieuse, et qu'il voulait expier, par le feu de la pénitence, les taches dont il venait d'être lavé par les eaux salutaires de la grâce. Le bienheureux Simplicien, qui partageait avec saint Ambroise la gloire de la conversion d'Augustin, lui donna une ceinture de cuir pour le distinguer des autres ermites.

On ne peut exprimer la joie que tous les fidèles eurent de cette conversion. On l'avait regardé jusqu'alors comme un autre Saul, persécuteur de l'Église ; car son esprit et sa science l'avaient rendu si redoutable, que l'on dit même que saint Ambroise fit ajouter aux Litanies publiques, qui se chantaient de son temps et dont quelques auteurs assurent avoir vu des copies : A logica Augustini, libera nos, Domine ; « Seigneur, délivrez-nous de la logique d'Augustin » ; mais, comme on le voyait devenu un autre Paul, défenseur de l'Église, on entendait de toutes parts des actions de grâces à Dieu, pour avoir d'un si grand pécheur fait un docteur si merveilleux. Monique, cette mère jadis si désolée, voyant enfin ce fils de ses larmes et de sa douleur dans le sein de la religion catholique, humble, dévot, chaste, religieux, et de lion furieux devenu doux comme un agneau, Monique donnait mille bénédictions au ciel, et remerciait de tout son cœur la miséricorde de Dieu d'avoir enfin exaucé ses prières.

Augustin, ayant reçu le Baptême, se dépouilla de toute ambition terrestre ; le désir des honneurs et l'ambition de paraître, qui avaient été ses passions, ne le touchèrent plus. Il ne songea plus qu'à mener une vie conforme aux règles de l'Évangile. Pensant qu'il le ferait plus tranquillement en Afrique qu'en Italie, il résolut d'y retourner au plus tôt. Il partit donc de Milan, avec la bénédiction de saint Ambroise et de saint Simplicien, accompagné de sa sainte mère, de son frère Navigius, de son fils Dieudonné, de son fidèle Alype, d'Évodius, d'Anastase, de Vital le pauvre et de plusieurs autres qui voulurent imiter son genre de vie, et se rendit à Civita-Vecchia. Cette ville se nommait Cencelle, parce qu'on y avait bâti cent salles où l'on donnait les audiences et où l'on jugeait toutes les affaires de la province. Parmi les ruines de ses édifices, on voyait plusieurs ermites qui vivaient seuls, éloignés du tumulte du monde et de la fréquentation des hommes. Quand ils eurent appris le mérite d'Augustin, ils lui firent tout l'accueil possible : il demeura quelque temps avec eux pour méditer dans cette pieuse compagnie les mystères de la religion. C'est en ce lieu, selon quelques auteurs, qu'il commença les livres de la Trinité, auxquels il avoue lui-même

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avoir mis la première main dans sa jeunesse ; mais il fut obligé de les interrompre à la suite d'une célèbre apparition. Se promenant un jour sur le bord de la mer, en ruminant quelques pensées qu'il avait sur ce sujet, il aperçut un enfant qui, voulant épuiser la mer, s'efforçait de renfermer toutes ses eaux dans un petit trou qu'il avait fait sur le rivage. Augustin, surpris de ce dessein, lui en représenta doucement l'impossibilité. « Sachez », lui repartit l'enfant, « que j'en viendrai plutôt à bout que vous de comprendre, par les lumières de votre esprit, le mystère de la très-sainte Trinité ». Augustin, instruit par ce prodige de la difficulté de son entreprise, n'en pressa pas l'exécution ; mais il se contenta, pour laisser un monument éternel de sa dévotion envers cet adorable mystère, de fonder au même endroit un ermitage que les religieux de son Ordre possèdent maintenant. On voit sur la porte un écriteau où l'on a gravé en latin le sens de ces paroles : « Passant, qui que tu sois, révère l'ermitage et la chapelle où Augustin, cette éclatante lumière de l'Église, commença son ouvrage sur la Trinité et où il l'interrompit, par l'avis et l'oracle d'un enfant envoyé du ciel sur le rivage ; il l'acheva enfin en Afrique, dans sa vieillesse ». De Civita-Vecchia il alla à Rome, pour y attendre un temps propice à faire voile. Pendant son séjour, il composa le Dialogue de l'Âme, un livre des mœurs de l'Église, pour en faire connaître la sainteté, et un autre : Des Mœurs des Manichéens, pour confondre leur arrogance qui lui était insupportable. La rigueur de l'hiver étant passée, il alla à Ostie ; là, tandis qu'il se préparait à la navigation, après avoir été consolé par cette admirable vision de l'essence divine, qu'il rapporte au chapitre x du livre ix de ses *Confessions*, il eut la douleur de voir mourir sainte Monique, comme nous l'avons dit dans sa vie, au 4 mai.

Il rendit les derniers devoirs et les honneurs de la sépulture à cette grande Sainte qui était doublement sa mère. Il fit célébrer le saint sacrifice de la messe à son intention, ainsi qu'elle le lui avait expressément recommandé avant sa mort. Il s'embarqua ensuite avec ses compagnons pour faire voile vers l'Afrique, arriva enfin heureusement à Carthage, où le bruit de sa sainteté s'était déjà répandu, et logea chez Innocent, lieutenant du gouverneur du pays ; il le guérit, par ses prières, d'un mal de jambe, où la gangrène s'était mise, au point que les médecins avaient résolu de faire l'amputation du membre pour sauver la vie au malade. De Carthage, il vint à Tagaste, où son premier soin fut de vendre tous ses biens, d'en distribuer une partie aux pauvres, et d'employer l'autre à bâtir, dans un désert, près de la ville, un petit monastère pour s'y retirer avec ses premiers compagnons et avec ceux qui, depuis, se joindraient à lui pour mener une vie religieuse. Ce fut en ce lieu que le Fils de Dieu lui apparut et lui donna, de sa propre bouche, le nom de Grand : car, comme il s'y occupait aux œuvres de miséricorde, et principalement à l'hospitalité, recevant les pauvres, leur donnant à manger et leur lavant les pieds, Jésus-Christ se présenta à lui sous l'apparence d'un pauvre dans un état si languissant, que le saint Docteur, en étant touché, le mena dans sa cellule, le traita le mieux qu'il put, lui lava les pieds et les lui baisa ; après quoi le pauvre lui dit : Magne pater Augustine, gaude, quia Filium Dei hodie in carne videre et tangere meruisti : « Grand Augustin, réjouissez-vous, parce qu'aujourd'hui vous avez mérité de voir et de toucher le Fils de Dieu dans sa chair ». Puis il disparut, laissant cet homme céleste tout ravi de la faveur qu'il venait de recevoir. On croit que ce fut encore dans ce monastère que commença cette sainte pratique, entre les religieux, de s'entre-saluer par ces deux paroles : Deo gra-

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tias. D'où vient que saint Augustin la justifie contre les hérétiques qui s'en moquaient.

« Etes-vous donc si stupides », leur dit-il, « de ne pas savoir ce que veut dire Deo gratias ? On ne profère ces mots que pour remercier Dieu de quelque bienfait que l'on a reçu de sa bonté. Or, n'est-ce pas une insigne faveur pour les religieux de vivre ensemble unis à Jésus-Christ, de n'avoir qu'un cœur et qu'une âme pour son service, d'aller sûrement dans la voie du salut, de faire les mêmes fonctions, d'aspirer au même but et de s'occuper des mêmes exercices ? N'est-il pas juste que ceux qui ont été appelés à un si grand bonheur en rendent à Dieu des actions de grâces toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion ? » Et parce que les Donatistes, nommés Circumcellions, saluaient les chrétiens en leur disant : Deo laudes, louanges à Dieu, quoiqu'ils ne le fissent que pour les engager dans leurs erreurs, massacrant sans pitié ceux qui ne voulaient pas les embrasser ; il leur reproche leur perfidie en leur faisant voir la différence qu'il y avait entre leur salut et celui des religieux : Vos nostrum Deo Gratias ridetis ; Deo laudes vestrum plorant homines, etc. : « Vous tournez en raillerie notre formule de salutation, et tout le monde gémit de la vôtre, qui n'est qu'un prétexte trompeur dont vous vous servez pour couvrir la malice de vos intentions. Vous venez à nous les louanges de Dieu à la bouche et le poignard à la main ; vous nous invitez à le louer tandis que vous le blasphémez par vos œuvres. Vos louanges font pleurer les hommes et sont aussi abominables devant Dieu que nos actions de grâces lui sont agréables ». Enfin ce fut à ce moment qu'il composa le traité intitulé : Du Maître, et deux livres sur la Genèse, contre les Manichéens, avec quelques autres ouvrages, et qu'il mit la dernière main aux livres de la Musique.

Quelque soin qu'il prit de vivre caché dans cet ermitage, où il passa trois ans, sa sainteté, sa doctrine et sa réputation le firent assez connaître par toute l'Afrique. On le consultait de toutes parts comme un oracle sur les difficultés que l'on avait, et il y répondait sur-le-champ avec une netteté si merveilleuse, que les matières les plus obscures devenaient très-claires par les lumières de son esprit. Il avait tant d'aversion pour les honneurs et les dignités, qu'il n'allait point aux villes qu'il savait être destituées de pasteur, de crainte qu'on ne l'obligeât d'accepter quelque charge dans l'Église. Il regardait plutôt comme une disgrâce ou un châtiment que comme une faveur de tenir le premier rang et d'être élevé aux grands emplois. Les prélatures de l'Église lui paraissaient des écueils contre lesquels il était aisé de faire naufrage ; et les mitres, dont on considère maintenant si fort l'éclat, lui semblaient comme des couronnes d'épines qui causaient bien plus de douleur et de peine que d'ornement aux têtes qui les portaient. Mais cette même humilité d'Augustin était un fondement profond sur lequel devait être bâtie la gloire qui lui était préparée et où la Providence le conduisait sans qu'il y pensât.

Il y avait à Hippone (qui est maintenant la ville de Bône), un grand seigneur fort riche et craignant Dieu, ami de saint Augustin, qu'il désirait avec passion voir et entendre parler des vérités de l'Évangile, dont il savait qu'il avait été autrefois le plus redoutable ennemi ; il était même tout prêt à renoncer au monde et à donner tous ses biens à l'Église, si ce grand homme approuvait ce dessein quand il le lui aurait communiqué. Saint Augustin, qui ne cherchait que l'occasion de gagner des âmes à Jésus-Christ et de les porter à une haute perfection, n'eut pas plus tôt appris cette bonne disposition de son ami, qu'il se rendit à Hippone. Valère, grec de na-

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tion, qui en était évêque, fit ce qu'il put pour l'obliger d'y rester, afin de l'attacher au service de son Église ; mais ayant remarqué qu'il était résolu à retourner dans son monastère, dès qu'il aurait satisfait son ami, il assembla le peuple, et, après lui avoir représenté le besoin qu'il avait d'un savant homme pour travailler dans son diocèse au salut des âmes, il l'exhorta à jeter les yeux sur celui que la sainteté, la doctrine et le zèle rendaient capable de cet emploi. En même temps, le peuple, comme par une inspiration divine, va chercher Augustin, s'en saisit, et, criant hautement que Dieu l'avait envoyé à Hippone pour être leur pasteur, il le présente à Valère pour l'ordonner prêtre : ce qui fut exécuté malgré ses larmes et les raisons que son humilité lui fit alléguier pour n'être point élevé à la dignité sacerdotale.

La première chose que fit Augustin lorsqu'il se vit prêtre, fut de demander à l'évêque un lieu pour y bâtir un monastère semblable à celui de Tagaste : ce que Valère lui accorda, lui donnant un jardin qui tenait à son église. Dès qu'il fut construit, il fut aussitôt rempli de personnes qui embrassèrent son institut, et qu'il fit aussi ordonner prêtres, afin de s'employer comme lui à l'instruction des fidèles et à l'administration des Sacrements. Ce fut alors qu'il composa sa Règle, s'étant contenté auparavant de gouverner ses disciples de vive voix et par l'exemple de ses vertus. Cet établissement était un séminaire où l'on prenait des ouvriers apostoliques pour travailler à la vigne du Seigneur, et où l'on trouvait des hommes d'un mérite extraordinaire que l'on dispersait dans divers pays de l'Afrique pour gouverner des Églises. Possidius écrit en avoir connu dix que saint Augustin avait donnés pour être évêques en divers lieux : de ce nombre furent Alype et Évodius.

Saint Augustin, ayant ainsi formé une communauté d'hommes apostoliques, reçut de Valère ordre de prêcher et de distribuer publiquement aux fidèles le pain de la parole de Dieu. Il s'en excusa d'abord, s'appuyant sur deux raisons : la première, que, selon une ancienne coutume d'Afrique, condamnée néanmoins par saint Jérôme, mais de laquelle personne ne s'était encore dispensé, il n'était pas permis aux prêtres de prêcher en présence de leurs évêques ; la seconde, qu'il ne se croyait pas encore assez savant pour s'acquitter dignement de ce ministère ; n'ayant pu rien obtenir, il demanda au moins un délai de quelques mois, afin de s'y préparer par l'étude des saintes Lettres, par la prière et par la pénitence. La lettre qu'il écrivit à Valère, sur ce sujet, est admirable et mérite d'être lue de tous ceux qui sont obligés d'annoncer la parole de Dieu. Il y représente la facilité qu'il y a de s'en acquitter, lorsqu'on veut se contenter de le faire superficiellement ; mais il fait voir, en même temps, les périls où l'on s'expose, les difficultés qu'il faut surmonter, les qualités qu'il faut avoir et les préparations que l'on doit apporter pour le faire dignement. Puis, se faisant une application de toutes ces choses, il conjure Valère de l'aider de ses prières et de lui accorder au moins le temps qu'il lui avait demandé pour consulter Dieu et s'appliquer à l'étude. Que cette modestie d'Augustin condamne de prédicateurs qui, se croyant capables de tout, s'exposent témérairement à ce divin ministère ! Il avait déjà mis au jour plusieurs excellents ouvrages contre les hérétiques et les philosophes, pour la défense de la religion ; il avait composé divers traités de piété, où les fidèles trouvaient une viande solide pour nourrir leur âme, et cependant il n'ose entreprendre de prêcher l'Évangile. Cette fonction lui paraît formidable et au-dessus de ses forces, et, à entendre ses excuses, on le prendrait pour quelque homme illettré.

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nullément versé dans l'étude des saintes Lettres, et qui n'avait jamais rien appris de la théologie des chrétiens. Il fallut pourtant que son humilité cédât à l'autorité de son évêque, qui, étant grec de nation, et n'ayant pas l'usage familier de la langue latine, était bien aise qu'un homme du mérite d'Augustin suppléât à son défaut. Depuis, le primat de Carthage, ne craignant plus de faillir, après un si grand exemple, introduisit dans son Église la prédication des prêtres en présence de leur évêque.

Les prédications d'Augustin eurent un succès immense. On ne pouvait résister à la force de sa doctrine et de ses raisonnements. Ceux mêmes qui ne l'écoutaient que pour le censurer, se trouvaient insensiblement persuadés des vérités qu'il leur prêchait : quoique sa science parût toujours éminente, c'était néanmoins sans ostentation ; il était guéri de cette maladie qui enfle l'esprit et dont il avait autrefois été possédé. Il aimait mieux exciter les larmes de ses auditeurs, que de s'attirer leurs applaudissements ; contenter la nécessité des simples, que l'avidité des curieux ; instruire, que de paraître ; donner aux autres le feu lumineux de la vérité, que de prendre pour lui les fumées de la vanité. Il relevait ou abaissait son style, selon la dignité des matières qu'il traitait et la portée de ceux qu'il enseignait ; les doctes y trouvaient de la science, les orateurs de l'éloquence et de l'érudition : ses paroles étaient, pour les pécheurs assoupis dans les habitudes du mal, des éclats de tonnerre qui les éveillaient ; pour les superbes, des coups de foudre qui brisaient leur orgueil ; pour les voluptueux, un contre-poison qui les dégoûtait de leurs débauches ; pour les ambitieux, des armes qui renversaient leurs desseins. Enfin, tout le monde y trouvait ce qui lui était nécessaire pour sa propre sanctification.

Tandis qu'il s'occupait à prêcher la parole de Dieu, on assembla un Concile national d'Afrique, à Hippone, où il fut appelé pour dire son sentiment sur plusieurs difficultés que l'on y proposait. Il le fit avec tant de doctrine, qu'on résolut de s'en tenir à ce qu'il avait dit. La réputation qu'Augustin s'était acquise dans cette assemblée donna sujet à Valère de craindre qu'on ne le ravît à son Église, pour le faire évêque ; c'est pourquoi, afin de le conserver à son diocèse, il écrivit à Aurèle, primat de Carthage, pour le prier, vu son grand âge et sa faiblesse, de le lui donner pour coadjuteur durant sa vie, et pour successeur après sa mort. Aurèle y consentit avec joie ; mais Augustin y résista fortement, aimant mieux obéir que commander, et assurer son salut dans un état médiocre que de le risquer dans une condition éclatante. Il fallut néanmoins se soumettre à la volonté de Dieu, qui lui était manifestée par celle de ses supérieurs, et souffrir que Mégale, évêque de Calamine et primat de Numidie, et le même Valère, lui conférassent le caractère épiscopal, au grand contentement du clergé et de tout le peuple, pendant que lui seul était accablé de tristesse, de se voir chargé d'un fardeau qu'il ne se croyait pas capable de porter : il disait, depuis, qu'il n'avait jamais mieux reconnu que Dieu était indigné contre lui et le voulait punir des péchés de sa vie passée, que lorsqu'il l'avait élevé à l'épiscopat.

Après son sacre, il demeura encore quelque temps avec ses religieux, au monastère du Jardin ; mais, voyant par expérience qu'il ne pouvait, avec l'étroite observance régulière du cloître, concilier les audiences que, en qualité d'évêque, il était obligé d'accorder à une foule continuelle de personnes qui le visitaient, il voulut avoir dans la maison épiscopale une communauté de clercs qui vécussent comme lui, et dans laquelle il pût rendre aux étrangers les offices charitables de Marthe, sans perdre la quiétude et la tranquillité de Marie. Pour la composer, il travailla à réformer

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les ecclésiastiques de son Église, les obligeant de vivre selon la discipline des Apôtres, de laquelle ils s'étaient relâchés; et, parce qu'il leur donna aussi des Règles, ils furent appelés Chanoines réguliers.

La nouvelle dignité d'Augustin ne changea rien à sa conduite. Il parut toujours le même dans toutes ses actions; placé comme évêque entre Dieu et les hommes, il ne manquait pas d'honorer l'un par ses sacrifices et sa piété, et d'édifier les autres par ses bons exemples : rendant ainsi à Dieu et à César ce qui leur appartenait à l'un et à l'autre. L'évêché d'Hippone avait plus de quarante mille écus de revenu : cependant on ne vit pas Augustin plus richement vêtu, ni plus magnifiquement accompagné qu'auparavant. Il ne porta jamais d'habits de soie; mais son vêtement était simple et convenable à la pauvreté religieuse dont il faisait profession. Ses ornements même pontificaux étaient d'étoffes d'un prix médiocre. Sa mitre, que l'on conserve avec son bâton pastoral au couvent de Valence, en Espagne, où ils furent transportés de Sardaigne, afin que l'héritage d'un si grand Père, comme dit le pape Martin V, revint à ses légitimes enfants, n'était que de toile fine. Il se contentait de cette médiocrité pour avoir de quoi subvenir plus largement aux nécessités des pauvres, pour l'entretien desquels il n'épargnait pas même les encensoirs, les croix et les calices d'argent. Quoiqu'il n'eût aucun attachement envers ses parents, il ne laissait pas de les assister comme les autres fidèles, et de donner l'aumône à ceux d'entre eux qui étaient dans l'indigence; il se comportait en cela avec une modération extrême : car il ne prétendait pas les enrichir, mais seulement les secourir dans leur nécessité; ni rendre leur maison plus splendide, mais la tirer de la dernière misère : ne jugeant pas raisonnable que les biens de l'Église, dont Dieu devait un jour exiger de lui un compte si rigoureux, servissent à fomenter le luxe et l'ambition de ses parents, et qu'il employât le sang de Jésus-Christ, et le patrimoine des pauvres à leur faire des marchepieds d'or et d'argent pour les élever, les agrandir et les approcher de sa personne. Il ne voulut jamais se charger de la clef du trésor de son Église ni du revenu de son évêché; il en laissa l'économie et la dispensation aux ecclésiastiques les plus intègres de son clergé. Il dit même un jour à son peuple qu'il aimait mieux être entretenu par leurs offrandes et leurs charités que de jouir d'un si grand revenu, et que, si on lui faisait une pension modique pour sa subsistance et celle de ses officiers, il ferait volontiers une cession générale de tout ce qui lui appartenait. Quand on lui donnait quelque robe de prix, il avait honte de la porter, et il la faisait vendre, afin que les deniers en fussent employés au soulagement de plusieurs. « L'Église », disait-il, « n'a de l'argent que pour le distribuer, et non pour le garder; c'est une cruauté indigne d'un cœur de père, tel que doit être celui d'un évêque, d'amasser des biens, tandis qu'il repousse la main du pauvre qui lui demande l'aumône ». Lorsqu'il s'était entièrement épuisé, et qu'il ne lui restait plus rien à donner, il montait en chaire et avertissait le peuple de sa pauvreté et de l'impuissance où il était de secourir les nécessiteux, afin qu'ils fissent eux-mêmes l'aumône.

Il ne voulut jamais acheter ni maison ni métairie. Il ne recevait point les héritages qui étaient légués par testament à l'Église au préjudice des enfants, parce qu'il ne pouvait approuver que ceux-ci en fussent frustrés. Cependant, il ne refusait point les autres libéralités qu'on lui faisait pour le soulagement des pauvres; mais c'était avec tant de désintéressement, qu'il était toujours prêt à s'en dépouiller. Quelqu'un ayant transporté à son église le domaine d'une terre, et lui ayant mis entre les mains l'acte de sa

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donation, quelques années après, cette personne s'en repentit et le pria de lui rendre son contrat : le Saint le fit très-volontiers. Il lui remonta néanmoins que son procédé n'était guère chrétien, et qu'il devait faire pénitence de s'être repenti d'avoir fait une bonne œuvre et d'avoir voulu reprendre à Dieu une chose qu'il lui avait donnée sans aucune contrainte. Cette facilité d'Augustin donna occasion au peuple de murmurer contre lui, sous prétexte que c'était faire tort aux pauvres et refroidir la dévotion des fidèles envers l'Église, que de rejeter les legs pieux qu'on lui laissait par testament; mais le saint Évêque, pour faire voir la droiture de son intention, s'en expliqua publiquement dans un sermon, où, après avoir discouru sur ce sujet, il conclut par ces paroles : « Quiconque déshéritera son fils pour faire l'Église son héritière, qu'il cherche un autre qu'Augustin pour accepter l'héritage; mais je prie Dieu qu'il ne se trouve personne qui veuille recueillir sa succession ». Il ne blâme point ceux qui laissent quelque chose à l'Église pour faire prier Dieu à leur intention; mais ceux qui, par caprice, sans aucun sujet et par une dévotion indiscrète et nullement tolérable, disposent de tous leurs biens en faveur de l'Église et déshéritent leurs parents.

La vaisselle de sa table était de bois, de marbre ou d'étain, et non d'argent : ce qu'il faisait, non pour devenir plus riche par cette épargne, mais afin d'être plus libéral. On n'y servait point de mets exquis ni délicats, mais seulement des herbes, des racines et des légumes. Quand on y apportait d'autres mets, c'était pour les malades ou pour les étrangers qui s'y trouvaient. Pendant qu'on mangeait, on faisait ordinairement une sainte lecture pour servir de nourriture à l'esprit, en même temps que le corps prenait la sienne. Et parce qu'il n'arrive que trop souvent que, pendant le repas, on se laisse aller à parler mal de son prochain, pour fermer entièrement la bouche aux médisants et bannir de sa maison ces festins sanglants où la langue tranche plus dangereusement que les couteaux, il avait fait écrire, en gros caractères, dans la chambre qui lui servait de réfectoire, ces deux vers latins :

Quicquis amat dictis absentem rodere vitam, Hanc mensam vetitam noverit esse sibi.

« Que celui qui se plaît à déchirer par ses médisances la réputation des absents, sache que cette table lui est interdite ». Il faisait garder si exactement cette règle, que quelques évêques, commençant un jour un discours de raillerie où la médisance allait entrer, notre Saint les interrompit, leur disant : « Messieurs, lisez ces vers : il faut les effacer, ou changer de matière, ou bien ne pas trouver mauvais que je me retire, et que je vous laisse dévorer entre vous la proie que vous tenez ».

La continence pour laquelle, avant sa conversion, il avait eu tant d'horreur, devint l'objet le plus tendre de son cœur. Il fuyait jusqu'aux apparences de l'impureté; la seule représentation d'un objet peu honnête causait en lui d'étranges alarmes; les fantômes, qui frappent l'imagination pendant le sommeil, lui paraissaient des monstres furieux, dont il demandait à Dieu incessamment la grâce d'être délivré. Comme il connaissait par une triste expérience la fragilité de la chair, il était toujours sur ses gardes, pour ne point donner la moindre entrée à la tentation : il étudiait ses paroles, il observait ses regards, il examinait ses actions et ses démarches, afin que tout en lui respirât la pureté. Lorsque son devoir pastoral l'obli-

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Plus il se voyait par son caractère élevé au-dessus des autres, plus sa charité le rendait abordable à tous ceux qui avaient besoin de son assistance. Il était sans cesse appliqué à procurer le bien de ses ouailles; il recevait leurs visites avec une douceur paternelle, répondait à leurs demandes, entendait leurs plaintes, résolvait leurs doutes, pacifiait leurs différends, étouffait leurs vengeances; en un mot, il ramenait par sa prudence les esprits les plus difficiles, et démêlait, par sa grande pénétration, les affaires les plus embrouillées. Comme il s'employa avec un zèle infatigable à ces fonctions multiples et incessantes sans reprendre un peu haleine, il regrettait sa chère solitude: « Je prends à témoin », dit-il dans un de ses ouvrages, « Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour l'amour duquel je le fais et en présence de qui je parle, que si je considérais ma satisfaction particulière, j'aimerais beaucoup mieux travailler tous les jours manuellement, et avoir certaines heures pour vaquer en repos à l'oraison et à l'étude de l'Écriture sainte, que d'être attaché comme un esclave à écouter les querelles d'autrui et les affaires du monde, pour les décider comme juge, ou pour les arranger comme arbitre ». Ses visites ordinaires étaient chez les veuves, pour les consoler dans leur affliction; chez les pauvres, pour subvenir à leurs besoins, et chez les malades, pour les aider à supporter patiemment leurs maux ou pour les disposer à une bonne mort. Il faisait rarement de ces visites que la civilité commande plutôt que la charité, encore les faisait-il si courtes, qu'elles ne lui dérobait guère de son temps.

Il ne s'absenta jamais de son diocèse que pour des nécessités indispensables ou particulières à son Église, ou communes à toute la chrétienté, comme pour assister aux Synodes, ou pour négocier quelque affaire importante au public; ainsi il se chargea, avec d'autres évêques, d'une ambassade vers l'empereur Honorius, contre les Donatistes, qui persécutait cruellement les catholiques. Il reprenait généreusement les prélats qui s'arrêtaient trop longtemps à la cour des princes, leur remontrant que le véritable honneur d'un évêque n'était pas de mendier, par des soumissions serviles, la faveur des grands, mais de résider aux lieux où ils ont les objets de leur zèle, les engagements de leur charge et les âmes dont Dieu leur demandera un compte très-rigoureux.

Il était demeuré dans l'Afrique plusieurs restes des usages païens: Augustin entreprit de les abolir, et il y travailla avec tant de douceur, de prudence et de zèle, qu'en peu de temps il en purgea son diocèse. C'était une coutume de faire des danses aux jours de fête devant la porte des églises, et de faire ensuite des festins dans les cimetières. Il abolit cette récréation peu chrétienne. En certains jours de l'année tous les habitants de la ville s'assemblaient sur la place publique, où, se divisant en deux bandes, ils se battaient à coups de pierres avec tant de brutalité, que plusieurs y perdaient la vie; il fit cesser ce cruel divertissement, où souvent les pères tuaient leurs enfants, et les enfants leurs pères. On célébrait, le jeudi de chaque semaine, une fête en l'honneur de Jupiter; il retrancha cette idolâtrie. S'étant aperçu que le peuple sortait de l'église avant la fin de la messe, et murmurait contre le prêtre lorsque quelquefois il était trop long, il invectiva si fortement contre cette indévotion, que ses exhortations furent suivies de l'amendement. Il fit décréter qu'au sacre des évêques on ferait la lecture des saints Canons, comme il est porté au troisième concile de Carthage, afin que, n'ignorant pas ce qu'ils prescrivent,

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on ne fit rien de contraire dans leur ordination; il avait lui-même un regret sensible d'avoir été sacré du vivant de Valère, contre un Canon du concile de Nicée dont il n'avait point eu connaissance. Quelques-uns croient qu'il introduisit dans l'Église plusieurs cérémonies pieuses et dévotes, qu'il composa des oraisons, la bénédiction du cierge pascal et un office des morts.

Comme la fin principale de l'étude d'un ecclésiastique doit être de défendre l'Église, Augustin employa toute la vivacité de son esprit et sa profonde érudition pour combattre les erreurs de son temps. Manès avait si universellement répandu le venin de son hérésie des deux natures coéternelles, que, malgré tous les remèdes qu'on y avait apportés, ses erreurs subsistaient toujours. Augustin en purgea l'Église et particulièrement l'Afrique, par les livres qu'il composa contre cette doctrine également absurde et pernicieuse. Il fit celui qu'il intitule : *De l'Utilité de la Foi*, pour désabuser un de ses amis, nommé Honorat. Fortunat, par son éloquence fardée, voulait faire revivre ce monstre abattu. Augustin lui présenta la discussion à Hippone, où, en présence de tout le peuple et des plus savants de la province, des notaires écrivant mot à mot tous les arguments de part et d'autre, après deux jours de conférence le manichéen demeura muet devant les objections invincibles de notre saint Docteur. Honteux d'avoir été ainsi vaincu publiquement, il sortit de la ville et n'y reparut plus. Félix, qui soutenait opiniâtrement les mêmes erreurs, se laissa persuader par la force des raisonnements d'Augustin, et abjura, ce qui causa une si grande consternation parmi les Manichéens, que nul n'osa plus se présenter pour la discussion. Mais Augustin acheva par ses prédications ce qu'il ne put faire par les conférences publiques. Parmi les conversions qu'il fit en chaire, celle de Firme est remarquable. C'était un riche marchand d'Hippone; les Manichéens l'avaient tellement abusé, qu'il leur fournissait de grandes sommes d'argent pour étendre partout leur secte. Mais, ayant entendu prêcher saint Augustin contre leurs erreurs, il les abandonna. Depuis, renonçant au trafic, il se fit religieux de l'Ordre de Saint-Augustin, où il mena une vie fort sainte le reste de ses jours. Quelques ouvrages d'Adimantus, qui avait été disciple de Manès, étant tombés entre les mains de notre grand Docteur, il y répondit et les réfuta par le livre que nous avons, sous ce titre : *Contre l'Adversaire de la Loi et des Prophètes*.

Les plus grands ennemis que saint Augustin eut à combattre durant son épiscopat, furent les Donatistes. L'erreur de Donat, leur chef, comptait près de quatre cents évêques et était très-puissante en Afrique. Ces sectaires se vantaient qu'eux seuls composaient la *véritable Église*, et, par conséquent, qu'il fallait rebaptiser tous ceux qui n'étaient pas de leur secte. Il y avait parmi eux une fraction appelée les *Circumcellions*, parce qu'ils rôdaient sans cesse autour des cellules des frères, et cherchaient de tous côtés les fidèles pour les séduire. Ils étaient si barbares, qu'ils faisaient cruellement mourir tous ceux qui tombaient entre leurs mains et qui ne voulaient pas renoncer à la foi catholique, sans faire aucune distinction de sexe, d'âge ni de condition. Ils démolissaient les églises, renversaient les autels, pillaient les biens des prêtres, chassaient les orthodoxes de leurs maisons, mutilaient les uns, jetaient de la chaux vive avec du vinaigre dans les yeux des autres, et exerçaient toutes sortes de cruautés sur ceux qui leur résistaient. Comme saint Augustin était leur plus redoutable adversaire, ils avaient conçu une haine implacable contre lui. Ils employaient également la force et la ruse pour s'en défaire. Ils publiaient partout qu'il était un loup ravis-

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sant et un séducteur des âmes dont il fallait se défaire, et que celui qui ferait ce coup rendrait un service signalé à l'Église et mériterait des louanges éternelles. En effet, ils attentèrent souvent à sa vie, et, sans une protection particulière de la divine Providence, ils l'eussent cruellement mis à mort.

C'était la gloire d'Augustin d'avoir de tels monstres à combattre. Il les battait continuellement dans ses sermons. Il montrait l'impiété et la fausseté de leur secte, renversait leurs dogmes par des raisonnements puissants, et minait peu à peu leur parti. Enfin il leur donna le coup de mort dans cette célèbre conférence de Carthage, tenue sous l'empereur Honorius, en présence du comte Marcellin, que ce prince avait envoyé comme commissaire; car, par le zèle et la prudence de notre saint Docteur, les Donatistes y furent confondus, et l'unité de l'Église catholique y fut parfaitement établie. Ce qui empêchait la conversion des évêques pervertis, c'est qu'ils avaient été dépouillés de leurs évêchés, et que l'on avait mis d'autres évêques en leur place. Il fallait donc trouver un accommodement pour les ramener à la foi. Saint Augustin, dans le livre qu'il a écrit sur ce qui s'est passé entre lui et Émérite, évêque des Donatistes, rapporte ce que l'on fit pour cela. Les évêques catholiques écrivirent à Marcellin, pour montrer le désir qu'ils avaient de la réunion: s'ils étaient vaincus dans la conférence, ils quitteraient leurs évêchés sans plus rien y prétendre, et, s'ils demeuraient victorieux, quoiqu'alors on ne pût plus douter qu'ils ne fussent les véritables pasteurs, ils consentaient, pour le bien de la paix et afin qu'on ne vît pas deux évêques dans une même église, que les uns et les autres renonçassent à leur dignité, et que l'on en fit un troisième pour en être uniquement le chef. « Pourquoi ferions-nous difficulté », disaient-ils, « d'offrir à notre Rédempteur ce sacrifice? Quoi donc! il sera descendu du ciel dans un corps mortel, afin que nous soyons ses membres; et nous aurions de la peine à descendre de nos trônes pour empêcher que ses membres ne soient déchirés par une cruelle division? Nous n'avons rien de meilleur à notre égard que la qualité de chrétiens fidèles et obéissants à Dieu; gardons-la donc inviolablement. Mais, quand à celle d'évêques, nous ne l'avons qu'à l'égard de nos peuples, puisque c'est pour eux que nous avons été faits évêques: nous en devons donc disposer, soit pour la retenir, soit pour la quitter, comme il sera le plus expédient pour la paix des fidèles. »

Saint Augustin, un peu avant cette conférence de Carthage, fit lire cette lettre par Alype, en présence de trois cents évêques catholiques, et, par ses pressantes remontrances; il les obligea tous d'acquiescer à ce sentiment. Cela commença la ruine du schisme des Donatistes. Quelques temps après la conférence, il se trouva, par ordre du souverain Pontife, à une autre assemblée tenue à Césarée, en Mauritanie, où il acheva de les détruire.

Outre les Manichéens et les Donatistes, il fit encore la guerre aux Pélagiens. Pélage, anglais de nation, d'un esprit inquiet et remuant, mais très-artificieux, avait répandu partout sa pernicieuse doctrine, niant que la grâce fût nécessaire pour vouloir le bien et pour pratiquer la vertu, et soutenant que le libre arbitre seul, avec les dons et les qualités naturelles, était suffisant pour l'un et pour l'autre. Il avait si bien déguisé ses faux dogmes, qu'au Synode de Diospolis il passa pour orthodoxe; mais Augustin, ayant découvert le venin qui était caché dessous, écrivit fortement contre lui, et prouva divinement la nécessité de la grâce intérieure pour porter notre volonté à produire les actes surnaturels, par lesquels nous méritons

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la gloire éternelle. Il employa dix années entières à répondre aux écrits de cet hérésiarque : il le fit avec une éloquence si admirable et dans un style si sublime que, comme dans le reste de ses ouvrages, il surpasse de beaucoup les autres Docteurs, il semble qu'en écrivant sur cette matière, il se soit surpassé lui-même. Saint Jérôme, ayant lu ce qu'il avait écrit, ne voulut plus composer sur ce sujet, parce que, le trouvant épuisé par saint Augustin, il avouait qu'il n'y avait rien à y ajouter. On peut voir les traités qui nous en sont demeurés, où il montre la nécessité et l'efficacité de la grâce, les ravages du péché originel, la corruption de notre nature par ce péché, et la liberté dont l'homme jouit toujours dans sa plus grande faiblesse. Il prouve toutes ces vérités par des textes si formels de l'Écriture, et les explique avec tant de netteté et de si belles pensées, que tous ceux qui ont voulu depuis traiter solidement cette matière, se sont attachés à ses sentiments et ont suivi ses principes, sans crainte de s'égarer dans un sujet si épineux. Dans le concile de Carthage et de Milève, il fut chargé d'écrire contre Pélage, et de faire savoir aux fidèles ce qui avait été décidé : et depuis, les textes de ses écrits ont servi à composer les définitions et les Canons que les Conciles généraux et provinciaux ont faits sur la même matière, et les souverains Pontifes ont renvoyé à sa doctrine ceux qui voudraient savoir quel est le sentiment de l'Église touchant la grâce divine.

Il est vrai que Cassien, auteur des Conférences, et Fauste, évêque de Riez en Provence (*Semi-Pélagiens*), trouvèrent à redire à ce qu'il avait écrit touchant la nécessité de la grâce pour toutes sortes d'actions salutaires, et composèrent contre lui quelques ouvrages, où ils tâchèrent de donner quelques adoucissements à sa doctrine ; saint Hilaire même et saint Prosper, ses plus zélés disciples, le prièrent de s'expliquer, parce que plusieurs, interprétant mal ses sentiments, prenaient de là occasion de s'abandonner à l'oisiveté ou au désespoir. Mais il fit encore triompher la vérité contre ces restes du Pélagianisme, par les livres *De la Prédestination des Saints*, et du *Bien de la Persévérance* : après avoir justifié ses sentiments par des raisonnements tirés de l'Écriture sainte et des ouvrages de saint Cyprien, de saint Ambroise et de saint Grégoire de Nazianze, il dit : « Je sais certainement que nul ne peut, sans errer, disputer contre cette doctrine que nous enseignons et que nous défendons par l'autorité des saintes Écritures ». Puis il ajoute : « Que celui qui entendra ces vérités en rende grâces à Dieu, mais que celui qui ne les comprendra pas, prie le Docteur intérieur des âmes de lui tirer le rideau qui lui cache ces mystères, et de lui lever la taie des yeux, qui l'empêche de les voir, afin qu'il ne demeure pas plus longtemps dans l'erreur ». Ces paroles font voir, vu la grande modestie de notre saint Docteur, qu'il était très-persuadé qu'il défendait le parti de la vérité. En effet, après sa mort, le pape saint Célestin, écrivant aux évêques de France, rend de lui cet illustre témoignage : « Nous avons toujours tenu dans notre communion le bienheureux Augustin, pour sa vie et pour ses mérites : on n'a jamais eu le moindre soupçon, ni de la pureté de sa foi, ni de l'intégrité de ses mœurs ; au contraire, nous savons que tous nos prédécesseurs l'ont aimé et honoré comme un très-excellent Docteur de l'Église ».

La défaite de Jovinien augmenta encore le nombre des victoires de saint Augustin. C'était un prêtre de Vénus plutôt que de Jésus-Christ, tenant école ouverte à Rome ; il y enseignait, au préjudice de la chasteté religieuse, que le mariage devait être préféré à la continence ; notre saint Prélat combattit cette erreur. Il écrivit et prêcha contre elle, et, par la

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force de sa doctrine, il renversa les maximes de ce faux prêtre et excita les fidèles à l'amour de la pureté. Nous ne nous étendrons pas sur Maximin et Félicien, Ariens ; sur Parménien, Cresconius, Gaudence et Pétilien, Donatistes ; sur Célestius, Julien, évêque de Capoue, Pélagiens, et enfin sur plusieurs autres qu'il terrassa. Pour ne pas grossir excessivement cette histoire, il suffit de dire que tous leurs artifices n'ont servi qu'à ériger de nouveaux trophées à la gloire d'Augustin ; mais nous ne pouvons omettre ce qu'il a fait pour achever de confondre et de détruire l'idolâtrie.

Lorsque Alaric, roi des Goths et arien de religion, s'empara de la ville de Rome, qu'il mit au pillage et saccagea entièrement, excepté les habitants qui s'étaient réfugiés dans l'église de Saint-Pierre, les païens rejetèrent ces malheurs sur les chrétiens, publiant que, depuis qu'on avait cessé d'adorer les dieux de l'empire, ils avaient été accablés de toutes sortes de calamités. Mais notre incomparable Docteur, ne pouvant souffrir que l'on fît cet injuste reproche à l'Église de Jésus-Christ, entreprit aussitôt sa défense pour la justifier de cette calomnie. Il composa pour cet effet les vingt-deux livres de la Cité de Dieu, qu'il dédia au tribun Marcellin : il y montre, avec autant d'éloquence que de solidité, que ces grandes calamités n'étaient arrivées qu'à cause du culte des faux dieux, que le temple de Saint-Pierre a été respecté par les barbares, que la religion chrétienne a pu les adoucir un peu.

Enfin, saint Augustin ne s'est pas contenté de combattre les ennemis de la foi et de désarmer les infidèles, les hérétiques, les libertins et les schismatiques ; mais il a voulu travailler encore pour l'Église universelle ; car, outre les ouvrages polémiques qu'il a composés, il a fait des traités pour tous les états de la vie civile et chrétienne. Les gens mariés, les veuves, les vierges, les réguliers, les ecclésiastiques et les laïques trouvent dans ses livres les plus solides maximes pour leur conduite. Sa doctrine est comme un fleuve dont la source ne tarit jamais, qui se répand universellement sur toutes les branches de l'Église pour les rendre florissantes et fertiles en toutes sortes de bonnes œuvres et de fruits dignes de Jésus-Christ. Il a dressé les préceptes de la grammaire pour les enfants ; il a composé une rhétorique pour les orateurs ; il a expliqué les catégories pour les philosophes ; il a recherché avec beaucoup de travail et d'exactitude ce qu'il y avait de plus rare dans l'antiquité pour les curieux ; il a écrit des volumes entiers de théologie positive pour les prédicateurs ; il a traité avec une pénétration merveilleuse les mystères de la religion : la Trinité, les processions divines, l'Incarnation, la prédestination et la grâce pour les théologiens ; il a laissé des méditations toutes de feu et de sublimes contemplations pour les mystiques ; il a fourni quantité de belles lois pour les jurisconsultes ; en un mot, il a enrichi l'Église d'innombrables écrits, armes redoutables et invincibles pour renverser ceux qui osent l'attaquer.

Le pape Martin V, dans le sermon qu'il a fait à la translation des reliques de sainte Monique, proclame qu'aucun Saint n'a rendu de si grands services à l'Église qu'Augustin. Saint Paulin, évêque de Nole, son intime ami, dit, dans une lettre qu'il lui écrit, qu'il est le sel de la terre, dont on assaisonne les cœurs pour les rendre incorruptibles ; une Fournaise de charité et un Séraphin brûlant du feu de l'amour de Dieu ; un Flambeau posé sur le chandelier qui dissipe les ténèbres de l'erreur, et, par sa brûlante lumière, met toutes les vérités catholiques dans leur plus beau jour. Sulpice Sévère le nomme l'Abeille industrieuse qui nourrit les fidèles de son miel, et tue les hérétiques de son aiguillon. Saint Remi d'Auxerre dit qu'il

surpasse autant les autres Docteurs dans l'exposition des Écritures, que le soleil surpasse les petits flambeaux qui s'allument la nuit dans le ciel. Saint Jérôme, dans une de ses lettres, lui parle en ces termes : « Votre vertu se prêche partout où il y a des langues qui savent parler ; les catholiques vous honorent et vous reconnaissent pour le restaurateur de leur ancienne loi ; et ce qui augmente votre gloire, c'est que les hérétiques vous appréhendent comme leur plus redoutable ennemi ». Sérapion, dans un traité qu'il adresse à Arnobe le Jeune, et qui se trouve parmi les œuvres de saint Irénée, dit : « Sa science est si irréprochable, qu'on ne peut la censurer sans se convaincre d'hérésie par sa propre bouche ». Et Arnobe, dans sa réponse, lui avoue qu'il est dans le même sentiment et qu'il soutient sa doctrine avec autant de fermeté que si les Apôtres la lui avaient dictée. Saint Grégoire, pape, conseille de lire ses ouvrages, pour engraisser son âme d'une viande délicieuse. Enfin, les écrivains ecclésiastiques l'appellent le Miroir des prélats, le Maître de la théologie, l'Ornement des évêques, l'Éclat de tout l'Ordre sacerdotal, la Lumière des Docteurs, le Soleil de l'Afrique, le Bouclier de la foi, le Fléau des hérétiques, le Temple de la religion, le Firmament de l'Église, et la Colonne inébranlable de la vérité.

Mais ce qu'il y a de plus admirable en lui, c'est d'avoir su parfaitement unir, avec sa profonde érudition, une grande tendresse de cœur pour Dieu et des sentiments extatiques de dévotion dans ses prières. Souvent la science ne donne que de brillantes lumières à l'esprit, sans exciter le feu de l'amour divin. Augustin n'a pas séparé la pratique de la théorie ; son cœur a reçu les mêmes impressions que son esprit ; et, comme il a eu d'admirables connaissances de la Divinité, il a senti de merveilleuses ardeurs d'amour pour elle. Il ne faut que jeter les yeux sur ses *Confessions* et ses *Soliloques*, son *Manuel* et ses *Méditations*, qui sont extraits de ses écrits, non-seulement pour être persuadé qu'il a beaucoup aimé, mais encore pour être touché des mêmes flammes dont il était embrasé : « Recevez ce cœur, ô mon cher maître », dit-il dans une méditation, « décochez contre lui toutes les flèches de votre divin amour. Oh ! que ces blessures me seront douces et aimables ; oh ! que je serai glorieux, si mon âme peut dire un jour : J'ai été allaitée de votre charité ! » et, comme s'il avait été exaucé, il dit dans ses *Confessions* : « Vous aviez dardé dans mon cœur une flèche d'amour qui l'avait pénétré si avant, que le fer en est demeuré dans la plaie ». Quelques auteurs, appuyés sur ces paroles, ont dit que son cœur avait effectivement reçu l'impression des plaies de Notre-Seigneur ; mais, quoi qu'il en soit, il suffit de dire qu'il était tellement pénétré de ce feu divin, qu'il ne respirait que la charité. Tout ce qu'il y avait de plus éclatant dans les honneurs, de plus doux dans les délices de la vie, de plus avantageux dans les faveurs de la fortune, de plus charmant dans la conversation des hommes ; tout cela, disons-nous, lui paraissait indigne du moindre désir de son cœur, et il proteste que cette profonde science, qui lui avait attiré tant d'admirateurs, lui aurait été insupportable, si elle ne l'eût conduit à une union intime avec son Bien-Aimé. « O mon Dieu ! » disait-il, « que celui-là est malheureux, qui sait beaucoup et qui ne sait pas ce que vous êtes ; mais heureux mille fois celui qui vous connaît, quoiqu'il ignore toutes les autres choses du monde ! » Quelques doctes croient que Jésus-Christ, pour fonder l'amour que saint Augustin lui portait, lui fit trois diverses fois la même demande qu'à saint Pierre :

« Vous savez », répondit-il, « Seigneur, que je vous aime, quoique mon

28 AOUT. amour soit indigne de vous ; mais, comme vous méritez d'être aimé, faites que mon amour soit digne de vous ! » — « Mais que ferais-tu pour moi ? » repartit Jésus-Christ. — « Je consentirais volontiers », répliqua Augustin, « à ce que le feu du ciel descendît sur moi et me dévorât entièrement sur vos autels, afin d'être un holocauste agréable à votre divine Majesté ! » — « Que ferais-tu encore pour moi ? » continua Jésus-Christ. — « Ah ! » poursuivit Augustin par un amoureux transport, « s'il se pouvait faire que je fusse Dieu, et que vous fussiez Augustin, je choisirais de tout mon cœur d'être Augustin, afin que vous fussiez Dieu ».

Cette exagération surprenante et inouïe fait voir jusqu'où allait sa charité. L'illustre Gilles de la Présentation, général de son Ordre, précepteur de Philippe le Bel et archevêque de Bourges, croit que ce fervent amour fut récompensé dès cette vie par la claire vision de l'essence divine, et qu'il en fut favorisé dans un ravissement qu'il eut à Ostie ; cela, néanmoins, est incertain.

Toutes les belles et exquises qualités d'Augustin et ces faveurs extraordinaires du ciel, ne lui servirent qu'à s'humilier plus profondément ; il était si persuadé de son néant et si confus des désordres de sa jeunesse, qu'il s'estimait indigne de recevoir la moindre caresse de Jésus-Christ ; après avoir employé plus de quarante ans à l'étude des saintes Lettres, il confesse qu'il ne les conçoit pas et qu'il les trouve aussi difficiles qu'au commencement. Il ne pouvait souffrir qu'on lui donnât aucune louange, ni qu'on lui accordât aucune prérogative sur les autres. Dans une lettre qu'il écrivit aux Donatistes, il dit que leurs évêques n'avaient pas voulu conférer avec lui, parce qu'ils ne voulaient pas parler à un pécheur tel qu'il était. Il pria saint Jérôme d'examiner ses écrits et de les censurer et corriger en maître. Les savants n'ignorent pas la dispute que ces deux saints docteurs eurent ensemble ; il s'agissait de savoir si la représentation que saint Paul fit à saint Pierre, à Antioche, touchant les cérémonies légales, et dont il est parlé dans l'Épître aux Galates, avait été simulée et seulement en apparence, ou véritable. Saint Jérôme soutenait qu'elle n'avait été que simulée, et qu'on ne pouvait combattre cette interprétation sans altérer la vérité du texte de saint Paul. Saint Augustin était d'un sentiment contraire. Saint Jérôme s'en offensa, et lui écrivit une lettre forte, pour ne pas dire aigre et ardente, où il le traite de jeune évêque, peu versé dans l'Écriture, et qui cherchait, par des opinions nouvelles, à se mettre en crédit au préjudice des anciens Docteurs, qui avaient vieilli dans l'étude des Lettres sacrées. Quoique le sentiment de saint Augustin, que saint Thomas a suivi, fût plus conforme à celui de l'Église, il le soutint néanmoins par sa réponse, avec beaucoup d'humilité, de douceur et de respect pour ce grand homme, auquel il se reconnaissait inférieur en doctrine : et cette conduite chrétienne fut cause que saint Jérôme changea de sentiment dans ses Dialogues contre les Pélagiens.

Mais les plus belles et les plus éclatantes productions de son humilité, sont les livres intitulés *Rétractations* et ses *Confessions* où il fait lui-même le tableau de son esprit et de son cœur. Dans ses *Rétractations*, il repasse tous les traités qu'il avait faits jusqu'alors avant et après son baptême, durant son sacerdoce et depuis qu'il était évêque, et les corrige avec beau-

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coup de sévérité et tant d'exactitude qu'il n'omet ni sentence, ni parole, ni syllabe. Dans ses *Confessions*, il découvre ses plaies avec tant de sincérité, et il représente les désordres de sa jeunesse, qu'il va même rechercher dans les premières années de son enfance, avec tant de clarté, qu'il n'en oublie pas la moindre circonstance ; il n'a pas honte d'y avouer les mauvaises inclinations qui le portaient au vice, et les folies de son imagination qui avaient causé en lui de si grands égarements ; il y déclare ingénûment tous les dérèglements de sa vie et les excès où les mauvaises compagnies l'avaient précipité ; il les pèse au poids du sanctuaire, sans se flatter ni déguiser ; il veut bien que tout le monde connaisse sa misère, afin que l'on admire davantage la miséricorde de Dieu sur lui ; enfin, il veut que la postérité sache qu'il a été hérétique, libertin, pécheur, pour nous apprendre, par cette humilité, que la pénitence est glorieuse à Dieu et avantageuse à celui qui la pratique.

Voilà quelle fut la vie du grand Augustin jusqu'à l'âge de soixante-douze ans ; se voyant alors plus épuisé encore par les fatigues qu'il avait souffertes, qu'accablé de vieillesse, il ne pensa plus qu'à se préparer à la mort par la contemplation des choses célestes, auxquelles son âme aspirait avec des ardeurs inconcevables. Pour en avoir plus de loisir, il pria le clergé et le peuple d'agréer, pour son coadjuteur et successeur, le prêtre Erade, dont la piété et la science leur étaient connues aussi bien qu'à lui. Il passa ensuite les quatre années qu'il vécut encore dans des transports continus d'un très-pur amour pour Dieu, sans néanmoins cesser de prêcher à son peuple, et de répondre aux personnes qui le consultaient.

Quelque temps avant la mort de notre Saint, le comte Boniface, qui gouvernait l'Afrique au nom de Rome, brouillé par Aétius avec l'impératrice Placidie, s'en vengea en appelant les Vandales d'Espagne. Saint Augustin lui écrivit pour le détourner de cette trahison. Le comte ne déféra point à ses avis salutaires. Quatre-vingt mille barbares se précipitèrent sur l'Afrique, et par les sacrilèges, les incendies, les larcins et les pillages, sans épargner les choses sacrées non plus que les profanes, ruinèrent en peu de temps tout le pays ; ce qu'il y eut de plus déplorable, c'est qu'après avoir massacré les évêques, les prêtres et les religieux, ils y ramenèrent l'hérésie des Ariens, que notre Saint en avait bannie. Le cœur déchiré de douleur, à la vue des malheurs de sa patrie, notre Saint resta au milieu de son peuple, qu'il tâcha de soulager, de consoler. Quand le troupeau souffre, le bon pasteur ne doit pas s'éloigner. Bientôt les Vandales assiégèrent la ville d'Hippone. Ce fut en cette circonstance que saint Augustin composa la belle oraison, qui commence par ces paroles : *Ante oculos tuos, Domine, culpas nostras ferimus*, que l'on trouve à la fin des Diurnaux, et que le cardinal Séripand, qui l'avait tirée d'un ancien manuscrit, distribua au Concile de Trente, où il était légat du Pape.

A la fin, consumé de tristesse, n'en pouvant plus, il dit aux évêques : « Mes frères et mes pères, prions ensemble afin que ces malheurs cessent, ou que Dieu me retire de ce monde ». Quelque temps après, il se mit au lit, pris d'une fièvre violente, causée par la douleur qui inondait son âme, et bientôt on vit avec effroi qu'il allait mourir. Ce cœur si tendre et si fort prit alors ce je ne sais quoi de plus affectueux et de plus tendre encore. Il employa ses dernières forces à dicter, pour les évêques d'Afrique, une lettre admirable, où il les engageait à ne pas abandonner leurs peuples, à leur donner l'exemple de la résignation et de la patience, à souffrir et à mourir avec eux et pour eux. Ce fut son dernier écrit, et comme le chant du cygne ; et il était

28 AOUT. digne de ce grand cœur d'avoir, sur le bord de sa tombe, un tel cri d'amour.

Cependant le peuple d'Hippone apprend qu'Augustin va mourir. Aussitôt sa maison est assiégée. Les fidèles veulent voir une dernière fois leur évêque. Les malades se pressent autour de son lit. Les mères apportent leurs enfants pour qu'il les bénisse. Ému de ces témoignages d'affection, le mourant offrait à Dieu ses prières avec ses larmes. Un père lui ayant demandé d'imposer les mains sur la tête de son enfant et de le guérir : « Si j'avais le pouvoir de guérir », dit en souriant le doux vieillard, « je commencerais par moi-même ». Néanmoins, le père insistant, il mit sa main sur la tête de l'enfant, qui fut guéri.

Mais déjà Augustin ne tenait plus à la terre. Il échappait aux embrassements de son peuple. Emporté par l'amour de Dieu qui le consumait, et tout à la fois retenu par le souvenir de ses péchés, que quarante années d'expiation n'avaient pu lui faire oublier, il employait ses dernières heures à achever la purification de son âme. Il avait fait écrire sur de grandes bandes d'étoffe et placer contre la muraille les Psaumes de la pénitence, et de son lit, dans les derniers jours de ses souffrances, il lisait ces versets avec d'abondantes et continuelles larmes. « Et afin », dit Possidius, « que nul ne l'interrompît dans cette suprême méditation, dix jours environ avant sa mort, il nous conjura de ne plus laisser entrer personne dans sa chambre, sinon à l'heure de la visite des médecins. On lui obéit religieusement, et ces dix derniers jours, ce grand homme les passa dans un silence absolu, seul avec Dieu, et dans un mélange singulier de repentir et d'amour ».

Enfin, l'heure dernière approchant, tous les évêques se réunirent une dernière fois autour de son lit ; et, parmi leurs embrassements et leurs soupirs, l'âme du saint vieillard s'envola dans le sein de Dieu, le 28 août 430. Il y avait soixante-seize ans que Monique l'avait mis au monde, quarante-trois ans qu'elle l'avait converti par ses larmes, et quarante-deux qu'elle l'attendait dans le ciel.

« Saint Augustin ne fit point de testament », dit Possidius, « parce que, s'étant fait pauvre pour Jésus-Christ, il n'avait plus rien à donner » ; il laissa pourtant deux grands trésors à l'Église, les Œuvres qu'il avait composées et les Ordres qu'il avait institués. Dieu fit voir, par une protection singulière, combien ses livres lui devaient être chers : car les Vandales ariens ayant, environ un an après sa mort, pris et saccagé la ville d'Hippone, ne purent jamais mettre le feu à sa bibliothèque, quoique, n'ignorant pas combien il leur avait été contraire, ils fissent leurs efforts pour cela, parce que les anges, comme le rapporte Baronius, les empêchèrent de causer à l'Église cette perte qui aurait été irréparable. Pour les Ordres religieux qu'il a fondés, et qui se partagent en plus de soixante Congrégations différentes de l'un et l'autre sexe, on peut dire qu'ils sont des trésors immenses d'où l'Église a de tous temps tiré de puissants secours.

On le représente : 1° avec une église à la main, pour montrer que, par sa plume, il l'a beaucoup mieux défendue que l'on ne défend les villes avec l'épée ; 2° tenant un cœur enflammé à la main, avec plusieurs hérétiques effrayés et expirant à ses pieds. — On le voit aussi représenté avec sainte Monique sur le bord de la mer. Saint Augustin est assis au premier plan. C'est un jeune homme d'une trentaine d'années. Sa figure est pâle, fine, un peu triste encore ; ses yeux sont noirs, profonds, et pleins du plus beau feu ; sa bouche pensive est fermée. Des cheveux courts, taillés en rond autour de la tête, laissent voir un front large sur lequel tombe un rayon de lumière. De sa main gauche il presse les mains de sa mère.

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[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — SES ÉCRITS.]

Son corps fut enterré à Hippone, dans l'église Saint-Étienne, qu'il avait fait bâtir. En 498, les Vandales menaçant sa tombe, ses saintes reliques furent pieusement emportées en Sardaigne par des évêques d'Afrique exilés, et déposées à Cagliari, dans la basilique de Saint-Saturnin, et dans une urne ou sépulcre de marbre blanc encore subsistant.

Deux siècles plus tard, ce précieux trésor tomba au pouvoir des Sarrasins avec l'île de Sardaigne. Luitprand, roi des Lombards, le racheta et le fit transporter à Pavie le 5 des ides d'octobre 722 ; on le déposa dans le triple souterrain de la basilique de Saint-Pierre-du-Ciel-d'Or. La garde en fut confiée, jusqu'au pape Innocent III, aux disciples de Saint-Benoît. À cette époque ils furent remplacés par les Chanoines réguliers, auxquels furent adjoints, en 1326, les Ermites de Saint-Augustin.

On visite avec admiration, dans cette église, l'Arche, monument en marbre, élevé par les Ermites de Saint-Augustin vers le milieu du XIVe siècle. La statue du Saint en habits pontificaux, couché et mort, la tête appuyée sur un oreiller, est la plus belle de l'Arche et même de l'époque. Les restes d'Augustin demeurèrent ensevelis avec les plus insignes honneurs dans la basilique de Saint-Pierre-du-Ciel-d'Or, à Pavie, jusqu'en 1693, époque à laquelle ils furent découverts et de nouveau exposés à la vénération des fidèles. L'église de cette abbaye ayant été changée en hôpital, on transporta dans la cathédrale la chasse précieuse qui renfermait ses ossements. L'authenticité de ces reliques fut confirmée par Benoît XIII en 1728.

Les reliques et le monument de saint Augustin, gardés jadis par les Chanoines réguliers que l'empereur Joseph II supprima en 1781, et par les Augustins que les révolutionnaires d'Italie abolirent en 1799, furent transportés de l'église Saint-Pierre, dans la cathédrale, où on les vénère encore. Ce monument est placé dans une chapelle latérale, du côté de l'épître. Le devant est en forme d'autel, et l'on y célèbre la messe.

Le pape Grégoire XVI ayant, en 1837, érigé un siège épiscopal à Alger, le premier évêque, Mgr Dupuch, voulut obtenir pour son diocèse des reliques de saint Augustin. Il adressa à l'évêque de Pavie une demande qui fut favorablement accueillie. Une portion notable des ossements du saint Docteur fut remise à Mgr Dupuch, qui, chargé de ce précieux dépôt, se rendit à Toulon pour retourner en Algérie. Là, il s'embarqua avec Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, et NN. SS. les évêques de Châlons, de Marseille, de Bigne, de Valence et de Nevers, le 25 octobre 1842, et les saintes reliques furent portées solennellement de l'ancienne cathédrale de Toulon au vaisseau.

Après une heureuse navigation qui dura trois jours, le vaisseau entra dans la rade de Rône, où il y eut un office solennel. Le dimanche 20 octobre, les mêmes prélats transférèrent les reliques dans le lieu où fut jadis Hippone, et les déposèrent dans un monument élevé à la mémoire du saint Docteur et orné de sa statue.

On ne rapporte point que saint Augustin ait fait d'autres miracles durant sa vie que d'avoir délivré des énergumènes par la force de ses prières et de ses larmes, et d'avoir rendu la santé à un malade par l'imposition de ses mains ; mais on en raconte un assez grand nombre qui ont été faits à son tombeau, et que l'on peut voir dans sa vie, composée par le R. P. Simplicien de Saint-Martin, religieux de son Ordre. On y trouvera une chose prodigieuse touchant le cœur de saint Augustin.

Cet auteur, fondé sur la foi des autres historiens de son Institut, écrit que saint Sigisbert, évêque en Allemagne, demandant à Dieu avec ferveur qu'il lui plût de lui donner quelque relique de ce grand Docteur, auquel il portait une singulière dévotion, l'ange gardien du même Saint lui apparut et, lui présentant un vase de cristal, où il y avait un cœur, il lui dit ces paroles : « Après la mort du bienheureux Augustin, évêque d'Hippone, j'ai pris son cœur par le commandement de Dieu et l'ai préservé de corruption jusqu'à maintenant ; voici que je vous l'apporte, afin que vous lui rendiez la vénération qui lui est due ».

Sigisbert, ravi d'avoir reçu du ciel un si riche trésor, assembla le peuple pour en rendre à Dieu des actions de grâces solennelles, et par une merveille aussi surprenante que glorieuse à l'amour dont cet homme de feu avait brûlé durant sa vie mortelle, à ces paroles du Te Deum : *Sanctus, Sanctus, Sanctus*, son cœur commença à se remuer, comme s'il eût été encore animé des flammes de la charité et du grand zèle qu'il avait fait paraître pour la gloire de la très-sainte Trinité. Ce qui est encore plus admirable, c'est que ce même prodige se renouvelait tous les ans à la vue de tout le monde, au jour de la Sainte-Trinité, lorsque ce précieux cœur étant mis sur l'autel, on y chantait la grand messe ; c'est peut-être un des motifs pour lesquels les Papes ont permis aux religieux de son Ordre de chanter, au jour de sa fête, la prélaxe de la Sainte-Trinité. On dit encore que pas un hérétique ne pouvait entrer impunément dans l'église pendant que son cœur y était exposé.

On avait coutume de faire toucher à ce saint cœur, d'autres petits cœurs que l'on gardait comme des reliques : l'illustre Augustin de Jésus à Castro, primat des Indes, nous en a fourni une preuve authentique, lorsque, par commission de Grégoire XIII, visitant le monastère de Munich, en Bavière, il trouva, parmi les saintes reliques, une petite chasse d'argent, dans laquelle était un cœur de fer entouré d'un cercle d'or avec cette inscription sur un parchemin : *Cor admotum vero cordi sancti Augustini ; ferrum propter nimiam ejus constantiam et aureum propter inflammatam ejus charitatem : a Cœur*

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qui a été appliqué sur le vrai cœur de saint Augustin ; il est de fer pour montrer sa grande constance ; il est entouré d'or pour signifier les ardeurs de sa charité ».

Le tome Ier des Œuvres du saint Docteur, de l'édition des Bénédictins, contient les ouvrages qu'il écrivit dans sa jeunesse et avant qu'il fût prêtre : 1° Les deux Livres de Rétractations ; 2° les treize Livres de ses Confessions ; 3° les trois Livres contre les Académiciens, en 386 ; 4° le Livre de la Vie bienheureuse, la même année ; 5° les deux Livres de l'Ordre, la même année ; 6° les Soliloques, ainsi appelés parce que saint Augustin s'y entretient avec son âme, furent écrits en 387. — On trouve dans l'Appendice, au tome VI des Œuvres de saint Augustin, un autre livre de Soliloques, qui est supposé, ainsi que le livre des Méditations. Ces deux ouvrages sont modernes, et tirés des vrais Soliloques et des Confessions du saint Docteur, des écrits de saint Victor, etc. On en doit dire autant de Manuel ; c'est un recueil de pensées de saint Augustin, de saint Anselme, etc. ; 7° le Livre de l'Immortalité de l'Âme est de l'année 388 ; c'est un supplément aux Soliloques. Le Saint le composa à Milan, peu de temps après son Baptême ; 8° de la Quantité ou de la Grandeur de l'Âme, vers le commencement de l'année 388 ; 9° six Livres de la Musique, achevés en 389 ; 10° le Livre du Maître, composé vers le même temps ; 11° les trois Livres du Libre Arbitre, commencés en 388, et achevés en 395 ; 12° les deux Livres de la Genèse contre les Manichéens, vers l'an 389 ; 13° les deux Livres des Mœurs de l'Église catholique et des Manichéens, vers 388 ; 14° le Livre de la vraie Religion, écrit vers l'an 390 ; 15° la Règle aux Serviteurs de Dieu ; 16° le Livre de la Grammaire, les Principes de la Dialectique, les dix Catégories, les Principes de la Rhétorique, le Fragment de la règle donnée aux Clercs, la seconde Règle, le Livre de la Vie érémitique, sont des ouvrages supposés.

Le tome II contient les lettres du saint Docteur, qui sont au nombre de deux cent soixante-dix, et rangées selon l'ordre chronologique. Il y en a un grand nombre qui sont de véritables traités. — L'Appendice au tome II contient : 1° seize Lettres de saint Augustin à Boniface, et de Boniface à saint Augustin, qui toutes sont supposées ; la Lettre de Pélage à Démétriade ; 3° on doit aussi regarder comme supposées les lettres de saint Cyrille de Jérusalem à saint Augustin, et de saint Augustin à saint Cyrille, sur les Louanges de saint Jérôme, ainsi que la Dispute du saint évêque d'Hippone avec Poscentius.

Le tome III est divisé en deux parties, dont la première contient : 1° Les quatre Livres de la Doctrine chrétienne, commencés vers l'an 397, et achevés en 426 ; le Livre imparfait sur la Genèse expliquée selon la lettre, en 393 ; 3° les douze Livres sur la Genèse expliquée selon la lettre, commencés en 401, et achevés en 415 ; 4° les sept Livres des Locutions, au façon de parler, sur les sept premiers Livres de l'Écriture, vers l'an 419 ; 5° les sept Livres des Questions sur l'Heptateuque, en 419 ; 6° les Notes sur Job, vers l'an 400 ; 7° le Miroir, tiré de l'Écriture, vers l'an 427.

L'Appendice de la première partie du tome III contient : 1° trois Livres des Merveilles de l'Écriture ; 2° l'Opuscule des Bénédictions du patriarche Jacob ; 3° des Questions de l'Ancien et du Nouveau Testament ; 4° un Commentaire sur l'Apocalypse : ces quatre ouvrages sont supposés. — On trouve dans la seconde partie de l'Appendice du même tome : 1° les quatre Livres de l'Accord des Évangélistes, vers l'an 400. Le but de l'auteur est de montrer qu'il n'y a rien dans les quatre Évangélistes qui ne s'accorde ; 2° les deux Livres du Sermon sur la Montagne ; 3° les deux Livres de Questions sur les Évangiles, vers l'an 400 ; 4° le Livre des dix-sept Questions sur saint Matthieu. Plusieurs savants doutent que cet ouvrage soit de saint Augustin ; 5° les cent vingt-quatre Traités sur saint Jean, vers l'an 416 ; 6° les dix Traités sur l'Épître de saint Jean, vers la même année ; 7° l'Explication de quelques endroits de l'Épître aux Romains, vers l'an 394 ; 8° le commencement de l'Explication de l'Épître aux Romains, vers la même année ; 9° l'Explication de l'Épître aux Galates, vers la même année.

Le tome IV contient les Explications sur les Psaumes, en forme de discours, lesquelles furent achevées en 415.

Le tome V contient les sermons de saint Augustin, divisés en cinq classes : 1° les Sermons sur divers endroits de l'Ancien et du Nouveau Testament, au nombre de cent quatre-vingt-trois ; 2° quatre-vingt-huit Sermons du Temps, qui sont sur les grandes fêtes de l'année ; 3° soixante-neuf Sermons des Saints ou sur les fêtes des Saints ; 4° vingt-trois Sermons sur divers sujets ; 5° trente-un Sermons qu'on doute être de saint Augustin. — Les sermons attribués à saint Augustin, et contenus dans l'Appendice, sont au nombre de trois cent dix-sept, et divisés en quatre classes. Ils portent les mêmes titres que les précédents. On restitue à saint Césaire d'Arles, à saint Ambroise, à saint Maxime, etc., quelques sermons qui avaient été jusque-là attribués à saint Augustin.

Le tome VI renferme les ouvrages dogmatiques du saint Docteur sur divers points de morale et de discipline : 1° les quatre-vingt-trois Questions, en 388. Saint Augustin y répond à plusieurs difficultés sur différents sujets ; 2° les deux Livres de diverses questions à Simplicien ; 3° le Livre des huit questions à Dulcitius, en 422 ou 425. C'est une réponse à des difficultés qui avaient été proposées au Saint, en 421, par Dulcitius, tribun en Afrique ; 4° le Livre de la

SAINT AUGUSTIN, ÉVÊQUE D'HIPPONE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE. 313

Croyance des choses qu'on ne voit pas, en 399 ; 5° le Livre de la Foi et du Symbole, en 393 ; 6° le Livre de la Foi et des Œuvres, en 413 ; 7° l'Enchiridion à Laurent, ou le Livre de la Foi, de l'Expérience et de la Charité, vers l'an 421 ; 8° le Livre du Combat chrétien, vers l'an 396 ; 9° le Livre de la Manière d'instruire les ignorants, vers l'an 400 ; 10° le Livre de la Continence, vers l'an 395 ; 11° le Livre du bien du Mariage, vers l'an 401 ; 12° le Livre de la sainte Virginité, vers la même année ; 13° de l'Avantage de la Viduité, vers l'an 414 ; 14° des Mariages adultères, vers l'an 419 ; 15° le Livre du Mensonge, vers l'an 425 ; 16° le Livre contre le Mensonge, à Consentius, vers l'an 420 ; 17° de l'Ouvrage des Moines, vers l'an 400 ; 18° le Livre des Prédictions des Démons, vers les années 406, 411 ; 19° le Livre du Soin pour les Morts, vers l'an 421 ; 20° le Livre de la Patience, vers l'an 428 ; 21° du Symbole aux Catéchumènes ; 22° trois autres Sermons sur le Symbole, que les derniers éditeurs de saint Augustin doutent être de ce saint Docteur ; 23° le Discours de la Discipline chrétienne, où il est prouvé que toute la loi se réduit à l'amour de Dieu et du prochain ; 24° le Sermon du nouveau Cantique aux Catéchumènes, qu'on doute être de saint Augustin ; 25° les Discours de la quatrième férie ne passent pas non plus pour authentiques ; 26° on en doit dire autant des Discours sur le Déluge, et sur la Persécution des Barbares ; 27° le Discours de l'utilité du Jeûne ; le titre en explique suffisamment le sujet ; 28° le Discours de la ruine de Rome.

On trouve dans l'appendice, au tome VI°, un grand nombre d'ouvrages supposés de saint Augustin : 1° le Livre des vingt et une Sentences ou Questions. C'est une mauvaise récapitulation de différents endroits des ouvrages de saint Augustin ; 2° le Livre des soixante-cinq Questions, ouvrage fait à peu près dans le même goût que le précédent, mais avec plus de méthode ; 3° le Livre de la Foi à Pierre. Il est de saint Fulgence ; 4° le Livre de l'Esprit et de l'Âme, que l'on croit être d'Alcher, moine de Clairvaux. C'est un recueil de passages de différents Pères de l'Église ; 5° le Livre de l'Amitié, qui est un abrégé du traité sur la même matière, par Aelred, abbé de Rieval, en Angleterre, 6° le Livre de la Substance de l'Amour, que l'on attribue communément à Hugues de Saint-Victor ; 7° le Livre de l'Amour de Dieu, qui paraît être aussi du moine Alcher ; 8° les Soliloques, dont nous avons parlé ailleurs, ainsi que des Méditations et du Manuel ; 9° le Livre de la Contrition du cœur, tiré en grande partie de saint Anselme ; 10° le Miroir, qui paraît être d'Alcuin ; 11° le Miroir du Pêcheur, tiré de saint Odon, abbé de Cluny, et surtout de Hugues de Saint-Victor ; 12° le Livre des trois Habitations : savoir, du royaume de Dieu, du monde et de l'enfer ; 13° l'Échelle du Paradis, qui est de Guignes le Chartreux ; 14° le Livre de la Connaissance de la vraie Vie, qui a pour auteur Honorius d'Autun ; 15° le Livre de la Vie chrétienne, ouvrage d'un Anglais nommé Fastidius ; 16° le Livre de l'Exhortation ou des Enseignements salutaires, a pour auteur Paulin, patriarche d'Aquilée ; 17° le Livre des douze Âges du siècle, cité par Jonas d'Orléans ; 18° le Traité des sept Vices, et des sept Dons du Saint-Esprit, qui est de Hugues de Saint-Victor. Il a été supprimé dans la nouvelle édition de saint Augustin ; 19° le Livre du Combat des Vices et des Vertus, que les Bénédictins donnent à Ambroise Autpert, moine de Saint-Benoît sur le Vellurne, près de Bénévent ; 20° le Livre de la Sobriété et de la Chasteté ; 21° le Livre de la vraie et de la fausse Pénitence ; 22° le Livre de l'Antéchrist, attribué à Alcuin ; 23° le Poustier, qu'on dit que saint Augustin composa pour sa mère. C'est une prière tirée des psaumes ; 24° l'explication du cantique *Magnificat* n'est qu'un mauvais extrait de celle de Hugues de Saint-Victor ; 25° le Livre de l'Assomption de la Vierge Marie, qui paraît être d'un auteur du XIIe siècle ; 26° le Livre de la Visite des Infirmes, qui n'est pas fort ancien ; 27° les deux Discours de la Consolation des Morts, qui sont peut-être tirés de saint Jean Chrysostome ; 28° le Traité de la Rectitude de la Conduite catholique, tiré en grande partie des sermons de saint Césaire d'Arles ; 29° le Discours sur le Symbole, qui est un tissu de passages de Rufin, de saint Grégoire, de saint Césaire, etc. — Suivent plusieurs autres petits traités qui méritent peu d'attention, parce qu'ils n'ont rien de remarquable.

Le tome VII contient les vingt-deux Livres de la Cité de Dieu. — Cet ouvrage fut commencé en 413 et achevé en 426.

On trouve dans l'appendice, au VIIe tome, les pièces qui ont rapport à la découverte des reliques de saint Étienne : 1° la Lettre d'Avit, prêtre espagnol, à Balcone, évêque de Braga, en Portugal, touchant les reliques du saint Martyr. Avit joignit à cette lettre une traduction latine de la relation que Lucien avait donnée de la découverte de ce précieux trésor ; 2° la Relation de la découverte du corps de saint Étienne, faite par Lucien. Ce Lucien était prêtre de Jérusalem, et curé d'un lieu appelé Capbargamala, où reposaient les reliques du saint Martyr ; 3° la Lettre d'Anastase le Bibliothécaire, à Landuléus, évêque de Capoue, où il lui marque qu'il avait traduit en latin l'histoire de la translation des reliques de saint Étienne, de Jérusalem à Constantinople. Cette pièce est supposée ; 4° Lettre de Sévère, évêque de l'Île de Minorque, à toute l'Église, sur les miracles qui s'opérèrent dans cette île, par les reliques de saint Étienne. Elle fut écrite en 418, et l'on ne doute point qu'elle ne soit authentique ; 5° les deux Livres des Miracles de saint Étienne, que l'on attribue à Evodius, évêque d'Uzale.

Le tome VIII renferme les écrits polémiques du saint Docteur : 1° le Traité des Hérésies, adressé à Quodvultdeus, diacre de Carthage ; 2° le Traité contre les Juifs. Cet ouvrage est quelquefois intitulé : Discours sur l'Incarnation du Seigneur ; 3° de l'Utilité de la Foi, en 391 ;

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4° le Livre des deux Âmes, la même année ; 5° les Actes contre Fortunat le Manichéen, en 392 ; 6° le Livre contre Adimante, en 394 ; 7° le Livre contre l'Épître du Fondement, vers l'an 397 ; 8° les Disputes contre Faustus le Manichéen, divisées en trente-trois livres, vers l'an 400 ; 9° les deux Livres des Actes avec Félix le Manichéen, en 404 ; 10° le Livre de la nature du bien contre les Manichéens ; 11° le Livre contre la Lettre de Secondin le Manichéen, vers l'an 405 ; 12° les deux Livres contre l'Adversaire de la Loi et des Prophètes, en 420 ; 13° le Livre contre les Priscillianistes et les Origenistes, vers l'an 415 ; 14° le Livre contre le Discours des Ariens, vers l'an 418 ; 15° la Conférence avec Maximin, évêque arien, et les trois livres contre le même hérétique, furent écrits en 428 ; 16° les quinze Livres de la Trinité, furent commencés en 405 et achevés en 416. — Les ouvrages supposés, contenus dans l'appendice, sont : 1° le Traité contre les cinq Hérésies ; 2° le Livre du Symbole, contre les Juifs, les païens et les Ariens ; 3° le Livre de la Dispute de l'Église et de la Synagogue, qui est d'un jurisconsulte ; 4° le Livre de la Foi contre les Manichéens, attribué dans les manuscrits à Honoré d'Uzale ; 5° l'Avertissement sur la manière de recevoir les Manichéens ; 6° le Livre de la Trinité contre Félicien, qui est de Vigile de Tapsus ; 7° les Questions de la Trinité et de la Genèse, tirées d'Alcuin ; 8° les deux Livres de l'Incarnation du Verbe à Januarius, tirés de la version latine des Principes d'Origène, par Rulic ; 9° le Livre de la Trinité et de l'Unité de Dieu ; 10° le Livre de l'Essence de la Divinité, à Optat ; 12° le Livre des Dogmes ecclésiastiques, qu'on sait être de Gennade de Marseille.

Le tome IX renferme les ouvrages polémiques contre les Donatistes, dont voici l'ordre : 1° le Psaume abécédaire contre les Donatistes, vers la fin de l'année 393 ; 2° les trois Livres contre la Lettre de Parménien, vers l'an 400 ; 3° les sept Livres du Baptême contre les Donatistes, vers le même temps ; 4° les trois Livres contre Pétilien, vers l'an 400 ; 5° l'Épître aux Catholiques contre les Donatistes ou le Traité de l'Unité de l'Église, en 402 ; 6° les quatre Livres contre le donatiste Cresconius, grammairien de profession, en 406 ; 7° le Livre de l'Unité du Baptême, contre Pétilien et Constance, qui paraît avoir été écrit vers l'an 411 ; 8° l'Abrégé de la Conférence contre les Donatistes, en 412 ; 9° le Livre aux Donatistes après la Conférence de Carthage, en 413 ; 10° Discours au peuple de l'Église de Césarée, prononcé en présence d'Emeritus, évêque du parti de Donat ; 11° Discours de ce qui s'est passé avec Emeritus, donatiste, en 413, ou en 418 selon d'autres ; 12° les deux Livres contre Gaudence, donatiste, en 420. — On trouve dans l'appendice à ce tome : 1° le Livre contre Fulgence le Donatiste ; il est supposé : 2° divers Documents relatifs à l'Histoire des Donatistes, et qui contribuent beaucoup à l'intelligence des ouvrages que saint Augustin a écrits contre ces hérétiques.

Le tome X contient : 1° les trois Livres des mérites et de la Rémision des péchés, ou du Baptême des enfants, en 412 ; 2° le Livre de l'Esprit et de la Lettre, en 413 ; 3° le Livre de la Nature et de la Grâce, en 415 ; 4° le Livre de la Perfection de la justice, vers l'an 415 ; 5° le Livre des Actes de Pélage, vers l'an 417 ; 6° les deux Livres de la Grâce de Jésus-Christ et du Péché originel, écrits en 418, après que les Pélagiens et leurs erreurs eurent été condamnés par plusieurs Conciles et par le pape Zozime ; 7° les deux Livres du Mariage et de la Concupiscence, au comte Valère, en 419 ; 8° les quatre Livres de l'Âme et de son Origine, vers l'an 420 ; 9° les quatre Livres à Boniface contre les Pélagiens, vers l'an 420 ; 10° les six Livres contre Julien, vers l'an 423 ; 11° le Livre de la Grâce et du Libre Arbitre, en 426 ou 427 ; 12° le Livre de la Correction et de la Grâce, la même année ; 13° les Livres de la Prédestination des Saints et du Don de la Persévérance ; 14° l'Ouvrage imparfait contre Julien, vers l'an 428. — Les ouvrages supposés que renferme l'appendice de ce dixième tome, sont : 1° l'Hypomnesticon ou l'Hypnosis, en six livres : c'est un abrégé des raisons propres à combattre le Pélagianisme, dont l'auteur est inconnu ; 2° de la Prédestination et de la Grâce, livre qui paraît être de quelque semi-pélagien ; 3° le Livre de la Prédestination de Dieu, qui est indigne de saint Augustin ; 4° Réponse aux objections de Vincent ; elles sont de saint Prosper. — Viennent ensuite plusieurs pièces importantes concernant l'histoire du Pélagianisme.

Le tome XI contient la vie de saint Augustin, une table générale de ses ouvrages, et une des matières renfermées dans chacun. Cette vie n'est guère qu'une traduction latine de celle que Tillemont avait faite en français, mais qui n'était point encore imprimée. — L'édition des œuvres du saint Docteur, la plus exacte et la plus complète que nous ayons, est sans contredit celle des Bénédictins. Elle est en 11 vol. in-folio, dont les deux premiers parurent à Paris en 1679, et le dernier en 1700. — De 1839 à 1845, il a été fait à Paris trois éditions : par M. Mellier, sous la direction de M. l'abbé Caillan, en 43 vol. in-8° ; par M. l'abbé Migne, en 16 vol. grand in-8° à deux colonnes ; par MM. Grome, en 22 livraisons, même format.

Nous nous sommes contenté de donner le titre de ces ouvrages, On en pourra voir des analyses raisonnées, dans la Traduction française des Œuvres complètes de saint Augustin, 17 vol. grand in-8° jésus à deux colonnes, imprimerie des Célestins, à Bar-le-Duc.

Nous nous sommes servi, pour compléter le Père Giry, de l'Histoire de saint Augustin, par M. Poujonat ; de l'Histoire de ses reliques, par M. Bocard, chanoine honoraire d'Alger ; et de l'Histoire de sainte Monique, par M. l'abbé Bougand, vicaire général d'Orléans.

Événements marquants

  • Naissance à Tagaste en 354
  • Études à Madaure puis Carthage
  • Adhésion au manichéisme pendant neuf ans
  • Enseignement de la rhétorique à Rome et Milan
  • Conversion et baptême par saint Ambroise en 387
  • Retour en Afrique et fondation de monastères
  • Ordination sacerdotale à Hippone en 391
  • Sacre épiscopal comme coadjuteur de Valère en 395
  • Lutte contre les hérésies (manichéisme, donatisme, pélagianisme)
  • Mort durant le siège d'Hippone par les Vandales

Miracles

  • Guérison d'Innocent à Carthage d'une gangrène à la jambe
  • Guérison d'un enfant par imposition des mains sur son lit de mort
  • Vision de l'enfant sur le rivage expliquant l'insondabilité de la Trinité
  • Apparition du Christ sous les traits d'un pauvre à Tagaste
  • Incorruptibilité et mouvement miraculeux de son cœur à Munich

Citations

Prends, lis ! prends, lis !

— Voix d'enfant entendue dans le jardin de Milan

Seigneur, délivrez-nous de la logique d'Augustin

— Litanies anciennes citées dans le texte

S'il se pouvait faire que je fusse Dieu, et que vous fussiez Augustin, je choisirais de tout mon cœur d'être Augustin, afin que vous fussiez Dieu

— Transport amoureux cité par Gilles de la Présentation

Date de fête

28 aout

Époque

4ᵉ siècle

Décès

28 août 430 (naturelle)

Invoqué(e) pour

conversion des pécheurs, recherche de la vérité, guérison des maladies de peau (mention de la gangrène dans le texte)

Autres formes du nom

  • Augustinus (la)
  • Aurelius Augustinus (la)

Prénoms dérivés

Augustin, Augustine, Austin

Famille

  • Patrice (père)
  • Sainte Monique (mère)
  • Adéodat (fils)
  • Navigius (frère)