Saint Bertulfe (Bertoul)
Moine de Luxeuil et troisième abbé de Bobbio
Résumé
Noble austrasien converti par saint Arnould, Bertulfe devint moine à Luxeuil avant de rejoindre Bobbio en Italie. Élu troisième abbé de ce monastère, il obtint du pape Honorius Ier l'exemption de la juridiction épiscopale. Il est reconnu pour sa discipline monastique et ses miracles, notamment la guérison de lépreux et de possédés.
Biographie
SAINT BERTULFE OU BERTOUL,
MOINE DE LUXEUIL ET TROISIÈME ABBÉ DE BOBBIO, EN ITALIE.
Il ne faut jamais prendre exemple sur les méchants, même dans les choses du siècle; la mobile des vertus est toujours du côté des bons.
Saint Jérôme.
Saint Bertulfe était issu d'une noble famille austrasienne, et parent de saint Arnould, évêque de Metz et trisaïeul de Charlemagne. Il avait eu le malheur de naître dans le paganisme; mais, voyant son illustre parent et ami, saint Arnould, renoncer au monde et à une position brillante, pour embrasser le sacerdoce, il se sentit animé du désir de l'imiter. Il est probable que ce fut aux soins de ce prélat qu'il dut sa conversion. Depuis
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longtemps déjà Arnould songeait à abdiquer sa charge épiscopale, afin de chercher Dieu plus librement dans la solitude. Il était cependant encore évêque, quand Bertulfe alla le trouver. Son exemple, ses instructions, les austérités qu'il pratiquait sous l'habit épiscopal, achevèrent dans l'âme de son élève l'œuvre que la grâce avait commencée. Bertulfe n'hésita plus : le peu de temps qu'il avait passé chez le saint évêque de Metz avait suffi pour le détacher de tous les biens terrestres, et lui inspirer la résolution de renoncer à tout pour suivre Jésus-Christ. Cédant donc à ce saint élan de ferveur qui, à cette époque, transportait souvent les nouveaux convertis, sans transition, sans intermédiaire, jusqu'au sommet de la perfection, il abandonna son père, sa patrie, ses biens, l'espoir des honneurs et des dignités, pour s'attacher au Dieu qui se révélait à lui. Saint Arnould ne pouvant encore, en ce moment, quitter sa charge, Bertulfe ne l'attendit pas, et partit pour la solitude.
Son choix s'était fixé sur Luxeuil, où les enfants des nobles familles venaient à l'envi puiser la science et la vertu. Saint Eustaïse en était alors abbé. Il reçut à bras ouverts le nouveau disciple que la Providence lui envoyait, et lui donna, après les épreuves suffisantes, l'habit monastique. Bertulfe se montra bientôt digne de sa vocation. Ses qualités naturelles et ses vertus le rendirent cher à tous. Il fit de si grands et de si rapides progrès dans la perfection, qu'il prit un rang distingué parmi les membres de cette florissante école, la plus justement célèbre qu'il y eût alors dans les Gaules.
En effet, saint Attale étant venu de Bobbio à Luxeuil, et ayant demandé à saint Eustaïse quelques-uns de ses moines, à charge de lui donner en retour quelques-uns des siens, l'abbé de Luxeuil ne crut pouvoir faire à son ami un meilleur présent qu'en lui cédant Bertulfe. Ces sortes d'échanges devenaient entre les communautés comme un lien d'amitié. Et il fallait tout l'amour que saint Eustaïse portait à son ami Attale pour le décider à se défaire, en sa faveur, d'un religieux qui, depuis plusieurs années, était, au sein de son monastère, un modèle vivant de toutes les vertus. Bertulfe acquiesça par obéissance, et suivit l'abbé Attale à Bobbio, peu avant l'année 623. Le dessein de la Providence, dans cet événement, ne tarda pas à se manifester : car, Attale étant mort quelque temps après, Bertulfe fut désigné tout d'une voix pour lui succéder.
Il sut se montrer à la hauteur de sa dignité. Fidèle imitateur de son maître Eustaïse, il ne négligea rien pour maintenir la bonne discipline, et soutenir l'œuvre de ses deux illustres prédécesseurs, Colomban et Attale. Il eut même à défendre au dehors les droits du monastère, et voici à quelle occasion. L'évêque de Tortone, Provus, prétendait avoir juridiction sur l'abbaye de Bobbio, et employait tous les moyens pour faire valoir ses droits. Il chercha d'abord à gagner par des présents les évêques voisins et les seigneurs de la cour d'Ariowald, roi des Lombards. Il recourut ensuite au prince lui-même. Mais celui-ci répondit sagement que c'était à l'autorité ecclésiastique, et non à l'autorité royale, de décider si les monastères placés à une grande distance des villes étaient ou non dépendants des évêques. Un des seigneurs fit savoir en secret à Bertulfe ce qui se tramait contre lui. Le saint députe à son tour des envoyés pour demander justice au roi. Ariowald, quoique à demi barbare et attaché d'arianisme, déclare de nouveau que c'est à un concile, et non à lui, de connaître de
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pareilles affaires. Et comme les députés lui demandent s'il soutient leurs adversaires, il répond qu'il ne prêtera jamais son appui à ceux qui suscitent des querelles aux serviteurs de Dieu. Bien plus, les députés l'ayant prié de leur procurer les moyens d'aller à Rome, il mit le plus grand empressement à seconder leurs désirs.
Bertulfe se rendit donc dans cette capitale du monde catholique, vers laquelle, depuis l'origine, tous les regards se tournaient comme vers la maîtresse des Églises. Le pape Honorius Ier occupait alors le Saint-Siège. C'était, au rapport du biographe, un pontife instruit, prudent, zélé, remarquable par sa science, sa douceur et son humilité. Il accueillit favorablement l'abbé de Bobbio, s'informa de l'état du monastère avec un tendre intérêt, et fut ravi d'apprendre combien la discipline y était florissante et les vertus monastiques en honneur. Quant au fond de la cause, il jugea qu'il fallait s'en rapporter à la coutume; mais, sur les explications de Bertulfe, il lui délivra, le 11 janvier 628, une lettre par laquelle le monastère de Bobbio était déclaré exempt de toute juridiction épiscopale. Il garda encore quelque temps le saint près de lui, trouvant un charme particulier dans ses entretiens. Il lui recommanda de tenir ferme dans la voie où il était entré, et surtout de combattre, par tous les moyens possibles, la funeste hérésie arienne, qui infectait alors l'Italie. Heureux de rencontrer un homme à qui ouvrir son cœur, Honorius ne se sépara de Bertulfe qu'à regret.
En revenant au monastère, le saint fut saisi d'une fièvre brûlante, causée par l'excessive chaleur qui régnait cette année-là. Le mal était si violent qu'on craignit pour ses jours. On était dans les Apennins, dans un lieu sauvage; il fallut dresser une tente pour abriter le malade contre un soleil ardent. Mais la veille de la fête de saint Pierre et de saint Paul, quand tous les compagnons de Bertulfe étaient dans la plus grande anxiété, saint Pierre lui apparut et lui dit : « Levez-vous, et allez rejoindre vos frères ». — « Qui êtes-vous ? » demande le saint étonné. — « Je suis l'apôtre Pierre, dont le monde entier célèbre demain la fête ». Bertulfe, ému, appelle Jonas, celui même qui a écrit sa vie, et lui demande l'explication de ce qui vient de se passer. Mais le moine, bien qu'il fût alors dans la tente, n'avait rien vu ni entendu. Les questions dont il pressa son père spirituel obligèrent celui-ci à révéler un miracle que son humilité aurait voulu cacher.
Bertulfe, rendu à son monastère, continua à y maintenir l'intégrité de la règle et la pratique des vertus, dont il était lui-même le modèle. Le Seigneur le favorisa du don des miracles. Étant un jour à Turin, et sortant de l'office de Prime, il rencontra un démoniaque nommé Victorinus, qu'il guérit sur-le-champ. Une autre fois, il délivra un enfant, aussi possédé du démon. Un homme, atteint d'une lèpre horrible, vint le trouver avec confiance; le saint pria et jeûna deux jours; puis, versant de l'huile sur ses membres, déjà putréfiés, il leur rendit aussitôt la vie et la santé. Un autre jour, un moine nommé Bandachaire, envoyé avec trente autres pour protéger une vigne contre les bêtes sauvages, et n'ayant pour tout aliment qu'un morceau de pain, obtint, par les prières du saint, un oiseau qui suffit miraculeusement à rassasier tout le monde.
L'histoire ne donne point d'autres détails sur la vie de saint Bertulfe. Il mourut en 640, trois jours après saint Arnould, son parent et son premier
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maître. Son corps fut réuni à ceux de saint Colomban et de saint Attale, et ces trois restèrent inséparablement unis. Le culte de saint Bertulfe remonte à la plus haute antiquité. La plupart des martyrologes lui décernent le titre de saint.
Extrait de la Vie des Saints de Franche-Comté.
Événements marquants
- Conversion du paganisme sous l'influence de saint Arnould
- Entrée au monastère de Luxeuil sous saint Eustaïse
- Transfert au monastère de Bobbio avec saint Attale
- Élection comme troisième abbé de Bobbio
- Voyage à Rome et obtention de l'exemption de juridiction épiscopale auprès du pape Honorius Ier (628)
- Vision de saint Pierre dans les Apennins
Miracles
- Guérison instantanée du démoniaque Victorinus à Turin
- Guérison d'un lépreux par la prière et l'onction d'huile
- Multiplication miraculeuse d'un oiseau pour nourrir trente moines
- Apparition de saint Pierre le guérissant d'une fièvre dans les Apennins
Citations
Levez-vous, et allez rejoindre vos frères