Saint Gaétan (Cajetan) de Thiène
Fondateur des Clercs Réguliers, dits Théatins
Résumé
Noble de Vicence et docteur en droit, Gaétan de Thiène fonda en 1524 l'Ordre des Théatins pour réformer le clergé par une pauvreté radicale et le zèle apostolique. Après avoir servi les malades et souffert durant le sac de Rome, il implanta son institut à Venise et Naples. Il mourut à Naples en 1547, laissant l'image d'un saint dévoué à la Providence et à l'Eucharistie.
Biographie
SAINT GAÉTAN OU CAJETAN DE THIÈNE,
FONDATEUR DES CLERCS RÉGULIERS, DITS THÉATINS.
et qui passait pour le prince des théologiens de son siècle, comme il est marqué dans son épitaphe, il y a eu plusieurs prélats, vice-légats et cardinaux de cette maison, des gouverneurs de Milan et des vice-rois de Naples : notre France a vu, chez elle, le seigneur Nicolas de Thiene, qui, après avoir été page de François Ier, fut capitaine d'une compagnie d'ordonnance sous Henri II et fort considéré sous les trois rois suivants, ses enfants, et sous Henri IV, leur successeur. Il épousa Jeanne de Villars, fille d'Honorat de Savoie, marquis de Villars et grand amiral de France, laquelle lui a donné une heureuse postérité, qui fit la branche de Thiene, en Touraine.
Notre Saint eut pour père Gaspard de Thiene, et pour mère Marie Porta, qui joignaient à la noblesse de leur naissance une insigne piété. Leur aîné s'appelait Jean-Baptiste ; mais ils souhaitèrent que celui-ci fût nommé Gaétan au baptême, pour conserver dans leur famille la mémoire et le nom de son grand-oncle, Gaétan de Thiene, ce savant chanoine de Padoue dont nous venons de parler. Peu de temps après son baptême, cette excellente mère, qui ne voulait avoir des enfants que pour le ciel, l'offrit à la sainte Vierge devant une de ses images, afin qu'il fût son serviteur perpétuel ; la Reine du monde agréa cette offrande, prit le petit Gaétan sous sa protection particulière, et lui obtint de son Fils des grâces avancées qui passaient beaucoup la portée de son âge. On le vit dès son enfance dans l'exercice des plus hautes vertus. Il avait une si grande déférence pour toutes les volontés de ses parents, de ses gouverneurs et de ses maîtres, que c'était une chose inouïe qu'il résistât ou manquât à l'obéissance. Sa compassion pour les pauvres était extrême, et, n'ayant pas de quoi leur donner, il se faisait leur solliciteur et leur distribuait ensuite de ses propres mains les aumônes qu'il leur avait procurées. Il ne prenait de divertissement que dans les choses saintes et dans l'innocente représentation des cérémonies qu'il avait vu pratiquer dans l'église. Enfin, sa douceur, son ingénuité, sa modestie, sa tempérance et mille autres excellentes qualités qu'on voyait reluire dans sa conduite le faisaient respecter et chérir de tout le monde.
Il joignit bientôt l'étude à la piété, et il y réussit si parfaitement, qu'en peu d'années il devint bon orateur, excellent philosophe, savant jurisconsulte et théologien très-profond, et obtint même le grade de docteur en droit canon et en droit civil, non pas par faveur, mais pour sa capacité extraordinaire, qui le faisait considérer comme l'un des plus habiles de sa faculté. Sa retenue durant ses études fut si grande, qu'il vivait plutôt en religieux qu'en gentilhomme : de sorte qu'on le regardait déjà comme un miroir de sagesse, un modèle de perfection et un puissant frein pour arrêter le libertinage des jeunes gens, qui était extrême en ce temps-là. Étant devenu maître de son bien, il en consacra une partie, conjointement avec Jean-Baptiste, son aîné, à bâtir une chapelle à Rampazzo, dans le Vicentin, sous le nom de Sainte-Madeleine, pour la commodité des habitants de ce lieu, qui, trop éloignés de leur paroisse, se trouvaient souvent dans le danger de ne point assister au saint sacrifice. Il la dota d'un honnête revenu pour l'entretien d'un chapelain, qui serait obligé d'y célébrer assidûment la messe. Son amour pour Dieu lui fit ensuite embrasser l'état ecclésiastique : il y fut un modèle de toutes les vertus par l'exemple de sa gravité, de son recueillement, de son oraison assidue, de ses communions fréquentes, de sa charité envers les malheureux, de sa douceur et de sa patience dans l'adversité, et de toutes les autres vertus ; il réforma, lui seul, presque toute la ville de Vicence : il acquit la réputation d'un jeune homme très-pieux et très-saint.
7 AOUT.
Le désir de se perfectionner davantage et, en même temps, d'obtenir de grandes grâces par les mérites des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, l'engagea d'aller à Rome. Il voulait y demeurer caché et faire ses dévotions en secret; mais son insigne piété, jointe à sa noblesse et à son érudition, le découvrirent bientôt. Le pape Jules II voulut le voir, et, reconnaissant en lui des marques d'une éminente sainteté dont l'Église pourrait un jour tirer de grands avantages, il le pria de demeurer à sa cour. Ce n'était guère l'inclination de Gaétan, qui ne cherchait qu'à vivre retiré et solitaire, pour ne s'occuper que de Dieu seul; mais Sa Sainteté l'y engagea en lui donnant d'abord un office de protonotaire apostolique, une des prélatures les plus considérables de Rome. La compagnie des protonotaires de cette ville reconnaît encore aujourd'hui la gloire qu'elle a eue d'avoir saint Gaétan dans son corps, en s'assemblant tous les ans, au jour de sa fête, dans l'église de son Ordre, et y faisant célébrer en son honneur une messe solennelle en musique, qui est suivie de son panégyrique. Cependant ce saint homme, bien loin de prendre les mœurs et les manières des courtisans, travailla au contraire avec succès à faire prendre à ceux de la cour du Pape, quelque déréglée qu'elle fût alors, des mœurs et des manières conformes aux maximes de la piété chrétienne. Il y avait alors à Rome une congrégation appelée de l'Amour-Divin, établie dans l'église de Saint-Sylvestre et Sainte-Dorothée, dont la fin principale était d'allumer le feu de l'amour de Dieu dans les cœurs, et d'empêcher que l'hérésie, le libertinage, l'amour du plaisir et la passion de l'intérêt ne l'en bannissent. Gaétan entra dans cette Congrégation, qui était composée des plus illustres de la ville. Il n'y fut pas plus tôt entré, que, joignant la force de ses paroles et de ses exhortations à la sainteté de ses exemples, il anima tous les congréganistes à travailler avec une nouvelle ferveur à leur perfection et à la fin de leur vocation. On communiait alors fort rarement, et les personnes les plus vertueuses ne s'approchaient de la sainte Table que trois ou quatre fois l'année: mais le Serviteur de Dieu fit tant par ses remontrances, qu'on en vit bientôt plusieurs communier tous les mois, d'autres toutes les semaines, et d'autres, enfin, outre le dimanche et les fêtes, quelques jours dans la semaine. Cette coutume, continuée depuis, s'est étendue aux autres villes de la chrétienté, au grand profit des fidèles.
Le Pape lui ayant donné un bref d'extra tempora et de dispense des interstices, il reçut le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise, en trois fêtes assez proches les unes des autres. Depuis, il disait fort souvent la messe: il y apportait tant de dévotion et de ferveur, qu'on l'eût pris à l'autel pour un séraphin tout consumé des ardeurs de l'amour divin. En ce temps, il reçut du ciel une faveur bien extraordinaire: étant entré la veille de Noël dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, Notre-Seigneur se fit voir à lui dans l'état où il était à sa naissance temporelle, et la sainte Vierge lui mit entre les mains ce cher enfant, qui ne faisait que de naître, et lui fit toucher corporellement et sensiblement la très-pure chair dont le Verbe éternel s'est revêtu. C'est ainsi qu'il en parle lui-même dans une de ses lettres à sœur Laure, religieuse du couvent de Sainte-Croix, à Brescia. La mort de sa mère, Marie Porta, pour qui il obtint, par ses larmes, de ne point passer par le purgatoire, l'obligea de retourner à Vicence. La première chose qu'il y fit fut de se mettre de la congrégation de Saint-Jérôme, de celle de l'Amour-Divin, qu'il avait embrassée à Rome, et qui gardait aussi les mêmes statuts. Ses parents firent ce qu'ils purent pour l'en dissuader, parce qu'elle n'était composée que d'artisans et d'autres personnes de basse condition;
SAINT GAÉTAN OU CAJÉTAN DE TUIÈRE.
mais, comme il ne cherchait ni la grandeur ni l'éclat, mais seulement des moyens de s'avancer dans la vertu, il méprisa toutes leurs remontrances et fit écrire son nom parmi ces pauvres confrères, avec d'autant plus d'affection que cela devait lui attirer du mépris. On ne peut concevoir les avantages que cette compagnie reçut des assistances de ce zélé serviteur de Dieu. Il leur faisait souvent des exhortations et des conférences ; étant lui-même puissamment touché des vérités divines, il les en touchait ensuite si fortement, qu'on les voyait fondre en larmes, et que nul ne pouvait s'opposer à ce qu'il leur proposait pour leur correction et leur avancement spirituel. Il était surtout admirablement éloquent lorsqu'il parlait de l'amour que Notre-Seigneur nous témoigne en se donnant à nous au saint Sacrement de l'autel : et il en convainquit tellement ces pauvres gens, qu'ils établirent entre eux la sainte coutume de communier trois fois la semaine.
Ce n'était pas assez pour notre Bienheureux de s'exercer avec ses confrères dans des vertus cachées, dans le secret de leur oratoire ; il voulut aussi que sa charité se répandit sur tous les malades de la ville : il procura l'union de sa Congrégation à l'hôpital des incurables, appelé de la Miséricorde : de là des actes héroïques d'humilité, de patience, de compassion envers les misérables et de sollicitude pour les secourir. Il allait dans les maisons les plus pauvres pour les chercher et les amener à l'hôpital. Il dépensait pour leur secours presque tout son revenu et une grande partie de son patrimoine : il les servait lui-même, quelque rebutants qu'ils fussent, avec un courage invincible : il faisait leurs lits, pansait leurs plaies, nettoyait les linges et tout ce qui leur avait servi, et surtout il s'appliquait à les faire bien confesser et à les disposer saintement à la mort, lorsqu'il plaisait à Dieu de les appeler.
Cependant, comme personne n'est capable de se bien conduire lui-même, Gaétan se mit sous la conduite du Révérend Père Jean-Baptiste de Créma, de l'Ordre de Saint-Dominique, excellent directeur. Ce fut par cet organe que Dieu fit connaître ses volontés à notre Saint : il dut ainsi s'appliquer à des œuvres que son humilité l'aurait toujours empêché d'entreprendre. Lorsqu'il était dans la plus grande ferveur de ses exercices, à l'hôpital, et que sa présence y semblait le plus nécessaire, soit pour maintenir le bon ordre, soit pour entretenir la dévotion d'une infinité de personnes de la ville qui, à son exemple, y accouraient tous les jours pour servir les pauvres, soit pour achever beaucoup de projets de piété qu'il avait commencés, ce guide fidèle, qui avait pour ainsi dire le mot du ciel, lui ordonna de quitter sur-le-champ tous ces engagements et de s'en aller demeurer à Venise. Gaétan obéit aussitôt, et, fermant les yeux à toutes sortes de considérations humaines qui le pouvaient arrêter, il sortit de Vicence, son propre pays, et passa dans la ville qui lui était marquée. Cette obéissance, de quelque côté qu'on la considère, est si éminente, que nous pouvons bien la comparer à celle que fit paraître le patriarche Abraham, non-seulement lorsqu'il sortit de sa patrie et de la maison de son père, mais aussi lorsqu'il monta sur la montagne de Moriah pour y sacrifier son fils bien-aimé.
Vicence pleura amèrement la sortie et l'éloignement d'un si saint personnage, dont elle recevait de si grands avantages ; mais Venise, où sa réputation l'avait déjà devancé, le reçut avec une joie qui ne se peut exprimer. S'il changea de lieu, il ne changea pas pour cela de goûts ni de conduite. Il se logea dans l'hôpital qu'on venait de bâtir : il lui fut si utile par le sage règlement qu'il y mit, par les secours spirituels et temporels qu'il donna aux malades, par le nombre de personnes considérables que son exemple y
7 AOUT.
attirait pour assister ces membres souffrants de Jésus-Christ, qu'on n'a point fait difficulté de l'en appeler le fondateur. Il était le refuge universel de tous les affligés de la ville. Il consolait les uns, soulageait les autres dans leur pauvreté, protégeait ceux qu'il trouvait dans l'oppression, animait ceux qu'il voyait dans le découragement, donnait des solutions pieuses et savantes à ceux qui étaient dans l'inquiétude; en un mot, personne ne s'adressait à lui sans trouver dans sa charité un remède à sa peine, sans s'en retourner ou meilleur ou plus content. Mais ce qui était merveilleux, c'était de voir, avec cela, ce saint Homme, qui s'épuisait le jour et la nuit par les exercices laborieux de l'hôpital, se contenter de pain et d'eau pour sa nourriture, et, sans avoir égard à la noblesse de son sang, qui le faisait appeler le comte Gaétan, ni à sa qualité de protonotaire et de prélat de la cour romaine, ne porter qu'une soutane et un manteau de vile étoffe, qui ne le pouvaient distinguer des plus pauvres ecclésiastiques de la campagne. Les Vénitiens profitèrent extrêmement de cet exemple, et la réforme qui se fit dans la ville et dans tout l'État sur ce modèle, y attira les bénédictions du ciel et les préserva des fléaux dont, en ce temps-là, toute le reste de l'Europe fut presque accablé.
Le directeur de notre Bienheureux ne pouvait assez admirer le progrès de son disciple; il vit que Venise n'était pas le terme de ses travaux, et que Dieu le destinait à servir l'Église universelle. Il crut qu'il devait l'envoyer à Rome, la mère de toutes les Églises, afin que ce fleuve se répandît de là, comme d'une source, sur tout le monde chrétien. Il lui commanda donc, comme Dieu fit une seconde fois au patriarche Abraham, de sortir du lieu où il s'était établi pour aller exercer son zèle dans Rome. Lorsque Gaétan y fut arrivé, il se lia plus que jamais avec les grands hommes qui composaient la congrégation de l'Amour-Divin, au nombre de soixante, toutes personnes illustres, ou par leur naissance, ou par leur érudition, ou par les belles charges auxquelles ils étaient élevés, et tous animés d'un même zèle de réformer les désordres dont, non-seulement le peuple chrétien, mais aussi les Ordres ecclésiastiques étaient misérablement défigurés. Car, en ce temps, après les guerres qui avaient désolé toute l'Italie et une grande partie de l'Europe, le vice s'était tellement déchaîné et répandu sur toute la terre, et même sur les principaux membres de l'Église, qu'on pouvait, en quelque manière, lui appliquer ces paroles du prophète Isaïe: *A planta pedis usque ad verticem non est in ea sanitas; « elle n'a pas une partie saine depuis la plante des pieds jusqu'au plus haut de la tête »*. Le but de cette Congrégation était donc de corriger de si grands maux, et ils tâchaient au moins d'y remédier dans la ville de Rome, afin que, celle qui était comme la tête étant guérie, la santé se pût communiquer plus facilement à toutes les autres.
Mais comme, avec tous leurs efforts, ils n'avançaient pas beaucoup, Dieu inspira à quatre des principaux de cette compagnie d'instituer un Ordre de Clercs réguliers qui, vivant dans la plus sainte réforme que l'on puisse imaginer, travailleraient continuellement à rendre au clergé l'ancien éclat qu'il avait eu du temps des Apôtres. Le premier fut Jean-Pierre Caraffa, alors évêque de Théate ou Chiéti, dans le royaume de Naples, et archevêque de Brindes, et depuis cardinal et pape sous le nom de Paul IV; le second fut Gaétan de Thicne, qui est le Saint dont nous écrivons la vie; le troisième fut Paul Consiglieri, de la noble famille des Ghisléri, qui joignit toute sa vie une éminente sainteté à une sagesse et une prudence consommées; le quatrième fut Boniface de Colle, d'une ancienne maison de la ville d'A-
lexandrie, dans le Milanais, qui montra bien, par un grand nombre d'actions héroïques, qu'il était très-digne d'être du nombre de ces bienheureux instituteurs.
Saint Gaétan fut celui qui fit la première proposition d'un établissement si utile au Christianisme. Dieu lui en avait donné la pensée dès qu'il était à Venise ; mais le temps de la faire éclater n'était pas encore arrivé. Etant à Rome, il la communiqua à Boniface de Colle, qui, méditant aussi le même dessein, se joignit volontiers à lui pour en procurer l'exécution. D'ailleurs, l'évêque de Théate, à qui les désordres qu'il voyait dans le clergé causaient une douleur inconcevable, formait en secret un semblable projet, et n'attendait que l'occasion de le faire réussir. Ainsi ayant été informé que Gaétan en avait ouvert la proposition, il le vint trouver, lui témoigna sa joie d'une entreprise si glorieuse, et le supplia de le recevoir pour compagnon dans le nouvel Ordre qu'il voulait établir. Le Saint refusa d'abord, n'approuvant pas qu'un si grand prélat quittât son Eglise et le service du Saint-Siège pour se faire religieux. Mais l'évêque redoubla d'instances jusqu'à le jeter à ses pieds et le rendre responsable de son âme s'il lui refusait cette faveur. Gaétan fut obligé de condescendre à ses désirs. Paul Consiglieri, qui était le dépositaire de tous les secrets de cet évêque, le suivit. Ainsi, ces quatre fondateurs étant assemblés le jour de l'Invention de la sainte Croix, l'an 1524, supplièrent le pape Clément VII de les décharger de leurs bénéfices, et d'approuver l'institution que le Saint-Esprit leur avait inspirée. Sa Sainteté eut beaucoup de peine à accepter la démission que l'évêque de Théate voulait faire de son évêché ; mais il se rendit à la fin à la force de ses raisons et de ses prières. Le collège sacré des cardinaux fut consulté sur le projet de ce nouvel établissement ; il y trouva aussi de grandes difficultés, parce que ces zélés fondateurs ne voulaient pas seulement vivre sans fonds et sans revenus fixes et assurés, comme les religieux de saint François ; mais ils voulaient, de plus, s'obliger à ne jamais rien demander, et à attendre sans quêter ce que la Providence divine leur enverrait pour leur subsistance : ce que la plupart des cardinaux jugeaient impossible. Car, quelle apparence, disaient-ils, que des communautés entières puissent vivre sans rien avoir, sans rien gagner de leurs mains et sans rien demander ! Qui est-ce qui saura leurs besoins ? Qui est-ce qui devinera leurs nécessités ? Et les personnes les plus charitables, faute de réflexion sur leur indigence, ne les laisseront-elles pas continuellement manquer des choses les plus nécessaires à la vie ? Mais l'évêque de Théate et saint Gaétan réfutèrent cette objection, et montrèrent que cette conduite était tout à fait apostolique et évangélique, étant fondée sur l'exemple et la promesse de Jésus-Christ et sur la pratique des Apôtres et des premiers disciples, qui ne possédaient rien, et néanmoins ne quittaient point et attendaient leur subsistance de la charité libre et prévenante des fidèles ; ils obtinrent enfin l'approbation qu'ils demandaient.
Ainsi, en la même année 1524, le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la sainte Croix, ces quatre fondateurs ayant renoncé à tous leurs bénéfices et à tous leurs biens, dont les pauvres eurent la meilleure part, firent profession dans l'église de Saint-Pierre, au Vatican, entre les mains du seigneur Jean-Baptiste Bonzien, évêque de Caserte et dataire apostolique, que le Pape avait député pour recevoir leurs vœux. La bulle d'approbation avait été expédiée le 25 juin d'auparavant : le Pape leur donne absolument et sans restriction le nom de Cleres réguliers, comme par précipité et par excellence. Ils procédèrent aussitôt à l'élection d'un supérieur, qui fut l'évêque
7 AOUT.
de Théate, à qui Sa Sainteté avait conservé le titre d'évêque : d'où le nom de Théatins donné à ces religieux.
Voici les principales fins de cet institut : 1° donner un modèle aux clercs, qui vivaient, à cette époque, dans de graves désordres, et avaient grand besoin de réforme ; 2° donner l'exemple d'une parfaite pauvreté ; 3° rétablir la propreté des églises et des autels et la majesté des saintes cérémonies, qui se faisant sans révérence, donnaient lieu aux hérétiques de les décrier et de les faire passer pour des superstitions ; 4° animer les fidèles à la fréquentation des Sacrements, qui étaient alors si peu en usage, que la plupart des chrétiens ne se confessaient et ne communiaient qu'une fois l'an, et le faisaient sans contrition, sans dessein de s'amender, et avec une nonchalance qui faisait gémir le peu qui restait de gens de bien ; 5° d'annoncer d'une manière savante et pieuse la parole de Dieu, que les prédicateurs d'alors mêlaient souvent à un langage profane et ridicule ; 6° de visiter les malades pour les disposer à recevoir les Sacrements, et surtout fortifier les agonisants contre les tentations du démon et les assauts de la mort ; 7° accompagner les malfaiteurs au supplice, afin de leur faire éviter la rigueur des châtiments éternels ; 8° poursuivre partout les hérésies qui s'étaient renouvelées, depuis quelques années, par l'impiété de Luther et de quelques autres apostats d'Allemagne. On voit par là combien cet institut fut utile à l'Église, d'autant plus qu'il a aussi servi de modèle à l'établissement de plusieurs autres compagnies de Clercs réguliers qui se sont répandues par tout le monde chrétien et y ont beaucoup servi à la confirmation de la foi et au rétablissement des bonnes mœurs.
Lorsque les quatre fondateurs eurent fait leur profession, ils se retirèrent au Champ-de-Mars, dans une maison qui avait appartenu à Boniface de Colle. Ils y joignirent les exercices de la vie active à ceux de la vie contemplative. Gaétan s'appliqua avec encore plus de ferveur que les autres à l'oraison, à la célébration des divins Mystères, à l'administration des Sacrements, à la prédication de la parole de Dieu, à la visite des hôpitaux et à l'assistance des malades. Il fit principalement éclater son zèle et sa générosité dans une maladie contagieuse qui s'alluma en Italie et se répandit jusque dans la ville de Rome. Car les hôpitaux s'étant, en peu de temps, remplis de malades, on l'y voyait continuellement, avec ses confrères, s'appliquer au secours de ces malheureux, soit pour le rétablissement de leur santé, soit pour les consoler et les préparer à leur dernière heure, si leur maladie était mortelle. En un mot, la vie et la conduite de ces saints ecclésiastiques étaient si pures et si édifiantes, que le nom de Théatins commença à être pris communément pour celui de pieux et de saint : ce qui fit qu'on appela Théatins tous ceux qui, dans Rome, faisaient profession d'une réforme et d'une piété extraordinaires. Plusieurs personnes de mérite se joignirent aussi à cette bienheureuse troupe, et le nombre des Clercs réguliers monta jusqu'à douze, qui n'avaient tous qu'un cœur, qu'une âme, qu'un esprit, qu'une volonté et qu'une inclination : c'était d'aimer Dieu et de le faire aimer de tout le monde. Leur maison du Champ-de-Mars devint trop petite pour leur nombre ; ils furent obligés d'en prendre une autre sur le Mont-Pincio. Ils avaient séjourné deux ans dans la première.
Ils n'habitèrent guère non plus la seconde que deux ans ; il leur fallut la quitter à la prise de Rome par Charles de Bourbon, connétable de France, qui avait abandonné le service de François Ier, son roi et son légitime seigneur, pour se donner à Charles-Quint, empereur, dont il conduisait l'armée. On ne peut concevoir les violences, les meurtres, les sacrilèges et les im-
piétés que commit cette armée conquérante dans la ville capitale de la chrétienté. Comme elle était composée de barbares, d'hérétiques et de libertins qui n'avaient ni foi ni religion, ils profanèrent les églises, renversèrent les autels, foulèrent aux pieds les saints Mystères, brûlèrent les reliques des Saints, violèrent les tombeaux, et allèrent chercher des richesses jusque dans les sépulcres des morts. Leur avarice étant insatiable, il n'y avait point de maison où ils n'entrassent et ne fissent des violences inouïes, non-seulement pour emporter l'argent et les meubles qui y étaient, mais aussi pour faire découvrir ceux qu'ils croyaient y être cachés. Ils fouettèrent les plus notables bourgeois, en appliquèrent d'autres aux plus horribles questions, et en pendirent ou égorgèrent même plusieurs. Les Clercs réguliers, en cette occasion, firent des actes héroïques de générosité chrétienne. Ils tâchèrent d'arrêter l'insolence des officiers et des soldats, tantôt par leurs prières, tantôt par des remontrances terribles, en les menaçant de la colère de Dieu.
Ils allaient de tous côtés pour secourir et soigner les blessés, pour assister les personnes mourantes, pour consoler ceux que la perte de leurs biens et de leurs enfants allait jeter dans le désespoir, et pour remontrer à tout le monde que ce châtiment était une juste punition de leur vie criminelle et scandaleuse. Que ne fit point Gaétan en son particulier ? Que de coups ne reçut-il point ? Que de blessés ne transporta-t-il point dans leurs maisons pour y être pansés ? Que de désespérés ne remit-il point dans un entier abandon aux volontés de Dieu ? Que de mourants n'envoya-t-il point dans le ciel par le bienfait de l'absolution sacramentelle ? Que de morts ne chargea-t-il point sur ses épaules pour les enterrer dans les cimetières ?
Mais lorsque ces héros de la charité eurent essuyé tant de travaux et de peines pour le secours de leur prochain, ils furent eux-mêmes l'objet de la recherche et de la fureur de cette tourbe insolente et impitoyable. Nous ne dirons point combien ils souffrirent de la faim pendant quelques jours : les plus riches étant réduits à la misère, il n'y avait personne qui leur fit ces aumônes volontaires qui étaient tout leur revenu : la divine Providence, à laquelle ils s'étaient abandonnés, les pourvut de vivres par le moyen d'un pauvre homme qui ramassait de côté et d'autre ce que les soldats trop chargés laissaient tomber de leur butin, ou bien quelques restes de leurs orgies. Un de ces impies, qui avait servi autrefois saint Gaétan à Vicence, et s'était depuis enrôlé dans les troupes de Georges Freisperg, luthérien fanatique et brutal, qui, en venant à Rome, montrait continuellement un cordon d'or, dont il disait qu'il voulait étrangler le Pape, ayant reconnu son ancien maître, et croyant qu'il était encore riche comme il l'avait vu autrefois lorsqu'il était à son service, anima ses compagnons à se jeter sur la maison des Clercs réguliers pour la piller. Le pillage fut bientôt fait : cette maison était si pauvre, qu'il ne s'y trouvait presque rien à prendre ; mais comme ces soldats se persuadèrent que ces prêtres avaient caché quelque part leur or et leur argent, ils leur firent souffrir mille maux pour les obliger à le découvrir. Saint Gaétan, en particulier, passa par des tortures très-cruelles : on lui serra les doigts dans l'ouverture d'un coffre, on le pendit par des endroits du corps extrêmement sensibles, on le chargea de coups, et on lui fit des violences semblables à celles qu'on faisait autrefois aux martyrs. Les premiers soldats s'étant lassés de le tourmenter avec ses confrères, d'autres survinrent, plus furieux que les premiers ; ces barbares, n'ayant pu arracher de la bouche des religieux l'aveu d'un trésor qu'ils n'avaient point, les menèrent en prison pour les tourmenter plus à
VIES DES SAINTS. — TOME IX.
7 AOUT.
loisir. La patience de ces saints prêtres, au milieu de tant de maux, fut merveilleuse : ils ne faisaient que bénir Dieu, implorer son secours pour le soulagement du peuple romain, et chanter ses louanges, non-seulement dans leur église, tant qu'ils y demeurèrent, mais aussi dans les deux prisons où ils furent traînés. Ce fut ce chant de l'office divin qui donna occasion à leur délivrance : car un maître de camp ayant entendu leur voix, et s'étant transporté au lieu où ils étaient, fut si touché de leur modestie, de leur gravité et de leur dévotion, qu'il les fit élargir.
Lorsqu'ils furent délivrés, ne pouvant supporter les profanations qui se faisaient partout dans Rome, et ne croyant pas y pouvoir apporter remède, ils résolurent de se retirer. Ils sortirent donc de cette ville pillée et brûlée, sans autre bien que les habits qu'ils avaient sur le corps et leur Bréviaire qu'ils portaient sous le bras. La Providence ne les abandonna point en cette occasion : ils trouvèrent un homme qui leur donna une barque pour les conduire au port d'Ostie. Un capitaine des troupes romaines ayant fait faire une décharge sur eux, croyant que c'étaient des soldats de l'empereur qui emportaient une partie de leur butin, nul de leur compagnie ne fut blessé. Ce capitaine les ayant reconnus, et, parmi eux, un de ses neveux, donna des provisions pour leur voyage ; enfin, le provéditeur général des galères vénitiennes, qui se trouva à Ostie, les fit embarquer sur son vaisseau, et les conduisit sûrement à Venise. Ce fut là que l'Ordre des Clercs réguliers prit une seconde naissance. La république les logea premièrement à Sainte-Euphémie, qui est une paroisse hors de la ville, puis on leur donna l'église et la maison de Saint-Georges ; enfin, pour les rendre plus utiles à cette grande ville, on les mit à Saint-Nicolas de Tolentino.
Pendant qu'ils étaient à Saint-Georges, les trois ans de supériorat de l'évêque de Théate étant expirés, saint Gaétan fut unanimement élu supérieur. Il n'accepta cette charge qu'à regret et contre toutes ses inclinations ; mais cela n'empêcha pas qu'elle ne lui fût continuée pendant trois ans, comme elle avait été continuée à son prédécesseur. Il fit des merveilles, durant ce temps, pour la réforme des mœurs du peuple et du clergé de Venise. L'exemple de sa vie solitaire et mortifiée, son application infatigable à écouter les confessions, à visiter les malades, à secourir les pauvres dans les hôpitaux, à prêcher la parole de Dieu et à exhorter chacun à son devoir, enfin son parfait désintéressement dans des fonctions si laborieuses, firent tant d'impression sur tous les esprits, qu'on ne put se défendre de recevoir les règles de vie chrétienne qu'il proposait à toutes sortes de conditions. On ne saurait croire ce qu'il fit encore dans la peste dont la ville de Venise fut alors affligée. Il visitait les pestiférés, les pansait de ses propres mains, leur administrait les Sacrements, et était le premier à leur donner tous les secours qu'ils pouvaient recevoir en cet état. La famine ayant succédé à la peste, comme la peste avait été un fruit de la guerre, Gaétan oublia qu'il était le père des Clercs, pour se faire le père des pauvres ; un grand nombre s'étaient retirés à Venise, parce que la république y avait fait des provisions considérables de blé ; ces troupes d'affamés trouvèrent dans sa charité un soulagement continuel à leur misère. Il était pauvre comme eux, et ne vivait que d'aumônes aussi bien qu'eux ; mais, n'ayant rien pour lui-même, il avait beaucoup pour les autres pauvres, parce que ses exhortations et ses remontrances faisaient ouvrir les bourses et les greniers des plus riches pour assister ceux qui étaient dans le besoin.
Au bout de trois ans, il eut pour successeur l'évêque de Théate, qui
SAINT GAÉTAN OU GAJÉTAN DE THÈNE.
avait été son prédécesseur. Ce fut en ce temps qu'il alla à Vérone pour engager le peuple de cette ville à recevoir avec soumission les sages ordonnances de son pasteur, qui ne demandait autre chose que sa correction et sa sanctification. Il y trouva tout le monde en rumeur et les ecclésiastiques conjurés avec les laïques contre la réforme que l'excellent prélat Mathieu Giber y voulait établir ; mais à peine y fut-il arrivé que les choses changèrent de face. Tous les Ordres de la ville écoutèrent avec respect les remontrances qu'il leur fit, et il dompta si parfaitement leur opiniâtreté, qu'ils se rendirent enfin aux justes désirs de leur évêque. Ainsi, le clergé fut réformé, le peuple sortit de ses désordres pour se soumettre aux règles de la piété chrétienne. Saint Charles Borromée, voulant depuis réformer son Église de Milan, ne prit point d'autre modèle que la belle discipline qui était observée dans l'Église de Vérone.
Peu de temps après, notre Saint fut envoyé à Naples pour y fonder une maison de Clercs réguliers. Il se mit aussitôt en devoir d'obéir, quoique ce fût dans les jours caniculaires, où les voyages sont très-incommodes et même très-dangereux et mortels en Italie.
L'évêque de Théate, qui avait un souverain respect pour sa vertu et pour ses grands mérites, le pria de prendre le compagnon qu'il lui plairait. « Comment », s'écria-t-il, « que je prenne le compagnon que j'aimerai le plus ! Non, ce n'est pas ainsi qu'on obéit. Je prie, au contraire, mon Sauveur (il se tourna alors vers le crucifix), oui, je le prie d'inspirer à Votre Révérence de me donner celui qu'il sait être le moins conforme à mon humeur et à ma volonté ». L'évêque, admirant son humilité, lui assigna pour compagnon un excellent prêtre et prédicateur appelé Jean Marinon. En passant par Rome, il alla baiser les pieds du Pape et lui demander sa bénédiction. Le Pape, lui voyant et à son compagnon le visage tout brûlé des ardeurs du soleil, leur dit : « Comment est-ce, mes enfants, que vous vous êtes mis en chemin dans les ardeurs de cette canicule et avec tant de danger de votre vie ? » Le Saint répondit humblement : « Il vaut mieux, Saint-Père, mépriser sa vie que manquer d'obéissance à vos commandements ».
Lorsqu'il fut à Naples, il prit possession d'une maison hors de la ville, que le comte d'Oppido lui avait préparée pour ce nouvel établissement, et écrivit à l'évêque de Théate, son supérieur, pour avoir un plus grand nombre d'ouvriers. Cependant ce comte, ne pouvant goûter la pauvreté dont le bienheureux Gaétan faisait profession, le pria instamment de prendre quelques revenus pour faire subsister sa communauté naissante, lui représentant qu'il était impossible qu'une grande compagnie persistât longtemps sans ce secours, et que si elle recevait alors des aumônes suffisantes pour sa nourriture, il n'en serait pas de même dans la suite des temps, lorsque la charité du peuple en son endroit serait refroidie. Mais le Saint, persuadé par les paroles de l'Évangile, que tant que ses religieux mettraient leur confiance en Dieu, ils ne manqueraient point des choses nécessaires à la vie, et indifférent à leur sort s'ils cessaient d'avoir cette confiance, rejeta entièrement cette proposition comme contraire à l'esprit et aux constitutions de son Institut. Le comte ne se tint pas pour battu ; il employa d'autres religieux de grande réputation pour fléchir l'obstination de Gaétan. Alors ce saint homme, qui n'avait pas renoncé à ses biens pour s'enrichir des aumônes des fidèles, leur dit : « Faites-moi la grâce, mes frères, de me déclarer quelle assurance vous avez de recevoir annuellement vos pensions, vos rentes et vos revenus ? » — « Nous en sommes sûrs », dirent-ils, « parce
7 AOUT.
que le fonds nous appartient et que nous en sommes les propriétaires légitimes ». — « Mais qui vous assure », ajouta-t-il, « que vos fermiers vous paieront bien et qu'ils ne retiendront par pour eux les fruits de vos fonds et de vos héritages ? » — « C'est », répliquèrent-ils, « que nous en avons des contrats et des baux en bonne forme, en vertu desquels nous pouvons les contraindre au paiement ». — « Oh ! que notre mense », dit alors Gaétan, « est bien mieux établie que la vôtre, puisqu'elle est appuyée, non pas sur l'écriture et les seins des hommes, mais sur la parole et la promesse de Dieu même, qui nous dit dans saint Matthieu : Ne vous inquiétez point, disant : Que mangerons-nous et que ferons-nous et de quoi serons-nous vêtus ? car votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses : cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tous ces secours vous seront donnés ».
Il objecta que son Ordre avait jusque-là éprouvé la vérité de ces promesses de Dieu. Le comte lui dit que Venise était autre chose que Naples, parce qu'à Venise il y avait peu de luxe et beaucoup de richesses, au lieu qu'à Naples il y avait peu de richesses et beaucoup de luxe : « Je crois néanmoins », repartit le Saint, « que le Dieu de Venise est le Dieu de Naples ». La discussion fut terminée par ce beau mot, et la pauvreté de Gaétan triompha de la libéralité du comte d'Oppido. Cependant, quelques jours après, le même comte étant revenu à la charge, le Saint, ne pouvant souffrir que son Ordre se relâchât dès sa naissance d'une observance qui était tout son soutien, commanda un matin à ses religieux de prendre leurs habits et leurs bréviaires, et, sortant avec eux de la maison, il en fit fermer les portes et en renvoya les clefs au fondateur, lui mandant qu'ils n'avaient que faire à Naples s'ils ne pouvaient pas y vivre en Clercs réguliers.
Ils prirent donc le chemin de Venise ; mais le comte envoya promptement après eux, et leur fit faire tant d'instances qu'ils rentrèrent enfin dans Naples. Ils ne retournèrent pas néanmoins à leur première maison, mais à une autre que Marie Laurence, supérieure du couvent de la Sapience, fit louer pour eux au dedans de la ville, auprès de l'hôpital des Incurables, dont l'église s'appelle Sainte-Marie du Peuple. Saint Gaétan fit alors dans cette grande ville ce qu'il avait fait à Venise, et elle en reçut des avantages merveilleux. Beaucoup de prêtres séculiers se réformèrent sur l'exemple des réguliers, et commencèrent à vivre avec plus de sainteté et à s'acquitter plus dignement de leur ministère. Les magistrats et le peuple profitèrent aussi de ses instructions, et l'on vit bientôt le luxe diminuer, les débauches devenir plus rares, et la charité envers les pauvres s'échauffer notablement. Les vertus du Saint étaient si édifiantes, qu'on ne pouvait le regarder sans être touché d'un sentiment de piété. Il commença aussi dès lors à faire des miracles. Un des frères laïques, sortant de la maison pour aller à quelque fonction qui lui était prescrite par obéissance, se blessa si notablement à une grille de fer, que l'os près du talon s'était cassé et plusieurs abcès s'y étant faits, les chirurgiens ne trouvaient plus d'autre moyen de le guérir, ou de le préserver de la mort, que de lui couper la jambe. Saint Gaétan les pria de différer l'opération jusqu'au lendemain, et, la nuit, étant entré dans la chambre du malade, il lui débanda le pied, baisa sa plaie, fit dessus le signe de la croix, et lui recommanda d'espérer en Dieu et d'implorer le secours de saint François ; ensuite il lui remit ses bandages, fit une courte prière et s'en retourna dans sa cellule. Le malade s'endormit, et, le lendemain, les chirurgiens étant venus pour faire l'opération, lui trouvèrent le
pied aussi sain que s'il n'avait jamais eu de plaie. Cette merveille fut bientôt publiée partout, et nous la trouvons approuvée dans les informations qui ont été faites pour la canonisation de ce grand serviteur de Dieu. Un autre de ses religieux ayant perdu le bon sens, il le lui rendit par la force de ses oraisons : ce qui, parmi les miracles des Saints, est assez extraordinaire.
Le pape Paul III, qui avait succédé à Clément VII, ayant donné le chapeau de cardinal à l'évêque de Théate, supérieur des Clercs réguliers, notre Saint fut obligé de faire un voyage à Rome pour l'assemblée générale de son Ordre. Comme les trois ans du supériorat de Naples étaient finis, il y fit substituer un autre religieux de grande vertu. Ce religieux se plaignait à lui-même de cette disposition, croyant qu'on l'avait chargé d'un poids trop pesant pour lui. Mais le Saint lui fit cette sage réponse : « La charge que l'on vous a donnée, mon père, vous sera aisée à porter, si vous avez soin de vous faire aimer en Notre-Seigneur de ceux qui vous doivent obéir ». Il ne laissa pas de retourner à Naples ; là, bien qu'il ne fût pas supérieur et qu'il n'eût point d'autre souhait que d'être le dernier de tous les frères, il demeura néanmoins chargé de la principale direction des affaires ; comme, en effet, en qualité de fondateur et d'instituteur, il devait être le premier mobile de toutes choses. Voyant que la maison qu'on lui avait donnée auprès des Incurables n'était pas assez grande pour une communauté, et qu'il se présentait tous les jours de nouveaux obstacles, pour en avoir une plus commode, il prit une seconde fois la résolution de sortir de la ville et de s'en retourner à Venise : et il l'eût infailliblement exécutée, si le vicaire-roi, qui savait combien les Clercs réguliers faisaient de fruits dans Naples, ne s'y fût opposé et ne lui eût fait donner l'église paroissiale de Saint-Paul le Majeur, avec une maison voisine, située dans un quartier très-avantageux.
Lorsqu'il fut paisible en cette nouvelle demeure, il redoubla ses travaux et ses soins pour le secours spirituel et temporel de toute la ville. Ce fut par ce moyen qu'il découvrit trois pernicieux hérétiques qui, sous des habits saints et une belle apparence de vertu, cachaient l'impiété du luthéranisme dont ils étaient infectés et qu'ils répandaient partout. Le premier était Jean Valdès, gentilhomme de Catalogne, qui, après avoir semé ses erreurs dans son pays, était passé à Naples pour y séduire le peuple et le faire luthérien ; le second était Pierre Vermili, surnommé Martyr, homme éloquent, mais que son apostasie de l'Ordre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin et sa rébellion contre l'Église ont rendu infâme dans l'esprit de tous les véritables catholiques ; le troisième était Bernardin Ochin, un des grands prédicateurs de son siècle, et qui même avait été général de l'Ordre des Capucins, mais que sa vanité, son ambition et son impudicité avaient précipité dans l'erreur ; tout était à craindre d'un triumvirat si redoutable, et on ne peut croire combien ces nouveaux prédicants, que l'on regardait comme des hommes apostoliques, corrompaient d'esprits et engageaient de monde dans l'impiété et l'hérésie. Mais saint Gaétan, avec le Père Jean Marinon, étant allés les entendre, découvrirent le poison que ces enfants de Babylone donnaient dans des coupes d'or, et sans perdre de temps ils en écrivirent au cardinal théatin : à cette nouvelle, les trois imposteurs, craignant d'être arrêtés, sortirent de Naples et de toute l'Italie. Chacun sait qu'ils moururent depuis misérablement, haïs et détestés de tout le monde et même des hérétiques.
Ce grand service que saint Gaétan avait rendu à la ville de Naples aug-
7 AOUT.
menta l'affection que tous les gens de bien lui portaient. Il fut néanmoins obligé de s'en absenter et de retourner à Venise, où, après ses trois ans d'obéissance, on l'avait de nouveau élu supérieur. Mais cette absence ne fut aussi que de trois ans ; et, à la fin de ce temps, il fut rendu à Naples par le Chapitre général de son Ordre, qui lui donna pour la seconde fois le gouvernement de cette maison. Ces divers changements ne changèrent rien dans sa manière de vivre. Il était toujours le même, sévère et impitoyable à son propre corps, mais plein de douceur et de bonté pour tous les autres. Sa mortification était si grande, que, lorsque l'empereur Charles-Quint vint à Naples après la défaite des infidèles en Afrique et la prise de la ville de Tunis, quoique la pompe de son entrée fût une des plus éclatantes et des plus magnifiques qui ait jamais été faite à aucun empereur et que le Saint n'eût qu'à ouvrir sa fenêtre pour voir la plus grande partie de cette magnificence, il s'en priva néanmoins pour l'amour de Dieu et demeura en oraison durant tout le temps de cette cérémonie. Il n'était jamais sans faire quelque pénitence corporelle : la haire ou le cilice était son vêtement ordinaire ; sa tempérance et sa sobriété étaient si grandes qu'elles valaient bien un jeûne continuel ; il passait même quelquefois les nuits entières à se déchirer les épaules par des disciplines sanglantes et impitoyables, ce qui venait de ce qu'il baissait extrêmement sa chair et la regardait comme une ennemie dangereuse et irréconciliable. Un jour, il lui échappa de dire qu'il ne la baissait pas moins que le démon. Il n'y eut jamais d'homme plus passionné pour la gloire de Dieu, ni plus ardent pour procurer le salut des âmes que lui ; c'était là son application continuelle, et c'est ce qui lui mérita le beau surnom de Chasseur des âmes (*Venator animarum*). Comme il était très-assidu à l'oraison et qu'il y demeurait sept ou huit heures de suite, tout baigné de larmes et tout abîmé en Dieu, il y recevait aussi des grâces et des faveurs inestimables. Nous avons déjà remarqué celle dont il fut honoré à Rome lorsque la sainte Vierge lui mit l'adorable Enfant Jésus entre ses mains. Une autre fois, Notre-Seigneur lui apparut avec ses plaies sanglantes et l'invita d'approcher sa bouche de son côté pour y sucer les douceurs qui coulent abondamment de son cœur. Et encore un autre jour, ce divin Souffrant l'appela, afin qu'il l'aidât à porter sa croix. C'était sans doute la croix de l'iniquité des hommes, dont Gaétan sentait vivement la pesanteur et l'amertume et qui le faisait pleurer et gémir continuellement. Ses extases et ses ravissements étaient fréquents, et il y recevait de grandes lumières et même des connaissances prophétiques des choses absentes et de ce qui n'était pas encore arrivé. Ses dévotions particulières, après le culte et l'adoration de Dieu, avaient pour objet la sainte Vierge, qu'il joignait toujours à son Fils, ne prononçant jamais guère le nom de Jésus qu'il n'ajoutât ces mots : « Fils de Marie » ; envers l'apôtre saint André, à cause du désir très-ardent qu'il a eu de souffrir pour Jésus-Christ, et envers saint François d'Assise, à cause de son grand amour pour la pauvreté. Cette vertu était aussi la plus chère à saint Gaétan ; il fut près de sortir de Vérone, parce que l'évêque le traitait trop bien et plus splendidement que ne demandait la pauvreté religieuse. Enfin, pour renfermer en un mot toutes ses vertus, c'était un homme tout céleste et qui, n'ayant presque plus rien sur la terre, ne désirait et ne goûtait plus que Dieu seul ; aussi, un jour, durant sa prière, il lui sembla que son cœur se détachait de sa poitrine et s'envolait dans le ciel.
Les nécessités de l'Église, affligée de tous côtés par la rébellion des hérétiques et par les guerres sanglantes entre les royaumes catholiques, lui
SAINT GAÉTAN OU GAJÉTAN DE THIÈRE.
firent redoubler ses pénitences et ses prières pour apaiser la colère de Dieu allumée contre son peuple. Il y fut encore engagé par une horrible sédition qui survint à l'occasion de l'inquisition que le Pape et le roi d'Espagne y voulurent établir pour arrêter le cours des hérésies, mais que le peuple ne voulait pas recevoir, comme contraire à ses privilèges. Il faisait donc tous les jours faire des processions et chanter des litanies où l'on ajoutait cette prière : *Ut civitatem istam defendere, pacificare, custodire, et conservare digneris, te rogamus audi nos* ; « Daignez, Seigneur, défendre cette ville, la pacifier, la protéger et la conserver. Nous vous en prions, écoutez-nous ». Ensuite on disait ces paroles de Daniel : *Exaudi, Domine, placare, Domine, attende et fac, ne moreris propter temetipsum, Deus meus, quia nomen tuum invocatum est super civitatem istam et super populum tuum* ; « Exaucez-nous, Seigneur, apaisez-vous, Seigneur, jetez sur nous un œil de compassion et de bienveillance, et faites ce que nous attendons de votre bonté. Ne différez point, mon Dieu, de nous secourir. Il y va de votre honneur et de votre gloire, parce que votre nom est invoqué sur cette ville et sur votre peuple ».
Cependant, par un secret jugement de la divine Providence, les maux, bien loin de diminuer, s'aigrirent et s'augmentèrent davantage, les crimes se multiplièrent ; le concile de Trente, qui avait été assemblé pour condamner les hérésies et pour réformer les mœurs des catholiques, fut transféré, à cause de la peste, et il n'y avait presque plus d'apparence que les désordres de la chrétienté finissent bientôt. Ces grandes calamités affligèrent si fort saint Gaétan, qu'étant d'ailleurs très-affaibli par ses austérités extraordinaires et ses larmes continuelles, il en tomba grièvement malade. Le médecin étant venu le visiter, voulut le faire coucher sur un matelas : « Moi sur un lit moelleux ! » dit le Saint, « à Dieu ne plaise ; je veux et je dois mourir sur la cendre et le cilice. Oui, sur la cendre et le cilice ; c'est le moins que je puisse faire, après que Jésus-Christ est mort sur une croix, percé de clous et d'épines ». Il ne voulut point non plus qu'on fit de consultation pour lui, disant au même médecin « que ces secours extraordinaires n'étaient point convenables à un corps méprisable comme le sien, et que c'était assez pour un pauvre religieux d'être soigné par un médecin ». Ses enfants ne l'abandonnèrent point, de peur de perdre une seule de ses paroles. Il les exhorta à la persévérance dans la sévère pauvreté de leur institut, aux fonctions apostoliques pour le salut et la sanctification des âmes, à l'union étroite entre eux et à la défense de l'Église contre les hérétiques. Ensuite il leur demanda humblement pardon, bien qu'il ne crût pas en avoir jamais offensé aucun ni d'action, ni de paroles, ce qui est bien merveilleux dans un homme qui les avait conduits et gouvernés tant de temps. Enfin, après avoir reçu les trois Sacrements dont l'Église secourt les malades en cette extrémité, tenant des deux mains un crucifix qu'il regardait d'un œil plein d'amour et néanmoins baigné de larmes, et devant lequel il répétait à tous moments ces paroles de Daniel ; *Placare, Domine, attende et fac*, il rendit son esprit à Dieu pour être couronné d'une gloire immortelle, le 7 août 1547, la vingt-troisième année de la fondation de son Ordre et la soixante-septième de son âge.
Le jour de sa mort, les troubles de cette ville furent entièrement apaisés : tout le monde y vit une marque du bonheur éternel de Gaétan et de son grand crédit dans le ciel. Dieu a fait depuis des milliers de miracles par l'invocation de son nom. Une personne qui avait de la dévotion pour lui ayant imploré son assistance, il lui apparut et lui dit que, pour mériter
7 AOUT.
d'être exaucée, elle devait dire, neuf jours durant, neuf fois le Pater, l'Ave Maria et le Gloria Patri devant sa chapelle ou devant une de ses images ; ce qu'elle fit avec un très-heureux succès. Dans la suite, cette dévotion a été pratiquée par une foule de chrétiens qui en ont éprouvé la vertu, et on l'éprouve encore tous les jours, puisque les merveilles qui se font par l'intercession de saint Gaétan sont en si grand nombre, qu'on publie partout que Dieu les verse comme la pluie.
Les anciens miracles avaient porté le pape Urbain VIII à béatifier saint Gaétan, en 1629; les nouveaux ont porté le pape Clément X à le canoniser en 1669.
Deux ans après la mort de Gaétan, en 1549, Caraffa fut nommé archevêque de Naples, mais les Espagnols l'empêchèrent d'occuper son siège. La même année il obtint l'évêché de Sabine; il assista au conclave de 1550, dans lequel fut élu Jules III, et enfin, après les vingt et un jours du règne de Marcel II, Caraffa fut élu Pape sous le nom de Paul IV. Il fit don à sa congrégation des Théatins de l'église paroissiale de Saint-Sylvestre, sur le Quirinal; plus tard elle obtint une résidence encore plus considérable à Rome, la duchesse d'Amalfi, Constance Piccolomini, lui ayant donné son palais, auprès duquel les Théatins bâtirent la magnifique église de Saint-André della Valle. Paul IV accorda diverses faveurs à sa congrégation, plaça des supérieurs dans les maisons de Venise, Naples et Rome, pour cinq ans, et sépara, en 1555, les Somasques des Théatins, qui avaient été réunis en 1546. En 1557, Paul Consiglieri mourut, et un an après Boniface de Colle. L'ordonnance émanée de Paul IV pour la nomination des supérieurs ne survécut point à son auteur, et en 1560 les Clercs réguliers décrétèrent à Venise qu'ils se réuniraient en chapitre et que les statuts du chapitre dirigeraient la congrégation. Il en résulta un grand nombre d'excellentes ordonnances qui s'appliquèrent à une foule de maisons nées successivement, et en peu de temps, à Padoue, Plaisance, Milan, Capoue, Crémone, Spolete, etc., toutes surveillées, à dater de 1572, par des visiteurs spéciaux. Les Théatins fondèrent en outre six maisons à Naples, deux à Rome, deux à Venise, et se propagèrent en Espagne, en Pologne, en Allemagne, en Bavière. En 1644, ils obtinrent, sous le ministère du cardinal Mazarin, une maison à Paris; mais elle fut la seule qu'ils possédèrent en France. Ils y bâtirent une église, dont la première pierre fut posée par le prince de Conti au nom de Louis XIV, et l'on commença à y faire l'office le 1er novembre 1669. Cette belle église ne subsiste plus; elle a été démolie en 1827. Leurs intrépides missionnaires s'avancèrent jusque dans la Mingrélie, la Géorgie, l'Arabie, la Perse, dans les îles de Bornéo et de Sumatra, et dans l'Arménie.
Outre le pape Paul IV l'Église dut à la congrégation des Théatins un grand nombre de cardinaux, d'archevêques, d'évêques et de savants théologiens. Une des gloires de l'Ordre fut le cardinal Joseph-Marie Tommasi ; puis Paul Arési, Clément Galano honorèrent leur société; les Pères Jean-Baptiste Tuffo et Joseph de Silos rédigèrent, l'un en italien, l'autre en latin, les annales de l'Ordre. Le Père Ventura illustra, dans les temps modernes, l'Ordre par ses éloquentes prédications et son prodigieux savoir.
L'Ordre des Théatins vit croître ses richesses et diminuer malheureusement le zèle de ses membres. Les statuts des Théatins sont très-doux. Leur costume consiste dans la soutane des clercs réguliers; seulement ils portent des bas blancs. L'Ordre n'est pas dans un état très-florissant; cependant il possède encore des maisons à Naples, Rome, Messine, Palerme, Bologne, Florence.
SAINT GAÉTAN OU CAJÉTAN DE THIÈNE. 393
Benoît XIV, par un bref du 20 mars 1743, donna aux Théatins, à perpétuité, une place de consulteur des rites, à cause du savant commentaire que le Père Mérati avait composé sur les rubriques, et qui est beaucoup plus étendu que celui du Père Gavantus, barnabite. Il fut réimprimé à Rome en 1762.
On compte ordinairement huit congrégations des Clercs réguliers en Italie : 1° les Clercs réguliers de Saint-Paul, appelés Barnabites, institués en 1533; 2° ceux de la Compagnie de Jésus, institués en 1540; 3° ceux de Saint-Mayeul ou Somasques, institués en 1530; 4° les Clercs Réguliers mineurs, institués en 1588; 5° les Clercs réguliers Ministres des infirmes, appelés aussi Crucifères, à cause de la croix rouge qu'ils portent sur leur soutane, institués en 1591; 6° les Clercs réguliers des Ecoles pies, institués en 1621; 7° ceux de la Mère de Dieu, institués à Lucques en 1628; 8° enfin, les vrais Clercs réguliers Théatins selon la première institution. Ces différentes congrégations ont à peu près le même habit. Le Père Thomassin dit que la vie des Clercs réguliers approche de celle des Chanoines réguliers. Il y a pourtant une différence, qui est que les anciens chanoines réguliers avaient les jeûnes, les abstinences, les veilles de la nuit, le silence des moines, au lieu que les clercs réguliers embrassèrent dans leur institut toutes les fonctions de la vie ecclésiastique, et non pas ces grandes austérités des religieux consacrés à la solitude.
Une nuit de Noël que, dans la basilique Libérienne, saint Gaétan méditait sur l'incarnation, la sainte Vierge lui apparut et lui mit entre les bras l'Enfant Jésus. C'est ainsi que souvent on le représente. Romanelli l'a représenté entouré de neuf esprits bienheureux, dont un soutient, à genoux devant le Saint, le livre sur lequel il écrit ses constitutions sous la dictée de Jésus-Christ.
## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.
Saint Gaétan fut enterré dans le cimetière commun de Saint-Paul, lequel était collatéral à l'église. On pratique depuis dans cette église une voûte souterraine, où l'on transporta ses ossements avec ceux des anciens religieux. On y mit des inscriptions pour conserver la mémoire de cette translation ; mais l'on ne sait plus maintenant précisément en quel endroit il se trouve. Ainsi on n'a pu faire l'élévation de son corps, et l'on ne peut exposer ses reliques. La dévotion envers saint Gaétan est si grande à Naples, dont il est un des principaux patrons, que dans quelques églises on prêche neuf dimanches ou fêtes de suite sur quelque vertu de ce Saint, pour se préparer à la célébration de sa fête.
En France, on honorait spécialement saint Gaétan chez les Capucins de Marseille et chez les Augustins d'Amiens. On voit sa statue avec celle de saint Janvier sur toutes les portes de la ville de Naples.
Nous avons plusieurs lettres de saint Gaétan. Huit sont adressées à Laura Mignana, religieuse augustine de Brescia ; elles ont été imprimées dans l'Histoire du monastère de ces religieuses augustines, laquelle parut à Brescia, en 1764. Les autres se trouvent dans les Mémoires historiques sur la vie du Saint, par le Père Zinelli. Ces Mémoires ont été imprimés à Venise en 1553.
Les religieuses de Brescia se sont dessaisies de presque tous les originaux des lettres du Saint, en faveur de plusieurs maisons de Théatins, qui les ont mis dans des reliquaires.
Nous nous sommes servi, pour compléter le P. Giry, des continuateurs de Godescard, et du Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, par Goschler. — Cf. Esprit des Saints, par l'abbé Grimes ; les différentes vies du Saint données en Italie, et dont on trouve le catalogue dans les Bollandistes ; deux autres vies écrites en latin, l'une par le P. Antoine Caraccioli, et imprimée à Cologne en 1612, in-4° ; l'autre par le P. Jean-Baptiste Caraccioli, et publiée à Pise en 1738 ; les vies du même Saint écrites en français par Charpi de Sainte-Croix ; et par le P. Bernard, théatin ; Hillyot, Hist. des ordres relig.; Oxynalibus, Cantin. Baron. ed. Luc. ad an. 1547 ; le P. de Tracy, dans ses vies de saint Gaétan et des autres Saints du même Ordre.
7 AOUT.
Événements marquants
- Naissance à Vicence
- Doctorat en droit canon et civil
- Protonotaire apostolique sous Jules II à Rome
- Entrée dans la congrégation de l'Amour-Divin
- Ordination sacerdotale
- Fondation de l'Ordre des Clercs Réguliers (Théatins) en 1524
- Souffrances lors du sac de Rome en 1527
- Fondation de maisons à Venise et Naples
- Lutte contre les hérésies de Valdès, Vermili et Ochin
Miracles
- Apparition de la Vierge lui remettant l'Enfant Jésus à Sainte-Marie-Majeure
- Guérison instantanée de la jambe brisée d'un frère laïc
- Restauration de la raison d'un religieux
- Apaisement des troubles de Naples à sa mort
Citations
Le Dieu de Venise est le Dieu de Naples
Je veux et je dois mourir sur la cendre et le cilice