Saint Gildas le Sage

Abbé de Rhuys

Fête : 29 janvier 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Grande-Bretagne en 494, Gildas le Sage fut un abbé et écrivain célèbre pour son austérité et son érudition. Après s'être formé en Irlande, il s'établit en Armorique où il fonda l'abbaye de Rhuys et rédigea des traités fustigeant les vices de son temps. Il est notamment connu pour avoir ressuscité sainte Trifine, victime de la cruauté du comte Conomor.

Biographie

SAINT GILDAS LE SAGE, ABBÉ DE RHUYS

Saint Gildas, surnommé le Sage, naquit en l'année où les Bretons remportèrent sur les Saxons la victoire du Mont-Badon, c'est-à-dire l'an 494 ; il était fils de quelque seigneur de la Grande-Bretagne. Il étudia sous saint Iltut et il fut l'esprit le plus distingué de cette école ; et quoiqu'il fût aussi le plus jeune, il l'emportait sur tous par sa sagesse et sa retenue. Innocent et aimable comme un enfant, il avait déjà la prudence et la maturité d'un vieillard. Il s'appliquait avec la plus grande ardeur à l'étude ; de sorte que, s'il ne devint pas plus savant dans les lettres humaines, c'est que les livres et les maîtres lui ont manqué. Mais comme il n'étudiait que pour devenir parfait, chez lui la science ne nuisait point à la sainteté. Semblable à l'abeille qui sort au temps des fleurs, il sortit au printemps de sa vie pour aller recueillir en Irlande, dans les exemples et les instructions des solitaires formés par saint Patrice, le suc céleste dont il devait former son miel. Prenant partout ce qu'il y avait de meilleur, il égala bientôt, il surpassa même les plus parfaits. Voici ce qu'on raconte de son genre de vie : depuis l'âge de quinze ans jusqu'à la fin de ses jours, il se fit une règle inviolable de ne manger jamais que trois fois chaque semaine : encore mangeait-il si peu, qu'on aurait pu dire de lui, comme de saint Jean-Baptiste, qu'il ne buvait ni ne mangeait. Un rude cilice, caché sous une robe de l'étoffe la plus grossière, était son vêtement ; la terre dure, son lit ; une pierre, son chevet. Enfin, il usait de tant de moyens pour mortifier, pour crucifier sa chair, que sa vie était un martyre prolongé, ou plutôt un sacrifice continuel qu'il offrait tous les jours au Seigneur avec celui de l'Agneau sans tache.

Ce fut environ l'an 527, à l'âge de trente-quatre ans, que Gildas vint dans la province de l'Armorique, par le « commandement de Dieu ». Il choisit pour lieu de sa retraite la petite île d'Houat, près de la côte de Rhuys. Il vécut là, loin de toute consolation humaine, et d'autant plus consolé par le Saint-Esprit. La lecture de l'Écriture sainte, la méditation, la prière étaient son unique occupation. Mais quelques pêcheurs qui demeuraient dans cette île, charmés de sa vie et de ses discours tout célestes, découvrirent aux habitants des côtes voisines le trésor qui était caché dans leur île. Il y vint de toutes parts un si grand nombre d'auditeurs et de disciples, qu'il lui fallut chercher un lieu de plus grande étendue et de plus facile accès, pour satisfaire ceux qui étaient avides de ses instructions. Il vint donc dans la presqu'île de Rhuys et y bâtit un monastère. On croit qu'il fut aidé dans cette pieuse entreprise par les libéralités de Guérech, seigneur des Bretons, qui habitait aux environs de Vannes. Il se vit bientôt entouré, non-seulement d'une nombreuse communauté, à laquelle il donna de sages règlements, mais encore d'une grande foule qu'y attiraient ses miracles, car il guérissait beaucoup de malades. L'amour de la solitude l'obligea de se retirer de l'autre côté du golfe de Vannes, au-delà même de la pointe de Quiberon. Il s'enferma dans une grotte que lui offrit un rocher situé sur le bord de la rivière de Blavet. Comme cette grotte s'enfonçait de l'Occident vers l'Orient, il eut la pensée d'en faire un oratoire. Il creusa donc encore davantage le rocher, et l'on dit que Dieu lui donna miraculeusement du verre pour l'embellissement de cette chapelle, et une source d'eau vive pour la commodité de la demeure. Le don des miracles le suivant ainsi partout, le manifesta en cet endroit comme ailleurs, et il y vint une foule d'infirmes à qui il ne pouvait refuser leur guérison. Il visitait souvent l'abbaye de Rhuys et dirigeait aussi dans les voies de la perfection plusieurs personnes du monde, entre autres Trifine, fille de Guérech. Cette jeune princesse avait été demandée en mariage par le cruel Conomor, qui, non content de ne rechercher dans le mariage que la satisfaction de ses passions, plein d'horreur pour la noble fin de ce sacrement, poignardait ses femmes dès qu'il s'apercevait qu'elles avaient conçu. Il s'était déjà rendu veuf plusieurs fois de cette abominable manière. Comme il n'était pas moins puissant que féroce, et qu'il demanda plusieurs fois et avec la plus vive instance la main de Trifine, son père était dans le plus grand embarras, n'osant ni la refuser, ni l'accorder. Il prit le parti de la confier à Gildas, sachant que Conomor respectait beaucoup cet homme de Dieu. Gildas dit qu'il en répondait; et, plein de confiance en Dieu, pour éviter une guerre entre les deux comtes, il remit la jeune princesse à Conomor, après lui avoir dit que c'était Dieu lui-même qui la lui donnait, et lui avait fait prêter serment qu'il ne la maltraiterait point. Mais, après plusieurs mois de mariage, la brutalité de ce seigneur lui fit oublier sa promesse : il tua Trifine avec l'enfant qu'elle portait dans son sein. Guérech, dès qu'il apprit cette nouvelle, redemanda sa fille à Gildas, qui la redemanda à Dieu. Le saint obtint qu'elle ressuscitât, et elle mit au monde un fils, à qui Gildas donna son nom dans le baptême, et qui fut surnommé Trech-Meur. Outre ses miracles, Gildas s'était encore acquis un grand ascendant sur les peuples par ses instructions pleines de vigueur. Il combattit avec force les dérèglements des Bretons dans son discours de la ruine de la Bretagne : de excidio Britannix. Il leur rappelait cette multitude effroyable de crimes qui avait allumé contre eux la colère de Dieu et qui les avait livrés en proie à la fureur des barbares. Il y décrivait aussi, dans le style le plus énergique, les abominations de plusieurs de leurs rois. Constantin, l'un d'entre eux, ouvrit les yeux, rentra en lui-même et se convertit sincèrement.

Le Saint reprend dans un second discours les désordres des ecclésiastiques : il les accuse d'offrir rarement le saint sacrifice de la messe, de vivre dans l'oisiveté et de déshonorer la sainteté de leur profession. Gildas, outre son monastère de Rhuys et son ermitage de Blavet, habitait encore un petit monastère surnommé des Bois, en breton Coheslahen, ou Coetlahen, dans la paroisse de Saint-Démétrius. Il se retirait souvent aussi dans l'île d'Houat. Un jour qu'il y avait passé la nuit en prières, pour demander à Dieu la grâce d'aller bientôt jouir de lui, un ange lui apparut et lui dit que ses vœux allaient s'accomplir; qu'il mourrait dans huit jours. Il fit annoncer cette nouvelle à ses religieux : ils vinrent en grand nombre recevoir ses dernières instructions, qui roulèrent principalement sur l'humilité et la charité. Gildas rendit sa belle âme à Dieu en 570, selon Usserius; en 581, selon d'autres. Pour sa sépulture, on se conforma à ses dernières volontés. Comme il savait que ses enfants se disputeraient la possession de son corps, il voulut qu'on le mît dans un esquif et qu'on le confiat à la mer : ce que l'on fit. Mais les religieux de Rhuys, qui firent de bonne foi ce sacrifice, restèrent toutefois pleins de confiance en Dieu, et se prescrivirent trois jours de jeûne et de prières pour obtenir ce précieux trésor. L'esquif disparut; seulement, au bout de trois mois, l'un d'eux eut révélation qu'on trouverait bientôt le saint corps proche d'une petite chapelle que Gildas avait autrefois bâtie à l'honneur de la sainte Croix, sur le bord de la mer, nommée Eroest (maison de la croix). Ils l'y trouvèrent en effet et le transportèrent pieusement dans l'abbaye de Rhuys, le 11 mai.

On invoque saint Gildas pour la guérison de la folie, à cause de son surnom de Sage.

## RELIQUES ET MONUMENTS.

Dans le IXe siècle, Dajoc, abbé de Rhuys, craignant les ravages sacrilèges des Normands, cacha sous l'autel de son église, dans le tombeau de saint Gildas, huit de ses plus gros ossements, qui sont encore conservés dans la même église, devenue aujourd'hui paroissiale, et emporta le reste avec lui dans le Berry, à Bourg-Déols, autrement dit Bourg-Dieu, aux pertes de Châteauroux (Indre). Une église y fut bâtie, portant le nom de Saint-Gildas, pour les religieux de Rhuys et de Locminé, par Ebbon, seigneur de Châteauroux (Château-Raoul).

L'abbaye de Notre-Dame-de-Déols et celle de Saint-Gildas sont deux abbayes très-distinctes, mais fondées l'une et l'autre par le même seigneur, Ebbon, de Déols.

Les restes de l'abbaye de Saint-Gildas (Ordre des Bénédictins) existent encore aux bords de l'Indre sur le territoire de Saint-Christophe, un des faubourgs de Châteauroux.

Voici l'origine de saint Gildas : Comme nous venons de le dire, menacés par les Normands, les moines de Saint-Gildas de Rhuys, en Bretagne, avaient pris avec eux les reliques de saint Gildas, de saint Albin, de sainte Brigitte et de saint Paterne, et étaient venus en Berry, sous la conduite de l'abbé Dajoc, chercher un asile. Ce fut Ebbon, qui avait fondé dans la capitale de ses États, en 917, l'abbaye de Notre-Dame, qui les accueillit et les logea d'abord à Déols, dans un ermitage, puis il bâtit pour eux le monastère qui prit le nom de Saint-Gildas.

Le corps de saint Paterne fut porté à Issoudun, et donna son nom à une des églises de la ville. L'abbaye de Saint-Gildas fut supprimée par une bulle de Grégoire XV, en date du 24 août 1622. Les reliques de saint Gildas ne sont actuellement ni à Déols, ni à Saint-Christophe.

Dans le diocèse de Nantes, l'an 1026, fut aussi fondé, par les seigneurs de la Roche-Bernard, un monastère du nom de saint Gildas, où s'est établie depuis quelques années une société de sœurs institutrices. À Auray, une église paroissiale porte le nom de Gildas et possède de ses reliques depuis le 26 juillet 1809. Ce Saint est invoqué dans les litanies angleises du VIIIe siècle. Sa fête se fait le 29 janvier dans le diocèse de Saint-Brieuc, et le 11 mai dans le nouveau bréviaire de Nantes.

Nous avons composé cette vie, qui ne se trouvait point dans le Père Giry, avec Dom Lobineau, revu par M. l'abbé Tresvaux.

Événements marquants

  • Naissance en 494 l'année de la victoire du Mont-Badon
  • Études sous saint Iltut en Grande-Bretagne
  • Voyage en Irlande pour suivre les exemples des disciples de saint Patrice
  • Arrivée en Armorique vers 527
  • Retraite sur l'île d'Houat puis fondation du monastère de Rhuys
  • Rédaction du De Excidio Britanniae
  • Résurrection de sainte Trifine
  • Mort après une annonce angélique huit jours auparavant

Miracles

  • Apparition de verre pour l'embellissement de sa chapelle
  • Source d'eau vive jaillie miraculeusement
  • Résurrection de sainte Trifine
  • Guérisons nombreuses de malades et d'infirmes
  • Révélation de l'emplacement de son corps après trois mois en mer

Citations

De excidio Britanniae

— Titre de son ouvrage principal cité dans le texte