Saint Fabien, Pape et Martyr
Pape et Martyr
Résumé
Élu pape de manière miraculeuse après qu'une colombe se soit posée sur sa tête, Fabien fut le premier laïque à accéder au pontificat. Il organisa l'Église de Rome et documenta les actes des martyrs avant de mourir lui-même décapité lors de la persécution de Dèce en 250.
Biographie
SAINT FABIEN, PAPE ET MARTYR
Fabien, Romain d'origine, était fils de Fabius. Le pontificat de saint Antère, dit Eusèbe, n'avait duré qu'un mois. On rapporte qu'après le martyre de ce pape, Fabien revenait de la campagne avec quelques amis, lorsqu'il fut soudain et par une merveilleuse disposition de la grâce divine, appelé inopinément à la tête du clergé.
Fabien entra dans l'église au moment où tous les frères étaient réunis pour procéder à l'élection. Nul ne songeait à l'élire. Plusieurs se préoccupaient de donner leurs suffrages à quelques nobles et illustres personnages. Tout à coup une colombe, descendue par un des lucernaires de la catacombe, vint se reposer sur sa tête. Elle semblait rappeler celle dont l'Esprit-Saint avait revêtu la forme pour descendre sur le Sauveur, aux rives du Jourdain.
L'assemblée, émue à ce spectacle et manifestement inspirée de l'Esprit de Dieu, poussa dans un transport d'allégresse l'acclamation unanime : Il est digne ! il est digne !
Malgré la résistance de Fabien, on l'entoura et on le fit asseoir sur le trône pontifical. Les catacombes ont conservé le souvenir monumental de l'élection miraculeuse de saint Fabien. Bosio avait retrouvé, et Aringhi a reproduit le dessein exact d'un bas-relief catacombaire de la voie Appienne, où le trône pontifical, orné de draperies flottantes, est surmonté d'une colombe qui déploie ses ailes et semble apporter au pontife l'inspiration de l'Esprit-Saint.
Fabien fut le premier pape élu simple laïque, pour être élevé au sommet de la hiérarchie sacrée. Il justifia par toute sa vie ce choix miraculeux. Il assigna à chacune des sept régions de la Rome chrétienne un diacre, et y plaça aussi un sous-diacre pour diriger les notaires chargés de recueillir intégralement les Actes des Martyrs. Par ses ordres, de nombreuses constructions furent exécutées dans les cimetières et les galeries des catacombes.
La fin du pontificat de saint Fabien correspondait au règne de l'empereur Philippe qui était chrétien ainsi que l'impératrice Severa, sa femme. Mais le César eut peur d'agir en chrétien. Dieu ne voulait pas qu'un homicide arborât le premier le drapeau pacifique de la croix sur le monde. Philippe en arrivant au trône avait mis à mort le fils de son ancien maître ; c'est pourquoi la veille de Pâques, quand il se présenta à l'église d'Antioche, le patriarche saint Babylas refusa de lui en ouvrir les portes. L'empereur se soumit. Pourtant il ne rendit de services à l'Église qu'en ce sens qu'il ne la persécutait point, et même, lors de la célébration du premier millésime romain, il ne permit ni les combats de gladiateurs, ni les massacres du cirque ; le souffle chrétien avait visiblement inspiré l'empereur.
Saint Fabien profita de la paix qui régnait alors pour répandre de plus en plus les lumières de l'Évangile. Allié par sa naissance à la famille impériale des Gordiens et à presque toutes celles de l'ancien patriciat de Rome, il dut étendre les conquêtes de la foi dans les plus hauts rangs de la société, où l'on voyait, à la fin du troisième siècle, un si grand nombre d'illustres chrétiens. Les églises, ruinées pendant les persécutions précédentes, furent réparées et ornées avec le plus de décence qu'il fut possible.
Enfin, Dèce ayant usurpé l'empire, et désirant mettre la main sur les trésors qu'on lui fit entendre avoir été laissés par son prédécesseur à l'Église, renouvela les persécutions qui avaient cessé et arrosa la terre du sang des fidèles. Alors, dit saint Cyprien, commença une suite interminable de tortures de la part des bourreaux. Les poursuites n'avaient plus seulement pour fin la condamnation, et pour consolation suprême la mort. On graduait la cruauté par une série de raffinements, de façon que la victime survînt aux supplices. On ne voulait pas lui accorder trop tôt la couronne. On la fatiguait dans l'espoir de fléchir son courage, et s'il lui arrivait, grâce à la miséricorde de Dieu, de mourir avant l'heure prévue, les bourreaux se croyaient trompés. Telle fut la septième persécution générale. Sa première victime fut le pape saint Fabien qui eut la tête tranchée, le 20 janvier 250.
Ce martyre, qui rouvrait avec éclat l'ère des luttes sanglantes, eut un grand retentissement dans la chrétienté. Le clergé de Rome en informa les autres églises ; le fait est certain ; nous connaissons même un des messagers. Le sous-diacre Crementius fut envoyé à Carthage avec une lettre authentique des prêtres et des diacres romains, dans laquelle la mort glorieuse du pontife était, pour l'édification générale, relatée dans tous ses détails ; — nous n'avons plus, hélas ! ce récit, mais une épître de saint Cyprien en fait foi. Pendant que la grande et douloureuse nouvelle se répandait dans le monde, le corps de Fabien descendait dans la crypte de ses prédécesseurs ; — celle de saint Calliste.
On lui donne pour attribut l'épée, instrument de son martyre et la colombe qui le désigna au choix du peuple chrétien.
## SAINT FABIEN FUT-IL MARTYR ? — SES ÉCRITS.
On possède encore à Rome la plaque de marbre qui enferma alors la précieuse dépouille, et dans son laconisme elle nous offre plus d'un enseignement. Il semble, en effet, évident que le titre de martyr ne fut pas inscrit sur l'épitaphe en même temps que le nom du pontife.
Mais le martyre de Fabien est appuyé sur des autorités incontestables, et aucun doute sur son authenticité n'est possible. Pourquoi donc, dès l'origine, Fabien ne fut-il pas appelé martyr sur sa pierre sépulcrale, et quand cette dénomination fut-elle ajoutée ?
Voici l'explication que donne M. Rossi dans la *Rome souterraine* :
« Le titre solennel de martyr auquel un culte honorifique était attaché ne se donnait pas au gré des fidèles ou de ceux qui rédigeaient les inscriptions funéraires. On connaît l'événement peu important ce apparence, qui fut à Carthage comme la première étincelle du schisme des Donatistes : une dame chrétienne, nommée Lucilla, fut reprise par l'archidiacre Cacilianus et gravement consacrée par l'évêque parce que, en recevant la communion, elle baisait les reliques de je ne sais quel homme mort martyr peut-être, mais en tout cas pas encore admis comme tel ! »
Le martyre lui-même ne suffisait donc pas pour en avoir les honneurs ; il fallait encore qu'un acte de l'autorité ecclésiastique en eût reconnu et légitimé le titre. Or, le siège pontifical fut vacant pendant dix mois après la mort de Fabien et beaucoup d'affaires furent remises pour être réglées après l'avènement de son successeur. N'en aurait-il pas été ainsi pour le dernier et solennel honneur rendu à sa mémoire, et ne serait-ce pas l'explication du retard apporté à l'apposition sur son épitaphe de son titre le plus glorieux ? Si cette induction est vraie, cette courte inscription en plusieurs lambeaux est le monument le plus antique et le plus important qui nous soit parvenu de la *vindication* ou canonisation des martyrs ?
L'auteur du Livre pontifical ne consacre que quelques lignes à saint Fabien; mais il enregistre une indication qui avait évidemment de son temps une importance considérable. Fabien, dit le chroniqueur, fit faire de nombreuses constructions dans les cimetières. Le pontificat de ce grand architecte de la Rome chrétienne primitive avait duré quatorze ans, dix mois et onze jours.
Il fit cinq fois les ordinations au mois de décembre, et ordonna vingt-deux prêtres, sept diacres et onze évêques, pour divers diocèses.
Nous lisons dans le tome premier de la grande collection des Conciles quelques épîtres sous son nom, pleines de paroles fort graves et de belles sentences; mais il n'est pas certain qu'il soit auteur de la première, parce qu'il y est parti de l'hérétique Novat, qui ne parut qu'après le décès de ce très-saint Pape. Il fit plusieurs décrets, dont l'un porte que le saint chrétien sera consacré tous les ans, le jeudi saint, et que ce qui en restera de l'année précédente sera brûlé et consumé. Il défendit que les juges séculiers se mêlent des causes ecclésiastiques, et il interdit le mariage aux personnes alliées par affinité, jusqu'au cinquième degré; néanmoins, il n'entendait pas que les mariages dans le quatrième degré, faits et consommés, fassent rompre. Il ordonna que les fidèles communient au moins aux trois principales fêtes de l'année, et fit plusieurs autres semblables ordonnances, qui se trouvent au livre des Conciles et dans le Décret.
L'Église a toujours solennisé la fête de saint Fabien avec celle de saint Sébastien, comme il paraît dès le temps de saint Grégoire. Son office n'était autrefois que semi-double; mais le pape Pie V, en la réformation du bréviaire, l'an 1550, l'a ordonné double, ainsi qu'il se célèbre. Nous n'avons plus les actes du martyre de saint Fabien.
On conserve des reliques du Saint au Carmel et à l'Hôtel-Dieu d'Amiens.
Événements marquants
- Élection miraculeuse par la descente d'une colombe
- Premier laïque élu pape
- Organisation administrative de Rome en sept régions
- Restauration des églises et constructions dans les catacombes
- Martyre par décapitation sous l'empereur Dèce
Miracles
- Désignation par une colombe descendue d'un lucernaire lors de l'élection
Citations
Il est digne ! il est digne !