Saint Étienne de Muret (de Grandmont)

Fondateur de l'Ordre de Grandmont

Fête : 8 fevrier 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Fils du vicomte de Thiers, Étienne se forma en Italie avant de fonder un ermitage rigoureux dans la forêt de Muret en Limousin. Refusant le titre d'abbé pour celui de correcteur, il instaura une règle basée sur l'Évangile et une pauvreté absolue. Son ordre, transféré à Grandmont après sa mort, devint l'un des plus austères du Moyen Âge.

Biographie

SAINT ÉTIENNE DE MURET,

FONDATEUR DE L'ORDRE DE GRANDMONT

Plus vous serez élevé, plus vous devez vous humilier, et ainsi vous trouverez grâce devant Dieu.

Eccit., III, 20.

Saint Étienne, plus connu par le nom de Muret, lieu de sa solitude, et par celui de Grandmont, premier couvent de son Ordre, que par le nom de Thiers, qui était celui de sa famille, naquit au pays d'Auvergne. Son père s'appelait Étienne et était vicomte de Thiers, et sa mère se nommait Candide : tous deux considérables par les biens de la fortune, mais encore plus recommandables par leur vertu et leur piété. Après avoir été longtemps sans enfant, ils firent des prières, des jeûnes et des aumônes pour en obtenir de la bonté de Dieu, et promirent de consacrer à son service le premier qu'il leur donnerait. Leur vœu fut exaucé, car Candide, quelque temps après, mit au monde un fils qui fut nommé Étienne, comme son père (1046). Cet enfant commença, dès ses plus faibles années, à donner des marques évidentes de ce qu'il serait un jour, ne se plaisant dès lors qu'à la retraite et au silence, afin de mieux vaquer à la prière. « Dieu voulut que les miracles qui arrivaient devant le tombeau de saint Nicolas, à Bari, en Calabre, où ses reliques avaient été tout nouvellement transférées, fissent un si grand éclat que... le bruit en vola jusqu'en Auvergne, ce qui donna au vicomte la volonté de les aller visiter et d'y mener son fils... » Mais comme il revenait en France, le jeune Étienne étant tombé malade à Bénévent (1038), il fut obligé de l'y laisser sous la conduite de l'archevêque de cette ville, appelé Milon, qui était aussi originaire d'Auvergne. Ce prélat le retint volontiers auprès de lui, et prit un singulier plaisir à l'éducation d'un jeune homme si bien né ; il lui donna des maîtres pour l'avancer dans les sciences, et lui-même était bien aise de s'appliquer quelquefois à l'instruire ; et, pour lui fortifier davantage l'esprit, il le faisait ordinairement assister au jugement des causes qui se plaidaient en sa présence. Enfin, selon quelques-uns, il l'ordonna diacre, et le fit son archidiacre et son official. Mais comme Étienne avait le cœur naturellement porté à la solitude, il ne se plaisait guère à entendre plaider les parties. C'est pourquoi, après être demeuré quelques années sous la direction de Milon, il passa jusqu'en Calabre, pour y visiter certains religieux dont il avait entendu parler, qui menaient, sur la terre, une vie toute angélique. Il prit tant de goût à leur genre de vie, qu'il résolut dès lors d'y conformer la sienne, autant que Dieu lui en donnerait le moyen. Dans cette résolution, il s'en vint en France.

8 FÉVRIER.

Mais aussitôt après son retour d'Italie, son père avait été saisi d'une maladie « qui le fit partir de ce monde avec des marques visibles de sainteté pour aller attendre son fils dans le ciel ». Sa mère aussi était allée à Dieu, en sorte qu'il reprit sa route vers l'Italie sans se soucier du riche patrimoine dont il avait hérité.

Son dessein était de retourner à Bénévent ; mais, apprenant à Rome que l'archevêque était mort, il s'arrêta chez un cardinal (1070) où, par l'entretien de quelques doctes personnages, il s'instruisit fort soigneusement de toutes les règles et constitutions des maisons religieuses qui florissaient alors dans l'Église ; mais pas une ne lui plut autant que celle qu'il avait observée en Calabre. C'est pourquoi, après un séjour de quatre ans à Rome, il résolut de venir établir une semblable maison en France. Il en obtint la permission du pape saint Grégoire VII, qui lui fit expédier une bulle par laquelle il accordait plusieurs grandes indulgences à ceux qui embrasseraient ce nouvel institut.

Étienne, satisfait de cet heureux succès, partit de Rome pour se rendre en Auvergne, et ayant disposé (à la réserve d'une bague), de tous les biens qui lui étaient échus par le décès de son père et de sa mère, il s'en alla sans bruit et à l'insu de ses autres parents (1076). Pour mieux obtenir de Dieu qu'il hâtât son dessein, il commença son voyage par la prière, durant laquelle il fut ravi en extase ; il s'en trouva extrêmement consolé et fortifié pour la poursuite de son entreprise. Après avoir visité plusieurs déserts, il arriva enfin, par une expresse providence de Dieu, dans la province de Limoges, toute pleine de forêts, et, s'arrêtant en celle de Muret, qui était toute déserte, il y choisit sa demeure pour le reste de sa vie.

Il était âgé d'environ trente ans, et pour commencer cette nouvelle vie par un sacrifice de lui-même, il prit l'anneau qui était l'unique bien qu'il avait réservé de la succession de ses parents, et se consacra entièrement au service de Jésus-Christ, par ces mots, qu'il prononça à mesure qu'il les écrivit : « Moi, Étienne, je renonce au démon et à toutes ses pompes, et je m'offre et me donne à Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, seul Dieu, vrai et vivant en trois personnes ». Il scella de son anneau cet écrit, et le mettant sur sa tête, il ajouta : « O Dieu très-puissant, qui vivez éternellement et régnez seul en trois personnes, je promets de vous servir en cet ermitage, en la foi catholique, en signe de quoi je pose cette écriture sur ma tête et mets cet anneau à mon doigt, afin qu'à l'heure de ma mort cette promesse solennelle me serve de défense contre mes ennemis ». Ensuite, il s'adressa à la sainte Vierge en ces termes : « Sainte Marie, Mère de Dieu, je recommande, à votre Fils et à vous-même, mon âme, mon corps et mes sens ».

Ce vœu étant fait, il résolut de ne plus retourner dans le monde, quelque nécessité qui semblait l'y appeler ; mais, s'enfermant en une étroite cellule, il y supporta également les chaleurs de l'été et les rigueurs de l'hiver, car il n'était pas plus vêtu en une saison qu'en une autre, et il se servait en tout temps d'une cotte de mailles pour chemise. Son sommeil était si léger, que ce n'était pas proprement un repos, et cependant il regrettait le peu de temps que l'extrême besoin de la nature le forçait d'y employer. Son lit ressemblait plutôt au sépulcre d'un mort qu'au lit d'un homme vivant. Il ne consistait qu'en deux planches enfoncées dans la terre, sans matelas ni paillasse, et même sans couverture. Quoique son corps fût exténué par tant d'austérités, son courage n'en était pas moindre, et son visage paraissait toujours si joyeux et si affable, que tous ceux qui l'abordaient étaient charmés de son extrême douceur. Outre l'Office du Bréviaire, il récitait chaque jour des psaumes, des prières en l'honneur de la Très-Sainte Trinité et de la Sainte Vierge, et pour les trépassés ; sa ferveur était si grande qu'il le faisait toujours à genoux et la tête nue, et qu'il se prosternait souvent le visage contre terre ; il en était devenu tout livide, et sa peau paraissait toute calleuse aux genoux et aux coudes, et même au front et au nez. Il donnait aussi beaucoup de temps à la contemplation, en laquelle il demeurait souvent tout absorbé ; on dit même qu'il y a passé jusqu'à dix jours sans prendre de nourriture, tant l'entretien qu'il avait avec Dieu le soutenait : on pouvait dire de lui comme de l'apôtre saint Paul, qu'il vivait plus en Jésus-Christ qu'en lui-même.

Au reste, cette occupation intérieure ne l'empêchait pas de satisfaire à ce que l'amour du prochain demandait de lui ; quoiqu'il fît tout son possible pour cacher les grâces dont il était favorisé, « néanmoins, comme le miroir ne peut être opposé au soleil, sans en refléter des étincelles et de petits rayons, ainsi ne pouvait-il si bien couvrir l'éclat de ses saintes actions qu'elles ne brillassent dans le voisinage de Muret », de sorte que chacun y accourait pour admirer sa façon de vivre et pour avoir sa bénédiction. Il demeura seul la première année ; ensuite deux disciples se joignirent à lui, mais longtemps ils ne furent suivis de personne, parce que l'austérité de sa règle épouvantait les hommes. Cependant, l'odeur de sa vertu y en appela enfin un grand nombre, qui se rangèrent sous lui pour être conduits dans le chemin qui mène à la vie. Sa charité ne lui permit pas de les refuser, mais il ne les reçut qu'à condition qu'ils ne lui donnèrent jamais le nom de maître, ni d'abbé, mais seulement l'humble titre de correcteur. Il était le premier à faire les offices les plus vils de la maison : il prenait sa place le dernier à table, où il faisait ordinairement la lecture de la vie des saints martyrs et des anachorètes ou de quelque autre sujet de piété.

Cette façon de gouverner du saint patriarche fut si agréable à Dieu qu'il lui révélait souvent les fautes secrètes de ses religieux, leurs distractions en l'oraison et les dangers auxquels les exposait quelque violente tentation, afin qu'il les secourût dans leurs besoins ; aussi les avertissait-il avec un esprit si plein d'amour, qu'il gagnait leur cœur. Il avait un don particulier de porter à la vertu ceux qu'il entretenait ; soit qu'il reprit les uns ou consolât les autres, c'était toujours de la manière qu'il le fallait faire, de sorte que ses paroles, en quelque façon comme celles de Dieu, « ne retournaient jamais vides, mais elles faisaient ce qu'il en avait ordonné ». Si quelquefois l'effet ne semblait pas suivre si promptement, le Saint, ajoutant la prière à son discours, les rendait bientôt efficaces. L'exemple qui suit nous en va donner des preuves. Un homme opiniâtre dans son crime assista un jour à un sermon du saint religieux, où il traita de l'horreur du péché et des étranges peines qui lui sont préparées ; après le sermon, cet obstiné lui dit : « Bonhomme, vous avez beau prêcher, je ne changerai pas pour cela ma façon de vivre ; priez, si vous voulez, pour les autres, mais pour moi, je vous prie de n'y point penser, je ne veux point avoir de part à vos oraisons ». Ces paroles glacèrent le cœur du serviteur de Dieu, mais espérant gagner par ses prières ce qu'il n'avait pu faire par sa prédication, il dit à ses religieux : « Allons prier pour ce pauvre aveugle ». Et à quelques heures de là, ce pécheur revint, tout autre qu'il n'était auparavant, car, se jetant aux pieds du Saint, il lui demanda pardon, et lui promit de quitter son péché et de n'y plus retourner. La prière du Saint et de ses religieux ne fut pas moins efficace une autre fois : deux voleurs avaient emmené le pourvoyeur du monastère au fond de la forêt; le Saint, n'en ayant point de nouvelles, dit à ses religieux qui s'affligeaient de cette absence: « Allons nu-pieds en l'oratoire, et implorons le secours de la très-sainte Vierge, parce qu'il n'est point de prison si cachée, ni de pays si éloigné, d'où elle ne puisse nous renvoyer notre frère ». Et en effet, dès le matin, les mêmes voleurs parurent à la porte du couvent avec leur prisonnier; mais, ce qui est plus admirable, c'est que le prisonnier était libre et délié, et qu'eux étaient enchaînés. Le saint Père leur ayant rencontré leur faute, leur donna sa bénédiction et les renvoya. Deux autres voleurs ayant pris un pain que quelques personnes envoyaient par aumône au monastère de Muret, ils ne le purent jamais rompre ni couper, parce qu'ils avaient dit avec mépris du Saint: « Que quand Dieu se ferait voir à eux, ils ne s'abstiendraient pas de manger le pain de son serviteur »; mais se voyant punis de la sorte, ils lui envoyèrent demander pardon, ce qu'il leur accorda de bon cœur avec une partie du même pain. Une femme lui fit présent d'un pain qu'elle avait fait des épis glanés en son propre champ; mais ce pain se rompit sur l'heure et parut tout sanglant, parce que c'était la portion des pauvres, ordonnée par la loi de Dieu. Un autre lui donna des œufs; mais le Saint, apprenant par une lumière divine qu'ils étaient dérobés, les rendit à la même femme, l'exhortant à en faire restitution.

Ces exemples, qui contiennent autant de prodiges, sont des preuves assez évidentes de la sainteté d'Étienne. Il possédait la pureté à un si haut degré, qu'il ne se sentit jamais en toute sa vie un seul mouvement contraire à cette vertu. Néanmoins, il ne laissait pas de dire à ses religieux que cela même lui était un sujet de plus grande crainte: « Parce que la vertu de virginité », disait-il, « se perd par les mouvements de vanité aussi bien que par les plaisirs déshonnêtes ». Le peu d'estime qu'il avait de sa personne faisait qu'il se plaisait plus dans l'entretien des pauvres que dans celui des riches; une fois qu'il s'était entretenu toute la journée avec des seigneurs qui l'étaient venus visiter, il voulut récompenser les pauvres le long de la nuit; et comme les religieux l'en voulaient détourner, il leur fit cette réponse: « Maintenant que Jésus-Christ est avec nous, voulez-vous que je me retire? Je ne commettrai pas cette faute, après avoir donné le jour aux grands du monde, de ne pas m'entretenir du moins la nuit avec les pauvres ». Sa conversation était si agréable, que l'on en peut dire ce qui est dit de la Sagesse, qu'elle n'avait point d'amertume; sa réputation, se répandant dans le pays, attirait à lui tout le monde; de ce nombre furent deux cardinaux, Grégoire et Pierre de Léon, légats du Pape en France. Ayant entendu parler à Limoges de ce grand homme de Dieu qui était à Muret, ils vinrent le visiter en son désert, et demeurèrent si charmés de sa conversation, que l'un et l'autre protestèrent n'avoir jamais eu d'entretien si édifiant, et qu'assurément le Saint-Esprit parlait par sa bouche. S'adressant à lui-même: « Homme de Dieu », lui dirent-ils, « si vous persévérez comme vous avez commencé, sans doute que vous recevrez une récompense égale aux saints Apôtres et aux Martyrs, parce que vous suivez leur route ». Enfin, lui ayant donné leur bénédiction, ils se recommandèrent à ses prières, et s'en retournèrent fort satisfaits à Limoges.

Huit jours après cette visite solennelle, le Saint, sentant que le dernier moment de sa vie était proche, comme il l'avait connu dans la prière, en donna avis à ses religieux, et, pour les porter à la persévérance et à l'exacte pratique de leur sainte règle, il leur fit ce discours: « Mes enfants, je vous laisse pour héritage Dieu, en qui, de qui et par qui tout subsiste, pour l'amour duquel vous avez tout laissé. Si vous demeurez fidèles dans le chemin que je vous ai montré, il vous pourvoira sans doute de ce dont vous avez besoin; souvenez-vous que je demeure en cette solitude depuis près de cinquante ans, dont les uns se sont passés en une extrême disette, et les autres en grande abondance; mais, en ma disette, je n'ai manqué de rien, et, en mon abondance, je n'ai rien eu de superflu; si bien que Dieu s'est comporté également avec moi en l'un et en l'autre de ces états. La même chose vous arrivera, si vous gardez bien cette règle que je vous laisse et que j'ai puisée dans l'Évangile ». Quatre jours se passèrent en ces exhortations, durant lesquels il chantait toujours quelques dévotes prières, « plus doucement qu'un cygne », dit la vieille chronique, « et avec plus de force qu'il n'avait fait de sa vie, montrant en ceci que Dieu lui continuait et augmentait ses grâces à cette heure ». Le cinquième, se sentant saisi d'une extrême douleur, qui lui fit connaître les approches de l'heure qu'il avait tant désirée, il se fit porter à l'oratoire, où, après s'être muni du saint Viatique et de l'Extrême-Onction, il ferma les yeux du corps au monde pour ouvrir ceux de l'âme à l'éternité, en achevant ces paroles : « Seigneur, je recommande mon esprit entre vos mains ». Ce fut un vendredi; il était âgé de quatre-vingts ans, et dans la cinquantième année de sa profession, depuis laquelle il était demeuré en l'ordre de diacre, son humilité ne lui ayant pas permis de passer jusqu'à la prêtrise. À l'instant même où cette sainte âme partit de ce monde, un jeune garçon, malade à l'extrémité, et qui avait perdu depuis trois jours l'usage des sens, annonça distinctement à sa mère qu'il voyait une échelle toute brillante, qui, touchant du monastère de Muret jusqu'au ciel, paraissait chargée de bienheureux esprits, qui se disaient l'un à l'autre : « Allons recevoir l'âme du bienheureux Étienne, et conduisons-la avec nous au ciel ». Pour prouver qu'il disait la vérité, il ajouta que la dernière de ces paroles serait aussi la dernière de sa vie; en effet, il expira aussitôt. À peine Étienne avait-il rendu sa belle âme à Dieu, que sa mort fut divinement annoncée à Notre-Dame du Puy, où il était fort connu. La même nouvelle vola en même temps jusqu'à Tours et à Limoges, ce qui engagea les chanoines réguliers de Saint-Augustin, accompagnés d'une grande multitude de peuple, à se porter à Muret, pour assister à sa sépulture. Le portier leur fit entendre qu'il n'était pas mort, afin que l'on pût faire les funérailles du Saint paisiblement; mais les chanoines insistèrent, assurant qu'ils avaient connu sa mort par révélation.

Les religieux de Muret avertirent les deux cardinaux qui l'avaient honoré de leur visite depuis huit jours, de cette mort si précieuse devant Dieu. Ces prélats étaient déjà en la ville de Chartres, où, après avoir relevé en pleine assemblée les vertus héroïques de cet homme de Dieu, ils prièrent pour son âme; après quoi ils dirent ouvertement : « Nous avons prié pour lui, prions-le maintenant qu'il soit notre intercesseur auprès de Dieu, parce qu'assurément il règne avec Jésus-Christ au ciel ». Ce fut là un présage de sa canonisation, faite par le pape Clément III, qui ordonna qu'on lui rendît les mêmes honneurs que l'on rend publiquement aux autres Saints.

Son saint corps fut transporté de Muret à Grandmont, monastère fondé par le Père général Pierre de Limoges, chef de tout l'Ordre; il y faisait tant de miracles, que, comme les religieux craignaient que, par là, ils ne fussent distraits de leur solitude, le même général s'en alla sur le tombeau du Saint, et lui dit avec une sorte de révérence : « Serviteur de Dieu, vous nous avez enseigné le chemin de la pauvreté et l'esprit de la solitude; prenez garde que ce concours de peuple ne nous fasse perdre l'un et l'autre : c'est pourquoi nous vous prions très-humblement de vouloir cesser de faire des miracles »; à quoi le Saint obéit.

On le représente volontiers dans sa solitude de Muret, couvert d'une cotte d'armes qui lui sert de cilice, agenouillé devant la sainte Trinité qui lui apparaît et à laquelle il se consacre par la formule que nous avons donnée dans sa vie et qu'il tient à la main. On lui met en outre au doigt un anneau, seule chose qu'il eût conservée de toutes ses richesses du siècle.

## RELIQUES ET CULTE DE SAINT ÉTIENNE. — SES ÉCRITS.

Trithème, Yepoz et Le Mire ont prétendu que saint Étienne avait composé sa règle sur celle de saint Benoît. Le P. Mabillon avait aussi adopté d'abord ce sentiment, *Procl. in part.* 2, sec. 6, *Bened.*; mais il le quitta ensuite, et prouva, *Annal. Bened.*, 1, 64, n. 37 et 112, que le saint fondateur de l'Ordre de Grandmont n'avait suivi ni la règle de saint Benoît, ni celle de saint Augustin. Ce point de critique est fort bien traité dans la préface que D. Martène a mise en tête de sa collection des anciens écrivains, t. vi, n° 20, etc. Helyot, Baillet, etc., ont soutenu sans fondement que saint Étienne n'avait jamais rien écrit, et que la règle qui porte son nom n'était autre chose qu'une compilation des maximes qu'il inculquait et des diverses observances qu'il faisait pratiquer, compilation qui aura été rédigée par quelqu'un de ses successeurs. S'ils eussent un peu approfondi cette matière, ils ne se seraient pas si facilement déterminés à admettre une telle opinion, et ils auraient vu que les passages mêmes qu'ils citaient pour eux leur étaient tout à fait contraires. D'ailleurs saint Étienne se donne pour l'auteur de la règle qui porte son nom, et cela en plusieurs endroits, *Crol.* c. 9, 11, 14. On peut voir sur ce sujet l'addition faite par le P. Martène aux annales de l'Ordre de Saint-Benoît, t. vi, 1, 74, n° 91.

La règle de saint Étienne de Grandmont est divisée en soixante-quinze chapitres. Elle est précédée d'un prologue ou d'une préface, dans laquelle le Saint rappelle à ses disciples que l'Évangile est la règle des règles, l'origine de toutes celles qui s'observent dans les monastères, et la vraie source où l'on doit puiser les moyens d'arriver à la perfection. Il leur recommande la pauvreté et l'obéissance, qu'il dit être le fondement de la vie religieuse; il leur défend de recevoir des rétributions pour leurs messes, et d'ouvrir aux séculiers la porte de leur oratoire les jours de fêtes et de dimanche, de peur qu'ils ne prennent de l'occasion de manquer aux offices de leur paroisse. Il leur défend aussi toutes sortes de procès, et l'usage du gras, même en temps de maladie. Il leur prescrit des jeûnes rigoureux pour la plus grande partie de l'année, etc. Urbain III approuva cette règle en 1186. Elle fut mitigée par Innocent IV, en 1247, et par Clément V, en 1309. Elle a été imprimée à Rouen en 1672.

Outre cette règle, on a encore plusieurs instructions de saint Étienne, lesquelles ont été recueillies par ses disciples après sa mort. On les imprima à Paris en 1764, avec une traduction française. On a mis sans raison le nom de Baillet à plusieurs exemplaires de cette traduction de 1714. On admire dans ces instructions la beauté et la fécondité du génie; elles contiennent aussi d'excellentes choses sur divers points de morale, les tentations, la vaine gloire, l'ambition, la douceur du service de Dieu, la nécessité de tendre à la perfection, etc. Il pourrait arriver que quelqu'un des disciples de notre Saint eût fait des additions au recueil édifiant dont nous parlons. On trouve encore quelques maximes de saint Étienne dans la plus ancienne de ses vies, intitulée : *S. Stephani dicta et facta*. Cette compilation a pour auteur Étienne de Liciac.

Quatre mois après la mort de saint Étienne, les moines d'Ambazac, de l'Ordre de Saint-Benoît, réclamèrent Muret comme leur appartenant. Les disciples d'Étienne, cédant à ces injustes prétentions, se retirèrent dans le désert de Grandmont, qui est à une lieue de Muret, emportant avec eux les précieux restes de leur fondateur. De là leur nom de Grandmontais.

1. — État actuel des reliques de saint Étienne de Muret : 1° La paroisse de Saint-Sylvestre, canton de Laurière (Haute-Vienne), sur le territoire de laquelle se trouvait l'abbaye de Grandmont, possède le chef de saint Étienne de Muret dans un buste en argent donné à cette abbaye, en 1494, par le cardinal Brissonnet, onzième abbé de Grandmont; 2° Une partie du corps de saint Étienne de Muret est dans l'église d'Ambazac (cure de canton, sur le territoire de laquelle se trouve l'ermitage de Muret), dans une magnifique châsse byzantine, revêtue d'or et de pierreries, où la richesse du dessin le dispute à l'éclat de l'émail. On trouve encore à Ambazac une précieuse dalmatique de soie, donnée à saint Étienne de Muret, par l'impératrice Mathilde, épouse de l'empereur Henri V;

3° D'après un état des reliques du diocèse de Limoges, du commencement de ce siècle, on trouve encore des reliques de saint Étienne de Muret à Saint-Pierre de Limoges (où je les ai vénérées), à Saint-Michel de Limoges et à Saint-Jouvent (Haute-Vienne);

4° En 1790, quelques années après la suppression de l'abbaye de Grandmont, on distribua entre les diverses églises du diocèse, les reliques de l'abbaye. On donna des reliques de saint Étienne de Muret aux églises de Saint-Michel de Limoges, chapelle du grand séminaire, abbaye de la Règle, Carmélites de Limoges, aux abbés Sicelier et Legros (ibid.), et aux paroisses de Saint-Léger-la-Montagne, Razès, Dempierre, Saint-Amand-Magnazeix, Saint-Jouvent, Bessines, Saint-Piest-Ligoure, la Geneytouse, Gianges, Journiac, etc. Je ne sais si toutes ces reliques ont été conservées jusqu'à ce jour.

II. — Culte de saint Étienne de Muret.

On célèbre sa fête, dans le Bréviaire de Limoges, sous le rite double, le 9 février. Avant l'adoption de la liturgie romaine, on célébrait sa fête le 8 février, jour de sa mort.

III. — État actuel de l'abbaye de Grandmont.

Il ne reste de l'antique et célèbre abbaye que quelques granges ou autres constructions insignifiantes. Les bâtiments et l'église (reconstruite quelques années avant la suppression de l'Ordre), furent démolis en 1821; et les matériaux, portés à Limoges, pour servir à la construction de la maison centrale, ont réalisé la parole prophétique de M. de Maistre : « Il leur faudra bâtir des bagnes avec les ruines des couvents qu'ils auront détruits ».

Le maître-autel de l'église de Grandmont, orné d'un beau relief en marbre blanc, représentant les disciples d'Emmaüs, est aujourd'hui à l'église de Saint-Junien (Haute-Vienne).

Le nom de saint Étienne de Muret figure au Martyrologe d'Ussard, en celui des Saints de l'Ordre de Saint-Benoît, et, enfin, au nouveau des Saints de France, le 13 février, bien que le Bréviaire de Limoges, sur lequel nous nous sommes réglés, célèbre sa fête le 8 du même mois. Pour le temps de son décès, le R. P. Dom Gérard Hier, septième prieur général de Grandmont, dit expressément, en la vie qu'il a écrite de ce saint Patriarche, que ce fut l'an 1134, quoique Baronius le mette en l'an 1136. Cette vie a été écrite par saint Vincent de Beauvais, en son *Miroir historique*, par le Père Gérard Hier, dont nous venons de parler, qui poursuivit la canonisation de notre Saint, et par Dom Charles Premon, religieux du même Ordre. Le R. P. Benoît Genon, Célestin, ne l'a pas omis en son recueil de la *Vie des saints Pères de l'Occident*.

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Événements marquants

  • Naissance à Thiers en 1046
  • Voyage à Bari et séjour à Bénévent auprès de l'archevêque Milon
  • Séjour à Rome de quatre ans et obtention d'une bulle de Grégoire VII
  • Installation dans le désert de Muret en 1076
  • Fondation de l'Ordre de Grandmont
  • Mort à l'âge de 80 ans après 50 ans de vie religieuse

Miracles

  • Vision d'une échelle brillante montant au ciel à l'heure de sa mort
  • Multiplication ou transformation de pains
  • Libération miraculeuse d'un prisonnier et enchaînement des voleurs
  • Cessation des miracles posthumes sur ordre de son successeur pour préserver la solitude des moines

Citations

Moi, Étienne, je renonce au démon et à toutes ses pompes, et je m'offre et me donne à Dieu

— Formule de consécration à Muret

L'Évangile est la règle des règles

— Prologue de sa Règle

Date de fête

8 fevrier

Époque

11ᵉ siècle

Décès

8 février 1124 (ou 1134 selon Gérard Hier) (naturelle)

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Étienne de Thiers (fr)
  • Étienne de Grandmont (fr)

Prénoms dérivés

Étienne

Famille

  • Étienne (père)
  • Candide (mère)