Saint Bond (Baud)

Pénitent

Fête : 29 octobre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire de Sens, Baud s'établit en Espagne où, trompé par une vision démoniaque, il tue accidentellement ses parents qu'il prend pour des adultères. Après un pèlerinage à Rome, il accomplit une pénitence miraculeuse à Sens en faisant fleurir un bâton sec. Il finit ses jours en ermite, reconnu pour sa sainteté et ses miracles.

Biographie

SAINT BOND OU BAUD, PÉNITENT,

AU DIOCÈSE DE SENS

VIIe siècle.

« Réjouissez-vous et espérez le pardon aussi longtemps que la pénitence sera votre soutien. » Saint Augustin.

Saint Bald ou Baud (en latin *Baldus*), vulgairement appelé saint Bond, naquit vers le milieu du VIe siècle. L'opinion commune le fait Espagnol, à cause de son long séjour en Espagne ; mais il est plus probable, d'après plusieurs chroniques Sénonaises, qu'il est né dans les environs de Sens, où habitaient ses parents. Par des motifs qu'on ignore, il crut devoir quitter sa patrie, et vint s'établir en Espagne, où il fit un riche mariage. Ses historiens disent qu'il était d'un naturel doux et bon.

Longtemps ses parents se livrèrent à d'inutiles recherches, afin de découvrir le pays où il s'était retiré. Enfin, après une assez longue absence il revint visiter sa famille et les lieux qui l'avaient vu naître, et après avoir passé quelque temps auprès d'eux il retourna en Espagne rejoindre son épouse.

Privés ensuite pendant quelque temps des nouvelles de leur fils, ses parents apprirent par des pèlerins, qui revenaient de Saint-Jacques de Compostelle, qu'un nommé Baud, des environs de Sens, habitait en Espagne un pays qu'ils indiquent et qu'il y était riche et heureux. Alors, malgré la longueur du voyage, ils se décidèrent à l'entreprendre, afin de voir leur fils peut-être pour la dernière fois.

Ils arrivent, le trouvent à la chasse, mais sont bien reçus par son épouse, qui après leur avoir offert des rafraîchissements les engage à se mettre au lit, afin de se reposer, tandis qu'elle irait prévenir son mari de leur arrivée. Elle part, et malheureusement ne rencontre pas son mari, qui revint à la maison par un autre chemin.

Le continuateur de Ribadeneira et un manuscrit de Sens disent que sous la forme d'une vision le démon apparut à saint Baud, revenant de la chasse, et lui apprit que sa femme était couchée avec un homme qu'il ne connaissait pas. Sur ce faux rapport, Baud entre dans sa maison comme un furieux, et n'y voyant pas son épouse court droit au lit, où il trouve en effet deux personnes couchées ensemble. Dans son trouble et sa douleur il n'hésite pas à percer de son épée les deux prétendus adultères.

À peine a-t-il consommé son double parricide, qui bien certainement n'était pas dans sa volonté, que son épouse de retour s'empresse de lui annoncer l'arrivée de ses parents. Il reste alors immobile et interdit, reconnaît le malheur qui vient de lui arriver, le déplore amèrement, et prend aussitôt la résolution d'aller en pèlerinage aux lieux saints, afin d'obtenir sur le tombeau de Jésus-Christ, qui est la miséricorde même, le pardon de son double meurtre.

Quoique dans un temps à demi barbare, où l'on avait toujours l'épée

VIES DES SAINTS. — TOME XIII.

29 OCTOBRE.

au côté, cette précipitation, qui coûta à notre Saint de si cuisants regrets, mérite sans doute un blâme sévère ; mais dans notre siècle, où les mœurs sont plus policées, ne serait-elle pas en pareille occurrence malheureusement imitée par bien des personnes ?

Notre Saint, après avoir passé un certain temps au sépulcre du Sauveur, où il versa des larmes abondantes, se transporta à Rome au tombeau des saints Apôtres, se jeta aux pieds du souverain Pontife, qui devait être alors saint Grégoire le Grand, ou Pélage II, son prédécesseur, et lui fit l'humble aveu de ses fautes. Le chef suprême de l'Église le reçut avec bonté, et après lui avoir remis ses péchés, le consola et l'adressa ensuite à saint Arthème, archevêque de Sens, son pasteur, qui lui indiquerait la pénitence qu'il aurait à accomplir.

Saint Baud, après avoir quitté Rome, traversa l'Italie et les Alpes, et arriva à Sens. Là, il se prosterna aux pieds du vénérable Arthème, qui avec une bonté paternelle releva son courage, et dont les avis l'élevèrent ensuite à une haute sainteté, comme l'attestent tous les martyrologes qui font mention de notre Saint. L'archevêque de Sens tenait alors dans sa main un bâton desséché depuis longtemps ; il le lui remet, et lui donne pour pénitence d'aller le planter sur une montagne voisine qu'il lui indique, et de l'arroser tous les jours de l'eau qu'il irait puiser au fleuve qui coule au pied de la montagne jusqu'à ce qu'il revernisse et pousse des fleurs et des fruits, et qu'alors sa pénitence serait terminée.

Notre Saint accepte, plein de foi et d'espérance, la pénitence qui lui est imposée, et l'accomplit avec courage et persévérance pendant plusieurs années, malgré tout ce que lui fait éprouver le démon, jaloux de la fidélité avec laquelle il l'exécute. Souvent, à son retour du fleuve, il lui renversait ou même lui brisait le vase qui lui servait à puiser de l'eau, ce qui obligea notre Saint de le remplacer par un panier, dans le genre sans doute de ceux qui servent aux incendies.

Un jour qu'il revenait du fleuve chargé de sa provision d'eau, il rencontra des femmes qui portaient à l'évêque un enfant presque mort. Le saint pénitent le prend entre ses bras, vole à Sens et supplie saint Arthème d'imposer les mains à cet innocent. Après avoir obtenu cette faveur et la santé de l'enfant, il le rapporta dans sa solitude, l'adopta pour son fils, du consentement de ses parents, et partagea avec lui sa nourriture simple et grossière.

Il est à présumer que cet enfant profita de la pieuse éducation que ne manqua pas de lui donner notre solitaire ; aussi le lectionnaire de Saint-Éloi de Paris, où la fête de saint Baud se faisait en grand de temps immémorial, fait-il la réflexion que cet enfant dut à notre Saint la vie de l'âme et celle du corps, et il ajoute, à l'occasion de la longue pénitence de saint Baud, que le Tout-Puissant, qui aurait pu l'abréger, voulut au contraire la prolonger, afin de lui donner au ciel une plus riche couronne.

Dieu enfin récompensa la foi, le courage et la persévérance de saint Baud, et un jour, à sa grande satisfaction, il vit le bâton sec, qu'il avait planté, reverdir et pousser des fleurs et des fruits. Il comprit alors que sa pénitence était terminée et son péché pardonné. Plein de reconnaissance, il remercia le Seigneur, et, pensant qu'il n'avait plus rien à faire sur la terre, il le pria de l'appeler à lui ; ce qui arriva peu après. Il mourut en réputation d'une grande sainteté, vers l'an 600 ou 604, et Dieu glorifia son tombeau par d'éclatants miracles.

Saint Antonin de Florence rapporte le pareil malheur arrivé bien involontairement aussi vis-à-vis de ses parents, à saint Julien l'Hospitalier, qui en fit une longue et sévère pénitence.

L'Église, notre mère, parmi les Saints qu'elle offre à notre vénération, nous en propose qui ont fait des chutes pendant leur vie, mais qui ont lavé leurs péchés dans leurs larmes et obtenu miséricorde, afin de nous encourager et de nous donner à nous-mêmes l'espoir du pardon, si nous avons péché. On remarque même que ces Saints se sont distingués après leur retour à Dieu par une ferveur plus grande que s'ils n'avaient eu rien à se reprocher : ainsi saint Pierre, sainte Madeleine, saint Augustin ; et l'Église semble nous dire alors, comme autrefois saint Ambroise à l'empereur Théodose : « Vous avez imité David dans son péché, imitez-le dans sa pénitence ».

On trouve quelquefois, dans la vie des Saints, des faits extraordinaires que quelques personnes hésitent à croire. Mais Notre-Seigneur ne nous a-t-il pas annoncé dans l'Évangile que ceux qui croiraient en lui feraient de plus grands prodiges encore que ceux qu'il avait opérés lui-même ? Aussi dans la vie de plusieurs Saints nous trouvons des faits semblables à ceux rapportés dans la vie de saint Baud.

Pour éprouver l'obéissance de saint Jean le Nain, il lui fut commandé de planter son bâton dans un terrain très-sec et de l'arroser tous les jours jusqu'à ce qu'il portât des fruits. Il obéit avec simplicité, quoique la rivière qui lui fournissait de l'eau fût à une grande distance, et au bout de trois ans le bâton prit racine et produisit du fruit. Sulpice Sévère rapporte que Posthumius, en 402, vit cet arbre couvert de feuilles.

Un fleuve par ses inondations occasionnait de grands dégâts ; saint Grégoire Thaumaturge planta sur ses bords son bâton, et commanda aux eaux, de la part de Dieu, de ne pas dépasser désormais cette borne. Elles obéirent, et le bâton lui-même prit racine et devint un grand arbre. Saint Pierre d'Alcantara, si vénéré de sainte Thérèse, planta également en terre son bâton, qui bientôt devint un verdoyant figuier. Les solitaires d'Égypte, et de nos jours le vénérable curé d'Ars, sont là pour attester combien le démon se plaît à exercer la patience des amis de Dieu.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Le corps de saint Baud fut inhumé sur la montagne où il avait accompli sa pénitence, et la piété des peuples éleva sur son tombeau une chapelle, où s'empressaient d'accourir les villes, dans les nécessités publiques, et une foule de pèlerins dans leurs besoins particuliers.

Dans ces mêmes moments, Bagobert nomma saint Éloi, administrateur du monastère de Sainte-Colombe, fondé récemment par Clotaire II, son père, et le chargea de confectionner à ses frais une chasse et différents objets d'art en l'honneur de cette jeune martyre sénonaise. Saint Éloi conçut alors le projet de fonder à Paris une église en l'honneur de sainte Colombe, ce qu'il exécuta vers l'an 630, et y déposa les reliques de cette Sainte qu'il avait apportées de Sens à cette intention, avec quelques précieux restes de saint Baud, mort depuis peu de temps et dont les miracles l'avaient frappé. Il fut ainsi le premier propagateur du culte de notre saint pénitent.

Cette église, fondée par saint Éloi, fut détruite par les Normands, ainsi que presque toutes les églises des environs de la capitale. On avait eu soin de mettre en sûreté les reliques de sainte Colombe et de saint Baud au prieuré de Saint-Éloi, dans la cité, dont cette église dépendait. Lorsque la crainte des Normands eut cessé par la conversion de Rollon, leur chef, et qu'on put rebâtir les églises détruites, les religieux de Saint-Éloi firent aussi reconstruire une nouvelle église sur l'emplacement de l'ancienne église de Sainte-Colombe ; mais comme ils crurent devoir conserver au monastère les reliques de la sainte Martyre, ils ne rapportèrent à la nouvelle que les reliques de saint Baud ; celle-ci en prit alors le nom, et les reliques du nouveau patron, enchâssées dans un bras d'argent, s'y conservèrent jusqu'à la grande Révolution. Jamais, comme l'ont avancé par erreur quelques hagiographes, l'église de Saint-Baud de Paris ne posséda des reliques de saint Baud de Clermont.

29 OCTOBRE.

Dans les anciens calendriers et légendaires de saint Éloi, du XIIIe siècle et du suivant, sainte Colombe et saint Baud y étaient inscrits en caractères rouges, comme patrons d'églises dépendantes du monastère, et jusqu'à la Révolution de 93 où l'on fit l'office de ces deux Saints avec solennité le même jour qu'à Sens. Seulement, pour des raisons qu'il serait trop long d'énumérer ici, et pour une erreur devenue presque générale, on confondit saint Baud de Sens avec saint Baud de Clermont, et l'église de Saint-Baud, dans la première moitié du XVIIIe siècle, laissa le saint pénitent de Sens pour adopter pour patron saint Baud ou Bonnet de Clermont ; mais Saint-Éloi, jusqu'à sa destruction, conserva le culte de l'ancien patron.

La première chapelle de Saint-Baud, sur la montagne, avait été détruite pendant les incursions des Sarrasins et des Normands ; Richer, archevêque de Sens, pensa vers 1690 à la remplacer par une nouvelle, et ce fut en creusant les fondations qu'on découvrit le corps de saint Baud, environ 486 ans après sa mort. Depuis l'invention de son corps, son culte se répandit dans un plus grand nombre de pays. Plusieurs paroisses, en France et en Savoie, le choisirent pour leur patron : nous trouvons à Champenort, au diocèse de Langres, fondé en 1202 en l'honneur de saint Baud, un prieuré qui dépendait de l'abbaye de Montier-en-Der.

Mais Pavant, près Château-Thierry, au diocèse de Soissons, était la paroisse où son culte était plus florissant, sous le nom de saint Baid. Ce nom prouve que le culte de saint Baud était établi dans cette paroisse avant qu'on donnât à notre saint pénitent, ce qui n'est guère lieu que vers le XIXe siècle, le nom vulgaire de saint Baud. Ce nouveau nom l'a fait confondre avec l'évêque de Clermont, et dans plusieurs endroits le culte du saint pénitent de Sens fut abandonné pour adopter celui de l'évêque de Clermont.

On remarque dans les croisées de l'abside de l'église de Pavant quatre beaux médaillons du XIIIe ou XIVe siècle, qui ont trait à la vie de saint Baud. Cette paroisse possédait des reliques de son patron, qu'elle s'était sans doute procurées après l'invention de son corps ; car on ne connaît que saint Éloi qui en obtint dès le commencement. Elle les conserva précieusement jusqu'en 93, époque à laquelle elles furent profanées par un malheureux, dont la mort plus tard fut affreuse et le nom en honte. La paroisse a eu le bonheur d'en obtenir de nouvelles en 1566.

La fête de saint Baid s'y réitéra le 15 septembre, jour anniversaire sans doute de la réception des anciennes reliques, et depuis l'adoption de la liturgie romaine à Soissons, on en fait mémoire le même jour dans tout le diocèse ; autrefois on célébrait cette fête pendant huit jours à Pavant ; la dévotion à notre Saint était très-répandue dans les paroisses du diocèse de Soissons qu'arrose la Marne et dans plusieurs paroisses des diocèses limitrophes, d'où arrivaient dans les temps d'épidémie et de calamités publiques de nombreuses processions. Plusieurs personnes, jusqu'en 93, venaient aussi tous les ans visiter à Sens le tombeau de saint Baud ; c'était comme une députation que le pays envoyait présenter ses vœux et ses hommages.

La chapelle de saint Baud, construite sur la montagne, servait autrefois de paroisse aux habitants des environs ; mais pour la plus grande facilité des paroissiens, on construisit à Paron, au pied de la montagne, une église plus vaste, où sont maintenant déposées les reliques de saint Baud non distribuées, après avoir été reconnues par Mgr l'archevêque de Sens. Son chef est au trésor de la cathédrale de Sens.

Saint Baud est invoqué surtout pour réunir les familles divisées, calmer les coliques et le mal de dents, et guérir les animaux.

Nous dédions cette notice à l'obligeance de M. l'abbé Robin, chanoine honoraire à Saint-Maurice-Charenton.

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Événements marquants

  • Départ pour l'Espagne et mariage riche
  • Meurtre accidentel de ses parents par méprise (trompé par le démon)
  • Pèlerinage de pénitence à Jérusalem et à Rome
  • Rencontre avec Saint Arthème à Sens
  • Épreuve du bâton sec planté devant reverdir
  • Adoption d'un enfant miraculé

Miracles

  • Floraison d'un bâton sec après des années d'arrosage
  • Guérison d'un enfant presque mort
  • Multiples miracles posthumes sur son tombeau

Citations

Réjouissez-vous et espérez le pardon aussi longtemps que la pénitence sera votre soutien.

— Saint Augustin (en exergue)

Date de fête

29 octobre

Époque

7ᵉ siècle

Décès

vers l'an 600 ou 604 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

réunir les familles divisées, calmer les coliques, mal de dents, guérir les animaux

Autres formes du nom

  • Baud (fr)
  • Baldus (la)
  • Bald (fr)
  • Baid (fr)

Prénoms dérivés

Bond, Baud, Baid

Famille

  • Inconnus (parents (tués par méprise))
  • Inconnue (épouse)