Saint Gorgon et Saint Dorothée

Martyrs à Nicomédie

Fête : 9 septembre 4ᵉ siècle • saints

Résumé

Officiers de haut rang au palais de Dioclétien à Nicomédie, Gorgon et Dorothée refusèrent de renier le Christ. Après avoir survécu miraculeusement au supplice du gril, ils furent étranglés. Leurs reliques, transportées de Rome à Gorze au VIIIe siècle, firent l'objet d'une grande dévotion en Lorraine.

Biographie

SAINT GORGON ET SAINT DOROTHÉE,

MARTYRS À NICOMÉDIE, EN BITHYNIE

9 SEPTEMBRE.

ses étendards; nous avons reçu la marque de son service; reprends, si tu le veux, le baudrier militaire que tu nous avais donné; nous pourrons même alors suivre plus librement le Christ, notre roi. Encore un mot, César; je t'exhorte à calmer cette fureur insensée, si tu ne veux pas, malheureux, être livré aux peines éternelles. Les tourments que tu fais subir aux serviteurs de Dieu auront une fin; mais les supplices que tu te prépares ne cesseront jamais ».

Dioclétien ayant entendu ces paroles du bienheureux Gorgon, en fut troublé jusqu'au fond de l'âme; il ne savait que répondre, tant sa colère était à son comble; cependant quel parti prendre à l'égard d'un officier de ce rang, qui avait vécu dans son intimité, et toujours habité le palais impérial depuis son enfance? On ne pouvait perdre un homme aussi distingué par sa vertu et sa haute sagesse, un personnage issu du plus noble sang de l'empire. L'empereur le fit donc approcher avec son collègue Dorothée, et chercha à les gagner tous deux par la douceur. Il leur promettait même des honneurs plus considérables et un grade très-élevé dans la milice, s'ils voulaient revenir à l'ancien culte. Mais les bienheureux, après avoir adressé du fond de leur cœur à Dieu une fervente prière, repoussèrent énergiquement les offres de l'empereur. Celui-ci ordonna alors de les charger de chaînes et de les jeter dans un cachot ténébreux, jusqu'à ce qu'il eût décidé ce que l'on devait en faire. Mais dès le lendemain il commanda de dresser encore son tribunal, et d'appeler les bourreaux avec tous leurs instruments de supplice. On amène les bienheureux Gorgon et Dorothée, en les avertissant qu'il y va pour eux de la vie. « Songez », leur dit l'empereur, « à sauver votre honneur et votre vie; car vous allez, selon le parti que vous prendrez, subir une mort honteuse, ou obtenir de grandes faveurs. Si, obéissant à mes ordres, vous voulez vivre, vous aurez le premier rang parmi les grands de l'empire; si vous préférez mourir, on vous arrachera la vie dans les plus atroces tourments. Votre opiniâtreté et l'injure faite aux dieux immortels ne pourraient demeurer impunies ». Le bienheureux Gorgon répondit alors pour tous les deux: « Le Christ qui nous a appelés à la foi, nous soutiendra par sa grâce dans l'épreuve que tu prépares. Voici que le Christ nous attend pour nous conduire à la gloire éternelle. La souffrance que nous allons affronter par ton ordre passera vite; mais la récompense promise à nos travaux n'aura jamais de fin ».

L'empereur, sans leur répondre, commande qu'on les suspende au chevalet, et les fait ensuite déchirer de coups; on arrache leur peau avec des ongles de fer, et l'on arrose ensuite ces plaies vives avec du vinaigre mêlé à du sel. Les saints martyrs, pendant cet affreux supplice, regardaient le ciel avec un visage riant et disaient: « Grâces vous soient rendues, Seigneur Jésus-Christ, qui avez daigné nous fortifier au milieu des tourments; nos cœurs se portent vers vous, et nous espérons vous contempler bientôt face à face, et jouir de votre sainte présence qui fait la joie des anges, et qui est à elle seule l'éternelle vie et l'éternel bonheur ». Dioclétien, voyant cette allégresse des Bienheureux, sentait redoubler sa rage, et ne savait plus que faire pour les tourmenter davantage. Pendant que ses cruels ministres s'acharnaient sur leurs victimes, celles-ci se réjouissaient dans le Seigneur, et semblaient ne ressentir aucune douleur. Enfin les bourreaux, après s'être longtemps consultés, résolurent de les placer sur un gril au-dessus de charbons ardents, afin que les parties de leurs corps demeurées encore intactes fussent successivement exposées au feu, et que la douleur se fit sentir d'autant plus vive, que la combustion serait plus lente.

SAINT GORGON ET SAINT DOROTHÉE, MARTYRS À NICOMÉDIE. 599

Les saints martyrs, voyant ces apprêts, sentirent s'augmenter leur allégresse; et quand on les eut placés sur les charbons ardents, ils s'écrièrent : « Gloire vous soit rendue, Seigneur, qui avez daigné recevoir vos serviteurs comme des hosties vivantes; la fumée qui s'échappe de nos corps et monte vers vous, nous obtient le pardon de nos fautes; elle nous méritera de siéger dans le paradis à côté de vos fidèles martyrs dont nous partageons les souffrances. Souvenez-vous, Seigneur, de notre fragilité et de votre bonté miséricordieuse; fortifiez-nous dans cette dernière épreuve. Que votre main se lève et nous protège contre les assauts du démon; venez, Seigneur, secouez-nous, et à cause de votre nom, délivrez vos serviteurs ». A peine avaient-ils fini cette prière que toute l'ardeur du feu qui les consumait s'éteignit; leur face resplendit comme la lumière du soleil; et il semblait à tous les assistants que leurs membres reposaient sur un lit de fleurs, sans ressentir la moindre souffrance.

On les détacha alors du gril, et on les releva. Les fidèles qui avaient assisté à leur torture, et qui cachaient jusqu'à ce moment leur foi, sentirent se renouveler leur courage en voyant la constance des généreux martyrs. Eux cependant continuaient à chanter au Seigneur avec le Psalmiste : « Il vaut mieux se confier au Dieu du ciel, qu'aux princes de la terre ». Pour Dioclétien, il gémissait de se voir vaincu par leur invincible fermeté; et n'espérant plus désormais d'en triompher par les tourments, il rendit contre eux une sentence capitale. Les bourreaux alors les saisirent; mais rendus au lieu du supplice, les martyrs obtinrent de pouvoir prier pendant quelques moments; leur prière achevée, ils donnèrent le baiser de paix aux chrétiens qui les entouraient, et se livrèrent aux bourreaux. Ils furent aussitôt attachés; et la corde ayant été passée à leur cou, ils furent cruellement mis à mort.

On les représente en groupe, parfois on leur adjoint saint Pierre, également martyr à Nicomédie, parce qu'ils étaient tous trois camériers de Dioclétien.

## CULTE ET RELIQUES.

Les fidèles, ayant recueilli les glorieuses dépouilles de nos saints Martyrs, leur donnèrent une honorable sépulture, et aussitôt il se fit à leurs tombeaux de nombreux miracles: les infirmes y recouvraient la santé, les démoniaques y obtenaient leur délivrance, par les mérites des bienheureux Martyrs tout-puissants auprès de Dieu. Quelques années plus tard, le corps de saint Gorgon fut transporté à Rome, et déposé, sur la Voie Latine, entre les deux Lauriers, où il fut entouré des plus magnifiques honneurs. Le Christ a voulu par là confier aux bienheureux Martyrs un plus glorieux patronage, et après leur entrée dans la patrie éternelle, diviser leur corps, afin que l'un protégeât la Grèce, et l'autre la sainte Église romaine; mais, quoiqu'ils soient ainsi séparés, leur présence se fait tout entière sentir à chacun des tombeaux que l'on vient honorer. En Grèce, on implore le secours de Dorothée; et son divin compagnon qui repose à Rome vient avec lui exaucer les vœux des suppliants; les Romains, à leur tour, se rendent en foule pour prier au sépulture de saint Gorgon; et le bienheureux Dorothée accourt avec lui afin de favoriser les habitants de la grande cité.

Les reliques de saint Gorgon furent transférées, en 766, par le vénérable Chrodegand, évêque de Metz, dans le monastère de Gorze. Plus tard, elles furent données à la vénérable Philippe de Gheidres, religieuse au monastère de Sainte-Claire de Pont-à-Mousson, par son fils, le cardinal de Lorraine, abbé de Gorze et évêque de Metz, probablement en 1542, après la ruine de l'abbaye par Guillaume de Furstemberg. Le 11 novembre 1595, les Clarisses rendirent deux ossements, l'un d'une épaule et l'autre d'un bras, à l'église paroissiale de Gorze, qui n'en possédait plus: ils ont dû périr pendant la grande Révolution.

En 1791, la dernière abbesse des Clarisses, Marie-Charlotte Barbel, emporta à Essey-en-Woëvre, canton de Thiaucourt, où elle mourut en 1815, la châsse dite de Saint-Gorgon, qui est restée dans l'église paroissiale. Le 20 novembre 1796, le 8 juillet 1805 et le 28 avril 1807, les reliques y contenues furent visitées, reconnues et approuvées canoniquement. Elles consistent en plus de vingt grands ossements avec de nombreux fragments, qui appartiennent à sept sujets différents, dont plusieurs du sexe féminin. Voici l'explication de ce fait énorme. Quand l'église abbatiale de Gorze fut pillée, probablement en 1542, toutes les reliques furent jetées de leurs châsses et reliquaires sur le pavé, puis recueillies et réunies par les religieux, comme le constate cette note sur par-chemin et conservée dans la châsse d'Enez : Reliques de Gorze qui ont été prinses parmi l'esglise quand elle fust pillée par les gens armés ; et qui a été interpolée par la surcharge suivante, accusant une main différente et une époque plus récente : Reliques du corps de saint Gourgon. Ainsi cette châsse contient non-seulement quelques reliques de saint Gorgon, mais d'autres reliques vénérées dans l'église de Gorze, et toutes sont confondues et vénérées sous le même nom. Un fragment de cubitus en a été pris et déposé dans l'église d'Envezin, qui est voisine, le 18 août 1549, un fragment de crâne avait déjà été retiré de la même châsse par les Clarisses, et donné à l'église paroissiale de Feys-en-Haye, dans la même contrée, où il est encore ; est-il plus certainement du saint Martyr que le plus grand nombre des ossements de la châsse d'Enez, nous n'oserions le dire ; mais si le chef, qui était autrefois dans l'Église de Metz et qui probablement se trouve confondu dans l'espèce d'essuaire de la sacristie de Sainte-Glossinde (chapelle de l'évêché) où sont rassemblées pêle-mêle de nombreuses reliques, pouvait être reproduit, il serait curieux d'en rapprocher le fragment vénéré dans l'église de Feys.

Nous avons extrait cette biographie des Actes des Martyrs, par les révérends Pères Bénédictins, et nous l'avons complétée avec des Notes dans à l'obligeance de M. Noël, curé de Bréley, et de M. J.-F. de Blaye, curé d'Imling.

Événements marquants

  • Officiers au palais impérial de Dioclétien
  • Refus d'abjurer la foi chrétienne malgré les promesses d'honneurs
  • Supplice du chevalet et lacération avec des ongles de fer
  • Supplice du gril sur des charbons ardents
  • Mise à mort par strangulation (corde au cou)

Miracles

  • Extinction miraculeuse du feu du gril
  • Visage resplendissant comme le soleil durant les tourments
  • Guérisons et exorcismes sur leurs tombeaux

Citations

Il vaut mieux se confier au Dieu du ciel, qu'aux princes de la terre

— Psaumes (cité par les martyrs)

Date de fête

9 septembre

Époque

4ᵉ siècle

Décès

IVe siècle (sous Dioclétien) (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison des infirmes, délivrance des démoniaques

Autres formes du nom

  • Dorothée (fr)
  • Gourgon (fr)

Prénoms dérivés

Gorgon, Dorothée