Saint André Avellin de Castronuovo

Clerc Régulier Théatin

Fête : 10 novembre 16ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre de l'Ordre des Théatins né au XVIe siècle, André Avellin fut un réformateur zélé et un ami de saint Charles Borromée. Après une carrière de juriste et de supérieur religieux marquée par de nombreux miracles, il mourut d'apoplexie au début de la messe à l'âge de 88 ans. Il est invoqué pour obtenir une sainte mort.

Biographie

SAINT ANDRÉ AVELLIN DE CASTRONUOVO,

CLERC RÉGULIER THÉATIN

Ô heureuse l'âme qui, dépouillée de sa propre volonté, sait se soumettre en tout et pour tout au vouloir divin ! *Doctrine de saint André Avellin.*

Ce bienheureux prêtre, un des plus beaux ornements de l'Ordre des Clercs Réguliers théatins, naquit à Castronuovo, petite ville du royaume de Naples, de Jean Avellin et de Marguerite, que leur piété rendait plus recommandables qu'aucun avantage de la fortune. On l'appela Lancelot au baptême, et il porta ce nom jusqu'à son entrée dans l'Ordre des Théatins, où, par dévotion à la croix, il prit celui d'André. Son enfance fut si pure et si innocente, qu'il ne semblait pas avoir hérité des passions déréglées du vieil Adam. Il commença dès lors à honorer singulièrement la sainte Vierge, et à dire tous les jours le chapelet : ce qu'il a fidèlement observé le reste de sa vie.

Après ses premières études, on l'envoya à Venise pour y faire ses humanités et sa philosophie. Il y demeura quatre ans, et y étudia avec tant de succès, que ses professeurs mêmes en étaient surpris. Sa chasteté y fut tentée de la manière la plus subtile et la plus violente que puisse être celle d'un jeune écolier ; mais il sortit victorieux et triomphant de ce combat, et il conserva dans son entier cette perle précieuse que le moindre souffle est capable de ternir. À son retour chez ses parents, sa nourrice eut encore l'impudence de le solliciter au mal : il invoqua alors la Sainte Vierge, sa puissante avocate, et secouru de sa protection, il sauva par la fuite ce qu'il aurait peut-être perdu en voulant combattre de front.

Dès le jour suivant, il pria son évêque de l'admettre au nombre de ses clercs, et il reçut la tonsure cléricale de ses mains. En mémoire de quoi il grava son nom sur une pierre de la chapelle où la cérémonie avait été faite ; et l'on a remarqué que, lorsque l'église tomba en ruines, le seul pan de muraille où était cette inscription demeura entier. Il alla ensuite à Naples étudier la jurisprudence, et il prit le bonnet de docteur en droit, avec l'applaudissement de toute la faculté. Cet honneur fut suivi d'un autre bien plus considérable ; il fut promu à l'ordre du sacerdoce. Il est vrai que son humilité lui faisait croire qu'il était très-indigne de ce caractère : s'il eût suivi ce sentiment, il n'aurait jamais pris que les ordres mineurs ; mais le désir de s'approcher de plus près de son Sauveur, l'unique objet de son amour, et en même temps de travailler à lui gagner toujours de nouveaux cœurs par les fonctions sacerdotales, fit qu'il résolut de demander la prêtrise.

On le chargea aussitôt après de la conduite d'un couvent de religieuses, lesquelles, n'ayant plus rien de leur profession que l'habit, vivaient dans un désordre épouvantable. Il ne se contenta pas de leur donner les secours ordinaires que les communautés de filles attendent de leur directeur, il en entreprit aussi la réforme entière. Ce dessein lui coûta des peines et des

SAINT ANDRÉ AVELLIN, CLERC RÉGULIER THÉATIN.

traverses incroyables; mais, comme il avait un courage intrépide et qui ne cédait jamais à aucune difficulté, il en vint enfin heureusement à bout, et il eut la consolation de voir refleurir l'observance régulière dans ce lieu où le dérèglement avait déjà jeté de profondes racines. Ce succès, que l'on n'attendait pas, remplit de fureur quelques libertins qui avaient auparavant grand accès dans ce monastère, et leur rage alla si avant, qu'ils résolurent de se défaire du bienheureux directeur. Ils gagnèrent pour cela un assassin qui l'attendit à la sortie d'une église et lui déchargea trois coups d'épée. Ces coups ne furent pas mortels; mais ils lui coupèrent une artère et lui firent répandre beaucoup de sang, que l'on eut bien de la peine à étancher; son visage même en eût été tout défiguré, si Dieu par un effet de sa puissance, n'eût guéri si parfaitement ses plaies, qu'il n'en demeura aucune cicatrice. Dans cet accident si terrible, André ne se laissa nullement troubler; au contraire, il fit paraître une joie extrême d'avoir été maltraité pour la défense de la chasteté. Le vice-roi de Naples lui offrit toute son autorité pour punir les auteurs de cet attentat; mais il l'en remercia, ne souhaitant pas la mort des pécheurs, mais leur conversion et leur salut. Cependant Notre-Seigneur ne permit pas qu'un si grand sacrilège demeurât impuni : car, peu de temps après, son assassin fut tué par un homme dont il avait déshonoré la maison par une action impudique.

Dieu lui ayant donné beaucoup d'éloquence, André l'employait quelquefois à défendre la cause de ses amis. Le faisant un jour d'une manière très-agréable, il laissa glisser dans son discours un mensonge officieux. Il n'en conçut pas d'abord la laideur; mais, ayant trouvé à l'ouverture de la Bible ce premier verset du chapitre premier de la Sagesse : *Os quod mentitur occidit animam* ; « La bouche qui profère un mensonge tue l'âme », il en eut tant d'horreur et de regret, qu'après avoir passé toute la nuit dans les larmes, il résolut de ne plus entrer au barreau. De là il prit le dessein de quitter entièrement le monde et de se consacrer à Jésus-Christ dans l'Ordre des Théatins : ce qu'il fit à l'âge de trente-cinq ans, la veille de l'Assomption de Notre-Dame, l'année 1556. Dans son noviciat, il parut un profès fort avancé. Il n'y avait rien de si bas dans les emplois de la maison qu'il ne considérât comme très-relevé. Plus on l'humiliait, plus il se croyait comblé d'honneurs; plus on lui ordonnait de pénitences et de mortifications, plus on lui causait de joie. Son courage et sa patience furent toujours au-dessus de toutes les épreuves; aussi, on le reçut aisément à la profession, et il la fit avec toute la ferveur que l'on pouvait attendre de sa piété et de son zèle.

Il obtint ensuite de ses supérieurs la permission de faire un voyage à Rome, non pas pour y voir ces monuments splendides, qui attirent les yeux de tous les voyageurs, mais seulement pour visiter les tombeaux des Apôtres et des Martyrs, et gagner les indulgences en faisant les stations. À son retour à Naples, on lui donna la charge de maître des novices, et on la lui continua pendant dix ans. On l'élut depuis supérieur de sa maison, et, dans ces deux emplois, il sut si bien unir la fermeté avec la douceur, et le zèle de l'observance avec la pieuse condescendance aux infirmités de ses frères, qu'il remplit parfaitement tous les devoirs d'un véritable pasteur. Après ce supériorat, son général, qui avait tant de preuves de sa prudence et de sa sainteté, l'appliqua à fonder deux maisons : l'une à Milan, où saint Charles Borromée voulut bien contracter une étroite amitié avec lui, et l'autre à Plaisance, à la sollicitation du cardinal d'Arezzo, théatrin, où, par la force de ses prédications et de ses conférences, il réprima le luxe des

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dames et convertit même un grand nombre de courtisanes. Ces changements éclatants lui suscitèrent beaucoup d'ennemis : on tâcha de le décrier dans le public et on écrivit contre lui au duc de Parme, afin d'obtenir de Son Altesse qu'elle le fît sortir de ses États : mais ces calomnies ne servirent qu'à donner plus d'éclat à sa vertu : le duc le vint voir et fut tellement charmé de sa modestie et de l'onction de ses paroles, qu'il ne le regarda plus que comme un Saint. La duchesse voulut aussi avoir part à sa conversation, et, l'ayant trouvée toute céleste, elle le prit pour son directeur et lui amena le prince Raimuec, son fils, pour recevoir sa bénédiction.

Une lumière si éclatante ne pouvait pas être renfermée dans un seul lieu. André, ayant si bien réussi à Plaisance, fut encore député par son général pour faire la visite de sa province de Lombardie, et il s'en acquitta avec tant de sagesse, de vigueur et de bonté, que les religieux de cette province ne pouvaient assez admirer les talents que Dieu lui avait donnés pour le gouvernement. On le nomma ensuite supérieur de la maison de Milan, qui était sous la protection de saint Charles, et l'on ne peut dire lequel de ces deux Saints reçut plus de consolation de ce rapprochement, ou le grand saint Charles, qui découvrait librement à André ce qui se passait de plus secret dans son cœur, ou André même, qui, par cette simplicité de colombe dont il était doué, ne faisait point difficulté de déclarer au saint cardinal les grâces extraordinaires qu'il recevait du ciel. Il lui avoua un jour que Notre-Seigneur lui était apparu dans sa gloire, et qu'il lui avait donné une si haute impression de sa beauté divine, qu'il n'était plus capable d'en estimer ni d'en aimer aucune autre de celles qu'on admire sur la terre. Ce fut en cette ville de Milan qu'il toucha tellement la vicomtesse Paule, belle-sœur du cardinal Augustin de Cusa, qu'elle renonça au monde pour entrer chez les Capucines. On pressa le pape Grégoire XIV de lui donner un évêché ; mais André, à qui l'ombre seule de l'honneur était insupportable, et qui, même dans les supériorats, choisissait un de ses disciples, qu'il reconnaissait pour son supérieur, afin de vivre toujours dans la soumission et l'obéissance, refusa entièrement cette dignité ; et, tout ce qu'on put lui faire accepter pour le bien commun des fidèles, fut un pouvoir général d'absoudre de toutes sortes de cas les pécheurs qui s'adresseraient à lui.

De Milan on le renvoya à Plaisance, pour gouverner une seconde fois la maison dont il avait déjà été supérieur. Il y continua ses soins et sa charité envers ceux que Dieu mettait sous sa conduite, et il eut la consolation de voir un de ses disciples triompher dans le ciel, après l'avoir vu travailler généreusement sur la terre à la conversion des pécheurs. Ce fut le révérend Père Jean-François Solarius, qui avait été son novice, et qu'il avait choisi pour son directeur. Le temps de son supériorat étant fini, le chapitre général de son Ordre voulut le prolonger ou lui donner le gouvernement d'une autre maison ; mais, dans cette occasion, son humilité fut si éloquente, qu'elle détourna efficacement ce coup, qu'il appréhendait plus que la mort. Il demandait la plus pauvre maison d'Italie, pour vivre inconnu au monde et dans la pratique des plus grandes austérités ; cependant, on l'envoya à Saint-Paul de Naples, qui était un des plus considérables monastères de l'Ordre.

Sa vertu y parut avec tant d'éclat, qu'au bout de trois ans, il ne put, quoi qu'il fît, se défendre d'en être élu supérieur. Durant son gouvernement, il découvrit et réfuta publiquement des hérétiques qui combattaient la vérité du corps et du sang du Fils de Dieu dans l'Eucharistie, et il en fit

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punir le chef. Un habitant, qui avait déjà été séduit par ces imposteurs, ayant reçu la sainte hostie à la communion, la mit dans son mouchoir, à dessein de la profaner lorsqu'il serait chez lui; mais à son retour, ouvrant son mouchoir, il le trouva plein du sang qui avait coulé de l'hostie. La crainte et l'effroi le saisirent à l'heure même, et tout ce qu'il put faire fut de courir au bienheureux André pour lui confesser son sacrilège et lui raconter ce terrible miracle. Le Saint agit en cette occasion avec une prudence et une force d'esprit merveilleuses; il prit sur lui une partie de la pénitence que méritait ce malheureux, pour l'empêcher de tomber dans le désespoir; et, sans l'exposer au châtiment public, il ne laissa pas de se servir avantageusement de ce prodige pour fortifier la foi de ceux qui chancelaient sur la vérité de nos saints mystères. Il apaisa ensuite, par sa sagesse et par des processions solennelles qu'il fit faire, une fâcheuse sédition qui s'était élevée dans Naples; et il trouva moyen de pourvoir aux besoins des pauvres, qu'une grande disette de blé réduisait à une extrême nécessité.

Il était infatigable, soit à entendre les confessions, soit à faire des exhortations et des conférences spirituelles, soit à porter le Viatique aux malades; et un jour qu'il le portait un peu loin, un vent impétueux et un orage violent ayant soufflé les flambeaux que l'on portait devant lui, notre Saint fut à l'heure même environné d'une lumière céleste qui, en l'éclairant, le préserva aussi des incommodités de la pluie. Avant de sortir de sa charge de supérieur, il eut la satisfaction de voir une nouvelle maison de son Ordre, bâtie à Naples des deniers de la princesse Salmone, qui la fonda en considération de ce fervent religieux, sous le titre de Notre-Dame-des-Anges; et, le jour que la première pierre en fut posée, il guérit une dame de condition d'une douleur violente qu'elle avait à l'œil.

Dans une grande maladie qui lui survint, on voulut le nourrir de mets délicats; mais il ne voulut user, à son ordinaire, que de pois et de fèves pour tous remèdes et pour tous aliments; ce régime, qui ne fut point approuvé des médecins, eut néanmoins un très-bon succès, puisque le malade recouvra une parfaite santé. Il était chéri et recherché de toutes les personnes de condition; les princes mêmes demandaient comme une grâce singulière une seule de ses visites. Allant un jour chez le prince Stilianne, sur un cheval de louage, n'ayant pas voulu attendre un carrosse, cet animal fougueux le jeta par terre sur un pavé pointu qui devait le briser; et, ses pieds s'étant embarrassés dans les étriers, le cheval le traîna longtemps dans un chemin raboteux. Son compagnon était éloigné et ne pouvait pas le secourir; mais saint Dominique et saint Thomas d'Aquin, qu'il appela à son secours, lui apparurent, lui dégagèrent les pieds, lui essuyèrent le visage déjà tout couvert de sang, le guérirent de ses plaies et le remontèrent enfin à cheval. Il reçut, peu de temps après, du même saint Thomas et du grand saint Augustin, une faveur bien plus considérable; car, comme il était travaillé d'une crainte extraordinaire d'être du nombre des réprouvés, parce que son humilité profonde lui cachait toutes ses bonnes actions et ne lui faisait voir que ses fautes, ces deux admirables docteurs lui rendirent une visite pleine d'amour et lui inspirèrent une nouvelle confiance en Dieu, en l'assurant de la divine miséricorde envers lui.

Plus il s'anéantissait devant la souveraine grandeur de Dieu, dont il ne considérait la présence qu'avec une sainte frayeur, plus cette aimable puissance le comblait de faveurs et de dons surnaturels. Deux ans avant sa mort, il apprit du ciel en quel temps elle devait arriver, et il le prédit à diverses personnes. Étant tombé grièvement malade à l'âge de quatre-vingt-

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huit ans, il demeura aussi gai et aussi content que dans une santé parfaite. Le Frère qui l'assistait ayant manqué à quelque petite observance, pour avoir été occupé autour de lui, et ayant reçu pour cela une pénitence régulière, il demanda avec instance de l'accomplir lui-même, comme ayant été cause de cette transgression; mais ne l'ayant pu obtenir, il embrassa ce Frère et l'assura que dans huit jours il serait libre et n'aurait plus la peine qu'il avait tous les jours à l'assister. Le jour même de sa mort, il se vêtit pour dire la messe et alla à l'autel; mais une faiblesse apoplectique l'ayant saisi après le psaume *Judica*, il ne put pas le continuer. Il reçut le Viatique et l'Extrême-Onction avec des sentiments d'une humilité admirable.

Les jours précédents il était presque continuellement prosterné à terre et le visage collé sur le plancher, pour demander à Dieu une sainte mort; elle lui fut accordée, mais ce ne fut pas sans de grands combats. Les démons lui apparurent visiblement, firent d'étranges efforts pour le jeter dans le désespoir et en faire leur proie. Il y en eut un surtout qui, sous la figure horrible d'un homme étincelant de feu et de soufre, eut l'effronterie de dire que cette âme était à lui et qu'il venait la chercher; mais la sainte Vierge, qu'André invoqua de toute son âme, lui donna un prompt secours, et son ange gardien, se saisissant de ce monstre, lui mit un collier pointu au cou et l'entraîna hors de la chambre. Alors, le visage du bienheureux moribond, qu'un si terrible combat avait rendu tout livide, reprit sa couleur et sa sérénité naturelles; et, dans ce moment, jetant un regard amoureux sur l'image de la Mère de Dieu, il expira en paix, pour aller recevoir la gloire que son innocence, son humilité, sa patience, son amour pour Jésus-Christ et son zèle du salut des âmes lui avaient si justement méritée; ce fut le 10 novembre 1608.

Dans les représentations de saint André Avellin, on voit, pendant qu'il récite l'office divin, des anges qui chantent auprès de lui les louanges de Dieu. On le voit aussi représenté : 1° au moment où il tombe frappé d'apoplexie au pied de l'autel; 2° en compagnie de saint Gaétan de Thiene, fondateur de l'Ordre des Théatins, en sa qualité de réformateur de cet Ordre; 3° surpris par un orage et environné d'une lumière céleste qui le préserve de la pluie, comme nous l'avons rapporté.

Par allusion à l'accident qui mit fin à ses jours, on invoque saint André Avellin pour la bonne mort et contre la mort subite.

## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.

Sitôt que notre Saint eut fermé les yeux, une foule nombreuse se pressa autour de son corps pour enlever ce qui lui avait appartenu, et on lui coupa même la barbe et les cheveux pour en faire des reliques. Son visage devint plus vermeil que dans les plus beaux jours de sa vie. Les enfants les plus timides n'eurent aucune peine d'approcher de lui. Quelques grains de son chapelet, que la princesse Stilianne se mit sur le sein, la guérirent à l'heure même d'une tumeur douloureuse que l'on croyait devoir se changer en un cancer.

Son corps demeura longtemps exposé dans l'église, tant à la prière des plus grands de Naples, et pour satisfaire à la dévotion du peuple, que parce que la bière, que l'on avait commandée pour l'ensevelir, parut miraculeusement trop courte, quelque, peu de jours après, elle se trouvait trop longue pour un autre mort plus grand que lui. Au bout de trois jours, il sortit beaucoup de sang de sa tête et de quelques autres endroits de son corps; le suaire sur lequel il était couché en fut tout ensanglanté, et il en vint enfin assez pour remplir trois fioles de cristal. Les médecins jugèrent tous unanimement que ce sang n'était pas naturel; et il fut, en effet, l'instrument de plusieurs guérisons miraculeuses. Ce qui est encore admirable, c'est que tous les membres de ce bienheureux défunt étaient aussi flexibles que s'il eût été en vie; que ses joues demeurèrent toujours belles et vermeilles, et que ses yeux, à l'ouverture qu'on en fit, ne parurent pas moins vifs et moins éclatants qu'avant son décès.

SAINT LUSEUR OU LUDRE, CONFESSEUR.

On l'enterra enfin, à deux heures de la nuit; l'année suivante, le 9 décembre, ayant été trouvé sans corruption ni mauvaise odeur, il fut levé de terre et placé dans un lieu plus honorable. Les miracles qu'il avait faits avant sa mort, et ceux qu'il fit depuis, portèrent le pape Urbain VIII, en 1624, à le déclarer Bienheureux et à permettre à son Ordre d'en faire l'office. Clément XI le canonisa en 1712. La Sicile et la ville de Naples l'ont choisi pour leur patron.

« L'église Saint-Paul-Majeur de Naples », écrit Mgr Gaume, « appartient aux Théatins. En avant de la porte principale sont deux colonnes qui faisaient partie du temple de Castor et Pollux, bâti au même lieu par Julien de Tarse, affranchi de Tibère. La Conversion de saint Pierre et la Chute de Simon le Magicien, qui ornent la sacristie, passent pour les chefs-d'œuvre du fécond Solimène. Mais les vraies richesses de Saint-Paul-Majeur sont les corps sacrés de saint Gaétan de Thiéne et de saint André Avellin. Ces deux Saints furent la gloire de leur Ordre, les modèles des prêtres et les bienfaiteurs de leur patrie. Le même couvent, qui avait été témoin de leurs vertus et de leur mort, garde leurs restes précieux. Après les avoir vénérées, nous pénétrâmes dans le cloître.

« On y voit les vestiges du théâtre sur lequel Néron faisait l'essai de ses talents dramatiques, avant de se produire sur la scène de la grande Rome. De ce monument de la folie impériale, il ne reste que des ruines défigurées. La religion, qui semble en avoir confié la garde à ses enfants pour l'instruction des siècles, leur a légué un autre monument sur lequel les bons religieux veillent avec une piété toute filiale : je veux parler de la chambre de saint André Avellin. Telle était l'heureuse cellule au jour de la mort du Saint, telle nous la vîmes : rien n'y a été changé. Les pauvres meubles qui furent à son usage, ses livres, son écritoire, sa petite chaise de bois, quelques écrits de sa main, en un mot, tout ce qui compose la fortune ordinaire des grands serviteurs de Dieu, est là qui parle, qui prêche, qui émeut et qui remplit l'âme de je ne sais quel parfum de piété, dont la douce impression se fait longtemps sentir ».

Saint André Avellin a composé plusieurs ouvrages de piété, qui ont été imprimés en cinq volumes in-4° à Naples en 1733 et 1734.

Le premier volume renferme : 1° un traité de la prière; 2° une exposition de l'Oraison dominicale; 3° des réflexions sur les prières les plus usitées dans l'Église en l'honneur de la sainte Vierge; 4° un commentaire sur l'épître de saint Jacques.

On trouve dans le second volume : 1° un traité du renoncement au monde; 2° des commentaires sur le psaume CXVIII et sur le psaume XLV; 3° un traité sur les huit béatitudes.

Des homélies sur les Évangiles de tous les dimanches de l'année et de tous les jours du Carême forment le troisième volume.

Le quatrième contient un traité intitulé les Exercices de l'Esprit; des méditations, des avis à une religieuse, une explication des dons du Saint-Esprit, une dissertation sur le péché originel.

Le cinquième volume est composé de divers traités, qui ont pour objet l'humilité, l'amour de Dieu et du prochain, la miséricorde de Dieu, et plusieurs vertus chrétiennes.

Nous avons aussi de saint André Avellin des lettres très-intéressantes, qui ont été imprimées à Naples, en 1732, en deux volumes in-4°.

M. l'abbé Grimes, dans son *Esprit des Saints*, a publié les œuvres choisies de saint André Avellin.

Nous avons complété le récit du Père Giry avec Godescard; le Père Cahier, *Caractéristiques des Saints*; Mgr Gaume, *les Trois Roms*, et l'abbé Grimes, *Esprit des Saints*.

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SAINT LUSEUR OU LUDRE, CONFESSEUR,

AU DIOCÈSE DE BOURGES (99).

Luseur, fils du sénateur Léocade et de Suzanne, illustre par sa piété autant que par son origine, eut le bonheur de voir, étant encore enfant, saint Ursin, apôtre de Bourges, venu à Lyon pour visiter Léocade. Il l'entendit parler des mystères de Jésus-Christ, et, en l'entendant, son cœur brûlait d'une céleste ardeur. Il accompagna son père dans un voyage que celui-ci fit à Bourges pour les affaires de sa charge. Là, il vit et entendit de nouveau le saint pontife, et reçut le baptême de ses mains en même temps que son père. Bientôt le saint enfant, déjà mûr pour le ciel, sortit de ce monde avant d'avoir déposé la robe blanche de l'innocence baptismale.

La petite église de Saint-Étienne de Déols ou Bourgdieu (Indre, arrondissement et canton de

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Châteauroux) possède encore de nos jours le tombeau de saint Luseur. Transportons-nous dans cette église, descendons le petit escalier pratiqué derrière l'autel de la chapelle de droite, et pénétrons dans l'étroit caveau qui contient le sépulcre. Ce monument, à murailles droites, en forme d'autel, se compose de trois parties, la base, la tombe et le couvercle. À travers les mutilations et les souillures du temps qui le déshonorent, constatons, avec Grégoire de Tours, qu'il est tout entier de marbre blanc (*ex marmore Paros*), riche matière inconnue au pays de Bourges, qui suffit à prouver son illustre origine et à le rattacher d'une façon irrécusable à la domination romaine dans les Gaules. La base, décorée d'une simple moulure, a été brisée et présente sur la droite une large brèche, dans laquelle, à certaines époques, les mères introduisent à tour de rôle leurs nourrissons, pour appeler sur eux les bénédictions du Saint. La tombe est enrichie, dans toute la longueur de sa face antérieure, d'un superbe bas-relief *ronde-bosse*, représentant une chasse complète. Onze chasseurs, vêtus à la romaine, les uns à cheval, les autres à pied, armés de sabres et d'épieux, poursuivent et terrassent, avec l'aide de leurs chiens, des animaux sauvages de toutes sortes, lions, sangliers, loups, cerfs, etc. Le couvercle offre sur sa frise des sujets d'un relief beaucoup moins saillant, et dont le travail, fort inférieur en mérite, n'appartient évidemment ni au même auteur, ni à la même époque. Le milieu de cette frise est occupé par deux enfants ailés supportant un cartouche carré sans inscription ; à gauche se voit un repas, à droite une marche de cavaliers et de piétons.

Ces diverses sculptures ont donné lieu aux commentaires les plus variés et les plus contradictoires. Ceux-ci, sans se perdre en conjectures, veulent que le sarcophage, païen ou chrétien, représente purement et simplement une chasse d'animaux sauvages, avec ses épisodes ordinaires : la marche des chasseurs gagnant le rendez-vous, la chasse proprement dite, et le repas qui suit d'ordinaire les exploits cynégétiques. Ceux-là, adoptant les fabuleux détails d'une légende toute locale, ont cru reconnaître le sénateur Léocade en personne, se rendant, avec les siens, à l'invitation de Denis le Gaulois, s'asseyant à sa table, et détruisant les bêtes féroces qui infestaient les cantons de Dieux et de Déols. Quelques-uns, plus subtils, y ont cherché des symboles, des fictions plus ou moins ingénieuses, et jusqu'à des jeux de mots. Ainsi, ces chasseurs exterminant ces monstres, ne pourraient-ils pas signifier les chrétiens vainqueurs des passions ; ce lion qui tombe (*Leo cadit*), ne serait-il pas une traduction en rébus du nom de Léocade ? D'autres enfin, prenant un moyen terme, ont exprimé un avis qui paraît plus approfondi et plus rationnel. Ils n'omettent d'abord que le cercueil a été exécuté par un artiste païen, en vue d'une sépulture païenne, et que les sculptures ne sont que les ornements habituels aux monuments funéraires de l'époque, dont on trouve plus d'un spécimen dans nos musées. Sur le couvercle, au contraire, ils signalent les traces évidentes du christianisme. Ainsi, ils reconnaissent de véritables anges dans les enfants ailés qui supportent le cartouche, dans la scène de droite un repas ou communion de fidèles, comme semblent le prouver trois pains ou hosties placés parmi les mets, et sur chacun desquels on remarque distinctement une croix ; enfin, dans la scène de gauche, une marche funèbre où figurerait, conformément à d'anciens rites, le cheval non monté du défunt.

Ceci posé, ils raisonnent ainsi : Léocade, encore païen, préoccupé du soin de sa sépulture, aurait acheté ou fait exécuter un tombeau orné de chasses, suivant le goût du temps, et bien digne, par sa richesse, de recevoir les restes d'un si noble personnage. Devenu chrétien, et voyant son fils mourir avant lui, il aurait déposé le corps de celui-ci dans son propre cercueil, dont, en résumé, le sujet n'avait rien d'anti-chrétien, et sur lequel il aurait adapté un couvercle décoré de sculptures postérieures, œuvres d'un autre artiste, et mieux approprié à ses nouvelles croyances. Cette dernière opinion, fort plausible, satisfaisant du même coup la raison et la tradition, paraît avoir généralement prévalu.

Nous avons emprunté ces curieux détails aux *Pieuses légendes du Berry*, par M. Veillat (Châteauroux, 1864).

Événements marquants

  • Naissance à Castronuovo
  • Études de jurisprudence à Naples et doctorat en droit
  • Entrée dans l'Ordre des Théatins en 1556 à l'âge de 35 ans
  • Réforme d'un couvent de religieuses et survie à une tentative d'assassinat
  • Fondation de maisons à Milan et Plaisance
  • Amitié avec Saint Charles Borromée
  • Mort d'une crise d'apoplexie au pied de l'autel à 88 ans

Miracles

  • Guérison instantanée de ses blessures d'épée sans cicatrice
  • Lumière céleste le protégeant de la pluie en portant le Viatique
  • Saignement miraculeux de son corps trois jours après sa mort
  • Liquéfaction du sang dans trois fioles de cristal

Citations

Ô heureuse l'âme qui, dépouillée de sa propre volonté, sait se soumettre en tout et pour tout au vouloir divin !

— Doctrine de saint André Avellin

Os quod mentitur occidit animam

— Sagesse, I, 1 (cité par le saint)

Date de fête

10 novembre

Époque

16ᵉ siècle

Décès

10 novembre 1608 (naturelle)

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

bonne mort, contre la mort subite, apoplexie

Autres formes du nom

  • Lancelot (fr)
  • Andrea (it)

Prénoms dérivés

André, Lancelot

Famille

  • Jean Avellin (père)
  • Marguerite (mère)