Saint Clément de Rome (Pape et Martyr)

Pape et Martyr

Fête : 23 novembre 1ᵉʳ siècle • saint

Résumé

Troisième successeur de saint Pierre, Clément fut un pontife romain exilé en Crimée par Trajan pour sa foi. Il y accomplit le miracle de la source et convertit de nombreux païens avant d'être martyrisé, jeté en mer avec une ancre. Ses reliques furent plus tard rapportées à Rome par saint Cyrille.

Biographie

SAINT CLÉMENT DE ROME, PAPE ET MARTYR

*Nimis honorificati sunt amici tui, Deus.* Vos amis, ô mon Dieu, vous les avez comme accablés d'honneurs.

*Psaume CXXXVIII, 17.*

Si les Anglais reconnaissent saint Grégoire le Grand pour leur apôtre, parce qu'il leur a envoyé saint Augustin, religieux de Rome, pour leur annoncer les vérités de l'Évangile, n'est-il pas juste que nous reconnaissions aussi saint Clément pour notre apôtre, puisque c'est par sa sage providence que saint Denis et ses illustres compagnons sont venus dans les Gaules et à Paris y apporter la lumière de la foi et la connaissance de Jésus-Christ ? Mais il s'est rendu recommandable à l'Église par tant d'autres actions héroïques et dignes d'une éternelle mémoire, que nous ne pouvons lui donner d'éloge qui ne soit infiniment au-dessous de ses mérites.

Il était Romain et fils du sénateur Faustinien, allié des empereurs Vespasien, Titus et Domitien. Il naquit dans le quartier du Mont-Cœlius, et fut tout d'abord disciple de saint Paul : aussi cet Apôtre, dans son Épître aux Philippiens (chapitre IV), assure qu'il a travaillé avec lui au ministère de l'Évangile, et que son nom est écrit dans le Livre de vie. Depuis, il aida saint Pierre dans le gouvernement de l'Église romaine, et il s'acquit une très-haute réputation par sa prudence et par sa vertu. Tertullien (Prescriptions, livre II, chapitre XXXII), saint Épiphane (Hérés. XXVII) et Rufin (Préface sur le livre des Reconnaissances de ce saint Pape) disent que ce Prince des Apôtres, en mourant, le nomma son successeur ; mais, comme il est certain qu'il ne lui succéda pas immédiatement, mais seulement après saint Lin, ils ajoutent qu'il ne voulut accepter cette charge qu'après ce bienheureux Pontife, qui avait été le coadjuteur de saint Pierre ; et il en usa de la sorte, ou par humilité, s'estimant indigne d'un si grand honneur, ou par prudence et par précaution, ne voulant pas donner lieu de croire que les charges ecclésiastiques pussent devenir héréditaires.

« Clément », dit le *Liber pontificalis*, « siégea neuf ans, deux mois et dix jours (67-76), sous les règnes de Galba et Vespasien, depuis le consulat de Trachalus et Italicus jusqu'à celui de Vespasien et Titus. Ce fut lui qui, le premier, répartit les sept régions de l'Église romaine entre un pareil nombre de notaires fidèles, chargés, chacun dans sa circonscription, de rédiger scrupuleusement et en détail les actes des martyrs ».

La sainteté de Clément fut cause que plusieurs païens quittèrent leurs superstitions pour embrasser la religion chrétienne, et que nombre de fidèles entrèrent dans les voies étroites de la perfection. Clément donna le voile de virginité à sainte Flavia Domitille, cette illustre vierge dont nous avons donné les actes au 12 mai. Il baptisa Sisine, l'un des premiers de Rome, qui, étant venu par curiosité étudier ce qui se faisait dans les assemblées des chrétiens, avait perdu la vue du corps pour mériter par sa conversion de recevoir celle de l'âme. Clément lui conféra en même temps toutes les deux, et il fut depuis très-zélé, aussi bien que Théodore, sa femme, pour la propagation de l'Évangile. Enfin, ce généreux Pontife, digne héritier du zèle aussi bien que de la chaire de saint Pierre, envoya de tous côtés des prédicateurs évangéliques pour combattre l'idolâtrie et répandre dans le monde la connaissance du vrai Dieu.

Lorsqu'il s'appliquait avec tant de courage au salut des âmes, il s'éleva tout à coup une furieuse persécution contre le troupeau de Jésus-Christ. Torcutien, comte des offices, gagna tellement les préfets subalternes, qu'ils excitèrent une sédition parmi le peuple, pour demander la ruine et le massacre de cette troupe innocente. Ils s'attaquèrent principalement au saint Pasteur, l'accusant de sacrilège, d'impiété, de désobéissance aux édits des empereurs et de blasphèmes contre les dieux. Quelques citoyens prirent au contraire son parti, louant hautement sa conduite, sa bonne foi, son détachement des biens de la terre, sa miséricorde envers les pauvres et sa charité pour les malades et pour toutes sortes d'affligés. Ces sentiments si différents obligèrent Mamertin, qui avait la première préfecture de Rome, de faire comparaître le saint Pontife devant son tribunal ; mais, après l'avoir examiné lui-même, ne le trouvant coupable d'aucun crime, il informa l'empereur Trajan de tout ce qui se passait.

Trajan répondit que Clément eût à sacrifier aux dieux, ou que, sans délai, il fût banni dans une île déserte et barbare, au-delà du Pont-Euxin. Sur cet arrêt, Mamertin fit ce qu'il put pour persuader au bienheureux Pontife d'obéir aux ordres du prince ; mais ce généreux confesseur de Jésus-Christ répondit constamment que ni l'exil ni la mort ne lui feraient jamais commettre une impiété si détestable. Il tâcha aussi de gagner Mamertin et de le faire renoncer aux idoles, et, s'il n'y réussit pas complètement, il lui inspira du moins des sentiments de douceur pour les chrétiens.

23 NOVEMBRE.

En effet, ce ne fut qu'à regret qu'il bannit notre Saint dans la Chersonèse Taurique (la Crimée actuelle). Il lui fit même préparer un vaisseau commode pour le voyage, et, lorsqu'il prit congé de lui, il versa des larmes et lui dit ces paroles : « J'espère que le Dieu que vous honorez ne vous abandonnera pas dans votre disgrâce, et qu'il sera votre consolation et votre secours dans ce bannissement que vous allez endurer pour sa gloire ». Plusieurs chrétiens s'exilèrent volontairement avec lui et renoncèrent à leur pays pour ne point quitter un maître si accompli et dont ils recevaient de si saintes instructions.

Clément trouva dans cette péninsule plus de deux mille fidèles déportés pour la même cause et condamnés à tirer des marbres des carrières. Il leur dit en arrivant que Notre-Seigneur ne l'avait pas envoyé vers eux pour ses propres mérites, mais pour le rendre participant de leurs souffrances et pour les encourager à demeurer fermes dans la foi. Une de leurs plus grandes peines était qu'ils fussent obligés d'aller chercher de l'eau à deux grandes lieues de la carrière où ils travaillaient et de l'apporter sur leurs épaules. Le Saint en fut touché de compassion : il les fit mettre en prières, pria lui-même pour eux, et à peine eut-il achevé son oraison, qu'il vit sur la montagne un agneau qui marquait du pied droit l'endroit d'une fontaine. Il alla à l'heure même sur le lieu indiqué, y donna un coup de bêche, et aussitôt il en jaillit une source qui servit au soulagement de toute cette armée de confesseurs. Le bruit de cette merveille s'étant répandu dans la province, le peuple accourut en foule pour voir saint Clément. Celui-ci profita de cette occasion ; il prêcha Jésus-Christ à ces Barbares, en convertit un très-grand nombre et leur conféra le sacrement de Baptême. On dit qu'il n'y avait point de jour qu'il n'en baptisât jusqu'à cinq cents. Les idoles furent renversées, leurs temples abattus, leurs bocages coupés, et, dans l'espace d'un an, l'on y bâtit soixante-quinze églises en l'honneur du vrai Dieu.

Trajan, apprenant ces admirables progrès du Christianisme, envoya en diligence un président, nommé Ausidien, pour les arrêter par la rigueur des supplices. Ce tyran ne manqua pas d'employer pour cela contre les fidèles tout ce que la rage put lui inspirer de plus cruel ; mais, voyant que, bien loin d'en être intimidés, ils venaient eux-mêmes par troupes avec une joie indicible se présenter au martyre, il se lassa de les faire mourir et déchargea toute sa fureur contre le saint Pontife qui les fortifiait dans la foi. Après avoir tenté inutilement de le faire sacrifier aux idoles, il le condamna à être jeté dans la mer avec une ancre au cou, afin que, mourant au milieu des flots, il fût privé des honneurs que les chrétiens avaient coutume de rendre aux Martyrs. On ne peut exprimer quelle fut l'affliction de ce qui restait de fidèles, lorsqu'ils surent la sentence que l'on avait dictée contre leur saint pasteur. Ils l'accompagnèrent jusqu'au rivage, le suivirent des yeux jusqu'en haute mer, et remplirent les airs de leurs cris et de leurs soupirs. Ils dirent tous à Dieu : « Seigneur, sauvez-le ». Clément, de son côté, recommanda son esprit à son divin Maître, et, jeté dans les eaux, il y finit sa vie, le 23 novembre de l'an 100. Peu de temps après sa mort, Corneille et Phœbus, deux de ces disciples, conseillèrent aux autres chrétiens de se mettre tous en oraison pour demander unanimement à Dieu qu'il leur fît connaître où était le corps de leur saint pasteur. Chose prodigieuse ! pendant leur prière la mer se retira d'une lieue et demie. Ils suivirent à pied sec le mouvement de ses eaux, et ils trouvèrent dans ce lieu, couvrant auparavant des abîmes, une petite chapelle de marbre d'une structure admirable, bâtie par la main des anges, où était le corps du saint Martyr, et à côté l'ancre qui avait été l'instrument de son supplice. Ils lui prodiguèrent en ce lieu les marques du plus profond respect : ses disciples furent ensuite avertis par révélation de laisser cette précieuse relique en ce même endroit, parce que tous les ans, au jour anniversaire du martyre du saint Pape, et les sept jours suivants, la mer se retirerait jusque-là, et donnerait un libre accès à tous les fidèles qui voudraient y aller faire leurs dévotions.

En effet, ce miracle a continué pendant plusieurs siècles, et en ce temps-là les aveugles étaient éclairés, les sourds recouvraient l'ouïe, les muets la parole, les fiévreux étaient guéris, les énergumènes délivrés, ceux qui souffraient de la néphrétique ou de la pierre étaient soulagés, et toutes sortes de malades obtenaient une parfaite santé : d'où il arriva que tout le pays fut si parfaitement converti, qu'il ne s'y trouvait plus ni juif ni païen, ni hérétique. Saint Éphrem, martyr, évêque de la ville de Géorgie, dans la Chersonèse, rapporte un grand miracle qui arriva entre l'un de ces pèlerinages : un des principaux citoyens de la même ville et sa femme, ayant laissé sans y penser leur petit enfant endormi dans cette admirable chapelle de saint Clément, il y demeura en vie toute l'année au milieu des eaux, et ils le retrouvèrent au bout de ce temps sain et sauf, sans avoir eu d'autre aliment que celui que la divine providence lui avait fourni. Saint Grégoire de Tours rapporte aussi ce prodige ; et le cardinal Baronius, dans ses Annales, dit que les preuves en sont si constantes dans l'antiquité, qu'il n'y a nul sujet de le révoquer en doute.

On représente saint Clément : 1° faisant sourdre, au lieu indiqué par un agneau qui lui apparaît, une source destinée à désaltérer les chrétiens condamnés aux carrières ; 2° tenant à la main une ancre marine, instrument de son supplice ; 3° ayant près de lui ou sous ses pieds une petite chapelle entourée par les eaux : nous avons donné la clé de ce symbole.

Saint Clément est patron de la Crimée, de Velletri, de Séville (parce que cette ville fut conquise par Ferdinand (1248), le 23 novembre, jour de la fête du saint Pape). À Bruges, les bateliers l'ont choisi pour leur patron (sans doute à cause de l'ancre qui le caractérise). On l'invoque contre les maladies des enfants : nous en avons insinué le motif dans sa légende.

## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS. — ÉCRITS.

Le corps du saint Pontife fut transféré de la Chersonèse à Rome, sous le pontificat de saint Nicolas Ier (858-867), par saint Cyrille, apôtre des Slaves, et déposé dans une église qui avait été bâtie en son honneur plusieurs siècles auparavant. On détacha quelques parties de ce précieux trésor pour en enrichir la France : avant 1793, l'abbaye de Cluny montrait son chef sacré dans un reliquaire d'argent ; de nos jours encore, les églises de Saint-Clément de Clermont et de Saint-Marcel de Paris ont le bonheur de posséder quelques ossements du saint Pape. Ajoutons qu'une relique de saint Clément, venue de Rome en 1848, repose à Bordeaux, près de la châsse de saint Fort, dans l'église de Saint-Séurin.

L'église primitive de Saint-Clément, dont nous venons de parler, était bâtie sur l'emplacement même de la demeure paternelle de ce saint Pape, non loin de l'amphithéâtre Flavien (maintenant le Colysée), où tant de chrétiens furent livrés aux bêtes et où saint Ignace d'Antioche, broyé sous la dent des lions, put enfin assouvir sa soif du martyre. Saint Clément lui-même avait érigé une chapelle dans sa propre maison ; plus tard, lorsque l'ère des persécutions fut passée, les fidèles construisirent une église dans les dépendances de laquelle se trouvait enclavée la maison du Saint.

Il est fort probable que cette basilique primitive de Saint-Clément fut entièrement détruite, ou à peu près, lors de l'invasion des Normands, commandés par Robert Guiscard, en 1084. Le pape

23 NOVEMBRE.

Pascal II (1099-1118) la fit rebâtir au commencement du siècle suivant. Après sa reconstruction elle fut desservie par différents Ordres religieux, et en dernier lieu par les religieux de Saint-Ambroise ad nemus (fondés et établis autrefois par saint Ambroise, aux environs de Milan). Mais ceux-ci furent supprimés sous Eugène IV (1431-1447), de sorte qu'un peu plus tard Innocent X (1644-1655) put y appeler les Dominicains irlandais qui la desservent encore aujourd'hui.

La basilique primitive ayant été comblée de décombres, l'église actuelle s'élève perpendiculairement au-dessus de la première. Or, en 1857, le très-révérend Père Joseph Mullooly, prieur du couvent de Saint-Clément, eut l'heureuse idée de faire commencer des fouilles sous la basilique actuelle. Il découvrit bientôt trois belles colonnes de marbre et quelques fresques. Encouragé par ce résultat, mais se trouvant dans l'impossibilité de continuer, à cause des ressources bornées du couvent, il eut recours à la commission d'archéologie sacrée : celle-ci agréa son projet, et, en juin 1858, il put faire continuer les travaux ; ils n'ont été terminés qu'en 1868.

Nous n'énumérerons pas tous les trésors archéologiques que ces fouilles intelligentes ont tirés du sein de la terre. Disons seulement que, grâce à la persévérance du savant Père Mullooly, la basilique souterraine est déblayée en entier. Un magnifique escalier conduit de l'église moderne à l'ancienne, dont les nefs sont éclairées par des soupiraux et des lampes : le maître-autel a été relevé à la place même qu'il occupait autrefois ; les colonnes sont affermies, les fresques nettoyées. La consécration de l'autel a eu lieu le 23 novembre 1867. Le 30 janvier 1868 s'est faite la translation solennelle, de l'antique basilique souterraine à l'autel majeur de l'église actuelle, des reliques de saint Clément, de saint Ignace d'Antioche et de plusieurs autres Saints, dont les ossements précieux étaient engloutis dans la terre depuis mille ans.

Saint Clément est l'auteur de plusieurs écrits théologiques ; mais aussi, on lui en a attribué qu'il n'a pas composés. Les écrits authentiques de ce saint Pape sont :

1° Sa Première Épître aux Corinthiens. Dans la deuxième moitié du premier siècle, l'Église fondée par saint Paul dans la capitale de l'Achaïe avait vu sa paix troublée par une sédition. Quelques esprits infatués de leur vaine science s'étaient élevés contre les dépositaires du pouvoir spirituel, dont plusieurs furent violemment expulsés de leurs sièges. Déchirée par ces discordes, l'Église de Corinthe s'était tournée vers celle de Rome, centre de l'unité chrétienne, pour solliciter son intervention contre les auteurs du schisme qui avait éclaté dans son sein. De là l'origine de cette première épître de saint Clément. C'est un des monuments les plus remarquables de l'éloquence sacrée dans les Pères apostoliques. D'abord cette intervention du Pontife romain dans les affaires intérieures d'une Église lointaine fournit par elle-même un argument presque décisif en faveur de la suprématie du siège de Rome. De plus, en signalant dans l'orgueil la cause morale du schisme et dans l'humilité le principe conservateur de l'unité, Clément fait ressortir le rapport intime qui relie entre eux l'ordre moral et l'ordre social, dont l'un sert de fondement à l'autre. Le soin qu'il prend d'inculquer aux Corinthiens l'obéissance à la hiérarchie comme condition essentielle de l'ordre, prouve qu'aux yeux de l'Église primitive l'unité de doctrine était inséparable de l'unité de gouvernement. En rattachant au Christ et aux Apôtres l'établissement de la hiérarchie et de ses divers degrés, le disciple de saint Paul détruit à l'avance les systèmes rationalistes sur la constitution de l'Église primitive. Enfin l'esprit de mansuétude que respire la lettre, le ton d'autorité paternelle qui s'y révèle d'un bout à l'autre, indiquent le véritable caractère du pouvoir ecclésiastique, qui consiste à être basé sur l'humilité et tempéré par l'amour.

L'authenticité de cette épître est nettement établie par les nombreuses citations que les Pères en ont faites, et qui toutes sont conformes au texte actuel ; son autorité dans l'Église est affirmée, et par saint Denys de Corinthe qui la faisait lire chaque dimanche dans l'assemblée des fidèles ; et par saint Irénée qui l'appelle « un monument auguste », et par Eusèbe qui la nomme « la grande et admirable Épître ». En dehors des Écritures canoniques, nous ne possédons pas de document dont l'origine soit plus certaine, et l'école rationaliste de Tübingen a été forcée d'en convenir par l'organe de Baur, son représentant le plus accrédité.

2° Les fragments de sa Seconde Épître aux Corinthiens (car elle ne nous est parvenue que mutilée : l'inscription manque, et le texte s'arrête brusquement au milieu d'une phrase interrompue). Saint Clément se propose d'y réfuter les hérétiques de son temps (Nassènes ou Ophites, Séthiens, Pérates, Ébionites). Aussi, insiste-t-il plus particulièrement sur la divinité du Sauveur, la réalité de sa passion, la magnifique économie de l'œuvre rédemptrice, les réalités de la vie future, l'impossibilité du salut en dehors de la loi chrétienne et la certitude de la résurrection de la chair.

3° Deux Lettres sur la virginité récemment découvertes dans un manuscrit syriaque et traduites en latin par le cardinal Villocourt. À l'époque de saint Clément, comme à la nôtre, deux sortes de personnes faisaient profession d'embrasser la chasteté : les ministres des autels et les âmes appelées à la perfection des conseils évangéliques. Aux uns le Pontife rappelle la sublimité de leurs fonctions saintes et l'obligation d'y rester fidèles ; aux autres il trace des règles de conduite pour les maintenir dans la sainteté de leur vocation spéciale. Ainsi le célibat ecclésiastique, qu'on disait un joug arbitrairement imposé aux prêtres par l'ambition des Papes ; la profession de la virginité qu'on décriait comme l'invention récente d'un fanatisme absurde ; ces deux grandes institutions se retrouvent debout au temps apostolique, exactement comme elles le sont sous nos

yeux, et la vérité se donne la main à travers les âges, pour confondre tous les sophismes de l'hérésie ancienne et moderne.

Disons un mot des œuvres apocryphes de saint Clément. Un des ouvrages les plus curieux, les plus intéressants, les plus originaux que possède la littérature de l'Église, c'est le roman théologique des Clémentines. On comprend sous ce nom toute cette classe ou famille d'écrits semblables qui se rattachent à saint Clément, dont ils entremêlent la biographie des discussions théologiques de son temps. À part quelques divergences assez sensibles dans les doctrines et dans les faits, leur thème est identique au fond, et consiste à broder sur un canevas vrai ou faux, emprunté à la vie de saint Clément, un tissu doctrinal plus ou moins lié. Ce sont d'abord vingt homélies ou entretiens, précédées de deux épîtres de saint Pierre et de saint Clément à saint Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem ; puis les dix livres des Reconnaissances, ainsi appelées parce que les divers membres de la famille de saint Clément se retrouvent successivement après s'être perdus de vue ; enfin un Épitome ou abrégé des deux ouvrages précédents, adressé comme eux à saint Jacques de Jérusalem.

Les Clémentines, sous la forme dans laquelle nous les possédons, ne peuvent être l'ouvrage de saint Clément. Sans parler du reste, on y trouve la réfutation d'hérésies qui n'ont paru qu'à la fin du IIe siècle, comme celle des Marcionites. Leur origine ou leur caractère apocryphe est un fait acquis à la science et admis par tout le monde. Elles sont l'œuvre d'un gnostique ébionite de la fin du IIe siècle.

Nous avons complété la biographie de saint Clément avec les *Caractéristiques des Saints* du R. P. Gabier. Les détails sur la basilique de Saint-Clément de Rome nous ont été fournis par l'*Année dominicaine* ; quant à l'exposition et à l'analyse des ouvrages du saint pape, nous les avons puisées dans les *Pères apostoliques* de Mgr Froppel, et l'*Histoire générale de l'Église*, par M. l'abbé Dattas.

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## SAINT TROND OU TRUDON, PRÊTRE BELGE (693).

La même année (660) que saint Théodard montait sur le siège épiscopal de Maestricht, saint Trudon, plus connu sous le nom de saint Trond, jetait les fondements d'un monastère dans la Hesbaye (partie de l'ancienne principauté de Liège). Ses parents étaient de riches seigneurs de cette contrée, et, ce qui l'emporte encore sur la noblesse, ils étaient d'excellents chrétiens. Dès sa plus tendre enfance, il n'aspirait qu'au ciel et ne faisait aucun cas des biens de ce monde que la Providence lui avait si largement distribués. Il donnait aux pauvres tout ce qu'il avait sur lui, même ses habits. Les jeunes gens de son âge et de son rang l'invitaient-ils à la chasse ou à d'autres divertissements, il répondait que ses plaisirs étaient plus élevés. Il aimait la science, mais la mettait au service de la piété. Ayant perdu ses parents fort jeune encore, il vint trouver saint Remacle, alors évêque de Maestricht, comme celui-ci faisait la visite pastorale à Zepperen, tout près de son domaine, et lui demanda fort humblement ce qu'il avait à faire pour plaire à Dieu. Le saint évêque lui répondit de se rendre auprès de saint Cloud, évêque de Metz, et d'y consacrer ses biens à saint Étienne. Trudon se hâta de suivre ce conseil. À peine était-il parti, que quelques-uns de ceux qui accompagnaient l'évêque se mirent à rire du pauvre accoutrement dans lequel le Saint s'était présenté devant eux. Remacle les réprimanda de ce qu'ils étaient si peu clairvoyants, et jugeaient d'un homme d'après son extérieur. « Ce jeune homme », dit-il, « est plus grand que nous aux yeux de Dieu. Priez le Seigneur que, par les mérites de Trudon, il vous fasse miséricorde ».

Saint Cloud ne montra pas moins d'estime pour le jeune Saint. Après l'avoir fait instruire dans la théologie, il lui donna tous les Ordres jusqu'à la prêtrise. Puis il le renvoya dans sa patrie pour qu'il sanctifiât, par son zèle, les terres qu'il venait d'offrir au premier des Martyrs. Trudon fit construire à Sarcing, sur la petite rivière de Cisindre, une église sous l'invocation de saint Étienne et de l'apôtre des Francs, saint Remi. Puis il se mit à prêcher Dieu par sa parole et par ses exemples, avec une telle efficacité que l'on eût dit que ses anciens sujets étaient devenus des anges dans un corps mortel. Cependant les jeunes gens de la plus haute noblesse venaient apprendre sous sa direction à mépriser le monde et ses pompes pour s'attacher à Jésus-Christ. Bientôt il eut un grand nombre de disciples, et ainsi naquit le monastère de Saint-Trond. On ne sait pas au juste s'il leur donna la Règle des religieux ou celle des Chanoines Réguliers. Il mourut le 23 novembre de l'an 693, et son tombeau devint aussitôt fameux par ses miracles. Peu de temps après,

ou déposait, auprès de ses précieux restes, une partie des reliques d'Adèle, sa mère, qu'on avait enterrée à Zeelem et qui ne faisait pas moins de prodiges après sa mort que son bienheureux fils. Saint-Trond devint bientôt une célèbre école de jeunes gens, tandis que Nivelle servait d'école aux jeunes filles nobles, sous la conduite de sainte Wulfétrude.

On le représente : 1° portant une petite église sur la main, comme fondateur de monastère ; 2° faisant sourdre une fontaine en enfonçant son bâton dans le sol : c'est sans doute pour indiquer qu'il fut l'apôtre de la Hesbaye et qu'il y fit jaillir les sources vives de la foi.

Le Père Smet, *Saints de Belgique* ; le Père Cahier, *Caractéristiques des Saints*.

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Événements marquants

  • Disciple de saint Paul et collaborateur de saint Pierre
  • Élection au pontificat après saint Lin
  • Répartition des sept régions de Rome entre sept notaires
  • Exil dans la Chersonèse Taurique (Crimée) par l'empereur Trajan
  • Miracle de la source jaillissante pour les captifs des carrières
  • Martyre par immersion avec une ancre au cou
  • Découverte miraculeuse du corps dans une chapelle sous-marine

Miracles

  • Jaillissement d'une source d'eau douce après l'apparition d'un agneau
  • Retrait annuel de la mer pendant sept jours pour accéder à son tombeau
  • Enfant retrouvé vivant après un an passé sous les eaux dans sa chapelle

Citations

Nimis honorificati sunt amici tui, Deus.

— Psaume CXXXVIII, 17 (Introït)

J'espère que le Dieu que vous honorez ne vous abandonnera pas dans votre disgrâce.

— Mamertin, préfet de Rome